62 — Chapitre 55B : La rhapsodie de la Ville Fortifiée

CHAPITRE 55B – « La rhapsodie de la Ville Fortifiée »
――Le temps remonte légèrement avant l’attaque des créatures ailées.
??? : “Argh, j’ai encore tout raté… Je ne suis vraiment pas doué pour ça…”
Un garçon marchait dans la rue, secouant sa tête couronnée de cheveux roses et bouclés.
Le garçon issu de la plus grande demeure de la ville――Schult, portait un pantalon court qui laissait apparaître ses jambes blanches. Avec un soupir, Schult, l’air abattu, tendit et ouvrit ses mains fines, douces et peu robustes.
Schult, encore jeune, avait déjà décidé que, pour le reste de sa vie, il n’aurait qu’un seul maître.
Né dans un village pauvre, Schult avait été réduit à une existence misérable par le poids des impôts annuels, condamné à mourir de faim au bord de la route après avoir été expulsé de chez lui. Affamé et assoiffé, il avait mangé de la boue, qui avait failli être son dernier repas, mais le soleil radieux était venu le sauver――
Il avait été sauvé par ce mode de vie qui réduisait le monde entier en cendres, et qui était la raison même de l’existence actuelle de Schult.
C’est pourquoi Schult espérait sincèrement consacrer tout son être, présent et futur, à sa bienveillante maîtresse. Et pourtant――
Schult : “Je me déteste de ne pouvoir aider d’aucune manière…”
Avec un profond soupir――et même ce soupir était plus faible que celui d’une personne moyenne, compte tenu de sa capacité pulmonaire, la tête, la poitrine et le cœur de Schult lui faisaient mal à cause de son propre sentiment d’inadéquation.
Récemment, il avait eu du mal à accomplir les tâches importantes que lui avait confiées sa maîtresse, allant même jusqu’à les rater complètement.
Remplir le bain d’eau chaude était une tâche insignifiante, mais l’eau avait fini par déborder, et la pierre magique utilisée pour chauffer l’eau avait été mal manipulée, laissant tout le monde dans un état de confusion.
Il était encore novice au service de Priscilla, ce qui avait également causé des désagréments à Rem, qui était handicapée des jambes. Et cette fois-ci, il en avait vraiment assez d’être aussi pathétique.
Schult : “Priscilla-sama et Al-sama me disent tous les deux que je n’ai pas besoin de me précipiter pour changer…”
Il était touché par la gentillesse de Priscilla et l’ouverture d’esprit d’Al, qui cherchaient à le réconforter ainsi.
Mais Schult se détestait de ne pouvoir les remercier d’aucune manière. À cet égard, Heinkel voyait les choses différemment d’eux et traitait donc Schult autrement, semblant faire preuve de plus de compréhension à son égard.
Heinkel lui avait également appris à pratiquer l’escrime d’une manière différente de celle d’Al, estimant que celle-ci ne convenait pas à Schult. Grâce à cela, il trouvait que ses biceps étaient plus fermes qu’auparavant.
Schult : “La méthode d’Heinkel-sama, qui consiste à manier l’épée tous les jours, me convient mieux que celle d’Al-sama, qui prend dix jours de repos après une journée d’entraînement. Je ne peux pas le dire à Al-sama, car je ne veux pas le décevoir…”
Quoi qu’il en soit, porté par ces signes de progression, Schult s’était laissé aller à prendre un peu trop la confiance.
Et les cieux ne pardonnèrent ni la naïveté ni la complaisance de Schult. Schult médita sur le fait que c’était cela qui avait conduit au fiasco des bains.
À présent, Rem était probablement en train d’aider sa maîtresse, Priscilla, à prendre son bain dans la baignoire qui avait été remplie d’eau chaude. Schult pensait sincèrement que Rem était capable de tout et il la respectait à cet égard.
Schult : “Tout comme Yae-sama… Yae-sama, je me demande comment vous allez…”
Soudain, le souvenir d’une servante joviale et brillante nommée Yae Tenzen, qui travaillait autrefois pour Priscilla, revint à l’esprit de Schult.
Elle avait auparavant été chargée de s’occuper de Priscilla, discutait toujours joyeusement avec Al et était gentille avec Schult ; voilà pourquoi Schult l’appréciait beaucoup.
Mais un jour, elle avait eu un problème familial et avait brusquement quitté son emploi au manoir pour retourner à la campagne. Schult n’avait pas eu le temps de lui dire au revoir, ce qui l’avait laissé assez désemparé. Al, qui était le dernier à l’avoir vue partir, lui avait demandé de transmettre ses salutations à Schult.
(Note de Traduction : Yae Tenzen est un personnage apparaissant dans l’histoire annexe “Orgueil, préjugés et zombies”. Elle a été traduite en français ici.)
Peut-être que Rem pourrait remplacer Yae en tant que servante la plus proche de Priscilla.
Si la gentille et travailleuse Rem devenait cette personne, Schult en serait très heureux ; elle s’entendait bien avec Priscilla, et il était certain que Rem l’apprécierait aussi. Par-dessus tout――
Schult : “Tout le monde est tellement heureux en compagnie de Priscilla-sama.”
Son expérience personnelle soulignait l’importance de la présence de Priscilla dans l’esprit de Schult.
Rem aussi traversait peut-être une période de sa vie où elle était troublée par beaucoup de choses ; elle était souvent morose et perdue dans ses pensées. Même si Rem arborait un visage sombre et troublé, peut-être que le soleil qu’était Priscilla la ferait s’égayer.
??? : “Ah, Shuu est là.”
Schult : “Mmm ! C’est moi !”
Avec cette pensée en tête, Schult, qui bougeait la tête de haut en bas, s’arrêta net. La raison tenait au fait qu’il avait entendu une voix familière. Devant lui, il vit quelqu’un pointer dans sa direction.
Juste devant Schult qui marchait dans la rue se tenait une jeune fille aux cheveux noirs teints en rose aux pointes, qui le montrait du doigt. À côté d’elle se trouvait un jeune homme qui, remarquant que Schult et la jeune fille s’étaient aperçus, s’exclama joyeusement : “Oh là là !”.
??? : “N’est-ce pas Majordome-kun là-bas ? Princesse-kun n’est pas avec toi, si ?”
Schult : “Priscilla-sama est au manoir, Flop-sama. Étiez-vous en train de vous promener avec Utakata-sama ?”
??? : “C’est rare qu’on appelle Uu avec sama. C’est drôle.”
