41 — Une discussion autour d’un thé
Subaru : “――Réunion stratégique !”
Dans une pièce si silencieuse qu’on aurait pu entendre une mouche voler, Subaru leva son petit bras pour accompagner sa suggestion.
Personne ne réfuta cette remarque. Ils ressentaient tous le besoin de discuter de leur situation.
Le sujet de la discussion était, bien sûr, la question de faire une apparition au Château du Lapis Écarlate.
Subaru : “Abel, qui a écrit la lettre, et nous, qui sommes allés au château hier, sommes indispensables…”
En baissant les yeux vers ses vêtements aux manches et aux ourlets froissés, Subaru réfléchit à la demande de Yorna qui avait été transmise par Tanza, venue en tant qu’émissaire ; un froncement se forma entre ses sourcils.
Il était prêt à accepter le risque d’envoyer Abel directement au château, mais sa plus grande préoccupation était la condition selon laquelle il devait être accompagné par les messagers de la veille.
Yorna apprécierait-elle qu’il emmène avec lui Subaru, Al et Midyam, tous trois rétrécis ? Il se posait la question. Dans le pire des cas, il y avait de fortes chances que ce soit considéré comme une farce.
Une autre option consistait à tout raconter à Yorna et à solliciter sa compassion avec sincérité, mais――
Abel : “Il est complètement déraisonnable de dévoiler son jeu quand on ne connaît pas les actions futures de son adversaire.”
Subaru : “Je vois… Je ne peux pas dire avec certitude que Yorna m’écouterait non plus, compte tenu de notre échange d’hier…”
Abel refusait de dévoiler toutes ses cartes, et Subaru était d’accord avec lui sur ce point.
Même s’il avait évité de le dire hier, si Subaru voulait décrire l’impression qu’il avait de Yorna, l’expression “femme maléfique” serait un choix approprié. La façon dont elle parlait et agissait comme une courtisane apparaissait à Subaru comme celle d’une tentatrice extrêmement douée pour manipuler les hommes à sa guise.
Le danger que représentait Yorna allait sans dire, car, en plus de sa position de Seigneur de la Cité Démoniaque, elle possédait les qualités requises pour se voir décerner le titre de Général Divin.
C’était elle qu’ils avaient d’abord choisie comme alliée potentielle parmi les Neuf Généraux Divins, mais, conformément à l’avertissement d’Abel, elle n’était pas le genre de personne à qui ils pouvaient facilement révéler leur situation.
Al : “Si on lui racontait tout sur notre situation et qu’elle te posait des questions, on serait fichus. Compte tenu du travestissement et tout ça, que ferions-nous si elle nous disait quelque chose comme “Tu as osé me mentir” ?”
Subaru : “Je ne veux pas imaginer qu’on va me reprocher ça, mais si c’est le cas, pourquoi ne pas simplement prétendre être Natsumi Schwartz sous une forme loli… ?”
Taritta : “Attendez, s’il vous plaît, attendez. J’ai peur de devenir de plus en plus confuse moi aussi…”
Le dilemme consistant à inventer un mensonge pour en couvrir un autre était courant, mais celui consistant à devoir dissimuler son travestissement en continuant à se travestir après avoir été “infantilisé” était probablement sans précédent.
Contrairement au casque d’Al, la taille de la perruque pouvait être ajustée, ce qui rendait possible le travestissement, mais la nécessité d’aller aussi loin dépendait de la façon dont l’histoire évoluait.
Midyam : “Alors, qu’est-ce qu’on va faire ? La cloche du Temps du Feu sonnera dans environ trois heures, vous vous souvenez ?”
Subaru : “…Je suis presque sûr qu’on devrait aller au Château du Lapis Écarlate.”
Midyam pencha la tête et posa la question, tout en tenant Rui dans ses bras et en écoutant.
Bien qu’elles soient toutes deux de la même taille et que Rui inclinait la tête pour s’aligner sur celle de Midyam, Subaru devait consulter sa balance intérieure.
Taritta : “En premier lieu, nous n’avons pas la possibilité de refuser l’invitation de Yorna, si ?”
Al : “Eh bien, nous avons eu beaucoup de mal à faire lire cette lettre. Si nous ne l’acceptons pas, tout le travail acharné d’hier et notre rétrécissement n’auront servi à rien.”
Taritta : “Au pire, il ne resterait que les dégâts causés…”
En acquiesçant aux paroles d’Al et de Taritta, Subaru estima qu’une retraite n’était pas à exclure.
Ne pas rentrer chez soi avant d’avoir récupéré l’argent dépensé : ce genre de mentalité était un cliché chez les personnes qui perdaient tout au jeu. Dans certains cas, il était important de limiter ses pertes.
Toutefois, ce qui serait perdu dans cette “limitation des pertes”, c’était la stature de Subaru et des autres.
Subaru : “Devrions-nous considérer ceci comme grave ou insignifiant… ?”
??? : “Il vaut mieux rajeunir qu’vieillir. N’est-ce pas là le secret d’la vie éternelle ?”
Subaru : “Ouais, c’est sûr――”
En un sens, le “rajeunissement” signifiait une augmentation des chances, tout comme la Mort Réversible.
Si une personne pouvait retourner à son enfance en conservant les connaissances et l’expérience d’un adulte, elle serait capable d’entraîner son physique de la manière la plus appropriée possible au fil du temps, et pourrait ainsi réessayer d’atteindre les objectifs auxquels elle avait renoncé.
Dans ces circonstances, ils semblaient avoir trouvé des situations qui pouvaient être exploitées à leur avantage, cependant――
??? : “――C’est s’que tu penses, pas vrai ? Mais c’est pas aussi simple, hein ? C’est pas que’que chose qu’tu peux utiliser facilement, tu sais ?”
À cet instant, une tierce personne interrompit la discussion, et Subaru retint son souffle.
