43 — Dans l’envers des paupières
――Cette proposition formulée d’une voix rauque déconcerta grandement Subaru et les autres.
Tout le monde : “――――”
L’infantilisation qui avait frappé le groupe de Subaru, et son instigateur, Olbart Dunkelkenn.
Subaru et les autres, qui cherchaient à négocier avec Olbart afin qu’il les libère de l’infantilisation qu’il leur avait imposée, se virent présenter une condition digne du vieil homme――non, digne du vieil homme monstrueux qui jouait avec leurs corps et leurs esprits ; une condition étrange, qui égarerait le cœur de quiconque l’entendrait.
Après tout――
Subaru : “Jouer au loup… ?”
Subaru, qui avait redouté le genre de demande déraisonnable qui allait leur être adressée, réfléchit aux paroles qui venaient de lui être communiquées.
Au son de la voix de Subaru, Olbart, les mains en l’air, fronça les sourcils d’un air interrogateur.
Olbart : “C’est quoi cette interrogation ? Tu vas pas m’dire qu’tu sais pas jouer au jeu du loup, hein ?”
Subaru : “Bien sûr que je sais ce que c’est. Mais ce n’est pas un mot qui devrait être utilisé dans cette situation.”
Peu importe la manière de présenter les choses, il ne s’agissait que d’un jeu d’enfants consistant à “se poursuivre”.
Il était difficile d’imaginer qu’il y ait une autre signification à cela. Toutefois, comme il s’agissait d’un jeu de poursuite pratiqué dans un village shinobi, il y avait de fortes chances qu’il ait ses propres règles.
Par exemple, quelque chose comme――
Subaru : “Tuer n’est pas contraire aux règles au cours du jeu, quelque chose comme ça.”
Olbart : “Kakakakka ! Bien sûr que non. Si ce genre d’absurdités était populaire, les shinobis auraient disparu en un rien d’temps. Et ce, d’mes propres mains, puisque j’suis leur chef. Ce serait regrettable, non ?”
Bien qu’Olbart ait réfuté les inquiétudes de Subaru, ce dernier le considérait comme un homme prêt à se salir les mains avec le sang de son propre peuple si nécessaire, compte tenu de son comportement violent et de ses paroles et actes passés.
Pour être honnête, il n’aurait pas été tellement surpris si son village shinobi avait déjà été détruit.
Abel : “――Ce jeu du loup, comment fonctionne-t-il ?”
À la place de Subaru, qui était rongé par le doute, ce fut Abel qui l’encouragea à continuer.
Avec un sourire qui se dessinait sur ses joues, Olbart laissa échapper un “Oh”.
Olbart : “Tu sembles plus enthousiaste que je ne l’aurais imaginé, jeunot masqué.”
Abel : “Foutaise. Nous avons déjà dépassé le stade où nous pouvions nous retirer de ce jeu, dès lors que nous avons révélé que nous détenions les informations que tu convoites.”
Olbart : “Kakakakka ! Eh bien, j’suppose que t’as raison.”
Ouvrant la bouche si grand qu’on aurait dit que sa mâchoire allait se détacher, Olbart éclata d’un rire chaleureux et sans réserve.
En fait, Abel avait parfaitement raison. L’idée d’Olbart était scélérate. Qu’il gagne ou qu’il perde à ce jeu du loup, Olbart obtiendrait les informations qu’il désirait.
Le but de ce jeu du loup était de leur permettre de choisir comment ils souhaitaient divulguer cette information, que ce soit après des négociations ou après avoir été torturés.
Olbart : “Y’a rien d’vraiment spécial dans le fonctionnement d’la poursuite. Un camp s’enfuit, et l’autre le rattrape… Oh, j’aimerais bien être celui qui s’enfuit. Vous savez, courir après un grand groupe de personnes, c’est trop pour l’endurance d’un vieil homme.”
Midyam : “Donc, si on attrape papy en train de s’enfuir, on gagne ? C’est facile à comprendre.”
Taritta : “C’est facile à comprendre, mais…”
Face à l’explication des règles donnée par Olbart, Midyam réagit avec optimisme, tandis que Taritta se montrait pessimiste.
L’opinion de Subaru penchait également davantage vers celle de Taritta. En effet, les règles étaient simples et ne laissaient aucune place à l’incertitude――en d’autres termes, tout dépendait des capacités de chacun.
Et en matière de capacités, la somme totale des capacités du groupe de Subaru était loin d’égaler celle d’Olbart.
Olbart : “Eh bien, ça risque d’être difficile avec tous les bambins. On peut alors assouplir un peu les conditions.”
Taritta : “Et celui qui l’a provoqué ne se sent même pas coupable… !”
Olbart : “T’énerve pas comme ça, t’sais. Si ton doigt lâche la corde de l’arc, j’aurai une bonne raison d’me défendre, et tout deviendra beaucoup plus facile.”
Taritta : “――――”
Alors qu’Olbart jetait un coup d’œil aux visages présents dans la pièce et haussait les épaules, Taritta claqua des molaires.
Comme l’avait souligné le vieil homme monstrueux, l’arc de Taritta était toujours pointé sur Olbart. Cependant, Olbart, l’intéressé, fit mine de ne pas s’en apercevoir et s’en servit plutôt comme monnaie d’échange.
On ne pouvait qu’imaginer le tumulte mental que ressentait Taritta. Mais la priorité pour l’instant était――
Subaru : “Comment ça, assouplir les conditions ?”
Olbart : “J’parle d’la façon dont on va jouer au loup ici. Que diriez-vous de ne pas avoir à m’attraper, mais plutôt, si vous m’trouvez, vous gagnez. Mais vous devrez l’faire trois fois.”
Subaru : “Trois fois…”
Olbart : “Je vais m’cacher trois fois. Vous allez devoir essayer d’me trouver trois fois. Si vous n’y arrivez pas, vous perdez. Dans s’cas, c’est pas un jeu du loup, c’est un jeu d’recherche… s’qui sonne un peu bizarre.”
“Ça sonne bizarre”, constata Olbart en penchant la tête avec perplexité.
Reprenant la suggestion du vieil homme, les mots qui sortirent de la bouche de Subaru furent――
Subaru : “――Cache-cache ?”
Olbart : “Oh ouais, c’est un bon nom. On va utiliser celui-là.”
D’un claquement de doigts, Olbart réagit au mot “cache-cache”.
