06 — Partie 6
Partie 6
Émilia : “Mais, je suis en colère contre toi, Puck. Tout en me cachant la vérité, tu as planifié le départ tout seul.” Puck : “Désolé. Mais ça ne pouvait pas être fait autrement. Il n’y avait aucune chance que je te confie à un Roswaal dans cet état, non ? Entraîner quelqu’un dans une situation et un endroit dangereux, pour ensuite se défiler, c’était assez irresponsable de sa part. Cela dit, si c’est pour la sécurité de Lia, c’est facilement la meilleure option.”
Émilia : “――――” Puck : “Éviter de nuire à Lia, ce garçon et moi étions du même avis.” Puck avait donc donné son accord à l’offre secrète d’emmener Émilia hors du manoir de Roswaal, et n’avait pas hésité à renoncer à la Sélection Royale et à coopérer avec l’organisation. Et avec seulement Émilia qui ignorait tout, quand elle avait enfin réalisé, elle s’était retrouvée dans cette chambre blanche, comme un oiseau pris dans une cage―― Mais le fait qu’elle n’ait pas le droit de critiquer la décision de Puck, Émilia l’avait aussi compris. Émilia : “Parce que, au final, je ne pouvais rien faire…” La Sélection Royale, pour déterminer le prochain Monarque du Royaume de Lugnica――dans cette bataille, Émilia avait clairement subi une défaite tragique, se contentant d’une défaite par défaut. La principale raison en était qu’elle avait refusé d’assister à la Réunion des Candidates Royales. En conséquence, sa participation à la Sélection Royale n’avait pas été reconnue. Cela signifiait que le soutien d’Émilia, Roswaal L. Mathers, et elle avaient tous deux perdu leur statut ; c’était la signification de l’état déséquilibré de ce dernier. En bref, Émilia n’avait même pas manifesté la volonté de participer à la Sélection Royale, et son soutien Roswaal avait donc perdu ses qualifications. Le Camp d’Émilia s’était effondré avant sa première tâche. Ainsi, Émilia avait vu l’échelle se dérober sous ses pieds, et avait donc été vaincue sans pouvoir rien faire. Émilia : “…Mon souhait…” C’était de créer un monde sans discrimination. Créer un endroit où les naissances des demi-elfes et des autres ne serviraient pas d’évaluation définitive dans la vie future de chacun, tel était le souhait maladroit d’Émilia.
Cependant, sans même avoir eu la chance d’être prononcé à voix haute, ce souhait avait disparu comme un fantasme de rêve. Au-delà de ce souhait, la libération du village natal d’Émilia――la tâche de sauver les résidents de la forêt d’Elior, toujours dans un sommeil glacé, cela aussi elle n’avait pas été capable de le faire. Puck : “Il serait préférable de retourner dans la forêt plutôt que de vivre dans une maison sans défense comme celle-ci, mais Lia était dans une situation où même cela était impossible. Comme tu peux l’imaginer, quand le premier représentant est arrivé, j’étais vraiment surpris.” Émilia : “…Vraiiiment surpris. Parce que…” Le garçon qu’elle était venue rencontrer ici, Émilia l’avait cru mort. ――Son destin de ne pas participer à la Sélection Royale avait été déterminé par la mort de la servante du manoir. Rem, c’était la fille qui était devenue la première victime de l’agitation causée par les bêtes démoniaques. Le garçon, un étranger qui avait brièvement travaillé au manoir, avait été suspecté de sa mort. Le garçon n’avait pas supporté cette suspicion, et s’était donc enfui. À sa poursuite, la grande soeur de Rem, Ram, avait aussi quitté le manoir――pour ne jamais revenir. L’effondrement avait probablement commencé à partir de là. La cause de la mort de Rem avait été identifiée par la suite comme étant la malédiction des bêtes démoniaques, une fois que les dégâts s’étaient étendus au village voisin. Les deux désastres s’étant superposés, cette situation était irrécupérable. En raison du chaos causé par les bêtes démoniaques, Roswaal avait perdu sa position, sans même saisir l’occasion de se rétablir. Émilia n’avait pas annoncé sa participation à la Sélection Royale, et avait connu la défaite sans être vaincue ; une humiliation pour elle. Le manoir n’avait cessé de décliner vers le pire, se dirigeant vers un effondrement indésirable. Ce fut alors.
