05 — Partie 5
Partie 5
Toutes les entrées du manoir étaient barricadées. Les portes étaient clouées de l’intérieur et des planches de bois recouvraient toutes les fenêtres. S’il avait été assez attentif pour trouver étrange l’état de ce manoir aux rideaux fermés, peut-être l’aurait-il remarqué. Mais naturellement, Subaru avait organisé ces opérations avec la certitude qu’il ne le constaterait pas. Un brasier déchaîné engloutissait l’ensemble du manoir, le réduisant progressivement en cendres. La flamme qui avait déclenché cet incendie ne connaissait pas de répit, flamboyant de plus en plus furieusement tandis qu’elle consumait l’ensemble du manoir, hurlant des demandes frénétiques pour que tout retourne à la poussière. Les meubles et les ornements du manoir enflammé n’étaient pas les seules choses à être carbonisées. Les nombreuses femmes qui avaient longtemps agonisé dans ce manoir perdaient elles aussi la vie dans
l’étreinte des flammes et de la fumée, leurs formes se désintégrant en suie, indiscernables comme si elles n’avaient jamais été des individus. Un acte macabre. N’importe qui penserait ainsi de cette barbarie. Mais c’était en fait ce que les femmes en feu désiraient ! C’était ce que qui pouvait être prétendu, mais qui le croirait ? ??? : “Putain, putain, putain d’ineptie !!” Les langues de flammes gagnaient en intensité, poussées par le vent. À travers ce manoir flamboyant résonnait la voix d’un homme qui jurait. Sa voix était si tendue qu’elle en était pathétique, alors qu’il hurlait à l’intérieur de ce bâtiment en feu qui s’effondrait. Il hurlait dans une frénésie totale, la situation dépassait son entendement, ignorant ce qui s’était passé. ??? : “Le numéro 99 ! Le numéro 114 ! Même le numéro 123 suffirait ! Où êtes-vous ?! Où vous êtes-vous enfuis ?! Pour qui me prenez-vous ?! Me laisser en plan pendant que vous allez expirer, quelles sortes de femmes irresponsables et égoïstes êtes-vous ?!” La voix de ce jeune homme aux cheveux blancs se brisa tandis qu’il hurlait comme un enfant qui faisait une crise de colère. Des vêtements blancs habillaient sa forme, son visage banal et sinistre comme celui d’un démon alors qu’il délirait. Il offrait un spectacle très étrange dans ce désastreux manoir en feu. Une personne saine d’esprit ferait tout ce qu’elle pourrait pour échapper au brasier. Mais l’homme ne montrait aucun signe de vouloir le faire. En fait, c’était comme s’il n’avait pas envisagé un seul instant qu’il allait mourir, fonctionnant selon une sorte de dogme qui transcendait la mortalité. Il était fou, ou bien pas. ――Non, il était incorrect de nier qu’il était fou, mais en vérité, il était profondément confiant.
