10 — Partie 10
Partie 10
aurait pu la bloquer. S’il s’agissait d’une attaque contenant de l’hostilité et l’intention de tuer, l’intuition de Reinhard n’aurait pas été déjouée. Ou, dans le cas où ses Protections Divines fonctionnaient correctement, la défense de Reinhard n’aurait pas été percée non plus. Mais ce lieu était un Pandémonium, et Émilia elle-même ne pouvait pas se décider――cela avait, chez Reinhard, laissé un vide fatal. Émilia : “Je ne peux pas… Pas ça. Subaru est, non. Reinhard, non. Subaru, je ne le laisserai pas être blessé. Subaru a besoin de moi…” Secouant la tête en signe de refus, les propres actions d’Émilia confirmaient maintenant ses véritables intentions. La raison de cet acte instantané, de l’assaut instantané contre Reinhard, résidait dans le fait qu’elle avait instinctivement réalisé que son existence détruirait le Pandémonium et viserait Natsuki Subaru.
Et, sachant cela, elle ne s’était instinctivement pas arrêtée, c’était ce qu’elle pensait. Inconsciemment, Émilia, dans le but de protéger Subaru, n’avait pas d’autre choix que de tuer Reinhard. Émilia : “Subaru est mon…” Ce ne fut qu’à ce moment-là qu’Émilia comprit ses propres sentiments. Encore et encore, Subaru était venu la retrouver, et elle avait observé sa forme alors qu’il essayait d’atteindre la sérénité. Durant cette période, Émilia avait également été sauvée. ――Tout comme Subaru avait besoin d’Émilia, Émilia avait aussi besoin de Subaru. Émilia : “Je vais le protéger. Si je ne protège pas Subaru, alors…” Reinhard : “Émilia-sama, c’est…” Émilia : “――Puck ! S’il te plaît !” Un rugissement et un vent froid soufflèrent, et ses cheveux argentés voltigèrent magnifiquement au milieu du couloir blanc. Son corps baignait dans un vent extrêmement glacial à la volonté de tuer sublimée, devant sa chair gelée par le vent violent, Reinhard traça une ligne de sang dans les airs en volant loin en arrière. Et, avec sa toux mêlée de sang, il leva son épée. Ses yeux bleus qui reflétaient le ciel regardaient la Sorcière de la Glaciation et la Bête de la Fin, debout côte à côte. Puck : “Désolé, Reinhard. Les souhaits de Lia sont les miens. Si tu es autant affaibli, même moi je pourrais gagner――tu peux considérer ça comme de la cruauté féline.” Émilia : “S’il te plaît, Reinhard. Repars comme ça. Laisse-nous tranquilles, Subaru et moi.” Reinhard : “――Ce n’est pas possible.”
Alors qu’Émilia était à l’origine de cette situation et qu’elle essayait toujours de trouver une solution adéquate, Reinhard secoua la tête. Les négociations avaient déjà été brisées. Il avait été pris par surprise par derrière――non, peut-être que Reinhard lui-même, même en considérant sa blessure, aurait pu accepter l’offre de réconciliation si la situation le permettait. Mais la conviction de Reinhard était qu’il s’agissait déjà d’une situation qui ne le permettait pas. Reinhard : “En tant que chef des Pléiades, le Roi de la Purge, Natsuki Subaru, en commençant par le meurtre du Margrave Roswaal L. Mathers, parmi le peuple du Royaume, ainsi que de l’Empire de Vollachia et des Cités-États de Kararagi, et parmi les sujets du Saint Royaume de Gusteko, a déjà fait tuer cent vingt-six-mille-sept-cent-deux personnes au total.” Émilia : “――――” Reinhard : “Ce chiffre ne concerne que les dommages directs. Si l’on inclut les dommages indirects, le nombre de victimes qui ont perdu la vie augmente encore plus. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas un mal qui peut être laissé de côté.” Les mots de Reinhard avaient une résonance sérieuse et contenaient un plaidoyer. En écoutant ses paroles et en apprenant les mauvaises actions de Natsuki Subaru, il semblait espérer qu’une prise de conscience naisse chez Émilia. En vérité, Émilia avait reçu un choc. Coincée dans ses quartiers privés, n’ayant pour seul rôle que de veiller sur le visage endormi de Subaru, elle n’avait eu connaissance d’aucun de ses méfaits. Elle avait vaguement deviné que Roswaal avait été tué lorsqu’elle avait été extirpée de ce manoir. Frappée par ce choc, Émilia baissa la tête.
