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Web Novel • Arc 07

45Konkon

――Tigre à la porte de devant, loup à la porte de derrière.

(Note de Traduction : Il s’agit d’un dicton japonais qui signifie que même si l’on parvient à éviter un désastre, il faudra en affronter un autre.)

À proprement parler, sa situation était différente, mais cette expression traversa l’esprit de Subaru.

Le fait qu’il lui ait fallu un certain temps pour trouver ne serait-ce que cette phrase montrait bien à quel point la situation de Subaru était difficile.

Al : “Près d’une centaine d’ennemis ?!”

Tout en regardant par la porte arrière de l’auberge, la voix d’Al se brisa lorsque Taritta leur annonça la nouvelle alarmante.

En réponse, Taritta acquiesça silencieusement en disant,

Taritta : “Oui. Nous sommes encerclés. Ça semble davantage être par prudence que par hostilité…”

Abel : “Bien sûr, s’il ne s’agissait que d’une ou deux personnes, ce serait une chose, mais il est difficile de les ignorer lorsqu’elles sont près d’une centaine.”

Tout en gardant une voix basse, Abel s’adressa à Taritta, qui ferma la porte arrière.

Alors que Taritta baissait le menton à ses mots, le regard d’Abel se détourna d’elle pour se poser sur Subaru. Ses yeux noirs se plissèrent derrière son masque d’oni, et son regard perçant transperça le cœur de Subaru. Et puis――

Abel : “――Tu as d’autres problèmes hormis le fait d’être encerclé, n’est-ce pas ?”

Subaru : “――Ah.”

Abel : “Contre toute logique, tes membres ont rétréci. Tout peut arriver.”

Avec un léger soupir, Abel l’expliqua, ayant deviné l’anomalie chez Subaru.

À cause de ses paroles, Subaru sentit ses joues s’échauffer de honte. D’une part parce qu’Abel avait remarqué son trouble, et d’autre part parce qu’il avait conscience de le retenir.

Il préférait même prétendre qu’il n’y avait rien qui clochait chez lui. Cependant――

Midyam : “Subaru-chin, est-ce que ça va ?”

La voix de Midyam, qui venait de réconforter le Subaru troublé, le poussa à s’arrêter.

Être têtu dans cette situation ne résoudrait rien. De plus, non seulement Subaru, mais aussi ses amis, y compris Midyam, subiraient les conséquences de son entêtement. Alors――

Subaru : “En fait, j’ai l’impression que… ma mémoire devient bizarre. J’ai du mal à me souvenir de choses que je devrais me rappeler, et ce n’est probablement pas bon signe.”

Al : “…C’est pour ça que tu étais aussi étrange tout à l’heure, hein ?”

Subaru ravala sa frustration et parla franchement à Al, qui resta sans voix.

Al devait lui aussi avoir senti que le comportement de Subaru était étrange. Parler des détails le mettait également mal à l’aise.

Ce qui était arrivé à Subaru n’était pas étranger à Al.

Abel : “――Quelque chose en particulier ?”

Subaru : “…Je ne me souvenais plus du nom d’un membre important de ma famille. Non ! Euh, c’est juste que j’ai mis un certain temps avant de m’en souvenir.”

Al : “Frangin, ce n’est pas le moment de faire semblant que tout va bien…”

Subaru : “Je n’essaie pas de prétendre que je vais…”

Subaru était sur le point de répondre instinctivement “Bien”, mais il s’arrêta, se demandant si c’était vraiment le cas.

Il ne voulait vraiment pas avouer aussi ouvertement qu’il avait oublié le nom d’une personne aussi importante. Subaru se souvenait de Béatrice, il se souvenait d’Émilia, et il se souvenait de Rem.

Il se souvenait également des amis qu’il avait laissés derrière lui au manoir.

Subaru : “Donc ce n’est pas comme si j’essayais de…”

Abel : “Explique-moi exactement ton état.”

Subaru : “Hein ?”

Abel : “As-tu oublié ? Ou est-ce que tu mets beaucoup de temps à te souvenir ? Qu’en est-il exactement ?”

Face à cette question, Subaru resta muet.

La question d’Abel, alors qu’il s’approchait de lui, était ferme et avait une acuité qui ne laissait aucune place au mensonge.

Il ressentait une sensation d’engourdissement dans son cerveau et était incapable de détourner son attention de l’homme qui se tenait devant lui. Alors que Subaru restait silencieux, Abel lui demanda à nouveau : “Qu’en est-il ?”.

Abel : “Tu ne peux pas voir ce qui se passe autour de toi, et maintenant tu ne peux plus voir ce qui se passe dans ta propre tête.”

Subaru : “――N-non ! Ce n’est pas un oubli, c’est juste que j’ai du mal à m’en souvenir ! C’est vrai, ce n’est pas parce que je ne m’en souviens pas tout de suite que j’ai oublié !”

Abel : “…Ça prend du temps de s’en souvenir, hein ?”

Subaru répondit rapidement à cette interrogation cruelle, et Abel accepta silencieusement sa réponse.

Il s’agissait d’une explication que Subaru lui-même ne savait pas comment interpréter. Il était donc surprenant qu’Abel ne l’ait pas rejetée d’emblée.

En fait, agacé par le comportement d’Abel, Al intervint en disant “Hey”,

Al : “Quelle différence ça représente ? Pourquoi est-ce si important pour vous dans cette situation ?”

