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Web Novel • Arc 07

74La providence du Loup Empalé

Gustav : “――Attends un instant, Schwartz. Je termine juste de lire jusqu’à un bon point d’arrêt.”

Après avoir dit cela, Gustav ne jeta même pas un bref coup d’œil à Subaru, qu’il avait convoqué dans la pièce. Son regard restait fixé sur le bureau, sur la lettre qu’il tenait entre ses mains.

Conduit par le garde, Subaru avait été conduit au niveau le plus élevé de Ginunhive. Derrière une porte à l’aspect somptueux, Subaru découvrit une pièce simple et sobre.

Cette pièce spacieuse ne contenait rien d’autre qu’un bureau destiné au travail, une bibliothèque destinée au travail et une boîte à outils destinée au travail. Comme la pièce était trop spacieuse pour savoir quoi en faire, il était possible qu’elle ait été remplie d’autres objets à l’origine.

La pièce destinée au Gouverneur, débarrassée de tout ce qui n’était pas indispensable à son travail, donnait une impression d’ordre et de propreté ; reflétant bien le caractère sérieux de Gustav, elle était, paradoxalement, rassurante.

Subaru : “Vous me dites d’attendre jusqu’à ce que vous trouviez un passage où vous arrêter, mais il n’y a pas de chaises.”

Subaru resta perplexe lorsque Gustav lui ordonna d’attendre dans la pièce.

Mais comme on lui avait demandé d’attendre, il n’avait pas d’autre choix. N’ayant rien d’autre à faire pour l’instant, Subaru balaya la pièce du regard jusqu’à ce que son regard se pose sur une personne qui semblait être en décalage avec le reste.

Subaru l’avait repéré, ou plutôt, la personne en question lui faisait déjà de grands signes de la main, avec un visage détendu, presque niais.

??? : “Heyhey, Basu, tu as vraiment travaillé dur. Tu as quelque chose à régler avec Gustav-san ?”

Subaru réprima un soupir et s’approcha du faux Cecilus, celui qui lui avait parlé d’un ton si désinvolte.

En se demandant ce qu’il pourrait bien dire, la relation entre Subaru et le faux Cecilus s’était à nouveau un peu compliquée. Dans une certaine mesure, la participation de Subaru à la Sparka était le résultat des incitations du faux Cecilus.

Quand bien même Subaru estimait qu’il aurait rejoint la Sparka même s’il n’y avait pas eu de querelle――

Subaru : “Cecil, j’avais vraiment envie de te rabattre le caquet, ça ne fait aucun doute.”

Cecilus : “Oh là là ! Me rabattre le caquet, c’est un objectif sacrément ambitieux. C’est pour ça que tu as rejoint la Sparka ? Si c’est le cas, désolé.”

Subaru : “Tu es désolé ?”

Cecilus : “Non, tu vois, je ne suis pas allé voir la Sparka qui a eu lieu tout à l’heure.”

Subaru resta bouche bée devant la réponse du faux Cecilus, qui lui tira la langue d’un air tout à fait désinvolte. Cependant, une vague de colère le submergea aussitôt, et il s’écria : “Espèce de salaud !”.

Subaru avait lui-même pris la ferme résolution de lui prouver qu’il avait tort, et il s’était également précipité dans le but de faire en sorte que Cecilus revienne sur ses propos, en lui permettant de le constater de ses propres yeux.

Subaru : “E-ESPÈCE DE SALAUD… !”

Cecilus : “Allons, allons, ne te fâche pas ! D’accord, d’accord, je comprends que tu aies envie de t’énerver, mais il se trouve que j’ai moi aussi mes raisons !”

Subaru : “Alors, pourquoi ne pas me les présenter ? Elles ont intérêt à être bonnes, sinon…”

Cecilus : “En fait, je connaissais déjà l’issue sans même l’avoir vue, tu sais ? Tu allais rapidement en finir avec un affrontement parfait. Et puis, je n’avais aucune raison d’y aller, puisque ma vie n’était pas en jeu, après tout.”

Subaru : “――――”

Comme il ne manifestait aucune réaction face à toutes ses provocations, Subaru prit ses distances avec ce faux Cecilus et ses manières immuables.

En toute honnêteté, Subaru savait bien qu’au vu de tout ce qu’il avait fait, il était tout à fait normal que Hiain le traite de petit morveux effrayant――

Subaru : “Pour un observateur extérieur, il serait tout à fait justifié également de qualifier Cecil de sale gosse effrayant…”

Cecilus : “Il se peut que ceux qui parviennent à la suprématie restent toujours incompréhensibles pour les autres, tu sais. Dans ce cas, Basu et moi-même faisons partie de cette catégorie.”

Subaru : “Eh bien, on dirait que tu me tiens vraiment en haute estime.”

Cecilus : “Oui, je suis désormais presque convaincu. Alors rassure-toi, et continue à faire des choses non conventionnelles, décalées, audacieuses et farfelues !”

Subaru : “Être à côté de la plaque et complètement à l’ouest, je m’en passerais bien !”

Subaru fit la moue en signe de protestation face à ce faux Cecilus, qui déversait machinalement un flot de paroles de ce genre. Puis, à la fin de leur échange, un bruit sourd retentit : quelqu’un avait frappé violemment le bureau.

En y regardant de plus près, celui qui avait fait ce bruit était Gustav, qui venait de finir de lire la lettre.

Gustav posa son menton sur deux de ses bras croisés, tandis que les deux autres reposaient sur le bureau. Subaru était impressionné de voir qu’avec quatre bras, il pouvait faire des choses aussi habiles.

Subaru : “Je me demande si, en joignant les quatre mains, ça ferait un appui-menton trop grand ?”

Cecilus : “Eh bien, c’est une bonne question. Gustav-san a un visage assez large, alors il se pourrait bien que, étonnamment, en empilant quatre mains les unes sur les autres, on obtienne la taille idéale. Pourriez-vous les empiler un instant ?”

Gustav : “Vous n’avez donc pas la décence de vous taire ? Le bon sens vous dicterait de respecter le silence quand on attend que quelqu’un lise une lettre.”

