67 — Bienvenue sur l’Île des Gladiateurs !
――Il avait l’impression d’avoir été abandonné dans un endroit froid et sombre.
L’endroit était sombre, comme s’il avait fermé les yeux, et froid, comme s’il avait pressé ses joues contre un morceau de métal abandonné. Il cherchait désespérément le salut, sentant tout son corps entravé par les chaînes de la captivité.
Voilà pourquoi il n’arrêtait pas de tendre la main, comme en transe, à la recherche de n’importe quoi.
Toutefois, ce n’était pas pour cette raison qu’il avait tendu la main vers la lumière blanche qui se profilait tout au bout.
La lumière――ou plutôt, son identité était celle d’une fille, dont le visage cachait une tragique détermination. Il avait tendu la main vers elle, non pas parce qu’il cherchait à être sauvé, mais parce qu’il sentait qu’il devait la sauver.
Ainsi, en forçant les chaînes qui l’empêchaient de bouger d’un pouce, il tendit la main, sa propre main.
Il tendit la main et――
??? : “――Elle est tellement petite.”
Subaru regarda sa propre main tout en marmonnant cela. Il pouvait à peine la distinguer dans sa vision floue.
Il la leva devant lui, la paume tournée vers l’extérieur. C’était sa main, qui s’étendait depuis son épaule. Elle s’ouvrait et se fermait exactement comme il le voulait. Sans aucun doute, c’était la sienne.
Toutefois, elle était plus petite que ce à quoi Subaru s’attendait, c’était la main d’un enfant.
Ce qui voulait dire――
Subaru : “Je ne suis pas revenu à la normale…”
Ça avait été sa chance de sortir de cette situation désespérée, il aurait dû la saisir après avoir traversé des épreuves incroyables. Il avait littéralement risqué sa vie pour ça, et pourtant, le résultat lui avait échappé.
Combien de sacrifices avait-il consentis pour ce à quoi il avait renoncé ?
Combien y en avait-il eu exactement――
Subaru : “――?! C’est vrai, qu’est-ce que je suis en train de faire ?!”
Soudain, un choc traversa la conscience embrumée de Subaru, le poussant à poser sa main, celle qu’il fixait du regard, sur son visage.
Les souvenirs qui lui revinrent en mémoire étaient ceux de la situation étrange qu’il avait vécue dans la Cité Démoniaque, ainsi que ceux du jeu du loup avec Olbart, au cours duquel il avait été mis à rude épreuve ; à tel point que cela avait été pire encore que la première expérience.
Subaru avait réussi à remporter la victoire après avoir essuyé d’innombrables Morts. Il aurait dû réussir à obtenir sa récompense de vainqueur――à savoir se débarrasser de son infantilisation.
Subaru se souvenait également qu’Olbart avait posé la main sur sa poitrine pour tenter de mettre fin à celle-ci.
Et aussitôt après, il avait eu l’impression que quelqu’un lui avait murmuré à l’oreille le langage de l’âme et de l’amour, et――
Subaru : “Je me suis évanoui après ça, ensuite j’ai… Et ensuite ?”
Subaru essaya de fouiller dans ses vagues souvenirs pour comprendre ce qui s’était passé. Malheureusement, même en poussant et tirant de toutes ses forces, la porte qui renfermait ses souvenirs ne cédait pas d’un pouce.
Voyant à quel point cette porte était récalcitrante, Subaru serra fermement les dents――
??? : “Allons, allons, restons calme, pas besoin de s’énerver. Heureusement, vous vous en êtes sortis vivants ; tu peux donc prendre ton temps pour faire ce que tu as à faire après que la p’tite demoiselle qui t’accompagnait se soit réveillée.”
Subaru : “――Hein ?”
Subaru entendit soudain une voix juste à côté de lui. Il se retourna pour regarder, stupéfait. Là, allongé sur un lit de fortune, son regard croisa celui d’une personne qui reposait son menton dans ses mains.
Cette personne souriait jusqu’aux oreilles, le regardant droit dans les yeux.
Subaru : “WHAA ?!”
??? : “Hey, doucement. J’adore ta réaction, mais tu ferais mieux de rester discret. Si nous faisons trop de bruit, la direction va nous surveiller et nous imposer un combat à mort pénible. D’un autre côté…”
Subaru : “Uh, ah, uh…”
??? : “Même si ça peut paraître de mauvais goût, ça ne me déplaît pas, au contraire, je l’apprécie beaucoup.”
Subaru bondit sur ses pieds sans réfléchir. Alors qu’il l’observait faire, un individu aux cheveux bleus se vantait avec nonchalance.
Il avait les cheveux longs attachés en queue de cheval et portait un vêtement de style japonais, peu courant dans ces contrées. Subaru fut stupéfait par son apparence inhabituelle ; il prit une profonde inspiration avant de choisir ses mots et de poser sa question.
Non seulement l’interlocuteur était inconnu, mais aussi le lieu, le cadre, l’ambiance――
Subaru : “…Qui es-tu ? Où sommes-nous ?”
??? : “――Oh, c’est génial ! Quelles superbes questions ! Exactement comme je m’y attendais… Non, ça dépasse même mes attentes !!”
Subaru : “Bweh ?”
Subaru tenta de jauger son attitude avec prudence ; mais son interlocuteur, les yeux brillants, lui saisit aussitôt la main et la secoua de haut en bas avec une telle vigueur que Subaru crut que son épaule allait se détacher.
Ce n’est pas comme si Subaru avait baissé sa garde. Et pourtant, malgré cela, il avait l’impression de ne pas pouvoir réagir du tout.
Devant Subaru, qui était bouche bée, l’homme lâcha son bras en poussant un « Ouf ! », fit un tour sur lui-même, comme s’il dansait, puis déclara :
??? : “Toi qui as traversé le lac noir et atteint cette île――l’Île des Gladiateurs Ginunhive――toi dont le regard est si désagréable, tourbillonnant de si merveilleuses prémonitions ! Je vais te répondre !”
Son ton et ses gestes étaient théâtraux, et pour quelqu’un qu’il venait de rencontrer, il était plutôt discourtois. Toutefois, il ne prêta aucune attention à l’impression de Subaru et continua au contraire à afficher effrontément son attitude théâtrale.
Presque comme s’il était un acteur dans une pièce de théâtre, se délectant d’une salve d’applaudissements tonitruants――
??? : “――Cecilus Segmunt.”
La façon dont il avait tendu les bras vers la gauche et vers la droite en prononçant son nom donnait l’impression qu’il prenait une pose tout droit sortie d’un kabuki.
