07 — Partie 7
Partie 7
――Depuis le départ, Garfiel n’avait pas cru un mot du rapport qu’Echidna avait partagé. Pour commencer, Echidna était un nom auquel Garfiel ne pouvait pas faire confiance. Bien évidemment, il avait prévenu Subaru des dangers de l’être qui se faisait appeler ainsi, et en plus, elle l’avait forcé à se rendre à la Tour de Guet des Pléiades.
Pourtant, en voyant Echidna revenir sous la forme d’Anastasia, Garfiel avait regretté ses pensées superficielles, naïves et immatures. Il avait envisagé de la suivre pour retrouver Subaru, Émilia et les autres au plus vite. C’était juste après avoir proposé à Otto d’entamer cette discussion que le torrent avait déferlé sur la ville. Otto avait semblé raisonner comme il en avait l’habitude, mais Garfiel avait enfoncé sa force dans ses crocs et avait refusé catégoriquement d’admettre que ses pensées avaient été erronées. Pour Garfiel, Subaru n’était pas du genre à se planter. C’est pourquoi Garfiel trouvait de l’espoir dans le fait d’avoir entendu la voix de Natsuki Subaru ici. Il allait renverser la vapeur dans cette situation où tout, absolument tout, était dans l’impasse. Il chercha autour de lui sa silhouette pour s’accrocher à une illusion aussi commode―― Subaru : “Ton cœur n’arrive pas à saisir la chose la plus importante à propos de toi. ――Malgré tout, les yeux de ta famille sont acérés.” Au moment où il l’aperçut, Garfiel fronça les sourcils en signe de perplexité. Non pas parce que le murmure avait atteint ses oreilles. Son murmure avait été inaudible. Ce qui avait provoqué le changement d’expression du visage de Garfiel était purement sa surprise face à ce qu’il avait sous les yeux. Garfiel : “――――” Sous ses yeux, une silhouette observait Garfiel qui bondissait vers la lumière blanche. Son apparence semblait être la même que celle qu’il connaissait, mais. Garfiel : “――T’es qui ?” Lorsqu’il porta son attention sur son nez, une odeur familière se glissa dans ses narines. Toutefois, c’était son instinct, et non ses cinq sens, qui tentait de nier la silhouette familière qui se trouvait en dessous de lui.
Un laps de temps qui n’avait même pas duré une fraction de seconde naquit dans ses pensées. Néanmoins, il s’agissait d’un laps de temps fatal. Se déplaçant vers là, il y avait―― ??? : “――Je te tiens ! Tah-dah !” Garfiel : “Ngh.” Devant lui, une femme aux cheveux noirs plongea en avant et décocha un coup de pied avec un cri semi-enthousiaste. Bloquant immédiatement le coup de pied avec ses deux boucliers, Garfiel absorba l’attaque, qui lui donnait l’impression d’avoir été percuté par un carrosse draconique. Malgré tout, ce n’était pas un adversaire qu’il pouvait affronter dans cette situation. Il ne pouvait pas se permettre de diriger son attention dans deux directions différentes, à la fois devant et en dessous de lui. Femme aux cheveux noirs : “Pas si mal, mais mooon amour pour le Maître est cent fois meilleur que ça.” Un sourire de satisfaction ornant son visage, sa paume s’éleva vers l’avant du visage de Garfiel. En un instant, alors que tous ses cheveux se hérissaient, Garfiel contracta son corps et déplaça rapidement son visage vers l’arrière―― Splash Le projectile traversa l’abdomen de Garfiel et ses organes se répandirent hors de son dos.