Un choc, il y avait définitivement un choc. Cependant, le choc qu’Émilia avait ressenti au plus profond d’elle-même n’était pas dû à une déception concernant le poids et le nombre de péchés que Subaru avait commis―― Émilia : “――Désolée, Reinhard. Quand bien même, Subaru m’est chère.” Même en ayant appris ces actes maléfiques, son obsession pour Natsuki Subaru n’avait pas faibli du tout, apprendre cela avait été la source de son choc. Les sentiments d’Émilia, même en sachant la vérité, n’avaient pas changé. Reinhard : “――Kh.” Face à une telle déclaration d’Émilia, Reinhard se mordit les lèvres. Et rapidement, il releva le visage, et dirigea l’Épée Dragon dégainée, Reinhard : “Reinhard van Astrea, de la lignée des Maîtres Épéistes.” Émilia : “Je m’appelle Émilia. Juste Émilia.” Après s’être identifiés, à l’instant suivant, un choc blanc détruisit l’étage supérieur du Pandémonium. La princesse captive, qui était supposée être sauvée, et un chevalier en armure brillante qui était venu la sauver, allaient finir par s’entretuer.

Subaru : “Putain… Merde… Ce putain… de bâtard… !” En jurant, Subaru courut, ses pas chancelants. Sous ces pieds qui se balançaient, des gouttelettes de sang frais dégoulinaient――un couteau avait été planté sous son aisselle gauche par un assassin au moment de son agression. La douleur exécutait un Dempsey Roll sur son cerveau sans arrêt. (Note de Traduction : Bien que le Dempsey Roll soit une technique de boxe qui existe dans la vie réelle (nommée par l’éponyme Jack Dempsey), elle a été rendue populaire au Japon par la série Hajime no Ippo. Il s’agit donc probablement d’une référence à cette série.) Subaru : “Ce trou du cul en noir et blanc… S’il y a une prochaine fois, je le tuerai définitivement… !” Transpirant à grosses gouttes, Subaru s’appuyait sur le mur du couloir pour continuer à avancer. Au bout du compte, l’assassin s’était enfui, sans donner le coup de grâce――l’homme qui était censé avoir disparu dans la salle de réception lui venait à l’esprit. Bâtard : “Plus que ça, ça dépasse le cadre de mon travail. Alors, sois prudent, Natsuki-san.”
Assassiner le général qui se trouve au milieu des ennemis, puis parler et s’échapper pourrait être qualifié de splendide――pourtant, pour Subaru, faire l’éloge de ses ennemis n’était pas un passe-temps. Pour être précis, cet homme avait fait un travail qu’il ne souhaitait pas avoir à faire. Ce sentiment de pure humiliation due au fait d’avoir négligé un ennemi gênant par inadvertance avait transformé sa déception en fureur. Toutefois, il était peu probable que cette situation lui permette d’évacuer sa colère. Subaru : “Quelque chose de convenable pour la fin, quelque chose de convenable pour ces derniers moments…” Prick-prick, en touchant cette aisselle gauche qui faisait mal comme si elle était brûlée, Subaru murmura cela d’un air sombre. Compte tenu de ce qu’il avait fait, il avait su avec certitude qu’un jour, il recevrait sa juste sentence. Malgré cela, repousser ce moment de rencontre avec le châtiment jusqu’en enfer avait été le plan, telle était la sagesse mesquine de cette personne ordinaire――c’était une honte qu’il n’ait pas été tué trois ans avant d’avoir trouvé sa limite. C’était ainsi que le dictateur accueillait sa fin. Sa méfiance à la fin avait été excessive. Il n’y avait aucun doute qu’elle