Naturellement, les kabukis n’existaient pas dans ce monde, il n’imitait donc probablement pas quelque chose de réel. Malgré tout, la pose qu’il avait prise avait un tel impact qu’elle coupa le souffle à Subaru.
(Note de Traduction : Le kabuki est la forme épique du théâtre japonais traditionnel. Centré sur un jeu d’acteur à la fois spectaculaire et codifié, il se distingue par le maquillage élaboré des acteurs et l’abondance de dispositifs scéniques destinés à souligner les paroxysmes et les retournements de la pièce. Plus d’informations ici.)
Mais ce qui avait coupé le souffle à Subaru, ce n’était pas seulement son attitude imposante, mais aussi le fait que son nom lui semblait familier. Où l’avait-il déjà entendu ? Dès qu’il s’en souvint, il fronça les sourcils.
Il l’avait entendu de la bouche d’Abel.
S’il ne se trompait pas, son nom appartenait à l’un des Neuf Généraux Divins――
Cecilus : “Je suis l’Éclair Azuré de Vollachia. ――L’acteur principal de ce monde.”
Subaru déglutit en l’entendant faire cette déclaration grandiose.
Son nom et son titre correspondaient bien à ce dont Subaru se souvenait, mais il y avait un détail qui posait un énorme problème.
Subaru : “――Le plus fort de Vollachia est un enfant ?”
――Cecilus Segmunt, qui souriait juste devant lui, était un enfant à peu près du même âge que Subaru, désormais rapetissé, et dégageait tout à fait une impression de morveux insupportable.
――L’impact sévère de l’infantilisation pesait lourdement sur le mental et le physique de Natsuki Subaru.
Les effets physiques étaient faciles à comprendre. Comme on pouvait s’y attendre au vu de l’apparence actuelle de Subaru, ses capacités physiques ne correspondaient qu’à celles d’un enfant d’environ dix ans. La force de ses bras et de ses jambes, ainsi que, bien sûr, son endurance et sa puissance explosive avaient toutes été ramenées à un niveau prépubère.
Cependant, l’utilité des capacités physiques initiales de Subaru était discutable, selon les normes de cet autre monde. Il était donc probablement raisonnable de dire que la différence était minime, même s’il détestait l’admettre.
Mais ce qui était bien plus grave, c’était l’impact sur son for intérieur, plutôt que sur son apparence extérieure.
Subaru : “Peut-être que j’ai la tête en pagaille…”
C’était une formulation trompeuse, mais c’était une façon simple d’exprimer la situation difficile dans laquelle se trouvait Subaru.
Sa capacité à réfléchir, à conceptualiser et à puiser dans ses connaissances s’affaiblissait. Même s’il utilisait le même bureau qu’auparavant, il avait plus de mal à ouvrir les tiroirs et ne parvenait plus à atteindre ceux qui étaient placés plus haut.
――Dans la tour du Château du Lapis Écarlate, le jeu infernal du loup, imaginé par Olbart, avait battu son plein.
Le nombre anormalement élevé de tentatives qu’il avait dû entreprendre pour mettre en place une contre-mesure était largement dû au déclin de ses capacités intellectuelles. Il était convaincu qu’avant son rétrécissement, il aurait trouvé la solution un peu plus rapidement.
Il aurait sans doute eu cette idée et mis fin à ce calvaire plus rapidement, au point de ne ressentir aucune douleur.
Heureusement, à ce moment-là, ce n’était pas Subaru lui-même, mais toutes les personnes qui comptaient pour lui qui l’avaient sauvé.
Il avait senti les voix de chacun, leur soutien, résonner dans sa tête, et――
Subaru : “Non, non, ce n’est pas ça…”
Soudain, quelque chose monta lentement en lui, et Subaru s’empressa de l’écarter d’un geste de la main.
Ce mélange de soulagement et de mélancolie s’apparentait sans doute davantage à un sentiment de nostalgie. Avant d’être infantilisé, il aurait pu supporter ces émotions, compte tenu du chaos ambiant et de son sens des responsabilités, mais son corps enfantin semblait avoir affaibli la barrière qui l’empêchait de fondre en larmes. S’il ne faisait pas attention, il risquait fort de s’effondrer en sanglots.
Subaru : “…Ne pleure pas, ne pleure pas. Suis-je un idiot ? Non, je suis définitivement un idiot.”
Peu importe à quel point il pouvait se lamenter, il ne pouvait pas puiser de la force auprès de ceux qui n’étaient pas là.
Laissant la tension dissiper ses larmes, Subaru fit tout son possible pour revenir à l’essentiel. Il le fallait, car c’était la seule façon pour lui d’avoir une chance de retrouver tout le monde.
Ce qui importait à présent, ce n’était ni son esprit fragile ni son sentiment naissant de nostalgie. Ce sur quoi il devait avant tout se concentrer, c’était l’essence même de la situation dans laquelle il se trouvait.
À savoir――
Subaru : “Est-ce qu’Abel ou Zikr-san m’ont déjà parlé de l’âge du Premier… ?”
Reniflant, Subaru fouilla dans sa mémoire à la recherche de la réponse à sa question.
Cecilus Segmunt――il avait entendu dire qu’il était le plus fort parmi les Neuf Généraux Divins de Vollachia. Cela signifiait qu’il était l’homme le plus puissant de l’Empire.
La raison pour laquelle ils s’étaient rendus à la Cité Démoniaque de Chaosflame était avant tout pour convaincre Yorna, l’un des Neuf Généraux Divins, de devenir leur alliée. Afin de reconquérir le trône, leur camp devait rallier à sa cause le plus grand nombre possible de Généraux Divins.
Il aurait donc été tout naturel, bien sûr, d’aborder comme il se devait le sujet de la personne qui occupait la première place.
Il tenta donc d’ouvrir ce tiroir récalcitrant, à la recherche d’une réponse, mais――
Subaru : “La seule chose dont je me souvienne, c’est qu’il est impopulaire et que, par conséquent, on ne peut pas vraiment compter sur lui…”
Il ne savait pas vraiment si c’était parce que cet aspect l’avait le plus marqué, ou parce que c’était tout ce qu’on lui avait réellement dit, mais c’était là toute l’information dont disposait Subaru au sujet du Premier.
Malheureusement, il n’avait trouvé aucune information sur son apparence, son âge ou quoi que ce soit de ce genre, alors que c’était justement ce qu’il souhaitait savoir pour le moment.
Subaru : “Mais s’il s’agit d’être impopulaire parce qu’il est un enfant, alors je comprends tout à fait.”
Dans l’Empire, où les plus forts étaient estimés, il serait étrange que le plus puissant soit impopulaire.
Si c’était parce que la personne la plus forte était un enfant, ce serait logique. Beaucoup d’adultes hésiteraient à suivre un enfant, quelle que soit sa force.
