71 — Le guerrier des repas scolaires

??? : “Chaosflame a été ravagé par un grand, un très grand désastre. L’évacuation des habitants a dû être menée à bien par Yorna-sama, mais pour ce qui est de la suite…”
Les extrémités de ses sourcils fins s’abaissèrent ; les yeux baissés, la voix de la fille était empreinte de tristesse.
Il l’avait toujours considérée comme une enfant qui ne laissait pas transparaître grand-chose de ses émotions ; d’ailleurs, même à ce moment-là, son expression ne pouvait pas vraiment être considérée comme triste. Cependant, il estimait que quiconque ne voyant pas là de la tristesse était un idiot.
Subaru n’était pas très intelligent, mais il ne voulait plus rester un idiot. Il décida donc de prendre au sérieux ce qu’elle――ce que Tanza avait dit, et de compatir à sa douleur.
Cependant――
??? : “Hahaaa, un désastre qui aurait détruit la Cité Démoniaque, c’est quand même une sacrée affaire, non ? Pendant que je suis là, enfermé sur une île, le monde vit des rebondissements complètement fous. Sapristi, je vais devoir garder ça en tête pour ne pas rater le coche, ce serait vraiment malvenu !”
Subaru : “Cecil, tu peux te taire une seconde ?”
Cecilus : “Hein ? J’ai encore fait une bêtise ?”
Le personnage qui, tout en poursuivant son discours, faisait fi des sentiments de Subaru et de la peine de Tanza, ce faux Cecilus, se vit fixer du regard alors qu’il penchait la tête sur le côté, l’air perplexe.
Subaru était émerveillé, stupéfait et sidéré par cette attitude qui restait inchangée quoi qu’il arrive, tant avant qu’après l’épisode de la Sparka.
Ce sentiment était encore aggravé par le souvenir des dizaines de fois où Cecilus avait tenté d’écouter sans pitié la dernière requête de Subaru.
Subaru : “…Et pourtant, tout aurait été vain si Cecil n’avait pas réveillé Tanza à la fin.”
Cecilus : “Ah, tu n’as pas à te sentir redevable. Dès que tu l’as acculée à ce point-là, ta victoire était déjà acquise ; le coup de grâce, c’était un peu un bonus. Et puis, que cette fille se réveille ou non, c’était un pari !”
Tanza : “Je m’excuse de vous avoir inquiété.”
Le faux Cecilus se montrait d’une humilité ostentatoire face à Subaru, qui affichait un air amer. En entendant cela, Tanza inclina légèrement la tête, tandis qu’à ses côtés, Subaru, celui qu’elle avait sauvé, restait sans voix.
――Subaru avait réussi à surmonter la Sparka, la dangereuse cérémonie d’accueil de l’Île des Gladiateurs.
Après avoir affronté à maintes reprises ce défi qui lui semblait désormais lointain, Subaru et son équipe avaient fini par remporter la victoire en décapitant le lion. Il devait toutefois reconnaître que cette victoire n’aurait pas été possible sans la collaboration de Tanza et du faux Cecilus.
Si le faux Cecilus n’avait pas réveillé Tanza à la fin, et si Tanza n’avait pas tranché la tête du lion avec l’épée plantée dans son cou――
Subaru : “Je ne sais pas combien de fois encore nous aurions échoué.”
Bien sûr, l’option d’abandonner n’existait pas, car il s’agissait d’un combat de tous les instants qui ne pouvait prendre fin qu’une fois leur succès acquis. Cela dit, le fait qu’ils aient eu ou non la volonté nécessaire aurait grandement influencé l’issue.
Et il était tout à fait possible, selon les circonstances, qu’ils n’aient pas tous survécu.
Si les choses s’étaient passées ainsi, il l’aurait regretté toute sa vie.
Subaru : “Weitz, Hiain et Idra, nous avons tous persévéré ensemble.”
Il avait été extrêmement difficile de travailler à l’unisson, mais ils n’auraient pas survécu si l’un d’entre eux n’avait pas participé.
Le fait qu’ils aient tous survécu était le meilleur scénario possible pour Subaru. Avoir pu accomplir un acte digne d’un chef lui insuffla une grande confiance en lui.
Grâce à cela, il pouvait affirmer avec fierté qu’il était le fils de Natsuki Kenichi.
Tanza : “Schwartz-sama ?”
Subaru : “Oh, désolé, désolé, j’étais un peu perdu dans mes pensées. Bon, euh, à propos de Chaosflame…”
Tanza : “――. Oui. Je souhaite rentrer dès que possible pour participer à la reconstruction.”
Subaru : “…Ouais, c’est vrai. Moi aussi, je veux y retourner et retrouver tout le monde.”
De retour au sujet initial, le regard baissé, Tanza avait l’air très pitoyable.
Il était tout à fait naturel qu’elle s’inquiète pour sa famille et sa ville natale, et Subaru, lui aussi, partageait ces mêmes sentiments. D’autant plus après avoir appris les troubles que Chaosflame avait traversé à son insu.
Il se demandait si toutes les personnes dont il avait été séparé――Rui en particulier, avaient été retrouvées par l’impitoyable Abel.
Il estimait que si Yorna était à ses côtés, elle protégerait certainement Rui.
Tanza : “――――”
La malheureuse Tanza portait à nouveau le kimono qu’il avait vu à la Cité Démoniaque.
D’après ce qu’on lui avait dit, Subaru avait dormi toute une journée après la fin de la Sparka. Lorsqu’il s’était réveillé dans la salle de soins, un vieil homme édenté qui se disait soigneur lui avait expliqué que son état physique était parfait, mais qu’il se sentirait épuisé et alourdi mentalement.
Toutefois, il ne pouvait pas se permettre de rester là, désemparé.
Subaru : “Qu’en est-il des trois autres… Weitz et les autres ? Est-ce que tout le monde s’est déjà réveillé ?”