――Non, Subaru n’était pas le seul à s’être interrompu. Toutes les personnes présentes dans cette pièce se figèrent, incapables de bouger à cet instant, et restèrent immobiles devant la présence du propriétaire de cette voix.
En revanche, la personne en question ne semblait pas préoccupée par la tension grandissante dans la pièce.
??? : “J’me suis permis d’me faire du thé, quelqu’un d’autre en veut ?”
Après avoir posé cette question d’un ton désinvolte, il souleva sa tasse de thé fumante.
Taritta : “――Hk !”
Immédiatement après, Taritta bougea d’un mouvement rebondissant, comme une poupée à ressort.
Elle banda son arc en un instant et visa de sa flèche la personne qui venait d’apparaître――Olbart Dunkelkenn.
Sa cible était extrêmement proche, il n’y avait aucune chance qu’elle rate son coup ou qu’il puisse l’esquiver.
Mais Olbart haussa les épaules avec nonchalance en disant “Whoa, whoa”.
Olbart : “Fais pas ça, fais pas ça. J’aime pas qu’on braque des trucs pointus vers moi. T’sais, les vieux vont souvent aux chiottes, et t’veux leur faire peur pour qu’ils pissent dans leur froc ? J’tremble comme une feuille là, hein ?”
Taritta : “Tu te moques de moi… ! Qui es-tu…”
Abel : “――Olbart Dunkelkenn.”
Taritta : “――――”
L’attitude hostile mais indifférente du vieil homme fit rougir Taritta de colère. Pourtant, en réponse à sa question, l’homme au masque d’oni prononça le nom d’Olbart, comme pour la calmer.
Le seul qui n’avait pas bougé d’un pouce, Abel, assis sur le canapé tout en revêtant son masque d’oni, échangea un regard avec l’homme. À cela, Olbart plissa ses yeux cachés par ses sourcils épais.
Olbart : “Eh bien, j’ai déjà confirmé hier que j’étais une célébrité, donc ça m’surprend pas, mais t’as un visage assez impressionnant, t’sais. D’où vient ce souvenir ?”
Abel : “Épargne-moi tes absurdités, vieille branche. Que fais-tu ici ?”
Olbart : “J’me sens seul ces derniers temps, car les jeunes ne veulent pas écouter les bavardages des anciens. Les habitants d’mon village deviennent de plus en plus doués pour m’ignorer chaque jour… Kakakakka !”
Alors qu’il parlait de la solitude de sa vieillesse, Olbart ouvrit sa grande bouche et sourit joyeusement.
Face au dialogue entre Abel et Olbart, la confusion de Subaru et des autres, qui restaient en retrait, se dissipa peu à peu. Toutefois, il leur était impossible de baisser complètement leur garde.
Midyam : “Mais, papy, comment tu es entré ici ? Ce n’est pas comme si on ne montait pas la garde…”
Olbart : “Oh, cette petite n’est-elle pas l’portrait craché d’la danseuse d’hier ? Si papy doit y répondre, il te dira qu’c’est comme ça. Vous avez laissé passer la fille-cerf, pas vrai ? Et j’suis entré avec elle.”
Midyam : “Ensemble ? Avec Tanza-chan ?”
Olbart : “Kakakakka ! Comment j’suis entré ici est un secret. Les arts shinobi sont comme mes outils d’travail.”
La simple question de Midyam fut accueillie par un éclat de rire d’Olbart, dans le but de les déconcerter.
Il était difficile de savoir s’il était sérieux à ce sujet, mais quoi qu’il en soit, c’était lui-même qui avait utilisé le mot “shinobi”, et il ne semblait pas avoir l’intention de cacher sa véritable identité.
Dans ce cas, lui demander directement quelles étaient ses véritables intentions en venant seul dans leur camp serait plus rapide que de le sonder.
Subaru : “Alors…”
Olbart : “Hmm ?”
Subaru : “Alors, qu’est-ce que tu fais exactement ici ?”
Le regard d’Olbart se tourna vers Subaru après que ce dernier lui eut demandé le but de sa visite. Sur ce, le vieil homme fronça les sourcils comme s’il réfléchissait un instant,
Olbart : “Ah, ouais, c’était toi ? C’était toi la fille en rouge d’hier ? J’pouvais pas m’tromper entre la fille qui ressemblait à une danseuse et l’homme à un bras, alors j’étais vraiment inquiet.”
Il avoua donc qu’il avait eu du mal à comprendre qui était Subaru.
En entendant cela, Subaru regarda Al, qui se repositionnait nonchalamment en ricanant. Il s’éclaircit la gorge à travers son masque, sa voix plus feutrée que d’habitude.
Al : “Ça c’est mon frangin. Même le grand chef des shinobis ne savait pas qui tu étais.”
Olbart : “Oh, c’est impressionnant, vraiment impressionnant ! J’aimerais qu’les habitants d’mon village puissent s’inspirer d’cette transformation. Que dirais-tu de devenir professeur ? Tu s’rais le bienvenu.”
Subaru : “Malheureusement, l’agenda de Natsumi Schwartz est assez chargé… Mais je pourrais peut-être te réserver un peu de temps.”
Olbart : “Hoho, comment ça, “peut-être” ?”
Il s’humecta les lèvres en réalisant que le travestissement lui avait permis de faire une prise inattendue, puis, sentant la soif lui brûler la gorge, Subaru plissa les yeux.
Peu importe à quel point il croyait à ces absurdités, il devait profiter pleinement de l’occasion qui lui était offerte de parler directement avec Olbart. Pour le moment, à propos de la situation anormale qui avait frappé Subaru et les autres.
D’après les suppositions d’Abel, le cerveau derrière ce phénomène n’était nul autre que le vieil homme qui se trouvait devant lui.
Subaru : “Si tu as une idée de qui est responsable de notre état actuel, sois honnête…”
Olbart : “Oh, ça. Je l’ai fait moi-même. Ils sont intéressants, hein, les arts shinobis ?”