Ce faisant, Olbart leva un doigt de chacune de ses mains tendues et les agita rapidement de gauche à droite sur place pour que tout le monde puisse les voir.
Olbart : “Dans un jeu du loup, il suffit de m’attraper une seule fois. Dans un cache-cache, il faut m’trouver trois fois――j’pense pas avoir besoin d’vous dire lequel des deux jeux vous donne le plus de chances de gagner, pas vrai ?”
Lorsque Olbart posa cette question en fermant un œil, Subaru laissa échapper un halètement.
Olbart avait raison, c’était une question qui ne nécessitait aucune réflexion supplémentaire――étant donné les capacités transcendantales d’Olbart, dont Subaru était déjà conscient, il n’y avait aucune raison pour eux d’opter pour un jeu du loup.
Il ne devrait pas y en avoir, et pourtant――
Al : “N’est-ce pas gentil de ta part ? Je ne peux m’empêcher de me demander s’il y a autre chose, puisque tu t’es donné la peine de suggérer une méthode qui nous donnerait plus de chances de gagner.”
Alors qu’Olbart tentait de leur transmettre les chances de victoire, Al se fâcha contre lui.
À la place du casque qu’il avait retiré, Al avait désormais un tissu enroulé autour du visage. Sa voix, désormais plus aiguë puisqu’il était devenu plus jeune, était légèrement étouffée par le tissu, mais pas au point d’être difficile à comprendre.
Olbart, après avoir entendu les paroles d’Al, haussa les épaules.
Olbart : “Oioi, fais pas l’erreur d’croire que j’suis un vieil homme qui veut gagner à tout prix, jeunot. En s’qui m’concerne, c’est mieux si c’est vous qui gagnez, d’accord ? J’fais ça parce que j’veux savoir si vous méritez d’être écoutés.”
Al : “――――”
Olbart : “Pour ma part, j’suis très intéressé par s’que vous avez à partager. Mais ai-je tort de m’inquiéter pour mes économies d’retraite si j’me fais prendre à mentir et qu’on remet en question ma loyauté envers Son Excellence ? Pour éviter ça, j’ai utilisé mon cerveau un peu lent pour élaborer ce plan.”
En agitant ses index gauche et droit, Olbart répondit à Al d’un ton détaché.
Cette réponse ne dissipa pas les soupçons d’Al. Mais c’était une réponse raisonnable, et il semblait hésiter à poursuivre le sujet.
Subaru n’était pas assez naïf pour croire qu’Olbart disait la vérité.
Néanmoins, ils ne disposaient que de trop peu de temps et d’informations pour découvrir ce qui se cachait dans l’esprit de ce shinobi accompli.
Pendant tout ce temps, le délai fixé par Yorna approchait à grands pas, seconde après seconde.
Avec les deux choix peu pratiques proposés par Olbart――aucun des deux n’étant la meilleure option, les chances de trouver un moyen de se sortir de cette situation étaient quasi nulles.
En d’autres termes, Subaru avait fait tout ce qui était en son pouvoir et s’était tout de même retrouvé dans cette situation.
Abel : “――Si nous acceptons ton offre, nous devons clarifier certains points.”
Olbart : “Oh, comment ça ?”
Abel : “Tu l’as évoqué toi-même. Si tu souhaites nous donner plus de chances de remporter la victoire, tu ne dois pas laisser trop de place aux efforts inutiles――ce que l’on attend de chacun doit être clairement défini.”
Olbart : “――Kakakakka.”
Ayant apparemment tiré la même conclusion plus tôt, Abel poursuivit, un œil rivé sur Olbart.
La clarification des règles du jeu――ce qui se cachait derrière cette demande de clarification était clair. Cela servait à signaler que la décision était d’accepter le jeu et son contenu.
Abel acquiesça d’un signe de tête, en fixant Olbart, qui émit un petit rire, les yeux brillants et étincelants.
Et puis finalement――
Abel : “――Ce sera donc un cache-cache.”
――Par la suite, trois accords majeurs furent conclus entre les deux camps.
Le premier engagement était “ne pas se nuire réciproquement”.
Olbart était capable de tuer tout le monde s’il le souhaitait, pour commencer. Ce qui l’avait dissuadé de le faire, c’étaient les ordres du faux Empereur et sa prudence envers Yorna.
Mais cette assurance était essentielle, car il enfreindrait cette interdiction si la situation l’exigeait.
Le deuxième était “restreindre les lieux de cachette aux limites de la ville”.
S’ils voulaient croire à la prétention de laisser les chances en leur faveur, il était également essentiel de limiter la zone afin de maintenir l’équité. Bien sûr, même si elle était limitée à la ville, la zone de jeu était assez vaste.
Cependant, les conditions que Subaru lui avait fait accepter devraient suffire à cet égard.
Le troisième était “clarifier les conditions de victoire”.
Ils avaient choisi de jouer à cache-cache parce qu’ils pensaient que cela leur donnerait plus de chances de gagner. Ainsi, personne ne pourrait dire qu’il était mal de rechercher la victoire. Donc――
Subaru : “Je sais que les chances de gagner sont différentes pour nous dans le jeu du loup par rapport au cache-cache, mais pourquoi trois fois ? Ne sois pas radin, on ne peut pas le faire qu’une seule fois ?”
Olbart : “Kakakakka ! C’est un peu avide, jeune homme. J’vais t’dire une chose. Si ça arrive une fois, c’est probablement un coup d’chance. Mais si ça arrive trois fois, c’est du talent.”
Subaru : “Certaines personnes estiment que la chance fait partie du talent, tu sais ?”
Olbart : “J’suis désolé de te l’dire, mais j’crois pas en la chance. J’veux dire, c’est s’que la majorité des habitants de l’Empire pensent. Tu racontes des trucs dingues, t’es pas d’accord ?”
C’était une école de pensée inévitable, typique d’un empire fondé sur la suprématie du mérite.
Il n’y avait ni chance ni malchance, tout était le résultat des capacités de chacun. Cette attitude semblait étouffante pour ceux qui ne pouvaient vivre sans refuge.
Par exemple, le Subaru de ses jours d’absentéisme n’avait pas sa place dans l’Empire.
Olbart : “En plus, pourquoi pas l’faire trois fois, puisqu’il y en a trois parmi vous qui ont été rétrécis ? Ça m’semble raisonnable, vu que c’est une subtilité technique que j’viens d’inventer sur le champ.”
