64 — Chapitre 57B : Ça m’est égal qu’on me traite de crétin
CHAPITRE 57B – « Ça m’est égal qu’on me traite de crétin »
――Une fois qu’elle avait perdu la trace de Natsuki Subaru, Émilia avait paniqué et provoqué le plus grand tumulte de sa vie.
Émilia : “Je t’en prie, Subaru… J’espère vraiment que tout ira bien avec Rem.”
La tempête d’ombres qui s’était abattue sur la Tour de Guet des Pléiades, c’était à ce moment-là que Subaru et Rem avaient été projetés ailleurs――non, pour être plus précis, il n’y avait pas qu’eux deux. Elle savait qu’il y avait eu un autre élément inconnu à leurs côtés.
Si Émilia avait réussi à surmonter cela sans perdre son sang-froid, c’était parce que Béatrice et Ram, qui avaient un lien avec ces deux personnes, avaient confirmé leur survie.
Bien sûr, même s’ils étaient vivants, la possibilité qu’ils se retrouvent face à quelque chose de dangereux ou d’effrayant existait toujours.
En fait, c’était parce qu’il devait sauver Rem endormie dans un pays inconnu qu’il était certain, absolument certain, que Subaru agirait de manière imprudente. Cependant, comme Subaru n’avait ni Émilia ni Béatrice à ses côtés, il devait être complètement paniqué.
Émilia : “Je dois me dépêcher de les trouver… !”
Avec cette résolution, Émilia et le groupe qui avait entrepris de conquérir la Tour de Guet des Pléiades s’étaient mis en route.
Pour commencer, ils devaient trouver un moyen d’entrer dans le pays situé au sud, où Subaru semblait avoir été emporté, l’Empire de Vollachia――qui avait interdit tout voyage à destination et en provenance du Royaume de Lugnica.
??? : “Nous agirons depuis Kararagi. Lugnica et Vollachia se surveillent mutuellement depuis toujours, il sera donc peut-être plus facile de trouver un moyen d’entrer depuis là-bas.”
Tels étaient les mots d’Anastasia, promettant de coopérer à la recherche de Subaru.
Le groupe d’Anastasia, dont Julius et Echidna faisaient partie, n’était pas dans une situation confortable, après avoir vécu une expérience difficile dans la Tour de Guet des Pléiades.
Mais le fait qu’ils aient tout de même proposé de le faire pour le groupe de Subaru rendait Émilia très heureuse.
Émilia : “Je suis tellement heureuse que nous soyons devenues amies, Anastasia-san.”
Anastasia : “Eh bien, en disant “amies”, tu vas peut-être un peu loin. Nous sommes toujours des rivales, comme avant, mais…”
Émilia : “Mais ?”
Anastasia : “Et si on devenait amies une fois que cette histoire avec Natsuki-kun et la Sélection Royale seront terminées ? Moi non plus, je n’ai pas vraiment d’amis. Tout comme toi, Émilia-san.”
En parlant ainsi avec une attitude légère, Anastasia promit de leur prêter main-forte.
Même si elle savait que ce n’était pas le moment, pour Émilia, cette promesse――celle de rechercher Subaru, était quelque chose dont elle était également heureuse. Toutefois, elle attendait avec impatience le jour où sa promesse de devenir amis serait tenue. Et――
??? : “Si Anastasia-sama trouve un moyen de passer par Kararagi, alors le mieux serait que nous essayions simplement de trouver un moyen de franchir la frontière avec Vollachia, n’eeeest-ce pas ?”
Après avoir retrouvé Émilia et les autres à leur retour de la Tour de Guet des Pléiades, Roswaal, conscient de l’urgence de la situation, avait respecté le souhait d’Émilia de partir immédiatement à la recherche de Subaru.
Néanmoins, même en utilisant le rang et le pouvoir de Roswaal, pénétrer dans l’Empire de Vollachia ne semblait pas être une mince affaire. Et même s’ils parvenaient à s’y rendre par les airs, des dragons aériens risqueraient de les attaquer.
Même après avoir obtenu l’approbation de Roswaal, entrer dans l’Empire ne serait pas aisé.
Et surtout, l’Empire était immense. Même en parvenant à y entrer d’une manière ou d’une autre, rien ne garantissait qu’ils puissent retrouver Subaru et les autres comme ça, d’un claquement de doigts.
Au milieu de cette situation de plus en plus agitée, une proposition visant à sortir de l’impasse avait été formulée par quelqu’un qui avait une fois de plus prouvé sa fiabilité.
??? : “Concernant la manière d’entrer dans l’Empire de Vollachia, j’ai peut-être une idée. En revanche, ce n’est pas vraiment une méthode recommandable, et elle comporte certains risques.”
Voilà ce qu’avait déclaré, brisant la glace avec une certaine hésitation, celui dont le retour coïncidait avec celui du groupe d’Émilia, Otto.
Cette personne, après avoir séjourné dans la cité Aqueuse de Pristella, pour se rétablir, était revenue avec Garfiel, qui était resté à ses côtés, et avait indiqué une voie d’espoir au groupe d’Émilia, qui était très préoccupé par la difficulté de leur tâche.
Cependant, ce moyen était résolument――
Otto : “――En entrant clandestinement. À Picoutatte… L’une des Cinq Grandes Villes au sud de Lugnica. Je pourrais peut-être vous aider à entrer depuis cette ville, ma ville natale.”
Entrer clandestinement dans le pays consistait à contourner les procédures et les dispositions habituelles.
Comme Otto l’avait souligné, cette méthode n’était pas très recommandable, et il était indéniable que cela représentait un choix assez risqué s’ils venaient à être repérés.
Toutefois, s’il n’y avait aucun autre moyen.
Émilia : “Nous devons faire tout notre possible pour eux.”