Subaru et Cecilus : “Mais vous n’avez rien dit…”

Leur querelle avait été puérile et dépourvue de toute logique, mais malgré tout, les excuses de Subaru et du faux Cecilus se chevauchaient.

De ce fait, les sentiments de Subaru envers Gustav se transformèrent en culpabilité. Le fait de partager le point de vue du faux Cecilus signifiait que Subaru s’était comporté de manière absurde.

Subaru : “Gustav-san, je suis désolé. Je suis fautif…”

Cecilus : “Ces pensées qui t’habitent, ce n’est pas juste une façon de chercher à être accepté ? Quoi qu’il en soit, puisque tu as reconnu ta faute, je vais rejeter toute la responsabilité sur Basu.”

Gustav : “De mon point de vue en tant que responsable, Schwartz fait preuve de plus d’humilité en ayant présenté ses excuses. De plus, je ne me souviens pas avoir autorisé Segmunt à entrer dans cette pièce.”

Subaru : “Oh, vraiment ? Alors, qu’est-ce que tu fais ici, Cecil ?”

Cecilus : “J’ai tout simplement l’intention d’être là où je veux, quand je veux. Personne sur cette île ne peut entraver ma liberté, alors je pense que c’est une façon raisonnable de procéder.”

Avec désinvolture, le faux Cecilus déclara qu’il ne se pliait aux exigences de personne. Subaru jeta un regard inquiet vers Gustav, mais le Chef de l’Île semblait toujours tourmenté, les yeux fermés et le front plissé.

Les propos du faux Cecilus ne semblaient pas être un mensonge, mais bien sûr, Gustav n’était pas disposé à fermer les yeux sur la situation, du moins telle était sa position.

Mais――

Subaru : “Personne ne peut arrêter Cecil, hein ?”

Cecilus : “Oui, c’est ça. C’est ce qu’on appelle un traitement de faveur. Destiné, plus précisément, à l’acteur principal de ce monde.”

Subaru : “Je ne comprends pas vraiment ce que ça veut dire, mais…”

Même s’il s’exprimait de manière singulière, il n’était pas difficile de comprendre ce que le faux Cecilus avait essayé de dire.

Seulement, si ce faux Cecilus ne se trompait pas dans ses déclarations, cela soulèverait une autre incohérence majeure. Subaru ne pouvait pas ignorer une telle contradiction.

Subaru : “Hum, alors, Gustav-san, on m’a dit que vous vouliez me voir, mais… ça ne vous dérange pas si Cecil reste ici pour écouter notre conversation ?”

Gustav : “――. Segmunt.”

Cecilus : “Ne vous donnez pas cette peine. Personne ne pourrait me faire partir. Ne vous inquiétez pas : si ce dont vous parlez me concerne, ça finira par me parvenir aux oreilles, et si ça ne me concerne pas, je l’oublierai vite fait. Ma capacité à oublier est impressionnante. Il est même possible que je sois en train d’oublier plein de choses importantes en ce moment même.”

Subaru : “Ce n’est pas du tout impressionnant…”

Subaru et Gustav avaient tous deux baissé les bras face à l’arrogance du faux Cecilus, qui gonflait le torse.

Finalement, sans que la composition des occupants de la pièce ne change, Subaru se dirigea vers Gustav, qui se tenait juste devant lui. Le faux Cecilus les observait, les mains croisées derrière la tête, adossé au mur.

C’était une inspection menée par un “acteur” terriblement étrange.

Subaru : “Oublions Cecil à l’arrière, vous m’avez appelé――”

Gustav : “Bien sûr, c’est un avertissement punitif en raison de ta mauvaise conduite.”

Subaru : “…Vous ne tournez pas un peu autour du pot ?”

Une voix grave interrompit ses propos, et Subaru fronça les sourcils en marmonnant.

Conformément aux règles de l’Île des Gladiateurs, l’avertissement était suivi de la punition, et en principe, venait ensuite la mort infligée par le règlement maudit. Quelle que soit l’issue finale, le fait que l’avertissement soit intervenu après la punition constituait un ordre des choses erroné.

Gustav : “Schwartz, tu as tenu devant moi, le responsable, des propos qui menaçaient de troubler l’ordre de l’Île des Gladiateurs. Tu as ignoré l’avertissement et tu en es donc arrivé au stade où une sanction doit t’être infligée. N’en es-tu pas conscient ?”

Subaru : “…Je le suis.”

Gustav : “Alors, tu dois me promettre de ne plus jamais en parler en ma présence. ――Ne dis plus jamais que tu as l’intention de t’échapper de cette île ni que tu as le moindre autre projet visant à aller à l’encontre de la volonté de Son Excellence l’Empereur.”

Son expression restait immuable et figée. Son regard et l’intensité de ses pupilles ne changeaient pas non plus. Sa voix dégageait un calme semblable à celui d’un énorme rocher, mais elle dégageait néanmoins une impression d’intimidation écrasante.

S’il avait été un peu plus expressif, s’il avait par exemple été en colère ou agacé, Subaru aurait eu plus de facilité à le comprendre. Or, Gustav ne ressentait ni colère ni agacement.

Subaru : “Un sens du devoir absurdement fort.”

Gustav : “――――”

Subaru : “Gustav-san, avez-vous une dette de gratitude envers Son Excellence l’Empereur ?”

Gustav : “Essaies-tu d’esquiver la question ?”

Subaru : “Pas du tout.”

Il n’avait pas l’intention de l’esquiver, et il n’était d’ailleurs pas en mesure de le faire.

Gustav ne semblait pas disposé à laisser Subaru partir sans avoir obtenu de lui un engagement ferme. C’est pourquoi la question de Subaru était motivée par la méfiance et la curiosité qu’il éprouvait envers le véritable Gustav.

Puisqu’il comprenait à peu près la position de la personne que Gustav appelait Son Excellence l’Empereur.

Gustav : “Je n’ai aucun lien personnel avec Son Excellence l’Empereur. En tant que Gouverneur, on m’a confié la gestion de cette île. M’acquitter, dans le cadre de mes fonctions, des obligations professionnelles liées à mon poste, n’est-ce pas tout à fait naturel ?”