Tanza : “En ce qui concerne ces trois-là, ils se sont déjà réveillés et sont retournés dans leur chambre. On dirait qu’ils partagent tous la même chambre. Schwartz-sama et moi partageons également une chambre, en plus de…”
Cecilus : “Oui, oui, c’est bien moi. En fait, c’est la pièce où Basu s’est réveillé la première fois, mais c’est là que sera notre chambre. Je suis également ravi que des personnes avec qui je puisse partager une chambre soient enfin arrivées. Enfin, plutôt que de dire que vous êtes arrivés ici, c’est plutôt moi qui vous ai traînés jusqu’ici tout seul !”
Tanza : “Traînés… ?”
Subaru : “Ne t’en fais pas trop. Après tout, ce n’est qu’une histoire où Tanza et moi sommes tombés dans le lac.”
À bien y réfléchir, il avait un vague souvenir d’avoir nagé frénétiquement pour ne pas se noyer.
Il était difficile de savoir s’il avait franchi la distance d’un seul coup ou s’il s’était noyé plusieurs fois, mais cela n’avait pas grande importance, et y songer n’aurait servi à rien.
Quoi qu’il en soit, il était soulagé d’apprendre que les trois autres étaient eux aussi sains et saufs. Même si c’était inévitable, il en avait beaucoup appris sur leurs situations respectives au cours de l’événement de la Sparka.
Un lâche, une poule mouillée et un charlatan. Même si ce n’étaient pas des personnalités très louables, eux aussi avaient leurs raisons d’être lâches, peureux et malhonnêtes.
Subaru : “Oui, c’est comme si j’étais un surhomme, hein ?”
Cecilus : “Oh là là, ton visage respire vraiment la confiance en soi. Je trouve même que ça renforce ta virilité et te donne un air agréable. Se laisser emporter par la situation au point de s’inquiéter pour tout et n’importe quoi, c’est le comportement d’un acteur de second plan ou d’un simple figurant ! Basu doit se tenir droit !”
Subaru : “Je n’ai pas l’intention de me laisser entraîner par tes élucubrations théâtrales, mais je suis d’accord avec elle.”
Tout d’abord, il ne fallait pas trop s’attarder sur les choses.
Pourtant, pour une raison ou une autre, Subaru s’était jusqu’à présent montré beaucoup trop passif face à beaucoup de choses.
Quelle que soit la situation, adopter une attitude passive ne ferait qu’encourager l’adversaire à devenir trop sûr de lui. Qu’il s’agisse d’un adversaire détesté ou du destin lui-même, c’était la même chose. Et ces derniers temps, le destin était devenu un peu trop arrogant.
Subaru : “À partir de maintenant, je vais m’investir davantage pour atteindre mes objectifs avec avidité.”
Pour l’instant, l’objectif de Subaru était de s’échapper de l’île.
S’échapper de l’Île des Gladiateurs et retourner à Chaosflame avec Tanza. Bien sûr, l’objectif ultime était de quitter l’Empire et de rejoindre tout le monde au Royaume, mais――
Subaru : “Si tu te focalises trop sur les grands objectifs, tu finiras par échouer. Même pour les devoirs d’été, il faut les faire un par un. On ne peut pas écrire tout un journal de bord d’un seul coup.”
Malgré les apparences, Subaru était du genre à faire ses devoirs avec assiduité pendant les vacances d’été et d’hiver.
Il arrivait parfois que certains camarades de classe reviennent à l’école après les vacances sans avoir fait leurs devoirs, mais il n’avait jamais vraiment compris comment ils osaient agir ainsi ni ce qui leur passait par la tête pour se permettre un tel comportement.
Mais d’une certaine manière, l’impression d’avoir échoué sur le plan des idées et du courage était un peu frustrante.
Subaru : “Mais j’ai fait mes devoirs, donc c’est moi qui suis le meilleur…”
Tanza : “――Euh, Schwartz-sama, puis-je vous parler un instant ?”
Subaru : “Ouais ?”
Tanza interpella timidement Subaru, qui avait posé la main sur son menton, débordant d’assurance.
En attirant le regard de Subaru vers elle, elle désigna du doigt le faux Cecilus à ses côtés. Et, assise sur le lit, elle l’observa balancer ses jambes, l’air insouciant,
Tanza : “C’est un allié, mais… Euh, Cecilus Segmunt-sama est…”
Subaru : “Hmm, ouais, c’est un garçon qui crie au loup, il n’arrête pas d’insister là-dessus.”
Cecilus : “Hahaha, on dit bien que je suis tenace, tu sais ! Et qu’est-ce que tu veux dire par “garçon qui crie au loup” ? Si ça veut dire que je suis un loup-garou, pourrais-tu arrêter de me dénigrer ? Bon, d’accord, il m’arrive de dire des choses incompréhensibles, mais ça ne fait que me rendre dangereusement séduisant, non ?”
Subaru : “Désolé, je ne comprends pas de quoi tu parles.”
Accablé de questions, Subaru laissa échapper cette phrase spontanément et se serra la poitrine.
Quand il fermait les yeux, il revoyait le visage d’une ravissante jeune fille, ainsi que les visages de tous ceux qui lui étaient chers. Il avait pourtant bien conscience que le tiroir de ces souvenirs devenait de plus en plus difficile à ouvrir.
Cette situation ne pouvait pas durer plus longtemps.
Subaru : “Mis à part les remarques frivoles de Cecil, qu’est-ce qui t’inquiète tant, Tanza ? Un Général de l’Empire et une célébrité… Est-ce vraiment surprenant qu’un gamin ait l’audace de se faire passer pour lui ?”
Tanza : “C’est peut-être vrai, mais… Eh bien, j’ai déjà vu Cecilus-sama une fois, et je trouvais qu’il lui ressemblait beaucoup…”
Subaru : “Tu l’as déjà vu ? Cecil ?”
Tanza : “J’ai déjà vu Cecilus Segmunt-sama. Il avait autrefois été envoyé pour assassiner Yorna-sama.”
Tanza expliqua qu’elle n’avait vu que le vrai Cecilus.
