Re:Zero Lore FR
← Liste des chapitres
Web Novel • Arc 07

59Taritta Shudraq

??? : “Hey, Taritta. J’ai été choisie pour devenir une Oracle des Étoiles, et j’ai une volonté du ciel à accomplir.”

Celle qui se confiait à Taritta était une autre membre du Peuple de Shudraq, Mariuli.

Tous les Shudraquiens naissaient et grandissaient dans la Jungle de Buddheim, et c’était là que leur vie prenait fin.

Ainsi, tous les villageois du campement formaient une grande famille, et Mariuli ne faisait pas exception à la règle.

Pour Taritta, cependant, Mariuli était une amie spéciale et proche. La raison tenait au fait qu’elles étaient nées le même jour ; deux âmes sœurs qui avaient poussé leur premier cri au même endroit.

――Les Shudraq avaient pour croyance que les âmes des enfants nés le même jour étaient liées.

Le lien était considéré comme plus fort que celui qui unissait une personne à sa mère et à ses sœurs, au point qu’elles étaient traitées comme des moitiés d’un même être.

C’était une ancienne coutume Shudraq qui voulait que les âmes sœurs soient liées par un lien profond et intense ; Kuna et Holly étaient également des âmes sœurs, étant nées le même jour.

En considérant l’amitié qui liait ces deux personnes, il était facile de comprendre l’existence d’un lien qui transcendait celui du sang.

La ravissante Shudraq, cette femme nommée Mariuli, avec des cheveux noirs teints en rose aux pointes, était l’âme sœur de Taritta.

Elle était douce et calme, en parfaite harmonie avec Taritta, cette dernière étant anxieuse et timide.

Taritta consultait souvent son âme sœur au sujet de sa vraie sœur. Elle lui demandait d’écouter ses inquiétudes et son manque de confiance en sa capacité à soutenir sa sœur aînée, qui finirait par prendre la succession de cheffe de la tribu.

Elle pouvait naturellement se confier à Mariuli au sujet de tous ses conflits internes ou de ses insécurités embarrassantes.

Alors, quand Mariuli lui avait annoncé qu’elle avait un secret à révéler, Taritta avait été ravie d’être sollicitée pour prodiguer des conseils, se sentant obligée de lui retourner sa confiance.

Et ainsi, elle avait parlé.

――Elle avait été choisie comme Oracle des Étoiles, chargée d’accomplir une volonté du ciel.

Mariuli : “Accomplir la volonté du ciel est un rôle important pour un Oracle des Étoiles. C’est un grand honneur, Taritta.”

Taritta : “Eh bien, je ne comprends pas… Que te disent les cieux, Mariuli ?”

Mariuli : “Ce ne sont pas les cieux, Taritta. Ce sont les étoiles qui communiquent. Les étoiles nous assignent un rôle à jouer. Un rôle très, très important… En fait, je ne comptais en parler à personne, mais…”

Taritta : “――――”

Mariuli : “Tu es mon âme sœur.”

En posant son regard sur Mariuli qui souriait et sur sa confiance, Taritta resta sans voix.

Après tout, c’était une confidence faite par Mariuli, son âme sœur, à elle seule. Taritta ne pouvait envisager un seul instant de la divulguer à qui que ce soit d’autre.

En outre, ce genre de certitude n’était peut-être qu’une obsession, une illusion passagère facilement oubliable.

Il s’agissait véritablement d’une illusion passagère qui ne méritait pas d’être prise au sérieux. En gardant cette conviction, Taritta détourna son regard du problème de Mariuli.

Mais des changements se manifestèrent, devenant lentement mais sûrement des anomalies.

Et puis, un jour.

Lorsque Taritta et Mizelda revinrent de la chasse, Mariuli, qui s’occupait des enfants du village, chanta une chanson inconnue――c’était étrange.

Le Peuple de Shudraq, dans le village, pouvait être divisé en deux rôles.

L’un d’entre eux était celui de chasseur, ceux qui quittaient le village et faisaient de la chasse leur métier ; Mizelda, Taritta et beaucoup d’autres Shudraquiens appartenaient à ce groupe.

Le rôle des autres était celui de gardiens qui restaient au village, élevaient les enfants et défendaient le campement.

Mariuli, elle faisait partie de ceux qui avaient le rôle de gardien.

Ses talents de chasseuse ne s’étaient jamais améliorés ; elle était tellement maladroite qu’elle ratait tous ses tirs sur cent tentatives. En revanche, elle était excellente cuisinière et couturière, et ses points forts étaient le chant et l’art de raconter des histoires anciennes aux enfants.

Il n’était donc pas surprenant que Mariuli chante.

Mariuli était une excellente chanteuse, et lors des fêtes, tout le monde la suppliait de chanter.

Taritta, quant à elle, était incapable d’assumer la plupart des tâches d’une gardienne et n’était pas très douée pour le chant non plus. En vérité, toutes deux n’étaient complètes qu’ensemble : séparément, aucune ne pouvait accomplir pleinement ce qu’on attendait d’elle. Et pourtant――

Mizelda : “――Je ne me souviens pas avoir déjà entendu la chanson de Mariuli.”

Taritta : “M-ma sœur…”

Mizelda : “Mais c’est une bonne chanson. Agréable.”

En s’arrêtant pour écouter la même mélodie, Mizelda ne prêta aucune attention à cette anomalie.

Il en allait de même pour les autres, Kuna et Holly. Elles avaient toutes remarqué que Mariuli chantait une chanson qu’elles ne reconnaissaient pas, mais elles ne s’étaient pas attardées sur cette particularité.

Seule Taritta était effrayée et inquiète quant à l’origine de la chanson.

C’était Mariuli qui avait annoncé que les étoiles lui avaient révélé le rôle qu’elle devait jouer, selon la volonté du ciel.

Elle n’irait tout de même pas dire que même cette chanson lui avait été enseignée par les étoiles――

Mariuli : “Non, Taritta. C’est un malentendu. Je ne l’ai pas apprise des étoiles, j’ai juste chanté une chanson que je connaissais déjà.”

Taritta : “Tu connais cette chanson ?”

Mariuli : “Oui, je connais cette chanson… Pas personnellement, mais un autre Oracle des Étoiles la connaît…”

Taritta : “――Hk, je ne comprends pas ce que ça veut dire !”

Ce n’était pas la réponse que Taritta avait redoutée.

D’une certaine manière, pourtant, la réponse de Mariuli avait dépassé ce que Taritta avait redouté.

Cette remarque sur un Oracle des Étoiles était la preuve qu’elle n’avait pas oublié l’histoire invraisemblable qui était sortie de sa bouche. C’était la preuve que le fantasme persistait encore――non, c’était la preuve qu’il empirait.

Toutefois, comme Taritta ne comprenait rien de ce qu’elle disait au sujet des Oracles des Étoiles, Mariuli prit un air triste.

Ayant apparemment trahi sa confiance, Taritta souffrait à cause de quelque chose qu’elle ne pouvait comprendre.

――Après cela, la relation étroite entre Mariuli et l’Oracle des Étoiles se poursuivit.

Elle passait ses journées à démontrer des connaissances inconnues, à chanter des chansons inconnues, à raconter des histoires inconnues et à accomplir une volonté du ciel inconnue.

C’était une Mariuli que Taritta ne connaissait pas.

