23 — La musicienne Natsumi Schwartz

Subaru : “――――”
En observant son reflet dans le miroir rudimentaire, Natsuki Subaru――ou plutôt l’être qui avait l’habitude de s’appeler ainsi, plissa les yeux et s’inspecta soigneusement, encore et encore.
Le fard à paupières foncé et les cils soigneusement recourbés se reflétaient. La texture de la peau, la plus grande différence entre les hommes et les femmes, était recouverte de poudre blanche ; ses lèvres étaient peintes d’une couleur vermillon qui leur donnait un aspect rafraîchissant.
Le costume avait été un véritable défi, mais il avait réussi à dissimuler son physique en portant beaucoup de vêtements amples, même s’il avait eu du mal à trouver un style adapté au climat méridional.
Quoi qu’il en soit, cette fois-ci, il devrait agir non pas comme la fille d’un noble, mais d’une manière plus décontractée――celle d’une artiste itinérante. Par conséquent, hormis les gestes, l’apparence devait être plus “féminine” afin de correspondre à la conception.
Subaru : “Je vais rassembler tout mon corps sur ma poitrine et la bourrer jusqu’à la limite…”
Il avait utilisé toutes les techniques auxquelles il pouvait penser, imaginant dans son esprit les rencontres qu’il avait faites jusqu’à présent.
En commençant par Émilia, puis Felt et la détestable Elsa, suivis de Ram et Rem, ainsi que de Béatrice et Pétra, en mettant de côté Meili. Ensuite, Priscilla, Crusch, Anastasia et Félix, qu’il devrait considérer comme un mentor, puis Frédérica. Puis il y avait les Sorcières, bien habillées seulement en apparence, ce qui était ennuyeux――il avait rassemblé son imagination de la “beauté” à partir de toutes les belles filles, belles femmes, et beaux êtres semblables à des filles qu’il avait rencontrés dans cet autre monde jusqu’à présent.
――Il devait constamment s’imaginer comme la plus belle version d’elle-même.
Il n’avait pas besoin de songer à quoi que ce soit d’autre que la vision qu’il avait.
Il avait fait de son mieux avec ce qu’il avait sous la main et était arrivé à l’endroit où il devait être.
Par conséquent――
Subaru : “――C’est moi.”
Son regard quitta le miroir, puis il prit lentement une grande inspiration et se retourna.
Seul, après des heures passées à essayer de se battre dans la solitude, il poussa enfin la porte. De l’autre côté, il aperçut ses amis qui attendaient avec impatience la réussite ou l’échec de cette mission.
Les femmes tournèrent leur attention vers Subaru lorsqu’il ouvrit la porte et sortit.
Subaru : “――――”
Le silence s’installa, et il sentit l’atmosphère tendue qui régnait.
Son anxiété immédiate ne lui permettait pas de comprendre quelle était l’émotion à l’origine du silence. Certes, il lui manquait un certain nombre de cartes à jouer. S’il avait eu ceci, s’il avait eu cela, ses regrets n’en finiraient pas.
Toutefois, en y réfléchissant, ne s’agissait-il pas de prendre des initiatives ?
Il n’était pas toujours possible d’aller au combat en parfaite condition. Quoi qu’il en soit, la vie consistait à jouer les cartes que l’on avait reçues, non ?
Et c’est alors qu’il se surprit à chercher des excuses, comme s’il avait déjà perdu la bataille.
??? : “…Brillant.”
Il entendit le léger bruit d’une explosion dans l’air et leva les yeux.
Il s’aperçut alors que la véritable nature de cette explosion n’avait rien à voir avec cela. C’était le bruit de mains qui se joignaient. C’était le bruit d’applaudissements. Un mélange de félicitations, d’admiration et de respect.
Subaru : “Mi…”
Il observa la personne qui applaudissait et s’apprêta à l’interpeller d’une manière qui ne convenait pas à une dame, mais il s’arrêta à temps.
C’était encore incomplet. Il porta doucement la main à sa gorge et laissa l’air y rebondir par petites bouffées. Puis, au moment où l’engrenage s’enclencha dans son esprit, il sourit,
Subaru : “Mizelda-san.”
Mizelda : “――Hk, impossible, ta voix ? Qu’est-ce que, qu’est-ce que c’est que ça, comment est-ce… ?!”
Subaru : “Une fois que j’ai décidé de faire quelque chose, il est de mon devoir de faire de mon mieux. Il y a des vies qui peuvent être sauvées si je ne lésine pas sur les moyens. Si c’est le cas, je n’ai qu’une chose à faire.”
Mizelda : “Ohhh… !”
Le sourire disparut et il pointa un doigt vers les cieux.
Le bosquet d’arbres l’empêchait de voir le soleil, mais ce n’était pas aux êtres célestes qu’il devait le montrer, seulement aux nombreux amis rassemblés ici.
Le regarder de la tête aux pieds.
Peu importe que ce soit de l’avant, de l’arrière, de la droite, de la gauche ou de n’importe où entre ces positions.
――Il devait constamment s’imaginer comme la plus belle.
S’il réussissait à retracer cette image, à recréer l’idéal, alors il n’aurait rien à craindre.
Ici, avec autorité――
Subaru : “――L’avènement de Natsumi Schwartz.”
Voilà ce que Natsumi Schwartz déclara héroïquement――ou plutôt, déclara comme une dame.