――Les pensées d’Otto tournaient rapidement tandis qu’il contemplait les pétales de sang qui s’épanouissaient dans les airs. Otto : “――Hk.” Serrant les dents, Otto maudit la part de froideur qui sommeillait en lui. C’était odieux de sa part d’essayer de comprendre calmement la situation dans de telles circonstances. Son ami, qu’il considérait comme un jeune frère, venait de disparaître sous ses yeux. Et malgré cela, il n’arrivait pas à s’émouvoir. Même dans cette situation extrêmement défavorable, l’attention d’Otto était focalisée sur son environnement pour tenter de trouver un moyen de s’échapper. S’il utilisait sa Protection Divine du Langage de l’Âme, une faible lueur d’espoir émergerait, quelle que soit la situation. En faisant confiance à
ce mantra, il avait surmonté toutes les épreuves qu’il avait rencontrées jusqu’à présent. C’est pourquoi―― ??? : “C’est regrettable, mais même les rats finissent par se noyer lorsqu’ils sont immergés dans une telle quantité d’eau. Il semblerait que le type avec qui tu parlais soit introuvable.” Otto : “――――” Une voix, accompagnée de bruits de pas, frappa tranquillement les tympans d’Otto. Des bruits de pas se rapprochaient lentement du monde qui semblait s’être immobilisé. Tournant la tête pour regarder d’où venaient les pas, Otto retint son souffle un instant. Puis, il laissa échapper un court halètement. Otto : “…Tu es vraiment irreconnaissable, Natsuki-san.” Subaru : “Vraiment ? Si c’est de moi que tu parles, alors je ne me comprends pas très bien, mais…” Otto : “Je pense que tu verras clairement ce que je veux dire si tu te regardes dans un miroir. Ahh, c’est vrai. L’histoire d’Echidna-san ne mentionnait-elle pas que tu avais perdu la mémoire ? Est-ce à cause de ça que tu ne te comprends pas ?” Subaru : “Hahah, peut-être. Plus précisément, si je pouvais être différent dans tous les domaines, je renoncerais certainement à ça, mais…” Tout en se grattant la joue, l’adversaire rit sous les piques d’Otto. Comment devait-il appeler son adversaire, quel nom devait-il prononcer ? Le sang-froid et l’impulsivité criaient à l’unisson dans la tête d’Otto. Hésitant sur le bon choix du nom à employer pour cette chose, hésitant sur le fait qu’il n’y avait pas d’autre moyen d’appeler cette chose, il cria. Otto : “Tu es…” Subaru : “Même si tu ne le dis pas, je le sais. Mon nom est… Natsuki Subaru. Je suis brisé au-delà de toute comparaison.”
Otto : “――――” Subaru : “J’ai aussi beaucoup entendu parler de toi. Tu as une sacrée réputation. Nous nous sommes enfin rencontrés, Otto.” En disant cela, cet individu――qui avait pris l’apparence de Natsuki Subaru, mais semblait complètement différent de celui qu’Otto connaissait, se mit à rire. Son œil gauche sans éclat s’était voilé, et ses cheveux étaient devenus complètement blancs pour Dieu sait quelle raison. Alors qu’il souriait d’une oreille à l’autre comme s’il était un peu fou, Natsuki Subaru continuait à rire. Se reconstituant, se reconstituant, continuant à façonner sa forme. Se reconstituant, se reconstituant, continuant à modeler sa forme. Se reconstituant, se reconstituant, continuant à remplir les couleurs. Se reconstituant, se reconstituant, se reconstituant, et continuant à se rapprocher de l’achèvement. Otto : “――――” Tout en fixant le vigilant Otto devant lui, Subaru poussa un long soupir. Lui dire qu’il avait beaucoup changé serait décrire précisément ce qu’il y avait de détestable en lui. Bien sûr, même si quelqu’un lui disait qu’il n’avait pas changé, dans son état mental actuel, Subaru ne verrait là que de l’ironie ; cependant, si quelqu’un lui disait directement “Tu es une personne différente” alors, il aurait beaucoup de mal à l’accepter. Jusqu’à présent, personne n’avait parlé de cette manière brutale parmi les individus qui l’avaient croisé et qui avaient ensuite été ajoutés à l’ensemble, ni même parmi les personnes qui s’étaient trouvées à l’intérieur de la tour. Subaru : “Honnêtement, j’ai du mal à gérer ça.”
