09 — Partie 9
Partie 9
Subaru se tut devant l’écho triste de la supplique de Reinhard. L’expression de Reinhard s’était déformée en quelque chose d’assez pitoyable. Subaru en ressentit une vive douleur, comme si sa poitrine avait été déchirée. C’était la même chose qu’avec Otto et Garfiel, pour lesquels il n’avait aucune rancune. Subaru n’avait aucune rancune, même à l’égard de Reinhard. Il savait qu’il était quelqu’un qui n’avait rien à se reprocher. Il savait qu’il était un bienfaiteur qui ne méritait pas d’être blâmé. Il savait aussi qu’il avait été un bon ami. Mais malgré cela―― Subaru : “――J’ai aussi besoin du morceau en toi pour récupérer “Natsuki Subaru”. C’est pourquoi je viendrai te tuer un jour.” Reinhard : “――――” Subaru : “Mais pas maintenant. Pas aujourd’hui. C’est une affaire pour le lendemain de demain.” Une trace d’incompréhension assombrit les yeux de Reinhard juste après avoir entendu la déclaration de Subaru. Reinhard essayait de régler les choses ici et maintenant. En fait, si Reinhard voulait le faire, Subaru était dans une position où il pouvait réduire la distance d’un seul pas et l’abattre en un instant. Même si Shaula faisait un mouvement pour le défendre, cela ne changerait pas vraiment le résultat. Mais malgré cela, Subaru pouvait encore dire―― ??? : “En supposant que Felt ait réussi à se mettre à l’abri malgré tout, je pense qu’elle se trouverait quelque part à la périphérie de la ville.” ――Et se tournant dans la direction indiquée par le géant chauve, Shaula tira un éclair de lumière blanche dans cette direction. “――――”
En un instant, Reinhard retint son souffle et vola en arrière, suivant le rayon de lumière à la même vitesse que lui. Il n’avait pas fait cela pour tuer Subaru, qui se tenait devant lui, mais plutôt pour se précipiter vers le bâtiment lointain où la maîtresse de Reinhard――Felt s’était cachée après avoir survécu à l’inondation, afin de pouvoir abattre cet éclair de lumière blanche. ??? : “Si tu conserves quelque chose d’important à proximité, alors bien sûr, ça revient à exposer tes points faibles. La même chose s’applique au Maître Épéiste Reinhard, n’eeeeest-ce pas ?” Roswaal, qui avait fait cette suggestion, laissa un sourire mauvais se former sur son visage, et savoura sa satisfaction d’avoir été plus malin que le Maître Épéiste. En lui jetant un regard de côté, Subaru inspira brièvement, et prit la parole. Subaru : “Shaula, on se retire. ――Ça suffit pour aujourd’hui.” Shaula : “D’aaaaccord !” Levant joyeusement la main, Shaula enroula son bras autour du dos de Subaru. Elle souleva Subaru avec une force incroyable grâce à ses bras minces et, en pliant légèrement les genoux, elle tenta de bondir hors de la ville. Mais, juste avant le début du premier saut, Subaru se tourna vers Reinhard et ajouta, Subaru : “――Tu n’es pas aussi omnipotent ou surhumain que tu le penses.” C’est pourquoi―― Subaru : “――Je vais absolument te tuer toi aussi, Reinhard.” Se reconstituant, se reconstituant, continuant à façonner sa forme. Se reconstituant, se reconstituant, continuant à modeler sa forme. Se reconstituant, se reconstituant, continuant à remplir les couleurs.