En affermissant sa forte détermination, Émilia fit part de sa résolution à tous les autres.
Personne n’avait dit quoi que ce soit qui puisse contredire la détermination d’Émilia, pas même Ram et Otto qui étaient soumis à une forte pression. Tout le monde priait pour la sécurité de Subaru.
Émilia en était très fière, plus que tout autre chose.
??? : “Quoi qu’il en coûte, nous allons ramener Subaru sain et sauf, en fait. Nous allons le faire, je suppose.”
Émilia : “Ouais, tout à fait――faisons de notre mieux.”
Alors que Béatrice lui serrait fermement la main, celle qui était la plus inquiète pour Subaru, Émilia répondit doucement en serrant à son tour la main de Béatrice.
Et puis, dans la ville natale d’Otto, après avoir traversé une altercation avec d’anciennes connaissances à lui qui en voulaient à sa vie, après avoir assisté aux habiles négociations de Pétra avec le groupe qui allait les faire passer clandestinement à la frontière, et aidés par la panique nuptiale concernant la constitution particulière de Frédérica, le groupe à la recherche de Subaru passa la frontière, et――
Émilia : “――Ça suffit.”
Dans la Ville Fortifiée où régnait la folie, Émilia, qui avait provoqué la neige, fit cette déclaration.
??? : “――――”
De nombreux bâtiments s’étaient effondrés, et le paysage urbain autrefois magnifique avait disparu sans laisser la moindre trace.
Et pourtant, la colère d’Émilia ne faisait que grandir alors qu’elle observait de loin de grandes silhouettes se déplacer dans le ciel, utilisant pleinement leurs ailes pour écraser la vie d’innocents.
Comment pouvaient-ils faire une chose aussi terrible ?
N’y avait-il pas une meilleure façon de procéder, et avaient-ils seulement essayé de la trouver ?
Néanmoins, même celle qui croyait cela, Émilia elle-même, ne voyait aucun moyen d’arrêter le combat à ce moment-là, autrement qu’en utilisant son propre pouvoir, ce qui était frustrant.
Voilà pourquoi Émilia était aussi frustrée que possible, essayant de ne pas oublier ce sentiment. À cette fin――
Émilia : “――Ice Age.”
Autour d’Émilia, alors qu’elle murmurait ces mots, le monde commença à perdre sa chaleur à un rythme effréné.
L’air se refroidit lentement, et de blancs flocons de neige commencèrent à tomber doucement du ciel glacial. Rapidement, sans exception, Émilia recouvrit le périmètre de la ville d’un manteau de froid.
Avec beaucoup de précautions, en ajustant le pouvoir magique, en prenant soin de ne pas en faire trop.
Elle ne pouvait pas se permettre de commettre une erreur et laisser la ville se transformer en glace comme la Grande Forêt d’Élior, la patrie d’Émilia. Inutile de dire que même si elle avait l’intention de la faire fondre plus tard, la refroidir au point de la mettre en léthargie, comme les épouses de Regulus, était strictement interdit.
Tout ce qu’Émilia avait à faire, c’était d’apporter une saison des glaces insupportable sur des terres peu habituées au froid, celles de l’Empire.
Le vent glacial, les flocons de neige qui tombaient et s’accumulaient, le souffle blanc de cette saison des glaces magique, tout cela allait recouvrir la Ville Fortifiée frappée par ce cataclysme des dragons aériens. Et puis――
Priscilla : “Les dragons sont sensibles au froid. Et pour les dragons aériens, qui n’ont jamais connu le froid glacial, la sévérité sera encore plus prononcée sur leurs ailes.”
Sur ces mots, une silhouette bondit sur le mur à moitié détruit où se tenait Émilia, accompagnée d’un léger bruit de pas.
En jetant un coup d’œil, elle vit Émilia acquiescer avec un “Oui”.
Émilia : “Avant mon départ, Pétra-chan m’a dit que les dragons aériens n’aiment pas le froid. Elle est vraiiiiment douée pour les études et a très vite appris beaucoup de choses sur l’Empire.”
Priscilla : “Tu t’es donc appuyée sur la sagesse de ta servante ? Ça ne m’étonne pas, tu m’as fait croire que c’était un plan décent, pour une demi-démone dépourvue de sagesse.”
Émilia : “Tu n’as pas besoin de le présenter ainsi. D’ailleurs, comment sais-tu que je suis une demi-elfe… Hein ?”
Puis Émilia arrondit ses yeux améthyste, ses lèvres formant une moue à cause de la façon dont l’autre personne avait parlé.
Une femme vêtue d’une robe rouge, ses longs cheveux orange flottant dans le vent froid ; sa coiffure était différente de celle dont elle se souvenait, mais là, il y avait――
Émilia : “Hein, Priscilla ? Qu’est-ce que tu fais ici ? Nous ne sommes pas à Lugnica, tu sais ?”
Priscilla : “Je te retourne la question. Mais j’ai une petite idée de la raison pour laquelle tu as mis les pieds dans l’Empire… Comment as-tu réussi à entrer dans le pays ?”
Émilia : “Oh, la méthode est secrète. Je ne suis pas censée te le dire. Je suis également censée cacher qui je suis. Je dois donc faire attention. Je…”
Émilia était surprise de voir Priscilla, une femme qu’elle ne s’attendait pas à croiser dans ce pays étranger au sud, mais elle était étrangement bouleversée par sa présence.
Cependant, elle ne pouvait pas rester là à s’étonner. La manière dont Émilia était entrée dans l’Empire était un acte irrationnel, quelque chose qui pouvait être qualifié de méfait.
C’est pourquoi elle ne voulait pas le révéler à Priscilla, sauf en cas de nécessité. Mais――
Émilia : “――! Priscilla, attention !”
Interrompant ce qu’elle s’apprêtait à dire, Émilia incita Priscilla à faire attention.