Subaru : “Vous voulez dire que le fait d’être trop sérieux, c’est juste votre personnalité ?”

Gustav : “Il est quelque peu malhonnête de qualifier de “sérieux” le fait d’accomplir ses devoirs naturels, non ?”

Subaru pencha la tête, n’ayant pas eu l’intention de se moquer de lui, mais ses propos avaient été pris pour une insulte.

Pourtant, la réponse de Gustav n’était pas celle que Subaru espérait. Il ne savait pas s’il s’agissait là de la véritable intention de Gustav ou d’une façade destinée à la dissimuler.

C’était quelque chose qu’il était impossible de savoir à propos de Gustav sans en apprendre davantage sur lui.

Subaru : “Dans le cas de Gustav-san, je ne pense pas que je parviendrais à gagner sa confiance, même si j’essayais cinq ou dix fois…”

Les succès remportés par Subaru jusqu’à présent étaient, selon lui, dus à ce qu’il considérait comme une sorte “d’effet pont suspendu”, né des conditions extrêmes dans lesquelles il s’était retrouvé.

Au cœur de la Sparka, alors que des vies étaient en jeu, les paroles de Subaru, prononcées avec un air de certitude, avaient semblé détourner l’attention de chacun de sa propre situation.

Apprendre à les connaître avait été la principale raison qui avait permis à Natsuki Subaru de surmonter la Sparka.

Toutefois, cette méthode était assez difficile à mettre en œuvre en dehors de la Sparka.

Gustav : “――Schwartz, pourquoi cette tête ?”

Subaru : “Je me demandais juste comment faire fondre le cœur de glace de Gustav-san.”

Gustav : “Il n’y a aucune corrélation entre un cœur et la glace. Je te prie de ne pas t’exprimer comme Segmunt. Afin de ne pas aggraver les maux de tête qui m’accablent, en ma qualité de responsable.”

Les remarques désinvoltes de Subaru reçurent une réponse sérieuse, et le faux Cecilus, assis à l’arrière, laissa échapper un petit rire.

Subaru et Gustav échangèrent un regard, s’accordant pour faire comme si de rien n’était. Puis, ils revinrent une nouvelle fois sur la question restée sans réponse.

Gustav : “Tu dois renouveler ton allégeance, Schwartz. En plus de tes activités de gladiateur sur cette île, tu dois m’obéir en ma qualité de Gouverneur. ――Tu t’abstiendras de tout acte allant à l’encontre de la volonté de Son Excellence l’Empereur.”

Subaru : “――――”

Les yeux fermés, Subaru se répéta mentalement les paroles de Gustav.

Après avoir fièrement déclaré qu’il quitterait l’île, Subaru avait reçu un avertissement de la part de Gustav, et comme il ne s’était toujours pas ravisé, Gustav l’avait envoyé au milieu de la Sparka dans le but de le punir.

Si ce qu’avaient déclaré les gladiateurs était vrai, l’avertissement serait suivi d’une sanction, et si celle-ci restait sans effet, la peine prévue par le règlement maudit s’appliquerait alors.

Et puis, il y avait une chose dont Subaru devait s’assurer à tout prix. C’était la confirmation dont Subaru et les autres avaient absolument besoin pour quitter l’île des Gladiateurs――

Gustav : “Schwartz, ta réponse――”

Subaru : “――NO !”

Gustav : “――――”

En réponse à cette question posée d’une voix basse et insistante, Subaru éleva fièrement la voix, le torse bombé.

Gustav fronça les sourcils en entendant cette réponse et se tut. Voyant ce silence, Subaru comprit immédiatement que le sens réel de ses paroles n’était pas passé tel qu’il les avait formulées, et qu’il fallait donc les reformuler.

Subaru : “No, ça veut dire que je refuse. Je suis désolé, mais je ne peux pas accepter ce que vous dites, Gustav-san. J’ai déjà décidé de partir d’ici, aussi stupide que ça puisse paraître.”

Artiste du fan-art : punibaba


En décortiquant les mots qui n’avaient peut-être pas été bien compris, Subaru réitéra ainsi sa déclaration.

Avec une confiance absolue, il avait déclaré au Gouverneur de l’île, Gustav Morello en personne, qu’il s’échapperait de l’Île des Gladiateurs, Ginunhive.

Gustav : “――――”

La réponse de Subaru n’était bien sûr pas celle que Gustav avait espérée. Il laissa cette sévérité stupéfiante s’imposer sur son visage, sans changer ni d’expression ni d’intensité dans le regard.

Bouillonnant, tel du magma prêt à entrer en éruption――

Gustav : “Schwar――”

Cecilus : “Ah-hahahahahahaha !”

Un instant plus tard, un rire aigu vint perturber de manière irrésistible le magma sur le point d’entrer en éruption.

Celui qui riait aux éclats était le faux Cecilus, au fond de la pièce, qui écoutait nonchalamment leur conversation.

Le faux Cecilus, tout en riant aux éclats, s’essuya les yeux avec les doigts.

Cecilus : “No ! No, a-t-il répondu. Je ne sais pas ce que “no” veut dire, mais personnellement, j’aime beaucoup ce mot parce qu’il me donne un fort sentiment de rébellion ! Ouaaah, Basu, tu ne connais vraiment pas la peur, hein ? Eh bien, ça ne me déplaît pas, au contraire, je l’apprécie beaucoup.”

Subaru : “Je vois. Eh bien, pour moi, Cecil est un petit morveux effrayant.”

Cecilus : “Ahahahaha !”

Le faux Cecilus n’arrêtait pas de rire, tout en se tapant les cuisses et en tapant du pied sur place.

Même si le rire tonitruant du faux Cecilus leur avait coupé l’herbe sous le pied, les paroles de rejet de Subaru à l’égard de Gustav n’avaient pas perdu de leur force.

Gustav : “Schwartz, en ma qualité de responsable, je t’ai mis en garde et sanctionné pour ne pas être revenu sur tes propos. De plus, je t’ai donné une nouvelle chance de corriger ton attitude, mais tu n’as toujours pas l’intention de le faire ?”