Subaru : “――――”
Sans tourner autour du pot, Olbart admit que c’était lui qui avait fait le coup.
Sa déclaration noya le reste de ses paroles et la respiration de Subaru se bloqua. Le vieil homme rit de façon scélérate en voyant Subaru se raidir.
Olbart : “Si j’vous tuais accidentellement, j’pourrais pas entendre s’que vous avez à dire, et j’me retrouverais dans une situation très délicate, vous comprenez ? Cela dit, il existe plein d’façons d’soutirer des informations à quelqu’un sans l’tuer――intéressant, non ?”
Olbart prononça ces mots sans détour, puis but une gorgée de thé chaud.
――“L’infantilisation” qui avait frappé Subaru, Al et Midyam.
D’après le témoignage d’Abel, qui connaissait bien les Neuf Généraux Divins, il était quasiment acquis que le coupable était Olbart.
Néanmoins, le fait que ce soit la personne elle-même qui l’affirme directement constituait une surprise d’un autre ordre. Surtout si la personne en question n’était pas du tout offensée et en était fière.
Tout le monde : “――――”
Olbart : “Oioi, on devrait pas s’regarder comme ça, avec des yeux effrayants. Vous avez pas appris qu’il faut prendre soin des personnes âgées, pas les torturer ?”
La tension dans la pièce augmenta à nouveau, et Al, Midyam et Taritta, qui n’avait pas baissé son arc depuis le début, changèrent progressivement de position.
Al, en particulier, était prêt à bloquer la porte d’entrée et à empêcher Olbart de s’échapper.
Cependant, Al, avec son corps rapetissé, ne pouvait plus manier à sa guise son épée chérie, et ne pouvait donc pas espérer aller très loin pour arrêter le chef des shinobis qui était toujours à l’affût.
Rui : “Uu…”
Olbart : “T’es une p’tite fille qui n’a rien à voir avec moi, pas vrai ? Alors ça m’fait un peu mal qu’tu m’regardes comme ça. T’aimes pas l’odeur douce des vieux hommes ?”
Abel : “Ne joue pas avec moi, Olbart. Je te le demande une dernière fois. Qu’est-ce qui t’amène ici ?”
Abel lança quelques mots à Olbart, qui tentait de calmer Rui, qui grognait. En jetant un coup d’œil à Olbart, qui regardait par-dessus son épaule, Abel manifesta un esprit vif qui pouvait être transmis même à travers le masque d’oni.
Abel : “Tu as entendu les pensées de Yorna Mishigure, Seigneur de cette Cité Démoniaque. Elle les a reconnus comme étant des émissaires. Elle a clairement indiqué qu’ils ne devaient pas être touchés.”
Subaru : “C-c’est vrai ! Ne nous touchez pas, c’était le but du jeu d’hier ! Nous avons risqué nos vies aussi ! Et pourtant, ce traitement est différent de ce qui nous avait été promis !”
(Note de Traduction : Subaru adopte ici pendant un instant le style de langage de Natsumi Schwartz.)
Olbart : “Oioi, tu t’excites et tu t’embrouilles, t’sais.”
Profitant de la manœuvre agressive d’Abel, Subaru réitéra également la déclaration faite par Yorna la veille. Comme l’avait souligné Olbart, Subaru était même revenu à l’état d’esprit qu’il avait la veille ; quoi qu’il en soit, cela ne changeait rien à la réalité.
Yorna avait reconnu le groupe de Subaru comme étant des messagers, et Tanza avait clairement fait savoir qu’elle ne permettrait à personne de les perturber.
Ne pas en tenir compte revenait à manifester de l’hostilité envers Yorna.
Abel : “Bien entendu, si ton intention est de détruire la Cité Démoniaque, alors tes considérations pour ces aspects sont inexistantes.”
Subaru : “…Maintenant que tu le dis.”
Les mots supplémentaires d’Abel refroidirent le sang bouillonnant de Subaru.
En réalité, la faction du faux Empereur, à laquelle appartenait Olbart, avait cédé à Subaru et son groupe le droit de négocier avec Yorna. S’ils considéraient cela comme inopportun, ils auraient également pu, dans un accès de colère, renverser la table.
Dans ce cas, il serait inévitable qu’il entre en conflit direct avec Yorna, respectée comme l’un des Neuf Généraux Divins à plusieurs égards――
Abel : “Si tu la défies avec l’intention de la détruire, alors destruction il y aura. Bien sûr, tu n’en ressortiras pas indemne.”
Olbart : “Eh bien, cette renarde peut être difficile à gérer. Par contre, c’est pas marrant qu’ce jeunot masqué puisse lire en toi comme dans un livre ouvert.”
Subaru : “Jeunot masqué…”
Olbart se gratta le menton avec les doigts et fit semblant de souffrir. Après avoir entendu une partie de la conversation, Subaru regarda Abel du coin de l’œil.
L’attitude d’Abel demeurait inchangée, mais Subaru était sur le qui-vive à chaque étape de cet échange――après tout, Olbart était l’un des Neuf Généraux Divins.
Bien sûr, ceux-ci avaient dû voir Vincent Vollachia, alias Abel, à de nombreuses reprises.
Même s’il dissimulait son visage derrière un masque, si Olbart échangeait quelques mots avec Abel, qui n’avait pas changé son discours ni le ton de sa voix, il ne serait pas surprenant que le premier découvre sa véritable identité.
Olbart : “――――”
Néanmoins, Abel, qui avait répondu dignement, ne manifestait aucune inquiétude de ce genre.
Olbart, lui aussi, ne semblait pas avoir perçu la véritable identité d’Abel. Dans ces conditions, Subaru était incapable d’en faire la remarque et n’avait d’autre choix que d’agir en cachant ses craintes intérieures. Quoi qu’il en soit――
Subaru : “Je n’ai toujours pas ta réponse, Olbart-san.”