Abel : “Alors, chaque fois que nous te trouverons, tu devras annuler la technique sur une personne ?”
Olbart : “Oh, et maint’nant t’essaies d’profiter d’moi. Bon, oublions cette subtilité.”
En agitant les mains en l’air, Olbart refusa de valider la déclaration d’Abel.
Quoi qu’il en soit, cette question étant réglée, il ne restait vraisemblablement plus rien qui nécessitait un examen plus approfondi. Cela signifiait que――
Olbart : “Bon, jouons.”
Subaru : “Olbart-san, je vérifie juste un petit détail… Pas de cachette inaccessible physiquement. Si tu te caches au milieu de nulle part, on ne peut rien faire.”
Olbart : “T’es vraiment pointilleux sur les détails, tu sais ça ? ――Eh bien, je l’aurais fait si tu l’avais pas mentionné.”
Subaru : “――――”
Olbart : “Écoutez, j’étais sérieux quand j’ai dit que j’avais pas besoin d’gagner à tout prix, vous savez ? Mais n’oubliez pas que c’est votre test.”
En d’autres termes, il les observait également pour leur habileté, leur perspicacité et leur intelligence.
Olbart semblait généreux et facile à vivre, mais il savait se montrer sévère lorsqu’il s’agissait de supprimer quelqu’un. S’il jugeait une personne indigne de son attention, il lui arrachait les entrailles sans pitié.
Même maintenant, si Subaru ne s’en était pas mêlé, il l’aurait fait sans hésiter. Mais――
Olbart : “――J’aurais jamais cru qu’le jeunot masqué aurait négligé ça.”
En désignant Abel d’un mouvement du menton, Olbart lui adressa un sourire sournois qui ne cachait pas son âge avancé.
Malgré cet agacement, Subaru fit signe à Abel et Al du regard, et une fois qu’il eut obtenu leur accord, il se prépara à relever le défi.
Subaru : “Si nous gagnons, je te demanderai de nous ramener à la normale.”
Olbart : “Si j’gagne, vous devrez attendre dix ans avant d’revenir à la normale. Eh bien, si Son Excellence et la renarde changent d’avis, j’irai vous d’mander vos secrets à ma façon.”
Il s’agirait d’une technique shinobi transmise dans son village――Subaru ressentit une vague de peur en contemplant les yeux sombres d’Olbart, sentant que la méthode suggérée par le vieil homme pouvait mener à la torture.
Puis, avant que le vieil homme ne se rende à sa première cachette, il posa une question :
Subaru : “――Alors, quel est le premier hint ?”
La question aurait été jugée ridicule s’il s’agissait d’un jeu sérieux.
Toutefois, Olbart ne rit pas. Car c’était une condition pour la victoire que Subaru avait imposée à Olbart pour leur jeu de cache-cache.
Maintenant que Subaru avait été “infantilisé”, Olbart voulait les évaluer non pas en fonction de leurs prouesses au combat ou de leurs capacités physiques, mais en fonction de leur état d’esprit et de leur créativité, comme mentionné précédemment.
Pour le dire simplement, il s’agissait tout simplement du sentiment naturel appelé “ne pas vouloir avoir affaire à des idiots”.
Olbart : “Tout d’abord, un essai… Près d’cette auberge, j’vais m’dissimuler “dans l’envers des paupières”.”
Subaru : “――Dans l’envers… des paupières.”
Olbart : “Bon, accroche-toi, jeune homme. Laisse au moins ce vieux bonhomme profiter un peu de s’qui lui reste de sa courte vie.”
D’un geste de la main, Olbart tourna le dos à Subaru et aux autres――à ce moment-là, Subaru sentit la tension monter dans la pièce tandis que l’homme s’éloignait tranquillement.
Tout le monde : “――――”
Qui parmi eux n’avait pas souhaité pouvoir bondir sur Olbart et résoudre d’un seul coup les problèmes du “cache-cache” et de “l’infantilisation”, à cet instant précis ?
Mais personne ne se livra à cet acte téméraire. Et c’était la bonne chose à faire.
Olbart : “Kakakakka.”
Juste avant que la porte ne se referme, Olbart rit, car il comprenait la raison de l’hésitation de Subaru.
Son comportement était à la hauteur de son surnom de “Vieux Scélérat”, y compris son rire strident, et ce jusqu’à la fin.
Ainsi, une fois Olbart sorti de la pièce, celle-ci n’était plus occupée que par Subaru et ses alliés――
Abel : “Taritta, abaisse ton arc. Il n’y a plus personne à viser.”
Taritta : “…D’accord.”
Une fois l’ennemi sorti de la salle, Abel demanda à Taritta de baisser son arc.
Le visage de Taritta, alors qu’elle suivait les instructions, était rempli de honte. C’était naturel. Olbart avait gardé un visage impassible alors qu’elle pointait son arc vers lui.
En tant que membre des Shudraq――non, en tant que personne qui s’était déjà vu confier le rôle de prochaine cheffe, Taritta considérait l’attitude du vieil homme comme une moquerie envers le pouvoir des Shudraquiens.
Subaru avait permis à Olbart de sous-estimer le Peuple de Shudraq.
Ceci aussi était dû à son propre manque de force.
À l’origine, Taritta avait accompagné Subaru à la Cité Démoniaque afin de trouver un soutien à sa détermination à assumer le rôle de cheffe.
――Cela aurait l’effet inverse, au lieu de lui donner la confiance dont elle avait besoin.
Al : “Tu vas vraiment rentrer dans le jeu de ce vieil homme, frangin ?”
Ainsi, Al s’adressa à Subaru, qui ne trouvait pas les mots pour parler à Taritta.
Al portait un couvre-visage qui ne lui allait pas très bien, et son ton était empreint de frustration et de désapprobation à l’égard de cette interaction avec Olbart. Il avait toujours donné l’impression d’accepter tout assez facilement et de laisser les choses suivre leur cours, il était donc surprenant de le voir réagir ainsi.
Néanmoins, comme Olbart continuait à prendre le dessus sur eux, il était facile de comprendre pourquoi il était frustré.
Subaru : “Je n’aime pas non plus être mis dans une situation aussi difficile. Mais nous avons laissé quelques possibilités ouvertes à la dernière minute, pas vrai ?”