Le jeune homme, arborant un doux sourire et agitant la main――Flop acquiesça en disant “Exactement” à la question de Schult. Utakata, la jeune fille qui l’accompagnait, posa également sa main sur sa joue, apparemment profondément touchée par le titre honorifique que Schult lui avait donné.
Flop et Utakata avaient été les deux premières personnes que Schult avait rencontrées après son arrivée à Guaral. D’après ce que Schult avait entendu dire, Flop était un marchand qui voyageait de ville en ville, et Utakata était une guerrière issue d’une tribu appelée “Le Peuple de Shudraq”.
Tous deux étaient des personnes bien qui avaient leur place.
Flop : “Oh ? Tu as l’air plutôt déprimé, Majordome-kun. Je me demande si tu n’aurais pas un problème avec ton visage.”
Schult : “Ehh ?! C’est incroyable ! Flop-sama comprend ?!”
Flop : “Oh, bien sûr que je comprends ! La plupart des gens ont des soucis ! Et ma petite sœur, qui semble n’avoir aucun problème, en a aussi en réalité !”
Utakata : “Midii ne semblait pas avoir de soucis.”
Flop : “Elle en a ! Surprenant, n’est-ce pas ?!”
Les mains sur les hanches, Flop ouvrit grand la bouche et éclata de rire. Voyant l’attitude joyeuse de Flop, Schult se sentit lui aussi quelque peu réconforté.
Flop, tout comme Priscilla, ressemblait au soleil qui illuminait le monde alentour. Il ne faisait aucun doute que de nombreuses fleurs colorées fleurissaient autour de Flop.
Schult : “Comme un prince dans un champ de fleurs.”
Flop : “Hahaha, je ne suis pas aussi formidable qu’un prince. Je ne suis qu’un simple marchand ambulant ! Alors, Majordome-kun, quel est ton problème ? Pourquoi ne pas m’en parler ?”
Schult : “Vous êtes sûr ? Je croyais que vous étiez en promenade…”
Le corps de Flop se pencha en avant, se courbant au niveau de la taille ; Schult lui était reconnaissant qu’il l’écoute. Utakata, qui était censée se promener avec Flop, lui jeta un coup d’œil.
Cependant, Utakata plissa ses yeux écarquillés et secoua la tête, sans paraître le moins du monde gênée.
Utakata : “Uu a le temps. Jouer avec Fuu n’était qu’un passe-temps, alors parlons plutôt des problèmes de Shuu.”
Flop : “Exactement. Oh, ne considère pas ça comme un passe-temps. Chaque problème est important pour la personne qui en souffre. Alors, écoutons attentivement.”
Après un coup dans la poitrine pas très violent, Flop conduisit Schult et Utakata jusqu’au bout de la rue, vers le bord du trottoir où se trouvait un parterre de fleurs.
Ainsi, tous les trois, assis sur le trottoir, se mirent à discuter dans la brise.
Le problème de Schult, comme mentionné précédemment, était son inutilité.
Pour Priscilla, il souhaitait être plus autonome, être capable d’en faire davantage.
Schult : “Alors, comment vous, Flop-sama et Utakata-sama, êtes-vous devenus les personnes exceptionnelles que vous êtes aujourd’hui ?”
Flop : “Hoho, je vois, comment nous sommes devenus ce que nous sommes aujourd’hui, hein ? Quelle question philosophique !”
Schult : “Filosofique… Vraiment… ?”
Face à la réponse souriante de Flop, Schult se prépara à découvrir une sagesse encore inconnue.
Sans comprendre en quoi consistait cette filosofie, les préoccupations de Schult pouvaient-elles trouver une réponse ? Si tel était le cas, il était prêt à étudier cette filosofie également.
Utakata : “Uu est devenu Uu, parce que Maa a donné naissance à Uu.”
Schult : “Maa, c’est ça ? Ça serait…”
Utakata : “La maman d’Uu ! Elle était très amie avec Taa. Mais elle s’est poignardée et elle est morte.”
Schult : “J-je vois…”
Tout en racontant l’histoire de la mort de sa mère, Utakata balançait ses pieds qui pendaient.
Bien que l’attitude d’Utakata soit détachée, Schult fut stupéfait d’apprendre des événements auxquels il ne s’attendait pas. Flop, assis à l’opposé de lui, avec elle entre eux deux, tapota doucement la tête d’Utakata.
Flop : “Je vois, ta maman a fait une chose pareille. C’est terrible, Utakata.”
Utakata : “Ça a été plus difficile pour Taa que pour Uu. Tout le monde a aidé Uu à grandir, donc tout va bien. J’ai grandi comme ça.”
Flop : “Oui, en effet, Utakata grandit très bien. Je suis sûr que ta maman serait heureuse de l’apprendre.”
Utakata : “――? Maa est morte, donc elle ne peut pas être contente. Tu dis des choses bizarres, Fuu.”
Tandis qu’il lui caressait la tête, Utakata regarda Flop avec un air curieux. Toutefois, se faire caresser la tête par Flop n’était pas désagréable pour Utakata, et elle ne tenta donc pas d’arrêter sa main.
La réaction d’Utakata fut accueillie par un léger rétrécissement des yeux bleus de Flop.
Flop : “Eh bien, la réponse d’Utakata était très plaisante. En fait, si nous devons parler de la façon dont je suis devenu la personne que je suis aujourd’hui, je pense que ma réponse serait très similaire.”
Schult : “Similaire… Alors, Flop-sama, vous avez été élevé par le Peuple de Shudraq de la même manière qu’Utakata-sama ?”
Flop : “Si c’était le cas, je serais très heureux d’avoir une famille aussi nombreuse ! Mais ma famille est morte, la seule qui me reste est ma petite sœur, Midyam. Ça peut paraître très triste et solitaire.”
Schult : “…Je vois.”
Flop avait adopté son ton habituel pendant la première moitié de son discours, puis sa voix avait légèrement faibli pendant la seconde moitié. Les yeux baissés à cause de sa réponse, Schult se sentit une fois de plus déçu par lui-même.
Il avait interrogé Utakata et Flop sur des sujets très délicats.
Même Schult serait incapable de donner une réponse réjouissante à quelqu’un qui lui poserait des questions sur la famille qui l’avait abandonné. Il aurait dû réfléchir davantage avant de demander.
Flop : “Tu n’as pas à t’en vouloir autant, Majordome-kun. Tu vas en tirer une leçon. Et c’est exactement ce qui m’amène à la suite de ma réponse précédente.”