Ce feu ne pouvait pas le tuer, il le croyait. Et donc, les cris et les jurons de l’homme n’avaient absolument rien à voir avec la crainte pour sa propre vie. Ils étaient dus à la rage inestimable qu’il ressentait à l’égard de ses femmes, qui avaient probablement commis l’incendie. ??? : “Toutes ces maudites personnes qui prennent mes biens limités et les dénigrent――” ??? : “――J’apprécierais que tu fermes ta désagréable gueule.” ??? : “Nuh――” Le visage de l’homme frénétique se mangea un coup de pied qui vint s’écraser à travers un mur enflammé. Étourdi par l’angle imprévu de la frappe, et plus encore par l’attaque imprévue, l’homme vola facilement dans le couloir. Même le mur en feu se désagrègea, incapable de résister à la collision avec celui-ci qui s’écroulait. Il dégringola jusqu’à s’arrêter, étalé sur le sol, et fixa le plafond brûlant, abasourdi. ??? : “Qu’est-ce que…” ??? : “Ce feu est la lettre d’adieu de tes nombreuses épouses. En clair, il semble que ce soit la fin de ces entraves à l’amour nées de la terreur.” La voix qui répondit à l’homme étonné était la même que celle qu’il avait entendue lorsqu’il avait reçu le coup de pied. L’homme se redressa d’un coup sec, rampa à travers le mur brisé――pour apercevoir une femme vêtue de noir entrer dans la salle en feu. Son sourire était resplendissant, et sa longue tresse noire était caractéristique. Mais ce qui révélait le plus son identité était son kukri, qu’elle tenait dans sa main droite―― ??? : “Voleuse ! Pour qui me prends-tu ?! Tes folies, c’est ce que tu vas…”
Regretter, baragouina l’homme en levant les bras pour tenter d’attaquer la femme. Mais un léger impact et la vue de ses bras, sectionnés au niveau des coudes et volant dans les airs, le mit en échec. Il baissa les yeux. Il constata que ses bras étaient manquants. C’est impossible. Que se passe-t-il au juste ? Elsa : “Immortel ? Invincible ? J’ai oublié ce que c’était, mais je connais le secret de son fonctionnement. Maintenant, tout ce que tu es, c’est un insecte très désagréable.” ??? : “――! Une prostituée comme toi――” Elsa : “――――” Oubliant ses bras manquants, l’homme tenta d’insulter la femme. Mais elle ne le laissa pas dire un mot. Elle leva sa jambe, la glissant entre ses cuisses alors qu’il était assis sur le sol et lui assena un coup de pied dans l’entrejambe. Le coup était assez fort pour le projeter en l’air alors que la femme brandissait sa lame mortelle. Elle lui coupa alors les bras au niveau des épaules et découpa des morceaux de viande ronds à partir de ses jambes, de ses pieds jusqu’à ses cuisses. Ses orteils, ses chevilles, ses tibias, ses genoux, ses cuisses étaient tous sujets à des entailles, le sang abondant alors que le corps de l’homme se transformait rapidement en quelque chose d’atroce. ??? : “――Mon…” Elsa : “C’est incroyable que tu essaies encore de parler dans cet état.” La femme plongea son pied dans le torse de l’homme, qui était maintenant beaucoup plus petit, et le projeta à travers la fenêtre soi-disant condamnée et à l’extérieur du manoir en feu. Il tomba sur le sol, incapable de se rattraper avec ses membres manquants, à côté de débris de verre. Heureusement, il n’était tombé
que du deuxième étage, ce qui lui avait permis d’échapper aux blessures mortelles de la chute. Cependant, l’absence de membres et la perte de sang étaient déjà largement fatales. ??? : “Comme si je pouvais supporter cette idiotie abjecte. …Je, je suis l’être le plus parfait du monde. Désirant peu de choses, conscient d’être suffisant, humble et sans avarice, c’est comme ça que je vis ma vie… et donc, pourquoi moi, parmi toutes les personnes, je dois faire face au chahut des échecs humains de votre…” ??? : “Quand tu insultes les gens comme ça régulièrement, bien sûr que tu vas recevoir les papiers de divorce, Regulus-san.” ??? : “Hauh ?!” Même se retourner sur le côté était une tâche ardue pour cet homme, lorsque la présence de quelqu’un de nouveau lui barra la vue. Un garçon aux cheveux et aux yeux sombres, vêtu d’une robe sombre――Natsuki Subaru. C’était pitoyable de voir à quel point l’homme n’avait pas compris la situation. Subaru soupira. Subaru : “Je n’aurais jamais pensé que tout le monde collaborerait si bien pour y arriver, Regulus-san.” Regulus : “Pourquoi es-tu là… non, alors, tu as conçu ça ?” Subaru : “Qui d’autre aurait pu le faire ?” L’homme, Regulus, comprit finalement ce qui se passait et Subaru haussa les épaules, la bouche tordue en un rictus. Déstabilisé, les yeux de Regulus se remplirent de fureur. Regulus : “Sois maudit, saloperie d’ordure ! Comprends-tu ce que tu as fait ?! Tu as pris mes femmes, mes femmes bien-aimées ! Et en ma présence, tu les as brûlées en même temps que mon manoir ! Comprends-tu l’immoralité et la méchanceté de tes actes ? Sale meurtrier d’épouses !”