Elle discutait toujours de tout avec Mariuli.

Il n’y avait jamais eu un moment dans sa vie où Taritta n’avait pas demandé conseil à Mariuli pour prendre une décision. Il en allait de même pour Mariuli, même concernant le prénom de sa fille.

Pourtant, l’attention de Mariuli était toujours tournée vers le ciel.

Priorisant apparemment autre chose que le Peuple de Shudraq, autre chose que Taritta et sa fille, sa vie était lentement et progressivement piégée par les étoiles, contrainte par la volonté du ciel.

Quelqu’un, quelqu’un qui n’était pas une étoile, lui transmettait sa sagesse.

Soupçonnant cela, Taritta avait même tenté de sonder indirectement son environnement. Néanmoins, en raison de son rôle de gardienne, elle ne quittait jamais le village. Elle n’avait aucune occasion d’acquérir des connaissances sur le monde extérieur.

On aurait vraiment dit que les étoiles murmuraient à son oreille.

Taritta : “C’est vous qui manipulez Mariuli ?”

Levant les yeux vers le ciel nocturne, elle interrogea les étoiles visibles à travers les cimes des arbres. Cependant, les étoiles qui parlaient à Mariuli ne parlaient pas à Taritta, à qui elle était liée de manière spirituelle. Des connaissances inconnues, des chants que personne n’avait jamais entendus, une volonté du ciel qu’il fallait accomplir――

Taritta : “――Rendez-moi mon âme sœur.”

Après avoir tendu la corde de son arc avec force, Taritta visa l’étoile la plus brillante du ciel nocturne.

Dès qu’elle lâcha la corde, une flèche acérée s’élança dans le ciel nocturne――et naturellement, elle retomba sans but, sans toucher quoi que ce soit.

Les étoiles refusaient même de prêter attention à la volonté rebelle de Taritta.

Les étoiles ne parlaient pas ; elles ne transmettaient pas de volonté.

Alors, qu’est-ce qui avait changé Mariuli exactement ? Elle ne pouvait pas le comprendre.

Elle ne savait même pas à qui elle devait confier cette plainte.

Toutes les difficultés et les souffrances qu’elle ne pouvait exprimer avaient été entendues par Mariuli. Alors, vers qui pouvait-elle se tourner pour confier ses inquiétudes et ses souffrances causées par Mariuli ?

Elle était certaine que sa sœur aînée ne comprendrait pas. Sa sœur aînée était forte et stoïque.

Il était inconcevable qu’elle puisse s’attarder sur quoi que ce soit ou rester immobile. De plus, l’horreur de se confier à sa sœur aînée était plus grande que celle de ne pas être comprise.

La Mariuli actuelle était contraire aux enseignements et au mode de vie du Peuple de Shudraq.

Mizelda, désormais cheffe de la tribu, approuverait-elle cela ? Ou était-il possible qu’elle bannisse Mariuli du village à cause de ses idées dangereuses ?

Certains avaient été chassés de la tribu par le passé, incapables de retourner dans la Jungle.

Elle ne voulait pas perdre Mariuli de vue.

Même si désormais, Mariuli n’était plus celle à qui l’âme de Taritta avait été liée.

Par conséquent, Taritta garda longtemps son angoisse enfouie au fond de son cœur. Et puis――

Mariuli : “――Que dois-je faire, Taritta ? Je suis une Oracle des Étoiles, et pourtant…”

――Et puis, l’incident de ce jour-là, identique aux cauchemars qu’elle faisait chaque nuit, commença véritablement.


Sentant le changement dans le déroulement de la bataille, tous les combattants sur le champ de bataille commencèrent à agir à leur manière.

Comme la situation était irréversible, personne ne restait à la traîne, leurs visages étaient tendus, leurs nerfs à fleur de peau.

Le Grand Désastre faisait rage, les ombres déchaînées engloutissant et consumant les environs, rongeant et amplifiant la destruction.

Toutefois, aucun de ceux qui avaient endurci leur cœur pour résister au Désastre n’avaient fléchi. C’était la récompense durement gagnée de ceux qui avaient surmonté le tout premier obstacle.

Il y avait une condition pour relever le défi du Grand Désastre.

Ils devaient être des guerriers――cela signifiait qu’ils devaient posséder la force nécessaire pour combattre. Simultanément, cela signifiait également qu’ils devaient posséder un cœur capable de s’y opposer.

Sans force ni courage, nul ne pouvait se tenir debout sur le champ de bataille en tant que guerrier.

À l’inverse, à condition de prouver qu’ils possédaient ces deux éléments, rien ne s’opposerait à leur tentative de défier le Grand Désastre.

Rui : “Uau !”

Élevant une voix silencieuse, les dents serrées, Rui continua d’esquiver les assauts de l’ombre.

Elle n’avait aucun attachement ni aucun lien avec Chaosflame, et se moquait bien que la ville soit détruite ou non. Si la ville venait à disparaître, cela ne la dérangerait pas le moins du monde.

Même si elle semblait jeune et fragile, elle faisait tout son possible pour survivre au Grand Désastre, mais pour d’autres raisons.

Si cela conférait à Rui force et courage, personne n’avait le droit de la retenir.

Et ce n’était pas seulement limité à Rui.

Midyam, brandissant une lame brute malgré sa petite taille ; Al, tenant le dao contre son propre cou ; Kafma, mobilisant toute la puissance des “insectes” dans son corps ; et les habitants de la Cité Démoniaque, leur œil enflammé ; tous étaient animés d’une détermination équivalente à celle de Rui pour ne pas reculer face au Grand Désastre.

Chacun d’entre eux avait ses propres raisons d’affronter le Grand Désastre qui détruisait la Cité Démoniaque.

Pour ceux qui avaient franchi ce premier obstacle, le Grand Désastre se comportait de manière simple et, malgré son danger, il n’était pas trop compliqué à appréhender.

――Le Grand Désastre n’était pas un être vivant. C’était là le facteur le plus important.

Le Grand Désastre n’était plus une catastrophe de cette nature ; il s’agissait plutôt d’un phénomène de destruction.

Des ombres qui détruisaient tout ce qu’elles touchaient ; une silhouette informe, bouillonnante et tortueuse, qui ne permettait pas d’être sûr qu’une attaque avait été couronnée de succès――toutefois, c’était tout ce qu’il y avait à dire.

Al : “Il n’a même pas l’intelligence nécessaire pour répondre à nos attaques ou changer son comportement.”

Courant à travers le champ de bataille en utilisant les débris comme point d’appui, Al fixait intensément le Grand Désastre tout en donnant des instructions à ceux qui l’entouraient.

Même s’il était impossible d’effacer la panique qui émanait du plus profond de son être, en affichant une attitude bravache et en maîtrisant la situation, il parvint à accorder un répit à son esprit. Un répit qui permettrait à Al de réfléchir.

Le comportement du Grand Désastre était, pour le dire simplement, prévisible.

Il secouait ou absorbait tout ce qui s’approchait de lui, et se tortillait et engloutissait tout ce qui l’entourait pour causer davantage de dégâts, si rien ne venait le perturber.

Néanmoins, les forces défensives, y compris Al, ne permettraient pas au Grand Désastre de se propager davantage.

En menant des attaques ou en détournant son attention de l’objectif des ombres débordantes en devenant eux-mêmes des appâts, ils pouvaient provoquer une pause dans son engorgement, ce qui lui faisait perdre du temps. Et ce, de manière répétée.