Mizelda, la femme qui avait cessé d’applaudir devant lui, hocha profondément la tête. Elle s’aligna ensuite à côté de Natsumi, soutenant son dos de sa main,
Mizelda : “Mon monde était trop petit. Tu avais raison, Subaru… Non, Natsumi.”
Subaru : “Tu comprends maintenant, n’est-ce pas, Mizelda-san ?”
Mizelda : “Ahh, c’est frustrant, mais je comprends maintenant… La beauté se fabrique.”
Mizelda baissa les coins de ses yeux et sourit gentiment, tandis que Natsumi lui rendait son sourire.
Le Peuple de Shudraq qui était rassemblé là échangèrent des regards entre eux, témoins de cette belle scène. Puis les applaudissements fusèrent, comme une bénédiction tardive.
Les applaudissements continuèrent à pleuvoir, félicitant Natsumi pour son inauguration.
Et puis――
??? : “Qu’est-ce que c’est ?”
??? : “Uh~.”
Ceux qui n’arrivaient pas à s’en remettre observaient la scène en contractant leurs joues.
Subaru : “C’est ainsi qu’est née Natsumi Schwartz. J’étais un peu perdu, à cause des différents outils de maquillage et tout le reste, mais j’ai réussi à accomplir tout ça.”
Rem : “Tu te moques de moi ?”
Subaru : “Eh ?!”
Après être retourné sur le lieu de réunion et avoir organisé une autre assemblée, les mots de Natsumi――ou plutôt de Subaru trouvèrent une réponse de la part de Rem, le regard gelé, le ton glacial.
L’attitude froide de Rem n’avait pas changé, même après lui avoir montré les résultats. Subaru pointa son visage du doigt et déclara,
Subaru : “J’ai besoin de faux cils après tout… À propos de la perruque… j’ai réussi à emprunter des cheveux noirs aux Shudraq…”
Rem : “Je ne parle pas de ça. Je pense que le maquillage et la perruque sont bien faits. Mais tu n’es pas obligé de parler comme une femme indéfiniment.”
Subaru : “Oui, mais… l’état d’esprit est également important, n’est-ce pas ? Si je ne fais pas attention régulièrement, je ne saurais jamais où je pourrais échouer. Et puis…”
Rem : “Et puis ?”
Subaru : “Si je me complais dans le fait que je suis un homme, la déesse de la beauté me tournera le dos et… Aïe aïe aïe !”
Alors que Subaru s’apprêtait à parler sérieusement, Rem lui tira l’oreille assez fortement.
Il ne put s’empêcher d’avoir les larmes aux yeux en s’éloignant rapidement. Subaru décida de se glisser près de Mizelda, qui observait la scène.
Subaru : “Mizelda-anesama, j’ai peur de Rem-san…”
Mizelda : “Hum, ne pleure pas, Natsumi… Bizarrement, tu parais si mignonne, même si je sais que tu es Subaru. Taritta devrait prendre exemple sur toi.”
Taritta : “Ma sœur !”
Tandis que sa sœur tapotait la tête de Subaru, Taritta roula des yeux devant le commentaire impitoyable de Mizelda.
Toutefois, le visage de Taritta était beaucoup plus doux qu’il ne l’aurait été normalement. En effet, Subaru avait réarrangé le maquillage lourd qu’elle portait habituellement, que l’on pourrait appeler la peinture de guerre du Peuple de Shudraq, pour la rendre plus mignonne.
Les Shudraq étaient surtout connues pour leur bravoure et leur force, mais cette fois-ci, elles devaient être à la fois élégantes et dangereuses, avec une qualité magique et sensuelle qui pourrait rendre les hommes fous.
Le maquillage de Taritta et Kuna avait été amusant à appliquer une fois qu’elles avaient décidé d’orienter leur programme de beauté dans cette direction.
Subaru : “Tu as un visage beaucoup plus jeune que ce à quoi je m’attendais, Taritta-anesama. Ton maquillage est superbe, c’est bien de montrer ton côté mignon de temps en temps.”
Taritta : “Ne me taquine pas, s’il te plaît ! Tout d’abord, je ne peux pas être aussi jolie que toi…”
Subaru : “Eh bien, ton manque de confiance est aussi mignon ! Pas vrai, Mizelda-anesama ?”
Mizelda : “Oui, ma chère.”
Les joues de Mizelda se détendirent lorsque Subaru se pencha vers elle et lui parla doucement. Taritta tressaillit à leur vue et se retourna en rougissant légèrement.
Sa peau brune ne permettait pas de voir ses joues rougir, mais le maquillage de ses yeux et de ses lèvres donnait l’impression d’un léger rougissement, de sorte qu’il était facile de voir l’adorable changement dans son apparence.
Rem : “Quand est-ce que vous allez arrêter de déconner ?!”
Rem brisa cette scène fleurie d’un seul cri.
Subaru et Taritta reculèrent comme sous l’effet d’une rafale de vent. Rem les fixa de ses yeux bleus pâles, puis jeta un coup d’œil à Kuna au bord de la salle.
Kuna, qui, comme Taritta, s’était fait maquiller et coiffer, se déroba.
Kuna : “Q-qu’est-ce qu’il y a, pour information, je n’ai rien à voir avec ça…”
Rem : “Kuna-san, je compte sur toi. En regardant ces deux-là, je vois que tu es la seule à être saine d’esprit… Es-tu vraiment favorable à ce plan ?”
Kuna : “Je sais que je suis la seule à être saine d’esprit, mais…”
Kuna, qui était coiffée de deux couettes, observait Subaru et Taritta d’un air peu motivé.