Ainsi, alors que Subaru assimilait ces informations antérieures et ses nouvelles connaissances,
Cecilus : “――Il semblerait que tu sois parvenu à une sorte de conclusion.”
À ces mots, Subaru leva les yeux et vit un garçon aux cheveux bleus――Cecilus, qui se tenait devant lui, adoptant la même posture grandiose qu’auparavant.
Après l’avoir laissé planté là, Subaru, qui était perdu dans ses pensées, cligna des yeux et parla :
Subaru : “D-désolé, je t’ai laissé là tout seul pendant un moment.”
Cecilus : “Ah, non, ce n’est rien, ne t’inquiète pas pour moi. Après tout, on m’exclut souvent des discussions ! J’ai l’habitude qu’on me laisse à l’écart et qu’on ne m’adresse pas la parole, hahaha !”
Subaru : “J-je vois…”
Cecilus fit étinceler ses dents blanches, dévoilant allègrement sa triste situation.
Même s’il était pris de court par cette attitude, il était soulagé que sa réponse brusque n’ait pas gâché sa bonne humeur. Après tout, il avait beaucoup de questions à lui poser.
Il avait envie de pencher la tête d’un air perplexe, ne sachant pas par laquelle de toutes ces questions commencer.
Subaru : “Désolé d’avoir été impoli, encore une fois, je m’excuse. Je…”
Cecilus : “Comme. Je. L’ai. Dit ! Il n’y a aucun problème. Bien sûr, ça ne veut pas dire que la grossièreté, le manque de respect et le manque de considération envers les autres soient acceptables, mais je suis assez ouvert d’esprit pour tolérer ça dans une certaine mesure. Si tu es intolérant, mesquin et superficiel, n’est-ce pas comme jouer un rôle secondaire et être le dindon de la farce ?”
Subaru : “O-ouais, tu as raison. Merci, ça m’aide. À ce propos, je…”
Cecilus : “Tiens, ça me fait penser à quelque chose ! Je ne t’ai pas posé la question parce que tu étais plongé dans tes pensées, mais qu’as-tu pensé de cette pose ? Comme j’y ai mis tout mon cœur, j’aimerais beaucoup connaître ton avis. Je me demandais si l’ajouter à ma présentation ne serait pas le petit plus qu’il lui fallait !”
Subaru : “A-attends un instant, s’il te plaît, j’étais en train de parler…”
Cecilus : “Oh ouais ! Il y a d’autres choses que j’aimerais te demander, ça m’intéresse beaucoup ! Qu’en penses-tu ? Si tu pouvais m’en parler en détail, je――”
Subaru : “――Écoute-moi !”
Même s’il s’efforçait de parler calmement, toutes ses tentatives étaient interrompues par le débit effréné de son interlocuteur.
Craignant d’être emporté par l’élan de la conversation, Subaru poussa involontairement un cri retentissant. Aussitôt, il fut pris de stupeur en voyant les yeux en amande de Cecilus s’écarquiller,
Cecilus : “Oh, par hasard, je l’ai encore fait ?”
Subaru : “De nos jours, on n’entend pratiquement plus ce genre de réponse level of a template…”
Cecilus : “Level ? Template ?”
Subaru : “Hum, c’est une expression de ma ville natale qui veut dire quelque chose comme “classique” ou “cliché”.”
Cecilus : “Hoho, ta ville natale ! C’est très intéressant ! Ah, je suppose que celle-là n’était pas bonne.”
Le regard pétillant, l’Éclair Azuré s’empressa de se jeter sur l’objet de sa curiosité.
Peut-être que ce surnom symbolisait aussi sa personnalité, trop franche quant à ses désirs, comme s’il était un éclair à la recherche d’un endroit en hauteur où s’abattre. C’était un personnage d’une agitation sans bornes.
――Mais peut-être cachait-il plutôt sa véritable nature derrière cette comédie.
Cecilus : “Allons, de quoi vas-tu bien pouvoir parler ? Je n’arrive pas à calmer les battements de mon cœur, j’ai hâte d’entendre la suite ! Haaa~, je me sens tellement vivaaant !”
Subaru : “…Ça ne ressemble pas du tout à une performance.”
Les yeux brillants, le garçon espérait que les mots prononcés par Subaru formeraient une histoire.
Son attitude, qui semblait totalement dépourvue de toute tromperie ou de toute intention de complot, amena Subaru à se demander si Cecilus était même capable de mentir. D’ailleurs, quel intérêt aurait-il à tendre un tel piège à Subaru maintenant ?
S’il n’avait pas été avec Abel, Subaru n’aurait attiré aucune attention dans l’Empire. ――Bien sûr, il y avait des exceptions qui avaient tenté sans relâche de mettre fin à la vie de Subaru.
Subaru : “Mais ce sont des exceptions, et je préfère ne plus les revoir si possible.”
Cecilus : “――? Qu’est-ce qui ne va pas ?”
Subaru : “Ah, je parlais tout seul. Au fait, je m’appelle Natsuki Subaru… Gah.”
Alors que Cecilus penchait la tête, perplexe, Subaru prononça son nom pour dissiper ses doutes, mais se rendit compte qu’il avait commis l’imprudence de révéler sa véritable identité.
À l’époque où il se déguisait en femme, Subaru avait pris le nom de Natsumi Schwartz, par prudence, afin de ne pas divulguer son nom à la légère dans l’Empire, mais son insouciance enfantine avait tout gâché.
Si, par hasard, par une infime chance, Cecilus, qui occupait le poste de Général de Première Classe de l’Empire, avait eu connaissance de la Sélection Royale du pays voisin, le Royaume de Lugnica, et des personnes qui y participaient, alors――
Cecilus : “Natsuki Subaru, c’est ça ? Ça sonne un peu bizarre, mais ça roule plutôt bien sur la langue. Au fait, lequel est le nom de famille, Natsuki ou Subaru ?”
Subaru : “…M-mon nom de famille est Natsuki, et mon prénom est Subaru.”
Cecilus : “Hahaaa, c’est noté. Alors je t’appellerai Subaru-san ! Mais si je trouve un meilleur surnom, je changerai d’appellation selon mon humeur, alors ne sois pas surpris.”
En agitant la main en l’air, Cecilus répondit avec un air qui ne trahissait aucune trace de recognition.
Subaru fut soulagé d’entendre cela, mais en même temps, un léger doute s’insinua dans son esprit.
――Cet enfant était-il vraiment Cecilus Segmunt ?
Subaru : “――――”
À bien y réfléchir, n’importe qui pourrait simplement prétendre être quelqu’un d’autre. Bien sûr, le garçon qui se tenait devant lui pouvait le faire, tout comme Subaru s’était présenté comme Natsuki Subaru.
