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Web Novel • Arc 07

79Weitz Rogen

Artiste du fan-art : antena_sasaru

――Weitz Rogen n’avait jamais cru pouvoir vivre ou mourir dignement.

Dans tous les cas, la société avait tendance à sous-estimer la valeur du mot “normal”.

Le terme “normal” était utilisé pour désigner quelque chose de “classique” ou “d’ordinaire”, quelque chose qui ne sortait pas du lot ; mais du point de vue de ceux qui n’étaient pas considérés comme des êtres humains à part entière, il s’agissait d’un idéal inaccessible.

La Cité de Fer et de Sang, Glarasia, était le nom de la ville natale de Weitz, où il était né et avait grandi.

Il s’agissait d’une ville délirante où étaient fabriquées les armes et les armures utilisées à travers tout l’Empire, ainsi que les nombreux outils indispensables au combat. Là, des artisans travaillaient sans relâche pour forger des armes destinées à blesser autrui, martelant l’acier jour et nuit.

Environ la moitié des habitants travaillaient d’une manière ou d’une autre dans la fabrication d’armes, et Weitz ne faisait pas exception. Cela dit, ayant perdu ses parents avant même d’avoir conscience des choses, et réduit à accomplir de basses besognes dans l’atelier d’un artisan, il n’éprouvait ni intérêt ni fierté pour ce genre de travail.

S’il travaillait, c’était simplement pour survivre ; et s’il faisait office de garçon à tout faire dans cet atelier, ce n’était pour aucune autre raison que celle d’être né dans cette Cité de Fer et de Sang.

Si l’activité principale avait été la fabrication de harnais, il aurait aidé à en produire ; si cela avait été l’agriculture, il aurait pris une houe.

Sans attachement ni intérêt, Weitz accomplissait son travail en silence, jetant à peine un regard aux artisans qui forgeaient l’acier. Peu sociable, insondable, certains le qualifiaient de travailleur acharné ; mais la plupart des gens le considéraient sans doute comme un type inquiétant, impossible à cerner.

Weitz, lui, n’y voyait aucun inconvénient. Il n’éprouvait aucun désir de se lier aux autres.

Il estimait naturel de mourir seul, puisqu’il l’avait toujours été depuis sa naissance.

C’était sans doute cette manière de vivre, indifférente aux autres et tournée vers l’instant présent, qui le rendait si détesté.

Lorsque des soupçons avaient commencé à émerger quant à la vente, par des voies illégales, de matériaux provenant de l’atelier qu’il fréquentait, Weitz avait été le premier à être mis en cause.

Parce qu’il agissait le plus souvent seul et n’avait absolument personne pour le défendre, Weitz n’avait aucun moyen de dissiper les soupçons qui pesaient sur lui.

Finalement, il ne parvint pas à prouver son innocence. Weitz fut jugé pour un crime dont il n’avait aucun souvenir, et il devint un criminel. ――Le premier tatouage qu’on lui infligea était le signe de son châtiment, destiné à le faire reconnaître d’un seul coup d’œil comme un criminel.

Personne ne portait de vêtements à manches longues, car la ville était constamment envahie par l’air chaud provenant de la forge ; ses tatouages étaient donc toujours visibles sur ses deux avant-bras.

Même s’il avait porté des vêtements à manches longues, tout le monde aurait immédiatement compris que c’était parce qu’il avait quelque chose à se reprocher.

Une fois marqué du sceau des criminels, il n’était plus possible de mener la même vie qu’auparavant.

Sa vie n’avait peut-être pas été formidable jusque-là, mais ce fut à ce moment-là qu’il renonça à l’idée d’être “normal”.

Ne pouvant plus travailler dans un atelier légal, Weitz s’était tourné vers le vol pour subvenir à ses besoins quotidiens, se mettant à dérober des matériaux pour les revendre sur le marché noir. Il était finalement devenu un véritable criminel.

――En somme, son prétendu péché avait désormais rattrapé la réalité.

Lorsqu’il avait été soupçonné de vente illégale et que personne n’avait voulu entendre sa version des faits, Weitz n’était pas un criminel. Mais par la suite, Weitz était finalement devenu un criminel.

Peut-être était-ce quelque chose comme une fatalité.

Weitz : “Si je suis quelque chose d’abject, qu’il en soit ainsi… ”

Couvert de tatouages et devenu un criminel, il semblait, aux yeux de tous, être bien loin de la “normalité”. Même lorsqu’il commettait des délits pour gagner de l’argent, rien n’avait changé : il était toujours incapable de s’entendre avec les autres.

Dans ce cas, il aurait dû mettre fin dès le départ à toutes les relations problématiques et liens encombrants.