Subaru : “…Ouais, je ne vous déteste pas, Gustav-san. C’est l’Empire que je hais.”

Gustav : “En ma qualité de responsable, je n’ai pas le droit de déformer ton opinion personnelle sur le fait d’apprécier ou de ne pas apprécier certaines personnes.”

En d’autres termes, Gustav avait déclaré qu’il se moquait bien de savoir s’il était détesté, mais c’était vrai que Subaru ne détestait pas Gustav. Subaru ne le connaissait pas assez bien pour savoir s’il l’aimait bien ou non.

Se faire une opinion sur quelqu’un en se basant uniquement sur une première impression serait tout à fait ridicule.

Subaru : “À moins, bien sûr, qu’il ne kiss la main d’une fille que j’aime.”

Gustav : “――?”

Subaru : “Je parlais tout seul, à propos de quelqu’un qui n’avait absolument rien à voir avec ça.”

Subaru jeta un coup d’œil à Gustav, regrettant les mots qui lui avaient échappé si brusquement.

Du point de vue de Gustav, Subaru devait être l’enfant le plus difficile à gérer. Même s’il l’avait envoyé à la Sparka sous prétexte de le punir, Subaru n’avait montré aucun signe de repentir.

Gustav avait certainement réalisé que Subaru ne l’avait pas pris comme une punition.

Et si cela devait arriver――

Subaru : “Est-ce que vous allez vraiment me réprimander, en plus de me mettre en garde et de me punir ? Gustav-san.”

Gustav : “――. Si tu ne renonces pas à ton opinion, dans le pire des cas, je serai contraint, en ma qualité de responsable, de le faire conformément aux pouvoirs qui m’ont été conférés.”

Subaru : “Je vois… Alors, pourquoi vous ne le faites pas ?”

Gustav : “――――”

En penchant la tête, Subaru répondit à Gustav comme si de rien n’était.

En entendant les paroles de Subaru, l’expression de Gustav changea légèrement. Il ne s’agissait ni d’un froncement de sourcils, ni d’un geste pour se frotter le front, mais plutôt d’un raidissement de ses joues.

Ce n’était pas tant qu’il y réfléchissait, mais plutôt la réaction de quelqu’un qui avait été touché là où ça faisait mal.

Subaru : “Vous pouvez vous servir de la malédiction qui pèse sur tous les gladiateurs de l’île pour me punir. Je suis un petit effronté qui n’obéit jamais aux ordres, et comme Gustav-san est le Gouverneur ici, faire de moi un exemple devrait être tout à fait acceptable. Vous pouvez le faire. Mais…”

Gustav : “――――”

Subaru : “Gustav-san, vous ne le ferez pas. ――Non, je ne pense pas que vous en soyez capable.”

Gustav, réduit au silence, fut incapable de répondre.

Subaru cherchait à comprendre ce que signifiait ce silence, tout en poursuivant ses réflexions.

Le règlement maudit était la principale raison qui poussait les gladiateurs de l’île à avoir peur et à restreindre leurs actions.

Les gladiateurs, sur lesquels avait été gravée la marque maudite, pouvaient être condamnés à mort, selon le bon vouloir du Gouverneur, Gustav. Subaru soupçonnait que Gustav était incapable de recourir à ce moyen de dissuasion.

Subaru : “J’ai interrogé le Vieux Null, ce gladiateur âgé qui vit ici depuis longtemps. Il m’a dit qu’avant l’arrivée de Gustav-san, l’Île des Gladiateurs était un lieu sans loi, et que beaucoup de personnes mouraient des suites de blessures ou de maladies. Mais les choses ont beaucoup changé depuis l’arrivée de Gustav-san. Il y a moins de morts.”

Gustav : “C’est le devoir naturel du Chef. Pour commencer, un gladiateur doit consacrer sa vie aux représentations de l’île et éviter autant que possible de mourir pour d’autres raisons. En dehors des spectacles, il en va de même pour les combats à mort quotidiens. Ces occasions sont prévues pour maintenir la tension et le niveau de compétence, mais il est tout aussi important d’éviter de mourir dans des situations autres que celles des combats réels.”

Subaru : “Ouais, Gustav-san tient à éviter autant que possible les pertes inutiles parmi les gladiateurs. C’est aussi ce que j’ai constaté depuis que je suis ici. Étonnamment, vous offrez de bonnes conditions de travail à vos employés.”

Cecilus : “Condissions de travaïe, d’autres mots que je ne connais pas et qui font battre mon cœur à tout rompre !”

(Note de Traduction : Le mot utilisé par Subaru est un terme moderne (福利厚生), c’est pourquoi Cecilus ne le connaît pas et le prononce mal.)

Le faux Cecilus s’attarda sur une partie de l’interrogation de Subaru, mais ce dernier n’avait pas l’intention de jouer les dictionnaires.

Même pour Subaru, il s’agissait d’un moment crucial.

Subaru : “Je pense que si les morts sont autorisées au cours de la Sparka, c’est pour maintenir le niveau des gladiateurs, et peut-être aussi pour resserrer l’état d’esprit des autres gladiateurs.”

Gustav : “――――”

Subaru : “Je l’ai déjà dit, mais une fois que l’on devient gladiateur, les règles ici sont bien plus souples. Cependant, il n’est pas souhaitable que les gladiateurs prennent l’habitude de se relâcher durant leur vie quotidienne. C’est pourquoi ils doivent participer à la Sparka. Ça renforce la tension, et puis… ça rassure.”

Gustav : “Ça rassure, comment ça ?”

Subaru : “C’est un soulagement que nous ayons réussi à devenir des gladiateurs. C’est ce qui nous rassure.”

Face à la question de Gustav, Subaru répondit en le regardant droit dans les yeux.

Lorsque Subaru s’était interrogé sur les motivations de Gustav, c’était cette impression qui lui avait semblé la plus plausible à plus d’un titre. Il était bien sûr possible qu’il se trompe, mais il n’avait pas grand-chose à perdre à poser la question.

Il n’aurait quelque chose à perdre que si on se moquait de lui ou si on lui répondait par un refus catégorique.

Gustav : “――――”

Mais Gustav ne choisit aucune des deux options ; il préféra garder le silence.