Schult : “La réponse précédente… la même que celle d’Utakata-sama ?”
Flop : “Oui, exactement, tout comme Utakata, j’ai été influencé par les personnes qui m’entourent pour devenir celui que je suis aujourd’hui.”
En écartant les mains, Flop sourit comme pour exhiber sa personne actuelle.
Son sourire joyeux et son ton rassurant étaient deux éléments importants qui caractérisaient Flop. Schult se demanda si ceux-ci avaient également été cultivés sous l’influence d’autres personnes.
Flop : “Il y a longtemps, ma petite sœur et moi vivions dans un environnement assez terrible. C’était un orphelinat, mais il y avait très peu de nourriture, on ne nous payait pas pour notre travail et les adultes de l’établissement frappaient les enfants au moindre problème. C’était un endroit horrible.”
Schult : “C-c’est un endroit affreux… ! Que peut faire un enfant dans un tel lieu ?”
Utakata : “Uu le brûlerait.”
Schult : “Le brûler, absolument !”
Flop : “Haha, ça aurait pu être une bonne idée. Mais ça ne s’est pas passé comme ça.”
Schult approuva la suggestion d’Utakata de brûler le passé douloureux de Flop. Mais celui-ci, riant de leur réponse, avait déjà dépassé cela.
Comment avait-il bien pu le surmonter ?
Flop : “Eh bien, c’est grâce à l’aide de quelqu’un d’autre. Un bienfaiteur nous a aidés. Il est devenu pour ma sœur et moi un membre de notre famille. Mais il est mort maintenant.”
Schult : “…Il vous a aidé, c’est bien ça ? Je suis soulagé de l’apprendre.”
Flop : “Tu me comprends, Majordome-kun ?”
Schult : “Je comprends… J’ai aussi été sauvé par Priscilla-sama.”
En posant doucement sa main sur sa poitrine, il sentit du bout des doigts qu’il n’était plus un corps n’ayant que de la peau sur les os. Cela prouvait ce que Priscilla avait accordé à Schult, jusqu’à ce jour.
La ténacité, la force, l’énergie et la respectabilité de Schult avaient prouvé que les actions de Priscilla ce jour-là n’étaient pas une erreur, et Priscilla n’aurait pas à le regretter.
À la lueur dans les yeux rouges de Schult, Flop gloussa un peu, et,
Flop : “Dans l’ensemble, j’ai ressenti à peu près la même chose. Je suis donc en train d’essayer de réaliser mon grand objectif. C’est un chemin semé d’embûches, mais je veux continuer et ne pas abandonner.”
Schult : “J’espère que vous n’allez pas renoncer ! Ah ! Mais, s’il vous plaît, soyez un peu plus précis. Comment faites-vous pour donner le meilleur de vous-même, Flop-sama ?”
Flop : “Hmm, voyons voir. Après y avoir longuement réfléchi… Je vais te dire une chose, mais pas à propos de moi, à propos de ma petite sœur. Je vais te parler de ma petite sœur, qui est plus grande, plus forte, plus énergique et plus douée que moi.”
Schult : “Ohhh, je vois !!”
La raison qui poussait Flop à lever la main si haut au-dessus de sa tête tenait au fait que sa sœur, sujet de la discussion, était une personne de grande taille.
Ce n’était pas la première fois que Flop parlait de sa sœur, mais Schult ne l’avait toujours pas rencontrée en personne, car lorsque lui et Heinkel étaient arrivés à Guaral pour rejoindre Priscilla, la sœur de Flop était déjà partie ailleurs. Ceci mis à part――
Utakata : “Midii est grande et forte. Mii est impressionnée.”
Flop : “Ce que j’aime le plus chez elle, c’est qu’elle s’exprime sans crainte. Et bien sûr, elle est aussi très douée, ce dont je suis très fier en tant que grand frère ! Elle a travaillé dur pour devenir plus forte.”
Schult : “Pour être forte… ?! Quelle vertu !”
Il ne faisait aucun doute qu’elle avait travaillé dur pour devenir plus forte, en restant positive et sans jamais perdre de vue son ambition.
Schult essaya d’accepter l’idée que la clé du progrès était peut-être de continuer à faire de son mieux sans perdre courage ; cependant, Flop haussa les épaules en disant : “Non, non”.
Flop : “C’est ce qu’on pourrait croire, n’est-ce pas ? Mais Midyam est devenue forte pour une raison un peu… différente.”
Schult : “D-différente ? Comment ça ?”
Flop : “Hmm, c’est simple――quand je me faisais rouer de coups par les adultes, eh bien, c’est elle qui caressait toujours mes blessures avec douceur.”
En parlant avec nostalgie du passé, Flop s’exprima ainsi, en baissant les coins de ses yeux.
Schult était toutefois déconcerté par le décalage entre le ton doux de son discours et le contenu de ses propos. On lui disait que caresser une blessure causée par des coups était le début du processus pour devenir plus fort, ce qui n’avait aucun sens.
Schult : “Je suis vraiment désolé que vous ayez été malmené. Mais, Flop-sama, que faisiez-vous pendant que votre sœur caressait doucement ces blessures ?”
Flop : “Moi ? Je souriais. J’étais heureux que Midyam se soucie de moi, et puis, si je n’avais pas souri, Midyam, celle que je défendais, aurait été morte d’inquiétude.”
Schult : “――――”
Flop : “C’est pourquoi, la première fois que je n’ai pas réussi à la protéger et qu’elle s’est fait frapper par un adulte, Midyam a été profondément surprise, du fond du cœur. Quand elle a effleuré la blessure laissée par les coups, elle a ressenti de la douleur. Ça ne guérissait pas, et la douleur ne disparaissait pas non plus. Aussi regrettable que cela puisse être.”
En secouant légèrement la tête, Flop répondit d’un air triste.
En entendant la réponse de Flop, même Schult, pourtant peu perspicace, comprit enfin ses véritables intentions. Il comprit enfin pourquoi sa sœur avait voulu devenir plus forte, et comment elle avait réussi à ne pas abandonner en cours de route.
Utakata : “Si elle n’aimait pas avoir mal… alors elle n’avait qu’une solution : faire en sorte de ne plus se faire frapper. C’est ce que Midii s’est dit ?”
Flop : “Eh bien, c’est exactement ça ! Pour ma sœur, la raison était toute simple et franchement, c’est une très bonne réponse. Grâce à ça, Midyam est plus forte, et le voyage de notre fratrie est devenu plus sûr !”