Les tatouages, qui ne couvraient auparavant que ses avant-bras, s’étendaient désormais sur ses épaules et son torse ; il les avait lui-même étendus. En peu de temps, ils avaient recouvert le haut de son corps et ses jambes, et avaient même atteint son visage et sa tête.

Les tatouages sur les bras indiquaient qu’il s’agissait d’un criminel, mais ceux qui couvraient tout le corps étaient le signe d’une personne dangereuse, dont il valait mieux se tenir à l’écart.

Faites place, craignez-moi et pliez-vous devant moi. L’homme autrefois pitoyable, abandonné de tous et tombé dans la criminalité, n’existait plus. Il ne restait plus qu’un “sous-homme”, un individu gênant qui n’avait plus rien à perdre.

C’est pourquoi――

??? : “――Halte là, vermine criminelle ! Ne crois pas que tu t’en tireras impunément !”

Cerné par les gardes de la ville qui le menaçaient de leurs armes, Weitz se rendit rapidement.

À ses pieds, ensanglanté et effondré, gisait un ancien collègue de son atelier――l’endroit où Weitz était devenu criminel pour la première fois ; c’était un homme qui y travaillait comme apprenti artisan.

L’homme avait eu l’oreille arrachée d’un coup de dent ; il pleurait et hurlait tandis que les larmes et le sang coulaient à flots. Ce jour-là, il avait faussement accusé Weitz d’être un criminel, et lorsque Weitz avait entendu cette rumeur circuler autour d’un verre, il s’était vengé.

Après avoir recraché l’oreille qu’il gardait dans sa bouche, Weitz fut appréhendé par les gardes et jeté en prison.

Weitz était tristement célèbre dans la Cité de Fer et de Sang. N’ayant aucune chance d’être gracié, il fut rapidement décidé qu’en tant qu’esclave criminel, il serait envoyé sur la tristement célèbre Île des Gladiateurs.

Sans même avoir la force de résister, il accepta son sort. Sans la moindre volonté de lutter, il traversa le lac.

Là où on l’envoya, on le regroupa avec d’autres misérables du même acabit, et on les força à prendre part à un rituel les opposant à des bêtes démoniaques d’une terreur inimaginable.

Je me fiche de ce qui va se passer. Je n’ai pas l’intention de mourir.

Peu importe qui je devrai sacrifier, peu importe qui je devrai tromper, je survivrai, et puis, un jour…

Un jour, je serais traité――

Subaru : “――Weitz ! Attrape l’épée ! Je compte sur toi !!”

――Je serais traité comme un être humain “normal”, tel est mon souhait.


Weitz : “À couvert… !”

Dès qu’il vit la tête du garde s’envoler dans les airs sous l’effet d’un coup de pied, tournoyant tout en projetant du sang, Weitz poussa immédiatement Schwartz, qui se tenait à ses côtés, en direction de Tanza.

Vêtue d’un kimono, cette fille, malgré son apparence juvénile, possédait une grande force.

En revanche, elle ne maîtrisait pas encore ce pouvoir. Sa force physique et son esprit n’étaient pas en harmonie ; il était bien trop risqué de compter sur elle. ――Avec Schwartz, ils formaient une bonne équipe.

Schwartz était faible physiquement, mais fort mentalement. Avec lui, Tanza serait sans doute bien mise à profit.

C’est pourquoi, à ce moment-là, le pousser vers Tanza, forte physiquement, mais faible mentalement, semblait être le bon choix.

Et puis, Weitz lui-même, l’auteur de cet acte――

Weitz : “A-AHHHHHHHHH… !!!!”

En fonçant vers l’avant, il leva les bras et projeta violemment la tête du garde, qui fonçait droit sur lui, contre le sol du passage.

Décapiter son allié en un clin d’œil, puis envoyer sa tête valdinguer d’un coup de pied : cet acte d’une violence inouïe avait figé Weitz et les autres sur place――mais il ne semblait pas s’agir uniquement de cela.

En réalité, les quatre autres avaient été un peu trop lents à réagir, mais Weitz était passé à l’action.

Schwartz avait été particulièrement vigilant à l’égard de cet homme, ce qui laissait penser que ce n’était pas là son seul objectif.

Et cela se produisit juste après que Weitz eut cette pensée.

Weitz : “――Hk ?!”

Juste à côté de Weitz, qui fixait d’un regard noir l’homme devant lui, celui-ci ayant saisi une hache, le monstrueux oiseau noir――la bête gladiatrice surgit et détruisit le mur du passage.

En enfonçant le mur à un demi-pas derrière Weitz, il ravagea le passage de la couche supérieure de l’île juste à côté de lui.

Prenant pour cible Weitz et les autres, la bête gladiatrice volante s’approchait pour les massacrer――non, ce n’était pas ça. Le fait que ce soit une bête gladiatrice n’était pas faux, mais cet oiseau ne visait pas Weitz et les autres.