Subaru : “…Gustav-san veut éviter autant que possible la mort des gladiateurs… D’un autre côté, il ne veut pas que les gladiateurs se laissent emporter ou deviennent insubordonnés. C’est pour ça que les Sparka sont utilisées. Vu sous cet angle, ça me semble tout à fait logique.”

Gustav : “Cette théorie semble plausible. Mais ça ne constitue pas une preuve valable expliquant pourquoi moi, en tant que responsable, je n’applique pas le règlement maudit. Ce n’est qu’un vœu pieux de ta part.”

Subaru : “Il y a une autre raison à cela… Quelqu’un de rebelle qui se laisse emporter, Cecil.”

Cecilus : “Hein, pourquoi moi ?”

Subaru leva le pouce et désigna son dos, ce qui fit écarquiller les yeux du faux Cecilus. Lorsque Gustav jeta un coup d’œil dans cette direction, Subaru acquiesça vigoureusement.

Le faux Cecilus se démarquait nettement des autres gladiateurs par son comportement indiscipliné, notamment en ayant pris part ouvertement à la discussion entre Subaru et Gustav.

Bien sûr, il avait dû recevoir des avertissements et des punitions, lui aussi. Mais, contrairement à Subaru, ce genre de choses ne devait absolument pas l’affecter. Dans ce cas, il ne serait pas étonnant que le faux Cecilus ait déjà subi quelque chose de plus sévère encore que des punitions : une véritable sanction.

Subaru : “Et pourtant, Cecil va bien. Il est possible que Cecil soit le favori de Gustav-san, mais ça ne semble pas être le cas, vu comment vous vous comportez.”

Gustav : “Quel discernement. En tant que responsable, je ne fais preuve d’aucune complaisance envers Segmunt. Je veille scrupuleusement à ce que mes sympathies ou antipathies n’influencent en rien l’exercice de mes fonctions.”

Cecilus : “Hey, hey, hey ? Tu veux dire que je ne plais pas à tout le monde ? Bon sang, désolé de voler la vedette partout où je passe.”

Subaru : “Ta force mental est démesurée…”

Le faux Cecilus restait parfaitement imperturbable malgré cette accusation plutôt directe. Il serait difficile d’acquérir une telle personnalité sans avoir fait preuve d’une telle audace.

Quoi qu’il en soit, l’existence continue du faux Cecilus constituait un fondement assez solide pour la théorie de Subaru.

En d’autres termes――

Subaru : “Cecil n’est pas puni non plus. Je dérange autant, voire plus, Gustav-san que Cecil. Pour couronner le tout, que pensez-vous de mon refus de faire ce que vous venez de me demander ?”

Gustav : “――――”

Subaru : “Vous comptez me punir en appliquant le règlement maudit… ? Gustav-san, qu’allez-vous faire ?”

Les yeux de Gustav se plissèrent légèrement en réponse à la question de Subaru.

Gustav, l’homme de la Tribu des Bras Multiples, avait posé ses quatre bras sur le bureau ; il avait le menton appuyé sur deux d’entre eux, tandis que les deux autres reposaient sur le bureau comme s’il l’enlaçait, tandis que Subaru attendait sa réponse.

À travers ses propos, les intentions de Subaru avaient sans aucun doute été clairement transmises à Gustav.

Lui dire de le faire, le pousser à agir――ce n’était pas ce que Subaru faisait. Il essayait plutôt de confirmer quelque chose.

――Qu’il n’existait pas de règlement maudit qui régissait la vie des gladiateurs.

Gustav : “――――”

Gustav inspirait la crainte par son air sévère et son attitude oppressante, mais il estimait qu’il gérait l’île avec beaucoup de finesse.

Quelles qu’aient été ses intentions en suivant les ordres de l’Empereur, et malgré les apparences, Gustav avait réussi à diriger les gladiateurs de l’île non pas par la violence, mais grâce à des règles.

Une fois qu’ils surmontaient la Sparka et devenaient des gladiateurs, ils ne se rebellaient plus en se laissant aller à leur situation. Et s’il les maintenait en alerte en organisant régulièrement des Sparka, les amenant à penser que participer à une autre Sparka n’était pas dans leur intérêt, alors personne ne voudrait être victime du règlement maudit qui les attendait en guise de punition.

Grâce à ce double filet de sécurité, la chaîne inexistante du règlement maudit, pour ainsi dire, maintenait les pieds des gladiateurs fermement ancrés au sol.

C’était ainsi que Subaru concevait la véritable nature du système de règlement maudit qui régissait l’Île des Gladiateurs.

Que ce soit juste ou non, les actions suivantes de Gustav allaient le révéler.

S’il était provoqué et que l’existence de la malédiction était remise en question, toutes les règles établies par Gustav seraient contournées.

Pour éviter cela, Subaru devait inévitablement être sanctionné par le règlement maudit.

Gustav : “――――”

Subaru continua à fixer Gustav, essayant de deviner la réponse.

Face au regard de Subaru, Gustav resta silencieux pendant un moment, puis――

Gustav : “――. Je dois te punir. Schwartz, je vais t’envoyer à la prochaine Sparka.”

――Et ainsi, comme s’il se résignait, Gustav ne priva pas Subaru de sa vie.


Cecilus : “On peut dire que c’est une victoire écrasante, non ? Alors, ça te fait quoi, Basu ?”

À peine avaient-ils quitté le bureau de Gustav que le faux Cecilus, qui se tenait juste à côté de lui, lui posa la question.

En voyant cette attitude insouciante, Subaru poussa un profond soupir.

Subaru : “Qu’est-ce que tu racontes ? Tu es mon ennemi, Cecil ? Ou mon allié ?”

Cecilus : “Mon Dieu, quelle question bizarre. C’est moi qui me suis donné la peine de vous sortir, toi et la fille-cerf, du lac, tu te souviens ? Quand on considère que toi et ton compagnon auriez pu mourir si je n’avais pas été là, ma position n’est-elle pas évidente ?”

Subaru : “Ouais, cause toujours. Bon, tu es mon ennemi ? Ou mon allié ?”