Si le Grand Désastre avait été un être vivant, il aurait appris, compris comment réagir et renversé le cours de la bataille.

Sinon, son comportement aurait pu changer en raison d’une aggravation émotionnelle, ce qui aurait certainement entraîné un changement dans le cours de la bataille. Mais comme ceci ne s’était pas produit, même cette force de combat avait réussi à le contenir, bien que de justesse. En revanche――

Yorna : “――Que tout le monde se prépare à reculer.”

D’un seul piétinement, la terre se brisa, et l’onde de choc qui s’en échappa fendit en deux le corps gigantesque du Grand Désastre.

Bien sûr, peu après, le Grand Désastre se tortilla, reprenant rapidement son état initial, mais c’était grâce à la capacité de suppression absolue de la Maîtresse de la Cité Démoniaque qu’elle avait pu infliger des dégâts visibles.

Celle qui avait accompli cet acte, Yorna Mishigure, avec ses geta à semelles épaisses produisant des bruits sourds, bloqua les ombres qui déferlaient comme les vagues d’une mer agitée, comme si elles voulaient balayer la terre et tout ce qui s’y trouvait.

(Note de Traduction : Les “geta” sont des sandales traditionnelles japonaises qui ressemblent à des tongs, composées d’une plateforme en bois surélevée par deux ou trois “dents”. Pour plus d’informations, cliquez ici.)

Midyam : “Yorna-chan !”

Yorna : “Retire-toi ! Même si c’est frustrant, nous ferons ce que cet homme dit.”

Midyam : “Tu veux dire Abel-chin ?”

Alors qu’elles discutaient au milieu de la tempête, Yorna hocha la tête en réponse à la question de Midyam. Ses yeux en amande observaient un bel homme portant un masque d’oni, debout au sommet d’une colline surplombant le champ de bataille.

Même s’il n’avait pas la capacité de se joindre au combat, il ne s’enfuyait pas, il était toujours présent, peut-être par orgueil.

Quoi qu’il en soit, le plan qu’il avait élaboré à partir des idées qui lui trottaient dans la tête avait été transmis à Yorna, et elle l’avait adopté comme plan d’action. Puis――

Yorna : “――Je vais permettre à cette ville d’être engloutie, puis je la ferai exploser de l’intérieur. Hormis cela, il n’y a aucun autre moyen d’étouffer dans l’œuf ce Désastre qui provoque cette débauche.”

Kafma : “Vous pouvez le faire ?”

Yorna : “Si un château ne suffit pas, il suffit d’utiliser une ville. Mais si ce n’est pas suffisant, je devrai devenir Impératrice et utiliser le pays tout entier.”

Kafma : “En tant que l’un de ses servants, je me dois de vous réprimander sévèrement pour un tel comportement !”

Après avoir entendu le plan de Yorna, Kafma lui cria dessus, le visage rouge d’irritation à cause de son commentaire inutile. Cependant, le guerrier honnête de la Tribu de la Cage d’Insectes changea immédiatement d’expression et acquiesça d’un signe de tête en disant “Compris”.

Il avait probablement réalisé que la décision de Yorna d’abandonner sa ville était un choix qui lui causait une douleur comparable à celle de mutiler son propre corps.

Alors que la réponse laconique de Kafma résonnait à ses oreilles, Yorna baissa légèrement les yeux, puis esquissa un sourire charmant et délicat.

Yorna : “Il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Avec moi et ceux qui m’aiment, une ville comme celle-ci peut être établie――nous partageons tous cette consolation.”

Yorna, qui posa la main sur sa poitrine et affirma cela, n’avait aucune objection.

En réalité, personne ne savait exactement quelle puissance recelait l’atout caché de Yorna, mais il comprenait parfaitement qu’à part cela, rien d’autre ne pouvait actuellement faire pencher la balance contre le Grand Désastre. Dès lors――

Midyam : “Nous allons devoir nous replier en combattant ! Tous ensemble, et le plus vite possible !”

Ces quelques mots prononcés par Midyam donnèrent le signal pour la dernière phase de la bataille dans la Cité démoniaque.


――Les cauchemars qu’elle faisait chaque nuit avaient commencé par une nuit fraîche, sous une lune pâle et glaciale.

Après avoir déclaré être une Oracle des Étoiles, Mariuli en était arrivée au point où elle révélait des connaissances inconnues.

Ses consœurs ne se souciaient pas de savoir d’où venaient ces connaissances, mais les craintes de Taritta grandissaient de jour en jour. Toutefois, elle ne pouvait révéler à personne l’angoisse qu’elle ressentait.

Mariuli n’avait jamais révélé à personne, à part Taritta, qu’elle était devenue une Oracle des Étoiles. Non pas par intérêt personnel, mais plutôt en raison des liens simples qui les unissaient toutes les deux.

Il y avait des promesses et des secrets qui n’étaient partagés qu’entre les âmes sœurs.

Kuna et Holly, qui avaient toutes deux un fort sentiment d’appartenance au Shudraq, avaient certainement aussi leurs propres secrets, qu’elles n’avaient pas révélés à leurs camarades.

Dans le cas de Mariuli, il s’agirait de son rôle d’Oracle des Étoiles, qu’elle avait confié à Taritta. De plus, il était presque impensable qu’une âme sœur laisse échapper un secret, confié avec une telle confiance, à d’autres personnes.

Et ainsi, l’angoisse de Taritta continuait à lui ronger le cœur, incapable de la partager avec qui que ce soit d’autre.

Néanmoins, ces jours allaient prendre fin brutalement, d’une manière qu’elle n’avait pas imaginée. C’était――

Mariuli : “――Que dois-je faire, Taritta ? Je suis une Oracle des Étoiles, et pourtant…”

Les paroles de Mariuli choquèrent Taritta, qui devint si stupéfaite qu’elle en resta paralysée.

Car ce qui était sorti de sa bouche n’était pas seulement ses faibles gémissements, mais aussi du sang frais et rouge, qui avait trempé le devant de sa poitrine.

Son corps ne s’était jamais très bien porté.

La raison qui l’avait poussée à travailler comme gardienne plutôt que comme chasseuse n’était pas seulement son manque d’expérience en matière de chasse, mais aussi la fragilité de son corps.

Lorsqu’elle était enfant, elle avait souvent été clouée au lit par la maladie. Mais à mesure qu’elle grandissait et que ces épisodes devenaient moins fréquents, tout le monde avait baissé sa garde, pensant que tout irait certainement bien pour elle.

Et malgré cela, le démon de la mauvaise santé avait lentement rongé son être profond, jusqu’à un point de non-retour.

Mariuli continuait à vomir du sang à répétition, le visage blanc comme un linge. Tout le monde pouvait clairement voir que son corps s’affaiblissait de jour en jour et que la lumière de sa vie commençait à s’éteindre. Ainsi――

Mizelda : “Le reste dépend de la volonté de Mariuli, Taritta.”

Taritta : “Grande… sœur…”

Mizelda : “Passe du temps avec Mariuli. Jusqu’à ses derniers instants. C’est le devoir d’une âme sœur.”

Après lui avoir préparé une infusion, Mizelda laissa ces mots derrière elle, qui pesaient lourdement sur Taritta.