Bête gladiatrice : “――GYAOO !!”

Après avoir enfoncé le mur et fait son apparition, ce que le bec de l’oiseau monstrueux avait transpercé, c’était la tête du garde, qui avait été décapité.

En ciblant la tête du garde décapité, l’oiseau monstrueux s’était écrasé dans le passage. Il ne comprenait pas ce que ça signifiait, et n’avait pas le temps d’y réfléchir.

Weitz : “Je vais… !!”

Alors que son dos était criblé de blessures causées par les débris du mur qui avait éclaté sous l’effet du choc violent survenu à quelques centimètres derrière lui, ainsi que par les ailes acérées de la bête gladiatrice, Weitz, les dents serrées, ne quitta pas l’homme des yeux.

Même après s’être renseigné sur la lignée de Schwartz, il ne s’était pas laissé intimider, mais avait au contraire renforcé sa volonté de tuer――il était dangereux.

C’était une véritable menace, contrairement aux tatouages de Weitz, qui ne faisaient que donner une impression de danger.

Quoi qu’il arrive, il allait l’arrêter.

Todd : “――――”

En voyant Weitz s’avancer, l’homme plissa les yeux impitoyablement.

Il lui suffisait de croiser son regard pour comprendre, sans qu’un mot ne soit prononcé, que son adversaire avait l’intention de le tuer. Sans hésiter, lorsqu’il vit l’homme lever la hache au-dessus de sa tête avec son bras gauche, Weitz leva son propre bras gauche.

C’était le bras sur lequel il avait reçu son premier tatouage, preuve de son passé criminel, raison pour laquelle il avait fini par atterrir sur cette île.

En mobilisant résolument toutes ses forces, il allait tenter d’encaisser le coup que cet homme s’apprêtait à lui asséner――

Weitz : “Guh, geh… Hk.”

Sans pitié, la hache, dans son élan, visa la tête de Weitz depuis la gauche.

En forçant son bras levé à entrer dans la trajectoire de la hache, Weitz ne fut pas touché par la lame depuis le haut, mais plutôt sur le côté. Au moment de l’impact, les os de son coude furent brisés, et ceux de son bras et de son épaule furent réduits en miettes, tout comme sa chair.

Sous l’effet du choc et de la douleur, sa vision se teinta d’un rouge profond, et son bras gauche se couvrit d’une obscurité d’une nature tout à fait différente de celle du tatouage.

Mais――

Weitz : “J’ai tenu bon… !”

Il ne l’avait pas attendue ; au contraire, en s’avançant, il avait réussi à affaiblir légèrement la force derrière la hache.

C’était la principale raison qui expliquait pourquoi il ne lui avait pas fracassé le crâne, pourquoi il ne l’avait pas tué. Dès le départ, il avait eu le courage d’affronter le fait qu’on le qualifiait d’anormal, mais il n’avait pas eu le discernement nécessaire pour aller de pair.

L’union de cette détermination et de ce discernement était le fruit de sa rencontre avec un enfant bien plus téméraire que lui.

Par conséquent, cette rencontre permit au bras de Weitz d’atteindre l’homme――

Todd : “T’as rien tenu du tout.”

Le bras gauche brisé, il tenta d’attraper l’homme avec son bras droit intact ; à ce moment-là, la silhouette de l’homme se volatilisa.

――Non, la silhouette de l’homme n’avait pas disparu, Weitz était simplement devenu incapable de la voir.

Une fois hors de son champ de vision, il fut incapable de distinguer la silhouette de son adversaire dans cet espace sombre et flou.

Quelque chose de similaire s’était produit. Pourtant, c’était étrange. Très étrange. Brusquement, du côté droit du champ de vision de Weitz, la partie qu’il ne voyait pas s’était élargie en l’espace d’un souffle.

Comme si quelque chose avait soudainement écrasé le côté droit du champ de vision de Weitz.

??? : “Weitz――!!”

Ne parvenant pas à retrouver la trace de l’homme qui avait disparu, Weitz fut envahi par un malaise physique lorsque quelqu’un l’interpella.

En se retournant lentement, il aperçut le passage détruit et des panaches de fumée. Puis, il vit la tête de l’oiseau monstrueux qui avait détruit le passage, projetée en l’air par un coup de hache vers le bas porté par l’homme qui avait disparu.

Weitz : “――――”

Au-delà de l’homme qui avait décapité le monstre ailé, il aperçut quatre personnes debout au-dessus du passage en ruines.

Il y en avait aussi qui étaient tombés sur les fesses en battant en retraite, mais ils semblaient tous avoir échappé à l’attaque de cet oiseau monstrueux. Weitz fut un peu surpris de constater qu’il en était lui-même soulagé.

