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OBORERU

03Partie 3

Partie 3

Au moment où la porte de la Bibliothèque Interdite avait été touchée, Béatrice elle-même avait déjà compris que cela le laisserait entrer. Ce manoir spacieux avec ses innombrables portes à choisir existait, et pourtant, Béatrice avait été guidée de force vers une seule d’entre elles. Cette méthode était simple――une situation où les autres portes ne pouvaient pas s’ouvrir ferait l’affaire. La méthode pour stopper le Passage de Porte était de supprimer tout choix de portes sur lesquelles se connecter. Cette tâche avait été accomplie avec diligence, et ainsi les portes qui pouvaient être ouvertes dans le manoir étaient désormais limitées à une seule. Et le fait que celui qui avait aidé à découvrir cette méthode devait être son cher frère, elle le comprenait un peu. Être déséquilibré par cette prise de conscience était inévitable. Parce que c’était une loi commune à leurs deux existences―― Mais même en tenant compte de cela, faire des reproches à son cher frère n’était pas convenable pour elle. Pour cette raison, Béatrice, sans avoir de ressentiment envers son frère, fit tranquillement face à la porte qui avait été ouverte.

??? : “――Yo, Béatrice.” Interpellant Béatrice de l’autre côté de la porte ouverte, il lui avait fait un signe de la main. Cette voix et cette attitude, elle s’en souvenait. À cause de cela, le corps de Béatrice frissonna de peur. Le visage de ses souvenirs, et celui qu’elle voyait maintenant devant elle, tous les détails ne semblaient pas correspondre. Bien que ce soit en concordance avec les parties générales de sa mémoire, il était déjà presque comme une autre personne. Béatrice : “Toi, pourquoi me jettes-tu ce regard, en fait ?” À ce regard noir et sombre devant elle, Béatrice secoua la tête. Loin de s’améliorer, il avait changé d’une manière qui attirait encore plus de répulsion. Les rares cheveux noirs et les yeux noirs étaient toujours là, mais les cheveux avaient perdu leur éclat, tandis que dans ses yeux qui avaient perdu leur éclat, des émotions sombres étaient faiblement révélées. De profonds cercles sombres entouraient ces yeux lugubres, les joues étaient fines et frêles, et ce que l’on pouvait voir de ses doigts était d’une pâleur cadavérique. De longs vêtements sombres enveloppaient son corps, l’exposition de la peau étant réduite au minimum――parmi cet uniforme noir uni, ce qui ressortait était un foulard orange vif. Juste ça, et rien que ça, trahissait assez fortement son aspect lugubre. Quelques années s’étaient écoulées. Mais malgré cela, trop de choses avaient changé. Comment un humain pouvait-il devenir si différent ? Béatrice : “Toi, ton esprit a sérieusement changé, je suppose.”

Humain : “C’est pareil pour toi, alors. Ta poussée de croissance est terminée ? Normalement, tu devrais devenir un peu plus mature après deux ans d’existence.” D’une voix vide, aux paroles de Béatrice, il répondit par une plaisanterie. Deux ans, c’est ça ? Si cette personne le disait, alors c’était certainement le temps qui s’était écoulé. Deux ans, du point de vue de Béatrice, c’était comme un battement de cil. Pour les humains, en particulier pour celui qui se tenait maintenant dans son champ de vision, elle se demandait quelle signification avaient ces années. ――Ce laps de temps était-il si important pour ce garçon, qui avait frôlé la mort, pour revenir se venger de la sorte ? Humain : “Tu te souviens, Béatrice ? Nous avons mangé ensemble ici.” Béatrice : “――Ce souvenir n’existe pas, en fait. Manger ensemble avec toi n’est jamais arrivé, je suppose.” Aux paroles de cet humain, Béatrice fronça les sourcils. Les deux étaient face à face dans la salle à manger, au premier étage du manoir. Une nappe blanche drapait la table, et sur le siège central se trouvait cette personne, posant une question mystérieuse à Béatrice. Humain : “…Ah, c’est vrai. Tu, oui, tu ne peux pas savoir ça. Oui, c’est ma faute. Ce que je viens de dire, c’est ma faute. C’est toujours ma faute.” Béatrice : “Ce qui s’est passé… Non, ce n’est pas quelque chose qui a besoin d’être entendu maintenant, à ce stade, en fait.” Pendant un seul instant, dans le cœur de Béatrice, l’hésitation s’effaça. Mais, en un clin d’œil, cette fille décida de se débarrasser de ces distractions inutiles. Et ensuite. En direction de cet humain troublant, elle pointa sa petite paume. Ici, avec son sentiment de fierté en tant que Bibliothécaire qui gardait la Bibliothèque Interdite――ou plutôt, c’était son sens éphémère du devoir,