Olbart : “――J’ai l’impression d’être mieux traité comme ça, plutôt que d’être simplement traité d’vieux. J’vais donc te pardonner d’avoir prétendu être une fille.”
Subaru : “Olbart-san !”
Le regard de Subaru se fit plus intense en direction du vieil homme, qui avait perdu son sang-froid et esquivé la question. Voyant cela, Olbart leva les mains et prononça : “D’accord, d’accord”.
Olbart : “Les récompenses pour vos performances sont conformes à ce que tu as indiqué. La renarde et Son Excellence m’ont tous deux demandé de ne pas m’en mêler.”
Subaru : “Si c’est le cas…”
Olbart : “C’est juste ça, t’vois. J’vous ai touché avant la fin du jeu d’hier, pas vrai ? Alors t’sais quoi ? Si tu peux pas t’plaindre d’être mort d’une blessure à l’épée au cours d’un combat, tu peux pas t’plaindre d’une technique de rétrécissement qui t’a touché pendant qu’tu te battais contre moi.”
Subaru : “C’est du chipotage… !”
Olbart : “Eh bien, est-ce vraiment chipoter ? ――Mais tu peux pas l’changer, hein ?”
En haussant un sourcil vers Olbart, qui riait de sa propre fourberie, Subaru resta sans voix.
L’argument d’Olbart était discutable, comme il l’avait lui-même admis. Mais d’un autre côté, son argument était également correct.
Même si quelqu’un perdait la vie à cause d’une blessure infligée pendant les combats, si cette blessure avait été infligée avant la négociation d’un cessez-le-feu, il serait absurde de tenir quelqu’un pour responsable de cette tragédie après le début du cessez-le-feu.
En revanche, Subaru avait l’impression qu’il y avait une grande différence entre une blessure et une “infantilisation”.
Olbart : “C’est pourquoi j’pense qu’vous faire revenir à la normale et l’ordre de la renarde sont deux choses différentes. Vous m’suivez ?”
Subaru : “――――”
Olbart : “Kakakakka ! Prends pas cet air austère. Ça gâche ton joli minois… Celui-là aussi n’était qu’une façade créée à l’aide de cosmétiques ? Tu m’as bien eu, j’suis tombé dans l’panneau.”
Olbart jouait avec la tasse de thé du bout des doigts et faisait preuve d’une certaine dextérité pour éviter d’en renverser le contenu. Ses paroles elles-mêmes n’étaient pas faciles à réfuter ; elles avaient été choisies avec soin, grâce à son expérience.
Cependant, même si Taritta, qui devenait de plus en plus nerveuse, et Al et les autres, qui tentaient de bloquer la voie de fuite, se battaient de toutes leurs forces, il était impossible de vaincre Olbart par la force.
S’il y avait quelqu’un ici capable de vaincre cette fourberie, ce serait――
Abel : “Ne t’emballe pas, Olbart.”
En effet, seul l’homme portant le masque d’oni tenta de contrer son ambition débordante et sa ruse.
Abel, sans changer de posture, lança à Olbart un regard encore plus perçant et glacial, le forçant à cesser de jouer avec sa tasse de thé.
Abel : “Je t’ai déjà interrogé sur ton objectif. Combien de fois dois-je te le demander avant que tu te décides à le faire ?”
Olbart : “Chaque fois que j’vois un jeunot dont j’peux pas lire l’expression, j’peux pas m’empêcher d’vouloir voir les rides entre ses yeux. J’espère qu’ça te dérange pas.”
Avec un œil fermé, Olbart répondit malicieusement à l’esprit dominateur d’Abel. Le vieil homme se gratta la tête et exprima : “T’es un homme qui n’a pas d’temps à perdre”.
Olbart : “Outre la renarde, Son Excellence m’a également demandé de pas vous toucher, alors j’suis pas venu ici pour m’occuper d’vous. Mais si nous sommes destinés à être ennemis, ça ferait pas d’mal de vous affaiblir un peu, hein ?”
Al : “…C’est peut-être la raison qui t’a poussé à nous rétrécir, mais tu n’as pas fait tout ce chemin pour boire du thé.”
Olbart : “On dirait que t’as du mal maintenant qu’ton casque ne t’va plus, gamin. Quoi qu’il en soit, j’pense que t’as raison à ce sujet. Eh bien, j’suis ici pour écouter ce que vous avez à dire, honnêtement.”
Subaru : “…Ce que nous avons à dire ?”
Tout en triturant son oreille avec la main qui ne tenait pas la tasse de thé, Olbart adressa un signe de tête à Subaru alors que ce dernier réfléchissait à la question, puis répondit : “C’est vrai”.
Sur ce, il désigna la fenêtre du même doigt qui avait été dans son oreille,
Olbart : “Cette prestation au château hier, bon sang, ça m’a donné l’vertige. Pourtant, beaucoup ont tenté de s’en prendre à Son Excellence, et jusqu’à présent, tous ont échoué. Alors j’aimerais vous demander pourquoi vous avez décidé d’vous aventurer vous aussi sur ce terrain glissant.”
Subaru : “…Que comptes-tu faire quand tu l’auras entendu ?”
Olbart : “Oh ? De toute évidence, j’prendrai ma décision après avoir entendu votre histoire. Et j’vais faire en sorte qu’vous puissiez pas mentir.”
Alors qu’Olbart riait de bon cœur, la bouche grande ouverte, en postillonnant, Subaru se renfrogna.
Il était aisé de considérer son attitude, telle qu’elle venait de se manifester, comme un simple manque de tact. Toutefois, il était évident que la conversation ne pouvait pas être interrompue de cette manière.
Il faisait partie des Neuf Généraux Divins nécessaires pour aider Abel à reconquérir le trône, ou pour dissiper la technique shinobi qui avait infantilisé Subaru et les autres. C’était en fait――
Subaru : “…Une chance, hein ?”