Emportée par l’impuissance de ne rien pouvoir changer, Émilia avait passé ses journées sans rien faire. Mais un jour, ce garçon, qui était censé avoir disparu, était venu la chercher. Émilia : “――――” Puck avait rapidement réagi face à cela. Mais Émilia avait été en colère contre ce garçon. Sans se soucier de ses sentiments, sans aucune explication, ni lors de sa première disparition, ni même à son retour, sans rien dire, il l’avait soudainement emmené. Il pourrait même avoir été le catalyseur du début de l’effondrement du monde qui entourait Émilia. Malgré cela―― Émilia : “De cette façon…” Réuni avec Émilia, le garçon au visage frêle épuisé par la peur, encore pire que celle qu’il possédait maintenant, s’était accroché, avait pleuré et l’avait suppliée de l’aider. Et devant ce garçon braillant comme un enfant, Émilia avait oublié d’être en colère. Peut-être qu’elle était naïve. Peut-être qu’elle était docile. Et, malgré tout, Émilia ne se jugeait pas digne de le gronder, ce garçon qui ressemblait à un enfant, qui avait fini par dévoiler son visage endormi de bébé. Alors, le garçon allait voir Émilia pour trouver son salut. Il venait à son encontre, sans dire un seul mot de ce qu’il faisait en dehors de la porte de sa chambre, se contentant de sangloter tristement et de parler de ses propres sentiments, confiant sa vie aux genoux d’Émilia. Si elle recevait une forte confiance, ou si elle était méprisée et humiliée, cela dépendait de ce que pensait Émilia. Et cette dernière n’était pas en mesure de donner une réponse à cela. Émilia : “Évidemment, ce n’est vraiiiiment pas sain…”
Ce n’était pas un état normal, même l’immature Émilia l’avait compris. Cependant, Émilia, tout en acceptant les larmes de ce garçon qui s’accrochait, en regardant la forme du garçon qui prenait du repos pendant un instant, en son for intérieur, elle était incertaine. Émilia : “――――” Concernant les intervalles dans lesquels le garçon sollicitait Émilia, c’était environ une fois tous les dix jours. En dehors de cela, il luttait désespérément, réduisant même ses heures de sommeil. Vraiment, ils n’avaient pas échangé beaucoup de mots. Mais de cette façon, le garçon venait secrètement la chercher une fois tous les dix jours. Émilia : “…Subaru est vraiment un imbécile.” ―――Peut-être se languissait-elle de ces visites, Émilia en avait pris conscience.
――Si une pièce d’or tombait sur face, avec seulement cela, n’importe qui serait tué. Devant cette méthode anormale de son maître, Frédérica ne pouvait cacher son dégoût. Après avoir nettoyé un cadavre sans tête tombé dans le hall de réception, Frédérica avait ensuite replacé le tapis souillé, puis préparé les repas des mercenaires du Pandémonium. Frédérica : “Le destin d’autrui, littéralement confié à la chance… As-tu l’impression d’être devenu un dieu ?” Soulevant le corps entier d’un cadavre, Frédérica, ne connaissant que trop bien la raison de son impuissance, fit claquer ses crocs acérés les uns contre les autres, confinant ses sentiments en son for intérieur tout en tremblant de colère. Frédérica Baumann était employée et travaillait dans l’organisation car le Roi de la Purge, son chef, avait une princesse――Émilia, qui avait supplié avec véhémence en son nom. Ce jour-là, alors que le manoir se remplissait d’air froid et de givre, elle avait été convaincue de perdre la vie à cause de ce Grand Esprit traître. Pourtant, pour une raison quelconque, elle s’était réveillée ici. Dès lors, ayant été équipée d’un collier autour du cou, elle était utilisée comme servante, pour servir cette personne détestable. Pourquoi diable, à quel point son travail avait-il été inepte pour qu’elle soit maintenant soumise à ce genre de travail absurde ? Frédérica : “――Maître, pardonnez-moi s’il vous plaît.” Pour les repas de son propriétaire, la règle voulait que Frédérica les porte directement dans sa chambre. Il ne confiait cette tâche à personne d’autre que Frédérica, et n’admettait pas dans sa bouche de la nourriture cuisinée par une autre personne qu’elle. Qu’il s’agisse d’une chose honorable, elle ne le ressentait absolument pas.