Flop exagéra son sourire en parlant, mais pour Schult, cela semblait un peu différent.
Non seulement il était brillant, mais il semblait également fier. Flop était sans aucun doute fier de sa sœur du plus profond de son cœur. C’était quelque chose qui pouvait vraiment faire envie.
Schult : “Moi aussi, je veux devenir plus fort. Tout comme votre sœur, Flop-sama… !”
Flop : “Je suis sûr que Midyam serait ravie d’entendre ça. Non, elle serait probablement gênée. Ce n’est pas tous les jours qu’on a la chance d’être le modèle de quelqu’un, ça a l’air très gratifiant.”
Flop sourit et donna son approbation à Schult, qui serra ses petits poings.
Tout en écoutant l’échange entre les deux, Utakata regarda Schult et demanda : “Shuu ?”.
Utakata : “Si tu veux devenir fort, tu veux bien t’entraîner avec Uu ? Entraîne-toi au tir à l’arc.”
Schult : “Le tir à l’arc, c’est ça ? Mais je m’entraîne aussi à l’épée… Hmm, je vais le faire ! Je vais faire les deux ! Comme ça, je serai deux fois plus fort !”
Flop : “Si tu es capable de faire les deux, alors c’est exactement comme tu le dis ! Sage décision !”
Levant les deux mains vers le ciel, Flop rejoignit Schult dans sa détermination ardente. Utakata, elle aussi, gonfla les narines et bomba le torse devant la promesse de s’entraîner ensemble.
Puis, montrant à Schult l’arc dans son dos,
Utakata : “Uu travaillera dur, comme Schult, pour devenir une experte comme Taa.”
Schult : “Eh bien, j’aimerais aussi rencontrer Taa-sama. Utakata-sama, pourquoi souhaitez-vous devenir une experte en tir à l’arc ?”
Utakata : “Maa a dit quelque chose. Uu doit tuer un voyageur, avec un arc et des flèches.”
Schult : “Je vois. Attendez, quoi… ?!”
Comme la réponse était plus extrême qu’il ne l’avait prévu, Schult mit un moment à comprendre.
Tuer un voyageur, voilà ce qu’elle avait dit plus tôt, mais quelle était la signification exacte de cette phrase ? Schult, qui venait de réfléchir à la situation, se demanda s’il pouvait demander plus de détails.
――Et ainsi, alors que Schult s’inquiétait à ce sujet, il fut privé du temps nécessaire pour se renseigner.
Flop : “――Majordome-kun ! Utakata !”
Schult : “――?!”
Utakata : “Fuu ?”
Soudain, une voix aiguë interpella Schult et Utakata, et l’expression de Flop changea. Schult sursauta à cause de la vigueur de la voix, et Flop lui saisit fermement les épaules.
Puis, Flop attira Schult et Utakata, assis sur le trottoir, plus près de lui, et cria :
Flop : “Le ciel devient dangereux ! Dépêchons-nous de partir d’ici !”
Et――
――Au moment où la nuée avait été aperçue dans le ciel lointain, Heinkel se trouvait à l’hôtel de ville.
Les personnes présentes étaient les commandants désignés de la garnison stationnée dans la Ville Fortifiée.
Le Général de deuxième classe Zikr Osman et ses hommes, qui avaient initialement été envoyés dans la ville mais qui avaient rejoint les rangs de Priscilla――ou plutôt, les rangs de l’homme nommé Abel, pour être précis, au moment de la prise de la Ville Fortifiée.
Et puis il y avait le Peuple de Shudraq, une tribu de chasseurs de la Jungle, moins nombreux que les Soldats Impériaux présents, mais tout aussi puissants individuellement, aux côtés de celle qui les dirigeait, leur cheffe par procuration, Mizelda.
Lorsque Heinkel s’était rendu à l’hôtel de ville, les deux étaient en pleine discussion pour parler de l’avenir.
Bien que Priscilla ait parlé de présages qui ressemblaient beaucoup à des prédictions, Heinkel ne croyait pas qu’elle avait le pouvoir de prédire l’avenir, mais il savait aussi qu’il ne fallait pas sous-estimer le pouvoir des yeux d’un être si éloigné de la norme.
Non seulement Priscilla, mais aussi ceux qui avaient des pouvoirs spéciaux et un destin particulier, possédaient une perspective plus élevée que les gens ordinaires.
Ceux qui pouvaient contempler le monde depuis un endroit plus élevé voyaient un paysage différent des autres. Ceux qui pouvaient voir plus loin qu’une personne moyenne――ou plutôt qu’une personne ordinaire, ne seraient jamais en mesure de comprendre les autres.
Heinkel l’avait appris à ses dépens au cours des quarante dernières années de sa vie.
Par conséquent, il ne rejetait pas les choses sans même les écouter simplement parce qu’il ne les comprenait pas.
Voilà pourquoi il n’avait pas ignoré les paroles de Priscilla et s’était rendu à l’hôtel de ville. Et puis――
Mizelda : “――――”
La première à remarquer l’anomalie à l’extérieur de la fenêtre fut Mizelda, qui reniflait ; son visage semblait indiquer qu’elle avait un pressentiment.
Elle était l’ancienne cheffe du Peuple de Shudraq, qui avait apparemment perdu une jambe lors d’une bataille pendant la prise de la Ville Fortifiée. Pour remplacer son pied, elle se servait d’un bâton semblable à une canne, fixé à sa jambe droite, qui lui manquait sous le genou.
Chaque fois qu’elle marchait, la canne faisait un bruit, et lorsqu’elle se retournait, le même bruit se faisait également entendre.
Au moment où le visage de Mizelda, propriétaire d’un regard perçant et d’une beauté sauvage, se raidit, Heinkel et Zikr, qui étaient présents, comprirent immédiatement que quelque chose n’allait pas et regardèrent dans la même direction.
Puis, en apercevant l’essaim de points noirs qui arrivait de l’autre côté du ciel, Zikr murmura pour lui-même.
Zikr : “――Une nuée de dragons aériens.”
Mizelda : “――Hk ! Zikr ! Préviens tes soldats ! Je vais mobiliser les Shudraq !”
Immédiatement après avoir pris conscience du danger, Mizelda aurait bondi du toit de l’hôtel de ville et aurait donné un violent coup de pied par-dessus les larges épaules de Zikr.
Cependant, elle venait de perdre une jambe. Au lieu de sauter par la fenêtre, elle descendit les escaliers en sautillant et sortit en courant à toute vitesse.