La position des Neuf Généraux Divins était telle qu’il était difficile ne serait-ce que de les contacter, et encore plus de les rallier à leur cause.
Mais actuellement, pour quelque raison que ce soit, Chaosflame était occupé non seulement par son Seigneur, Yorna, mais aussi par Olbart devant lui, et Chisha, qui semblait représenter un faux Empereur.
Bien entendu, même s’il était impossible d’amadouer l’opposition que représentait Chisha, qui avait pris l’initiative――
Subaru : “Si le raisonnement d’Abel hier était correct, ça ne signifie pas pour autant qu’Olbart-san est un ennemi confirmé.”
Abel estimait qu’il restait de l’espoir concernant Olbart, qui figurait parmi les Généraux Divins considérés comme étant déjà les pions de l’ennemi. Pour l’instant, Subaru devait admettre que le jugement d’Abel était correct, car il avait réussi à en arriver au point de négocier avec Yorna.
S’ils devaient croire à ses spéculations, il devrait y avoir une marge de négociation concernant la position d’Olbart.
Néanmoins, afin de rallier Olbart à leur cause ici――
Subaru : “――――”
En silence, Subaru jeta un coup d’œil au profil d’Abel.
Révéler l’identité de l’homme portant le masque d’oni et qui conservait une attitude digne, Abel――c’était l’information la plus importante qu’ils devaient divulguer afin de conquérir Olbart.
Et franchement, Subaru n’avait aucune autre information susceptible d’intéresser Olbart.
Subaru : “――――”
Abel, avec son masque d’oni, ne broncha même pas lorsqu’il croisa le regard de Subaru dirigé vers lui.
Son visage était dissimulé derrière un masque, rendant impossible toute observation de ses émotions. Cependant, il était impossible que cet homme intelligent n’ait pas pensé à ce que Subaru avait imaginé.
À ce stade, quelle part de son cœur pouvait-il dévoiler à l’autre intervenant, Olbart ?
Subaru estimait que ce serait le point central, mais comme Abel n’avait pas bougé, était-il prématuré dans sa réflexion ? Ou attendait-il de voir ce qui allait se passer ?
Quoi qu’il en soit, s’ils parvenaient à rallier Olbart à leur cause, ils trouveraient un moyen de résoudre le problème de “l’infantilisation” de Subaru, leur manque de force et la bataille pour les Neuf Généraux Divins.
Alors, ce serait le bon moment pour jouer――
Olbart : “――T’sais, s’qui est drôle, c’est qu’les visages des individus en disent plus long qu’on ne l’croit.”
Subaru : “Hmm… ?”
Olbart : “Ton regard, la façon dont ton visage se crispe, la façon dont tes muscles s’contractent légèrement… T’as pas besoin d’bouger la bouche pour parler beaucoup.”
En tapotant ses deux doigts contre ses tempes, Olbart prit la parole. Le vieil homme acquiesça d’un signe de tête tandis que son regard se posait sur Subaru, qui avait le souffle coupé.
Olbart : “Par exemple, la fille qui ressemble à une danseuse compte sur celle qui utilise l’arc. Le jeune homme avec le tissu enroulé autour d’la tête et la fillette comptent sur toi. Et quant à celle qui utilise l’arc et toi… Eh bien, vous comptez tous les deux sur le jeunot masqué.”
Subaru : “――Hk.”
Olbart : “On peut voir la direction générale d’chaque paire d’yeux――quand on est faible, c’est encore plus évident, n’est-ce pas ?”
Les mots d’Olbart, qui exhibait ses dents blanches en les prononçant, transpercèrent l’esprit de Subaru.
Et Subaru réalisa tardivement qu’il avait grandement sous-estimé la nature profonde d’Olbart, un homme qui semblait pourtant être un vieil homme affable.
Olbart avait clairement fait comprendre que c’était lui qui les avait “infantilisés”, et qu’il l’avait réalisé afin de pouvoir parler à Subaru et aux autres.
――Il n’avait jamais affirmé qu’il s’agissait de “négocier” avec Subaru et les autres.
Subaru : “N’es-tu pas venu ici pour discuter…”
Olbart : “Venir ici pour “discuter” et venir ici pour “écouter” sont deux choses similaires, mais légèrement différentes, non ? Ça m’dérange pas d’bavarder comme ça, t’sais ? Mais…”
Subaru : “――――”
Olbart : “T’vois, j’suis aussi le chef des shinobis, et j’passe mon temps à agir en tant que représentant des habitants d’mon village. C’est pour ça que… j’peux pas croire les paroles de quelqu’un que j’ai même pas torturé, parce que c’est trop dangereux.”
Sans perdre l’air d’un vieil homme comprenant ce dont il parlait, Olbart exprima ses pensées conformément aux règles tacites des shinobis.
La noirceur et la brutalité de ce monde étaient certainement similaires à celles du monde des “ninjas” connu de Subaru.
Toutefois, le sentiment de l’apprécier comme une fiction était très différent de celui d’y être exposé directement de cette manière. Et――
Olbart : “Donc, avec son attitude hautaine de celui qui n’compte sur personne, c’est le jeunot masqué qui est le meneur, c’est ça ? Laisse-moi te demander s’qui t’a poussé à séduire cette renarde.”
Abel : “――Si ton approche ne fonctionne pas, quelle autre solution existe-t-il ?”
Olbart : “Alors il faudra trouver un autre moyen, hein ? Mais comme j’suis obligé d’rester en dehors de ça, j’peux pas y faire grand-chose.”
Olbart haussa les épaules, son regard et son attention se tournèrent vers Abel. Bien sûr, il était difficile de croire qu’Olbart, le chef des shinobis, ne prêtait aucune attention aux autres.