C’était un constat désagréable, mais Subaru ne pouvait qu’attendre de voir ce qui allait se passer. Son regard lui disait qu’il était fou, et donc différent de Taritta, qui tremblait sous le choc.
Kuna laissa échapper une petite expiration face à la réaction de Subaru et des autres.
Kuna : “La raison qui l’empêchait d’accomplir la mission a disparu, tu le comprends également, n’est-ce pas, Rem ? Natsumi… Subaru n’a pas de problème. Oui, il est plus féminin que la cheffe.”
Rem : “Je pense que c’est trop grossier de dire ça au sujet de Mizelda-san…”
Kuna : “Je ne pense pas que ce soit un problème. Ce qui sera un problème, ce sont nos résultats là-bas…”
Et alors que Kuna avait presque fini de répondre aux questions de Rem,
??? : “――Il semblerait que tout le monde soit là.”
Kuna : “Ohh, quand on parle du loup…”
Une voix pompeuse et sans artifice envahit la salle de réunion, et une nouvelle silhouette apparut.
Lorsque le regard de Kuna se tourna dans cette direction, Rem n’eut d’autre choix que de se tourner pareillement. Naturellement, les regards de Subaru, de Mizelda et des autres y furent également attirés.
Tout le monde : “――――”
À ce moment-là, le temps s’arrêta pour tout le monde.
――Non, pour être précis, le temps s’était arrêté pour tout le monde, à part la silhouette qui était apparue et Subaru, qui l’avait maquillée.
Subaru : “Je t’ai laissé le soin de peaufiner, mais… tu es tellement doué que c’en est presque dégoûtant.”
Abel : “Ça ne m’enchante guère d’être félicité pour mes talents de maquilleur. Néanmoins, tes compétences sont impressionnantes. Donc, même un produit fini peut devenir une toute nouvelle chose, hein. C’est encore mieux que ce que j’avais imaginé.”
Subaru : “Kuh, ma marge de victoire… !”
En prononçant ces mots, Subaru se mordit doucement le petit doigt en signe de frustration.
Bien entendu, il n’y avait aucun doute sur le fait que la beauté pouvait être créée. Subaru était également fier de dire qu’il l’avait prouvé avec son propre corps, en utilisant les quelques cartes qu’il avait en main.
Toutefois, il existait encore une différence entre les matériaux.
C’est pourquoi――
Rem : “Ah, Abel-san, c’est ça ?”
Abel : “Qui d’autre ? Ne te demande pas une chose aussi sotte. Non, si j’ai changé à ce point, alors ta surprise est appropriée en tant que référence.”
En réponse aux paroles tremblantes de Rem, Abel――ou plutôt Bianca, l’être né d’un maquillage, d’une perruque et d’un changement de costume, serra ses cinq doigts blancs et fins.
Ses cheveux noirs comme un corbeau étaient longs et brillants, créant une harmonie parfaite avec son beau visage et ses yeux bridés. Le costume de danseuse enserrait sa taille et descendait le long de ses jambes, laissant apparaître juste ce qu’il fallait de peau pour attirer l’attention.
Il y avait là une belle danseuse qui avait recréé une beauté extrême, la meilleure carte joker en main, qui était essentielle à ce plan.
Tous les autres : “――――”
La perfection de Bianca était telle que même Mizelda et les autres avaient perdu leur voix.
C’était différent de la Natsumi de Subaru, où le choc était dû à l’ampleur du changement. Ici, c’était le choc pur provoqué par la perfection de la beauté que la Bianca d’Abel possédait à profusion.
Les bijoux Shudraquiens, qui ornaient le costume et les longs cheveux de la danseuse, ne servaient que de garniture pour accentuer sa véritable beauté.
Subaru se souvenait du sourire de Mizelda lorsqu’elle les lui avait prêtés.
Pour une raison quelconque, le cœur de Subaru se serrait lorsqu’il se souvenait de ce sourire. Toutefois, par souci pour Mizelda et les autres, Subaru n’avait pas la possibilité de lésiner sur les moyens.
Comment pourrait-il gâcher lui-même cette perfection ?
L’ego de Subaru en tant que Natsumi Schwartz ne permettrait pas une telle chose.
Subaru : “J’ai été surpris de voir que tu n’avais pas peur de te maquiller…”
Abel : “Quoi, tu trouves que c’est une infamie de se déguiser en femme ? Pour information, ce n’est pas la première fois que je fais ça. J’ai subi de telles choses à plusieurs reprises dans mon enfance.”
Subaru : “En tant qu’enfant ?”
Abel : “Oui. Compte tenu de ma position, je dirais que c’est une bonne idée de posséder un large éventail de moyens pour se protéger.”
Les lèvres de Subaru se retroussèrent en entendant les paroles d’Abel, et non celles de Bianca, une belle femme qui croisait adorablement les bras.
Peut-être ses expériences passées faisaient référence aux querelles secrètes qu’il avait endurées en tant que candidat au poste d’Empereur, avant d’occuper réellement le siège.
À Vollachia, où la succession au trône était apparemment beaucoup plus tumultueuse qu’à Lugnica, il était facile d’imaginer la possibilité d’un assassinat dans la bataille pour désigner le prochain Empereur.
Afin de survivre à une vie aussi rude, il avait parfois dû déguiser son apparence et même son sexe.