Emporté par son élan, Zikr affûta son expression neutre et cria :
Zikr : “Sonnez l’alarme ! L’ennemi attaque ! Ils viennent du ciel !”
Son cri donna un coup de pied dans le dos à ses assistants afin qu’ils alertent toute la Ville Fortifiée de la situation critique.
Après avoir observé les réactions de chacun, Heinkel posa également la main sur l’épée à sa ceinture. Puis, aussi fort et net que le son des cloches d’alarme, il claqua la langue.
Zikr : “Heinkel-dono ! Priscilla-dono est…”
Heinkel : “Priscilla-sama est au manoir. Elle savait que quelque chose allait se passer. Elle va bientôt passer à l’action.”
Alors que Zikr se retournait, Heinkel porta son attention sur les ombres ennemies dans le ciel.
En quelques secondes, l’essaim avait clairement pris une couleur plus sombre et avait grossi, se rapprochant de la ville à une vitesse fulgurante. Il n’y avait pas un instant à perdre.
Heinkel : “En admettant qu’il s’agisse d’une attaque ennemie, as-tu une idée de qui pourrait être l’agresseur ?”
Zikr : “――Le nombre de dragons aériens est extraordinaire. La Capitale Impériale n’a pas la force nécessaire pour mobiliser autant de chevaucheurs de dragons aériens, donc… Il n’y a qu’une seule possibilité.”
Heinkel : “Alors, quelle est cette possibilité ?!”
Les paroles de Heinkel devinrent plus brusques, car le temps s’écoulait rapidement à cause de la manière détournée de parler de Zikr.
Face à l’acharnement d’Heinkel, Zikr marqua une pause, puis déclara :
Zikr : “La Commandante Dragon, Madelyn Eschart… Elle contrôle les dragons aériens. En d’autres termes…”
Heinkel : “Merde, l’un des Neuf Généraux Divins… Hk.”
Heinkel se gratta la tête en entendant un nom familier.
Il n’était pas un expert des rouages internes de l’Empire, mais il était le Commandant Adjoint de la Garde Royale du Royaume de Lugnica. En raison de sa position, il était bien mieux informé que la plupart des individus sur les autres pays.
Il avait au moins entendu les noms et pseudonymes des Neuf Généraux Divins, la plus haute force militaire dont disposait l’Empire.
Ils semblaient tous être des guerriers dotés de capacités extraordinaires, et seuls les meilleurs du Royaume, dont faisait également partie Marcos, le Commandant de la Garde Royale, étaient capables de leur tenir tête.
Et, bien sûr, il y avait la personne la plus puissante du Royaume, le Maître Épéiste, mais――
Heinkel : “On raconte qu’il y aurait un monstre capable de rivaliser avec Reinhard…”
On disait que le plus grand épéiste de l’Empire de Vollachia était aussi doué que Reinhard.
Bien sûr, les Neuf Généraux Divins avaient leurs propres forces et faiblesses, mais l’idée d’être attaqué par un monstre du même niveau que cette personne était le pire cauchemar d’Heinkel.
Heinkel n’avait eu aucune intention de venir dans l’Empire pour commencer.
Il avait simplement accepté d’accompagner Priscilla lorsqu’elle avait décidé de se rendre à Vollachia de son propre chef. Il ne s’intéressait ni à l’existence ni à la destruction de cette Ville Fortifiée. Mais――
Heinkel : “Je ne peux pas me permettre de déplaire à Priscilla-sama… Même si Priscilla-sama devient la Monarque, ça ne servira à rien si elle me rejette.”
Priscilla était excentrique, et, au final, il n’avait aucune idée de ce qu’elle avait en tête.
Quelle qu’en soit la raison, elle avait Heinkel à sa disposition pour l’instant, mais s’il ne se révélait pas utile, il serait écarté et repartirait les mains vides.
Cela ne devait pas arriver. Priscilla était désormais la seule personne à laquelle Heinkel pouvait s’accrocher.
Heinkel : “Nous n’avons pas le temps de bavarder. Débarrassons-nous de cette nuée de dragons aériens. Zikr, tu es là pour superviser l’opération !”
Zikr : “J’en ai l’intention, mais qu’en est-il de vous, Heinkel-dono ?”
Heinkel : “――Je vais faire comme bon me semble.”
Contrairement à Zikr et Mizelda, Heinkel n’avait ni soldats ni compagnons à diriger.
Même si c’était le cas, son titre de Commandant Adjoint de la Garde Royale n’était que purement décoratif. Il avait cessé depuis longtemps d’étudier les bases de la stratégie militaire et, plus important encore, personne n’écoutait ses instructions.
Ainsi, depuis le départ, Heinkel n’avait qu’une seule option possible.
Heinkel : “――――”
Immédiatement après avoir pris cette décision, Heinkel, sans attendre la réponse de Zikr, courut vers le balcon de l’hôtel de ville et se jeta dans la ville en contrebas.
Il posa les pieds sur le toit d’un immeuble élevé, prit son élan et courut vers le bâtiment suivant. Il continua à sauter à plusieurs reprises, baigné par le vent, tandis qu’il se dirigeait vers le sommet des fortifications entourant la ville.
En sautant sur le mur imposant de l’enceinte, du côté ouest, vers lequel se dirigeait une nuée de dragons aériens, il prit une inspiration.
Les cloches d’alarme avaient déjà sonné dans toute la ville pour avertir d’une attaque ennemie ; partout dans la ville régnait le désordre parmi la population, les gardes les exhortant à évacuer pour tenter de maîtriser le chaos.
Heinkel : “…Ahh, merde.”
L’odeur dans l’air changea sensiblement, et le goût de la salive sur sa langue devint amer.
Alors que le champ de bataille, le sang et l’acier se rapprochaient, Heinkel était contraint d’écouter un sifflement illusoire et aigu au fond de ses oreilles.
En plus d’Heinkel, des Soldats Impériaux s’étaient également précipités vers les remparts à l’ouest.
Si l’hypothèse de Zikr était correcte, l’attaquant était l’un des Neuf Généraux Divins. Comment étaient-ils préparés à combattre un adversaire occupant le poste de Général de Première Classe de l’Empire ?
Ne voyaient-ils pas que quelque chose n’allait pas, d’autant plus qu’ils étaient sous la même bannière ? À moins que tout leur convienne, tant qu’ils pouvaient se battre ? S’ils devaient mourir au combat, en seraient-ils satisfaits ?