Subaru : “Ce point de vue est tellement inattendu que je suis trop abasourdi pour parler. …Sois dit en passant, tes femmes ont offert leur propre vie pour la stratégie anti-cœur.” Regulus : “――Im… possible.” Subaru se curait l’oreille, l’air étonné en informant Regulus de cela. Regulus resta sans voix. C’était le fait que Regulus trouve cela totalement inattendu que Subaru trouvait incompréhensible. Regulus gardait de nombreuses femmes ainsi surnommées “épouses” dans son manoir, vantant la grandeur d’une vie de couple où il menaçait de les assassiner violemment si jamais elles lui désobéissaient. S’il ne s’agissait que de cela, cela ressemblerait à un harem horriblement malveillant, mais le caractère répugnant de l’Archevêque ne s’arrêtait pas là. Le scélérat avait confié son propre cœur à ses épouses, rendant son propre corps figé dans le temps, immortel et invincible. La seule façon de tuer l’Archevêque de l’Avarice Regulus Corneas était de lui rendre son cœur. Cela signifiait qu’il devait tuer toutes ses cibles pour abriter son cœur, ses femmes, et lui ôter tout endroit où se cacher. Même Subaru avait agonisé en prenant cette décision. Mais c’étaient les épouses emprisonnées de Regulus――non――les femmes emprisonnées qui avaient résolu le problème pour lui. Subaru : “Elles étaient contentes de mourir tant que cela leur permettait de se venger de toi. Même moi, je n’ai jamais entendu parler de violence verbale assez grave pour pousser les gens à faire ça.” Regulus : “Qui pourrait croire ça, c’est absurde… Je, j’ai aimé mes femmes ! Et donc elles devraient m’aimer en retour ! Oui ?! Tu ne trouves pas ça étrange, autrement ?! Et pourtant ! Pourquoi ces satanées femmes m’ont-elles infligé une telle souffrance qui les indisposerait en tant qu’épouses !”
Subaru : “…Tu es sérieux. C’est ce qu’il y a de terrifiant chez vous, les gars.” Subaru murmura cela, l’air irrité en détournant son regard de Regulus. Ce sur quoi son regard se posa à la place, c’était la silhouette noire qui bondissait du manoir en feu et atterrissait dans le jardin. Elsa. Elle essuya la suie avant de remarquer le regard de Subaru. Elsa : “Mon Dieu, tu t’inquiétais pour moi ? Ne t’inquiète pas. Je n’ai été blessée nulle part.” Subaru : “Je ne m’inquiète pas pour toi. De toute façon, c’est quoi ce délire. Je ne t’ai pas dit de lui faire ces conneries de mauvais goût.” Les lèvres de Subaru se tordirent en un froncement de sourcils tandis qu’il désignait Regulus sans membres. Regulus avait des membres la dernière fois que Subaru l’avait vu, donc c’était bien Elsa qui avait fait ça. Elle haussa les épaules. Elsa : “J’avais l’impression qu’il serait désagréable s’il les avait… Et tu ne souhaiterais pas transmettre ce qu’elles avaient dit ?” Subaru : “…Ouais. Tu as raison.” Étonnamment, il semblait qu’Elsa pouvait être attentionnée envers les gens. C’était mal de laisser Regulus mourir sans lui communiquer comment les femmes sacrifiées s’étaient résolues à le prendre au piège. Et maintenant qu’ils avaient communiqué cela, Regulus : “GghaaaaAH !” Elsa planta son kukri dans la poitrine de Regulus, l’utilisant pour soulever lentement son corps léger. C’était comme s’il était une sorte de nourriture sur un bâton, du sang s’écoulant de lui alors qu’il avait inlassablement soif de vie. Elsa : “Instantané ?”