La disposition d’Abel à faire des sacrifices, y compris les siens, semblait avoir été façonnée par son enfance, avant qu’il ne gagne le trône de l’Empereur.
Voilà comment c’était arrivé, et apparaissait maintenant dans la Bianca d’Abel, habillé en femme.
Subaru : “Tout de même, c’est un peu ennuyeux que tu sois conscient d’être beau… !”
Abel : “C’est exactement ce qui est ridicule. Comment quelqu’un peut-il être dans une position où il doit être capable de considérer son pays dans une large perspective, et ne pas être capable de se voir lui-même objectivement ? Même si tu sembles avoir détourné cette évaluation objective de toi-même grâce à tes propres compétences, je n’ai pas besoin de ce genre d’astuces mesquines.”
Subaru : “Guh… Hk.”
Abel : “Sais-tu pourquoi les tigres sont forts ? Les tigres sont forts parce qu’ils le sont.”
Subaru fut frappé par un concept qu’il avait également entendu de la bouche de Garfiel.
La théorie selon laquelle les tigres étaient forts parce qu’ils étaient des tigres avait été attribuée au fait qu’Abel était beau parce qu’il était Abel. Ce n’était plus la logique de la violence.
Ce qui revenait à dire que Reinhard était fort parce qu’il était Reinhard.
En d’autres termes, il s’agissait d’une vision brutale du monde.
Subaru : “Bon, de toute façon… Flora pense la même chose, n’est-ce pas ?!”
Flop : “Ne tires-tu pas de conclusions hâtives, Époux-kun ?!”
Derrière Abel se trouvait un Flop étonné, maintenant déguisé en Flora.
Il était également habillé, et avait le type de beauté que Subaru savait susceptible de rendre un produit fini plus complet, simplement en utilisant pleinement le potentiel de ses ressources. En fait, contrairement à Subaru et Abel, ses cheveux, longs à l’origine, n’avaient été que légèrement modifiés, si bien qu’on pouvait dire que c’était lui qui faisait ressortir le plus de charme des matériaux.
En fait, Subaru était persuadé que s’ils se tenaient côte à côte, il ne serait pas très inférieur. Mais――
Subaru : “Il y a une différence dans la quantité de temps et d’efforts investis… Ce doit être du favoritisme divin… !”
Flop : “Je suis désolé de t’entendre te lamenter, mais tu es superbe Époux-kun. Tu n’es plus Époux-kun, tu es Époux-san !”
Subaru : “…Je ne suis plus satisfait par un tel compliment.”
Flop : “Était-ce un compliment ? Je ne savais pas que c’en était un.”
La franchise de Flop n’avait pas changé, même s’il était devenu Flora. Quoi qu’il en soit, c’était très bien dans son cas. Il aurait cependant besoin de conseils pour suivre les instructions du plan.
Dans cette situation, cependant, c’était Abel qui serait le plus important.
Subaru : “Flora et moi pouvons jouer d’un instrument. Par conséquent, ton rôle est…”
Abel : “De danser, hein. Je n’ai pas besoin qu’on me le dise, j’ai le plan en tête. L’importance de mon rôle également. D’ailleurs…”
Subaru : “D’ailleurs ?”
Abel : “Je ne suis pas aussi excellent en danse que ma sœur décédée, mais j’en suis assez proche.”
Ses joues se déformèrent, et même son sourire triomphant et arrogant était magnifique.
L’attitude confiante d’Abel était rassurante, et en même temps, elle faisait brûler le cœur de Subaru d’impatience. En effet, Abel avait démontré sa diablerie sans regret en tant que complète Bianca.
Si la conscience de soi d’Abel était correcte, Subaru pouvait aussi avoir de grands espoirs pour la danse.
Subaru : “――Très bien. Si tu as autant confiance en toi, montre-moi à quel point tu es bon. Après tout, on ne peut pas revenir sur ce qu’on a craché.”
Abel : “Ce que j’ai craché, hein… ? Hmmm, comme lorsqu’on se fait cracher dessus par les nuages, tu veux dire ? C’est une façon assez détournée de le dire, mais c’est correct. Je vais te le montrer.”
Subaru : “――――”
Abel : “C’est le moins que je puisse faire, pour te récompenser d’avoir proposé ce plan.”
L’arrogance d’Abel ne faiblissait pas, même lorsqu’il était habillé en femme, comme s’il n’avait jamais douté de lui-même.
Se sentant à la fois rassuré et menacé, Subaru jeta un regard doux à Rem. Malheureusement, il ne pouvait pas la laisser l’accompagner dans son plan.
Mais quand bien même――
Subaru : “S’il te plaît, prie pour ma sécurité. Je ferai de mon mieux pour toi.”
Rem : “――. ――――. ――――――――. ――――――――Oui.”
Subaru : “Ça t’a pris beaucoup de temps pour prier, hein !”
Subaru s’écria devant la réponse tardive de Rem, qui avait l’air sincèrement mystifié.
Rui, à côté de Rem, recula la tête en entendant cela. Apparemment, même elle ne pouvait pas reconnaître Natsumi comme étant Subaru.
Pour le moment, c’était une bonne chose que la réaction l’ait convaincu qu’il avait gagné en efficacité pour la mission.
――Opération “Kumaso Takeru”.
Tel était le nom de l’opération visant Zikr Osman, le Coureur de Jupons et Général de Deuxième Classe de l’Empire.
Inspiré d’un récit du Kojiki, le nom de l’opération avait été suggéré par Subaru, heureusement, personne n’avait soulevé d’objection.