Heinkel : “Putain, putain, putain, qu’ils aillent tous se faire foutre, qu’ils aillent tous se faire foutre… !”
Une chaleur bouillante, lancinante et noire se répandit depuis sa poitrine dans tout son corps.
Heinkel serra les dents jusqu’à ce qu’elles grincent, savourant la chaleur sombre qui naissait dans son cœur, traversait ses organes internes et le bas de son abdomen, puis se propageait jusqu’au bout de ses membres et de ses doigts.
La main d’Heinkel se dirigea lentement vers l’épée à sa taille, l’épée portant le nom “Astrea”, tandis qu’il en saisissait fermement la poignée. Et puis――
Heinkel : “――Allez tous au diable, bande d’enfoirés !!”
Dans un hurlement de rage insupportable, l’épée d’Heinkel jaillit, et le cou épais d’un dragon aérien qui passait par là jaillit de sang et se fendit en deux.
Les cloches d’alarme sonnaient tandis que les cris des individus fuyant la ville se superposaient d’une manière à la fois exquise et effrayante, la Ville Fortifiée de Guaral étant devenue un champ de bataille rempli d’un chaos sonore.
L’armée de dragons aériens envahissant le ciel depuis l’ouest, composée de plusieurs centaines d’individus à l’apparence majestueuse, avait brisé le cœur des habitants, qui avaient été rassurés par le fait que la ville était protégée par des remparts sur ses quatre côtés.
Si ces murs, capables de résister à l’énergie destructrice des puissants Canons à Pierres Magiques, avaient une faiblesse, ce serait sans aucun doute des êtres terrifiants capables de franchir même les murs les plus imposants.
Que ce soit un être capable d’enjamber les murs ou un souverain du ciel capable de les survoler.
Il n’était sans doute pas exagéré de dire qu’en ce jour, la Ville Fortifiée était assaillie par son ennemi le plus redoutable.
Flop : “――C’est très mauvais.”
Évitant la rue principale où résonnaient des cris, Flop jeta un œil depuis une ruelle et fronça les sourcils.
Quelques minutes après avoir aperçu les dragons aériens dans le ciel, la situation avait pris une tournure dramatique ; redevenue un champ de bataille, comme cela s’était produit dix jours auparavant, la brève accalmie dont avait bénéficié la Ville Fortifiée s’était effacée de la mémoire de ses habitants.
Cette fois-ci, toutefois, comparé à ce qui s’était passé dix jours auparavant, ce changement était pour le pire. Quoi qu’il en soit――
Flop : “Époux-kun essayait de causer le moins de dégâts possible, mais… cette fois-ci, l’adversaire ne semble pas avoir ce genre de considération.”
Subaru avait tenté de mener un “siège sans effusion de sang” en recourant à un moyen audacieux : se déguiser en femme.
Bien que cet objectif ait été contrecarré par un intrus inattendu, le nombre de victimes aurait été incomparablement plus élevé si un autre plan que celui de Subaru avait été mis en œuvre.
Le fait que les sentiments des habitants de la Ville Fortifiée, ainsi que ceux des Soldats Impériaux qui y étaient stationnés, ne se soient pas dégradés à un degré extrême, était quelque chose qui intriguait Flop ; peut-être était-ce le résultat de la considération de Subaru.
Cette fois-ci, néanmoins, l’adversaire ne semblait pas avoir de telles considérations chevaleresques.
Schult : “Hii !”
Schult hurla à côté de Flop alors qu’un rugissement terrifiant et un impact qui fit trembler la terre se propagèrent dans les airs.
Ce n’était pas étonnant. L’assaut de l’ennemi avec les dragons aériens était tout simplement aussi violent qu’efficace.
Flop : “Même s’ils se contentent de laisser les dragons aériens transporter les rochers, puis de les lâcher depuis les hauteurs.”
Ce qu’ils faisaient était simple et direct, il s’agissait simplement d’une attaque primitive.
Cependant, même un rocher de la taille d’une tête humaine pouvait causer de graves blessures, mais les rochers qui tombaient du ciel depuis un certain temps déjà étaient aussi gros qu’une ou deux têtes.
La force des rochers détruisait des bâtiments en pierre et creusait d’énormes cratères dans les rues. Bien sûr, si quelqu’un avait été touché, cela aurait été une catastrophe que l’on ne souhaiterait jamais revoir.
Flop et les autres s’étaient précipités dans la ruelle, mais ils n’avaient aucune certitude que cet endroit était sûr.
Se réfugier sous terre ou se diriger vers quelqu’un qui était simplement fort ; s’il existait un endroit sûr, ce serait ceux-là.
Utakata : “Mii et les autres sont dans le grand bâtiment au milieu.”
Schult : “P-Priscilla-sama est dans le manoir… !”
Flop : “Oh, oui, bien sûr. Vous êtes tous les deux très intelligents, je suis d’accord avec vous. Le problème, c’est que nous sommes pile entre ces deux endroits !”
Mizelda et Zikr, qui avaient été invoqués, étaient fiables dans leur capacité à défendre la ville.
Même si elle constituait une force de combat individuelle, les capacités de Priscilla étaient comparables à celles des Neuf Généraux Divins.
Flop était également indécis quant à la direction dans laquelle se précipiter.
Et alors qu’ils s’inquiétaient――
??? : “À-à l’aide… Uwahh !!”
Juste devant la ruelle où Flop et les autres se cachaient, une silhouette qui s’enfuyait dans la rue poussa un cri, puis disparut――non, il n’avait pas disparu. Le corps de l’homme avait été happé dans les airs par une ombre volant à grande vitesse, emporté d’un seul coup.
Apparemment, les dragons aériens participant au raid avaient des rôles différents et étaient divisés en deux groupes. Ceux d’avant, qui faisaient tomber de grosses pierres, et ceux qui attaquaient directement.
Ou, plus probablement, il y avait des dragons aériens qui avaient endossé d’autres rôles.
Schult : “À-à l’instant, cette personne… Hk.”
Flop : “Même si nous voulions aider, nous ne pourrions pas ! Et nous ne pouvons pas non plus les contourner. Si nous nous faisons attraper par les griffes ou les crocs d’un dragon aérien, nous serons tous les trois emportés dans les airs.”
Utakata : “L’arc d’Uu est là ! Avec ça, je peux abattre un dragon aérien !”