Le devoir d’une âme sœur, cela ressemblait à une volonté du ciel.

Une volonté que lui avait transmise sa grande sœur, aussi irrévocable que celle des cieux, et qu’elle devait respecter.

D’autres Shudraquiennes qui connaissaient Mariuli depuis un certain temps, comme Kuna et Holly, échangèrent quelques mots avec elle. Elles prirent ensuite congé, laissant quelques mots à Taritta.

Tout le monde comprenait que c’était leur dernière chance de parler à Mariuli.

Et celle qui verrait la fin de Mariuli de ses propres yeux ne serait personne d’autre que Taritta. Son âme sœur, née le même jour qu’elle, mais qui mourrait une autre fois.

??? : “Maa…”

La jeune fille de Mariuli, qui ne comprenait toujours pas ce qui se passait, serra la main de sa mère et frotta doucement sa joue contre la sienne.

Poussées par les circonstances, la mère et l’enfant achevèrent leurs derniers adieux sans se rendre compte de la gravité de la situation. Un adieu entre une fille innocente, qui croyait sans aucun doute la revoir le lendemain, et sa mère qui gisait sur son lit de mort.

Mariuli : “Bonne nuit.”

Mariuli démontra une grandeur admirable : elle fit ses adieux à son enfant qui lui faisait signe de la main ainsi qu’à ses camarades, et affronta sa propre mort.

Il ne faisait aucun doute que Mariuli, en qui Taritta croyait et qu’elle aimait, était forte dans son for intérieur. Néanmoins――

Mariuli : “――Que dois-je faire, Taritta ? Je suis une Oracle des Étoiles, et pourtant…”

Taritta : “Mariuli…”

Mariuli : “Je ne l’ai toujours pas achevé… Pourquoi… Moi…”

Dès qu’elle se retrouva seule avec Taritta, la tension se rompit de manière audible.

Le visage de Mariuli devint encore plus pâle qu’il ne l’était déjà. Ce qui l’inquiétait, ce n’était pas la mort qui la guettait, ni l’avenir de son enfant, mais plutôt quelque chose d’incompréhensible, comme les murmures des étoiles.

Les yeux de Mariuli étaient remplis de larmes alors qu’elle désespérait, se demandant pourquoi.

Mais Taritta était la première à désespérer, avant même ses larmes et son expression.

Taritta : “T-tu continues encore avec ça… !”

Mariuli : “Taritta…”

Taritta : “La volonté du ciel ou quoi que ce soit, rien de tout ça n’existe. Absolument pas ! Tu es Mariuli de Shudraq ! Il n’y a rien d’autre à ajouter, que veux-tu de plus !”

Vivre en tant que Shudraquien, mourir en tant que Shudraquien.

Ceci aurait dû être la chose la plus importante, la priorité absolue.

Alors, ce qu’il fallait faire pour que Mariuli, l’une des Shudraq, meure en tant que tel, c’était――

Mariuli : “――Une raison d’être née.”

Taritta : “…Une… raison ?”

Mariuli : “C’est ce que je veux.”

Les paroles de Mariuli, qui même dans un moment pareil, voyaient de la valeur dans la volonté du ciel, transpercèrent Taritta.

Naître en tant que Shudraquien, vivre en tant que Shudraquien, mourir en tant que Shudraquien.

À la question de ce qu’elle pouvait encore désirer, elle avait répondu qu’elle souhaitait une raison d’être née.

――Elle avait une fille. Elle avait Taritta. Elle avait les Shudraq. Et pourtant, elle disait vouloir donner un sens à sa vie.

À cet instant précis, Mariuli avait renoncé au sang qui coulait dans ses veines, le rejetant comme insignifiant.

Elle avait trahi son sang et déclaré qu’elle trouvait de la valeur dans les murmures des étoiles, qui n’étaient rien d’autre qu’une imposture par-dessus tout.

Ce genre de trahison était très difficile à pardonner, du moins pour Taritta.

Pour cette raison――

Taritta : “――Ça suffit.”

Mariuli : “――――”

Taritta : “Je suis ton âme sœur… Comment peux-tu parler du sens de la naissance devant moi ?”

Comme si elle disait qu’elle ne pouvait plus supporter d’entendre cela, Taritta montra ses intentions à l’aide de sa lame froide.

Elle avait sorti une dague, sa pointe dirigée silencieusement vers la gorge pâle de Mariuli. Taritta espérait que Mariuli reprendrait ses esprits et retirerait ses paroles devant la lame acérée et glaciale.

Naturellement, il se pourrait que ces menaces ne parviennent pas jusqu’à Mariuli, étant donné qu’elle était à l’article de la mort.

Pourtant, Taritta ne voyait pas d’autre solution. Désormais, il ne restait plus que cette méthode.

Malgré tout, il s’agissait de la plus grande erreur que Taritta ait jamais commise dans sa vie.

Mariuli : “C’est vrai, Taritta――je t’avais.”

Taritta : “Hein ?”

Le visage blanc comme un linge, Mariuli se concentra sur Taritta.

La couleur de ses yeux semblait différente de celle que Taritta avait toujours connue chez Mariuli, et cela provoqua une tension dans son corps.

Cet instant précis s’avéra fatal――pour Mariuli.

Taritta : “Mariuli… ?!”

La main fine de Mariuli appuya fermement sur celle de Taritta, poussant vers le bas la lame pointée vers elle-même.

Taritta tenta immédiatement de résister, mais elle en fut empêchée par sa confusion momentanée et par la force inhabituelle que dégageait Mariuli.

La lame était conçue pour trancher les épaisses fourrures des bêtes.

Avec son tranchant acéré, la lame transperça le corps de Mariuli comme s’il s’agissait d’eau, faisant jaillir le sang. Un bruit écœurant accompagna une sensation nauséabonde ; elle comprit alors que la pointe de sa dague avait mortellement transpercé la poitrine de Mariuli.

Taritta : “Nous devons… ! Nous devons te panser immédiatement… !”

Mariuli : “Non, Taritta ! Tu as un rôle à jouer…”

Taritta : “S’il te plaît, arrête de tenir ces propos insensés ! Ce n’est pas le moment pour ça…”

Mariuli : “ÉCOUTE-MOI !”

Taritta : “――Hk !”

Elle poussa un cri qui donnait l’impression qu’elle crachait du sang――non, elle crachait littéralement du sang.

Sa poitrine avait été transpercée par le poignard, la lumière de sa vie s’éteignant peu à peu ; cependant, le bras de Mariuli ne lâchait pas Taritta. Alors que du sang moussait au coin de sa bouche, ses yeux fixaient Taritta.

S’accrochant à la vie qu’elle était sur le point de perdre à tout moment, elle parla tout en enfonçant violemment ses ongles dans sa peau.

Mariuli : “Après… mille nuits… Je… Tu… Tu croiseras un voyageur…”

Taritta : “――――”

Mariuli : “Ce voyageur… est un allié du Grand Désastre qui va mener ce pays à sa perte… Tu… dois donc… le tuer…”

Taritta : “Mariuli…”

Mariuli : “Le… tuer…”

Taritta : “Mariuli… ? Mariuli !”

Sa voix, pleine d’angoisse et mêlée à des crachats de sang, fit perdre toute force aux bras de Taritta.