Même si sa tête n’était pas tournée, son attention n’avait pas été déviée d’Al ni de Taritta.
Néanmoins, même si un arc était pointé vers lui, manifester la moindre intention d’attaquer Olbart serait malvenu de la part de Subaru et des autres personnes qui l’entouraient.
Conformément à l’ordre de Yorna, ils devaient être accueillis au sein de Chaosflame en tant que messagers.
Il restait à savoir si cela s’appliquerait toujours après avoir causé des troubles à Chaosflame, et comment elle traiterait les visiteurs mal élevés.
En d’autres termes, la situation était dans l’impasse tant pour Subaru que pour Olbart.
Chacun d’eux n’avait d’autre choix que de fixer l’autre du regard, en déclarant sa volonté de nuire. Et dans une telle situation d’incertitude extrême――
Subaru : “…Mais, d’un autre côté, dans ces conditions, comment puis-je faire quoi que ce soit ?”
En considérant la situation actuelle, Subaru posa une nouvelle fois une question à l’espace blanc qui venait de naître dans son esprit.
Et une fois de plus, la pensée lui vint : “N’est-ce pas là une opportunité ?”.
Limité par Yorna et le faux Empereur, Olbart était incapable d’entreprendre d’autres actions hostiles.
Subaru évaluait de quel côté penchait Olbart ; en supposant qu’il était plus proche du camp ennemi, ils devaient agir à ce moment précis, car ils n’auraient pas d’autre occasion comme celle-ci.
Tout le monde : “――――”
À un rythme lent, le temps passait.
Parallèlement à cette situation tendue, il y avait également la question du moment où la cloche du Temps du Feu sonnerait, comme l’avait présenté Yorna.
Le temps était précieux――plus il en gaspillait, plus sa vie s’amenuisait.
En silence, les doigts de Taritta tremblaient tandis qu’elle serrait son arc, et Al et Midyam retenaient eux aussi leur souffle. Même Rui, miraculeusement, ne laissait échapper que des grognements, sentant peut-être instinctivement le danger que représentait Olbart.
Peut-être n’arrivaient-ils pas à se décider à bouger. Si quelqu’un en était capable, ce serait――
Subaru : “――Abel.”
Abel : “――――”
Calmement, Subaru appela Abel par son nom.
Il était évident que sa conscience s’était tournée vers lui à travers le masque d’oni, dès qu’il l’avait entendu. Ses yeux étaient invisibles, car le masque d’oni bloquait son regard, mais son attention était dirigée vers Subaru.
Les sentiments qui s’y trouvaient ne pouvaient être vus――néanmoins, Subaru pouvait deviner son intention, car il l’avait ressentie.
Subaru : “Voici l’Empereur, Vincent Vollachia.”
Olbart : “…Ahhn ?”
En réponse au regard d’Abel, Subaru formula cette affirmation, ce qui conduisit Olbart à hausser un sourcil.
Ses yeux, cachés par ses longs sourcils épais, s’écarquillèrent, car le vieil homme se méfiait des paroles de Subaru. C’était une réaction naturelle, mais elle était loin d’être celle qu’il attendait.
Ainsi, afin d’obtenir la réponse souhaitée, ils devaient aller plus loin.
Subaru : “Tu veux savoir qui est ce jeunot anonyme, et pourquoi nous sommes ici. Pourquoi sommes-nous venus voir Yorna ? La réponse est…”
Olbart : “Oioi, c’est pas très drôle, si ?”
Subaru : “Je n’essayais pas d’être drôle――Abel.”
À court de mots pendant un instant, la voix d’Olbart trahissait une pointe de surprise.
Percevant cela clairement, Subaru interpella Abel au fond de la pièce. À ce stade du jeu, Abel n’essaya pas de réfuter les paroles et les actions de Subaru.
De manière imperceptible, ses doigts délicats se posèrent sur son visage. Et puis――
Olbart : “――Ça, c’est un sacré truc.”
Un visage dissimulé apparut devant Olbart, qui poussa un cri de surprise. Devant ses yeux, celui qui le regardait fixement, le visage tendu, était une beauté aux cheveux noirs――personne d’autre que l’Empereur Vincent Vollachia.
Olbart : “Votre Excellence ? Mais c’est trop bizarre, non ? Mais alors, qui est-ce que j’ai accompa…”
Abel : “Laisse libre cours à ta vieille sagesse, Olbart Dunkelkenn. Tu possèdes les réponses. Il ne te reste plus qu’à les faire ressortir.”
Olbart : “Avec le visage d’Votre Excellence, en disant des choses qui ressemblent à Votre Excellence… Ah, c’est donc ça.”
Au départ, il avait été surpris, mais le vieux shinobi avait rapidement retrouvé son sang-froid.
Après avoir révélé son identité, Abel donna un ordre en tant qu’Empereur, et Olbart, en exécutant ses instructions, sembla tirer une conclusion de la situation dans laquelle il se trouvait à partir des informations dont il disposait.
Olbart posa sa main sur son menton, et,
Olbart : “Alors ce serait Chisha. Il a tout sous contrôle… Mais y’a un autre problème. C’est pas votre genre, Votre Excellence, d’laisser une telle chose vous arriver, hein ?”
Abel : “Penses-tu que tes yeux peuvent scruter les profondeurs de mon esprit ?”
Olbart : “Oh, vraiment effrayant, vraiment effrayant.”
En agitant les deux mains en l’air, il poussa un cri rauque devant la réponse d’Abel.
En fait, comme l’avait déclaré Olbart, Abel était clairement dans une situation délicate, mais son bluff impressionnant ne laissait rien transparaître.
Cependant, en voyant le changement d’expression d’Olbart, la tension quitta également les épaules de Subaru.
Olbart comprenait la situation.
Abel avait été destitué de sa position d’Empereur, et Vincent, l’homme qu’il accompagnait, était un faux Empereur.