Al : “Des possibilités, tu veux dire…”
Midyam : “Nous avons une chance de retrouver nos corps d’origine, n’est-ce pas ? Subaru-chin.”
Midyam était assise par terre, et maintenait Rui au sol alors qu’elle se débattait. Elle retenait Rui, dont la taille était désormais presque identique à la sienne, grâce à ses compétences, et non à la force de ses bras.
Il s’agissait peut-être d’une compétence qu’elle avait développée à l’orphelinat où elle avait grandi.
Alors qu’elle calmait Rui, Subaru plongea son regard dans ses yeux bleus et acquiesça : “Oui”.
Subaru : “Si nous le mettions de mauvaise humeur, nos corps resteraient petits… Et ce n’est pas quelque chose que nous pouvons nous permettre compte tenu de nos projets futurs et de notre trajectoire actuelle. Il est impératif que nous revenions à la normale.”
Al : “…Eh bien, c’est exactement ce que nous aurions pu faire, nous aurions pu encercler le vieil homme et le battre.”
Subaru : “Ne sois pas ridicule. Si nous sommes encore en vie, c’est uniquement parce qu’Olbart-san avait l’intention d’obéir aux ordres de l’Empereur. Si ça ne lui avait pas convenu, nous n’aurions rien pu faire.”
Al : “――Tu en parles comme si tu l’avais déjà vu.”
Détournant le regard de Subaru, Al semblait vouloir dire que ce n’était pas possible.
La remarque d’Al n’était pas déplacée, car la perspicacité de Subaru était due à une tricherie transcendant les mondes. Il l’avait en effet vu de ses propres yeux.
Des événements qu’il avait jugés impossibles s’étaient produits, même s’il refusait de l’admettre. Néanmoins――
Al : “――――”
En détournant le regard, Al ne discuta pas davantage.
En raison de leur visite au donjon du château la veille, Al avait également perçu une partie de la force d’Olbart. Il savait bien sûr que le vieil homme n’avait pas été sérieux à ce moment-là et que ses chances de victoire seraient minces s’il démontrait ses véritables capacités.
C’est pourquoi Al avait pris la décision de continuer à observer le dos d’Olbart alors qu’il s’éloignait.
Subaru : “Peu importe, nous n’avons pas beaucoup de temps. Si nous devons rejoindre Yorna, j’ai besoin de temps pour me maquiller. Il me faut trente minutes au total, donc… nous avons un peu plus de deux heures devant nous.”
Taritta : “Est-il vraiment nécessaire de porter des vêtements féminins…”
Subaru : “Ça l’est, parce que les trois d’entre nous de la veille sont également convoqués. Et…”
Tout en prononçant ces mots, Subaru regarda Abel, qui restait silencieux.
Tant qu’il n’intervenait pas, Subaru supposait qu’il avait la même approche que lui. Subaru n’estimait pas qu’il se laissait submerger par les émotions après avoir traversé une situation mortelle. Ou peut-être――
Subaru : “Choqué qu’Olbart-san essaie de tuer l’Empereur, hein ?”
Abel : “Balivernes. Je savais qu’il avait des ambitions démesurées. Mais je ne pensais pas qu’il viserait la tête de l’Empereur. Je croyais qu’une telle tentative ne lui apporterait rien. Mais ce qu’il recherche vraiment, c’est un sentiment d’accomplissement ultime et la notoriété posthume.”
Abel haussa ses épaules frêles comme pour dire qu’il ne comprenait pas tout à fait.
Même après avoir été contraint de renoncer à son titre d’Empereur et avoir été acculé dans une situation extrêmement défavorable, Abel n’avait jamais su quand abandonner.
De son point de vue, il était incompréhensible de renoncer à sa propre vie et de rechercher la gloire posthume, car il valait mieux pour lui de retourner vivant sur le trône.
Sur ce point, Subaru était d’accord avec lui, même si ses sentiments étaient très mitigés. Il ne voulait pas être loué après sa mort.
Subaru souhaitait être oublié par ses proches après son décès.
C’était dans la nature de Subaru de préférer devenir un souvenir et être oublié au moment de sa mort, plutôt que de voir tout le monde pleurer ou souffrir à cause de lui.
Cependant, il n’avait aucune intention de partager ce sentiment avec Abel.
Subaru : “…Mais Olbart-san est un peu un marginal, non ? Il possède toute cette ambition, mais il ne se rend même pas compte de qui tu es devant lui.”
C’est pourquoi Subaru détourna la conversation de manière trompeuse.
Mais dès qu’il entendit cela, les yeux d’Abel laissèrent transparaître une suspicion clairement visible, même à travers son masque d’oni.
Abel : “――Mais de quoi parles-tu ?”
Subaru : “Hein ?”
Abel : “Je porte ce masque. C’est pourquoi la réaction d’Olbart est justifiée.”
En suivant du doigt la joue du masque d’oni, Abel fit cette déclaration avec désinvolture.
Subaru haussa un sourcil à ces mots, son expression montrant qu’il ne comprenait pas. Aussitôt, la perplexité d’Abel se transforma en déception, visible à travers son masque d’oni.
Avec cette expression dans les yeux, Abel poussa un profond soupir, et,
Abel : “Ce masque a pour effet de déformer la perception d’autrui. Il dissimule la véritable identité de celui qui le porte.”
Subaru : “――! Est-ce vraiment une perturbation cognitive ? Mais ce masque était censé provenir du village des Shudraquiens…”
Taritta : “Oui, oui, c’est vrai. On raconte que par le passé, lorsque l’Empereur et Shudraq ont noué des liens amicaux, l’Empereur s’en est servi pour visiter la Jungle sans être reconnu.”
Subaru : “Ce masque a une véritable histoire… ?”
Suite à l’annonce de cette révélation surprenante, Subaru resta bouche bée. Face à Subaru sous le choc, Abel continuait d’afficher sa déception.
Abel : “Toi, tu croyais vraiment que je portais ce masque tout ce temps pour le spectacle, ou à cause de la folie ?”
Subaru : “――――”
Abel : “Finalement, ta stupidité a atteint son paroxysme. Tout d’abord, il y a de nombreuses bonnes raisons de dissimuler mon visage. Il me semble que nous ne sommes pas venus à la Cité Démoniaque pour faire du tourisme.”
Subaru : “Tu n’avais pas à le formuler comme ça, tu aurais pu simplement l’expliquer dès le départ… !”