(Note de Traduction : L’histoire en question est celle dans laquelle Yamato Takeru s’est déguisé en servante lors d’une soirée arrosée pour tuer un chef du Kumaso. Plus d’informations ici.)
Il était difficile de savoir s’ils avaient respecté Subaru, l’auteur du plan, ou si tout le monde se fichait du nom de l’opération, mais c’était une bonne chose qu’il n’y ait pas eu de problèmes à ce sujet.
De toute manière, il n’y avait pas lieu d’élaborer un plan dans lequel le facteur chance entrait inévitablement en ligne de compte.
Naturellement, ils ne ménageaient pas leurs efforts pour augmenter leurs chances de succès, mais il était difficile d’accumuler de la chance. Toutefois, ce n’était pas une mauvaise chose d’obtenir une condition favorable, même si elle était minime.
――En quittant la Jungle de Buddheim, le groupe se mit en route pour Guaral.
Les cinq membres du groupe étaient la Natsumi de Subaru, la Bianca d’Abel, la Flora de Flop, Taritta et Kuna. Le reste du Peuple de Shudraq était dirigé par Mizelda dans un groupe séparé, avec Rem, Rui et Midyam parmi eux.
Dissimulés à l’écart de la ville, ils devaient attaquer les murs de la Ville Fortifiée et faire diversion si le besoin s’en faisait sentir. Mais ce n’était qu’une assurance.
Une garantie moins qu’idéale en cas d’échec du plan. Si le plan échouait, Subaru et les autres seraient alors dans une situation très dangereuse. Quoi qu’il en soit――
Subaru : “Personnellement, je pense que le premier point de contrôle est le plus important.”
Subaru marmonna cela en levant les yeux vers la porte principale, dont la façade leur jetait un coup d’œil en hauteur.
Ils allaient à nouveau défier la porte principale, qu’ils avaient déjà franchie de force, même si cela remontait à quelques jours. Naturellement, après ce qui s’était passé l’autre jour, le niveau de sécurité du poste de contrôle était plus élevé qu’auparavant.
En prévision d’une nouvelle invasion des rebelles, une attention particulière avait été portée aux carrosses draconiques, aux charrettes à bœufs et aux autres véhicules pouvant dissimuler des personnes dans leur cargaison. Il pouvait entendre les cris des marchands et des voyageurs tandis que leurs outils de travail étaient malmenés, leurs chariots retournés et leur paille soigneusement piquée à l’aide d’épées.
Pour être honnête, il se sentait mal pour eux. Cependant, compte tenu du chaos qui allait régner dans la ville, il pensait qu’il serait sage de leur part de faire demi-tour ici.
Bien entendu, il ne pouvait pas leur donner ce genre de conseils, mais――
??? : “――Suivant, qu’en est-il de vous ?”
La voix rude d’un homme sévère frappa les tympans de Subaru alors qu’il réfléchissait.
En levant les yeux, il vit un garde au crâne chauve et à la forte carrure qui lui faisait signe. L’homme invita le groupe à s’avancer, et Subaru pencha la tête avec révérence à la tête de celui-ci.
Subaru : “Nous sommes une troupe d’artistes itinérants. Nous venons dans cette ville depuis le nord.”
Garde : “Ohh, des artistes ambulants…”
En haussant un sourcil de curiosité, le garde regarda également le groupe derrière Subaru.
Flora, qui portait un instrument de musique sur son dos, fit un signe de la main ; Taritta, qui portait ses bagages sur son dos, s’inclina ; Kuna drapa d’un parasol la personne à côté d’elle, dont le visage était recouvert d’un voile, ne permettant à personne de voir son expression.
L’admiration du garde pour ce groupe plutôt atypique était perceptible.
Subaru : “――――”
D’un autre côté, tout en gardant un sourire aimable, les entrailles de Subaru étaient tendues.
Il connaissait bien le garde. C’était lui qui s’était occupé de la porte principale lorsque Subaru avait rencontré Flop et Midyam pour la première fois en entrant à Guaral.
En d’autres termes, il n’aurait pas pu être un meilleur choix en tant que premier obstacle.
Garde : “Mais en venant du nord, ça n’a pas dû être facile. On dit que le territoire de la Dame Ardente est en pleine effervescence là-bas. Des nuées de dragons aériens volent un peu partout.”
Subaru : “Oui, oui, c’est vrai. C’est pourquoi nous ne pouvions pas rester là trop longtemps… En revanche, cette ville est protégée par une muraille aussi magnifique, alors je suis sûre qu’elle est sans danger, pas vrai ?”
Garde : “Euhhh, c’est…”
Lorsque Subaru flirta, un léger sourire aux lèvres, l’expression du garde devint inconfortable.
La raison de sa réaction était probablement liée au fait qu’il savait lui aussi que les Soldats Impériaux, dont le camp avait été réduit en cendres, s’étaient enfuis dans la ville. De plus, l’agitation causée par Subaru et ses compagnons l’autre jour avait probablement rendu les Soldats Impériaux de la ville plus vigilants et l’atmosphère plus tendue.
C’était sans doute ce qui expliquait les troubles d’élocution du garde.
Dans ces conditions, il n’y avait aucune raison de ne pas en profiter.
Subaru : “…Quelque chose vous préoccupe dans cette ville, par hasard ?”