Abel : “Il y a une grande différence. Il y a un monde entre oublier et avoir du mal à se souvenir.”

Al : “Hein ?”

Al grommela de mécontentement, mais Abel ne répondit pas davantage.

Il se tourna vers Taritta pour écouter ce qui se passait à l’extérieur, laissant Subaru et Al perplexes, plongés dans leurs pensées.

Abel : “Que se passe-t-il à l’extérieur ? Ils n’ont pas encore bougé, n’est-ce pas ?”

Taritta : “Pour l’instant, ils se contentent de dissimuler leur souffle. Même si leur encerclement devrait être achevé à présent.”

Abel : “Alors ça signifie que nous n’avons pas répondu à leurs exigences.”

Taritta : “Leurs exigences, c’est ça… ?”

Abel se caressa le menton d’un air pensif, sans répondre au regard perplexe de Taritta, puis reporta son attention sur Subaru.

Incapable de suivre le rythme de ses pensées, Subaru tressaillit lorsqu’Abel se retourna. Rapprochant son visage de celui de Subaru, qui était sous le choc, Abel lui demanda,

Abel : “――Que devons-nous faire pour que ceux qui se trouvent à l’extérieur nous attaquent ?”

Subaru : “Eh…”

Abel : “Réponds. Les conditions pour que ceux qui sont à l’extérieur nous attaquent sont…”

Subaru : “M-même si tu me le demandes…”

La question fut répétée à travers le masque d’oni, et Subaru retint son souffle, se crispant.

“Je ne comprends pas, même si tu me le demandes”, pensa-t-il. Quoi qu’il en soit, même s’il se souvenait de ce qui s’était passé avant sa Mort Réversible, celle-ci avait été si soudaine et inattendue qu’il ne pouvait absolument pas l’appréhender.

Si seulement il avait plus d’informations, il pourrait donner à Abel une meilleure idée de ce qu’il convenait de faire――

Abel : “Réponds.”

Néanmoins, Abel ignora l’hésitation et la confusion de Subaru, en lui adressant une question. Comme Subaru était incapable de répondre, l’homme portant le masque d’oni l’attrapa par les épaules dans un accès de rage.

Abel : “Réponds ! Natsuki Subaru !”

Subaru : “J-je ne sais pas ! D-dès qu’on sortira, ils nous attaqueront ! C’est tout ce que je sais !”

Répondant sous la menace, Subaru ouvrit les yeux et se saisit la poitrine.

Une fois de plus, il avait révélé impulsivement les informations qu’il avait obtenues par le biais de la Mort Réversible. Il craignait que la sanction pour avoir enfreint le Tabou ne revienne le hanter. Mais rien ne se produisit.

Ni l’arrêt du temps autour de lui ni la main maléfique qui lui faisait payer sa stupidité ne se manifestèrent. Mais à la place――

Rui : “Uu !”

S’étant interposée entre Subaru et Abel avec un grognement, Rui protégea Subaru en lui tournant le dos, tout en fixant du regard Abel, qui avait adopté une attitude intransigeante.

Rui repoussa le bras d’Abel de l’épaule de Subaru, ce qui lui valut un regard désapprobateur de sa part. Cependant, Rui fut rapidement rejointe par une alliée rassurante, Midyam.

Midyam : “Abel-chin ! Ne brutalisez pas Subaru-chin ! Je vais le dire à mon grand frère !”

Abel : “Que dois-je faire de cette information ? Tout d’abord, il vient juste de me donner les renseignements nécessaires――c’est le fait de sortir qui déclenche tout, hein ?”

Abel haussa les épaules devant le regard réprobateur de Midyam, sans même éprouver le moindre remords.

Son expression pensive poussa Midyam à s’exclamer “Bon sang !” en mettant les mains sur les hanches puis à diriger son regard vers Subaru plutôt que vers Abel.

Midyam : “Subaru-chin, tu vas bien ? Abel était effrayant, hein~ ?”

Subaru : “Ce n’est pas comme si j’avais eu peur. J’étais juste un peu surpris… Ouais.”

Midyam : “Vraiment ? Je l’espère. Tu es un garçon courageux, un garçon courageux, Subaru-chin.”

Tout en prononçant ces mots, Midyam caressa tendrement les cheveux noirs de Subaru.

La douceur de son toucher et le fait qu’elle le félicite en le qualifiant de “garçon courageux” le firent se sentir honteux une fois de plus. Mais en réalité, il ne pouvait nier que son cœur, qui battait à toute vitesse, commençait lentement à se calmer.

Il estimait qu’il perdait vraiment la raison.

Mis à part le soulagement qu’il ressentait d’être réconforté par Midyam, ce qui le troublait davantage, c’étaient les sentiments indicibles de réticence et de peur qu’il éprouvait envers Abel.

Il ne pouvait pas résister à la volonté d’Abel, et donc, il continuait à se faire malmener. C’était comme――

Al : “C’est comme un enfant et un adulte. Et je ne parle pas seulement de l’apparence physique.”

Subaru : “Ugh…”

La voix d’Al retentit à côté du visage abattu de Subaru, alors que ce dernier agrippait sa poitrine.

Le visage de Subaru se crispa lorsqu’il sentit qu’Al le jugeait, le ton de sa voix était dur, encore sous le choc de sa conversation précédente avec Abel.