Otto : “…Qu’est-ce que tu veux dire ?” Subaru : “Tu n’as pas entendu parler de ce que je fais de la part d’Echidna ? Mes souvenirs se sont volatilisés, j’ai couru dans tous les sens, la tête en vrac… C’est en tout cas l’essentiel.” Otto : “Bien sûr que j’en ai entendu parler. J’ai même entendu dire que tu étais obsédé par l’idée de retrouver tes souvenirs.” Subaru : “Je ne me souviens pas d’en avoir dit autant, mais… eh bien, c’est une supposition raisonnable. Après tout, chacun d’entre vous est tout à fait compétent. Le seul être humain incompétent et bon à rien, c’est moi.” Passant doucement sa main le long de son œil gauche, Subaru marmonna cela comme s’il se moquait de lui-même. En observant ce geste, Otto déglutit. Otto : “Puis-je demander ce qu’il est advenu de cet œil ?” Subaru : “Oeil… Aah, mon œil gauche ? Il a l’air un peu voilé, mais ce n’est pas grave. Toutefois, il semblerait que je me sois cogné la tête un peu trop fort lorsque ces choses choquantes ont commencé. Pour ce qui est de l’état de mes cheveux, je n’ai rien fait de particulier… ils se sont retrouvés comme ça tout seuls. Comme c’est risible.” Otto : “Hahahaha, c’est risible en effet. Es-tu satisfait ?” Subaru : “Loin de là. Il y a encore un long chemin à parcourir jusqu’à ce que je sois satisfait. J’en suis si loin que c’en est déprimant.” Voyant Otto lui adresser un sourire sec, Subaru répondit également en lui adressant un sourire sec. À l’origine, il semblait qu’Otto et Subaru avaient été de bons amis, et, en effet, il pouvait le constater. Ce sentiment ne lui venait pas seulement de la perception d’Émilia et de Béatrice, ou de tous les autres membres du camp, mais il lui semblait que c’était quelque chose d’authentique. Émilia : “Subaru et Otto-kun se sont toujours si bien entendus qu’ils étaient vraiiiiment attendrissants.”
Béatrice : “Essentiellement, Subaru a toujours eu l’habitude de taquiner Otto, en fait. J’ai l’impression que rien n’a beaucoup changé, je suppose.” À gauche et à droite d’Otto, Émilia et Béatrice firent part de leurs explications. En hochant la tête devant ces explications, Subaru se lécha les lèvres et dit “Bon”. Subaru : “Ça fait longtemps que j’ai hâte d’avoir mes “Premières Retrouvailles” avec toi. Néanmoins, je sais que tu es l’un de ces salauds qui deviennent de plus en plus dangereux au fur et à mesure que je leur accorde du temps. Désolé, mais il faut en finir maintenant.” Otto : “Premières Retrouvailles” est une façon assez particulière de présenter les choses, mais ceci mis à part, si je considère ton objectif… n’était-ce pas un échec ?” Subaru : “Hein ?” Subaru se pencha en avant et fronça les sourcils. Et après cela, Otto continua ses paroles avec un “Comment dire,”. Otto : “D’un point de vue pratique, c’était une action très efficace. Tu as trouvé le bon moment pour rassembler tout le monde dans un seul bâtiment et tu les as tous tués d’un seul coup avec une attaque totalement imparable… Je te tire mon chapeau pour ça. Si tes adversaires sont pris dans une catastrophe naturelle, ils ne peuvent pas riposter, qu’ils soient des bretteurs chevronnés ou une bande de mercenaires.” Subaru : “――――” Otto : “À ce stade, le fait de n’avoir laissé qu’Echidna-san s’échapper de la Tour de Guet ne faisait-il pas partie de ta stratégie ? Tu l’as laissée s’échapper pour qu’elle rassemble des personnes qui te connaissent grâce au rapport fourni. En suivant cette hypothèse, la probabilité que Pristella soit au centre de l’endroit où tout le monde se rassemblerait était élevée. Il y a des écluses ici.” Subaru : “…Je suis honoré que tu me flattes.”