un désir de se martyriser pour son rôle, un rôle que personne ne souhaitait pour elle. Béatrice : “Tu as sans doute le droit légitime de souhaiter la vengeance, je suppose. Quand bien même, Betty a, pour Betty, un rôle à remplir, en fait. Pour cela…” Humain : “――――” Avec force, Béatrice se concentra sur son propre rôle, le regardant fixement pour supprimer toute violence provenant de cette personne. En voyant cela, son expression se tendit légèrement. Quelque chose, peut-être une tentative d’endurer un sentiment difficile pouvait être vu, et au moment où Béatrice posa son pied―― Humain : “Allons, Béatrice――n’y avait-il pas un Contrat pour me protéger ?” ――À ce moment-là, en Béatrice naquit une hésitation mortelle. Béatrice : “…Ah.” Contrat, à ce son, le corps entier de Béatrice fut transpercé par le choc, et elle se raidit. Et cette rigidité ne se dénouait pas d’elle-même, immuable, quelle que soit la volonté de Béatrice. Quelque chose dans l’esprit n’était pas le coupable. Physiquement, ses mouvements avaient été bloqués. C’était―― ??? : “Pardonne-moi. Avec ça, tu ne pourras plus bouger.” Aux côtés de Béatrice, sortie de l’ombre, une personne s’y était manifestée. Vêtu d’un kimono noir ébouriffé et mordant une pipe kiseru de couleur or avec les dents pointues qui bordaient sa bouche, se tenait un homme-bête――un homme de grande taille, avec un visage de loup. (Note de Traduction : Kiseru = une pipe traditionnelle japonaise. Plus d’informations ici : https://fr.wikipedia.org/wiki/Kiseru)

Il la regarda de haut en bas avec des yeux furtifs, alors que Béatrice ne lui arrivait qu’à la taille. Ne trouvant aucune émotion dans ses petites pupilles, la gorge de Béatrice laissa échapper un couinement, Béatrice : “Ça, c’est…” Humain : “Une mystérieuse technique shinobi de liaison des ombres, quelque chose de ce genre. Vois ça comme un art secret. Ne t’inquiète pas cependant, elle ne devrait pas être active très longtemps… Tu es ma bienfaitrice, après tout.” Rigide, la liberté de son corps lui étant retirée, Béatrice ne pouvait rien faire d’autre qu’écouter cette voix. Il n’y avait aucun tremblement dans les mots qu’il prononçait, aucune erreur dans les souvenirs qu’il partageait. Se levant lentement de son siège, et se rapprochant d’elle, les yeux de cette personne étaient sombres, mais aucun signe de malaise ne pouvait y être décelé. Se venger, telle était la raison pour laquelle cette personne avait trouvé cet endroit, avait conclu Béatrice. Mais la lueur dans les yeux de cet humain ne pouvait pas être perçue par Béatrice comme étant celle de la vengeance. Dans ses yeux noirs remplis d’une faible lumière, un sentiment qui déchirait sa poitrine pouvait être trouvé. Humain : “À l’époque, tu m’as laissé m’enfuir, et maintenant je suis toujours là. C’est vraiment quelque chose que je voulais te dire.” Béatrice : “Si c’est ta méthode pour ça… Tu es vraiment un homme exaspérant, je suppose… Définitivement exaspérant.” Humain : “Je suis désolé pour ça. Mais, j’ai compris quelque chose, Béatrice.” Interrompant le discours saccadé de Béatrice, il secoua lentement la tête. Ses lèvres, dessinées en forme de sourire, regardaient silencieusement Béatrice.