Certes, c’était la faute de Subaru d’avoir pensé que cela faisait partie du comportement étrange d’Abel et de ne rien avoir demandé, mais Abel était également en tort d’avoir pensé que cela serait compris sans rien expliquer.
À cause de cela, il avait été amené à se mettre inutilement dans l’embarras et à s’inquiéter sans raison.
Quoi qu’il en soit, il comprenait désormais pourquoi Olbart n’avait pas réalisé la véritable identité d’Abel.
Abel n’avait eu aucune intention de dissimuler son discours pompeux et son attitude arrogante, donc les craintes de Subaru qu’il se trahisse étaient infondées.
Midyam : “Hey hey, Al-chin, Al-chin. Voilà la raison d’Abel-chin, mais y a-t-il une raison expliquant pourquoi tu caches ton visage ?”
Al : “Dans mon cas, j’ai un complex à propos de mes cicatrices au visage… Mais ne parlons pas de moi. Le cache-cache a déjà commencé. Il faut qu’on y aille.”
Tout en parlant, Al désigna par la fenêtre les rues de la Cité Démoniaque.
Chaosflame était l’une des plus grandes villes de l’Empire, probablement cinq fois plus grande que la Ville Fortifiée de Guaral.
Trouver le chef des shinobis caché parmi tout cela n’était pas une tâche aisée.
Le trouver trois fois, en seulement deux heures et avec seulement six personnes.
Al : “Je sais qu’il a dit qu’il allait d’abord faire un essai, mais il y a beaucoup d’endroits où il pourrait se cacher autour de l’auberge, bon sang. Frangin, toi ou Abel-chan, vous avez un plan ?”
Subaru : “Ce n’est pas vraiment un plan, mais…”
Du moins, Subaru avait songé à certaines choses qu’il voulait essayer.
Une mise à l’épreuve sous forme de “cache-cache”――sans surprise, il avait eu la même idée qu’Olbart. Une idée qui méritait d’être essayée au moins une fois pour évaluer l’état d’esprit de leur adversaire, le vieil homme.
Au moment même où Subaru réfléchissait à cela, Abel croisa les bras et acquiesça : “Bien sûr”.
Abel : “Il y a plusieurs manœuvres possibles. Mais mon idée est probablement différente de celle du clown ici présent.”
Subaru : “Tu me rétrogrades de stratège militaire à clown, tu es trop tendu à propos de cette histoire de masque… Non, ce n’est pas comme si je me souciais d’être ton stratège militaire ou quoi que ce soit du genre.”
Subaru ne put que grimacer en entendant la voix froide d’Abel. C’était comme si le fait que Subaru ait considéré le déguisement du masque d’oni comme une bizarrerie avait vraiment contrarié ce dernier.
Quoi qu’il en soit, tout au long de cette discussion, du temps avait été gaspillé.
Subaru : “Je dois me mettre en mouvement avant d’oublier ce que c’est que d’avoir de longs membres.”
Al : “Eh bien, je ne sais pas si toi et moi avons déjà eu de longues jambes, frangin…”
Subaru : “Je voulais dire par rapport à la situation actuelle.”
Le groupe écarta Al alors qu’il les taquinait en disant qu’ils avaient tous les jambes courtes, et prépara le minimum d’équipement nécessaire.
Al portait son dao dans son fourreau sur le dos, Midyam ne portait qu’une seule de ses épées jumelles à la hanche. Pour l’instant, Subaru porterait également son fouet. Toutefois, il n’était pas certain de pouvoir s’en servir correctement, en toute honnêteté.
Il ne restait plus qu’Abel et Taritta, qui étaient en excellente condition physique, ainsi que――
??? : “Aa, uu !”
Midyam : “Oh, Rui-chan, tu es tellement motivée ! Très bien, travaillons dur et trouvons papy !”
Rui : “Uu !”
Midyam leva son petit poing en entendant la voix de Rui, ne voulant pas la laisser derrière elle.
En fin de compte, Rui risquait de ralentir tout le monde. Olbart avait reçu l’interdiction de changer de cachette entre-temps, alors ils voulaient croire que, même s’il sentait l’approche de la bruyante Rui, il ne ferait probablement rien de tel.
Al : “N’est-il pas possible qu’il change de cachette de temps en temps et prétende qu’il s’est caché au même endroit pendant tout ce temps ?”
Abel : “Je t’ai déjà corrigé là-dessus, mais l’objectif d’Olbart n’est pas sa propre victoire. S’il agit de manière aussi détournée, c’est pour évaluer nos capacités à travers ce jeu.”
Al : “Évaluer nos capacités ? Ce qui signifie…”
Abel : “Il souhaite savoir si je suis capable de revendiquer le trône de l’Empereur.”
Abel le fit clairement comprendre à Al, qui doutait des véritables intentions d’Olbart.
Subaru ne voyait là aucune fausseté. Il était difficile de croire les propres paroles d’Olbart, mais comme son objectif était la vie de l’Empereur, il serait pratique de pouvoir croire que le but du groupe de Subaru et les informations en leur possession étaient authentiques.
Olbart voulait être convaincu par la démonstration des capacités de leur groupe. Et pour cette raison――
Subaru : “Je ne t’ai pas posé la question plus tôt, mais c’était quoi cette histoire de Flamme de l’Épée Yang… ?”
Abel : “Je crains de ne pas avoir le temps de te faire une longue leçon sur l’histoire des Empereurs de Vollachia. En dépit de ta sagesse superficielle, mon plan n’est pas quelque chose qui peut être mis en œuvre dans une chambre d’auberge.”
Subaru : “Tch, d’accord.”
Subaru claqua la langue en entendant cette façon de dire qu’il ne voulait rien révéler.
Néanmoins, si l’échange avec Olbart était bien réel, il lui semblait que l’Empereur de Vollachia, ou plutôt Abel, bénéficiait d’une sorte de protection. Tant que ce serait le cas, aucun mal ne lui serait infligé.
Subaru : “À bien y réfléchir…”
Jusqu’à présent, Subaru n’avait jamais vu Abel perdre la vie de ses propres yeux.
Depuis son arrivée dans l’Empire de Vollachia, la vie de Subaru avait été menacée à plusieurs reprises, et il avait même perdu la vie avant de revenir d’entre les morts. Cependant, la mort d’Abel était un événement qui ne s’était jamais produit――même si Subaru s’était retrouvé dans des situations qui auraient dû entraîner sa mort.