Bien sûr, le nom et le surnom d’Éclair Azuré, le plus puissant de Vollachia, étaient connus de tous.
Il serait bien naïf d’espérer tomber sur l’homme le plus fort de Vollachia dans un endroit inconnu et louche comme celui-ci. De plus, il était plus probable qu’il s’agisse simplement d’un gamin se faisant passer pour l’Éclair Azuré parce qu’il admirait ce nom et ce titre. Ce serait une hypothèse bien plus plausible.
Cecilus : “Ciel, pourquoi ce regard méfiant ? C’est quelque chose à propos de moi ?”
Subaru : “…Es-tu le véritable Éclair Azuré ?”
Cecilus : “Ça y est ! C’est reparti ! Comme à chaque fois !”
Comme il n’était pas doué pour sonder les autres, il lança une question directe à Cecilus, qui éclata aussitôt d’un rire tonitruant.
Il se demandait s’il pouvait continuer à appeler ce garçon Cecilus, mais apparemment, d’autres personnes que Subaru avaient elles aussi des doutes quant à l’authenticité de son identité.
Néanmoins――
Cecilus : “Mes paroles sont sincères ! Même si c’est facile de l’affirmer, ça ne prouve pas grand-chose, hein ? D’un autre côté, pour ce qui est des informations cachées qui pourraient servir à prouver mon identité… Même si je te disais quoi que ce soit de ce genre, serais-tu capable de distinguer le vrai du faux ? Subaru-san, tu ne me connais pas si bien que ça, pas vrai ?”
Subaru : “C’est… Ouais, tu as raison.”
Cecilus : “Alors, ça ne sert à rien de se disputer sur l’authenticité de mon identité. Laissons tomber ces futilités et passons au sujet suivant ! C’est bien plus constructif, même si je suis un spécialiste de la destruction !”
Il avait l’impression de se laisser emporter par son élan et son éloquence, mais comme Cecilus développait ses arguments avec tant de fougue et sans relâche, Subaru n’avait aucune occasion de le contredire. De plus, ce qu’il venait de dire était vrai, même si c’était un peu exagéré.
Subaru n’avait aucun moyen de savoir s’il s’agissait vraiment de l’Éclair Azuré. Il n’avait pas non plus le moindre indice utile. Et même s’il venait à soupçonner cette tentative de Cecilus, il ne trouverait jamais la réponse.
Si tel était le cas――
Subaru : “――――”
Une fois qu’il eut écarté Cecilus comme objet de son intérêt, la question suivante qui se posait concernait sa situation.
Alors que Subaru s’apprêtait à laisser Olbart annuler son infantilisation, sa conscience avait été engloutie par le néant――non, quelque chose de bien plus sombre l’avait englouti, et sa conscience s’était évanouie.
Il était toutefois évident qu’il ne s’était pas simplement évanoui, sans autre conséquence.
Pour preuve : Subaru était allongé sur un lit en piteux état, face à Cecilus.
Malgré les ressources limitées du village de Shudraq, des efforts avaient été déployés pour rendre les lits confortables en utilisant de l’herbe moelleuse et du bois. Ce lit-là, en revanche, ne reflétait absolument pas ce souci de confort.
La seule chose présente était un support sur lequel on pouvait tout juste s’allonger.
Cette impression de désolation était renforcée par l’intérieur vide et dépouillé de la chambre, où il n’y avait rien d’autre que le lit.
Les murs gris étaient secs et fissurés, et le sol était taché d’une saleté impossible à nettoyer. L’air humide et pesant lui brûlait les poumons, et l’atmosphère était tout sauf agréable.
Il avait l’impression d’être dans une cellule de prison.
Subaru : “Euh, Cecil, je peux te poser une question ?”
Cecilus : “Cecil ! Qu’est-ce que c’est ? C’est moi, par hasard ?”
Subaru : “Je ne sais pas si je peux t’appeler Cecilus alors que je ne sais pas si tu es le vrai ou le faux…”
Ce n’était pas comme s’il se préparait au cas où il rencontrerait le véritable Cecilus, mais plutôt le compromis auquel Subaru était parvenu concernant ce garçon dont l’authenticité ne pouvait être vérifiée.
Le qualifier de tentative de Cecilus aurait été impoli et gênant, pour commencer. Outre le fait qu’il se montrait bien trop familier, au point d’en devenir suspect, il avait un comportement très amical et tenait à ne pas se faire détester.
Subaru : “En fait, c’est peut-être la personne la plus sympathique de tout l’Empire… Non, il ne fait pas le poids face à Flop et Midyam. Mais je pense qu’il peut leur donner du fil à retordre.”
En revanche, il ne pouvait pas en être certain, car il existait des exemples de personnes qui s’étaient montrées amicales au début avant de changer d’attitude.
Mais là encore, le fait que Subaru ait rencontré la fratrie O’Connell alors qu’il était avec Rem avait été un coup de chance tout à fait inhabituel. C’était peut-être même le plus grand coup de chance qu’il ait jamais eu de toute sa vie.
Pourquoi Flop l’avait-il interpellé à l’époque, se demanda-t-il. Peut-être n’avait-il pas supporté de continuer à voir Subaru et Rem dans cette situation.
Cecilus : “Cecil, Cecil… hein… Quelle sensation particulière ! Quel son exquis ! Maintenant que j’y repense, je n’ai jamais eu l’occasion d’entendre quelqu’un m’appeler par un surnom. Ça a un côté riche et rafraîchissant, n’est-ce paaaas ?”
Cecilus, quant à lui, était ravi de son premier surnom.
Subaru lui avait trouvé un surnom un peu banal, mais comme celui-ci en était très satisfait, il ne voulait pas gâcher son enthousiasme, et il jugea inutile de lui en proposer un autre. De toute façon, il n’avait pas d’autre idée en tête.
Subaru : “Bon, revenons-en à nos moutons… Ce n’est pas Chaosflame, n’est-ce pas ?”
Cecilus : “Chaosflame… tu veux dire la Cité Démoniaque ? Non, pas du tout. Au contraire, nous sommes à l’autre bout de l’Empire, de l’est à l’ouest ! Comme je te l’ai dit, nous sommes sur l’Île des Gladiateurs, Ginunhive.”
Subaru : “L’Île des Gladia…”
Les lèvres de Subaru se courbèrent lorsqu’il sentit le son de ce mot inconnu, “Ginunhive”, s’échapper de sa bouche.