L’instant d’après, Priscilla, claquant la langue, bondit en arrière, et une lame――une Lame Ailée, tournoyant furieusement, creusa un trou à l’endroit où elle se trouvait quelques instants auparavant.
Le mur abîmé, sur le point de s’effondrer, fut proprement sectionné par le tranchant de la lame, et, paradoxalement, il fut miraculeusement épargné de l’effondrement. Priscilla, ayant réussi à éviter la lame, atterrit cette fois-ci plus près d’Émilia, juste à côté d’elle, l’ourlet de sa robe flottant au vent. Et――
Madelyn : “Vous allez arrêter, oui ?! C’est quoi votre problème, à débarquer les uns après les autres ?!”
La voix de la fille, pleine de colère, parvint aux oreilles d’Émilia alors que la première rattrapait d’une seule main la Lame Ailée qui revenait vers elle.
Au milieu du paysage urbain dévasté se tenait une fille munie de cornes, dont les yeux brillants fixaient Émilia et Priscilla, debout côte à côte.
Celle qui se tenait là semblait très en colère. Mais Émilia était également très furieuse.
C’est pourquoi Émilia pointa son doigt vers la fille,
Émilia : “Je m’appelle Émi… Émilie ! Je ne suis qu’une Spiritualiste de passage !”
Sur le point de révéler son vrai nom dans le feu de l’action, Émilia réussit à donner un faux nom qui avait été convenu au préalable. Priscilla plissa les yeux devant l’audace d’Émilia, et la petite fille à qui Émilia s’était présentée murmura “Spiritualiste…”, avec un regard méfiant.
Madelyn : “Tu es pareille que cette fille-chien, hein.. ?”
Priscilla : “Si tu penses à Arakiya, sache qu’elle est une Mangeuse d’Esprits, pas une Spiritualiste. Il s’agit là d’une conception erronée, Madelyn Eschart.”
Madelyn : “Guh…”
Priscilla semblait avoir lu dans les pensées de la petite fille――Madelyn, ce qui fit rougir cette dernière. Toutefois, Émilia ne pouvait résister à l’envie d’en savoir davantage.
Émilia : “C’est quoi, un Mangeur d’Esprits ? Et qu’est-ce qu’ils font avec les Esprits ?”
Priscilla : “C’est exactement tel que tu l’as entendu, elle se nourrit des Esprits. Elle s’approprie leur pouvoir et l’utilise pleinement. C’est une pratique en voie d’extinction, Arakiya étant la dernière utilisatrice restante dans l’Empire.”
Émilia : “Ils mangent des Esprits ?! C’est horrible…”
Pour Émilia, une Spiritualiste qui avait elle-même conclu des Contrats avec de nombreux Esprits Mineurs, c’était une chose déconcertante à entendre.
Si Puck ou Béatrice rencontraient un Mangeur d’Esprits, leurs formes seraient-elles dévorées ? Rien que d’y penser, elle se sentait désolée pour eux.
Néanmoins, plutôt que de s’inquiéter de choses qui n’étaient pas encore arrivées, la priorité immédiate était le problème actuel.
Émilia : “C’est toi, Madelyn-chan ?”
Madelyn : “…Ne sous-estime pas ce dragon, demi-démone.”
Émilia : “Alors discutons sérieusement, Madelyn. C’est toi qui ordonnes à ces dragons aériens d’attaquer la ville. Je veux que tu arrêtes ça immédiatement.”
En portant son regard au loin, Émilia regarda au-delà de l’endroit où Madelyn avait semé le chaos, vers un groupe de dragons aériens qui reprenaient leur assaut de l’autre côté de la ville. Leurs mouvements semblaient être légèrement plus lents qu’avant, bien que ce ne soit que de façon imperceptible.
Le pouvoir d’Émilia faisait baisser la température, ce qui affectait la vitalité des dragons aériens.
Si les choses se poursuivaient ainsi, il serait possible d’immobiliser les dragons aériens dans la zone. Cependant, elle souhaitait éviter cela dans la mesure du possible. Elle ne voulait pas non plus que les dragons aériens meurent.
Émilia : “Si tu te soucies du sort des dragons aériens, alors écoute ma requête.”
Madelyn : “――――”
Émilia : “Madelyn ?”
Émilia s’efforça de transmettre ses paroles aussi honnêtement que possible.
Peut-être qu’Otto, Ram et Pétra auraient pu mieux communiquer. Mais en voyant la ville attaquée par une nuée de dragons aériens, Émilia avait été la seule à se précipiter vers elle.
Maintenant qu’Émilia était arrivée la première sur les lieux, elle ferait tout son possible pour aider. En conséquence――
Madelyn : “C’est terriblement présomptueux de ta part de faire une demande à ce dragon, humaine… !”
Elle le ferait même si cela provoquait la colère de Madelyn.
Priscilla : “――Personne ne peut la persuader, pas même toi. Il n’est pas de bon augure d’écouter les paroles d’une dragonide, encore moins celles d’une qui est fermement ancrée à la terre.”
Face à la réponse indignée de Madelyn, Émilia retint son souffle en entendant ces mots. Priscilla, qui avait écouté en silence l’échange entre les deux femmes, fit part de ses observations concernant l’échec des négociations.
Émilia écarquilla les yeux, car ces propos semblaient l’encourager.
Émilia : “Priscilla, j’ai toujours pensé que tu étais très méchante avec moi.”
Priscilla : “Je ne considère pas comme malveillant de dire que ce qui n’est pas digne ne l’est pas. Ne pervertis pas mes paroles bienveillantes――maintenant, comment allons-nous procéder ?”
Émilia : “Hmm.”
En acquiesçant, Émilia créa une broche en glace dans sa main gauche tendue. Elle la tendit à Priscilla, qui ferma un œil avec méfiance.