Lorsque Olbart avait révélé sa véritable nature lors de la boucle précédente, ou lorsque Todd avait fait brûler la Jungle de Buddheim, y compris le village des Shudraquiens, la vie d’Abel, qui était emprisonné, aurait dû être compromise.
Mais c’était uniquement à cause des circonstances, et non parce que Subaru avait directement confirmé sa mort――il voulait donc confirmer une chose.
Subaru : “Cette chose appelée la Flamme de l’Épée Yang, est-ce qu’elle te protège toujours ?”
Abel : “Quelle insistance. Tu comptes peut-être te retourner contre moi aussi, si tu ne l’entends pas ?”
Subaru : “Il n’y a aucune worth à ce que je fasse ça.”
Les joues déformées par cette remarque moqueuse, Subaru renonça cette fois-ci à poursuivre.
Puis, Subaru regarda les visages de ses compagnons alors qu’ils se préparaient à quitter l’auberge.
Subaru : “Contre toute attente, nous devons jouer à un jeu. Mais si la condition est simplement de trouver une personne, alors nous devrions pouvoir rivaliser même dans une situation où la moitié de nos members ont rétréci. En fait, comme il s’agit d’un jeu de cache-cache, le fait que nous ayons retrouvé notre esprit et notre corps d’enfants pourrait même être un avantage.”
Taritta : “Q-quelle est la logique derrière ça… ?”
Abel : “Ignore-le. Ce sont des absurdités, ça ne vaut pas la peine de les écouter.”
En fait, c’était vrai, puisqu’il ne s’agissait que d’une plaisanterie, il venait juste d’exprimer son regret avec une ride entre les sourcils.
Après cela, Subaru s’écria “Quoi qu’il en soit !”, plus fort qu’il n’aurait dû.
Subaru : “Je veux que tout le monde soit très attentif à ce qui l’entoure――bon, c’est parti !”
Midyam : “Oh !”
Rui : “Auu !”
Al : “…T’es vraiment à fond là-dedans, frangin.”
Subaru, enthousiaste, était vêtu des habits qu’il avait sous la main, ce qui lui donnait une allure plutôt peu seyante. Al soupira tandis que Midyam et Rui suivaient l’exemple de Subaru, en levant les poings en l’air.
D’autre part, Taritta, qui était devenue la combattante la plus forte, avait les yeux remplis de nervosité et d’anxiété, tandis qu’Abel était toujours aussi irrévérencieux, sans aucune expression derrière son masque d’oni et les mains vides.
Tous les membres du groupe quittèrent l’auberge ensemble.
La première chose à faire était de localiser la première cachette d’Olbart. Plein d’enthousiasme, Subaru claqua la porte avec fracas et sortit avec beaucoup d’énergie――
Subaru : “――Puis, nous allons revenir tout de suite.”
Al : “Hein ?”
D’un pas lourd, il heurta le sol directement avec son pied, et le corps de Subaru fit un demi-tour. Al poussa un cri stupide en voyant l’autre côté de la porte qu’il venait de franchir.
Dans cette perspective, Subaru poussa la porte de la chambre avec force.
Puis Subaru désigna la pièce que lui et les autres venaient de quitter――
Subaru : “――Je t’ai trouvéééé~, Olbart-san.”
??? : “Kakakakka ! Oioi, allons donc, n’as-tu pas une mauvaise personnalité au point d’remarquer ça tout d’suite ? J’suis en train d’rougir de m’être fait repérer comme ça sans crier gare, c’est tellement gênant !”
Et Olbart, qui s’était faufilé dans la pièce en lieu et place de Subaru et des autres, rit de bon cœur face à la première déclaration de Subaru, alors que ce dernier le pointait du doigt.
Al : “Sérieusement, frangin… !”
Al fut surpris de voir Olbart dans la salle, qui s’apprêtait à remplir sa tasse avec du thé froid.
À sa grande surprise, Midyam et Rui lui emboîtèrent le pas, s’exclamant respectivement “Oh, c’est papy !” et “Aa !”. Taritta écarquilla les yeux, après avoir elle aussi jeté un coup d’œil dans la pièce.
Ralenti par ces réactions, Abel plissa les yeux lorsque la silhouette d’Olbart apparut enfin.
Abel : “L’envers des paupières, je vois.”
Il baissa les yeux vers le jeune profil de Subaru et murmura.
Abel : “Savais-tu dès le départ que c’était ici ?”
Subaru : “L’expression “l’envers des paupières” et les environs de l’auberge m’ont immédiatement fait penser à cet endroit. Le type de personne qui propose ce genre de jeu va forcément essayer de le faire au moins une fois.”
Un souvenir lointain et nostalgique revint à l’esprit de Subaru avec cette réponse――le souvenir de sa première rencontre avec Béatrice, dans l’ancien Manoir Roswaal.
Béatrice avait tenté de faire marcher Subaru sans fin dans le même espace en créant un couloir en boucle à l’aide de ses pouvoirs magiques. Malheureusement pour Béatrice, Subaru avait immédiatement compris son stratagème et avait rapidement compris que le point de départ était également l’arrivée.
Maintenant que Subaru y réfléchissait, il regrettait de ne pas avoir adhéré à la ruse de la mignonne Béatrice. Mais son adversaire n’était plus la malicieuse Béatrice, c’était désormais un vieil homme monstrueux, et ce n’était plus le moment de se retenir.
Par conséquent, il allait déformer son jeune visage en un large sourire et se vanter sans pitié de sa victoire.
Subaru : “Honnêtement, je t’ai percé à jour, Vieux Scélérat.”
Olbart : “Oioi, ne m’enfonce pas alors que j’suis déjà à terre. C’est une humiliation que j’peux pas permettre aux jeunes d’mon village de voir. Pourquoi ne pas te désigner toi-même comme le P’tit Garçon Scélérat ?”
Subaru : “Je vais éviter. Après tout, je n’ai rien fait qui puisse être qualifié de scélérat.”
Olbart : “Eh bien, c’est juste de l’humilité――tu t’es même donné la peine d’parler fort pour que je t’entende quand t’as quitté l’auberge. C’était une belle mise en scène.”
Subaru se gratta la joue en direction d’Olbart, qui haussa un sourcil et ricana.