En entendant ce récit, Subaru se souvint lui aussi de ce qu’il avait entendu auparavant. D’après ses souvenirs, Yorna se rebellait régulièrement contre l’Empereur, ce qui entraînait à chaque fois l’envoi d’une force de répression.
Néanmoins, maintenant qu’il connaissait la personnalité de Yorna, cela lui donnait, de son point de vue, une impression tout à fait inattendue.
Subaru : “Pour avoir tenté de tuer Yorna-san, ça doit être un type vraiment horrible…”
Tanza : “C’est exact. Cecilus-sama est un monstre atroce… Non, ce n’est pas ça qui importe ; je me demande simplement pourquoi, bien qu’il y ait une différence d’âge entre ce Cecilus-sama ici présent et cet autre Cecilus-sama, ils se ressemblent comme deux gouttes d’eau.”
Subaru : “Exactement identiques, à part la différence d’âge ?”
Tanza : “Oui. ――C’est peut-être un membre de la famille de Cecilus-sama.”
Après avoir entendu Tanza, qui avait vu les deux Cecilus, parler de ce Cecilus et de ce faux Cecilus, Subaru fixa ce dernier du regard.
Il n’avait pas envisagé cette possibilité. Ou plutôt, il était tout à fait naturel qu’il ne l’ait pas envisagée. Subaru ne connaissait pas le vrai Cecilus, il ne pouvait donc pas juger s’ils se ressemblaient ou non.
Heureusement, il avait à ses côtés une partenaire qui connaissait le véritable Cecilus. Abandonnant toute résistance, le menteur admit docilement les mensonges qu’il avait lui-même proférés――
Cecilus : “Non non, ce n’est pas vrai. Je suis enfant unique, donc je n’ai pas de frère qui me ressemble comme deux gouttes d’eau ! Bien sûr, il est possible que mon père ait donné naissance à un petit frère après notre séparation, mais si on suit le fil de la conversation, ce serait plutôt mon grand frère, non ?”
Subaru : “C’est exact, mais tu ne sais pas quand abandonner, hein…”
Cecilus : “C’est vraiment contrariant ! Mais je m’appuie sur des arguments solides, tu sais ! Pour moi, le fait d’avoir un grand frère ou un petit frère serait tout aussi bizarre.”
Il croisa les bras et se pencha en arrière tandis que Subaru et Tanza le fixaient du regard. À quel point l’air offensé du faux Cecilus pouvait-il être convaincant ?
Pour l’instant, face à Subaru et Tanza, qui étaient impatients d’entendre la suite et l’encourageaient du regard,
Cecilus : “L’argument est simple. Mon existence.”
Subaru : “Comment ça ?”
Cecilus : “Si j’avais eu un grand frère, mon père l’aurait fait tuer quand je suis né ! Et si j’avais eu un petit frère, ça aurait été bizarre que mon père ne m’ait pas fait tuer ! En d’autres termes, puisque je suis en vie, il est impossible qu’un grand frère ou un petit frère puissent exister ! Qu’en penses-tu ?”
Subaru : “…Qu’est-ce que tu entends par là ?”
C’était une théorie qui ne lui semblait absolument pas plausible, même s’il l’énonçait avec vigueur, comme si elle allait de soi.
À en croire sa description, on aurait dit que le père du faux Cecilus était victime d’une sorte de malédiction l’empêchant d’avoir plus d’un enfant. Que ce soit vrai ou faux, il donnait l’impression d’être du genre à préférer se plier à cette malédiction.
Quant à Subaru, il préférait penser que ce faux Cecilus, ce menteur, accumulait mensonge sur mensonge.
Toutefois――
Subaru : “Vu qu’il se montre aussi catégorique, je commence à croire que c’est vrai. Qu’en penses-tu, Tanza ?”
Tanza : “…J’aimerais… me conformer au point de vue de Schwartz-sama.”
Subaru : “Hmm, c’est une lourde responsabilité.”
Sentant que Tanza, d’ordinaire si réservée, comptait sur lui, Subaru posa un doigt fin sur son petit menton et se mit à réfléchir.
Le faux Cecilus pencha la tête, comme s’il se demandait pourquoi ils ne parvenaient pas à le comprendre ; et pourtant, même s’ils lui posaient des questions sur son milieu familial, aucune réponse ne semblait pouvoir être obtenue.
La seule chose qui comptait ici, c’était de savoir s’ils croyaient ou non ce faux Cecilus.
S’ils ne le croyaient pas, rien ne changerait par rapport à ce qui s’était passé jusqu’à présent ; ils traiteraient simplement ce faux Cecilus comme un garçon criant au loup.
Mais s’ils devaient croire le faux Cecilus lorsqu’il affirmait n’avoir aucun frère ni sœur, il ne restait plus que le témoignage de Tanza, qui soulignait à quel point le faux Cecilus et le vrai Cecilus dont elle parlait se ressemblaient.
Et s’il devait croire pleinement son témoignage et ce que prétendait le faux Cecilus lui-même――
Subaru : “J’ai un peu peur de te poser cette question, Cecil, mais est-ce que ton corps aurait rétréci ?”
C’était une possibilité qu’il aurait voulu écarter si possible, mais qu’il ne pouvait se permettre d’ignorer.
Si Subaru avait été présent sous sa forme adulte, avant son rétrécissement, il aurait peut-être hésité à poser autant de questions après s’être donné des airs. Mais comme il s’agissait ici d’un Subaru rétréci et encore immature, nourrir des doutes trop longtemps ne lui convenait pas.
Il lui arrivait parfois de poser des questions de manière désinvolte, dans l’intention de s’excuser au cas où il offenserait quelqu’un.
Face à cette question précise, le faux Cecilus écarquilla légèrement les yeux de surprise,
Cecilus : “Tu veux dire que j’ai rétréci ? Ahaha, tu dis vraiment des choses intéressantes, Basu ! Si le corps humain pouvait rétrécir, ce serait super marrant, non ?!”