Face à la réaction de Priscilla, Émilia hocha la tête d’un air affirmatif, et,
Émilia : “Arrêtons cette fille ensemble. Ne sois pas méchante.”
Priscilla : “Ne rabaisse pas mes actes en les qualifiant d’enfantillages, espèce de demi-démone insignifiante.”
Ripostant par une insulte, Priscilla accepta la broche à cheveux que lui tendait Émilia, puis rassembla ses longs cheveux ondulés et les maintint en place. En entendant le cliquetis du fermoir, Émilia vit que Priscilla retrouvait son humeur habituelle et se tourna alors vers Madelyn, en bas. Et――
Madelyn : “――J’en ai assez des individus qui n’ont pas peur des dragons.”
Émilia : “Je me suis battue contre un gros Dragon il y a peu. Alors…”
Madelyn : “――Hk.”
Émilia : “Même si tu voulais que j’aie peur, je ne peux pas avoir peur de toi !”
La menace de Madelyn, qui brandissait ses crocs blancs, reçut une réponse claire de la part d’Émilia.
Immédiatement après, les yeux de Madelyn se plissèrent comme ceux d’un dragon terrestre, et elle lança violemment la Lame Ailée qu’elle tenait à la main, visant Émilia et Priscilla avec une force et une vitesse incroyables.
Témoin de son approche tournoyante, Émilia créa un grand marteau de glace qu’elle tint à deux mains.
Calant son timing sur la rotation de la Lame Ailée, elle abattit un coup de son marteau de glace depuis le bas, cherchant à la repousser d’un puissant revers.
Émilia : “Hiya !”
Un violent contrecoup se répercuta dans ses deux bras, tandis qu’Émilia, campée sur ses appuis, força pour soulever son marteau de glace.
De justesse, son coup parvint à dévier la trajectoire de la Lame Ailée, qui passa au-dessus de la tête d’Émilia et de Priscilla.
Toutefois, face à une puissance proprement inimaginable, le marteau de glace vola en éclats. Émilia baissa alors les yeux vers ses propres mains――
Émilia : “Si forte… Peut-être plus forte que moi…”
Madelyn : “Bien sûr ! Il est erroné de me comparer, moi, le dragon, aux humains en utilisant les mêmes critères――”
La petite silhouette de Madelyn s’avança triomphante vers Émilia, qui était en proie à la douleur――mais un bloc de glace plus imposant que l’hôtel de ville s’abattit sur la tête de Madelyn.
Madelyn : “――Hk ?!”
L’apparition soudaine de cette masse de glace, combinée à sa taille et à son poids, laissa Madelyn sans voix, puis sa silhouette fut écrasée.
Des ondes de choc glaciales se propagèrent dans toutes les directions, avec elle pour épicentre ; des vents blancs balayèrent les débris et les bâtiments en ruines, provoquant des destructions considérables.
Priscilla : “Toi, comment oses-tu détruire cette ville ?”
Émilia : “Hein ?! Mais elle était déjà détruite…”
Priscilla : “Tu as une façon plutôt superficielle de voir les choses. Je suis sûre que ce majordome doit être très las. Néanmoins, tu finiras par comprendre.”
Émilia : “Je finirai par comprendre ?”
En regardant l’endroit où le bloc de glace était tombé, Priscilla croisa les bras et plissa les yeux. Émilia lui lança un regard interrogateur, mais la réponse arriva simultanément, de la bouche de Priscilla et du spectacle qui se déroulait devant elle.
Le bloc de glace qui aurait dû écraser Madelyn contre le sol trembla légèrement, tandis qu’un bruit assourdissant, semblable à celui du monde qui se fissure, commença à résonner à l’intérieur même du bloc de glace.
Il provenait du morceau de glace qui était censé avoir touché le sol, à l’endroit où la fille avait levé le bras au moment de l’impact.
Priscilla : “――À quel point les dragonides peuvent-ils être pénibles ?”
Immédiatement après les paroles de Priscilla, le long bloc de glace se brisa en deux dans un grondement assourdissant.
L’impact de la destruction se fit sentir dans toute la zone, et la glace brisée se transforma en particules de Mana en partant de l’extérieur. Au milieu de ce décor jonché d’éclats de glace, l’incarnation même d’un dragon, une dragonide, bondit vers le duo en rugissant.

――Des vents glaciaux soufflaient, de magnifiques femmes dansaient sur le champ de bataille où régnait la destruction.
Si quelqu’un avait été témoin de la bataille de loin, il n’aurait pas cru ses yeux tant celle-ci était majestueuse.
Était-ce la réalité ou simplement un rêve ?
Madelyn : “――RRRRRRAH !!”
Avec suffisamment de force pour faire voler en éclats le sol sur lequel elle se tenait, la petite dragonide lança une mort tourbillonnante.
Une lame volante destructrice traça un arc ; d’une beauté qui trahissait le danger atroce qu’elle représentait, elle fendit tout sur son passage, trancha, déchira le monde.
S’il s’était agi d’une peinture, ou même d’une belle représentation du monde, plutôt que d’une destruction, ça aurait été un spectacle magnifique à voir pour n’importe qui, ne serait-ce que d’un point de vue esthétique.
La colère de Madelyn Eschart était une rage raffinée, instinctive à ce point. En revanche――
Émilia : “Priscilla ! Monte !”
Une beauté céleste aux cheveux argentés virevoltants créa des points d’appui de glace dans les airs, esquivant la Lame Ailée lancée vers elle ; puis, d’un geste de la main vers le sol, les rues, qui avaient perdu leur forme d’origine, se figèrent.
S’élevant de la terre gelée, apparut une épée de givre magnifiquement ornée.
Une ravissante princesse, courant tout en se frayant un chemin, l’arracha du sol d’un mouvement fluide, et,
Priscilla : “Les doigts de n’importe qui d’autre que moi auraient été arrachés――mais les embellissements sont acceptables. Je vais m’en servir.”