Comme prévu, ses intentions étaient transparentes après un numéro aussi exagéré. Cependant, même s’il avait pu deviner les véritables intentions de Subaru, Olbart n’avait aucun moyen de changer sa cachette.
La raison en était que ce jeu consistait à déterminer d’abord la cachette utilisée, puis à donner des indices appropriés.
Subaru : “Je sais qu’il est encore très tôt dans le premier round pour être découvert, mais tu vas le compter comme un point, pas vrai ? Tu ne vas pas être de mauvaise humeur simplement parce que j’ai refusé de prendre le nom “Scélérat”, hein ?”
Il voulait éviter d’être rejeté “parce que ces résultats étaient décevants”, ou quelque chose comme ça. À la demande de confirmation de Subaru, née de son inquiétude, Olbart ferma un œil et répondit : “Bien sûr”.
Olbart : “C’est d’ma faute si les résultats ont été obtenus aussi rapidement. C’est un peu déraisonnable d’attendre de vous qu’vous répariez mes erreurs. Deux fois encore, comme convenu.”
Midyam : “Oh~ ! Tu as réussi, Subaru-chin ! Nous avons remporté notre première victoire en environ dix secondes !”
Subaru : “Ouais, c’est une bonne nouvelle.”
Avec Midyam à ses côtés, ravie, Subaru se tapota la poitrine, soulagé.
Pour l’instant, cela concluait la première énigme d’Olbart――en effet, il s’agissait d’une sorte d’épreuve, empruntant le nom de “cache-cache”. Il était possible de dire qu’on leur demandait de résoudre un problème lors d’un test.
Ils étaient mis à l’épreuve pour voir s’ils méritaient l’attention d’Olbart.
Subaru : “Tout ça grâce à l’aide de Béa…”
Béako, allait-il dire, alors que Subaru essayait d’imaginer l’adorable fille dans son esprit.
Néanmoins, pendant un instant, cette pensée s’effaça, s’arrêtant complètement.
Subaru : “――――”
Une légère sensation d’inconfort et un léger tiraillement créèrent une ondulation dans son cœur.
Avant qu’il ne puisse trouver une réponse définitive à ce que c’était――
Olbart : “Bon, j’dois m’rattraper, alors j’vais m’dépêcher d’aller à la deuxième cachette.”
Subaru : “Oh, ouais, tu as raison. Alors, quel est le prochain hint ?”
Olbart : “Hmm… La prochaine cachette sera quelque chose comme…”
Croisant les mains derrière le dos, Olbart pencha la tête et plongea dans ses pensées. Toutefois, il ne réfléchit pas longtemps, et le vieil homme tordit ses joues.
Olbart : “――“Un abîme avec une belle vue”, j’dirais.”
Al : “Un abîme…”
Taritta : “Avec une belle vue ?”
Les paroles de Taritta et Al se complétaient, alors qu’ils réfléchissaient à l’étrange indice laissé concernant la prochaine cachette.
Mais Olbart n’avait aucune intention de laisser d’autres indices.
Olbart : “Vous vous êtes mieux débrouillés qu’prévu la première fois, mais le vrai jeu est sur le point d’commencer.”
Le vieil homme sourit, dévoilant ses dents blanches, puis bondit en arrière avec agilité et élégance. Sur ce, Olbart ouvrit la fenêtre de la pièce et posa le pied sur le rebord sans se soucier du monde qui l’entourait.
Puis, sous les yeux écarquillés de Subaru et des autres, il sauta à l’extérieur.
Olbart : “La prochaine fois, j’ferai attention à mieux m’dissimuler !”
Al : “Attends, vieil homme… ! Merde, il est parti !”
Avec empressement et en criant, Al se précipita vers la fenêtre et regarda dehors tout en tenant sa tête recouverte.
En fait, il aurait été difficile d’attraper Olbart alors qu’il était déterminé à s’échapper. Son incroyable capacité à s’enfuir convainquit Subaru que changer le jeu du loup en cache-cache avait été la bonne décision. Quoi qu’il en soit――
Taritta : “Subaru, la prochaine cachette de cet homme…”
Midyam : “Hmhm, Subaru-chin, tu as compris ? Tu sais ce que c’est ?”
Subaru : “Euh… C’est…”
Taritta et Midyam se tournèrent vers lui avec espoir, mais Subaru resta sans voix.
Quant à l’indice concernant la deuxième cachette, “un abîme avec une belle vue”, Subaru ne trouva honnêtement aucun indice pouvant mener à une réponse.
Subaru : “Désolé. Je suis incapable de trouver quoi que ce soit pour le moment. Ce n’est pas comme si je pouvais lire dans les pensées, je peux simplement interpréter la situation.”
Midyam : “Je vois~, je suis désolée ! On ne peut pas continuer à compter uniquement sur toi ! On va trouver une solution ensemble !”
Taritta : “Oui, tu as raison. Je ne suis pas très douée pour me servir de ma tête, mais je vais continuer à y réfléchir.”
Subaru s’inclina en raison de son inutilité, ce à quoi Midyam et Taritta répondirent.
La cachette initiale pourrait également être considérée comme le point de départ, une sorte de développement typique qui s’était concrétisé.
Même si cela avait été erroné, ils auraient facilement pu faire des essais, en partie parce que l’endroit était si proche qu’il n’y avait pratiquement aucune perte de temps. Cependant, à partir de là――
Subaru : “Ce sera simply une course contre la montre.”
Al : “――Frangin n’a pas non plus la moindre idée de l’endroit où il va se cacher ensuite. Mais bon, ce n’est pas vraiment surprenant.”
Subaru : “C’est exact… Peut-être que l’on ne peut pas compter sur moi, mais c’est déprimant de se le faire dire de manière aussi explicite.”
Au début du véritable jeu de “cache-cache”, ses alliés l’avaient poignardé dans le dos.
Bien entendu, Subaru considérait cela comme une évaluation juste, mais il aurait préféré qu’il soit un peu moins direct. Même les amis proches faisaient preuve d’une certaine considération.
Toutefois, en réponse aux propos de Subaru, Al agita la main et déclara : “Oh, ce n’est pas ça”.
Al : “Eh bien, ce n’est pas déraisonnable que tu ne piges pas, frangin. Après tout, je suis là avec toi.”
Subaru : “Hein ? Je ne comprends vraiment pas ce que tu veux dire. Est-ce que c’est quelque chose du style “mon QI baisse quand tu es là, Al” ? C’est quoi ce system ?”