Se reconstituant, se reconstituant, se reconstituant, et continuant à se rapprocher de l’achèvement. ??? : “――Je veux que tu me le dises encore une fois. Quel est ton nom ?” ??? : “Ah, Amue. Amue Sears…” ??? : “Je vois, c’est un beau nom, Amue. …Ce qui s’est passé a dû être difficile.” Amue : “Hghhgh…” Le Chevalier aux cheveux rouges, qui s’était apparemment agenouillé pour être au même niveau qu’Amue, lui avait adressé ces mots. Dès qu’elle entendit ces paroles, les émotions tendues de la petite fille se relâchèrent. Des larmes coulaient lentement sur le visage d’Amue, et son corps commençait à trembler sous l’effet de la terreur contenue qui était revenue en elle. Puis, alors qu’il observait la petite fille qui sanglotait, le Chevalier――Reinhard tourna ses yeux pour regarder ce qui l’entourait et se mordit la lèvre ; une profonde inquiétude débordait dans sa poitrine face au terrible spectacle qu’il contemplait. Reinhard : “――――” Deux jours plus tôt, un incident s’était produit dans un petit village au nord du Royaume de Lugnica. Il avait fallu un certain temps pour que l’incident se sache, car le village était situé dans les terres frontalières reculées, et donc assez loin de la Capitale Royale et des cinq principales villes. L’envoi des Chevaliers, y compris Reinhard, avait été retardé de plusieurs jours. En attendant, Amue, qui était devenue la seule survivante du village, était restée assise, se tenant les genoux de solitude. ――Elle avait été
là, entourée de tous les cadavres de sa famille et des personnes qu’elle connaissait bien. Reinhard : “Subaru…” Reinhard marmonna pensivement son nom en touchant le pommeau de son Épée Dragon qu’il avait placée à sa taille. Compte tenu des problèmes rencontrés dans ce genre d’incident, il y avait de fortes chances que cet acte de barbarie ait été commis par un cultiste. Cependant, l’intuition de Reinhard permettait naturellement de savoir qui était à l’origine de cette scène horrible. Reinhard : “Ceux qui ont fait ça… Si je ne me trompe pas, c’était un homme et une femme, pas vrai ? Deux jeunes gens.” Amue : “O-ouais… C-c’est exact. Ah, mais…” Reinhard : “Mais ?” Alors qu’elle sanglotait, Amue étouffa ses mots en répondant à la question de Reinhard. Amue hésita tandis que Reinhard attendait qu’elle poursuive ses paroles ; ses sourcils bien dessinés étaient froncés. Amue : “Je ne sais pas qui était la femme, mais l’homme…” Reinhard : “L’homme ?” Amue : “Je ne m’en étais pas rendu compte, mais c’était comme s’il parlait à quelqu’un…” Reinhard : “――――” Y avait-il une trace d’hésitation lorsqu’elle transmettait cette vague information ? L’explication d’Amue manquait de conviction. Mais Reinhard ferma les yeux et poussa un long soupir face à ses paroles. La perception d’Amue était correcte. Cet homme et cette femme――non, Natsuki Subaru parlait certainement avec quelqu’un d’autre que la femme qui l’accompagnait, comme Amue l’avait vu. Reinhard ne savait pas si cette personne était quelqu’un qu’il connaissait, mais――
Reinhard : “Tu as toute ma gratitude pour m’avoir fourni cette information. L’Ordre des Chevaliers devrait s’occuper de cette affaire immédiatement. As-tu d’autres parents que ta famille… ?” Amue : “――Ah.” Les doigts d’Amu saisirent délicatement le revers du pantalon de Reinhard tandis qu’il lui parlait avec gentillesse. Comme si elle avait peur qu’il la quitte, le visage d’Amu s’était transformé en incrédulité face à sa propre action. Toutefois, compte tenu de son état d’esprit, c’était également naturel. Elle avait perdu sa famille et sa ville natale. Combien de souffrances l’attendaient désormais ? S’il pouvait être utile pour la distraire de son anxiété au milieu de tout cela, alors, Reinhard : “Très bien. Je vais rester avec toi jusqu’à ce que ta sécurité soit assurée. Alors, je veux que tu sois rassurée――parce que plus aucune personne qui te veut du mal ne s’approchera de toi.” Amue : “…D-désolée, je suis vraiment désolée…” Reinhard : “Tu n’as pas besoin de t’excuser. ――Puisque tu n’as rien fait de mal.” Prenant sa main, Reinhard repensa silencieusement au type qui avait provoqué cet horrible spectacle alors qu’il observait Amue qui recommençait à pleurer à chaudes larmes. Reinhard : “Es-tu… En es-tu satisfait ? Cela te convient-il ? Qu’est-ce qui se reflète dans tes yeux ? Je ne comprends pas. ――Subaru.” Reinhard marmonna le nom de la personne qui n’était pas là et ferma les yeux. La silhouette qui se reflétait derrière les paupières de Reinhard était un ami qui viendrait éventuellement le tuer. Cet ami serait prêt à tout pour cela. C’était un ami que Reinhard allait devoir tuer de sa main.