Parlant avec enthousiasme, Utakata montra l’arc et les flèches qu’elle tenait dans ses bras. S’il s’agissait d’Holly, Kuna ou d’un autre adulte Shudraq, Flop l’aurait envisagé.
Toutefois, Flop, qui avait déjà accompagné Utakata à un entraînement au tir à l’arc, était conscient que ses capacités n’étaient pas suffisantes pour un véritable champ de bataille.
Flop : “――Tu veux le meilleur pour les enfants, c’est ça ? Je comprends.”
Les yeux fermés, Flop pensa au bienfaiteur qui l’avait sauvé, lui et sa sœur, de la misère. Il avait toujours eu une attitude franche et directe, mais malgré cela, son bienfaiteur n’avait jamais renoncé à ses principes. Flop voulait donc devenir un “adulte” dont il n’aurait pas à avoir honte.
Ils ne pouvaient pas rester cachés et retenir leur souffle indéfiniment. Qu’ils se rendent à l’hôtel de ville ou au manoir, ils devaient agir d’une manière ou d’une autre.
Afin de mettre Schult et Utakata en sécurité――
Flop : “――Je veux que vous m’écoutiez tous les deux. À partir de maintenant, je vais…”
Prenant une petite inspiration, Flop tenta de leur exposer son plan avec détermination.
Et, au moment où les deux enfants regardaient Flop tandis que celui-ci parlait,
??? : “OHHHHHHH――!”
??? : “――KIRYARARAHHHH !”
Avec un rugissement de colère à glacer le sang, quelque chose d’énorme tomba du ciel sur la rue. Ce qui s’écrasa au sol, accompagné d’un mélange de cris et de hurlements de rage, était un dragon aérien, du sang noir coulant de tout son corps.
Avec ses ailes déployées, le dragon aérien avait une envergure de trois à quatre mètres. Tentant désespérément de s’échapper, il battit des ailes, qui avaient été brisées par l’impact de la chute. Après quoi――
??? : “Ne t’enfuis pas ! N’essaie même pas, salopard !”
Le dragon aérien tomba au sol avec la silhouette, qui roula vigoureusement et bondit sur son dos. Il enfonça alors son épée dans le dragon aérien qui se tordait de douleur, lui transperçant le cœur par derrière.
Les cris du dragon aérien persistèrent longtemps ; puis, il s’effondra sur place en versant des larmes de sang.
Puis, voyant que le souffle du dragon aérien s’était arrêté――
??? : “Foutue saloperie…”
Un homme aux cheveux rouge descendit du dos du dragon aérien mort, les épaules haletantes. En l’apercevant, Schult, qui était dans les bras de Flop, poussa un “Ah !”.
Schult : “Heinkel-sama ! Vous étiez donc sain et sauf !”
Heinkel : “Haaahn ?”
La voix aiguë de Schult retentit, incitant l’homme aux cheveux rouge à se retourner avec une attitude désagréable. Immédiatement, Schult eut la gorge serrée, ses mots bloqués par l’apparence de l’homme, dont le corps tout entier était teinté d’un rouge vif.
Puis, les yeux écarquillés, Schult échappa aux bras de Flop et se précipita vers l’homme. Voyant Schult, l’homme s’essuya le visage ensanglanté avec sa manche.
Heinkel : “Bon sang, c’est toi, petit morveux ?”
Schult : “Vous êtes tout rouge, Heinkel-sama ! Où êtes-vous blessé ?”
Heinkel : “Blessé ? Oh, si tu parles du sang, ce n’est que celui des dragons. Si je suis blessé, ce n’est qu’une égratignure.”
Schult : “Oh, vraiment ? C’est vrai… ?”
Avec un regard surpris, Schult toucha le corps ensanglanté de l’homme pour s’en assurer. Voyant que son attitude ne montrait aucune inquiétude à se salir les mains et les vêtements, l’homme baissa les yeux vers le garçon et soupira.
Face à cet échange, Flop expira l’air qu’il retenait depuis un moment, et parla :
Flop : “Majordome-kun, je ne pense pas que tu aies à t’inquiéter. Il n’a pas l’air de faire semblant d’être fort, et il n’est pas vraiment blessé, n’est-ce pas ?”
Heinkel : “Tu es… cet homme bizarre. Tu te retrouves avec ces petits morveux ?”
Flop : “La partie “bizarre” est un peu offensante, mais tu as raison ! Je courais simplement avec Majordome-kun et Utakata. Je suis soulagé que tu sois là.”
Lorsque Flop sourit, l’homme couvert de sang――Heinkel, détourna le regard.
Il n’était pas gêné, cette réaction était plutôt un signe de mécontentement. En fait, il claqua même la langue. Mais il était vrai qu’il avait tué le dragon aérien, ce qui avait contribué à apaiser quelque peu Schult.
Tout comme Schult, Heinkel semblait être l’un des partisans de Priscilla, et bien que Flop s’attendait à ce qu’il soit capable de se battre puisqu’il portait une épée, il semblait être plus habile que prévu.
La quantité impressionnante de sang qui maculait son corps de rouge vif ne pouvait être attribuée uniquement au sang jaillissant du dragon aérien qu’il venait de tuer. Cela prouvait qu’il avait été exposé au sang jaillissant de plusieurs dragons aériens.
Schult : “Nous allions nous diriger vers Priscilla-sama ! Et vous, Heinkel-sama ?”
Heinkel : “Auprès de Priscilla-sama… ? Vous y serez plus en sécurité. Mais…”
Flop : “Il y a très peu d’endroits sûrs dans la ville actuellement. Si nos ennemis sont tous des dragons aériens, je pense qu’il serait judicieux de trouver un bâtiment avec un sous-sol et un endroit où sont conservées les épices.”
Utakata : “Épisses… ?”
Flop interrompit la conversation entre Schult et Heinkel, tandis qu’Utakata penchait la tête, perplexe face à une partie de la conversation qu’elle ne comprenait pas. En observant Flop, Heinkel avait le même regard, empreint de confusion.
Cela n’aurait aucun sens pour quelqu’un qui ne connaîtrait pas la biologie des dragons aériens.
Flop : “Les dragons aériens ont un odorat très développé. Ils peuvent sentir le sang à grande distance. En revanche, ils n’aiment pas les odeurs fortes et piquantes. Donc, si nous nous aspergeons de poavre sur tout le corps, nous pourrons peut-être éviter d’être capturés par eux.”
Heinkel : “…Tu sembles bien informé.”