Tout en étant surpris, il y avait une chose qu’il voulait leur dire, à eux qui l’observaient avec stupéfaction.

Son bras gauche cassé lui faisait très mal. Pour une raison qu’il ignorait, le côté droit de son visage avait également commencé à lui faire très mal.

Tout en s’appuyant sur cette douleur pour tenter tant bien que mal de garder le contrôle de sa conscience, qui s’éloignait peu à peu,

Weitz : “C’était la première fois…”

??? : “Weitz… !”

Weitz : “Que quelqu’un me disait qu’il croyait en moi…”

Tout en marmonnant, Weitz comprit que c’était cela qui était logé dans son cœur.

En le réalisant, il sentit ses jambes se dérober et s’effondra sur place.

??? : “Weitz――!!”

En entendant son nom prononcé avec tant d’émotion une fois de plus, il ferma les yeux.

Pour une raison ou une autre, cela lui avait procuré un sentiment terriblement agréable.


Alors qu’il tentait de se précipiter vers Weitz, qui gisait au sol, il fut retenu par les doigts fins qui se tendaient vers lui.

Les larmes aux yeux, secouant la tête lorsque Subaru se retourna pour la regarder, la fille vêtue d’un kimono ne laissa pas Subaru agir de manière impulsive.

Et puis, avant qu’il n’ait pu repousser ces doigts――

??? : “――GWOGOBO !!”

Un crissement horrible et assourdissant retentit, et le plafond du passage s’effondra depuis le haut.

Juste au-dessus de Weitz, qui gisait au sol, le passage succomba sous le poids et s’effondra dans un crissement violent ; directement sous le plafond qui s’écroulait, Weitz fut enseveli et le sol céda.

Le passage détruit avait ouvert une brèche vers les strates inférieures, et Subaru vit Weitz tomber tête la première avec la gigantesque grenouille grise qui avait fait s’effondrer le plafond.

Weitz, qui avait reçu un coup de hache au bras gauche et une attaque de couteau à l’œil droit.

Subaru : “WEITZ――!!”

Subaru hurla en tendant la main vers le passage qui s’effondrait, vers le sol et le plafond qui s’écroulaient.

Weitz était tombé. Weitz, qui s’était précipité pour protéger Subaru et les autres. Rapidement, rapidement, ils devaient sauter en bas et sauver Weitz.

Todd : “Quelle chance que la deuxième soit tombée. Les bêtes démoniaques sont vraiment pénibles à tuer.”

Devant Subaru, dont les pensées vagabondaient, Todd marmonna en jetant un coup d’œil en coin vers le passage effondré.

À ses pieds gisait le cadavre de l’énorme oiseau noir décapité. La bête démoniaque avait été tuée par Todd à coups de hache après s’être écrasée dans le passage.

Les événements s’étaient succédé à un rythme bien trop rapide pour que Subaru puisse les assimiler.

Ce que Todd avait fait, ce qui s’était passé sous ses yeux, absolument tout. Tant qu’il n’en aurait pas fini avec eux, il serait incapable de penser à autre chose. ――Il serait incapable de penser à Weitz.

Il serait incapable de songer à ce qui était arrivé à Weitz et à ce qu’il était devenu.

Il serait incapable de――

Todd : “――En ce qui concerne les bêtes démoniaques, elles dévorent le cadavre de celui qui leur a brisé leur corne.”

Subaru : “――――”

Tout à coup, Todd prononça ces mots, en reposant la hache sur son épaule.

Tout comme les autres, Subaru n’avait pas encore tout à fait pris la mesure de la situation ; les paroles de Todd les firent sursauter, et ils se tournèrent vers lui.

Sous le regard de ces quatre personnes, Todd désigna le cadavre gisant à ses pieds.

Todd : “Quand quelqu’un brise la corne d’une bête démoniaque, il peut la forcer à lui obéir, mais il semble qu’au fil du temps, à force de lui donner des ordres, une certaine rancœur finisse inévitablement par s’accumuler. À la mort de cette personne, la bête démoniaque dévore son cadavre pour se venger. Dégoûtant, n’est-ce pas ?”

En haussant les épaules, Todd se mit à parler de cette particularité méconnue des bêtes démoniaques.

Subaru ne voulait pas savoir comment Todd avait eu vent de cela, et cette information n’était de toute façon pas du genre à lui être utile.

Cela avait toutefois permis d’expliquer de manière adéquate ce qui s’était passé.

Si cet oiseau géant s’était écrasé dans le passage, c’était parce que le garde qui avait été décapité était celui qui lui avait brisé la corne, et Todd avait su à l’avance qu’il se précipiterait sur son cadavre.

En projetant cette tête en l’air, il avait tenté de faire en sorte que Subaru et les autres soient engloutis par le grand oiseau alors que celui-ci fonçait droit sur eux.