Une lame de glace bleu pâle jaillit, tranchant le corps de Madelyn en diagonale.
Cependant, Madelyn, grâce au pouvoir caché au sein de son petit corps, ne recula que légèrement lorsqu’elle fut frappée par le coup. À la place, l’épée de glace qui avait porté le coup se brisa.
Et après cela, Madelyn, qui s’approchait, tendit la main vers Priscilla et,
Émilia : “Hya !!”
Ne pouvant tolérer cet acte de violence, Émilia frappa Madelyn de ses deux pieds alors qu’elle tombait directement depuis le haut.
Les deux pieds recouverts de glace, Émilia tourna sur elle-même et porta un coup puissant depuis les hauteurs, frappant sans pitié les deux épaules de Madelyn, qui vacilla et recula d’un pas. À cet instant――
Émilia : “Je t’en prie !”
Priscilla : “Ne me dis pas quoi faire.”
Après qu’Émilia ait atterri au sol et posé ses mains, Priscilla prit la paire d’épées de glace nouvellement créées et bondit par-dessus Émilia accroupie pour trancher Madelyn.
Les lames de glace dans la main droite et la main gauche de Priscilla s’abattirent sur Madelyn sous des angles différents, mais celle-ci les attrapa rapidement avec les griffes de ses mains tendues, provoquant un bruit métallique aigu qui résonna dans les airs.
Madelyn : “Ne prends pas la grosse tête… !”
Émilia : “Eryaaa !”
Après avoir neutralisé les épées jumelles, Madelyn s’apprêta à contre-attaquer lorsqu’un pic de glace passa juste à côté de la tête de Priscilla. Madelyn se pencha immédiatement en avant, tandis qu’Émilia, échangeant sa place avec Priscilla, décocha une lance de glace à une vitesse impossible à évaluer à l’œil nu.
Priscilla : “À mon tour.”
Une fois que Madelyn repoussa la lance, Priscilla enchaîna avec une danse des épées glaciales.
L’ourlet de sa robe rouge flottait au vent, les deux épées de glace bleues étincelantes virevoltaient gracieusement, et la danse des épées de Priscilla dans ce monde glacé et blanc martelait tout le corps de Madelyn, la repoussant en arrière.
Madelyn : “――Pourquoi, pourquoipourquoipourquoi, pourquoi, pourquoi ça se passe comme ça ?!”
Ainsi s’écria Madelyn, contrainte de faire face aux deux épées de Priscilla, désormais sur la défensive. Mais l’assaut de Priscilla ne faiblit pas. Et pour aggraver encore la situation de Madelyn, une fois que Priscilla cessa sa danse des épées,
Émilia : “Ça ! Et ça ! Hyaa !”
Tirant pleinement parti de sa vitesse de réaction extraordinaire, Émilia bondit sans laisser à Madelyn le temps de respirer, créant arme de glace après arme de glace, pour les abattre de toutes ses forces.
――Priscilla apportait la technique, Émilia la force physique, et à travers elles, les capacités offensives et défensives de Madelyn étaient complètement neutralisées.
Elle agitait, maniait, faisait tournoyer puis projetait sa Lame Ailée.
Les capacités physiques innées d’un dragonide étaient incomparables à celles d’un humain fragile. Même un demi-humain, relativement plus robuste qu’un humain normal, n’était qu’une brindille desséchée face à un dragonide.
Il en allait de même pour la race des oni qui, aussi révoltant que cela puisse paraître, serait capable de se tenir aux côtés des dragonides.
Les dragonides et les oni étaient parfois considérés comme les races les plus puissantes, mais c’était tout à fait scandaleux.
Après tout, les oni n’étaient qu’une race supérieure parmi les demi-humains. Les dragonides étaient fondamentalement différents d’eux.
Les dragonides n’étaient pas des demi-humains. Ils différaient fondamentalement des espèces apparentées à la race humaine.
Les dragonides n’appartenaient pas à l’humanité――alors pourquoi les choses se déroulaient-elles ainsi ?
Madelyn : “Mais qu’est-ce que vous… Qu’est-ce que vous êtes ?!”
Elle avait laissé sa colère alimenter ses attaques, mais comme elle ne parvenait pas à connecter ses coups, elle avait fini par épuiser toute sa rage.
Ainsi, une fois la colère de la dragonide apaisée, il ne restait plus que son gémissement grinçant. La Lame Ailée qu’elle tenait à la main fut balancée sur le côté, Émilia s’accroupit et Priscilla l’esquiva d’un bond.
Puis, d’en haut et d’en bas, les deux côtés répondirent simultanément au gémissement de Madelyn.
Qu’est-ce que vous êtes, avait-elle demandé――
Émilia : “――Émilie !”
Priscilla : “Il s’agit de moi-même.”
Une grande hache de givre brandie et deux lames de glace étincelantes s’abattirent directement sur Madelyn.
Les cornes acérées sur sa tête furent frappées par des lames de glace, et son torse fut violemment percuté par un coup violent porté par une hache de givre. Madelyn fut projetée en l’air, incapable d’arrêter ces assauts.
Au cours de sa chute, le corps de Madelyn rebondit une fois, puis deux fois, haut dans les airs au-dessus d’une fine couche de neige, et sans perdre de vitesse, elle s’écrasa dans un tas de débris, d’où s’éleva alors un panache de fumée blanche accompagné d’un grand fracas.
Madelyn : “――――”
Après avoir quitté les mains de Madelyn, la Lame Ailée transperça le mur derrière elle, mettant ainsi fin au rôle protecteur du mur de la Ville Fortifiée contre les menaces venant du sud.