Grâce à ses mots, “un enfant et un adulte”, les doutes de Subaru furent dissipés.

Oui, Al avait raison, c’était la meilleure façon de décrire la situation. En fait, l’interaction actuelle entre Subaru et Abel ressemblait à la dynamique de pouvoir entre un enfant et un adulte.

Non seulement en apparence, mais aussi dans l’esprit, comme si ce dernier était entraîné par le premier.

Abel : “――Écoutez. Je crois savoir à qui nous avons affaire.”

Taritta : “V-vraiment… ?!”

Alors que Subaru était envahi par un sentiment de terreur insondable, Abel prit la parole à voix basse.

Les paroles d’Abel firent écarquiller les yeux de Taritta sous l’effet de la surprise. Elle n’était pas la seule à être étonnée, tous les autres présents l’étaient également. Pour être plus précis, tous sauf Rui, qui ne suivait pas la conversation.

Quoi qu’il en soit, Abel attira l’attention de tout le monde et acquiesça avec un “Oui”.

Abel : “À partir des conditions présentées par Olbart et des cent ennemis identifiés par Taritta… Si nous excluons les possibilités qui ne peuvent pas se réaliser, nous pouvons naturellement réduire les options.”

Al : “Alors, qu’en pensez-vous, ô brillant Abel-chan ? Qui est après nous ?”

Abel : “――Il s’agit de Chaosflame.”

Al & Midyam : “Chaosflame… cette ville ?”

En réponse à la question d’Al et de Midyam, Abel acquiesça d’un air sombre.

Il se tourna ensuite vers Subaru et les autres, dont les expressions indiquaient qu’ils n’avaient toujours pas compris sa réponse, et poursuivit,

Abel : “Chaosflame… C’est-à-dire les habitants de la Cité Démoniaque. Ceux qui se tiennent à l’extérieur, prêts à attaquer, je suis sûr que ce sont les personnes mêmes qui résident dans cette ville.”


――Abel avait clairement affirmé que les habitants de Chaosflame étaient l’ennemi.

Subaru : “――――”

En entendant la déclaration d’Abel, Subaru ouvrit et ferma la bouche, incrédule――non, pas seulement Subaru, mais Al et les autres avaient également leurs propres réactions de stupéfaction.

C’était naturel. Étant donné qu’on leur avait soudainement annoncé que les habitants de la ville s’étaient retournés contre eux.

Al : “Vous êtes sûr ? Ça ne peut pas être vrai. Qu’est-ce qui vous a donné cette idée ?”

Abel : “C’est une réflexion tout à fait naturelle. Tout d’abord, seul un nombre limité de personnes sont capables de mobiliser une centaine d’hommes pour encercler l’auberge. À ce stade, il n’y a que deux possibilités… Le groupe de l’Empereur et les forces de la Cité Démoniaque. Toutefois, Chisha est déguisé sous mon identité. De plus, il ne dispose pas de la marge de manœuvre nécessaire pour accomplir ce que je ne saurais faire.”

Al : “Pour que les autres ne découvrent pas qu’il n’est pas Abel-chan. Alors, qu’est-ce que vous ne feriez pas ?”

Abel : “Envoyer effrontément mes forces à la Cité Démoniaque.”

Subaru faillit acquiescer en entendant cette déclaration catégorique, mais il ne savait pas s’il s’agissait d’une information définitive ou non. Si une centaine de soldats accompagnaient le souverain, serait-ce trop ou trop peu ?

Il ne trouvait pas cela étrange du tout, si tant de personnes étaient présentes.

Midyam : “Je ne sais pas grand-chose à ce sujet, mais combien y a-t-il de soldats dans le château d’Abel-chin ?”

Abel : “Es-tu en train de te renseigner sur le nombre de soldats présents dans la Capitale Impériale ? Si c’est le cas…”

Lorsque Midyam leva la main pour poser une question, Abel jeta un coup d’œil à Subaru. Incapable de comprendre le sens de son regard, Abel toucha le front de son masque d’oni, et après un moment de réflexion, déclara,

Abel : “Une petite trentaine de milliers. Mais cette discussion ne porte pas sur les forces dont il dispose. La question est de savoir si l’Empereur leur permettrait ou non de l’accompagner. Et――”

Taritta : “Le véritable Empereur ne ferait jamais une chose pareille.”

Abel : “C’est ce que je voulais dire.”

Abel hocha la tête. Il réfuta la possibilité que le faux Empereur prenne une décision aussi imprudente.

Subaru sentait qu’il était possible que l’autre camp ait été négligent, mais il garda le silence. Même s’il l’avait formulé, personne ne l’aurait écouté. Quoi qu’il en soit――

Abel : “L’Empereur a déclaré qu’il était interdit de nous toucher, et Olbart a adopté une approche conforme à cet ordre. Dans ce cas, envoyer une force armée contre nous n’aurait aucun sens.”

Al : “…Et si on envisageait une théorie selon laquelle il ne l’aurait pas fait lui-même, ou quelque chose comme ça ?”

Abel : “Dans ce cas, je vais te le demander : crois-tu vraiment que je me laisserais aller à ce genre de logique ?”

Taritta : “Je ne pense pas.”

En synchronisation avec la réponse de Taritta, Al fit de même en secouant sa tête masquée.

Tant que le faux Empereur était déguisé en Abel, sa ligne de conduite ne pouvait être différente de celle d’Abel en tant qu’Empereur. En d’autres termes, ce qu’Abel n’aurait pas permis, le faux Empereur ne pouvait pas le tolérer.