Mais ça ne s’était pas produit. Parce que, parce que, parce que.

Parce que――

Subaru : “Weitz.”

Todd : “Il avait vraiment l’air de quelqu’un qui tenait à ses compagnons. ――C’est pour ça qu’il est mort.”

Subaru : “――Ah.”

Chose inhabituelle chez Todd, il s’agissait d’une explication détaillée des événements qui s’étaient déroulés.

Sans écouter personne, sans prévenir personne, sans rien expliquer à personne, tuer sans donner la moindre information, voilà comment Todd avait l’habitude de procéder. Malgré cela, pourquoi avait-il parlé sans discontinuer, leur permettant d’entendre toutes ces choses à l’instant ?

Leur permettre d’entendre, leur permettre de comprendre, permettre à l’esprit de Subaru de passer à la question suivante.

La relation entre les deux gardes qui avaient été tués et la bête démoniaque qui avait chargé.

Une fois cette question réglée, les pensées de Subaru pourraient passer à la suivante. Ensuite, c’était à propos de Weitz.

À propos des circonstances de la mort de Weitz, et du fait qu’il ne pouvait rien y faire.

Subaru : “A-AHHHHH――!!”

Il n’aurait pas dû mourir. Weitz n’aurait pas dû mourir.

Face à l’horreur qu’était Todd, il n’aurait pas dû tenter de protéger Subaru et les autres. Il n’aurait pas dû s’opposer à ce monstre, capable de tuer quiconque osait lui tenir tête.

Après tout, s’il venait à mourir ici――

Todd : “Ton visage commence enfin à ressembler à celui d’un morveux.”

Dès qu’il comprit que Weitz était mort, Subaru fut envahi par le regret et l’impatience.

En voyant cette réaction, Todd sourit, comme si tout s’était déroulé comme prévu, et leva sa hache au-dessus de sa tête.

Le but de l’explication détaillée de Todd avait été de permettre à Subaru de mettre de l’ordre dans ses pensées.

Le fait d’obliger Subaru à faire face à la mort de Weitz, qu’il avait inconsciemment tenté d’occulter, visait à lui briser le cœur, afin de transformer un ennemi énigmatique en un simple être humain de chair et de sang.

Tanza : “Schwartz-sama――!”

Sous le choc, Subaru s’était figée sur place, tandis que Hiain et Idra n’avaient toujours pas repris leurs esprits. La première à réagir, avant même qu’ils n’aient pu faire quoi que ce soit, fut Tanza.

Tanza posa les yeux sur Todd qui s’approchait d’eux ; les bras tendus, elle se plaça devant Subaru.

Néanmoins, Todd fronça les sourcils devant le comportement de Tanza et,

Todd : “Hey toi, tu t’y prends vraiment mal.”

Tanza : “Hein ?”

Après avoir déclaré cela devant Tanza, qui lui barrait le passage, Todd s’agenouilla sur place. Alors que Tanza avait les yeux rivés sur ce mouvement, Todd, accroupi, glissa ses bras vers l’intérieur de ses cuisses et la souleva.

Au moment même où cela se produisit, le petit corps de Tanza fut soulevé dans les airs et projeté sur le côté. ――À travers le grand trou dans le mur, creusé par l’oiseau géant, qui donnait sur l’extérieur.

Tanza : “Ah.”

Même si elle possédait des capacités physiques inimaginables pour une enfant, elle ne pouvait pas défier la gravité ni les lois de la physique. Bien entendu, son corps n’était pas plus lourd que celui d’un adulte, puisque Tanza pesait le poids d’une petite fille.

Instantanément, Tanza tendit les bras, mais ses doigts fins ne trouvèrent rien à quoi s’agripper, et son corps fut projeté de l’autre côté de l’île.

Todd : “Amuse-toi bien.”

Propulsée dans les airs, les cris de Tanza s’estompèrent rapidement à mesure qu’elle chutait.

Ainsi, maintenant que Tanza qui faisait obstacle n’était plus là, il ne restait plus personne pour protéger Subaru et les autres de la hache de Todd.

Idra : “C’est le… de Son Excellence l’Empereur…”

Todd : “Ouais ?”

Idra : “C’est le fils de Son Excellence l’Empereur ! As-tu perdu la raison ?!”

En fixant du regard Todd, qui s’était retourné, Idra s’écria.

Les yeux injectés de sang, son visage habituellement aimable déformé par la colère, il reprocha à Todd de ne pas s’être laissé convaincre par le “mensonge” selon lequel Subaru était le fils illégitime de l’Empereur de Vollachia.

Cependant, la réponse de Todd à cette plainte fut simple.

――Sans un mot, il se contenta de brandir sa hache pour fracasser le crâne d’Idra.