Après avoir jeté un dernier regard aux murs qui s’effondraient dans un grand fracas, Émilia se releva lentement et observa avec prudence le tas de décombres sous lequel Madelyn avait été ensevelie.
Émilia : “…Je suppose que nous avons réussi.”
Priscilla : “J’ai ressenti un impact suffisant. Malheureusement, il n’y avait aucune résistance digne de ce nom.”
Émilia : “Aucune résistance ?”
Priscilla s’avança à côté d’Émilia, qui pencha la tête tout en regardant les deux épées dans les mains de Priscilla se transformer en poussière. Pour une raison quelconque, elle ne pouvait s’empêcher d’observer la bouche de Priscilla, bien qu’elle n’ait rien mangé.
Priscilla croisa le regard d’Émilia avec ses yeux cramoisis et s’exprima :
Priscilla : “Est-ce vraiment toute l’étendue du pouvoir d’un être qui n’est pas seulement un dragonide, mais aussi l’un des Neuf Généraux Divins, voilà ce que je veux dire.”
Émilia : “Qu’est-ce que c’est que ça, les Neuf Généraux Divins, et c’est quoi un dragonide ? C’est un demi-humain, c’est ça ?”
Priscilla : “Une race qui aurait disparu depuis longtemps. Il paraîtrait qu’ils avaient la capacité de communiquer avec les Dragons, une race qui n’existe plus dans ce monde, mais je suppose que ce n’est qu’une superstition.”
Émilia : “Les Dragons… Ça veut dire qu’ils peuvent aussi communiquer avec Volcanica ? Il est un peu gâteux, cela dit…”
Alors qu’Émilia tentait timidement de briser la glace, Priscilla haussa les sourcils. Elle porta ensuite délicatement un doigt à sa bouche,
Priscilla : “Je n’aurais jamais pensé entendre un tel mot sortir de ta bouche. Ne serais-tu pas en train de te tromper ?”
Émilia : “――? Oh, tu penses que je plaisante, peut-être ? Je ne plaisante pas du tout. J’ai rencontré Volcanica il y a peu, en fait, mais il était complètement gâteux parce qu’il est resté seul trop longtemps…”
Émilia s’empressa de se défendre face à la réaction incrédule de Priscilla. Mais elle se souvint rapidement de ses priorités et déclara : “Ce n’est pas le moment”.
Émilia : “Maintenant que nous l’avons vaincue, Madelyn doit arrêter les dragons aériens !”
Priscilla : “Compte tenu de cette météo glaciale, tous ces dragons aériens lents seront chassés en temps voulu.”
Émilia : “Et pendant ce temps, il y aura encore des personnes en danger ! Même Subaru et Rem pourraient être en danger…”
Priscilla : “――Hm.”
Émilia bondit à côté de Priscilla et se dirigea vers les décombres sous lesquels Madelyn avait été ensevelie. Derrière le dos d’Émilia, Priscilla plissa ses sourcils bien dessinés suite à l’échange qui venait de se produire.
Cette réaction passa toutefois inaperçue aux yeux d’Émilia, qui enjambait les débris de ses longues jambes. Fabriquant une pelle à partir de glace, elle la planta dans les décombres afin de tenter de déterrer Madelyn.
Quoi qu’il en soit, en observant ce dos devant elle, Priscilla laissa échapper un léger soupir.
C’était une bonne chose que le grand bouleversement survenu de manière inattendue ait empêché de plus graves conséquences. Toutefois, les dégâts considérables causés par Madelyn et les dragons aériens n’étaient pas quelque chose dont ils pouvaient se débarrasser.
Dans le pire des cas, ils devraient envisager de déplacer leur base vers la Cité Démoniaque de Chaosflame et compter sur l’aide de sa collaboratrice, la Grande Comtesse Serena Dracroy.
Priscilla : “Dans tous les cas, il faudra d’abord lui faire replier ses ailes.”
S’arrêtant pour méditer sur ce qui l’attendait, Priscilla leva les yeux vers le ciel blanc et nuageux.
Avec l’immense quantité de Mana dont Émilia disposait, même si celle-ci avait probablement une portée limitée, elle avait tout de même assez de pouvoir pour modifier le climat, ce qui lui offrait une multitude de façons d’utiliser son pouvoir.
Bien sûr, ce qui était valorisé à Vollachia ne l’était pas nécessairement à Lugnica. Mais si elle décidait de vivre à Vollachia, ce ne serait probablement pas une perte de temps.
Mais, indépendamment de sa nature, la personnalité d’Émilia était telle qu’elle ne pouvait pas vivre à Vollachia――
Priscilla : “――――”
Ainsi, tandis que Priscilla dessinait des pensées dans le ciel, ses yeux vacillèrent faiblement.
Ces yeux cramoisis, semblables à des joyaux, vacillèrent, car ils avaient perçu une légère perturbation dans le ciel au-dessus d’eux.
Puis, au moment même où Priscilla comprit la nature de cette perturbation――
Émilia : “Te voilà ! Madelyn, je vais te sortir de là. Mais s’il te plaît, sois une grande fille et raconte-nous ton histoire…”
Madelyn : “――Ah.”
Émilia : “Hein ?”
Après avoir trouvé la petite fille ensevelie sous les décombres, Émilia utilisa la pelle en glace pour dégager les débris du bâtiment. La fille dragonide était allongée sur le dos, couverte de suie et de neige, ses vêtements souillés.
Émilia écouta attentivement, tandis que les lèvres de la fille bougeaient et qu’une voix faible s’échappait.
Elle espérait entendre des mots qui accepteraient la défaite, qui feraient battre en retraite les dragons aériens.
Néanmoins, les espoirs d’Émilia furent anéantis ; ce que les lèvres de Madelyn tissèrent n’était pas une déclaration de défaite.
Un seul mot fut murmuré. Un nom.
Madelyn : “――Mezoreia.”