??? : “Je suppose qu’à présent, cette enfant, Amue, doit avoir été trouvée par Reinhard-san, pas vrai ?” Subaru : “Elle était la seule survivante du village qui a brûlé, pas vrai ? Si une enfant de cet âge voit Reinhard, elle sera soulagée et ne pourra probablement pas être séparée de lui. ――Grâce à ça, il n’aura pas le temps de nous poursuivre.” ??? : “Comme c’est rusé, ou plutôt, comme c’est astucieux, ou… Eh bien, je ne suis pas bien placé pour parler.” ??? : “C’est vrai. Otto-bro et le Cap’taine sont vraiment sur la même longueur d’onde dans ces moments-là.” ??? : “Ewwww.” ??? : “T’as tout à fait raison !” Se frayant un chemin dans un fourré à l’aide de la branche qu’il tenait à la main, Subaru, qui suivait un sentier hors route, fronça les sourcils. Otto, qui marchait dans la forêt à ses côtés de la même manière, avait une expression similaire sur le visage. Et Garfiel, qui les observait, frappa ses mains l’une contre l’autre et fit claquer ses crocs, riant de la situation. ??? : “Héhé. Mais c’est super que nous soyons enfin tous réunis, vous ne trouvez pas ? C’est grâce à Subaru qui est vraiiiment très occupé et qui fait de son mieux.” Subaru : “Quand tu le dis comme ça, même moi, j’ai le sentiment que mes efforts ont été utiles et ça me permet d’avoir l’esprit tranquille. Si toi, Émilia-tan, tu as l’impression que j’ai fait les choses correctement, alors je veux que tu me récompenses de toutes sortes de façons, mais…” Émilia : “Tu veux ça, mais ?” Subaru : “…Eh bien, comme je suis un garçon innocent, ça signifie que je ne peux pas laisser l’instinct masculin parler à ma place.”
Subaru regarda Émilia qui avait innocemment penché la tête vers l’avant. En se grattant les joues, Subaru détourna son visage d’elle. Un regard l’arrêta dans son élan devant lui ; ce regard était celui de Ram qui avait tourné un air de dédain dans sa direction. Ram : “Dégoûtant.” Subaru : “Coupé d’un seul coup ! De manière générale, je n’ai jamais dit ça ! Je veux que tu fasses l’éloge de mes sentiments puisque j’ai réussi à ne dire aucun de mes désirs embarrassants !” Ram : “Ram ? Faire l’éloge de Barusu ? Je préférerais que le ciel et l’enfer soient inversés plutôt que de le faire.” Subaru : “Je suis plus bas qu’un cataclysme ?!” Haussant les épaules, Ram lui tourna le dos et commença à s’éloigner avec grâce. Les épaules de Subaru s’abaissèrent en constatant l’attitude de Ram. Puis deux petites mains s’emparèrent doucement des siennes, à gauche et à droite. ??? : “Bon sang, je peux voir à quel point tu as l’air morose depuis là-bas, en fait. Si le partenaire de Betty se met dans cet état, alors je peux dire que la suite va être difficile, je suppose.” ??? : “C’est vrai. Ram nee-sama a toujours été franche, ce n’est pas comme si elle avait commencé à le faire maintenant. C’est la raison pour laquelle je vais y aller doucement avec Subaru-sama. Bon garçon, bon garçon.” Subaru : “Heyhey, pas question, je suis en plein sandwich de petite fille… d’ailleurs maintenant que j’y pense, Pétra n’est plus si petite que ça. Bordel, le temps est vraiment cruel… à mesure qu’il passe, il ne me restera plus que Béako comme petite fille…” Béatrice : “Petite fille… comment ça petite fille, en fait ?! C’est impoli pour une dame, je suppose !!” Pétra, qui avait cessé d’être infantilisée, bomba le torse de plaisir, et Béatrice hésita entre le prendre comme un compliment et le contraire.