Idra : “Woaaah !”

Juste avant que sa tête ne soit fracassée, Idra, dont les vêtements avaient été arrachés, tomba sur les fesses. La hache le manqua et passa derrière lui ; Idra écarquilla les yeux, tandis que Subaru, qui l’avait tiré vers le bas, secoua la tête précipitamment.

C’était impossible, les mots ne parviendraient pas à l’atteindre. Dès le départ, cette menace avait été une erreur.

Subaru avait tenté de choisir la solution de facilité.

En guise de punition, il s’était retrouvé dans cette situation

Todd : “Tu l’as esquivée, hein ? C’est ma faute, c’est ma faute. Néanmoins――”

Après avoir réajusté sa prise sur la hache, Todd se tourna sur le côté avec une expression de dégoût. À l’endroit où son regard s’était posé, près de Subaru et d’Idra, qui était tombé sur les fesses, Hiain se fondait dans le décor environnant.

En se fondant dans les murs et le sol en ruines, personne n’aurait été capable de deviner la présence de Hiain.

Mais ce n’était pas comme s’il avait pu agir rapidement.

Todd : “En disparaissant sous mes yeux, c’est quoi ton plan ?”

Hiain : “Schwa――”

En croisant le regard de Todd, Hiain tressaillit, et son camouflage fut immédiatement rompu.

Jusque-là, il s’était parfaitement fondu dans le décor ; mais, comme si une partie du tableau avait été gâchée, le paysage devint alors extrêmement laid, insupportable à regarder.

Cette fois-ci, c’était de la peinture rouge qui avait été appliquée sur le tableau, jaillissant de Hiain.

Hiain : “――――”

Le coup de hache lui transperça l’épaule et lui fendit la poitrine, et Hiain s’effondra. Alors que son sang jaillissait à flots, le camouflage de son corps se dissipa, et les restes de l’homme-lézard gris s’écroulèrent dans un bruit sourd.

Weitz était mort, Tanza avait été expulsée et Hiain avait lui aussi été tué.

Les uns après les autres, sous les yeux de Subaru.

Et puis――

Idra : “U-un duel… !”

La voix tremblante, détournant le regard du cadavre de Hiain, Idra se leva.

Pointant du doigt l’homme qui, quelques instants plus tôt, avait tué son camarade sous ses yeux, les dents serrées, Idra avait le visage rouge de colère, bleu de peur, et, comme s’il ne savait pas quoi faire, il pâlit en fixant Todd du regard.

À l’endroit où la Sparka s’était déroulée, il avait menti pour inspirer Subaru et les autres, et pour se donner du courage.

À la différence des mensonges bon marché de Subaru, le mensonge concernant son titre véhiculait des idéaux.

Idra : “Si toi aussi tu es un guerrier――”

Ces idéaux d’Idra, des idéaux peut-être trop utopiques, furent trahis.

Todd : “Wow !”

Idra : “――Hk.”

Il ne faisait aucun doute que cet espoir avait été mince, mais l’offre d’Idra avait été désespérée et sincère.

En criant à tue-tête pour lui couper la parole, Todd avait attaqué Idra alors que celui-ci tentait de se montrer fort, même si ce n’était que de la bravade, alors qu’il n’était pas prêt. Ainsi, il enfonça sa lame pendant ce moment d’impréparation.

Idra : “Gah !”

Todd : “Je ne suis pas un guerrier, je suis un soldat.”

Idra, tombé à genoux, porta ses mains tremblantes à son cou. Le couteau de Todd était enfoncé au milieu de sa gorge, sa pointe acérée dépassant de l’arrière de son cou.

Malgré tout, Idra saisit le manche du couteau pour le retirer. Mais avant qu’il n’ait pu le faire, la hache s’abattit sur sa tête, venant directement d’en haut.

Idra : “――Ah.”

Idra s’effondra en avant, et Todd retira le couteau de son corps. Le cadavre d’Idra, tombé de manière maladroite, et celui de Hiain gisaient l’un à côté de l’autre, comme dans un cauchemar.

Était-il arrivé quelque chose à Tanza, qui était tombée de haut et n’était pas revenue ? Cela lui rappela que la grenouille qui était tombée en même temps que Weitz devait se trouver là-bas elle aussi.

Si c’était le cas, Tanza, et les gladiateurs de cette île également――

Todd : “En fin de compte, qu’en est-il ?”

Subaru : “Hein…”

Todd : “Toi, es-tu vraiment le fils de Son Excellence l’Empereur ?”

Todd, la hache sur l’épaule, baissa les yeux vers Subaru, qui s’était affalé, le regard vide.

Après avoir perdu ses camarades, n’ayant plus la force de s’enfuir, alors que l’homme contemplait son état, Subaru comprit pourquoi il avait été maintenu en vie jusqu’à ce qu’il soit le dernier survivant.