En y réfléchissant bien, avait-elle déjà vu cette personne sourire de la sorte ? À l’époque, quand elle l’avait laissé passer de nombreuses heures dans la Bibliothèque Interdite. Au souvenir de Béatrice, il tendit la main, et déclara, Humain : “――Que toi et moi, nous sommes de la même espèce, voilà.” Béatrice : “――――” Les coins de ses yeux s’affaissèrent, et seulement maintenant ses yeux revinrent à ce qu’ils étaient auparavant, à ce que les yeux du garçon avaient d’abord été. Le garçon était redevenu ce qu’il avait été pendant ces quelques jours au manoir, avant de devenir cet être étrange. Humain : “À cette époque, je n’avais pas d’autre choix que de mourir, mais tu ne m’as pas abandonné, tu m’as sauvé. Même maintenant, combien de fois, combien de fois les souvenirs de ce coucher de soleil rougeoyant me reviennent à l’esprit.” Béatrice : “Tu…” Humain : “Je te suis toujours reconnaissant pour ça, Béatrice… Pourquoi tu ne m’as pas tué, à ce moment-là ?” Béatrice : “――Kh.” S’agissait-il de mots de gratitude, ou de ressentiment ? Quoi qu’il en soit, Béatrice avait été surprise par les mots prononcés par un visage affichant à la fois joie et tristesse. C’était donc l’œuvre de son influence, le désespoir omniprésent dans son cœur, elle l’acceptait. Comme si c’était naturel, cette emprise rigide sur son corps qui la mettait mal à l’aise se défit, et son bras tendu s’abaissa. Mais, dans cette liberté retrouvée, sa volonté de résister avait déjà disparu. Il était facile de comprendre que la cause et l’effet avaient été inversés.

Humain : “Béatrice, je te suis reconnaissant. Je pense que je t’ai probablement appréciée. Au cours de cette période, tu es la seule à t’être vraiment rapprochée de moi, ce sont mes pensées.” Béatrice : “…C’est la plus piètre des confessions.” Humain : “Je n’en disconviens pas.” À ses mots, Béatrice avait répondu avec des sentiments vides. Et puis, dans les yeux noirs de ce garçon au mince sourire, Béatrice vit la vérité――les émotions sombres qu’ils contenaient lui étaient si familières, elle s’en rendit compte. C’était une lésion des plus infâmes qui se nichait dans le cœur de nombreux êtres, finissant par éroder tout espoir. ―――Une maladie appelée désespoir, au sein de lui, au sein d’elle, s’était tranquillement nichée. Humain : “Halibel, un kunai.” À cette demande, l’homme-bête qui se tenait près de Béatrice haussa les sourcils. En silence, regardant l’échange de questions et de réponses entre ces deux-là, l’homme-bête secouait maintenant son kiseru de haut en bas. Halibel : “…Vous êtes sûr ?” Humain : “Un kunai.” Ayant reçu un nouvel ordre, l’homme-bête balança son bras gauche vers le haut. Puis, un morceau d’acier noir perça le sol de la salle à manger avec un bruit sourd. S’accroupissant, le récupérant, il déposa son poids sur sa paume. Ce métal de couleur sombre émettait une lueur terne. Il avait une forme simple pour couper la vie. Humain : “Je suis si heureux que tu te souviennes de notre Contrat.”