Garde : “…Ouais, en quelque sorte. C’est quelque chose qui est facile à découvrir même en essayant de le dissimuler. En fait, l’Armée Impériale est stationnée dans cette ville actuellement, et ils ont des problèmes avec les tribus à l’est. Alors…”
Subaru : “Ohh là là ! Ça doit être suffocant pour les habitants de la ville.”
Garde : “C’est exact.”
Apparemment exaspéré, le garde se pencha en avant en entendant les paroles de Subaru.
Bien qu’il soit difficile de faire la distinction entre les deux lorsqu’ils n’étaient pas en contact les uns avec les autres, les gardes et les soldats avaient fondamentalement des positions différentes. Les gardes d’une ville n’appartenaient qu’à cette ville. Les soldats, quant à eux, appartenaient au pays, en l’occurrence à l’Empire. Leur chaîne de commandement était également fondamentalement différente.
Le garde en face de lui était également un membre de cette ville et avait le devoir de la protéger.
Cependant, la situation actuelle voulait que l’Armée Impériale ait pris le contrôle de l’hôtel de ville et que les gardes reçoivent l’ordre de faire telle ou telle chose. Les gardes n’avaient aucune raison d’être utilisés comme un jouet par les Soldats Impériaux.
Garde : “De plus, ils ont pris possession des tavernes de la ville, appelant ça “patrouille de nuit”. Et comme ils ne paient pas bien, ce n’est pas bon pour les affaires. Je ne peux plus le supporter.”
Subaru : “Ohh là là, ohh là là, comme c’est terrible ! Je suis de tout cœur avec vous. Entre vous et moi, j’ai eu ma part d’expériences difficiles avec l’arrogance des Soldats Impériaux.”
Garde : “Ohh, vraiment ? Une belle femme comme vous… ?”
Après avoir lancé quelques réactions agréables, la réponse du garde s’adoucit immédiatement devant l’approbation profonde et bruyante de Subaru. En fait, l’homme semblait plutôt amical, alors Subaru baissa légèrement la voix, puis dit “Oui”, et tourna la tête pour regarder ailleurs.
Voyant ce geste significatif, le garde réagit en disant “Ohh, mademoiselle ?” avant de devenir agité.
Garde : “Vous allez bien ? Si vous ne voulez pas en parler, ce n’est pas la peine…”
Subaru : “Non, tout va bien. C’est une très vieille histoire. Auparavant, j’ai été capturée de force par les Soldats Impériaux, mise en cage et traitée comme une esclave.”
Garde : “C’est…”
Subaru : “Ils faisaient parfois des choses comme étendre intentionnellement leurs pieds pour me faire trébucher et tomber, et à d’autres moments ils me menaçaient même avec des lames…”
Garde : “C-c’est impardonnable… !”
Le garde serra les poings en signe d’indignation vertueuse tandis que Subaru racontait son passé avec des larmes.
Voyant les oreilles de l’homme rougir de fureur, Subaru murmura doucement : “Vous êtes si gentil”.
Garde : “Non, non, je n’essaie pas d’être gentil. N’importe qui penserait la même chose que vous.”
Subaru : “Alors, dites, Garde-sama. Si vous avez pitié de moi, laissez-moi entrer. Si vous le faites…”
Gardien : “Alors quoi ?”
Subaru : “Alors je changerai l’atmosphère de cette ville, que l’Armée Impériale a rendue si morose.”
Sa voix était calme, mais l’enthousiasme qu’elle dégageait était passionné.
En entendant cela, le visage sévère du garde rougit de surprise. Son regard se porta sur la troupe d’artistes ambulants alignés derrière Subaru.
Gardien : “…Mesdames, quels arts exactement allez-vous nous présenter ?”
Subaru : “Bien entendu, nous avons voyagé dans le monde entier et appris de nombreux arts différents. J’aime aussi chanter, jouer un peu de musique et faire un peu de magie. Mais…”
Garde : “…Gloup.”
Subaru : “La meilleure partie du spectacle est la danse de la fleur de la troupe, la danseuse.”
Sur ces mots, Subaru désigna une silhouette qui se tenait au centre du groupe, protégée par un parasol. Son visage était caché par un voile, et elle était l’attraction principale de la troupe.
Les yeux du garde s’écarquillèrent et se raidirent tandis qu’il percevait le regard de derrière le voile.
Sa gorge était gelée, même si tout n’était pas exposé.
Garde : “――――”
Il était naturel d’être aveuglé et incapable de bouger.
C’était un chef-d’œuvre qui aurait frustré même Subaru. “La beauté peut être fabriquée”, avait-il déclaré avec audace, mais la vraie beauté était une création de Dieu.
Après tout, la beauté de Subaru n’était rien de plus qu’un travail de retouche en comparaison.
Toutefois, ce seul pas suffisait à aiguiser encore plus sa beauté diabolique.
Subaru : “En plus de la danseuse, nous chanterons et jouerons de la musique pour vous. Nous espérons que vous nous permettrez de rester à Guaral.”
Garde : “――――”
Subaru : “Garde-sama ?”
Garde : “…Ah, ahh, c’est vrai. Je ne vois rien de suspect dans vos possessions…”
Le garde marmonna cela pour lui-même alors qu’il reprenait ses esprits après avoir été titillé à l’épaule par un petit pincement. Il posa ensuite sa main sur sa poitrine et scruta le groupe, respirant doucement pour vérifier les battements de son cœur.