Mais avant même qu’elle ne s’en rende compte, l’incroyable force de Mariuli s’évanouit. À ce moment-là, elle aurait dû se lever et appeler à l’aide――non, il était trop tard. Il était trop tard pour tout.

La faucheuse avait déjà saisi l’âme de Mariuli, et elle était sur le point de l’emporter.

Retarder cela ne serait-ce qu’une seconde relevait du vœu pieux.

Mariuli : “Un voyageur… aux cheveux noirs… et aux yeux sombres… Tue-le.”

Taritta : “――――”

Mariuli : “Empêche le Grand Désastre, Taritta… C’est mon devoir… Je ne peux plus le remplir… Alors, s’il te plaît… Taritta… Mon… âme sœur…”

Taritta : “T-tu continues à dire ça…”

Pour la première fois, Taritta éprouva de la haine envers Mariuli, qui, le sang coulant, utilisait ses dernières forces pour supplier.

Jusqu’ici, Taritta avait tout tenté pour retenir Mariuli, invoquant le lien de leurs âmes. Tout cela avait été ignoré et voilà qu’au tout dernier moment, elle abordait ce même sujet.

C’était méprisable ; ces mots frappèrent Taritta en plein cœur.

En entendant la voix larmoyante de Taritta, les yeux de Mariuli vacillèrent légèrement.

Et tout à coup, les forces quittèrent le corps de Mariuli, et sa tête s’affaissa lentement.

Mariuli : “…U… ta…”

Taritta : “Mariuli ?”

Mariuli : “――――”

Taritta : “MARIULI !!”

À la toute fin, un faible souffle rauque s’échappa d’elle, et ce fut son dernier.

Le corps de Mariuli gisait là, inerte et sans pouls, une dague toujours plantée dans la poitrine. Taritta resta stupéfaite pendant quelques secondes, puis se précipita hors de la cabane pour aller chercher sa grande sœur et les autres.

Néanmoins――

??? : “――Ah.”

Taritta ouvrit brusquement la porte de la cabine et tenta de sortir en courant, mais elle s’arrêta net.

Assise là, se trouvait une petite silhouette qui n’aurait pas dû être ici.

Peut-être s’était-elle inquiétée pour sa mère alitée, ou peut-être avait-elle eu un mauvais pressentiment propre aux enfants.

Quelle que soit la raison, la jeune fille, qui avait tout pour devenir une excellente chasseuse, avait montré ses qualités lors d’une nuit où elle n’aurait jamais dû le faire, échappant ainsi au regard des adultes.

La jeune fille, Utakata, fixa Taritta, qui était trempée du sang de sa mère, et versa des larmes à n’en plus finir.

Artiste du fan-art : AppleFresh379


L’ombre du Grand Désastre continuait de sévir, et un tremblement de terre cataclysmique fractura la Cité Démoniaque de l’intérieur.

La décision de Yorna atteignit tous les habitants de la Cité Démoniaque, afin que chacun d’entre eux abandonne la terre qui était devenue leur foyer.

Une décision douloureuse avait été prise. À leurs yeux, c’était le dernier endroit qui avait accueilli ceux qui n’avaient nulle part où aller, qui leur avait permis de ne pas avoir à fuir et à se cacher.

La perte de tout cela, comment ne pas la déplorer ?

Cependant――

Yorna : “S’il y a de la vie, je la sauverai. Afin que nous puissions voir de nos propres yeux la nouvelle Cité Démoniaque, nous devons agir rapidement, sans tarder.”

Puisque la Maîtresse de la Cité Démoniaque, dernier bastion des démunis, l’avait annoncé, le peuple fut convaincu qu’ils pouvaient se rassembler et reconstruire leur foyer ; ils se mirent à courir, tournant le dos à leur terre, le foyer où ils avaient l’habitude de vivre.

La ruine recouvrait et pulvérisait la Cité Démoniaque ; la responsabilité en incombait au Grand Désastre, dont l’ampleur ne cessait de croître.

Les ombres qu’il projetait gagnaient en densité, la masse noir de jais qui se tortillait gonflant de manière exponentielle sous leurs yeux.

L’augmentation incontrôlée de sa taille et du nombre d’ombres utilisées signifiait que le Grand Désastre représentait un danger accru.

Alors que la vague de destruction s’étendait, ravageant la terre et le paysage urbain, Yorna fut stupéfaite par les efforts considérables déployés par une certaine personne méritante pour limiter au maximum les pertes humaines――Al.

Al : “P’tite demoiselle Midyam ! Recule ! Ça suffit ! Tu ne t’en sortiras pas si tu restes là plus longtemps dans cet état ! Il est temps de partir !”

Midyam : “Uh~ ! C’est tellement frustrant ! Mais merci !”

Faisant confiance au jugement d’Al, Midyam, brandissant la lame brute, s’enfuit aussitôt en criant ainsi.

Une pluie d’ombres se lança à la poursuite de la jeune fille, mais elles furent bloquées par un mur de ronces épineuses qui surgit sur le côté, permettant ainsi à la fille, dont le petit corps avait joué le rôle périlleux de leurre, de s’échapper.

Al : “Merci frangin aux antennes ! Mais il est temps que tu…”

Kafma : “Il est temps ? Tu comptes me dire de battre en retraite ? Si c’est le cas, alors moi, Kafma Irulux, je ne prêterai aucune attention à de tels propos !”

Al : “Non, tu sais, je te considère comme un character qui dirait ça, mais je le pense vraiment.”

Kafma : “Qu’est-ce que tu essaies de dire ?!”

Al : “Laisse tomber.”

Haussant les épaules, Al secoua légèrement la tête devant le rugissement de colère de Kafma.

Sans le soutien de Kafma, la lutte contre le Grand Désastre aurait été beaucoup plus précaire. Même si Al lui était reconnaissant pour son aide, son tempérament impulsif était agaçant. Quoi qu’il en soit――

Al : “――Renardette !”

Yorna : “Je n’apprécie pas la façon que tu as de m’appeler, mais j’ai compris.”

Yorna baissa légèrement le menton et acquiesça à la voix d’Al qui lui parvenait.

Du cœur de la ville jusqu’aux faubourgs, la retraite face au Grand Désastre entrait dans sa phase finale. La décision de Yorna d’abandonner la Cité Démoniaque avait été rendue publique, et l’évacuation d’une grande partie de la population était terminée.

Il ne restait plus qu’à faire subir au Grand Désastre, qui avait englouti la ville, le châtiment de ses actes――sauf si, par quelque miracle que ce soit, cela devenait inutile.

Yorna : “Ce serait là de l’attachement inutile, n’est-ce pas…”

Aucun miracle pratique ne se produirait : le Grand Désastre ne s’effondrerait pas brusquement à ses limites et ne dévoilerait pas soudainement un point faible à exploiter pour le neutraliser d’un seul coup.

Ils le comprenaient sans difficulté――ce Grand Désastre était une calamité inépuisable, qui continuerait de semer destruction sans relâche.

Si rien n’était fait pour le stopper, il ne s’arrêterait pas seulement à la Cité Démoniaque ; bien d’autres choses seraient entraînées dans sa destruction.

Pour éviter cela, ils devaient sacrifier leur précieuse Cité Démoniaque.

Yorna : “――――”

Elle ferma les yeux, et pendant un bref instant, elle hésita, envahie par les regrets.