Il en a profité, cette pensée traversa l’esprit de la jeune fille. Cependant. C’était vraiment une vision fugace d’une joie lointaine, il parlait avec ce genre de voix. Le blâmer en quelque sorte, ce sentiment n’était pas vraiment apparu en elle. Humain : “Tu es si adorable, avec ces couleurs qui te vont bien…” Béatrice : “――――” À ce moment-là, les yeux de Béatrice s’ouvrirent en grand, et se remplirent de lourdes larmes. Dans sa vision floue, la personne qui la surplombait gentiment était là. En clignant des yeux, des larmes commencèrent à couler sur ses joues. Verser des larmes comme ça, contempler son apparence jusqu’au bout, c’était ce qu’elle souhaitait. Il avait déclaré que lui et elle étaient de la même espèce. Alors, il y avait certainement une raison, il y avait une raison pour laquelle il était là pour elle. Ce qu’elle avait fait à ce moment-là, avait grandement affecté sa vie sans le savoir. Si c’était ainsi que cela s’était terminé, alors c’était ainsi que cela allait lui être rendu. Si lui, maintenant, pour Béatrice, faisait cela, pour essayer de la sauver―― Béatrice : “Es-tu…” Humain : “――――” D’une langue raide et engourdie, frissonnante et tremblante, Béatrice tissa des paroles. Ces mots qui sortaient comme un soupir, lorsqu’ils furent entendus par le garçon qui se tenait juste devant ses yeux, le firent cesser de bouger.

Il lui laissait le temps. Que ce soit des paroles amères, ou toute autre chose, il accepterait tout, ce genre de détermination se voyait. Face à cette détermination, Béatrice―― Béatrice : “――Es-tu, “Cette Personne” de Betty ?” Le sens de cette question, il ne le comprendrait certainement pas. Qu’il y ait une réponse, Béatrice ne l’espérait même pas. C’est juste que, si son heure était venue, si c’était ce qui était venu la chercher, elle devait essayer de l’entendre encore une fois. Humain : “Ouais.” ――Ainsi, sous cette apparence souriante et conciliante, le cœur de Béatrice fut écrasé et brisé. Il y avait de la tendresse dans ce sourire, de la gentillesse dans ces mots, et une bénédiction dans cette lame levée. Humain : “Je suis “Cette Personne”.” Une fois de plus, une grosse larme coula sur les joues rougies de cette fille.

Illustration

??? : “Il y a un proverbe là où je vivais, quelque chose comme, “un homme qui se noie s’accroche même à la paille”.” Le visage tourné vers le tapis rouge au sol, un homme écoutait la voix. Ce tapis, son visage en était très proche. Une autre chose était également proche : les intervalles entre les respirations de l’homme. Les battements de son cœur résonnaient dans ses oreilles comme une cloche qui aurait été accélérée, la sensation dans son corps était celle d’un sprint qui venait de s’achever dans des champs lointains. Il semblait avoir atteint la soixantaine, un vieil homme. Non seulement son fils, mais aussi ses petits-enfants avaient grandi, il portait les marques d’une vie longue et bien remplie. Sa position était telle qu’il avait eu à traiter avec beaucoup de personnes. Ayant eu une longue et brillante carrière, cet homme s’était vu confier beaucoup de choses par ceux qui l’entouraient. Qu’il soit hors du commun, il n’avait pas idée de se vanter de la sorte. Mais étant né avec un esprit hors norme, il s’était résolu à vivre une vie d’abondance. Et c’est pourquoi, dans sa situation actuelle, il ne pouvait s’empêcher de se demander s’il était dans un rêve ou dans une illusion. Il ne pouvait pas le croire. ――Il était à genoux, face à un adversaire pas plus âgé que ses propres petits-enfants. ??? : “De la paille, tu sais ce que c’est ? Peut-être qu’il y a de la paille comme celle à laquelle je pense ici… Comme du blé, quelque chose comme ça. Celui qui est dans l’eau est tellement désespéré, que même en sachant à quel point c’est inutile, il s’y accroche de toutes ses forces.” Vieil homme : “――――” ??? : “En clair, les humains mourants tentent désespérément de survivre quoi qu’il arrive, c’est le sens du proverbe. C’est différent d’utiliser la

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