Le mensonge que Subaru avait raconté, selon lequel il était le fils illégitime de l’Empereur, avait véritablement déstabilisé Todd.

Lui aussi avait envisagé la possibilité que Subaru soit bel et bien le fils illégitime de l’Empereur.

Subaru : “Alors…”

Todd : “Hmm ?”

Subaru : “Pourquoi tu ne te rends pas, ou un truc du genre ? Je suis le fils de…”

S’il avait envisagé la possibilité que Subaru soit son fils, il aurait alors pu, en théorie, prendre en considération les arguments avancés par Subaru et les autres.

Subaru avait décidé de jouer le jeu de Tanza et des autres en entretenant ce malentendu, car il pensait que c’était le meilleur moyen de remettre son Unité sur pied, et parce que cela représentait une lueur d’espoir pour eux.

Todd aurait pu, au lieu de choisir de les laisser s’entre-tuer, décider de brandir le drapeau blanc pour sauver sa peau.

Mais à cause de cela, Subaru avait perdu tous ses camarades, tandis que Todd avait réussi à s’en sortir.

Subaru : “Pourquoi ? Tu es…”

Todd : “Si je faisais quelque chose comme me rendre, on me tuerait sous un prétexte bidon, et je ne pourrais rien y faire.”

Subaru : “――――”

Todd : “J’ai décidé qu’il valait toujours mieux vérifier la véracité d’une information quand la situation m’est favorable. Je peux ainsi me concentrer pleinement sur la prise de décision, et je risque moins de me tromper. ――Sans compter que ça me procure une certaine tranquillité d’esprit.”

Face à cette dernière raison, qui semblait être la plus importante vu la façon dont Todd l’avait formulée, Subaru retint son souffle.

C’était comme si, pendant tout ce temps, Todd lui avait étranglé le cou.

Todd : “Que tu sois ou non le fils illégitime de l’Empereur, c’est ton nom qui m’intéresse.”

Subaru : “Mon… nom… ?”

Todd : “Natsuki Schwartz, ça ressemble au nom d’un type effrayant que je connais. Et pour couronner le tout, ton odeur me rappelle aussi beaucoup celle de ce type effrayant.”

En reniflant légèrement, Todd dévisagea Subaru d’un regard glacial.

Quelque chose à propos de son odeur――il avait entendu la même remarque lors du premier massacre, lorsqu’il avait appris pour la première fois que Todd était arrivé sur l’Île des Gladiateurs.

Lorsqu’il comprit qu’il s’agissait de son odeur, un mauvais pressentiment s’empara de Subaru.

Subaru : “Tu es au courant pour le Miasme ?”

Todd : “Le Miasme ? Ah, non, ce n’est pas ça, ce n’est pas ça, ne te méprends pas. Ton odeur corporelle est vraiment forte. J’ai un nez assez développé. C’est pour ça que c’est aussi étrange.”

Subaru : “――――”

Todd : “――Hey toi, tu as un grand frère ou quelque chose comme ça ? Si c’est le cas, je serais ravi de te garder en vie pour t’utiliser comme monnaie d’échange avec lui.”

Après avoir démenti la question de Subaru, ce qui s’ensuivit fut une proposition surprenante.

Je serais ravi de te garder en vie, qui aurait cru que Todd dirait une chose pareille ?

De plus, le grand frère dont Todd avait parlé n’était très probablement personne d’autre que Subaru lui-même.

Il avait imaginé que le Subaru aux membres plus longs était le grand frère du Subaru rapetissé.

De plus, Subaru semblait se souvenir s’être présenté à Todd alors qu’il était habillé en femme ; il se pouvait donc qu’il soupçonne Subaru d’avoir un lien avec “Natsumi Schwartz” à cause de cela.

Quoi qu’il en soit, “ne pas tuer” était devenu une option dans l’esprit de Todd.

Subaru : “――――”

Les décès de Weitz, Hiain et Idra s’étaient produits juste à côté de lui.

S’il fermait les yeux, la mort de Gustav et du Vieux Null lui revenait également à l’esprit. Il revoyait aussi la mort de nombreux gladiateurs, voyait leurs dépouilles, dont il avait été témoin tout au long de son périple.

Tout le monde, sans exception, avait fini par mourir. C’est ainsi qu’ils avaient fini par mourir.

――Parce que Subaru ne devait absolument pas mourir.

Subaru : “…Tu es au courant pour nii-chan ?”

Profitant du malentendu de Todd, il changea de tactique pour faire avancer la conversation.

Si Todd se montrait d’une certaine manière prudent face au grand Subaru, alors en utilisant cette prudence, le petit Subaru pourrait s’en sortir.