Même dans l’histoire de l’aptitude appelée Technique du Mariage des Âmes, celle de Yorna était unique.

En principe, la quantité d’âme qu’un individu pouvait posséder ne variait guère d’une personne à l’autre. Mais Yorna, pour certaines raisons, détenait une âme d’une ampleur des milliers de fois supérieure à celle d’autrui.

Ce n’était pas un pouvoir qu’elle désirait. Elle allait même jusqu’à souhaiter parfois s’en défaire.

Cela lui avait été utile pour obtenir le poste qu’elle occupait actuellement, mais elle n’avait pas prévu qu’une occasion où elle serait amenée à s’en servir se présenterait――non, il faudrait plutôt dire qu’elle avait évité d’y penser.

C’est pourquoi il lui avait fallu tant de temps pour prendre une décision le moment venu. Et――

Yorna : “――Cet homme l’avait compris.”

Convaincue de cela, Yorna regarda par-dessus son épaule la silhouette d’un homme portant un masque d’oni, qui observait la scène à distance.

Debout dans les faubourgs de la Cité Démoniaque, un lieu qui ne pouvait plus échapper à la destruction, l’homme aux bras croisés ne vacillait pas le moins du monde. Son regard impassible venait-il du fait qu’il considérait comme allant de soi les sacrifices nécessaires pour arrêter le Grand Désastre ?

Malgré tout, le fait qu’il soit resté là, immobile, pour voir la conclusion de ses propres yeux était peut-être sa façon à lui de montrer son humanité à Yorna, l’exhortant à prendre une décision.

Al : “――Hk, cette idiote !”

Un instant plus tard, alors qu’elle était déterminée à se donner à fond contre son adversaire, le Grand Désastre, Yorna entendit des jurons retentir dans ses oreilles.

Se tournant vers son origine, puis voyant qu’il s’agissait d’Al, et suivant le regard derrière son masque dirigé vers le Grand Désastre, Yorna comprit ce qu’il maudissait.

Un petit corps rebondissait partout autour du Grand Désastre, donnant des coups de pied dans les débris et le maintenant en échec――celui de Rui.

Avec ses cheveux dorés qui flottaient au vent, ses vêtements blancs tachés de saleté et de poussière, ses épaules qui se soulevaient et s’abaissaient lourdement et son corps tout entier trempé de sueur, la fille continuait à mener son assaut contre le Grand Désastre.

Rui n’avait qu’un seul objectif. Retrouver le garçon aux cheveux noirs qui se trouvait à l’endroit même où le Grand Désastre avait pris naissance――

Yorna : “Cet enfant.”

Comme elle n’avait pas trouvé de moyen de le sauver, Yorna avait souffert le martyre avant d’arriver à cette conclusion.

C’était tout aussi douloureux que d’abandonner la Cité Démoniaque, voire plus encore, lui causant une douleur semblable à celle d’une blessure physique.

Une fois ce plan réalisé, qu’adviendrait-il de ce que le Grand Désastre avait absorbé ? Peut-être que si tout était rendu, le garçon aux cheveux noirs serait inclus.

Mais Yorna savait que ceci avait une chance infime de se produire.

C’est pourquoi elle savait également que la lutte acharnée de Rui serait vaine.

Kafma : “Nous devons ramener cette fille !”

Al : “Tu plaisantes, j’espère ! Laisse tomber cette gamine ! En premier lieu, elle est…”

Kafma : “Qu’en est-il de cette fille ?!”

Al : “C’est une… Hk.”

En voyant Rui sautiller, Kafma poussa un cri et lança un regard noir à Al. Sous le regard perçant de Kafma, ce dernier s’étouffa, semblant retenir certaines pensées à propos de Rui.

Yorna voulait sauver Rui――dans la mesure où le souhait de Rui ne pouvait être exaucé, Yorna désirait au moins lui sauver la vie.

Peut-être serait-elle plus heureuse s’ils mouraient ensemble.

C’était possiblement ce que Rui désirait de ce garçon absorbé par les ténèbres.

Al : “Merde, merdemerdemerde, bordel de merde ! Pourquoi je dois me prendre la tête à cause d’elle ? Je vais t’en vouloir, frangin !”

Criant cela avec frénésie, Al se mit à courir avec une vigueur qui ne trahissait pas le ton de sa voix.

À sa destination se trouvait Rui, qui sautait sans cesse d’un côté à l’autre pour échapper au Grand Désastre. Rui était suffisamment agile pour ne pas laisser ce monstre noir de jais se verrouiller sur sa cible, néanmoins――

Al : “Je vois clair dans tes mouvements !”

Rui : “Uh ?!”

Esquivant la pluie de débris, conséquence des actions de l’ombre qui s’abattait sur lui, Al enlaça Rui comme s’il savait comment elle allait bouger, puis saisit le corps de la fille sous ses aisselles.

Alors qu’ils étaient toujours aux prises l’un avec l’autre, le duo évita de justesse une tempête d’ombres qui leur était destinée. Al avait incroyablement protégé le duo de justesse, échappant de peu à la portée de l’attaque.

Rui : “Uu ! Uau ! Aau !”

Al : “――Fais dodo !”

Rui : “Uhk.”

Pendant ce temps, Rui se débattait dans les bras d’Al, essayant désespérément d’atteindre le Grand Désastre. Toutefois, Al lui asséna un coup brutal avec le manche du dao, et la tête de Rui tomba, inerte.

Ce faisant, Al souleva le petit corps de Rui, puis se mit à courir à toute vitesse, tournant le dos au Grand Désastre.

Al : “Antenne !”

Kafma : “C’est Kafma Irulux !”

En réponse à son appel urgent, les ronces de Kafma ouvrirent une voie d’évasion pour Al qui prenait la fuite. Le Grand Désastre poursuivit Al avec acharnement, tentant de le coincer alors qu’il se précipitait vers le chemin bordé de buissons épineux.

Cependant, tout en ouvrant une voie pour Al, les ronces avaient également créé des barrières contre le Grand Désastre.

Al, portant Rui, traversa le champ de bataille en courant, sous un feu nourri combinant attaque et défense, puis――

Abel : “――Fais-le, Yorna Mishigure !!”

Dans un dernier élan, un cri exhortant à agir de manière décisive retentit derrière elle, et Yorna tendit les mains devant elle.

Le geste en lui-même n’avait aucune signification. Tout comme lorsque le château avait été englouti. Il s’agissait simplement d’un geste permettant à Yorna de montrer à quel point elle était prête à faire des sacrifices pour atteindre son objectif.

Yorna : “Je ne t’aime pas.”

Avec ces quelques mots, face au Grand Désastre qui avait englouti la majeure partie de la Cité Démoniaque de Chaosflame, l’âme de Yorna explosa. Sa puissance était telle que la ville elle-même semblait s’être effondrée――

L’impact de l’explosion produisit quelque chose qui ressemblait à une onde de choc, et un vent violent balaya la Cité Démoniaque.

Secouée par l’onde de choc, toute la Cité Démoniaque fut détruite, écrasée, anéantie. Au cœur même de cette dévastation, le Grand Désastre, pris dans le centre de l’impact, fut à son tour englouti par la destruction.

Ainsi, d’un seul coup porté en échange de la ville elle-même, le Grand Désastre fut neutralisé――

Abel : “――Ce n’est pas suffisant ?”