Cecilus : “Lequel des deux te semble le plus intéressant ?”

Subaru demanda une nouvelle fois, sans prêter attention à son long monologue inutile, auquel le faux Cecilus répondit par une question.

C’était une question désinvolte qui avait agacé Subaru pendant un instant, mais elle avait une tout autre connotation que le face-à-face qu’il avait eu avec Gustav.

Cet échange avec Gustav avait marqué un tournant décisif qui pourrait avoir une grande influence sur la suite des événements.

Mais la question du faux Cecilus était――

Subaru : “Peu importe ce que je choisis, Cecil décidera en fonction de son humeur du moment.”

Cecilus : “Tout à fait. Au fait, je dois dire que je penche plutôt de ton côté pour l’instant. À l’heure actuelle, mon intuition me dit qu’il serait plus intéressant d’observer les agissements étranges de Basu. Mais même moi, je ne me fie pas à mes impressions, alors reste très prudent.”

Subaru : “J’aimerais au moins que tu tiennes bien ta steering wheel…”

Loin d’être simplement quelqu’un d’humeur changeante, ce faux Cecilus était une personne d’humeur changeante extrêmement dangereuse.

Il trouvait incroyable de voir à quel point les héros de divers jeux et mangas choisissaient si bien les membres de leur équipe, ceux-ci étant souvent accompagnés de fous du combat et de berserkers.

En y réfléchissant bien, il avait toujours eu du mal à choisir les membres de son groupe depuis son arrivée dans l’Empire. C’est pourquoi Subaru s’apitoyait sur son sort.

Subaru : “Mes carences en Émiliase et en Béatromin sont sur le point d’atteindre des niveaux mortels.”

Cecilus : “Hoho, encore des mots que je ne connais pas. Est-ce que ce sont aussi des mots originaires du village natal de Basu ?”

Subaru : “C’est plutôt des termes que j’ai créés, les substances oniriques qui constituent la moitié de mon être.”

Comme un remède composé à moitié de gentillesse, dire que la moitié de l’être de Subaru était faite d’affection pour ses proches n’était pas exagéré. Même si c’était exagéré, il s’en tenait à cette affirmation.

Voilà pourquoi la conversation avec Gustav plus tôt avait été si importante.

Subaru : “C’est agaçant que tu aies raison, Cecil, mais ça a bel et bien produit le résultat escompté.”

Cecilus : “Participer à la prochaine punition ? Ou…”

Subaru : “Évidemment, je parle du fait de ne pas être tué par le règlement maudit. Quant à la Sparka… Eh bien, ouais.”

Subaru, contre la volonté de Son Excellence l’Empereur, avait publiquement déclaré son intention de s’échapper de l’île. Vu que Gustav ne l’avait pas puni en y recourant, l’application du règlement maudit était pratiquement impossible――non, Gustav était incapable d’une telle chose.

Et à cause de cette confirmation, il avait été condamné à participer à la prochaine Sparka.

Cecilus : “Dans tous les cas, ce n’est pas un coup dur pour toi, puisque tu avais de toute façon l’intention de participer à la Sparka.”

Subaru : “Je trouve un peu exagéré de dire que j’avais de toute façon l’intention d’y participer. Si je pouvais éviter d’y participer, je n’aurais aucune envie de prendre part à un event aussi flippant que la Sparka. ”

Cecilus : “Je vois, je vois, j’ai compris. C’est une expression toute faite pour égayer l’atmosphère, c’est ça ?”

Subaru : “Pas du tout ?!”

Subaru passa la langue à l’arrière de sa molaire tout en répondant aux soupçons injustifiés du faux Cecilus.

S’il devait participer à une autre Sparka comme celle du jour, il devrait encore compter sur le « médicament ». C’était une pensée déprimante, mais inévitable.

Quoi qu’il en soit――

Subaru : “Un autre plan que j’avais en tête a progressé. Je ne sais pas combien de temps ma relation avec Cecil va encore durer, mais ne… Non, ne te mets pas en travers de mon chemin.”

Cecilus : “Je garderai ces paroles à l’esprit, car elles ont été prononcées après toutes sortes de difficultés. Maintenant, qu’est-ce que tu vas bien pouvoir faire, Basu… ?”

Subaru : “――?”

Au cours de cette conversation, Subaru et le faux Cecilus descendaient vers les quartiers où se trouvaient rassemblés les gladiateurs. Subaru écarquilla les yeux en entendant la remarque étrange du faux Cecilus, et il tourna la tête pour regarder dans la direction où celui-ci avait le regard tourné――

??? : “――Schwartz-sama.”

Celle qui interpella Subaru, alors qu’elle se tenait à l’extrémité du groupe qui occupait la table au milieu de la salle, était Tanza.

Dans le hall où Subaru et le faux Cecilus étaient arrivés, dans la salle à manger, se trouvait le plus grand nombre de gladiateurs qu’il ait jamais vu. Et au milieu d’eux se trouvaient les membres de l’Unité de Subaru.

Il semblait étrange que Weitz, l’asocial, Idra, qui souffrait d’anxiété sociale, et Tanza, la réservée, soient là. En revanche, la présence de Hiain, bruyant et plein de fausses bravades, n’avait rien d’étonnant.

Mais ce qui surprenait davantage Subaru que le caractère inattendu d’une telle composition, c’était le fait que――

Subaru : “Euh, qu’est-ce qui ne va pas ? Tout le monde est devenu silencieux d’un coup.”

Tout en se grattant la joue, Subaru posa la question aux personnes présentes dans le hall, un sourire forcé aux lèvres.

Pour une raison inconnue, dès que Subaru et le faux Cecilus étaient entrés dans la salle, tout le monde s’était tu et les avait fixés intensément, comme s’ils les scrutaient de la tête aux pieds.

Tout le monde : “――――”

Sans dire un mot, ils observaient attentivement Subaru et Cecilus――non, ils observaient Subaru.

C’était la première chose qui le mettait mal à l’aise. Il aurait pu comprendre leur réaction s’ils avaient vu le faux Cecilus et s’étaient tus.

Parce que le faux Cecilus était un gamin effrayant, craint et détesté par les gladiateurs.