Et autant que possible, en détournant consciemment son regard pour ne pas être hypnotisé par ce visage diabolique,
Garde : “Vous pouvez entrer. Si vous voulez vous produire quelque part, il vaut mieux rester à l’écart de la porte principale. La rue principale au milieu de la ville est un bon point de départ. L’hôtel de ville est trop encombré de soldats pour être un candidat viable.”
Subaru : “Eh bien, c’est très gentil de votre part… Quand est-ce que vous serez disponible ?”
Garde : “Ohh, moi ? Mon service se termine juste avant le dîner, à la tombée de la nuit, et ensuite j’irai manger…”
Subaru : “Alors je vous prie de me faire savoir où se trouve ce restaurant. Je suis sûr que si vous amenez certains de vos collègues avec vous, nous pourrons les remercier pour leur hospitalité à notre égard.”
Il se pencha doucement et chuchota à l’oreille du garde.
Lorsque le garde leva les yeux en signe de surprise, Subaru lui adressa un sourire et s’éloigna. Il se tourna ensuite vers ses compagnons de troupe, qui attendaient impatiemment au poste de contrôle,
Subaru : “Bon, c’est parti, les amis. Nettoyons l’atmosphère de cette ville en guise de cadeau.”
Sur ce, Subaru entraîna les personnes qui s’étaient arrêtées et passa devant le garde.
Sous le regard ébahi du garde qui se tenait les oreilles, Subaru et les autres franchirent fièrement et sans encombre la porte principale de la ville.
En les observant partir, le garde expira silencieusement――
Garde : “…Essayons de terminer le travail le plus tôt possible pour aujourd’hui.”
Il déclara cela sans ambages.
Flop : “Eh bien, c’était de toute beauté, Époux-san ! Je commence à penser que tu as peut-être plus de talent que moi en tant que marchand !”
Quelques instants après avoir franchi la porte principale avec ses bagages, Flop alias Flora félicita Subaru pour son comportement au poste de contrôle, les yeux brillants.
Il n’y avait pas de mensonge dans ses paroles sincères, et Subaru acquiesça joyeusement.
Subaru : “Oui ! Je me sens honoré par tes éloges. Mais je ne suis pas un marchand, loin de là. J’ai mes propres affaires à régler.”
Flop : “Des choses à régler ? Comme quoi ?”
Subaru : “Bien entendu, il ne s’agit pas d’être une dame… il s’agit d’aider les personnes qui comptent pour moi.”
Flop : “――――”
Les yeux de Flop s’écarquillèrent légèrement en entendant les mots de Subaru. Cependant, il détendit rapidement son regard et acquiesça : “Oui, bien sûr”.
Flop : “Alors nous devons faire fonctionner ce plan, et rassurer l’Épouse-san dès que possible.”
Subaru : “Et Flora, nous ne voulons pas que Midyam-san se sente mal à l’aise, n’est-ce pas ?”
Flop : “Hahahaha ! Ma sœur ne s’inquiéterait jamais. Ma sœur est une fille très forte, physiquement et mentalement. Je ne peux pas imaginer qu’elle se sente déprimée !”
Subaru était d’accord avec Flop, qui souriait joyeusement, malgré une attitude peu féminine.
Tout comme Flop, il ne pouvait pas imaginer que Midyam se sente déprimée. La fratrie avait dû s’entraider dans les moments les plus difficiles.
C’est pourquoi Subaru avait la responsabilité d’aider les deux personnes qu’il avait impliquées.
Subaru : “C’est de plus en plus difficile de se planter, hein ?”
??? : “Attends, s’il te plaît attends, Subaru… Non, Natsumi.”
Subaru se ressaisit en entendant une faible voix derrière lui.
Il se retourna pour voir qu’il s’agissait de Taritta, qui portait les bagages du groupe. Elle n’était pas comme d’habitude, car après avoir quitté la jungle, Taritta avait changé de maquillage.
À la place de la tenue d’amazone Shudraquienne, elle portait des vêtements plus flottants, et son image était désormais celle d’une danseuse ethnique exotique.
En fait, elle était moins révélatrice que sa tenue habituelle, mais lorsque Taritta jeta un coup d’œil autour d’elle, ses joues se teintèrent de rouge sous l’effet de l’embarras,
Taritta : “Hey, ce genre d’attention n’est pas un peu trop prononcé ? Il y a quelque chose de bizarre à propos de Kuna et moi…”
Kuna : “Ne me mêle pas à ça, s’il te plaît. Si tu parles de quelque chose d’étrange, il n’y a personne de plus étrange que Natsumi. Qu’est-ce que c’était au point de contrôle à l’instant ? Tu es trop doué avec les hommes.”
Aux côtés de Taritta, Kuna toucha Subaru avec sa faible intensité habituelle.
Après ces mots, Subaru se passa la main sur la joue avec un “Ohh là là”,
Subaru : “Ce n’est pas la première fois que j’ai affaire à un gentilhomme. Et ne t’inquiète pas, Taritta-san. Ce n’est pas toi ou Kuna qui vous démarquez. Mais plutôt nous toutes… Parce que nous sommes magnifiques.”
Flop : “Parce que nous sommes magnifiques !”
En hochant profondément la tête, Flop et Subaru étaient tous deux d’accord.
En réponse, Taritta semblait incrédule et lança : “Magni… fique…”.