Al : “Ce n’est pas ce dont je parle, mais c’est difficile à expliquer… pas vrai ?”
Subaru : “Même si tu me demandes de donner mon accord, je ne comprendrai toujours pas.”
La façon dont Al s’exprimait, sans assurance ni certitude, était curieuse.
Il mit Al de côté, qui penchait la tête, car il ne voyait pas comment ce sujet pouvait évoluer de manière constructive. La priorité absolue à présent était de comprendre l’indice “un abîme avec une belle vue” qu’Olbart leur avait laissé.
Subaru : “L’envers des paupières était la salle où nous avons commencé. “Un abîme avec une belle vue”, une autre façon de le dire serait…”
Taritta : “Avec une belle vue signifie probablement que c’est un endroit en hauteur, non ?”
Midyam : “Mais un abîme, c’est un trou, pas vrai ? Si c’est un trou, il ne serait pas dans le sol ?”
Il était également possible qu’il y ait un endroit dans Chaosflame décrit comme tel.
Quoi qu’il en soit, il était peu probable qu’ils parviennent à trouver la réponse avec les informations dont ils disposaient dans leur chambre d’auberge. Ils allaient finalement devoir se rendre en ville.
Al : “Je n’arrive pas à m’en faire une idée. Au fait, quel est le plan d’Abel-chan ?”
Abel : “Ce n’est pas quelque chose qui peut se faire ici, comme je vous l’ai dit. Il serait préférable d’avoir autant de personnes que possible… Et en plus de ça, un endroit où les étrangers vont et viennent.”
Al : “Vous parlez d’un endroit où des étrangers vont et viennent ? Je me demande où ça pourrait être dans cette ville…”
La mise en œuvre du plan d’Abel fit pencher la tête d’Al.
Subaru ignorait la véritable signification derrière l’idée de chercher un endroit où les étrangers entraient et sortaient, mais il y avait de fortes chances qu’Abel ne lui dise rien, même s’il lui demandait, avant qu’ils n’atteignent réellement la phase d’exécution. On ne pouvait pas dire que cela profitait à leur adversaire, mais c’était difficile à supporter.
Bien entendu, c’était un homme qui n’hésitait pas à se débarrasser des cartes qu’il avait en main sans réfléchir à deux fois pour remporter la victoire.
Subaru : “Si c’est un endroit où il y a beaucoup de va-et-vient, ça devrait être… un endroit où l’on boit.”
Taritta : “Une taverne ?”
Subaru : “Ouais, à cet endroit. Je pense qu’on devrait essayer d’aller là-bas ou dans un endroit similaire.”
Il était difficile de déterminer s’il était plus avantageux de rechercher Olbart sans faire de détours ou d’aider Abel à mener à bien son plan, mais pour l’instant, il semblait judicieux de donner la priorité à Abel.
Dans cette optique, Subaru et les autres quittèrent l’auberge avec un regain d’énergie.
Abel : “Attirer l’attention du public avec cette foule d’enfants n’est pas idéal.”
Subaru : “Ne te plains pas parce que quatre d’entre nous sont des enfants. Tout d’abord, tu n’es pas bien placé pour parler de perception publique avec ce masque d’oni que tu portes. Ou peut-être que la perception… Euh, est-ce que l’effet du masque donne l’impression qu’il y a un visage différent ?”
Abel : “Le masque ne modifie pas son aspect de visage d’oni, il dissimule simplement mon identité.”
Subaru : “Alors tu vas vraiment te démarquer…”
Avec un léger haussement d’épaules, Subaru soupira, écartant d’un revers de main la frustration mal placée d’Abel.
Après avoir salué le commerçant à l’entrée de l’auberge et lui avoir demandé où se trouvaient certaines tavernes, ils se dirigèrent vers la rue. Ils marchèrent tous ensemble vers une taverne afin d’accomplir le but d’Abel.
Et soudain, au milieu de tout cela,
Subaru : “Au lieu d’aller tous ensemble à la taverne, ne serait-il pas préférable de nous séparer ? Un groupe partirait à la recherche d’Olbart-san, et l’autre irait à la taverne avec Abel――”
Cela se produisit juste au moment où il s’apprêtait à suggérer qu’ils se séparent.
Subaru : “――Hein ?”
Soudain, une lumière écarlate se répandit à la périphérie de son champ de vision, éblouissant les yeux de Subaru.
Et puis――
??? : “Oh ouais, c’est un bon nom. On va utiliser celui-là.”
Subaru : “Ueh ?”
Une voix inattendue frappa les tympans de Subaru alors qu’il clignait des yeux, ceux-ci frémissant à cause de la lumière vermillon.
Le son et sa soudaineté firent échapper un petit cri stupide, et un gloussement retentit juste devant Subaru. C’était un petit rire grave, qui amena Subaru à écarquiller les yeux.
??? : “Kakakakka ! C’est quoi cette voix idiote ? J’te complimentais juste pour le bon nom.”
Subaru : “…Olbart… san ?”
Un vieil homme se tenait devant lui en se raclant la gorge et en secouant ses épaules frêles tout en riant.
Cela s’était produit si soudainement que Subaru avait dû cligner plusieurs fois des yeux, incapable de comprendre. Puis, il déglutit et prononça ce qu’il avait à déclarer,
Subaru : “Oh, je t’ai trouvé, Olbart-san.”
Olbart : “――? Pourquoi ça ? T’as déjà le sentiment d’jouer au jeu ?”
Subaru : “Hein… ?”
Il remarqua une certaine incongruité lorsqu’il saisit cette chance lors de cette deuxième découverte inattendue.
L’attitude d’Olbart lorsqu’il pencha la tête et prononça ces mots, associée surtout au malaise que lui inspirait la scène qui l’entourait――il était censé se trouver dans les rues de la Cité Démoniaque, mais Subaru était dans une pièce ailleurs.
――Non, pas dans n’importe quelle pièce.
Subaru : “…Impossible.”
Subaru se trouvait dans une chambre d’auberge――la même auberge qu’ils venaient de quitter.
Et finalement, il y avait le fait que Subaru était là, face à Olbart, en train de lui parler.
Subaru : “――――”
Il n’avait pas d’autre choix que d’accepter qu’il était revenu d’entre les morts, en contradiction avec la règle qui aurait dû empêcher cela.