Tout en indiquant qu’il acceptait l’éloge, Subaru remit sa langue dans sa bouche. C’était plutôt Otto qui devait être félicité. Otto, qui avait presque fait mouche, avait bien deviné la vérité, notamment le fait que Subaru avait permis à Echidna de s’échapper. Bien que, Subaru : “Eh bien, à vrai dire, c’est d’abord par hasard qu’Echidna s’est échappée, puis j’ai réalisé qu’elle serait utile après qu’elle se soit échappée. C’est pour cette raison que je ne l’ai pas poursuivie.” Otto : “Je vois. J’aurais été surpris que tu voies aussi loin. Il n’est pas exagéré de dire que ceux qui perdent la mémoire deviennent très perspicaces. ――Mais.” Coupant court à ses paroles, Otto fixa Subaru du regard. Reconnaissant la force de la détermination dans ses yeux, Subaru mit de la force dans les siens. Et, se mettant en garde, Otto poursuivit ses paroles. Otto : “En fin de compte, tu as complètement raté ton final.” Subaru : “J’ai raté mon coup ? Moi ? Qu’est-ce que ça veut dire ?” Otto : “…C’est une expression que je ne comprends toujours pas bien, mais elle est sans signification. Des occasions comme celles-là, où l’on peut frapper avec un tel avantage, ne se présentent pas souvent. Si tu avais été sincère, tu aurais dû mener à bien ce que tu avais prévu de faire.” Subaru : “Ce que j’avais l’intention de faire…” Otto : “Tu aurais dû viser directement Reinhard-san sans être trop avide.” En pointant son doigt vers lui, Otto déclara fermement cela à Subaru. Les yeux de Subaru s’écarquillèrent lorsqu’il entendit cette déclaration, et ne prenant pas note de son visage étonné, Otto pressa Subaru à répondre.
Otto : “N’utilisais-tu pas les Livres des Morts dans lesquels les souvenirs d’autrui peuvent être lus ? Si tu comptes les utiliser pour essayer de te récupérer, Reinhard-san deviendra ta plus grande menace. Et si c’est lui que tu vises, alors c’est impossible à moins de le prendre par surprise. À partir de maintenant, tu devras rester sur tes gardes. Tu n’auras jamais de seconde chance.” Subaru : “Donc, au moment où j’ai refermé mes crocs sur ma proie, je n’aurais pas dû la lâcher. C’est ce que tu dis ?” Otto : “En effet, c’est exactement ce que je dis. Donc tu de…” Subaru : “Kh.” Otto : “――?” Otto haussa les sourcils en entendant le son assez brusque et étrange qui sortait de la gorge de Subaru. Sa réaction traduisait à la fois la surprise, la perplexité et la confusion. Subaru n’était pas en train de jouer la comédie ou de jouer un tour ; sa réaction était due à Otto. Une telle réaction aurait même pu être tout à fait naturelle à certains égards. Bien qu’il ait lu entre les lignes une grande partie de ce qui s’était passé, à la toute fin, il s’était trompé sur sa finalité. Subaru : “C’est toi, Otto, c’est toi qui te méprends.” Otto : “C’est…” Subaru : “Celui que je visais n’était pas Reinhard. Bien sûr, nous aurions évité bien des tracas s’il avait fini par mourir dans le chaos de cette inondation, mais je n’ai pas la prétention de m’appuyer sur un tel accident heureux.” Les caractéristiques hors normes de Reinhard étaient généralement connues de tous. Il s’agissait du Maître Épéiste dont on entendait toujours parler dans les rumeurs ; le tuer serait un acte herculéen――en tout cas, il serait nécessaire de construire, encore et encore, un plan pour s’occuper de lui.
Périr suite à un coup de chance n’était pas le genre de mort dont un héros était susceptible d’être l’objet. Subaru : “C’est pourquoi je dois chercher un moyen efficace si je dois tuer ce type. Je peux l’affaiblir, l’attaquer par surprise, lui tendre un piège ou même prendre un otage. Bien sûr, si j’ai besoin de le tuer, je le ferai… Mais il n’est pas prioritaire.”