Ce nom ne lui disait rien, mais le surnom de cet endroit lui donnait un sentiment de malaise. Si Chaosflame était surnommée la Cité Démoniaque en raison du grand nombre de demi-humains qui y vivaient, alors il devait y avoir une raison qui expliquait pourquoi Ginunhive portait elle aussi ce surnom.
Île des Gladiateurs, ça signifie――
Subaru : “――Île, Gladiateur ?”
Le mot “gladiateur” lui évoquait une certaine image, car il se souvenait l’avoir déjà entendu quelque part.
Si sa mémoire ne le trompait pas, c’était effectivement un mot qu’Al laissait échapper de temps à autre. Il avait passé plus de dix ans comme gladiateur quelque part, en pensant sans cesse qu’il allait mourir.
Même s’il avait perdu son bras gauche, il avait réussi à survivre et à s’échapper de cet endroit.
Alors, cet endroit était――
Subaru : “Impossible, c’est un lieu de death game… ?”
Cecilus : “Deth gamu ? C’est aussi une expression de ta ville natale ? Ça veut dire quoi ?”
Subaru : “…Quelque chose comme un colisée, un endroit où les gens s’entretuent.”
Cecilus : “Oh, je vois ! Alors tu as vite compris ! Exactement, c’est un lieu de deth gamu !”
Subaru : “――Hk.”
Cecilus éclata de rire devant Subaru, qui fut pris d’un frisson d’horreur après avoir évoqué cette possibilité terrifiante.
Le fait qu’il ait frappé dans ses mains devant sa poitrine et qu’il ait parlé d’un ton désinvolte poussa Subaru à se demander s’il n’avait pas mal entendu. Mais, quelle que soit la durée de son attente, les mots qu’il espérait entendre ne sortirent pas de la bouche de Cecilus.
――Non, des mots s’échappèrent, mais ce n’étaient pas ceux que Subaru souhaitait entendre.
Cecilus : “Encore une fois, bienvenue sur l’Île des Gladiateurs. C’est rare que des personnes aussi jeunes que toi et moi s’y aventurent, et même quand c’est le cas, elles ne survivent pas longtemps, alors je te souhaite bonne chance.”
Subaru : “C’est… Hk !”
Cecilus : “C’est ?”
Subaru : “C’est ridicule ! Il… Il doit y avoir une erreur !”
Le visage déformé par la colère, Subaru s’adressa d’une voix cassée à Cecilus qui se tenait devant lui.
C’était trop difficile à assimiler. Se retrouver dans un tel endroit, ça ne pouvait être qu’une erreur.
Subaru : “Parce que j’étais à Chaosflame avant de me réveiller, et…”
Cecilus : “Non non, tu étais aussi dans ce lit quand tu dormais. Tu gémissais dans ton sommeil. Je comprends qu’on gémisse à cause du manque de confort ici, mais à l’époque où j’étais à Chaosflame…”
Subaru : “Ce n’est pas ce que je veux dire ! Tu ne comprends pas ?!”
Cecilus : “Hmm.”
Agacé par l’énigmatique Cecilus, Subaru cracha sa colère en lui lançant une réplique cinglante.
Faisant mine de ne pas prêter attention à sa plainte, Cecilus se montra disposé à l’écouter et ne l’interrompit pas. Son attitude poussa Subaru à détourner le regard de lui pour balayer la salle du regard.
Subaru : “J’étais… à Chaosflame. Ma présence ici doit être une erreur. Je faisais aussi des trucs avec d’autres personnes.”
Cecilus : “Même si tu dis que c’est une erreur, tu es bel et bien là, tu sais. Si j’acceptais cet argument, ça voudrait dire que c’est moi qui ai été propulsé de l’Île vers la Cité Démoniaque.”
Subaru : “Ça devrait donc être possible si je suis sur l’Île des Gladiateurs, non ?!”
Cecilus : “Je n’en ai aucune idée. ――Mais si tu veux une réponse à cette question, je peux te la donner très rapidement.”
Haussant les épaules face à la crise de colère de Subaru parce qu’il refusait de l’écouter, Cecilus tendit calmement la main. Un de ses doigts fins désigna un mur au fond de la salle.
――Non, ce n’était pas un mur. Il désigna une fenêtre munie de barreaux.
La fenêtre, placée en hauteur, donnait sur l’extérieur de la salle, et une brise humide s’y engouffrait.
Subaru : “Non, non, non, non… !”
Les lèvres tremblantes, Subaru bondit hors du lit, pris de panique.
À peine avait-il posé ses pieds nus sur le sol froid qu’il eut un mouvement brusque de la tête et se sentit pris de vertige, mais il parvint à se ressaisir et se précipita vers la fenêtre. Il bondit alors, agrippa les barreaux, se hissa de toutes ses forces et posa son menton sur le rebord de la fenêtre tout en se tortillant maladroitement.
Puis, réussissant tant bien que mal à poser son regard sur le paysage à l’extérieur――
Subaru : “――La m…er ?”
Cecilus : “Ouais, c’est un lac.”
En regardant par la fenêtre, Subaru marmonna ces mots, consterné.

Cecilus tenta de confirmer les propos de Subaru, après avoir entendu ce murmure.
Cependant, Cecilus avait tort de l’affirmer, car Subaru avait dit “mer”, et non “lac”.
En effet, Cecilus avait commis une erreur. S’il avait bel et bien commis une erreur, le paysage à l’extérieur était peut-être lui aussi une erreur.
Ou du moins, Subaru comprit que ce n’était là que ce qu’il espérait croire.
Subaru : “À ce que je vois, c’est un lac entièrement noir…”
Cecilus : “L’île entière est entourée d’un lac. Le seul moyen d’accéder à l’autre rive est de “lever” le seul pont-levis. C’est véritablement une fortification naturelle, ou plutôt une prison !”
Incapable de se soulever, Subaru glissa loin de la fenêtre. Cecilus parlait à toute vitesse tandis que Subaru s’agenouillait sur le sol, s’affaissant sur ses genoux.
Pourquoi était-il de si bonne humeur dans un endroit aussi désespérant ?
Subaru : “Pourquoi…”
Cecilus : “Hm ?”
Subaru : “Pourquoi as-tu l’air d’autant t’amuser ?”
Subaru, adulte, aurait probablement hésité à poser la question, plutôt que de la poser sans détour.
En tant qu’enfant dépourvu de toute maîtrise de soi, la question lui avait tout simplement échappé, jaillissant de sa bouche. Cecilus réagit à la question bien trop directe de Subaru avec un regard enfantin, et déclara :
Cecilus : “C’est parce que je sens que le premier acte touche à sa fin !”