Tout d’abord, ce n’était pas par goût ou par confiance que cette tâche avait été confiée à Frédérica. C’était simplement parce que Frédérica ne tenterait pas de choses stupides, c’était le genre de conviction qu’il avait. ??? : “Entre.” Avec le bruit de nombreuses serrures se déverrouillant, un ordre grossier permit l’entrée de Frédérica dans la pièce. Suivant ces ordres, avec le chariot de nourriture en remorque, Frédérica mit un pied dans la chambre de son maître. La chambre de son maître, contrairement au décor et à l’intérieur luxueux du bâtiment, était grande, mais assez simple et terne, une pièce sans humanité. Les quatre coins de la pièce contenaient de nombreux livres qui n’étaient pas distingués par leur sujet. Des livres empilés en désordre étaient entassés partout, et c’était un endroit que l’ordonnée Frédérica ne pouvait supporter. Mais, cette personne détestait profondément qu’on nettoie sa chambre. Peut-être se méfiait-il de l’installation de quelque chose dans sa chambre. Savoir que c’était impossible, mais être quand même à l’affût, ce n’était pas être prudent mais plutôt lâche――c’était définitivement un comportement méprisable. Frédérica : “Maître, dois-je faire ce que je fais habituellement avec ces documents tombés ?” Subaru : “…Hmm. Ouais, fais-le. Tu peux les montrer à quelqu’un qui a l’air de les comprendre.” Sur ces mots, les quelques documents qui jonchaient le sol de la pièce, écrits dans une écriture désordonnée, furent écartés par son maître désintéressé. À première vue, ils semblaient simplement être des brouillons jetés, mais ils étaient en fait la source de la richesse de l’organisation――les nombreuses créations mystérieuses réalisées par le Roi de la Purge.
Subaru : “Ça ne sera peut-être pas très utile… Les moteurs ou les choses comme ça, je ne comprends pas du tout le mécanisme. Comme prévu, les différents types de nourriture sont les plus faciles à comprendre…” Marmonnant des plaintes, regardant ailleurs qu’ici se trouvait son maître. Il parlait de connaissances et de pratiques culturelles que personne n’avait jamais vues, découvertes ou remarquées, qu’il s’agisse de pistes ou de résultats finaux. En rencontrant beaucoup de personnes, ce garçon aux cheveux noirs avait à plusieurs reprises pris de grandes décisions――comme s’il avait été marqué par le destin, il avait beaucoup d’idées uniques, et en tant que pionnier de la culture, on lui avait accordé son génie. Avec ces nombreuses connaissances dont il parlait, les experts des domaines d’études qui étaient en sommeil avaient été ranimés par une nouvelle flamme. Ces experts examinaient et discutaient avec sérieux des paroles blagueuses de ce garçon, qui représentaient des possibilités incompréhensibles pour le commun des mortels, pour finalement les établir en théories. C’était ainsi que le garçon qui ne possédait rien avait été élevé au rang de grand méchant, avec d’énormes profits à la clé. Subaru : “À ce stade, appeler ça un modèle sans parallèle fait de connaissances futures n’est même plus drôle.” Frédérica se souvenait que son maître avait marmonné des mots aussi étranges en réponse aux louanges de ses réalisations, par le passé. Elle se souvenait également qu’il n’avait pas du tout souri en prononçant ces mots. Ainsi, d’une part, en causant la souffrance de nombreuses personnes et, d’autre part, en donnant naissance à beaucoup de bonheur, son maître aux cheveux noirs était assez malhonnête.