En riant aux éclats, le faux Cecilus donna une tape amicale sur l’épaule de Subaru tout en prononçant ces mots.
Subaru semblait complètement perdu dans ses pensées, les sourcils froncés.
Subaru : “Mais alors, qu’est-ce que c’est… ?”
Jouait-il les idiots ou non ? Et s’il jouait les idiots, le faisait-il consciemment ou inconsciemment ?
Subaru avait lui-même l’impression que ses souvenirs s’effaçaient par pans entiers sous l’effet de l’infantilisation ; il était donc possible que le faux Cecilus ait oublié toutes sortes de choses pour cette raison précise.
Mais comparé à Subaru, qui se souvenait encore de beaucoup de choses, le faux Cecilus avait même oublié qu’il avait été rétréci.
Une telle chose était-elle seulement possible ?
Si ce faux Cecilus avait été infantilisé de la même manière que Subaru, son état d’esprit correspondait-il à ce que Subaru finirait par devenir ?
Subaru : “C-ce vieux schnock… ! Enfin, est-ce que Cecil a aussi rétréci à cause d’Olbart-san… ?!”
Si tel était le cas, cela constituerait un incident majeur――cela deviendrait un incident majeur parmi les Neuf Généraux Divins.
Le fait que ce soit également l’œuvre d’Olbart était une idée à laquelle il préférait ne pas penser. Mais d’un autre côté, il ne voulait pas non plus croire que quelqu’un d’autre qu’Olbart soit capable d’utiliser une technique aussi absurde.
Il était évidemment tenté d’imaginer qu’Olbart était celui qui avait rétréci ce faux Cecilus.
Subaru : “Attends, attends… En d’autres termes, Cecil n’est pas une imposture, mais le véritable. C’est donc Olbart-san qui a rapetissé le vrai Cecil, et Cecil, c’est en quelque sorte les vestiges de ce que je deviendrai à terme ?”
Tanza : “S-Schwartz-sama, tout va bien ? Vous semblez un peu désorienté…”
Subaru : “…Je vais bien. Je suis complètement déboussolé, mais tout commence à s’éclaircir de façon très satisfaisante.”
Dans l’esprit de Subaru, les possibilités se réduisaient à environ deux, même si, à en juger par les pensées qui lui échappaient, on aurait pu croire qu’il était plutôt désorganisé.
L’une d’elles suggérait que le faux Cecilus était une version infantilisée du vrai Cecilus Segmunt, une théorie surnommée “Le Vieux Schnock Olbart”.
L’autre avançait qu’en tirant parti de sa ressemblance avec le vrai Cecilus, il restait fidèle à sa nature de garçon qui criait au loup et sublimait un mensonge, théorie baptisée “Le Sale Faux Morveux Cecilus”.
Subaru : “Le sale morveux et le vieux schnock, gardons-les tous les deux à l’esprit en élaborant notre stratégie.”
Cecilus : “Hoho, ça a l’air plutôt intéressant. Pourrais-tu m’en dire un peu plus à ce sujet ?”
Subaru : “Pas question. Je ne pense pas que ça ait du sens de t’en parler, Cecil.”
Cecilus : “Ahaha ! Quelle attitude glaciale ! C’est une façon de penser plutôt égocentrique, mais cette manière de faire ne me déplaît pas, au contraire, je l’apprécie beaucoup.”
Plutôt que de s’indigner face à cette cruauté, le faux Cecilus――provisoirement, certes, mais tout de même faux, sa réaction s’avéra utile à bien des égards.
Il avait déjà tellement de choses à gérer qu’il était rassurant d’avoir quelqu’un dont il n’avait pas à se soucier.
Subaru : “Pour l’instant, Tanza, tu devrais aussi mettre de côté tout ce qui concerne Cecil. Qu’il soit réel ou factice, le fait qu’il ne soit pas digne de confiance ne changera pas.”
Tanza : “…Oui, tout à fait. Étant donné qu’il a tenté de nuire à Yorna-sama, je n’ai personnellement aucune sympathie à son égard.”
Subaru : “Merci d’avoir été franche et honnête. Maintenant…”
Ayant ainsi tiré une sorte de conclusion, Subaru changea de sujet.
Maintenant qu’ils étaient réveillés, ils n’avaient plus besoin de rester dans les lits de la salle de soins. Ils allaient se rendre dans la chambre que Tanza avait mentionnée plus tôt, celle qui avait été attribuée à ces trois-là.
Mais avant cela――
Subaru : “J’aimerais bien remplir mon estomac qui crie famine. Ça fait déjà un moment qu’il se plaint misérablement.”
Ainsi, tout en se frottant le ventre, Subaru adressa une demande éhontée à l’île où il était emprisonné.
――Il y avait un dicton qui disait : “On ne peut pas faire la guerre le ventre vide”.
À partir de là, les obstacles auxquels Subaru et son Unité seraient confrontés prendraient tous la forme de combats. Pour y faire face, le groupe de Subaru se devait d’être en parfaite condition physique et mentale ; sinon, s’ils se trouvaient dans l’incapacité d’agir au moment crucial, ils se retrouveraient en mauvaise posture.
Travailler sans consacrer de temps au sommeil――il valait mieux éviter de prendre une telle décision à la légère.
Subaru : “J’ai l’impression qu’avant de rétrécir, comme j’avais plus de force physique que maintenant, je faisais souvent ce genre de bêtises. Je vais sûrement en payer le prix si je continue à me méprendre.”
Dans ces conditions, ils voulaient profiter au maximum de chaque instant pour manger et dormir.
Pour une raison ou une autre, la fatigue causée par la Sparka l’avait fait dormir pendant une journée entière ; il estimait avoir suffisamment récupéré et comptait désormais trouver un moyen de reprendre des forces.
C’est pourquoi, maintenant qu’il était temps de manger, le faux Cecilus les conduisit à l’endroit où ils allaient prendre leur repas――
??? : “…Mange, Schwartz, c’est ta part.”