Olbart : “Beaucoup d’choses qui m’troublaient sont devenues claires. Non, j’me demandais pourquoi vous étiez soudainement venu voir la renarde en personne.”
Subaru : “Tout ça… visait à entraver les actions de notre camp.”
Olbart : “Hahaa, c’est dur pour les vieux d’suivre les idées des types intelligents, en fait. Jeune, intelligent, séduisant, j’suppose que c’est être super-gourmand. Tu l’penses pas, toi aussi ? Tu l’penses pas ? Puisque t’es aussi jeune. Oh, c’est à cause de s’que j’ai fait ! Kakakakka.”
Olbart éclata de rire, tentant de les faire rire avec ce qu’il venait de mentionner, même si ce n’était pas drôle.
Les joues de Subaru se crispèrent à cette vue, et il expira longuement en tournant soudainement son regard vers Taritta.
La guerrière Shudraq restait sur ses gardes, son arc braqué sur Olbart. Il tentait de la faire sortir de sa position de combat et de reprendre le contrôle de la situation.
Subaru : “Taritta-san, tu peux baisser ton arc maintenant. Olbart-san est…”
Olbart : “Oh ? Non, t’as pas besoin d’le baisser, si ? J’pense qu’il est impossible pour cette fille d’baisser sa garde devant quelqu’un dont elle n’est pas sûre qu’il ne soit pas un ennemi.”
Subaru: “Hein ?”
Olbart lui-même, la cible de l’arc de Taritta, fut celui qui mit fin aux efforts de Subaru pour la convaincre de baisser sa garde et de lui parler.
Le vieil homme considérait la vigilance de Taritta comme quelque chose de naturel, et il ne faisait rien pour nier cette “naturalité” incompréhensible pour Subaru――en d’autres termes, le danger qu’il représentait n’avait pas diminué.
Toutefois, cela reviendrait alors à dire que――
Subaru : “Parlons-en…”
Olbart : “Tu m’as pas entendu ? J’ai dit que j’prendrais une décision après vous avoir écouté. Et c’est s’que j’ai fait.”
Subaru : “――――”
La gorge de Subaru se noua, mais face à cela, l’attitude d’Olbart ne changea pas.
Il y eut simplement un léger claquement de langue, et,
Abel : “C’était l’une de ces cartes pour lesquelles je ne savais pas dans quel sens elle allait pencher, mais c’est ce que tu as décidé, hein.”
Olbart : “Ça n’vous ressemble pas, Votre Excellence. Non, c’est une fatalité qu’vous n’ayez plus aucune carte à jouer… Et pour couronner l’tout, vous n’avez pas eu d’chance au tirage. Vous savez, j’ai toujours voulu essayer ça.”
Abel : “Ho, quoi donc ?”
Le plan d’Olbart était prêt, et le chef des shinobis rit des paroles de l’Empereur déchu.
Un rire qui convenait bien à celui qui portait le titre de “Vieux Scélérat”.
Olbart : “Étant donné que j’suis un vieil homme qui n’a plus longtemps à vivre, j’ai toujours souhaité de tout mon cœur essayer d’tuer l’Empereur, afin d’connaître une mort glorieuse.”
Tout le monde : “――Hk.”
Au moment où ce vœu scélérat fut prononcé, un mouvement se produisit dans cet environnement très tendu.
À ce moment précis, Taritta, Al et Midyam agirent tous pour contrecarrer les plans d’Olbart, outrepassant la règle “pas de combat” qui leur avait été imposée. Néanmoins――
Olbart : “Hier, j’arrivais pas à comprendre quelle astuce tu utilisais, manchot. Mais ça a cessé d’fonctionner depuis que t’es devenu p’tit, pas vrai ?”
Al : “Ka… Hk.”
Olbart : “On peut pas utiliser les compétences qu’on a apprises plus tard quand on est jeune.”
Après avoir prononcé ces mots, Olbart tordit son cou et agita ses mains.
Du sang jaillit du bout de ses doigts, et une tragédie se déroula sous les yeux écarquillés de Subaru.
Midyam et Al, qui étaient intervenus pour tenter de maîtriser Olbart, eurent la gorge tranchée et du sang jaillit. Le sang se répandit dans la pièce comme une fontaine, laissant les spectateurs perplexes quant à la quantité de sang que pouvait contenir le corps d’un petit enfant.
Al : “Tch, ah… Hk.”
Olbart : “Visiblement, on dirait qu’tu peux pas utiliser ton dernier rayon d’espoir. Mais bon, je t’ai finalement achevé avant de découvrir comment fonctionnait ton astuce, c’est comme ça, hein. J’ai merdé, j’ai merdé.”
Al s’accroupit sur place, en tenant la blessure qui saignait abondamment. Le regard de Midyam se fit vide et elle tomba en arrière, immobile.
Il était évident que ce qu’ils avaient subi était une blessure mortelle dont ils ne pourraient pas se remettre.
Et Taritta, la seule prête à affronter Olbart de front――
Subaru : “――Ah.”
Subaru s’était demandé pourquoi aucun tir n’avait été effectué depuis l’arc.
Malgré tout, la suspicion que l’attaque qui devait avoir lieu ne s’était pas produite poussa Subaru à diriger son regard dans cette direction.
Taritta était plaquée contre le mur.
Grande pour une femme, Taritta était adossée contre le mur, son corps mince cloué sur place. La raison de son immobilisation était une arme de jet qui dépassait du milieu de son décolleté――un shuriken.
Comme dans une sorte de plaisanterie, le projectile en forme d’étoile avait percé la poitrine de Taritta, la perforant dans le dos et la clouant au mur. Son cœur avait été détruit, il était clair qu’elle était morte sur le coup.
Abel : “――Quand bien même on t’avait demandé de ne pas intervenir, tu n’as pas pu t’en empêcher.”
Soudain, une voix masculine résonna dans cette pièce où régnait la mort.