Toutefois, ce n’était pas le faux Cecilus qu’ils regardaient, mais Subaru.

Tanza : “Schwartz-sama, nous attendions votre retour.”

Puis, Tanza s’approcha lentement de Subaru, toujours perplexe face à leur réaction.

Ses paroles courtoises donnaient la chair de poule à Subaru, qui répondit : “Oh, ouais”. Même si la manière polie dont Tanza s’exprimait était tout à fait normale chez elle, il régnait pour une raison quelconque une atmosphère de tension palpable.

Ou plutôt, ce n’étaient pas Subaru et Tanza qui étaient tendus à l’extrême, mais l’atmosphère qui régnait dans tout le hall. Il y avait un malaise dans la salle, et ce sentiment lui serrait inconsciemment la gorge.

Subaru : “Tu as dit que vous m’attendiez… Oh, tu te demandais pourquoi Gustav-san m’avait appelé, c’est ça ? Désolé de t’avoir inquiétée. Tout s’est bien passé et…”

Tanza : “Non, ça n’a aucune importance.”

Subaru : “Aucune importance ?!”

Tanza : “――Plus important encore…”

Subaru fut surpris d’être interrompu aussi brusquement, mais Tanza, qui s’était rapidement approchée de lui, le fit taire. Il recula en poussant un “Oof” face au caractère impétueux de la jeune fille, avant d’être immobilisé dans le dos par le faux Cecilus.

En y regardant de plus près, Subaru constata que le faux Cecilus, qui semblait aussi joyeux que d’habitude, lui barrait la route, le visage vide de toute pensée. Ça l’énervait.

Tanza : “Schwartz-sama, j’aimerais vous poser une question. Pourriez-vous y répondre ?”

Subaru : “E-euh, hum, oui, bien sûr. Si c’est une question à laquelle je peux répondre…”

Tanza : “――Schwartz-sama, parlez-nous de votre père.”

Subaru : “…De mon père ?”

Tanza lui posa une question, l’air timide, et Subaru fronça les sourcils, ne comprenant pas ce qu’elle voulait dire.

Tanza avait abordé Subaru avec une telle fougue, en prenant des airs si importants, pour l’interroger sur son père. De plus, cette question ne semblait pas venir uniquement de Tanza.

Subaru : “――――”

La tension dans les regards des gladiateurs qui fixaient Subaru s’intensifiait.

Hiain, Weitz, Idra et, bien sûr, les autres gladiateurs retenaient tous leur souffle, semblant accorder une attention excessive à la réponse que Subaru allait donner à la question de Tanza.

Tout cela n’avait absolument aucun sens pour lui.

Néanmoins――

Subaru : “Pour info, si je parle de mon père, ça va être une longue histoire, d’accord ?”

Tanza : “Essayez d’être bref, s’il vous plaît.”

Subaru : “Tu me le demandes et tu poses une condition en plus ?! Allez, quoi, c’est pas vrai !”

En se grattant la tête avec brusquerie, Subaru marmonna d’un air maussade : “Ugh~”. Mais ce genre d’attitude ne fit rien pour détourner l’attention de Tanza et des autres.

Subaru ne comprenait pas pourquoi le sujet de son père avait été abordé, mais…

Subaru : “Mon père est mon idole. Il est super cool, tout le monde l’adore, et il est toujours au centre de l’attention. Que dire, il a du charisma… C’est comme s’il était né avec l’étoffe d’un leader, il est extraordinaire.”

Tanza : “――! Toujours au centre d’un grand nombre de personnes…”

Subaru : “De nombreuses personnes comptent sur lui, et son travail a l’air difficile, mais il trouve toujours du temps pour moi et m’apprend plein de choses… Tu sais, je le respecte énormément. Il est vraiment génial.”

Tanza : “――――”

Tandis qu’il parlait, le visage de son père, celui de sa mère, le visage de ceux qui l’aimaient lui revinrent à l’esprit.

Subaru sentit une vague de chaleur lui monter soudainement aux yeux et se serra la poitrine. Maintenant qu’il se trouvait dans cet autre monde, se souvenir d’eux lui procurait à la fois de la joie et une grande douleur.

Mais, aussi douloureux que cela puisse être, ses parents bien-aimés étaient les piliers qui avaient soutenu Subaru jusqu’à ce jour.

Tanza : “Schwartz-sama, c’est…”

Subaru : “Ouais…”

Tanza hésita un instant avant de poursuivre, peut-être en tenant compte de ce qu’elle avait lu sur le visage de Subaru.

Mais, cela dit, Subaru ne se serait pas vexé, quoi que Tanza lui ait demandé. Avec cette pensée en tête, Subaru attendit que Tanza reprenne la parole, et après avoir attendu un moment, elle déclara :

Tanza : “Comment s’appelle votre père ?”

Subaru : “C’est…”

Subaru tenta de répondre à la question de Tanza, mais hésita.

Avec une certaine émotion, Subaru tenta de répondre “Natsuki Kenichi” comme d’habitude, mais c’était un peu compliqué. Comme Subaru était connu sous le nom de “Natsuki Schwartz” sur l’Île des Gladiateurs, l’ordre de son nom de famille et de son prénom avait été inversé.

En revanche, leur donner un autre nom, comme “Kenichi Schwartz”, n’aurait fait qu’ajouter à la complexité de la situation, sans apporter grand-chose.

Ainsi, Subaru hésita un instant, puis dit :

Subaru : “Désolé. Je ne peux pas te dire comment s’appelle mon père.”

Tanza : “――Hk.”

Subaru : “Tanza ?”

À peine Subaru avait-il répondu que le visage de Tanza se figea.

Ses yeux étaient écarquillés et vacillants, et ses joues rondes étaient tendues et crispées. Et, bien qu’il soit surpris par la réaction de Tanza devant lui, elle n’était pas la seule――

Weitz : “On dirait bien que ce n’est pas une blague, apparemment…”

Idra : “Est-ce possible ? Eh bien, non, mais c’est justement ce comportement qui nous a menés ici.”

Hiain : “V-vous voyez, je vous l’avais dit ! Qu’en dites-vous, je suis toujours fou ? Hein !”