Ainsi, le faux Empereur devait continuer à feindre d’être très étroit d’esprit.

Abel : “Kafma Irulux ne le permettrait pas, même si une tentative était faite pour le raisonner. Il est inflexible. Et c’est pourquoi il est un atout précieux, mais je suis certain que le Général de Deuxième Classe Kafma ne tolérerait pas cette interprétation fallacieuse.”

Subaru : “Kafma… Serait-ce le type guindé que nous avons vu hier ?”

Abel : “Il est peut-être humble envers l’Empereur, mais il n’hésite pas à donner son avis, même face à un Général de Première Classe. Même la ruse d’Olbart ne parvient pas à faire fléchir les principes de Kafma.”

Al : “Ce p’tit gars a autant de pouvoir que ça ?”

Abel : “À un moment donné, il a été approché pour une promotion au rang de Général Divin. Pour diverses raisons, il a refusé.”

En réaction à la réponse d’Abel, Al poussa un “Ugh” de frustration.

Si c’était vrai, alors deux personnes du même niveau qu’un Général Divin avaient été présentes au château la veille――non, trois, puisque le faux Empereur était l’un d’entre eux.

Cela pourrait en effet constituer une main-d’œuvre plus fiable que d’avoir recours à des troupes non qualifiées.

Subaru : “Mais si le faux Empereur n’est pas l’ennemi, alors…”

Naturellement, la conjecture proposée par Abel devenait de plus en plus réaliste.

En d’autres termes, les habitants de la Cité Démoniaque de Chaosflame étaient ceux qui les attendaient dehors, et le dirigeant qui les avait poussés à agir était――

Midyam : “Vous voulez dire que c’est Yorna-chan qui les pousse à nous attaquer ?”

Al : “…Difficile d’imaginer quelqu’un d’autre, hein ? Personne d’autre n’est au courant de notre existence et n’a de raison valable de s’en prendre à nous.”

Subaru : “――Qu’en pense Abel ?”

Quelqu’un au sein de la Cité Démoniaque de Chaosflame qui pouvait manipuler ses habitants comme des pions ; naturellement, la première personne qui venait à l’esprit était Yorna Mishigure, la souveraine de la Cité Démoniaque.

Cependant, était-il possible que cette femme, aussi imprévisible qu’Olbart――non, peut-être même plus difficile à prédire, soit le cerveau derrière toute cette situation ?

En réponse aux soupçons de Subaru, Abel tapota du doigt le front de son masque d’oni,

Abel : “C’est une sottise.”

Et sa réponse fut brève.

Subaru : “Une sottise ? Euh, ça veut dire que tu n’es pas d’accord ? Pourquoi ?”

Abel : “Il serait orgueilleux de croire que si tu demandes, tu recevras une réponse à tout――la missive.”

Subaru : “La missive ?”

Abel répondit à la question de Subaru en ajoutant une phrase inutile.

La missive était la lettre qu’ils avaient remise à Yorna la veille. La remise de cette lettre était le but de la visite de la veille et devait être la raison de la convocation du jour même.

Abel ne leur avait toutefois pas révélé en détail ce qu’il avait écrit dans la lettre.

Abel : “Dans la missive, j’ai écrit que je la récompenserais avec ce qu’elle désire.”

Al : “Ce que cette dame veut… En d’autres termes, la position d’Impératrice ?”

Midyam : “Être votre femme ?”

Une fois qu’Abel évoqua le contenu de la missive, Al et Midyam parlèrent successivement à toute vitesse.

Comme cela leur avait été expliqué la veille, Yorna convoitait l’Empereur. Pas nécessairement Abel, mais le statut de l’Empereur.

Donc, si ce qu’il avait écrit était vrai, à savoir qu’il donnerait à Yorna ce qu’elle désirait, cela devrait correspondre.

Subaru : “Comment as-tu pu décider de transmettre une telle chose dans une lettre ?”

Abel : “Ne banalise pas le problème en utilisant tes propres critères. Quoi qu’il en soit, elle doit obtenir ce qu’elle désire. C’est pourquoi nous avons été convoqués au château. Il est illogique qu’elle envoie ses forces contre nous malgré cela.”

Al : “Ahhh~, et si elle détestait tellement être la femme d’Abel-chan qu’elle voulait le tuer…”

Ou peut-être que la lettre était si grossière qu’elle voulait les tuer.

Subaru considérait qu’il y avait de fortes chances qu’il traite la personne qu’il allait épouser avec arrogance, car c’était ainsi qu’il se comportait en personne.

Mais Abel se moqua de l’idée de Subaru et des autres.

Abel : “Elle fera ce qu’elle doit faire. Les émotions sont secondaires. Elle n’est pas comme Priscilla.”

Al : “Je me disais bien que cette dame était aussi troublante que la Princesse !”

Subaru était du même avis. Priscilla et Yorna étaient toutes les deux effrayantes.

Il avait peur à la fois de Priscilla et de Yorna, mais il trouvait qu’Abel avait raison, car il l’avait énoncé avec une telle conviction――de plus, il se rappela ses souvenirs de la veille concernant Yorna.

Yorna : “En tant que Seigneur de la Cité Démoniaque, je ne mentirai pas devant mes serviteurs.”