Subaru : “Le premier acte…”
Cecilus : “Hélas, même si je ne comprends pas vraiment, j’ai été précipité dans cet endroit de deth gamu, et j’ai dû me battre à mort dans un tourbillon de sang ! Un vent nouveau s’est levé, apportant avec lui une autre odeur de sang et une autre prémonition ! Dans ces conditions, il est tout à fait logique que l’histoire passe à la phase suivante.”
Il ne comprenait absolument rien à ce que racontait Cecilus, qui s’exprimait d’un ton solennel, les doigts levés. ――Non, ce n’était pas tant qu’il ne comprenait pas. Il souhaitait simplement ne pas comprendre.
Parce que s’il essayait de comprendre pleinement ce que disait Cecilus, cela signifierait――
Cecilus : “Sinon, ce ne serait pas intéressant. On ne peut pas garder l’acteur principal en coulisses, ce serait un sacrilège dans une histoire qui se respecte !”
――Que le plus fort de Vollachia, l’Éclair Azuré, était un mordu de théâtre.
Cecilus Segmunt, le mordu de théâtre, était un grand bavard
Au point qu’on pourrait croire que, s’il n’était pas interrompu, il continuerait à bavarder indéfiniment.
Cecilus : “Donc, je me promenais tranquillement dehors, et tu étais là, en train de ramper vers le rivage. Incroyable, non ? Ça n’arrive pas souvent. C’était écrit, sans aucun doute ! Ou plutôt, on aurait dit une scène tirée d’un récit.”
Subaru : “――――”
Cecilus : “Tu ne le sais sans doute pas, mais j’ai toujours eu une bonne intuition. Aujourd’hui encore, je t’ai trouvé en me promenant parce que j’avais l’impression que le vent m’appelait. Je suis tellement choyé par le destin que ça m’effraie.”
Subaru : “――――”
Cecilus : “Bien sûr, tu as survécu à cette situation, alors tu as de bonnes chances d’être toi aussi favorisé par le monde ! Montrons-lui ce dont nous sommes capables, Suba… Baru… Hmmm~ ?”
En penchant la tête, Cecilus réfléchissait à quelque chose, tout en marmonnant.
Tout en écoutant les propos absurdes et creux qui s’échappaient de la bouche du garçon, Subaru se déplaçait pieds nus sur le sol en pierre glacé.
Il aurait été imprudent de sortir et de se promener ainsi hors de la salle où il s’était réveillé, car il ne savait pas où il se trouvait.
Il lui restait toutefois une chose à vérifier.
Subaru : “C’est bien ce que tu disais, non ? Que je n’étais pas seul ?”
Cecilus : “Eh ? Ah, ouaip, c’est vrai. Je tiens à t’en féliciter aussi. Non seulement tu t’en es sorti vivant, mais tu as aussi sauvé la vie de ton compagnon, ce qui relève vraiment de la chance et du courage… Une sorte de talent !”
Subaru : “Ouais, ouais, bien sûr, le talent, le courage et tout ça, c’est ça. Bon, cette autre personne…”
Cecilus : “C’était une petite fille. Un peu comme toi, Basu… Ah ! Ça sonne plutôt bien, non ?”
La conversation avait déraillé sans qu’il ait eu à faire d’efforts, mais il avait réussi à obtenir des réponses à ses questions.
Peut-être que ce qui posait problème à Cecilus, c’était de savoir comment appeler Subaru en réponse au surnom Cecil que ce dernier lui avait donné. Tant que ce surnom n’était pas trop horrible, peu lui importait comment on l’appelait.
Ce qui importait le plus, c’était les informations qu’il avait réussi à lui soutirer――
Subaru : “――Rui.”
Quelqu’un à peu près du même âge que lui――quand il s’agissait d’une personne aussi âgée que Subaru l’était actuellement, c’était naturellement Rui qui lui venait à l’esprit. À l’heure actuelle, Midyam avait elle aussi été rajeunie à peu près au même âge, mais comme elle n’avait pas été présente dans cette tour, elle n’entrait pas dans la liste des candidates.
Mais, pour être honnête, l’image que Subaru se faisait de Rui était tout à fait confuse.
Subaru : “Je ne vais pas t’abandonner avant d’avoir une réponse à cette question. Et puis, peut-être qu’avec ton pouvoir…”
S’ils parvenaient à utiliser la téléportation Rui, ils pourraient peut-être s’échapper de cette île dangereuse.
Il ne connaissait pas encore toute l’île, et bien que Cecilus soit la seule autre personne qu’il ait rencontrée ici, d’après ce que celui-ci lui avait raconté, il s’agissait sans aucun doute du pire environnement qui soit pour un enfant.
Par conséquent――
Subaru : “Il faut qu’on quitte cette île au plus vite.”
Cecilus : “C’est une ambition louable, mais je pense qu’il y aura beaucoup d’obstacles. D’après ce que j’ai entendu, une seule personne a jamais réussi à s’échapper d’ici, et c’est précisément pour cette raison que le “règlement maudit” a été instaurée.”
Subaru : “Alors je serai la deuxième personne. Non, avec toi et mon compagnon, ça fera trois.”
Subaru intervint avec détermination, répondant par réflexe. Et Cecilus, en entendant cela, le regarda comme s’il était insignifiant, puis poussa un sifflement aigu.
Cela semblait le mettre de bonne humeur, mais il n’avait pas le temps de s’en soucier.
Et――
Cecilus : “Basu, par ici.”
Après avoir parcouru quelques mètres dans un couloir faiblement éclairé, où régnait une atmosphère humide et froide, Cecilus s’arrêta brusquement. Les mains jointes derrière la tête, il fit un signe de la tête en direction d’une pièce dont la porte en bois était ternie.
Le regard levé vers la porte, Subaru demanda : “Il y a quoi ici ?”,
Cecilus : “C’est une salle de soins. On l’appelle aussi la salle des cadavres. Beaucoup de personnes finissent leurs jours ici après avoir échoué à mourir dans l’arène.”
Subaru : “U-une salle de soins, c’est ça ? Et qui est le guérisseur ?”
Cecilus : “Un guérisseur, ha ! Il y a bien quelques guérisseurs, dans un sens, mais on n’a pas de magicien de ce genre ici. Il y aurait moins de morts s’ils étaient affectés ici, mais ce n’est pas la politique du Chef de l’Île.”
Subaru : “――――”
Face à cette réponse désinvolte, Subaru se tut instinctivement.
Cela lui avait complètement échappé, mais dans l’Empire de Vollachia, rares étaient ceux capables de pratiquer la magie de guérison. C’est pourquoi la magie de guérison de Rem était considérée comme précieuse.
Mais il n’en restait pas moins que Rui avait été placée dans une salle de soins où il n’y avait pas de guérisseur.