――L’instant d’après, le rugissement d’un Dragon, provenant des nuages, sema la destruction sur la terre.
Au moment où le rayon de lumière blanche fut projeté depuis les cieux, Émilia et Priscilla passèrent toutes deux à l’action simultanément.
Sans aucun bruit ni avertissement, une tour de glace surgit, poussant depuis le sol ; deux beautés argentées et cramoisies sautèrent dessus.
La tour s’était élevée à plus de dix mètres de haut en un instant. Debout à son sommet, Émilia leva les deux mains vers le ciel, conjurant un immense dôme de glace qui recouvrait la zone où le rayon blanc devait frapper.
Et à l’intérieur du dôme conjuré, un autre dôme, encore plus petit, fut ajouté, puis un autre encore plus petit, et ainsi de suite, jusqu’à ce que six dômes de glace recouvrent le ciel.
Alors qu’Émilia installait leur protection faite de glace et de neige, Priscilla tendit ses doigts brillants vers le ciel et en tira l’Épée Yang, qui empruntait le vide pour fourreau.
L’épée précieuse était ornée de nombreux joyaux éclatants et dégageait une lueur rouge vif. Cependant, la lumière qui jaillissait de l’intérieur restait faible, loin de ce qu’elle était à son apogée.
Malgré tout, Priscilla prit son épée précieuse et leva les yeux vers le haut.
L’instant d’après, le faisceau de lumière blanche qui se profilait s’écrasa contre le dôme à l’extrémité et, en moins d’une seconde, il transperça le premier, le deuxième et le troisième dôme, et fonça vers le sol.
En revanche, il serait faux de dire que les dômes qui avaient été percés et brisés n’avaient pas rempli leur fonction.
Au moment où le faisceau les traversa, son angle changea légèrement.
Il n’y avait eu que de légers changements avec le premier, le deuxième et le troisième, mais ceux-ci étaient devenus plus importants avec le quatrième et le cinquième dôme. Finalement, au moment où le sixième avait été franchi, la manière dont le faisceau pénétrait avait clairement changé.
Le faisceau blanc fonça droit vers la tour de glace, vers les deux personnes qui se tenaient à son sommet.
Et pour s’y opposer, apparut une lueur cramoisie profonde, qui se transforma magnifiquement et de manière vibrante en un éclair de résistance――
??? : “――――”
Tous les sons disparurent complètement ; pour la première fois de sa vie, il put savourer un silence total, durant ce qui lui semblait être dix secondes.
Cela n’avait peut-être duré qu’une fraction de seconde, mais une fois que l’explosion s’était produite, l’onde de choc qui s’était propagée depuis la partie sud de la ville avait englouti la Ville Fortifiée dans toutes les directions, et tout avait basculé.
La terre s’était élevée à la surface, tandis que les bâtiments étaient arrachés de leurs fondations. Ceux qui n’avaient pas d’abri étaient emportés comme des feuilles mortes, et même la nuée de dragons aériens qui planait dans les cieux était assaillie par la tempête.
Sans pitié, sans distinction, l’onde de choc qui engloutissait tout s’abattit sur la totalité des personnes présentes dans la ville.
Naturellement, Flop, qui courait partout pour soigner les blessés dans le plus grand manoir de la ville, transformé en centre de soins temporaire pour accueillir les blessés, fut également secoué par le choc et projeté contre le mur.
Flop : “――Huu.”
D’après ce qu’il pouvait comprendre, quelques secondes, une dizaine de secondes, voire quelques minutes avaient pu s’écouler.
Il ressentit un choc violent dans le dos, comme si tous ses organes internes avaient été retournés. Il n’éprouva pas beaucoup de douleur, mais il était possible que celle-ci survienne plus tard, ou qu’il ait souffert d’une douleur si intense qu’il n’avait rien senti.
Si c’était réellement le cas, il aimerait continuer à mener une vie tranquille, veiller sur sa petite sœur Midyam afin qu’elle mène une vie sûre et heureuse, savourer le sentiment d’accomplissement qu’il éprouverait en réussissant à se venger du monde, et vieillir jusqu’à mourir de vieillesse, sans jamais se rendre compte de l’instant final.
Après cela, il lui serait impossible de déterminer s’il était mort des suites de ses blessures ou de vieillesse.
Flop : “Voyons voir, ce n’est peut-être pas trop grave…”
Faisant preuve d’une extrême prudence, il se redressa après avoir soigneusement évalué son état.
Ses bras et ses jambes bougèrent, et tous ses doigts étaient encore à leur place. Il semblait avoir eu la chance de ne pas avoir perdu ses oreilles ni son nez, et ses yeux n’avaient pas été écrasés non plus. Il ne pouvait pas baisser sa garde, mais il ne devait pas non plus être trop pessimiste.
En secouant la tête, Flop se leva, essuya ses yeux embués et scruta les environs.
Les décorations autrefois majestueuses et magnifiques avaient été entièrement modifiées par rapport à ce qu’elles étaient auparavant, et l’intérieur du manoir était devenu un véritable enfer, dominé par l’odeur du sang et le bruit des gémissements. À cela s’ajoutait l’onde de choc qui venait de frapper, rendant la situation déjà sinistre encore plus sombre.
Certaines des personnes qui avaient été traitées avaient peut-être subi une recrudescence ou une aggravation de leur souffrance à cause de l’onde de choc. Il leur fallait soulager leur douleur, leur donner un coup de main.
Flop : “Je me demande si Majordome-kun et Utakata vont bien eux aussi…”
Après avoir laissé Priscilla s’occuper de Madelyn, qu’ils avaient rencontrée, Flop et les autres avaient rejoints Rem dans le manoir et avaient aidé à soigner les blessés du mieux qu’ils pouvaient.