Dans un bruit sourd, un grand plat fut posé devant lui, et Subaru regarda avec émerveillement la viande sur l’os qui lui était servie.
Lorsque Subaru leva les yeux pour voir ce qui se passait, les sourcils de l’homme au visage couvert de tatouages se froncèrent, comme pour dire “Quoi ?”. Même s’il prenait cet air-là, c’était en réalité Subaru qui aurait voulu dire “Quoi ?”.
Que devait-il faire exactement quand on lui réservait un tel traitement sans aucune explication ?
??? : “Weitz, tu peux dire ce que tu veux, mais je ne pense pas que ça va arriver. Regarde, Schwartz est raide comme un piquet.”
??? : “Ha ! Tu veux dire qu’on a pas d’souci à s’faire, c’est ça ? Pour commencer, y’a pas besoin d’empiler une montagne de viande pour ce nabot. On va s’le partager entre nous… Owww !”
Weitz : “C’est la part sur laquelle on s’était mis d’accord… Et si tu comptes ignorer ça, pourquoi tu n’essaies pas de me convaincre…”
Tout en parlant, l’homme tatoué donna un coup de fourchette dans le flanc de l’homme-lézard. Poussant un cri, celui-ci s’enfuit de l’autre côté de la table.
En poussant un soupir devant cette scène, l’homme aux cheveux rouille regarda Subaru en haussant les épaules.
??? : “Désolé pour tout ce vacarme, Schwartz. Comment tu te sens ?”
Subaru : “…Ça va. Et vous ?”
??? : “Nous ne sommes pas non plus gravement blessés. Grâce à… toi.”
Après avoir reformulé cela, l’homme aux cheveux rouille――Idra, baissa légèrement la tête en direction de Subaru.
Cela ne concernait pas seulement Idra. Weitz et Hiain, l’homme tatoué et l’homme-lézard qui venaient de se disputer, levèrent les mains en signe de reddition et approuvèrent Idra en hochant la tête en direction de Subaru.
Actuellement, Subaru se trouvait dans un coin de l’une des zones de l’île ouvertes aux gladiateurs, une grande salle équipée de tables et de chaises, généralement utilisée comme salle à manger.
À peine était-il apparu dans la salle que Subaru avait été immédiatement saisi par trois personnes qui venaient d’entrer dans son champ de vision ; on l’avait alors brusquement conduit vers l’une des tables, où on lui avait présenté le plateau devant lui.
Pour être honnête, c’était une situation vertigineuse et bizarre, et pourtant,
Subaru : “Vous me l’avez mis de côté, par hasard ?”
Hiain : “Ahh ? Qu’est-ce que ça pourrait bien être d’autre ? Petit ingrat… Owww !”
Weitz : “Ne dis pas ça comme si tu t’en attribuais le mérite, j’vais te mettre une raclée…”
Hiain : “Je n’ai pas dit ça, et je te suis reconnaissant pour ce que tu as fait, bon sang !”
En désignant le tas de viande encore attachée à l’os, Subaru avait posé une question, ce qui avait déclenché cette altercation.
On ne pouvait pas vraiment dire que c’était une façon très habile de le montrer, mais cela semblait être un signe de reconnaissance. En voyant un tel festin être servi, Subaru commença à s’interroger sérieusement sur la manière dont les gladiateurs étaient traités.
Subaru : “C’est comme si, même si tu les forçais à s’entretuer, tu les laissais manger à leur faim… ?”
Cecilus : “Techniquement, on ne s’entretue pas, c’est un combat à mort, tu sais. Et puis, selon la politique de Gustav-san, si un gladiateur doit mourir, ça ne doit se passer que dans l’arène. Les laisser mourir ailleurs ne ferait que démontrer l’incompétence de la direction. Alors détends-toi et profite du moment.”
À côté de Subaru, qui penchait la tête sur le côté, était assis le faux Cecilus, qui avait tiré une chaise avec beaucoup d’enthousiasme.
Subaru s’attendait à ce qu’il se jette sur son plat, vu sa témérité, mais, à sa grande surprise, il n’en fit rien. À la place, il se servit un peu d’eau dans une tasse ébréchée à partir d’une cruche et but une gorgée.
Tanza : “Tout le monde s’accorde à dire que vous avez accompli un acte d’une grandeur exceptionnelle. C’est pourquoi nous avons décidé de vous préparer une petite surprise.”
Subaru : “Tanza… C’est vrai, tout le monde ?”
Tanza était assise sur la chaise opposée au faux Cecilus, avec Subaru entre eux. Tout en étant surpris par les paroles de Tanza, Subaru regarda le groupe de trois dont Idra faisait partie.
Idra acquiesça vivement sous ce regard et répondit : “Ouais”,
Idra : “Comme je l’ai dit, c’est grâce à toi si nous sommes tous encore en vie. La nuit où nous avons survécu à la première Sparka, un festin a été offert à l’Unité, et j’ai trouvé que ce serait étrange que tu n’en profites pas toi aussi.”
Weitz : “Pour information, c’est moi qui l’ai proposé…”
Hiain : “Heh, j’allais pas en laisser pour ce morveux de toute façon !”
Tout à tour, ils lui expliquèrent pourquoi le plateau de nourriture lui avait été réservé. Mais en entendant les paroles laissées par Hiain, Tanza, qui se tenait à ses côtés, pencha la tête,
Tanza : “Je me demande si c’est bien le cas. Si je me souviens bien, je crois que c’est Hiain-sama qui a été le premier à dire qu’il ne se sentait pas à l’aise de manger uniquement avec les personnes présentes.”
Hiain : “Heiiiin ?! Mais j’ai jamais dit ça ! J’suis pas au courant de tout ça ! Hey, p’tite garce, j’te laisserai pas dire des conneries pareilles !”
Idra : “Arrête ça, Hiain. Tu ne peux pas battre Tanza. Cette fille a décapité le Guiltylaw.”
Tanza : “Je l’ai bel et bien décapité.”