Flop : “Je suis un marchand ambulant qui voyage d’un endroit à l’autre ! Il se trouve que j’ai connu quelqu’un qui s’y connaissait très bien en dragons aériens. C’était peut-être la personne la plus calée sur le sujet dans tout l’Empire !”
Néanmoins, cette personne lui avait souvent vanté les mérites des dragons aériens, il ne s’attendait donc pas à les voir apparaître comme une menace.
Tout du moins, si les connaissances qu’il avait acquises étaient vraies, son plan consistant à se recouvrir d’épices afin d’échapper aux dragons aériens devrait fonctionner.
Heureusement pour Flop et les deux enfants, ils avaient pu rejoindre Heinkel, un combattant compétent, mais globalement, cela n’avait pas été une chance dans cette bataille pour la Ville Fortifiée.
Flop : “Je ne peux pas dire que ce soit une bonne idée d’utiliser Rouquin-san comme escorte.”
Heinkel, qui pouvait affronter seul des dragons aériens, était un atout précieux pour la ville attaquée par un nombre incalculable d’entre eux.
Quelle que soit l’issue de la bataille à partir de maintenant, il serait l’un des facteurs qui influenceraient son dénouement. Ce n’était pas une bonne idée de le placer aux côtés des trois non-combattants. Par conséquent――
Flop : “Nous allons nous cacher sous terre pour échapper aux yeux et aux nez des dragons aériens. Rouquin-san pourrait-il nous accompagner dans un restaurant ou un entrepôt à proximité ? Là-bas, nous pourrons tromper leurs yeux… Ou plutôt, tromper leurs nez ? Ensuite, nous pourrons nous occuper du reste tout seuls.”
Schult : “Flop-sama…”
Le visage de Schult était consterné par la suggestion de Flop, comme si l’idée de se séparer ne lui avait pas du tout traversé l’esprit. Mais contrairement à la surprise de Schult, Utakata acquiesça et déclara :
Utakata : “Uu pense la même chose que Fuu. Uu et Fuu protégeront Shuu. Ne t’inquiète pas.”
Schult : “Utakata-sama… elle aussi ?”
Utakata acquiesça d’un signe de tête, et Schult baissa ses yeux ronds. Quelques secondes plus tard, il releva la tête avec une expression déterminée et regarda Heinkel.
Schult : “Je comprends. Je ferai de mon mieux avec Flop-sama et les autres. Alors, Heinkel-sama, faites attention à vos blessures…”
Heinkel : “――Ça fait un moment que j’y pense, mais ne vous emballez pas trop. Pourquoi devrais-je soudainement commencer à obéir à ce que vous me dites de faire ?”
Schult : “Eh ?!”
Cependant, la détermination de Schult fut vaine, car Heinkel fronça les sourcils et parla sans détour.
Il essuya le sang de son épée avec sa cape, indiquant son environnement d’un signe du menton.
Heinkel : “Je tiens à le dire tout de suite, je ne dois rien à cette ville. Si je ne parviens pas à protéger ce petit morveux, Priscilla-sama sera probablement mécontente, hein ? Je préfère éviter ça.”
Flop : “A-attends, attends, attends, Rouquin-san ! Attends une seconde ! Tu penses donc que protéger l’humeur de Princesse-kun est plus important que protéger la ville ? C’est…”
Heinkel : “――C’est exact.”
Flop : “――――”
La réponse était si claire et définitive que Flop ne put s’empêcher de laisser échapper un regard déçu. Heinkel fixa le visage de Flop, ses yeux bleus brillant parmi les saletés rouges qui recouvraient son visage.
Heinkel : “J’ai quelque chose de plus important que cette ville, de plus important que la vie d’une personne. Et ce n’est pas ce morveux. Priscilla-sama, qui adore ce morveux, a quelque chose dont j’ai besoin à tout prix. Si c’est le prix à payer pour l’obtenir, alors peu importe le nombre de personnes qui mourront.”
Flop : “Rouquin-san…”
Heinkel : “De toute façon, je ne suis pas si puissant que ça, et toi non plus. Apprends à rester à ta place. Il y a des limites à ce que tu peux faire. N’essaie pas d’aller au-delà. Tu ne ferais que te ridiculiser.”
Flop : “――――”
Heinkel : “Personne ne peut être une épée.”
Alors qu’il crachait ces mots, la main d’Heinkel se posa sur l’épaule de Schult.
Alors que la main agrippait l’épaule frêle de Schult, le jeune garçon tourna ses yeux humides vers Heinkel. La peur qui remplissait ces yeux――
Schult : “Heinkel-sama, vous semblez souffrir.”
――Non, pas de la peur, mais plutôt de la compassion.
Les joues d’Heinkel se raidirent légèrement, baignées par le regard sincère du garçon. Mais cela ne fit pas fléchir son cœur résolu.
Heinkel : “J’emmène ce petit morveux auprès de Priscilla-sama. Si vous voulez me suivre, débrouillez-vous. Mais ne croyez pas que je vais vous protéger.”
Sur ce, Heinkel attrapa Schult et tourna le dos à Flop et Utakata. Il sortit dans la rue et se dirigea vers le manoir où se trouvait Priscilla.
Flop hésitait à suivre son conseil, quand――
??? : “――C’est toi, celui qui abat les dragons ?”
――Un instant plus tard, accompagnée de ces quelques mots, une ombre en chute libre atterrit sur le sol dans un rugissement furieux.
??? : “――――”
Un nuage dense de poussière et de débris s’éleva lorsqu’un intrus creusa soudainement un grand trou dans le sol.
Une petite silhouette se tenait devant Heinkel, les bras courts croisés, alors qu’il essayait d’emmener Schult, leur bloquant le passage.
――Il était difficile de comprendre qui c’était, à première vue.
Ce qui venait de se passer et l’impression que donnait cette silhouette ne correspondaient pas du tout.
Une petite carrure, un visage ravissant, une peau blanche sans imperfections, une tenue bleu ciel qui rehaussait sa beauté ; comme son apparence ne semblait pas si différente de celle de Schult ou d’Utakata, il était difficile de croire qu’elle venait d’apparaître avec un impact bouleversant.
Cependant, ce qui s’était passé importait plus que tout, et personne ne pouvait nier ce qui s’était déroulé.
L’ombre qui apparut plissa ses yeux dorés, fixa les quatre personnes debout dans la rue et hocha la tête. Puis――
??? : “Vous avez fait couler le sang des dragons, et pour expier ça, votre sang coulera jusqu’à ce qu’il n’en reste plus――pauvres fous.”