Subaru : “Non…” Subaru passa sa main sur son menton tout en répondant à la question d’Elsa, en réfléchissant. Il n’était peut-être pas Elsa, mais Subaru avait un cœur qui ressentait de la sympathie et de l’indignation comme n’importe qui. Et ce cœur exigeait qu’il rende la pareille à ces femmes qui avaient réclamé, en pleurant, la mort. Et donc, Subaru ordonna à Elsa : Subaru : “Jette-le dans une partie plus faible du feu. Nous le regarderons brûler.” Elsa : “Très bien, compris.” Elsa acquiesça aux instructions cruelles de Subaru, sans avoir l’air le moins du monde en désaccord. Elle entreprit de jeter le maudit Regulus sur un tas de déchets de bois fumants à l’extrémité du manoir en flammes. Subaru et Elsa : “――――” Alors que son corps brûlait, pour être rôti dans les flammes jusqu’à la mort, le cri de l’homme résonna dans le ciel nocturne. Sans que leurs expressions ne changent le moins du monde, Subaru et Elsa le contemplèrent mourir. Elsa : “Un insecte, pour la façon dont son bruit est apaisant, serait préférable à lui.” Une fois que le long, long, râle d’agonie se termina, Elsa donna son avis. Et Subaru était d’accord.

――Pour Subaru, le verre qui se brisait portait le son de la confiance brisée. ??? : “C’est…” ??? : “Je suis désolé. Je suis vraiment désolé. Je ne voulais pas faire ça. Je ne voulais vraiment, vraiment pas.” La voix tremblante de choc, l’homme appuya son coude sur le comptoir. Mais cela ne suffisait pas à le soutenir et le haut de son corps glissa, faisant basculer sa chaise et le faisant s’effondrer sur le sol de l’auberge. Pris dans la chute, le verre et la bouteille sur le comptoir tombèrent, se brisant contre le sol et souillant l’uniforme blanc de l’homme d’une odeur d’alcool. Ses membres ne fonctionnaient plus correctement, sa vie lui échappait lentement. Ses lèvres devenaient violettes, sa vision devenait de plus en plus floue alors qu’il clignait encore et encore des yeux, essayant de repousser sa mort imminente. Subaru observait la lutte frénétique de l’homme depuis son siège à la table.
Le visage de l’homme était raffiné. Son corps était souple, et son attitude lorsqu’il était entré dans la taverne ainsi que son langage lorsqu’il s’était adressé à son ami étaient d’une grande élégance. En effet, le plus noble des Chevaliers. Subaru : “Je suis d’accord avec le fait qu’on t’appelle le plus grand des Chevaliers, Julius Juukulius-san.” Julius : “Maudis sois…” Subaru : “Mais, si tu avais réfléchi davantage à ta position, tu aurais gagné à être un peu plus attentif aux autres. Tu es le Chevalier d’une candidate à la Sélection Royale qui est au sommet de sa popularité. Tu dois prendre en compte le fait que ce n’est pas seulement ta maîtresse, mais toi aussi qui va être visé. Bien que…” Subaru se leva, pontifiant en direction de Julius qui haletait d’agonie, et tendit la main. La trajectoire de sa main se dirigea vers la personne assise sur la chaise à côté de Julius tombé. Des oreilles de chat couleur lin et des traits adorables. Subaru rapprocha doucement ses épaules délicates plus près de lui, et daigna tapoter sa tête. Par ce seul geste, les yeux de Bleu se détendirent dans une extase enivrée. Julius : “Fél, es… tu…” Subaru : “Tu sais que ça m’a demandé pas mal d’efforts pour tirer profit de son deuil ? Je n’aurais jamais cru que je finirais par me donner autant de mal pour la vie de quelqu’un d’autre que la sienne. Mais ça a payé.” Julius : “Quel plan es-tu…” Subaru : “Ça n’a plus rien à voir avec toi. Relaxe-toi. À mon sens, si tu meurs, ta maîtresse ne subira aucun dommage et les choses iront bien pour elle. Je ne sais pas ce qui se passera si elle se mobilise, par contre.” Les yeux jaunes de Julius passaient par un mélange chaotique de confusion et de rage, de chagrin et d’agitation, de peine et de suspicion. Mais pas une seule de ces émotions folles ne signifiait quoi que ce soit.