Ainsi avait parlé Yorna, avec un sourire enchanteur, à propos de la lettre que Subaru et les autres lui avaient remise, promettant qu’elle ne la jetterait pas sans l’avoir lue.

Subaru et les autres étaient ensuite tombés dans les écuries, puis Tanza, la servante de Yorna, avait annoncé que celle-ci avait reconnu Subaru et ses compagnons.

Tout du moins, Subaru ne la considérait pas comme une femme susceptible de revenir sur ses déclarations précédentes à sa guise.

Il ne la considérait pas ainsi, alors il souhaitait croire ce qu’Abel avait dit.

Taritta : “Quoi qu’il en soit, ceux qui sont dehors doivent commencer à s’impatienter à présent. Que devons-nous faire ?”

Tout en gardant un œil sur l’extérieur, Taritta leur demanda quelle serait leur prochaine action.

Abel avait évoqué un élément déclencheur d’une attaque――c’est-à-dire les conditions qui pousseraient l’autre camp à les attaquer, mais jusqu’à présent, ils ne pouvaient que supposer que ce serait le fait de sortir à l’extérieur. En revanche, puisque l’autre camp était prêt à les attaquer, ils ne savaient pas quand il pourrait faire irruption.

De surcroît, Subaru et les autres étaient en pleine partie de cache-cache.

Subaru : “Même si nous savons que les individus à l’extérieur vont entrer, nous ne pouvons pas simplement rester ici, pas vrai ?”

Al : “À moins que le vieil homme ait surpassé notre manœuvre et se soit caché dans l’auberge pour la deuxième fois… Au cas où, devrions-nous jeter un autre coup d’œil dans la chambre ?”

Abel : “J’aurais envisagé cette possibilité si nous n’avions pas eu l’indice “un abîme avec une belle vue”.”

Abel le congédia donc, et Al baissa la tête, déçu.

En vérité, Subaru avait également songé qu’Olbart se cacherait une nouvelle fois dans la première pièce. Mais, malgré tous ses efforts, il ne parvenait pas à établir un lien avec “un abîme avec une belle vue”. Il n’avait donc pas abordé le sujet.

En attendant, la ligne de conduite de leur groupe était en train d’être finalisée.

Bien sûr, ils n’avaient pas d’autre choix que de faire leur entrée en scène. La question était de savoir quelle stratégie adopter pour que cette option fonctionne.

Abel : “――Taritta, attire leur attention.”

Subaru : “Abel ?!”

Un instant plus tard, Abel donna ce qui semblait être l’instruction la plus cruelle de toutes.

En entendant cela, les joues de Taritta se durcirent, et Subaru critiqua Abel d’une voix aiguë. Mais Abel ignora la voix de Subaru, gardant son regard fixé sur Taritta, et continua,

Abel : “Fais beaucoup de bruit pour attirer l’attention de ceux qui sont dehors. Pendant ce temps, nous nous échapperons discrètement.”

Al : “Abel-chan, un plan plus efficace et plus compréhensible serait…”

Abel : “Il n’y en a aucun. C’est le mieux que nous puissions faire avec les cartes dont nous disposons. Si tu n’avais pas été rétréci, nous aurions peut-être pu trouver une autre méthode.”

Subaru : “Ça va trop loin !”

Rui : “Auu !”

Abel rejeta les inquiétudes d’Al concernant la sécurité de Taritta.

Alors que Subaru lui reprochait sa cruauté, Rui exprima également sa juste indignation. Néanmoins, en réaction à Subaru et aux autres――

Taritta : “Oui, entendu. Je vais attirer l’attention du groupe à l’extérieur.”

Subaru : “Taritta-san ! Peu importe comment on envisage les choses…”

En secouant la tête, Taritta était prête à accepter les instructions téméraires d’Abel.

Subaru désirait trouver une meilleure méthode pour assurer sa sécurité, d’une manière ou d’une autre. Toutefois, les deux seules choses qui lui venaient à l’esprit à ce moment-là étaient la prudence et l’inquiétude face aux ennemis très dangereux qui se trouvaient à l’extérieur.

Abel : “Taritta, passe-moi ce sac. Nous en aurons besoin plus tard.”

Taritta : “Comme ceci. Une fois que j’aurai toute leur attention, profitez-en pour vous échapper. Cependant, je ne pense pas avoir la possibilité de vous donner un signal…”

Abel : “Je laisserai Midyam en décider.”

Midyam : “Eh, moi ?”

Abel reçut le sac que Taritta portait, sa silhouette élancée supportant le poids du bagage. Alors qu’Abel poursuivait les préparatifs, Midyam, qui avait été désignée par son nom, écarquilla les yeux.

Se tournant vers elle, Abel acquiesça d’un signe de tête, accompagné d’un “Oui”.

Abel : “Que tu sois rétrécie ou non, tu as toujours des yeux pour repérer les opportunités. D’entre tous, tu es la plus compétente.”

Midyam : “Hmmm, compris. Je vais surveiller attentivement ! Alors fais attention, Taritta-chan.”

Taritta : “Oui.”

La discussion avançait à un rythme effréné, laissant Subaru à la traîne.

Sans parler d’Abel, Taritta et Midyam avaient des nerfs d’acier. Surtout Taritta, à qui on avait confié le rôle le plus dangereux.

Taritta : “Bon, j’y vais.”