Même en tant qu’existence problématique contre laquelle l’humanité devrait lutter, son esprit avait une valeur certaine. Cet être inaccessible était définitivement unique en son genre dans ce monde en matière de difficulté de manipulation, il n’y avait aucun doute――peut-être que dans ce sens, il aurait pu avoir quelque chose en commun avec Roswaal. Frédérica : “――――” Subaru : “Frédérica, la nourriture. D’abord, prends une bouchée.” Même si elle était plongée dans ses pensées, Frédérica préparait sans cesse le repas à servir. Ce garçon n’avait que la peau sur les os, l’apparence d’un squelette. Ce n’est pas comme si ses portions étaient insuffisantes, le problème était surtout psychologique. Après avoir infligé et subi de nombreuses blessures, tout en vivant confortablement, il était comparativement assez maigre en apparence. En tant que responsable de ses repas, ça ne lui faisait pas plaisir, mais il ne vomissait probablement pas parce qu’il le souhaitait. Frédérica : “Maître, avec ceci.” Pourquoi les repas étaient-ils préparés pour deux ? Tous les menus étaient pour deux, placés dans de grandes assiettes, et posés sur la table. Et de chaque assiette, Frédérica mangeait une seule bouchée, car vérifier la présence de poison était l’un de ses rôles. Elle n’avait jamais pensé à l’empoisonner. Mais si elle l’avait voulu, elle l’aurait fait. C’est juste que, pour Frédérica, le travail de domestique avait pris une grande partie de sa vie, et c’était précieux pour elle. En gardant à l’esprit les personnes qui lui avaient tout appris, et celles qui étaient impliquées avec elle, elle ne voulait pas commettre d’actes de violence. Frédérica : “Alors, je serai dehors, s’il y a quelque chose, appelez-moi.” Subaru : “Hmm.”
Pendant les repas, son maître n’aimait pas être vu. Pour cette raison, après avoir fini de préparer le repas, Frédérica sentit qu’il était temps de partir et se retira de la pièce. Ce jour-là aussi, elle avait l’intention de quitter la pièce et d’attendre dehors――quand soudain, quelque chose attira son attention. Sur le bureau était étalée une liste écrite contenant les noms des membres de l’organisation. Placée à côté de cette liste, une pièce d’or pouvait être vue. À cet instant, ayant compris la signification de cette pièce, Frédérica ne put cacher la peur qui lui parcourait le dos. Frédérica : “Maître――” Subaru : “Frédérica.” En se retournant, des yeux noirs vides fixaient Frédérica, qui avait appelé son maître. Le souffle de Frédérica fut coupé par cet abîme. Devant elle, son maître se rapprocha lentement du bureau et couvrit la liste dépliée. Puis, d’un coup de pouce, il fit voltiger la pièce d’or juste à côté, Subaru : “――Pile.” Avec un bruit insouciant, la pièce lancée tomba dans la main gauche du garçon. En l’attrapant, et après avoir vérifié le côté orienté vers le haut, le garçon sourit en direction de Frédérica. Subaru : “C’était pile, Frédérica――ton frère et ta grand-mère sont sains et saufs.” Frédérica : “――Ah.” Subaru : “Sors. Et ne reviens pas avant que je ne t’autorise à entrer.” Aux paroles de son maître, Frédérica hocha la tête comme une poupée, sans parler.
Et ainsi, incapable de cacher les larmes qui montaient dans ses yeux, elle quitta la pièce alors que ses joues étaient humidifiées par des larmes chaudes. Peu après, Frédérica se mit à courir en se couvrant le visage. Frédérica : “Uh, uhhhh… Waaaaah !”