Les gladiateurs présents dans le hall, menés par les membres de l’Unité de Subaru, se mirent soudainement à s’agiter.

Leurs regards échangés et leur bavardage bruyant laissaient Subaru très perplexe. Pourquoi tout le monde semblait-il si surpris ?

Subaru : “Euh, les gars ?”

Tout le monde : “――!”

L’agitation cessa dès que Subaru les interpella.

Subaru ressentit alors un élan de solitude――

Weitz : “Schwartz, qui que tu sois, ça ne changera rien à l’opinion qu’on a de toi…”

C’est ainsi que Weitz fut le premier à s’adresser à Subaru, qui semblait inquiet.

Weitz arborait des tatouages effrayants sur le visage et sur tout le corps, mais ses paroles reflétaient son inquiétude pour Subaru et visaient sans doute à le rassurer.

Idra : “Je… je suis d’accord. Je veux dire, je suis parvenu à une certaine compréhension. Je suis tout à fait prêt à coopérer avec toi… Schwartz.”

Hiain : “Ouais, ouais, c’est vrai ! Qu’est-ce qui vous prend, bande de salauds ! Il n’est pas différent ! C’est un gladiateur, tout comme nous, c’est mon frangin !”

Après ces paroles de Weitz, Idra se frappa la poitrine, tandis que Hiain, accourant vers lui, passa son bras autour des épaules de Subaru et se retourna vers les gladiateurs tout en parlant.

Outre Idra, le comportement de Hiain avait même laissé Subaru déconcerté, mais――

??? : “――C’est vrai ! C’est un super gamin, ce Schwartz !”

??? : “Je savais bien que t’étais pas un type comme les autres ! C’est la seule explication possible !”

??? : “Ô providence de notre vénéré Loup Empalé ! Nous te remercions pour les bienfaits de cette journée et cette rencontre !

Sous l’effet des paroles des trois membres de son Unité, les gladiateurs silencieux explosèrent en acclamations.

Les voix qui résonnaient dans le hall étaient si fortes qu’on aurait dit qu’elles allaient faire trembler toute l’Île des Gladiateurs, et l’étonnement de Subaru ne faisait que grandir à mesure qu’elles continuaient.

Mais avant même qu’il ait eu le temps de réaliser pleinement sa surprise, Subaru se fit violemment bousculer par Hiain.

Hiain : “Heyhey, on n’a même pas encore fini de fêter la Sparka d’aujourd’hui ! Et cette fois encore, c’est toi le héros, alors fais la fête comme il se doit, frangin !”

Weitz : “Hiain, t’es vraiment du genre à retourner ta veste au moindre profit ?!”

Hiain : “Allez, quoi, ça va ! Hey, vous autres, faites de la place pour mon frangin ! Apportez de la viande et de l’alcool !”

Poussé par Hiain, qui arborait un large sourire peu digne, Subaru se retrouva coincé au milieu de la foule compacte de gladiateurs.

Orson et ses coéquipiers, avec lesquels il avait combattu lors de la Sparka précédente, de retour de la salle de soins, étaient présents ; ils levèrent un modeste toast et souhaitèrent la bienvenue à Subaru.

Orson : “Merci beaucoup pour aujourd’hui, Schwartz. ――Je suis vraiment content que tu aies été là.”

Subaru : “――――”

Subaru s’étouffa avec les mots qui lui restaient coincés dans la gorge lorsqu’il fut accueilli par des hommes-lézards aux yeux remplis de larmes.

Il avait une montagne de choses à dire et de questions à poser, mais les quelques mots échangés à cet instant suffisaient amplement à récompenser Subaru pour avoir affronté cette Sparka.

Subaru : “C’est moi qui te remercie――merci de vous en être sortis.”

Et ainsi, pour la première fois depuis trois jours, il partagea avec eux les morceaux de viande qui leur étaient servis, les uns après les autres.


Cecilus : “――Mademoiselle, tu ne vas pas faire tout un cirque avec eux ?”

Tanza : “…Ma position est compliquée.”

Tout en observant la foule qui s’agitait bruyamment, Tanza répondit au garçon qui lui parlait en poussant un soupir.

Un garçon qui ressemblait comme deux gouttes d’eau à quelqu’un qu’elle connaissait, à l’exception de sa taille et de la longueur de ses membres. Elle hésitait à lui faire part de ses sentiments, ne sachant pas dans quelle mesure il était au courant de la situation.

Naturellement, cela concernait l’identité surprenante du garçon aux cheveux noirs que Hiain avait révélée, mais également les sentiments complexes que Tanza éprouvait face à cette personne.

Tanza : “Yorna-sama…”

Tout en joignant les mains sous son kimono, Tanza pensa à sa bien-aimée maîtresse.

Et puis, avec le souhait que nourrissait Yorna, la personne qui n’était pas sans rapport avec ce souhait, et le garçon qui semblait n’être pas sans rapport avec cette personne, tout cela tournait en rond, dans un chaos total.

Seulement, s’il y avait quelque chose qu’elle voulait dire clairement――

Tanza : “――Je n’ai d’autre choix que de compter sur Schwartz-sama.”

Le doute quant à savoir s’il était vraiment digne de confiance avait été dissipé, et ceci, au moins, était devenu une certitude.

Quant à la suite, elle ne savait pas jusqu’où ils pourraient continuer ensemble.

Cecilus : “Je vois, ton expression trahit vraiment une grande détresse, il y a bel et bien une certaine tristesse qui se dégage de toi, n’est-ce pas ?”

Tanza : “――――”

Cecilus : “Eh bien eh bien, Basu est vraiment un homme plein de péchés ! Mais, ceci dit…”

Elle jeta un coup d’œil au garçon à côté d’elle, qui, sans se soucier le moins du monde de ses sentiments, esquissait un large sourire. Mais ce sourire semblait plus inquiétant que tous ceux qu’il avait affichés jusqu’à présent.

Tanza sentit un léger frisson la parcourir en entendant les mots suivants du garçon.

C’était――

Cecilus : “――Si ça ne bouge pas d’ici peu, je vais finir par perdre patience. Je plaisante !”

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