Au milieu de la tempête incessante et des volutes de fumée persistantes, la voix d’un homme calme résonna.

Réalisant qu’il s’agissait de la voix d’un homme qui ne se détournait jamais, même dans une situation où personne ne pouvait s’empêcher de baisser les yeux, Yorna, qui sentait ses forces l’abandonner, retint son souffle.

Elle avait infligé une attaque avec toute la force dont elle était capable, mais malgré cela, la présence de l’obscurité grouillante persistait de l’autre côté des colonnes de fumée.

L’attaque avait atteint sa cible. Mais ce n’était pas suffisant. Ce résultat final lui fit grincer des dents.

Yorna : “――Ah.”

Avant qu’elle ne se décide à agir pour recouvrir sa déception, la voix de Yorna lui échappa.

La raison était simple――quelque chose avait agi plus vite qu’elle.

Toutefois, il ne s’agissait pas des braises inextinguibles du Grand Désastre. C’était――

Yorna : “――Tanza ?”

La silhouette qui jaillit du sous-sol de l’auberge pulvérisée était celle d’une fille-cerf, de petite taille.


Utakata : “Uu l’a vu. Maa s’est poignardée, avec les mains de Taa.”

Le témoignage d’Utakata, la fille de Mariuli, la jeune enfant qui avait été témoin de toute l’affaire, fut déterminant.

Le corps de Mariuli avait été transpercé par la dague de Taritta, qui n’avait même pas fait le moindre effort pour essuyer le sang dont elle était couverte. Aux yeux de tous, ce spectacle horrifiant donnait l’impression que Taritta avait assassiné Mariuli.

Néanmoins, la fille de Mariuli réfuta elle-même cette opinion, annulant ainsi la disgrâce de Taritta.

――Tuer les siens déshonorait leur âme, leur interdisant de retourner sur la même terre que les esprits de leurs ancêtres.

Voilà ce que les Shudraq détestaient par-dessus tout, les “Souillures des Shudraq”.

Le témoignage d’Utakata avait réfuté cette suspicion. De surcroît――

Mizelda : “La façon dont elle a été poignardée. Si Taritta l’avait fait, elle aurait visé un endroit qui ne lui aurait pas causé de souffrance. Ma sœur n’est pas responsable.”

La façon dont la lame avait transpercé le corps et, plus important encore, l’emplacement de la blessure.

D’un seul coup d’œil, Mizelda avait pu déterminer que Mariuli s’était poignardée elle-même.

La même chose avait également été remarquée par d’autres Shudraquiennes plus perspicaces que la moyenne ; celles qui ne l’étaient pas avaient été convaincues par le verdict de Mizelda.

Elles n’avaient pas conclu que la cheffe, Mizelda, essayait de couvrir sa sœur biologique cadette, Taritta.

C’était plutôt le contraire――seule Mizelda n’avait jamais tenté de défendre Taritta. Non pas par manque d’affection fraternelle, mais parce que Mizelda était une véritable Shudraquienne.

Son puissant sang Shudraq était à l’origine du jugement de Mizelda.

Il avait été décidé que Taritta n’était pas responsable et que Mariuli, après avoir pris le poignard des mains de Taritta, s’était suicidée avec.

Peut-être dans le but d’échapper à l’agonie de sa maladie, ou peut-être pour laisser sa mort entre ses propres mains, plutôt que dans celles du démon de la maladie. Du point de vue des Shudraq, cette dernière option aurait été mieux vue. Mais――

Taritta : “J’ai… laissée Mariuli mourir…”

C’était Taritta elle-même qui ne voyait pas les choses ainsi.

Taritta avait sorti sa dague pour faire taire Mariuli. Pour l’empêcher de prononcer des mots qu’elle ne voulait pas entendre, pour l’empêcher de laisser derrière elle d’autres malédictions.

Sans l’imprudence de Taritta, Mariuli ne serait donc pas morte de cette manière.

Et par-dessus tout――

Taritta : “――Une volonté du ciel.”

À l’article de la mort, Mariuli avait fait écouter à Taritta la volonté du ciel qui lui avait été conférée.

Jusqu’alors, Mariuli n’avait jamais rien révélé à Taritta au sujet du contenu de la volonté du ciel, bien qu’elle lui ait dit qu’elle lui avait été transmise. Ce n’est que sur son lit de mort qu’elle l’avait révélée pour la première fois à Taritta.

Taritta : “――Le Grand Désastre.”

La volonté du ciel visait à éviter la destruction, et cette destruction était le Grand Désastre, comme l’avait expliqué Mariuli.

La volonté du ciel de Mariuli consistait à mettre en œuvre des contre-mesures pour empêcher cela.

Taritta : “――Un voyageur, aux cheveux noirs et aux yeux sombres.”

Un voyageur apparaîtrait-il vraiment après mille nuits ?

Comment la mort du voyageur pourrait-elle empêcher une destruction si grande au point d’être qualifiée de Grand Désastre ? Mais jusqu’à la fin, Mariuli avait cru à la volonté du ciel, au devoir d’un Oracle des Étoiles.

Ne pas l’accomplir pleinement lui avait donné l’impression que sa vie était dénuée de sens.

Taritta : “Dénuée de sens…”

C’était absurde, Taritta pouvait l’affirmer sans l’ombre d’un doute.

Combien de fois les paroles de Mariuli, la gentillesse de Mariuli, avaient-elles été son salut ?

Grâce à son existence, Taritta avait été épargnée par le complexe d’infériorité qu’elle éprouvait envers sa propre sœur aînée, digne de porter le nom de Shudraq. Sans son soutien, Taritta n’existerait pas telle qu’elle était aujourd’hui.

Là encore, c’était le mérite de Mariuli. Taritta ne permettrait à personne de prétendre que tout avait été vide de sens.

Mais surtout, Mariuli avait Utakata, l’enfant qu’elle avait mis au monde après une grossesse douloureuse.

Taritta : “Je ne laisserai personne prétendre que tout ça n’avait aucun sens…”

En serrant les dents avec force, elle leva les yeux vers le ciel nocturne.

La voûte étoilée, toujours aussi éclatante, ne lui enseignait rien, ne semblait rien vouloir lui dire.

C’était naturel. Les étoiles ne communiquaient pas. L’esprit de Mariuli avait été prisonnier d’une illusion.

Et pourtant, si elle avait trouvé son salut dans cette illusion, si c’était à elle qu’elle avait confié ses vœux――

Taritta : “Les étoiles… qu’elles volent toutes en éclats… !”

Tout en dirigeant sa haine vers le ciel nocturne, Taritta supplia cependant ceci.

Selon les prédictions de Mariuli, un voyageur se rendrait dans la forêt.

L’âme de Mariuli, rongée par le désespoir et les regrets, continuerait à errer, incapable de rejoindre pour de bon les esprits de ses ancêtres.

Sans mettre fin à ce désespoir et à ce regret, son âme sœur ne trouverait pas la rédemption.

Ce qui s’était passé dans ses derniers instants était un secret que la jeune Utakata ne pouvait connaître.

C’était un secret que même les parents de sang ne devaient connaître, seules les âmes sœurs pouvaient le partager.

Taritta : “Assurément, ma flèche…”

Elle abattrait le voyageur, coupant Mariuli de ses dernières attaches.