avait provoqué cette destruction. Cependant, il n’avait aucun regret. S’il avait fait ceci, s’il avait fait cela, ce genre d’erreurs évidentes ne lui venait pas à l’esprit. Il avait su dès le départ que c’était mal, et n’avait jamais pensé à le corriger. Se contentant de penser que sa façon de vivre était erronée ou quelque chose de ce genre, Subaru n’avait fait que patauger. Un peu comme s’il se noyait. Comme s’il était tombé au fond de l’eau, cherchant désespérément à respirer. Juste à partir de ça――
??? : “――Subaru.” Subaru : “――――” Laissant une traînée de sang, rampant dans ce couloir, quelqu’un appela Subaru. Pendant un moment, Subaru fronça les sourcils, ne comprenant pas cette voix――ce n’était pas comme s’il ne la connaissait pas. Mais, parce qu’il ne comprenait pas pourquoi il entendait cette voix à cet endroit. Parce que ses quartiers privés étaient à l’opposé de cet endroit, et qu’elle n’avait aucune raison de se trouver ici si son intention était de s’échapper. Par conséquent―― Subaru : “Uh, whoa !” ??? : “Je suis soulagée, Subaru… Je peux te rencontrer comme il se doit.” Subaru : “Émilia… ?” Ce n’est que lorsqu’il contempla son beau visage de près, après qu’elle se soit précipitée sur lui et l’ait renversé dans ce couloir, que Subaru comprit que c’était la réalité. En plus de ce monde en noir et blanc, il y avait de l’argent, de l’améthyste et des lèvres couleur cerise. Comme pour informer qu’Émilia, et Émilia seule, demeurait colorée dans le monde. Subaru : “――Mais, pourquoi ?” La figure d’Émilia était teintée, mais Subaru ne comprenait pas pourquoi. De la part d’Émilia, Subaru recevait une chaleur certaine, son étreinte était telle qu’elle pouvait même être qualifiée de douloureuse. Après tout, Subaru avait toujours cherché Émilia de manière unilatérale ; pour quelle raison, quelles conditions l’avaient poussée à vouloir rejoindre Subaru――
Subaru : “…Émilia, tu es blessée.” Émilia : “――C’est bon, je t’assure. Vraiment, il ne s’est rien passé. Pas besoin de s’inquiéter.” Émilia, toujours dans ses bras, le regarda à nouveau. Souriante, affichant un visage courageux, elle était couverte de blessures sur toute sa surface. Ses merveilleux cheveux argentés étaient ébouriffés et des parties avaient été coupées, ce qui leur donnait un aspect inégal. Sa fine chemise de nuit blanche avait été déchirée et ensanglantée, et sur ses pieds nus se trouvaient plusieurs lacérations douloureuses. Pour éviter qu’il en soit ainsi, d’innombrables mesures défensives avaient été appliquées à ses quartiers privés. De plus, il aurait dû y avoir un Esprit à ses côtés, un Esprit qui n’aurait pas permis qu’elle subisse toutes ces souffrances. Subaru : “Qu’est-ce que Puck était en train de faire…” Émilia : “Puck est… Hmm, à propos de ça, tout va bien maintenant. Tout va bien maintenant…” Subaru : “――?” Pendant un instant, l’hésitation brilla dans les yeux d’Émilia, mais elle fut rapidement cachée, sous ses paupières fermées. Subaru avait des soupçons concernant cette réaction, mais la fois suivante où Émilia ouvrit ses paupières, l’hésitation faiblement visible n’était plus là. Émilia : “Subaru, fuyons ensemble. Si nous le faisons maintenant, personne ne nous poursuivra.” Subaru : “――S’enfuir, avec moi ?” Émilia : “Oui. Avec qui d’autre serait-ce ? Ne dis pas des choses aussi bizarres.”