Cramponnée à son arc, Taritta posa la main sur la porte arrière. Face à son dos, Subaru ne put s’empêcher de crier : “Taritta-san !”,

Subaru : “Hum, n-ne meurs pas… !”

Taritta : “――――”

Il était dégoûté de lui-même d’avoir dit quelque chose d’aussi évident et décourageant. S’il était incapable d’offrir des opinions utiles ou des stratégies gagnantes, il aurait au moins dû prononcer quelque chose qui remonterait le moral de Taritta.

Et pourtant, tout ce qu’il pouvait offrir était une supplique tremblante――mais les yeux de Taritta se détendirent légèrement et,

Taritta : “Ouais, on se voit plus tard.”

Avec un sourire en coin, le corps de Taritta s’envola comme une balle.

Juste avant cela, Abel lança ses derniers mots en direction de Taritta, qui se dirigeait vers le territoire ennemi. Ceux-ci étaient――

Abel : “Taritta, inutile de te retenir. Ne fais pas de quartier――peu importe qui ils sont, personne dans cette ville n’est facile à tuer.”

Il s’agissait d’un conseil inquiétant, qui ne pouvait être qualifié ni d’encouragement ni de stratégie gagnante.


――Dès qu’elle mit le pied dehors, l’hostilité monta rapidement en flèche.

En le goûtant sur sa peau brune, Taritta plissa les yeux et balaya du regard toute la zone d’un seul coup, de gauche à droite.

Pour le Peuple de Shudraq, qui vivait de la chasse dans la jungle, il était essentiel de pouvoir comprendre le terrain et la situation en un clin d’œil. Taritta ne faisait pas exception.

――Non, Mizelda, sa sœur, avait confié à Taritta le rôle de cheffe.

Par conséquent, Taritta se devait d’exceller dans ces domaines, plus encore que ses compatriotes Shudraquiens. Et c’est effectivement ce qu’elle fit.

Taritta : “――Ah.”

Avec un léger halètement né au fond de sa gorge, Taritta évalua le nombre de forces hostiles dirigées contre elle.

Autour d’elle, il y avait une centaine de personnes prêtes à se battre, mais moins d’une vingtaine d’entre elles avaient concentré leur hostilité sur Taritta, qui s’était précipitée hors de la porte arrière.

De plus, le nombre de ceux capables de se déplacer rapidement parmi eux était encore plus restreint.

La première chose à faire serait d’attraper les jambes de ceux qui s’étaient retournés pour――

Taritta : “――Ça ne va pas le faire.”

Son esprit revint sur le conseil donné par Abel juste avant son départ : ne faire preuve d’aucune pitié.

Abel était un homme orgueilleux et charmant. Il correspondait en tous points aux critères de Mizelda en matière d’hommes, et Taritta ne savait pas comment se comporter avec lui. Elle était faible face à la pression et se laissait porter par le courant sans opposer de résistance. De plus, lorsqu’elle était confrontée à quelqu’un ayant un caractère comme celui de sa sœur ou d’Abel, elle était incapable d’exprimer son opinion.

C’est pourquoi Taritta préférait quelqu’un qui l’écouterait. D’autant plus qu’elle avait besoin de temps pour se forger une opinion et qu’elle était déconcertée lorsqu’on la pressait.

De ce point de vue, Flop, qui était resté à Guaral, était tout à fait――

Taritta : “――Hk, à quoi suis-je en train de penser ?”

Rougissant sous l’effet d’une honte passagère, Taritta banda son arc comme pour l’évacuer.

Un instant plus tard, des flèches furent tirées de l’arc――trois en même temps. Les talents d’archer de Taritta se manifestèrent, chaque flèche visant une proie différente.

L’une volait en ligne droite et les deux autres en courbe, fendant l’air le long de la ruelle devant l’auberge, avant de transpercer leurs cibles.

Trois hommes qui s’étaient retournés pour faire face à Taritta qui fonçait vers eux et avaient tenté de s’avancer vers elle furent touchés respectivement au cou et à la poitrine, ce qui les priva instantanément de leur capacité de combat.

Taritta : “La chasse est agréable.”

Cela convenait à Taritta, car elle n’était pas obligée de parler à qui que ce soit.

La proie ne s’attendait pas à ce que Taritta parle, et elle ne souhaitait pas communiquer avec elle. Le seul dialogue qui avait lieu était celui de ses flèches et de leur rencontre avec l’ennemi.

Quand bien même, le résultat qualifié de vie ou de mort ne survenait pas nécessairement à la fin d’une conversation.

??? : “――ROHH !”

Dans un rugissement, plusieurs ombres se précipitèrent dans la ruelle, remplaçant les hommes qui avaient été abattus.

La première chose qui entra dans le champ de vision de Taritta fut un homme-bœuf ; son corps était si imposant qu’elle dut lever la tête pour le regarder dans son intégralité. Un homme avec des cornes courtes et épaisses sur le sommet du crâne chargeait férocement en utilisant sa carrure, tout en poussant un cri de guerre.

Un choc frontal direct pulvériserait tous les os du corps frêle de Taritta.

Toutefois, il n’y avait aucun moyen de s’échapper vers l’arrière ou sur le côté. Même si elle sautait vers le haut, il y avait de fortes chances qu’elle soit saisie par les jambes.

Avec cela à l’esprit, Taritta se baissa et se précipita en avant.

Homme-bœuf : “Qu’est-ce que――?!”