Elle émanait d’Abel, debout dans une salle qui s’était remplie de cadavres à une vitesse effrayante. Après avoir quitté son siège, l’homme adressa un regard pénétrant à Olbart, l’architecte de toute cette mort.
Baigné dans ce regard perçant, Olbart essuya le sang éclaboussé sur sa joue avec son doigt,
Olbart : “Ouais. J’veux déclencher un gros feu d’artifice avant d’mourir. J’serais complètement satisfait en assassinant le plus grand Empereur de tous les temps, et en étant exécuté à cause de ça.”
Abel : “Je n’ai pas su déceler tes penchants destructeurs. Quelle omission de ma part.”
Olbart : “Kakakakka ! Non, non, non, si mes rêves d’vieillards étaient connus, j’aurais tellement honte que j’pourrais plus continuer à vivre.”
Al avait cessé de bouger, Midyam et Taritta avaient arrêté de respirer.
Dans ces circonstances, cette conversation entre l’Empereur et son vassal semblait, aux yeux de Subaru, provenir d’un autre monde. Pourtant, ce n’était pas un autre monde. C’était réel. Une réalité bien réelle et accablante.
Telle était la réalité à laquelle Subaru était parvenu après avoir fait le mauvais choix.
Olbart : “Une fois que j’en aurai fini avec Votre Excellence, je retournerai auprès d’Chisha. J’suis sûr qu’il saura très bien se charger d’ma mort.”
Subaru : “Ahh… Hk.”
Olbart : “Oh ? Oh, t’es encore là.”
Vers Subaru, qui avait parlé trop tard, Olbart se retourna, ce dernier plongeant dans l’atmosphère qui marquait la finalité.
Le vieil homme tourna brusquement la tête pour contenir Subaru, au visage figé. Puis, désignant tour à tour ceux qui étaient tombés, Al, Midyam et Taritta,
Olbart : “Voilà. Ces types ont essayé d’me tuer, alors je les ai éliminés en retour, mais y’a pas vraiment d’raison pour que tu meures, pas vrai ? J’ai pas l’intention de devenir un fugitif, donc y’a pas d’raison de te faire taire.”
Subaru : “Da, ah…”
Olbart : “Oh, j’crois que j’ai encore trop parlé. Il est clair que t’as que’que chose à dire, alors ouvre ta bouche. J’suis un vieil homme qui n’a plus beaucoup d’temps à vivre, alors j’peux pas attendre trop longtemps, tu comprends ?”
Alors qu’Olbart continuait à parler tranquillement à son rythme, les pensées de Subaru devinrent blanches――non, ses pensées étaient teintées d’un rouge vif. Était-ce de la colère ou la couleur du sang qu’Al et les autres avaient versé ? Subaru lui-même ne pouvait le dire.
Mais quand bien même, quelle que soit la conclusion, en tout état de cause, jamais, en ces lieux――
Abel : “――Imbécile.”
Ainsi, ces paroles méprisantes sortirent de la bouche d’Abel.
Actuellement, son regard était en train de transpercer l’arrière du crâne de Subaru. Sentant la pression de son regard perçant, Subaru prit conscience de la justesse de ses paroles.
Il était inutile de prendre la défense d’Abel maintenant, dans ces circonstances.
S’il avait pu agir ainsi avant la chute d’Al, Midyam et Taritta, il aurait peut-être été possible de changer quelque chose.
Rui : “Uu… !”
Olbart : “Oioi, vous utilisez même une p’tite fille qui n’a aucun lien avec moi ? Les méthodes d’Votre Excellence devaient sûrement être détestées par les femmes et les enfants.”
Face à Olbart, qui posait sa main sur son front, se tenait Rui――non, Rui ne se trouvait pas face à Olbart, mais devant Subaru.
Subaru protégeait Abel, et Rui protégeait Subaru, tous les trois alignés en ligne droite.
C’était juste une forme absurde de bouclier humain.
Olbart : “J’croyais qu’Votre Excellence était censée mourir seule.”
Abel : “――Tout ne se passe pas toujours comme prévu.”
Olbart : “Kakakakka !”
L’incapacité d’Abel à tenir sa langue à ce moment-là fut accueillie par un ricanement et un éclat de rire d’Olbart.
Aux yeux du vieux shinobi, ni Subaru ni Rui n’étaient visibles. Mais il n’était pas assez aimable pour ignorer ceux qui se tenaient devant lui avec hostilité. Par conséquent――
Subaru : “――Je ne te le pardonnerai jamais.”
Le jeune corps de Natsuki Subaru gicla du sang et s’enfonça dans une mare de sang froid, gravant dans son esprit le visage du shinobi qui riait de façon scélérate alors qu’il tentait de satisfaire son ambition.
Et ainsi――
Du sang coulait et une sensation de chaleur jaillissait de la blessure.
La chaleur qui débordait sans fin, cependant, draina instantanément la température de son corps.
Ce qui s’était rapidement écoulé l’engloutit, le noya, le rendit invisible, puis, après qu’il eut sombré dans les profondeurs de l’océan, il allait, il allait――
Subaru : “――――”
Instantanément, le sang perdu parcourut le corps de Subaru, produisant un bruit fort dans ses oreilles.
Accompagnant la sensation d’avoir l’ouïe aiguisée à l’extrême, vint la cacophonie du sang qui coulait en lui dans un espace silencieux. Alors qu’il était frappé par cette sensation dans tout son corps, Subaru laissa échapper un soupir saccadé.
Il serra les dents avec violence, sa vision vacillant sous l’effet de la douleur lointaine et du sentiment de perte.
Il souhaitait découvrir où il était revenu――
??? : “J’me suis permis d’me faire du thé, quelqu’un d’autre en veut ?”
Un instant plus tard, une voix cruelle et inoubliable annonça le début d’une nouvelle bataille pour Natsuki Subaru.