Alors qu’Idra l’arrêtait d’un geste de la main, Tanza s’inclina, et Hiain, incapable de répliquer, conclut par un “Guh” et renonça à son attaque en détournant son visage reptilien.
C’était donc un geste de reconnaissance de leur part, y compris de la part de cet homme-lézard peu honnête.
Subaru : “Je vous en suis reconnaissant, je ne vais donc pas hésiter à profiter de ce repas !”
Cecilus : “Oh, tu as vraiment un appétit de loup ! Et puis, la façon dont tu manifestes ton acceptation généreuse est terriblement excellente, tu sais.”
Weitz : “N’abuse pas trop, sinon tu vas avoir mal au ventre…”
Subaru : “Ne t’inquiète pas. Je n’en ai peut-être pas l’air, mais j’étais un célèbre guerrier des repas scolaires qui engloutissait tous les repas de ceux qui étaient absents.”
Obtenir le lait des enfants qui n’en voulaient pas était un jeu d’enfant, et il se brossait aussi les dents avant le petit-déjeuner ; tel était le style de combat de Natsuki Subaru, le guerrier des repas scolaires.
La viande était froide et dure, mais comme elle était bien assaisonnée, il ne pouvait pas vraiment s’en plaindre. Par-dessus tout, c’était un festin que tout le monde avait réservé pour Subaru, et cela constituait le meilleur assaisonnement qui soit.
Pourtant, en voyant Subaru ronger ainsi la viande jusqu’à l’os, Weitz détourna son visage couvert de motifs et dit : “Non…”,
Weitz : “Ne te fais pas de fausses idées… Ce n’est pas comme si je m’inquiétais pour toi…”
Subaru : “――? Alors, tu regrettes d’avoir donné ce morceau de viande, c’est ça ?”
Weitz : “Ce n’est pas ça non plus… C’est par rapport aux combats à mort…”
Subaru : “――――”
Weitz parlait d’une voix basse et feutrée, mais ses paroles touchèrent profondément Subaru.
À cet instant précis, Subaru faillit laisser tomber le morceau de viande qu’il tenait à la main, mais les doigts du faux Cecilus l’attrapèrent sur le côté et le fourrèrent rapidement dans la bouche de Subaru.
Subaru : “Ugguggu… !”
Cecilus : “Du calme, du calme, du calme, tu vas t’étouffer. Et puis, Tatouage-san, là-bas, n’a pas été très clair à l’instant. Ne t’inquiète pas, il n’y aura pas de combat à mort de sitôt.”
Subaru : “Uggu… C’est… vrai ?”
Tanza : “En effet. Pour l’instant, nous n’avons reçu aucune annonce à ce sujet. Il semblerait toutefois que nous ne sachions pas quand nous serons informés d’un combat à mort.”
Après avoir fini toute la viande, ne laissant que l’os, et picoré les restes dans son plat, il regarda Weitz. En écoutant ce que le faux Cecilus et Tanza avaient à ajouter, Weitz acquiesça.
Weitz : “C’est ce que j’ai dit…”
Subaru : “Non, pas du tout ! Je croyais qu’ils allaient bientôt nous forcer à nous entretuer !”
Idra : “Ce n’est pas un endroit si rude que ça, en fait. J’ai entendu dire que les choses se passaient comme le craignait Schwartz, jusqu’à ce que le Chef de l’Île soit remplacé et que la politique change.”
Subaru : “Avant le changement… Donc depuis que Gustav-san a pris la relève ?”
Idra acquiesça d’un signe de tête en réponse à la question, tandis que Subaru prenait le morceau de viande suivant.
En repensant au visage impassible de Gustav, qui ne trahissait aucune émotion, Subaru se demandait quel genre de personne il était.
Il était suffisamment impitoyable pour jeter Subaru dans la Sparka dès qu’il l’avait aperçu à son réveil.
Il avait imaginé qu’il serait en quelque sorte l’incarnation même des règles brutales de l’Empire cruel de Vollachia, mais d’après ce qu’il avait entendu, les gladiateurs n’étaient apparemment pas directement contraints de se livrer à des combats qui semblaient mortels.
Subaru : “Ou peut-être préfèrent-ils simplement y aller doucement plutôt que tout d’un coup ?”
Cecilus : “Tu vois bien que je ne suis pas du genre à agir sur un coup de tête. En fait, si Basu ne s’était pas réveillé, seuls ces trois-là seraient probablement dans l’Unité confrontée à la Sparka. Si ça s’était produit, vous auriez sans doute eu des mines beaucoup plus sombres à ce festin !”
Hiain : “C-c’est pas drôle, tu sais ! Et puis, qu’est-ce que tu fous ici, d’ailleurs ?!”
Le faux Cecilus éclata de rire en entendant les paroles de Subaru, puis Hiain le pointa du doigt et lui aboya dessus.
En effet, à y réfléchir, c’était vrai. C’était bien le faux Cecilus qui avait aidé Subaru et Tanza à débarquer sur l’île, mais c’était là leur seule connexion.
Idra : “J’ai entendu dire que tous les gladiateurs d’ici rejoignent à un moment ou à un autre une Unité pour la Sparka. Ensuite, selon leurs performances, ils peuvent se séparer de l’Unité, mais ton Unité est…”
Cecilus : “Ah, si tu t’inquiètes pour mon Unité, ne t’en fais pas. Tout le monde est mort, sauf moi, et heureusement, je suis déjà un gladiateur à qui on attribue des combats à mort en solo.”
Subaru : “Quoi… ?”
Cecilus : “Je veux dire, c’est moi le plus fort ! Personne ne peut me battre, alors vous n’avez pas à vous faire de souci pour moi, ahaha !”
Subaru et tous les autres se turent d’un coup lorsque le faux Cecilus se frappa la cuisse.
Cependant, les raisons qui poussaient Subaru et Tanza à garder le silence étaient certainement différentes de celles des trois autres hommes. D’ailleurs, les motifs de Subaru et de Tanza étaient eux aussi, au fond, quelque peu différents.