Néanmoins, Béatrice semblait être une petite fille par nature, et rien ne pouvait l’empêcher. Subaru : “Il semblerait que les mères et les pères du monde souhaitent que leurs enfants cessent de grandir à l’âge où ils sont le plus mignons ; tu es comme sortie d’un rêve en ce sens, Béako !” Béatrice : “Hmph… En disant ça, tu insinues que Betty est la plus mignonne de ce monde, en fait ?” Subaru : “J’aimerais rassembler les candidats au poste de plus mignon du monde et les faire concourir les uns contre les autres ; cependant, la plus mignonne du monde, c’est toi. J’essaierai de te donner une médaille.” Pétra : “Qu’en est-il de moi ? Heyhey, Subaru-sama, et moi ?” Subaru : “Hmmm, Pétra est la plus mignonne au monde.” Pétra : “Yaaaay !” Poussant un cri de joie, Pétra saisit l’une des mains de Béatrice et sauta joyeusement. Tout en étant submergée par cette vigueur, Béatrice ne semblait pas du tout de mauvaise humeur. Dans cette direction―― ??? : “Eh bien, eh bien, eeeeeh bien, il semblerait que tu sois vraiment de bonne humeur, n’eeeeest-ce pas ? En mettant de côté ton apparence physique, tu devrais assumer ton véritable âge parmi eux, mais malgré ça, c’est quand même pluuuuutôt adorable, non ? Béatrice : “Ugh, je suppose…” Roswaal fit un pas en avant avec ses longues jambes, un air de sérénité reposait sur son visage. Béatrice adressa une grimace désagréable à Roswaal qui venait de faire son apparition. D’ailleurs, Pétra, qui tenait la main de Béatrice, affichait aussi un air mécontent à cause de la position de malfaiteur qui l’enrobait dans le camp de sa maîtresse. Eh bien, en réfléchissant à ce dont il s’était rendu coupable, c’était naturel bien que regrettable.
??? : “Béatrice-sama, Pétra, ne faites pas de telles grimaces.” Roswaal : “En eeeeeeffet, voilà qui est digne de Frédérica. Vous dire à toutes les deux exactement c…” Frédérica : “Vous ne savez pas que plus vous ferez ces grimaces, plus vous ferez plaisir au Maître ? Puisque le Maître est ce genre de gentilhomme.” Roswaal : “Je reeeeetire ce que j’ai dit.” Roswaal perdit également sa contenance en recevant le coup tranchant de Frédérica. De l’autre côté, Pétra et Béatrice acceptèrent docilement les paroles de Frédérica avec un “D’aaaccord” et un “Très bien, en fait”. Subaru : “…Eh bien, j’ai aussi l’impression que vous êtes trop exigeants, mais je suppose que cette agitation fait partie de la vie de tous les jours, pas vrai ?” ??? : “Peu importe qu’il s’agisse de la vie de tous les jours, mais s’il te plaît, n’oublies-tu pas Mademoiselle Meili et moi ?” Subaru : “Mhm…” Un peu à l’écart du camp d’Émilia qui se chamaillaient en marchant, Julius qui marchait derrière eux, prononça cette phrase. Fermant l’un de ses yeux, il refléta Subaru dans son œil jaune et dit, Julius : “Toutefois, es-tu fier que mes conseils t’aient été utiles face à Reinhard ?” Subaru : “Je n’ai pas dit que ce n’était pas utile, mais ton évaluation de Reinhard le fait un peu ressembler à un Dream Guy, donc sa crédibilité peut être mise en doute. Il ne faut pas que tu te laisses emporter par ton syndrome du héros.” Julius : “Ce n’est pas une réponse qui t’aidera à emprunter ma force. Peut-être devrais-je changer d’attitude à partir de maintenant ?”