À cette fin, elle attendit, attendit et attendit sans fin la visite du voyageur, et finalement――

――Un jour, Taritta banda son arc à la vue du voyageur tant attendu.

Subaru : “――Rem !!”

Le tir décoché par l’arc tendu manqua sa cible, et le voyageur aux cheveux et aux yeux foncés bondit pour protéger la fille à ses côtés.

Visant son cœur, les dents serrées à s’en faire mal, Taritta sentit le sien battre avec violence.

Après mille nuits, un voyageur aux cheveux noirs avait fait son apparition dans la forêt.

Frappée par un choc qui glaçait jusqu’au cœur, Taritta banda son arc et devint une chasseuse.

Calmement, sereinement, la pointe de la flèche fut stabilisée, visant sa cible.

Mais son âme, elle, hurlait d’une ovation brûlante. Elle hurlait. Elle hurlait.

Elle hurlait, hurlait encore et encore.


――Au moment où la fille-cerf bondit, tous les sons disparurent du monde.

L’énorme onde de choc précédente, avec le Grand Désastre en son centre, avait littéralement fait trembler le monde ; la force qui avait balayé la ville elle-même dans une violente explosion contenait l’énergie nécessaire pour éradiquer le Grand Désastre.

Leurs corps tout entiers étaient balayés par les vents violents du choc, ce qui suffisait à les convaincre que toute existence prise dans une onde de choc des milliers, des dizaines de milliers de fois plus puissante que celle-ci serait réduite en miettes.

Toutefois, surpassant même cette conviction, le Grand Désastre avait survécu à cette destruction.

Même si l’on ne pouvait pas dire qu’elle était en bonne santé, Taritta, devenue spectatrice, consciente qu’elle tremblait alors qu’elle était agenouillée sur une jambe, sentit la présence du Grand Désastre qui avait échappé à l’anéantissement au-delà du panache de fumée.

Rui, Midyam, Al, les habitants de la ville, ils observaient cette résistance désespérée.

Incapable de décider comment elle devait se comporter, incapable d’affronter la volonté du ciel qui l’avait continuellement contrôlée, et se remémorant le visage de Mariuli maculé de sang, Taritta était incapable de bouger face au Grand Désastre.

Chacun s’acquittait de son rôle, laissant derrière eux l’inutile Taritta.

Tout comme Yorna Mishigure, la souveraine de la ville, qui avait porté un coup au détriment de sa cité bien-aimée.

Tout comme la fille-cerf, qui, voyant que l’attaque était insuffisante, avait bondi hors de sa cachette.

Tanza : “――――”

Courant à toute vitesse, l’œil droit brillant, se trouvait la fille en kimono, la messagère qui avait fait son apparition à l’auberge.

Au bout du chemin de la fille qui s’était présentée sous le nom de Tanza, se trouvait le Grand Désastre, de l’autre côté du panache de fumée qui flottait dans les airs. Taritta ne comprenait pas ce qu’elle allait bien pouvoir faire. Cependant――

Yorna : “――Ne fais pas ça !”

Tout en réprimandant ses jambes tremblantes, Taritta comprit par chance l’objectif et la détermination de Tanza en entendant la réaction de Yorna, qui criait à l’arrière de la fille qui passait en courant.

Tanza risquait sa propre vie pour défier le Grand Désastre au moyen d’une technique.

Yorna, qui avait deviné ce qu’elle faisait et qui aimait cette fille, essayait de l’en empêcher.

Mais arrêter la jeune fille signifierait manquer une occasion en or de détruire le Grand Désastre, dont les mouvements avaient été stoppés d’un seul coup grâce au sacrifice de la Cité Démoniaque.

À moins que Yorna, l’un des Neuf Généraux Divins, si elle le souhaitait, ne parvienne à porter le coup fatal au Grand Désastre et à le repousser d’une autre manière.

――Mais était-ce bien vrai ?

Taritta : “――Hk.”

Se maudissant d’avoir nourri de tels espoirs, Taritta haleta doucement.

En jetant un regard autour d’elle, Taritta aspirait à trouver un moyen de changer la situation, une occasion d’agir. Elle espérait même que quelqu’un d’autre qu’elle-même prenne les choses en main.

Néanmoins, les débris éparpillés par l’explosion et les personnes qui avaient été projetées et dispersées par ceux-ci n’avaient plus la force de faire face à cette situation――seule Taritta en était capable.

Seule Taritta, qui avait hésité à participer à l’offensive effrénée, préférant attendre que la tempête passe, avait encore des options à ce stade. Et puis――

Abel : “――Taritta.”

Taritta tourna son regard vers l’appel faible et vit la silhouette d’un homme debout sur une colline.

Abel. Du sang coulait de son masque d’oni, ses yeux sombres fixaient Taritta. Plutôt que d’utiliser la parole, il pointa silencieusement son doigt vers les cieux.

Observer le ciel, ce n’était pas ce qu’il voulait exprimer.

Abel désignait le ciel, ou plutôt les étoiles――à savoir, la volonté du ciel.

Contrainte de choisir, Taritta fut obligée de prendre une décision.

Taritta : “――――”

Les derniers instants de Mariuli, couverte de sang, et la volonté du ciel de tuer le voyageur aux cheveux noirs et aux yeux sombres ressurgirent dans son esprit.

Si elle venait à l’exécuter, ils échapperaient au Grand Désastre. L’âme de Mariuli serait libérée de ses chaînes. Par conséquent――

Taritta : “――――”

Taritta, calmement et sans hésitation, sortit une flèche de son carquois, la plaça sur son arc et visa.

Il s’agissait d’une procédure de chasse qu’elle avait répétée des milliers et des milliers de fois ; celle-ci avait transformé Taritta, une jeune fille effrayée, désorientée et naïve, incapable de faire son travail, en une chasseuse.

Si on lui demandait de choisir une méthode pour sauver le monde, elle opterait sans hésiter pour celle-ci.

Depuis toujours, la réponse de Taritta à la proposition des cieux, aux murmures des étoiles, avait été décidée.

En d’autres termes――

Taritta : “――Je ne sais même pas ce qu’est une volonté du ciel.”

La corde de l’arc fut relâchée, et la flèche encochée s’envola furieusement dans les airs, fendant le vent.

Et elle ne manqua pas sa cible. Elle transperça la jambe d’une grande femme qui s’apprêtait à se lever et à se mettre à courir.

Avec un cri de surprise, la femme tomba en avant et dégringola.

L’impatience et la surprise se lisaient sur son visage blanc, la femme tendit la main avec douleur, élevant la voix.

Même dans un monde où tous les sons avaient disparu, Taritta comprenait très bien que cette voix appelait le nom de la fille qui avançait vers le Grand Désastre.

Malgré tout, elle avait fait son choix.

――En désobéissant à la volonté du ciel confiée à son âme sœur, elle permit à la jeune fille de réaliser son plus grand souhait, allant jusqu’à risquer sa vie.

Tanza : “――Yorna-sama.”

En se propulsant du sol, juste avant de surgir de l’autre côté du nuage de fumée, la fille prononça ce nom avec une dévotion empreinte d’amour.

Et puis, son petit corps fut englouti par le Grand Désastre qui l’attendait au-delà de la volute de fumée――

――Un deuxième choc monumental, une explosion extrême comparable à celle de la Cité Démoniaque, balaya cette fois-ci le Grand Désastre.

← PrécédentSuivant →