Idra et les autres considéraient sans doute les propos du faux Cecilus comme un énorme mensonge, alors que Tanza soupçonnait que ce dernier avait en réalité un lien de parenté avec le véritable Cecilus Segmunt.
Et puis il y avait Subaru ; ce dernier pensait qu’il s’agissait peut-être de Cecilus Segmunt rétréci, ce qui, si c’était le cas, signifiait que le faux Cecilus restait sans doute le plus puissant, même dans cet état.
Si tel était le cas, il serait très avantageux d’avoir le faux Cecilus de leur côté――
Cecilus : “――Tu ne devrais pas faire ça, Basu. Si tu regardes ton adversaire avec un regard aussi avide, tu vas te faire mépriser.”
Subaru : “Hahn ?”
Cecilus : “Une personne qui a l’étoffe de se tenir au sommet et à l’avant-garde ne devrait pas avoir ce regard avide et suppliant. Ce n’est pas malin, sous aucun prétexte, alors arrête ça ! Si tu veux m’impressionner, n’utilise pas de mots. Utilise des actes, de la détermination et une phrase fétiche qui te tient à cœur.”
Sur ces mots, le faux Cecilus donna un conseil à Subaru : il prit deux os dans son assiette et les croisa devant son visage, formant ainsi un X.
Après cette remarque si perspicace qu’on aurait dit que le faux Cecilus avait lu dans ses pensées, Subaru déglutit bruyamment.
Et puis――
Subaru : “…Tu as dit que ce n’était pas une question de mots, mais si une phrase fétiche est nécessaire, alors tu as aussi besoin de mots, non ?”
Cecilus : “Heyyy, c’est vrai ! C’était vraiment bâclé ! Qu’est-ce qui m’a pris ?!”
Les yeux écarquillés, le faux Cecilus s’appuya lourdement contre le dossier de sa chaise, puis se pencha en avant comme s’il était poussé. Subaru se raidit lorsque son visage se rapprocha soudainement de lui ; voyant cela, le faux Cecilus afficha un large sourire.
Cecilus : “Bon, désolé de t’avoir interrompu. J’ai moi aussi plein de choses à régler, des personnes à qui parler et des occupations pour passer le temps, alors je vais te laisser pour l’instant. Ne t’inquiète pas, je serai dans la pièce d’à côté, donc s’il y a encore quelque chose dont tu veux parler, tu n’auras qu’à venir me voir là-bas !”
Subaru : “Ah, euh, roger.”
Cecilus : “Rawjur ? Je ne sais pas ce que c’est, mais ça a l’air plutôt galant ! Dans ce cas, roger !”
(Note de Traduction : Roger est un mot anglais utilisé pour exprimer son accord ou sa compréhension.)
Après une légère erreur d’interprétation, le faux Cecilus leva la main et détala avant de pouvoir être arrêté.
Même s’il n’y avait aucune raison de l’arrêter, Subaru fut stupéfait par la rapidité fulgurante avec laquelle il était parti.
En réalité, il ne constituait pas vraiment un obstacle au point de pouvoir être qualifié ainsi ; il souhaitait simplement avoir à ses côtés quelqu’un qui connaissait les moindres recoins de l’Île des Gladiateurs.
Subaru : “Eh bien, c’est fatigant de l’entendre débiter environ cinq fois plus d’informations que ce que je souhaite réellement entendre.”
Tanza : “Schwartz-sama, je vous en prie, continuez à manger.”
Subaru : “Ah, ouais, c’est vrai. Je dois reprendre des forces.”
Quelles que soient les intentions de Gustav, il n’avait pas l’intention de rester sans rien faire jusqu’à ce que le prochain combat à mort soit programmé.
En premier lieu, il n’avait pas l’intention de rester ici très longtemps en tant que gladiateur. Son objectif était d’emmener Tanza et de quitter l’île le jour même ou le lendemain.
Dans le pire des cas, ils pourraient se montrer hostiles envers Gustav.
Néanmoins, s’ils faisaient cela――
Hiain : “Qu’est-ce qu’il y a, Schwartz ?”
Subaru : “Mmh, je me demandais juste si vous vous faisiez du souci. Vous pouvez vous débrouiller sans moi ?”
Hiain : “Ah ? Mais qu’est-ce que tu baragouines ? Tu vas pas te barrer, quand même ? Si c’est le cas, rends-moi la viande, la viande !”
Hiain ouvrit grand la bouche pour hurler après Subaru, qui avait l’air inquiet.
Même s’ils avaient toutes les raisons d’être en colère, Subaru tenait davantage à d’autres personnes qu’à eux. Devait-il envisager de partir non seulement avec Tanza, mais aussi avec les trois autres ?
Subaru : “…Ou alors, peut-être que tout le monde sur l’île pourrait s’échapper ?”
Tanza : “Schwartz-sama ?”
Subaru : “Ah, désolé, désolé, je parlais tout seul. Comme tu peux t’en douter, c’était juste des divagations.”
C’était une idée troublante qu’il ne pouvait pas laisser entendre à d’autres personnes par inadvertance, même s’il ne faisait que se parler à voix basse.
Cependant, Weitz, Idra, Hiain et, bien sûr, Subaru et Tanza avaient été contraints de se rendre sur l’Île des Gladiateurs, bien qu’ils ne souhaitent pas participer aux combats à mort qui s’y déroulaient.
Si c’était également le cas pour les autres, alors, étonnamment, l’idée de Subaru n’était peut-être pas aussi ridicule qu’on pourrait le croire.
Et, au moment même où Subaru avait cette pensée.
??? : “Alors, tu t’es enfin réveillé, petit.”
??? : “Cette Sparka, c’était vraiment quelque chose, tu sais !”
??? : “J’ai fait une erreur en n’allant pas la voir. Je n’ai entendu que des rumeurs par-ci par-là après coup, bon sang.”
Des individus se rassemblèrent autour de Subaru alors qu’il s’apprêtait à prendre un morceau de viande dans son assiette.