Il avait également apporté son aide, tout en s’inquiétant pour Priscilla et Schult, les yeux de ce dernier toujours enflammés même après avoir réussi à se calmer tant bien que mal.
Flop ne pourrait pas reposer en paix si tout cela avait été réduit à néant à cause de cet impact explosif.
??? : “Qu’est-ce que… ?”
Alors que Flop observait l’état de son environnement, il entendit une voix parler d’un ton empreint de douleur.
En tournant les yeux vers cette voix, il aperçut Rem, qui émergeait du fond du hall. Elle faisait partie des personnes qui s’occupaient des blessés graves qui avaient désespérément besoin de magie curative, et aussi de celles qui avaient été stupéfaites par le fracas qui venait de retentir.
Rem, grimaçant alors qu’elle tenait sa canne, regarda par la fenêtre pour voir ce qui s’était passé.
Flop, lui aussi, était alarmé, se demandant si quelque chose de plus terrifiant qu’une nuée de dragons aériens ou l’un des Neuf Généraux Divins se livrant à un véritable carnage s’était produit.
Et juste après ça――
Rem : “――C’est terrible.”
Les yeux de Rem s’écarquillèrent et son expression devint sinistre, elle paniqua et se précipita vers la porte du manoir. Flop cria “Épouse-san !” dans son dos alors qu’elle se précipitait dehors, se demandant ce qu’elle avait vu à l’extérieur.
Malgré ses côtes et ses genoux endoloris, Flop poursuivit Rem qui s’était précipitée dehors. Lorsqu’elle atteignit le jardin devant le manoir, elle s’accroupit à côté d’une silhouette à terre.
Il s’agissait d’une autre personne blessée, quelqu’un qui avait été projeté à l’extérieur par le choc précédent.
Alors qu’il s’approchait de Rem, accroupie, qui vérifiait l’état de la silhouette, Flop comprit alors les terribles effets de l’impact précédent, qu’il n’avait pas pu voir depuis l’intérieur du manoir.
Flop : “C’est…”
Des flocons de neige blancs et scintillants tombaient sur Guaral. Le ciel au sud était couvert de couches de nuages épais, à travers lesquels les rayons du soleil se déversaient.
Exhalant un souffle blanc, Flop frissonna devant ce spectacle presque surnaturel.
La température autour de lui avait soudain chuté de façon marquée, et un spectacle naturel presque apocalyptique se déployait sous ses yeux. Même dans un rêve, une scène aussi incroyable aurait été difficile à observer.
Autrement dit, en concluant par l’absurde que ce n’était pas un rêve, Flop secoua la tête.
Rem : “Flop-san, aide-moi, s’il te plaît. Il faut qu’on porte cette fille à l’intérieur…”
Flop : “Oui, bien sûr. Même sous ce ciel mystérieux, nous ne pouvons faire que ce qui est en notre pouvoir. Nous devons faire de notre mieux――”
En se retournant, Flop essaya d’aider Rem. Puis, interrompant sa phrase en plein milieu, Flop écarquilla ses yeux bleus.
La raison était évidente, et elle reposait dans le dos de Rem, qui lui demandait son aide.
La silhouette derrière Rem, qui avait été projetée par le choc précédent et que Rem avait suggéré d’emmener à l’intérieur du manoir pour lui prodiguer des soins médicaux, était petite. Elle était menue et délicate, avec deux cornes noires sur la tête.
Puis, peut-être étourdie, la fille se redressa lentement derrière Rem, et était sur le point de balancer nonchalamment son bras orné de griffes acérées.
Flop : “――――”
Une fois de plus, Flop ressentit cette sensation d’évanouissement du son, de distorsion du temps qui s’écoulait.
Alors qu’elle le regardait, Rem n’avait pas conscience de la menace qui pesait derrière elle. Cette menace, la fille, semblait agir par instinct de défense plutôt que par réelle intention de nuire à Rem.
Elle avait dû traverser une expérience terrible. Il éprouvait de la compassion pour elle, mais c’était quelque chose de malheureux et d’incontrôlable qui ne changerait pas avec de la compassion.
Flop : “――――”
Kuna et Holly, chargées de garder le manoir, mettraient probablement un certain temps à se remettre du choc qu’elles venaient de subir. Il n’y avait aucun signe des filles à l’horizon, il ne pouvait pas compter sur elles pour s’occuper de cela.
Schult, les yeux enflammés, Utakata, qui avait aidé à prodiguer des soins médicaux et à soutenir le moral des combattants, et même Heinkel, qui s’était évanoui et ne se réveillait pas : aucun d’entre eux ne pouvait être mis à contribution pour les aider.
Quand il fermait les yeux, il pouvait voir sa petite sœur, derrière ses paupières, lui sourire.
Il était fier de sa sœur, qui avait juré de devenir suffisamment forte pour que son frère ne soit jamais blessé. Plusieurs visages lui revinrent en mémoire : celui de son bienfaiteur, celui de son frère juré, et de tous ceux qui avaient offert, à lui comme à sa sœur, l’occasion de partir à la découverte du monde.
――Chéris ta vie, Flop. Le sacrifice de soi, c’est pour les crétins.
Une fois auparavant, son bienfaiteur avait ri de la façon imprudente dont Flop menait sa vie.
Et à cet instant précis, Flop allait dire la même chose que dans ce souvenir soudainement revenu à sa mémoire.
Flop : “Ça m’est égal qu’on me traite de crétin.”
Car tous ceux qui l’aimaient avaient applaudi et ri de sa réponse.
Rem : “Flop-sa――”
Il fit un pas en avant et, d’un geste de la main tendue, poussa les épaules frêles de Rem pour la mettre hors de danger.
Puis, sur la trajectoire des griffes qui s’abattaient, ce crétin s’interposa.
――Du sang gicla, et Flop O’Connell s’effondra sur le sol froid.