S’il pouvait survivre ici de cette manière――

Todd : “――Attends.”

Subaru : “Hein ?”

Subaru ouvrit la bouche et tenta d’aligner quelques mots qui lui permettraient de s’en sortir. Todd tendit la main et saisit le visage de Subaru alors que celui-ci prenait une expression particulière ; Subaru pouvait voir ses yeux à travers les interstices entre ses doigts.

Todd s’accroupit et, saisissant le visage de Subaru, lui lança un regard terriblement glacial.

Et puis――

Todd : “――Hey, tu as essayé de me manipuler, non ?”

Dans un bruit sourd, une vive douleur lui transperça la poitrine.

Sentant la froideur de la pointe de la lame à l’intérieur de son corps, Subaru écarquilla les yeux. Puis, l’instant d’après, une douleur si intense qu’elle lui engourdit les membres lui transperça l’arrière de la tête avec une violence inouïe.

Et sous l’effet de ce transpercement, Subaru se mit à hurler.

Subaru : “GYAAAA, GEEEEE !!”

Todd : “Désolé, désolé, je ne peux pas me permettre la moindre négligence ni la moindre faiblesse.”

Un couteau surdimensionné avait été enfoncé profondément dans la poitrine de Subaru.

La question n’était pas de savoir s’il fallait l’arracher ou non, c’était tout simplement trop gros. Ça l’avait transpercé. En le poignardant, il avait probablement détruit ce qui était important dans sa poitrine.

Du sang moussa aux coins de sa bouche, et tandis qu’il crachait de la salive rouge, le corps de Subaru trembla.

Dans une violente quinte de toux, un paquet taché de rouge tomba de sa bouche.

Ça n’avait pas d’importance. Ça n’avait plus d’importance. Il ne pouvait pas s’en servir. Ce n’était pas comme s’il pouvait s’en servir. Mourir, il ne devait pas mourir. S’il mourait, ce serait terrible. S’il mourait, mourir serait… il ne devait pas mourir.

Todd : “Ne bouge pas.”

Allongé par terre, essayant de ramper pour s’éloigner de cet endroit, Subaru se fit piétiner l’abdomen par Todd tandis que celui-ci parlait. Pour l’empêcher de bouger, pour l’empêcher de s’enfuir, il avait été immobilisé.

Après l’avoir stoppé, face à Subaru, Todd leva sa hache au-dessus de sa tête.

Ça fait mal, ça fait peur, c’est horrible, c’est dangereux, au moins, au moins, cette douleur rouge et glaciale, ça, au moins ça, je dois y mettre un terme.

Subaru : “Je ne dois… pas… mourir…”

Todd : “Un, deux eeeet trois !”

Faiblement, il leva les mains pour se protéger la tête. En vain.

La tête sous les mains de Subaru, ainsi que sa vie même, furent pulvérisées par la lame de la hache qui s’abattait――


Subaru : “――Hk.”

Lorsque son crâne avait été fracassé, tout ce qu’il contenait s’était répandu.

Comme s’il avait été témoin de cette scène horrible, un cri jaillit du plus profond de la gorge de Subaru. Il tendit ses deux mains tremblantes et se toucha la tête.

Elle n’avait pas été fracassée. Une tête intacte, une poitrine qui ne lui faisait pas mal, une vie qui n’avait pas été fauchée : tout était là.

Après s’en être assuré, Subaru poussa un soupir de soulagement, leva les yeux vers le ciel, et――

Subaru : “――Ah.”

Il y avait là un homme couvert de tatouages qui, lentement, se retourna pour regarder Subaru.

Le bras gauche déchiqueté par la hache, l’œil droit crevé par le couteau, il perdait énormément de sang. Weitz.

Weitz : “C’était la première fois…”

Les lèvres tremblantes, Weitz, ensanglanté, prononça ces mots.

En voyant cela, Subaru laissa échapper un “Ah” accompagné d’un soupir vraiment, vraiment pathétique.

Weitz : “Que quelqu’un me disait qu’il croyait en moi…”

Subaru : “AAAHHHHHH――!!!!”

Après avoir prononcé ces quelques mots faibles, le corps de Weitz s’effondra sur le côté.

Même s’il tendait la main, quoi qu’il fasse, le corps de Weitz ne pouvait plus être sauvé, c’était certain.

Il n’aurait pas dû mourir. Subaru n’aurait pas dû mourir.

Il n’aurait pas dû laisser cela devenir définitif.

Le point de départ de Subaru, qui recommençait à partir du moment de la Mort, continuait d’avancer――

Subaru : “AAAHHHHHH――!!!!”

――Parce que si quelqu’un qu’il lui était absolument impossible de sauver finissait par apparaître, alors le “cœur” de Natsuki Subaru se briserait.

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