Les hommes qui s’adressaient à Subaru d’un ton si amical avaient tous l’air d’avoir une raison d’être là ; même sans explication détaillée, il était certain qu’ils étaient tous des gladiateurs.
Les nouveaux arrivants dans le grand hall et ceux qui observaient Subaru et ses compagnons de loin se rassemblèrent tous là, créant une certaine effervescence autour de lui.
Subaru : “Uhm, vous êtes ?”
??? : “Ça ne se voit pas à première vue ? On est tes prédécesseurs sur cette île. Vous avez vécu une Sparka bien mouvementée et pas du tout ennuyeuse !!”
Les hommes se mirent à rire autour de Subaru, qui écarquilla les yeux de surprise.
Seulement, ils ne l’avaient pas dit sur un ton moqueur, mais d’une manière sincèrement élogieuse. Au passage, alors qu’ils l’entouraient, Idra affichait un sourire forcé, Hiain semblait mal à l’aise et Weitz boudait en silence.
Gladiateur : “L’entrée en scène de cette fille à la fin valait le détour. Elle est bien plus forte qu’elle n’en a l’air.”
Tanza : “Merci beaucoup. Je dois tout ça à la bienveillance de ceux qui m’aiment.”
Gladiateur : “Oh ? Je vois. Je ne comprends pas tout à fait, mais c’était un sacré combat à mort !”
Sans trop s’attarder sur les propos de Tanza, qui s’inclinait, des hommes imposants faisaient preuve d’une grande ouverture d’esprit. Tout en discutant de la façon dont Subaru et son équipe s’étaient battus à la Sparka, ils gesticulaient abondamment,
Gladiateur : “Mais c’est tout de même sérieux. Cette bête gladiatrice… Ce lion de l’ombre a éliminé beaucoup d’Unités.”
Autre gladiateur : “Si vous aviez été éliminés, je pense que le nombre total d’Unités détruites par cette chose aurait atteint dix. Les Sparka récentes continuent d’être rudes.”
Gladiateur : “C’est sûrement ce que veut le Gouverneur Gustav. Une fois que tu es accepté comme gladiateur, tu seras bien traité, car le plus dur, c’est d’entrer… Les prochaines représentations vont faire peur.”
Les sujets de discussion ne manquaient pas alors qu’ils discutaient bruyamment de la situation sur Ginunhive. Subaru acquiesçait, les encourageant chacun à poursuivre tandis qu’il recueillait des informations sur l’île.
Il semblait qu’en effet, depuis que Gustav était devenu le Chef de l’Île, la politique avait bien changé par rapport à avant. De plus, ce lion semblait plutôt puissant, et Subaru et les autres, qui avaient remporté la victoire, étaient désormais très bien considérés.
Subaru : “Je vois, donc tous nos efforts en valaient la peine… Des représentations, tu dis ?”
Gladiateur : “Ouais, il y a régulièrement des représentations ici où des nobles venus de tout l’Empire se rassemblent pour assister à nos combats à mort. La Sparka et les combats à mort quotidiens, c’est juste de l’entraînement en vue du grand jour !”
Subaru : “De l’entraînement…”
Gladiateur : “Mourir pendant l’entraînement, ça n’apporte rien de bon. Le Gouverneur le sait bien. Si tu travailles dur, tu n’auras pas de réprimandes… Ah, il y a une exception.”
Subaru : “Une exception ?”
Subaru pencha la tête en voyant cet homme fort et musclé, au regard farouche, se frotter le nez comme s’il avait eu du mal à prononcer ces mots.
Il resta silencieux un instant, puis poussa un profond soupir et poursuivit :
Gladiateur costaud : “Je regrette de te dire ça, vu que tu t’entends si bien avec lui, mais ne fréquente pas ce type.”
Subaru : “Et ce type, c’est qui… ?”
En considérant les propos de l’homme fort et celui qui était absent, une seule personne correspondait à cette description.
Subaru poursuivit : “Serait-ce… ?”,
Subaru : “Tu ne veux pas dire Cecil, si ? C’est plutôt lui qui me suit…”
Gladiateur costaud : “Ouais, on dirait qu’il s’est pris d’affection pour toi, mais est-ce que tu peux vraiment compter là-dessus ? ――Il n’est arrivé ici qu’il y a vingt jours.”
Subaru : “Mhm.”
Gladiateur costaud : “Lors de sa première Sparka, il n’a rien fait et a regardé son Unité se faire anéantir ; une fois ses alliés éliminés, il a tué la bête gladiatrice à mains nues, sans le moindre effort !”
Subaru : “――――”
Gladiateur costaud : “Après ça, chaque fois qu’on lui assignait un combat à mort, il avait le culot d’encourager son adversaire jusqu’à ce que tous les autres soient morts. Et, pour une raison ou une autre, il a pris le nom du Général de Première Classe Cecilus Segmunt.”
Tout en parlant, l’homme costaud regarda l’entrée de la salle, le visage et la voix empreints d’une profonde méfiance. L’entrée par laquelle le faux Cecilus――Cecilus Segmunt, venait de sortir quelques instants auparavant.
Et ce n’était pas seulement le visage aux traits marqués qui s’adressait directement à Subaru qui avait ce regard.
À l’exception des camarades de l’Unité de Subaru, qui ne le connaissaient pas, il en allait de même pour toutes les personnes présentes.
Il s’agissait d’un homme qui se montrait aimable envers Subaru, qui avait fait preuve d’un esprit si obsédé par les récits qu’il en devenait insupportable, qui avait tenté, alors qu’il était à l’agonie, de demander à Subaru de lui faire part de ses dernières volontés, et qui était farouchement détesté par les gladiateurs, ces hommes qui vivaient quotidiennement aux côtés de la mort.
C’était――
Gladiateur costaud : “――Le Gouverneur Gustav et ce Dieu de la Mort sont les figures centrales des irrégularités qui secouent actuellement l’Île des Gladiateurs.”