Peut-être parce que ces actions étaient inattendues, les yeux de l’homme-bœuf s’écarquillèrent et sa gorge se resserra. Taritta tendit ses jambes vers le visage de l’homme-bœuf et s’en servit comme point d’appui en lui assénant un coup de pied dans le museau.

Après avoir fléchi les genoux pour freiner son élan, Taritta pivota facilement dans les airs, utilisant le visage de l’homme-bœuf, qui crachait du sang par le nez, comme point d’appui. Elle effectua ensuite un demi-tour et se retrouva en position inversée dans les airs.

Taritta : “――――”

En pivotant sur elle-même, elle obtint une vue à 360 degrés, y compris de la zone derrière elle, qu’elle n’avait pas pu voir auparavant. Elle put ainsi évaluer les ombres des bâtiments, les toits et les échafaudages présents dans la ville, et même ceux qui tentaient de l’attaquer depuis ces positions.

Taritta : “Il n’y aura pas suffisamment de flèches.”

Tout en prononçant ces mots, elle sortit les flèches de son carquois, les plaça sur son arc à une vitesse vertigineuse et tira trois fois de suite pour réduire le nombre de ses ennemis.

Le nombre de flèches était disproportionné par rapport au nombre d’ennemis qu’elle avait évalué. N’ayant d’autre choix que d’éliminer les ennemis les plus dangereux, Taritta fit appel à son intuition acquise au fil des années pour cibler ceux qui semblaient les plus habiles.

Ignorant le sentiment désagréable qu’elle ressentait à la vue de ceux qui entraient dans son champ de vision――

??? : “Woaaa――?!”

Les flèches furieuses fendirent l’air comme une tempête, et ceux qui étaient transpercés furent emportés par l’impact.

Sur les conseils d’Abel, Taritta attaqua une trentaine d’ennemis sans pitié, visant les parties vitales, notamment la poitrine et le cou, ainsi que les yeux et la bouche de ceux qu’elle pouvait atteindre, dans l’espoir de leur infliger une blessure mortelle.

Après ce premier engagement, cependant, elle n’avait déjà plus de flèches.

La seule chose qu’elle pouvait faire maintenant, c’était récupérer les flèches qui avaient été utilisées et continuer à servir de leurre aussi longtemps que possible――

Taritta : “…Eh bien, c’est un peu inattendu.”

Alors qu’elle s’apprêtait à extraire la flèche du corps de l’ennemi à terre, Taritta s’arrêta net.

Taritta, en tant que guerrière de Shudraq, avait tué d’innombrables bêtes au cours de sa vie. Même si la forme de la bête était légèrement différente, la réaction de la créature lorsque son point vital était transpercé pouvait être observée au moment où elle tirait à l’arc.

Et forte de cette expérience, elle était convaincue d’avoir récolté la vie de ceux qu’elle avait abattus.

??? : “Guhgu…”

Et pourtant, aucun de ceux qui avaient gémi et s’étaient levés n’avait perdu la vie.

Même s’ils n’étaient pas complètement morts, ils auraient dû être à l’article de la mort. Néanmoins, ceux qui se relevèrent fixèrent Taritta d’un regard qui ne trahissait aucune perte de volonté de se battre, et encore moins d’être à l’article de la mort.

Dans ces yeux qui fixaient Taritta, un changement s’opéra.

Taritta : “Mais qu’est-ce que c’est que ça ?”

Taritta fronça les sourcils et interrogea l’homme-bœuf alors qu’il se levait. L’homme ne répondit pas, mais le changement qui s’était opéré en lui était si étrange qu’il attira son attention.

――Une flamme écarlate recouvrait son œil droit.

Homme-bœuf : “――――”

Ceux dont les pupilles étaient enflammées ne se limitaient pas à l’homme-bœuf.

Tous ceux qui étaient tombés après avoir été abattus par Taritta la regardaient avec une flamme écarlate dans l’un de leurs yeux, que ce soit le droit ou le gauche.

Ceux dont les yeux brûlaient n’étaient pas seulement les victimes des tirs de Taritta.

Ceux qui étaient arrivés plus tard sur les lieux pour encercler Taritta avaient eux aussi des flammes écarlates dans les yeux. Des flammes vacillantes qui brûlaient tout en projetant des étincelles.

Et, étonnamment, des flammes similaires à celles-ci brûlèrent et guérirent les blessures de l’homme-bœuf.

Le museau enfoncé et brisé de l’homme-bœuf, ainsi que les blessures par flèche de ceux qui avaient été transpercés, avaient tous été complètement réparés.

Taritta : “…Quelques mots ne suffisaient pas, Abel.”

La scène et les conseils prodigués plus tôt par Abel se rejoignirent, et Taritta poussa un soupir.

Même si elle n’en était pas certaine, elle était convaincue qu’Abel avait parfaitement anticipé cette situation. Si tel était le cas, il aurait dû s’efforcer de rendre ses propos plus compréhensibles.

Et au-delà de cela, sa tête était envahie par le désir d’avoir des pensées purement pratiques, car elle n’était pas à l’aise avec quelqu’un qui précipitait la conversation. Néanmoins――

Taritta : “Mon rôle est de servir de leurre, pas d’anéantir l’ennemi.”

Par conséquent, concernant son rôle, il était possible d’affirmer sans risque que cela fonctionnait bien. Et puis――

Taritta : “…Il semblerait qu’ils brisent les flèches.”