Cecilus : “La fille que tu as amenée était très affaiblie, voilà pourquoi. Cette salle est destinée, du moins en théorie, à soigner les blessés ; on y trouve donc quelques couvertures et de quoi panser les patients. Quant à nous, les gladiateurs, on nous traite exactement comme tu l’as vu tout à l’heure, et les conditions de sommeil étaient épouvantables, pas vrai ?”
Subaru : “…Tu es le seul gladiateur ici.”
Cecilus : “Ahahaha, tu as raison ! Allez, va vivre des retrouvailles chargées d’émotion.”
Comme s’il devinait une nouvelle fois ce que Subaru avait sur le cœur, Cecilus lui tapota l’épaule.
Poussé par son élan, Subaru déglutit, se ressaisit et se dirigea vers la porte. En l’ouvrant, il fronça les sourcils face à l’odeur désagréable qui s’en échappait.
Ce qui s’en échappait, c’était une odeur mêlant sang et chair en décomposition, digne des pires conditions d’insalubrité.
Leur sens de l’hygiène avait-il disparu, peut-être ? Dans cette pièce pas très spacieuse, il était possible de voir des outils usés et des bandages lavés à la va-vite, laissés à sécher à l’air libre.
Et dans cet environnement pas vraiment idéal――
Cecilus : “C’est ton compagnon qui dort là-bas.”
Subaru : “――Hk, Rui !”
Alors que Subaru regardait autour de lui, Cecilus lui désigna un lit au fond de la pièce.
Cela semblait être une pièce servant d’infirmerie, avec deux lits à peine plus confortables que celui sur lequel Subaru s’était allongé, et une petite couverture bombée au bout du lit.
Subaru se précipita vers lui, poussé par ses sentiments confus. Il était pressé de rejoindre Rui, mais ne savait pas quoi lui dire.
Néanmoins――
Subaru : “――Hein ?”
Après s’être précipité vers elle et avoir tenté de secouer l’épaule de la petite fille, Subaru se figea de surprise.
Non pas parce qu’il était incapable de trouver les mots justes. ――Mais parce qu’il ne trouvait personne à qui les dire.
La fille qui avait été ramenée sur le rivage avec Subaru et qui était endormie là n’était pas Rui, celle qui suscitait des sentiments mitigés dans le cœur de Subaru.
Elle était dotée d’une petite tête, de deux cornes saillantes et d’une chevelure châtain clair qui lui tombait sur les épaules. On avait dépouillé la fille du kimono richement orné qui enveloppait son petit corps, ne laissant apparaître que de simples sous-vêtements.
Ce n’était ni Rui ni son accompagnatrice Midyam, qui l’avait suivi jusqu’à la Cité Démoniaque de Chaosflame, et qui avait elle aussi été rapetissée par la technique d’Olbart.
La personne qui se trouvait là était――
Subaru : “…T-Tanza ?”
Il n’y eut aucune réaction de la part de la petite fille endormie, malgré son appel tremblant.
Mais même si elle ne répondait pas, dès qu’il posa les yeux sur elle, il sut. Il sut qu’elle n’était ni Rui ni Midyam, mais Tanza, la fille-cerf, la servante de Yorna Mishigure, la Maîtresse de la Cité Démoniaque.
Subaru : “Pourquoi… Pourquoi cette fille est-elle ici… ?”
Cecilus : “Oh-oh ? J’ai encore fait quelque chose ?”
Derrière Subaru, qui était surpris de voir un visage endormi différent de celui qu’il avait imaginé, Cecilus laissa échapper une remarque absurde.
Bien sûr, ce n’était pas de sa faute. Il n’y était pour rien, mais――
Subaru : “Ce n’est pas ce qu’on m’avait dit ! Tu m’avais dit que Rui était là.”
Cecilus : “Naaan, j’en doute. Je pense t’avoir expliqué qu’une fille était arrivée sur l’île avec toi, Basu. Je suis aussi surpris que toi que ce ne soit pas celle que tu croyais.”
Subaru : “Uh, kuh…”
Subaru resta sans voix, incapable de répliquer quoi que ce soit à la réponse pleine de bon sens de Cecilus.
En effet, c’était Subaru lui-même qui avait supposé qu’il parlait de Rui en parlant de la fille qui l’accompagnait. Subaru ne pouvait que s’excuser auprès de Cecilus à ce sujet.
Mais c’était étrange. Pourquoi Tanza serait-elle avec Subaru ?
Pour commencer, si Tanza était avec eux en ce moment même, alors――
Subaru : “Qu’en est-il de Rui…”
En portant la main à sa tête, Subaru s’inquiétait pour Rui, qui était introuvable.
Maintenant qu’ils savaient qui elle était, Abel, Al et Midyam considéraient Rui comme une menace. Yorna pourrait peut-être protéger Rui, mais uniquement parce qu’elle ignorait sa véritable identité.
Si elle venait à découvrir que Rui était un Archevêque du Péché, même elle changerait d’avis, tout comme Midyam l’avait fait.
Et il ne voyait aucune raison pour qu’Abel et les autres gardent secrète l’identité de Rui.
Subaru : “Je dois la ramener auprès de Rem.”
L’existence de Rui ressemblait beaucoup à un fil ténu et fragile reliant Rem, qui souffrait d’amnésie, et Subaru.
Même si Rui l’avait suivi sans permission, Subaru avait une bonne raison qui lui imposait de la ramener auprès d’elle. Mais surtout, au fond de lui, Subaru n’avait pas encore décidé quoi faire de Rui.
Et pourtant, il ignorait où se trouvait Rui, et Subaru avait atterri sur cette île, pour une raison qu’il ne comprenait pas.
Subaru : “Je ne devrais pas perdre mon temps de la sorte… !”
Les pensées de Subaru ne parvenaient pas à se calmer ; c’était un enchevêtrement confus de toutes sortes de choses.
Il savait néanmoins qu’il devait quitter cette île et retourner immédiatement à Chaosflame.
Subaru : “Si possible, j’emmènerai cette enfant avec moi…”
Cecilus : “Oh, tu en es certain ? Pourtant, cette fille n’était pas celle à laquelle tu t’attendais, Basu.”
Subaru : “Oui. Ce n’est pas elle, mais il n’y a aucune raison de la délaisser, pas vrai ? Et puis, Yorna-san doit sûrement être en train de la chercher.”
Yorna était si attentionnée qu’elle n’hésitait pas à se dévouer, même pour un jeune enfant qu’elle venait tout juste de rencontrer.
Sans elle, il n’aurait pas pu remporter le jeu du loup contre Olbart ni convaincre ce vieil homme monstrueux d’accepter le pari initial.