Son comportement devenant légèrement teinté de colère, Émilia toucha le nez de Subaru avec un doigt. En raison de cet acte apparemment hors de propos, un point d’interrogation apparut au-dessus de Subaru. Pour commencer, Émilia était censée fuir Subaru. Subaru : “Et pourtant, je n’ai fait que spéculer sur toi parce que tu es gentille…” Émilia : “――Vraiment, tu l’as fait ? Je pensais aussi à quelque chose comme ça.” Subaru : “Émilia ?” La main sur sa poitrine, Émilia baissa furtivement les coins de ses yeux, paraissant solitaire. Les moments qu’elle avait passés aux côtés de Subaru depuis qu’il l’avait enlevée défilaient-ils dans son cœur, dans son esprit ? Combien de fois avait-elle contemplé le visage endormi de cet abominable compagnon ? En ces jours, Subaru avait reçu le salut, mais pour Émilia, ils devaient être remplis d’humiliation―― Émilia : “Je crois bien que j’étais en colère contre toi, Subaru. Mais, ce n’était vraiment qu’au début… Après ça, j’ai pensé que je recevais définitivement l’aide de Subaru.” Subaru : “Recevoir de l’aide, de ma part… ?” Émilia : “Parce que, Subaru, tu avais besoin de moi. Personne n’aurait jamais besoin de moi, c’est ce que je ressentais, et tu m’as libéré de ça, et donc…” “Codépendance”, un mot de ce genre fit surface dans l’esprit de Subaru. Subaru avait eu besoin de la présence d’Émilia pour sa tranquillité d’esprit, et, dans la même veine, l’esprit d’Émilia était aussi arrivé à une conclusion de ce genre à l’époque, comme quoi elle désirait ces moments, qu’elle en avait besoin.
Et ainsi, le duo était tombé dans une relation de codépendance, chacun à son tour se reposant sur l’autre. Émilia : “Subaru, je veux être avec toi. Alors, on s’enfuit ?” Subaru : “…Présenter les choses comme ça me réjouit, mais…” Répondant en bégayant, Subaru ne pouvait pas encore accepter la confession d’Émilia. Son cœur était submergé par le choc, mais sans y prêter attention, son esprit trouva une réponse plus réaliste. Ce qu’Émilia avait dit, s’enfuir avec elle, n’était pas possible. Reinhard arrivait. Même si Cecilus tentait de le tenir à distance, à l’extérieur du château, une foule massive d’ennemis serait rassemblée pour subjuguer le Roi de la Purge. Subaru ne possédait plus un seul allié en dehors du château. Ses nombreuses ruses pour garder les ennemis potentiels sous contrôle, ne fonctionneraient pas dans cette situation. Ces ennemis potentiels étaient devenus des ennemis concrets qui lui barraient la route. Prendre Émilia et s’enfuir, ce n’était pas du tout réaliste. Natsuki Subaru devait rencontrer sa fin ici. Ici, il allait connaître sa fin―― Émilia : “――Dans ce cas, je mourrai avec toi.” Subaru : “――――” À ce moment-là, Subaru fut stupéfait. Plus que lorsqu’il avait été poignardé, ou lorsque Reinhard était apparu, ou encore lorsqu’il avait réalisé que c’était la fin. Émilia, souriante, regardait Subaru et lui disait des mots d’amour et d’affection. Si Subaru Natsuki devait rencontrer sa fin, Émilia aussi, dans cet endroit―――
Émilia : “Nous irons jusqu’au bout ensemble. Je ne veux pas rester dans un endroit où tu n’auras pas besoin de moi.” Subaru : “――Ah.” Émilia : “S’il te plaît, Subaru. J’ai besoin de toi. Je veux que tu sois avec moi.” Émilia s’accrocha plus étroitement à sa poitrine. Se délectant de ses larmes chaudes et de la sensation de ses soupirs, Subaru eut la forte impression que le sentiment dont il avait besoin était l’exact opposé de ce qu’il ressentait habituellement. Tout comme il s’était accroché à Émilia, Émilia s’accrochait maintenant à Subaru. Pendant tout ce temps, Subaru avait eu besoin d’Émilia, il avait été sauvé par elle. Et maintenant, Émilia avait besoin de Subaru, cherchant le salut. Maintenant, Émilia avait besoin de Subaru, demandant son propre salut. Qu’un moment comme celui-ci arrive maintenant, une telle pensée n’avait même pas―― Émilia : “Subaru… ?” Attrapant les épaules d’Émilia, Subaru la repoussa. Et, se tenant devant elle, immobile, les yeux grands ouverts sous le choc, Subaru recula ensuite. Émilia regardait vers le haut, vers Subaru. Et en direction d’Émilia, les lèvres tremblantes, Subaru prononça ces mots : Subaru : “C’est un mensonge…” Secouant la tête horizontalement en signe de refus, Subaru fixa Émilia avec des yeux craintifs. Émilia : “Suba…”
Subaru : “Non, s’il te plaît, arrête, arrête ça. Pourquoi moi, pourquoi