Les flèches qui les avaient transpercés se brisaient les unes après les autres en glissant hors de leurs corps. Les pointes de flèches qu’elle était censée récupérer étaient perdues, et Taritta se retrouva incapable d’utiliser ses talents d’archère.

Toutefois, ce serait une erreur de croire que cela ne lui laisserait aucune option.

Taritta : “Les dagues et les pierres peuvent toutes deux être utilisées pour chasser.”

Tout en déclarant cela, Taritta s’accroupit et saisit la dague qu’elle avait dissimulée dans sa tenue formelle ainsi que l’arc dont elle avait perdu les flèches.

La lutte de Taritta pour remplir son rôle ne faisait que commencer.

Artiste du fan-art : ???


Subaru : “――Hk, Taritta-san est géniale… !”

La voix de Subaru tremblait tandis qu’il courait, à la vue des individus dont les yeux et les blessures étaient enflammés.

Taritta avait été envoyée pour livrer un combat acharné, mais ses compétences dépassaient de loin l’imagination de Subaru.

En toute honnêteté, Subaru avait largement sous-estimé la capacité de Taritta à être un membre efficace des Shudraq, compte tenu de sa nature réservée et discrète.

Juste avant, il avait également vu à quel point elle avait été impuissante face à Olbart.

Bien sûr, puisque Mizelda l’avait désignée pour devenir la prochaine cheffe, il avait compris qu’il n’y avait pas d’écart de compétences entre elle et Kuna ou Holly.

Mais la précision de ses tirs, leur rapidité et sa capacité à affronter un nombre écrasant d’adversaires donnaient l’impression qu’elle pouvait être aussi douée, voire meilleure, que Mizelda.

Subaru : “Mais quand bien même…”

Même en considérant que Taritta avait un niveau de compétence élevé, il était difficile de se défaire de l’étrangeté de ces attaquants.

Tout d’abord, leur apparence était étrange. Après tout, aucun d’entre eux ne portait d’armure ni n’était armé. Ils étaient désarmés.

À première vue, ils ressemblaient beaucoup à la plupart des individus qu’ils avaient croisés depuis la veille à Chaosflame――ils n’étaient que des citoyens parmi d’autres dans la Cité Démoniaque, avec une apparence qui les distinguait quelque peu.

Ces citoyens avaient encerclé Subaru et les autres, et après avoir été touchés par la technique transcendantale de tir à l’arc de Taritta, ils s’étaient relevés sans encombre malgré leurs blessures mortelles.

De loin, il était possible de voir que parmi les assaillants se trouvaient des femmes et des enfants, et Taritta devait être déconcerté par le fait qu’il ne s’agissait pas en réalité d’un groupe de guerriers puissants.

Elle avait parfaitement réussi à attirer leur attention, et au signal de Midyam, Subaru et les autres s’étaient précipités dans la ville. Mais devaient-ils vraiment s’enfuir, sans venir en aide à Taritta ?

Incertain quant à la bonne décision à prendre, ces options tournaient en boucle dans l’esprit de Subaru.

À côté de Subaru, Abel, qui portait un sac sur le dos, fut témoin de la même scène.

Abel : “Donc, en effet, toute la ville est couverte par la Technique du Mariage des Âmes.”

Al : “Konkon… ? Oioi, Abel-chan, c’est quoi ce bordel ?”

(Note de Traduction : “Konkon” est généralement une onomatopée utilisée pour désigner le cri du renard. Dans ce cas précis, ce mot désigne la technique employée par Yorna pour rendre les citoyens de Chaosflame plus forts, la Technique du Mariage des Âmes, qui se lit en japonais “konkon jutsu”. Étant donné que Yorna est une demi-humaine renarde, le jeu de mots devrait être évident. Al ne comprend pas vraiment à quoi Abel fait référence, d’où sa réaction et le fait qu’il prononce le mot à voix haute.)

Abel : “C’est le mécanisme du collectif qui fait face à Taritta sans reculer.”

Al, qui courait dans un état second, posa une question à laquelle Abel donna une réponse inadéquate.

Même si Subaru n’arrivait pas vraiment à comprendre de quoi il retournait, une chose était claire――Abel comprenait le lien entre ces yeux brûlants et les assaillants.

Subaru : “Abel ! Ne nous cache rien ! Dis-nous tout !”

Abel : “――C’est l’un des arts secrets supposés perdus dont parlent les textes anciens. On l’appelle la Technique du Mariage des Âmes ; en partageant une partie de son âme avec d’autres, on lui ajoute de la valeur.”

Al : “Je ne comprends pas ! Qu’est-ce que ça veut dire, bordel ?”

Abel : “En d’autres termes, les âmes unies par la Technique du Mariage des Âmes partagent une fraction de leur pouvoir. Et dans cette ville, il n’y a qu’un seul praticien de la Technique du Mariage des Âmes――”

Poussé de part et d’autre par Subaru et Al, Abel leur donna la réponse la plus succincte possible.

Malgré cela, le contenu restait difficile à interpréter pour Subaru, mais il parvint néanmoins à en saisir les nuances. Autrement dit――

Abel : “Ça signifie que tout ce qui compose cette Cité Démoniaque partage le pouvoir de Yorna Mishigure. Par conséquent, cette ville est une terre qui ne tombera pas facilement, peu importe le nombre d’armées que tu envoies contre elle.”

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