C’est pourquoi ramener Tanza auprès de Yorna était la manière la plus naturelle de lui rendre la pareille.
Cecilus : “Je trouve ton enthousiasme et ta prévenance admirables, mais comme je te l’ai déjà dit, je pense que ça va être difficile.”
Cependant, l’avis de Cecilus vint gâcher la parade de Subaru.
Même si sa façon de parler et de se comporter était restée inchangée depuis le début, la situation décrite par Cecilus était, au fond, grave. Pourtant, Subaru ne pouvait s’empêcher d’être exaspéré par la dureté de la réalité.
Subaru : “Je t’ai entendu. Tu dis que c’est difficile de partir, c’est ça ? Mais si on cherche un bateau, ou si on abaisse le pont-levis dont tu parlais tout à l’heure, alors…”
Cecilus : “Il faut “lever” le pont-levis. Ce serait un véritable défi, j’imagine, mais le problème est ailleurs. Le plus gros souci, c’est le règlement maudit, tu sais ? Le règlement maudit.”
Subaru : “Le règlement… maudit… ?”
Ce mot ne lui était pas familier, mais il lui était impossible de l’ignorer, puisqu’il avait déclaré qu’il s’agissait du principal problème.
En direction de Subaru, les sourcils froncés, Cecilus répondit par un “Oui”, puis enfonça ses mains dans les manches de son kimono,
Cecilus : “Les règles de la malédiction, ou “règlement maudit”. Un règlement très contraignant et puissant édicté par le Chef de l’Île qui règne en maître sur cette Île des Gladiateurs. Si tu le transgresses, tu meurs ! Si tu y désobéis, tu meurs ! Si tu y résistes, tu meurs ! ――Une malédiction mortelle !”
Subaru : “…Ah.”
Cecilus : “Ça couvre toute l’île. Tu comprends ?”
Tout en prononçant ces mots, Cecilus fit un tour sur lui-même, agitant ses manches en l’air.
C’était dit sur un ton léger, sans aucune trace de sérieux, mais l’existence d’une malédiction mortelle de ce genre correspondait bien trop à l’image que Subaru se faisait de l’Empire pour qu’il puisse la balayer d’un revers de main comme un mensonge.
Subaru : “D-donc personne ne peut sortir d’ici ?”
Cecilus : “Oui, c’est exact. Sans ça, je serais déjà parti d’ici. Les bêtes démoniaques du lac sont peut-être des adversaires redoutables, mais je peux courir sur l’eau si j’en ai envie. Tu sais comment faire ? Je veux dire, comment courir sur l’eau. Il faut avancer le pied gauche avant que le pied droit ne s’enfonce…”
Cecilus se mit à exposer cette idée farfelue et malvenue à un Subaru abasourdi.
On aurait dit la façon dont les ninjas couraient sur l’eau, et bon nombre des surhumains de ce monde semblaient en être capables. Non, ce n’était pas le moment de fuir la réalité de cette manière.
Subaru : “C-ce Chef de l’Île, est-ce lui qui a jeté une malédiction sur l’île ? Si c’est le cas, pourquoi ne pas lui demander de lever cette malédiction ? Parce que, je suis ici par erreur…”
Cecilus : “Hahaha, quelle blague fascinante ! Qu’il s’agisse d’une erreur, d’un accident ou d’une gaffe, dès l’instant où tu es arrivé sur cette île et que la marque de la malédiction a été gravée sur toi, tu fais déjà partie des gladiateurs. Mais on pourrait dire que ton refus d’accepter ton destin de gladiateur est la preuve que tu as un rôle plus important à jouer.”
Subaru : “――Hk.”
Les mots auxquels il s’accrochait lui furent refusés, et Subaru retint son souffle.
Le mot « malédiction » ne faisait que raviver de mauvais souvenirs chez Subaru. Et comme on pouvait s’y attendre, c’était comme si ces mauvais souvenirs s’étaient superposés les uns aux autres, pour paraître encore pires.
Subaru : “Ce n’est pas drôle… Hk.”
Avant même de s’en rendre compte, il s’était retrouvé propulsé dans un endroit qui lui était inconnu, en compagnie d’une fille qu’il ne connaissait pratiquement pas. Et comme si ça ne suffisait pas, quelqu’un qu’il ne connaissait pratiquement pas lui avait dit que s’il essayait de quitter cet endroit inconnu de son propre chef, il risquait de mourir à cause d’une malédiction lancée contre lui par une autre personne qu’il ne connaissait pas non plus.
Dans cette situation, en quoi pouvait-il bien croire, et que pouvait-il bien faire――
Subaru : “…C’est ça. Oui, c’est vrai ! Cecil, tu fais partie des Neuf Généraux Divins, non ?”
Cecilus : “Oh ?”
Subaru : “Alors, tu pourrais peut-être entrer en contact avec le monde extérieur ou quelque chose comme ça ? Voyons voir… Par exemple, cette fille qui dort là, elle est originaire de chez Yorna-san, à Chaosflame…”
Les yeux injectés de sang à cette idée, Subaru saisit Cecilus par les épaules.
Alors que Cecilus fermait un œil en réaction à ce contact, Subaru en oublia son impudence.
Après l’avoir traité plus tôt de garçon qui criait au loup, Subaru s’attendait désormais à ce que Cecilus soit bien l’Éclair Azuré, comme il le prétendait.
Comme il était l’un des Généraux Divins de l’Empire de Vollachia et le plus puissant de l’Empire, tout en étant quelqu’un de très accessible, il était possible qu’il prête une oreille attentive à ce que Subaru avait à dire.
Ce n’était vraiment rien d’autre qu’une idée puérile issue d’une façon de penser égocentrique.
Par conséquent, les conjectures de Subaru se solderaient, comme d’habitude, par un effort vain.
Ou bien, peut-être que si son esprit n’avait pas été engourdi par cette infantilisation, Subaru aurait pu trouver cette question évidente tout seul.
C’était――
Cecilus : “Dis, Basu.”
Subaru : “Ouais, qu’y a-t-il ?”
Cecilus : “Qui sont ces Neuf Généraux Divins dont tu parles ?”
Subaru : “Eh… ?”
Alors que Subaru lui tenait les deux épaules, Cecilus pencha la tête, intrigué.
Subaru était stupéfait, ne comprenant pas ce qui lui était dit. Mais Cecilus reprit :
Cecilus : “En fait, je ne sais vraiment pas ce que je fais ici. Je pense qu’il va se passer quelque chose qui va faire avancer l’histoire, et je me demande si c’est toi, Basu.”
Ce fut un véritable coup de tonnerre, qui sema encore plus de confusion dans l’esprit du jeune Subaru.