Taritta : “S-si vous utilisez des mots pareils, adressez-les à ma sœur…”
Flop : “Qu’est-ce que vous dites, Mademoiselle Taritta ? Votre charme et celui de votre sœur sont deux choses très différentes. Tout d’abord, je ne néglige en aucun cas l’admiration que j’ai pour Mademoiselle Mizelda lorsque je vous complimente. C’est un cas à part, et vous êtes toutes les deux dans des catégories totalement différentes !”
Taritta : “――Hk !”
En un instant, Flop saisit la main de Taritta et lui adressa cela avec un sourire radieux.
Les yeux de Taritta s’écarquillèrent devant la vigueur du geste, et sa bouche s’ouvrit lentement, puis se referma rapidement. Alors que ses joues rougissaient de plus en plus, Subaru mit sa main sur sa bouche et laissa échapper un “Oh là là”.
Kuna : “Je n’en reviens pas. Taritta est particulièrement attachée à la cheffe et n’a pratiquement jamais quitté la forêt. C’est pourquoi elle n’est pas très tolérante.”
Subaru : “Eh bien, elle sourit. Mais tu es calme, pas vrai ?”
Kuna : “Je me suis souvent faufilée hors de la forêt, et je n’ai jamais eu de grande et redoutable sœur… J’ai une sœur plus jeune qui est assez difficile à gérer.”
Au fond de l’esprit fermé de Kuna, cette personne était probablement Holly.
Elles étaient semblables à des sœurs, à des meilleures amies, à un parent et à un enfant. Toutefois, les paroles de Taritta ne pouvaient être ignorées.
??? : “――――”
Autour d’eux, l’attention était certainement focalisée sur le travesti Subaru qui marchait dans les rues après le poste de contrôle.
En plus de leur tenue inhabituelle, toute la ville était sur le qui-vive car les Soldats Impériaux étaient en état d’alerte. Naturellement, les citoyens de la ville se méfiaient beaucoup des étrangers.
Si c’était le cas, alors――
Abel : “――C’est une opportunité.”
Subaru : “Seulement pour les curieux, hein ?”
Sous le parasol, un regard acéré transperça le profil de Subaru depuis l’ombre du voile.
Poussé à cesser de raconter des bêtises, Subaru répondit par un “Oui” sulfureux. Cependant, Subaru était d’accord avec la danseuse pour dire qu’il s’agissait d’une bonne occasion.
Par conséquent――
Subaru : “Suivons les conseils des gardes et faisons nos débuts dans la rue principale !”
Flop : “Très bien, So… Non, Mademoiselle Natsumi !”
Flop suivit le mouvement tandis que Subaru décidait de commencer la performance par un coup d’éclat sur place.
Ils enlèvent une partie de leurs costumes, dévoilant leurs épaules, leurs ventres et leurs dos. Ils se déplacèrent ensuite, chacun tenant un instrument à la main, en se positionnant sur les côtés de la rue principale.
Et puis――
Subaru : “Allons, venez jeter un coup d’œil ! Je vais maintenant vous présenter une chanson et une danse qui ont été transmises à travers le temps et le monde, depuis l’autre côté de la Grande Cascade à l’extrême est ! Vous êtes en présence d’une troupe itinérante qui est venue en ville aujourd’hui pour se produire !”
Subaru entonna bruyamment une phrase promotionnelle, puis Flop, qui avait reçu un contact visuel, commença à jouer de la lyre, un instrument à cordes qu’il tenait à la main.
Les sons légers étaient combinés pour former de la musique, ce qui attirait encore plus l’attention des personnes qui l’entendaient.
??? : “Ohh, qu’est-ce qui se passe ?”
??? : “Elles disent qu’elles sont des artistes itinérantes ! De la musique, de la musique !”
??? : “Wow, c’est une sacrée collection de beautés…”
Les passants, attirés par les paroles de Subaru et la musique de Flop, s’arrêtèrent ou jetèrent un coup d’œil depuis l’intérieur des bâtiments, leur attention étant attirée par la troupe.
Subaru et Flop jouaient les instruments principaux, tandis que Taritta et Kuna suivaient avec des instruments de percussion plus simples, tels que des castagnettes.
Subaru était satisfait de voir que Flop était plus habile que prévu, et il n’avait donc aucun souci à se faire avec la musique. Plus important encore, les chances de victoire étaient d’environ cinquante pour cent.
Subaru : “À partir de maintenant, nous allons chanter et danser une histoire qui vient d’un autre monde, très, très loin ! C’est une histoire composée d’hommes, de dragons, de démons et d’êtres étranges qui ne peuvent être exprimés par des mots. S’il vous plaît, détendez-vous et amusez-vous à votre guise !”
Avec un sourire sur le visage et un ton de voix excité, l’impatience montait au fur et à mesure que la performance de Flop avec Subaru atteignait son premier point culminant.
Tout le monde avait été séduit par leur performance et la beauté des musiciennes, mais la véritable affaire se déroulait juste après.
Et juste au moment où la musique allait crescendo jusqu’à son apogée――
??? : “――――”
Une danseuse aux cheveux noirs enleva lentement la fine soie qu’elle portait et marcha dans la rue.
En soulevant le voile d’une main et en révélant son visage, les personnes qui écoutaient la musique tournèrent leurs regards vers lui, tandis qu’un choc semblable à un coup de poing dans le ventre les envahissait.
Oui, c’était ça. Il voulait cette réaction, ce regard, et pourtant, il était mécontent.
Subaru : “C’est tellement frustrant.”
En jouant de son instrument, Subaru exprima sa frustration intérieure d’être battu.
Au fond de lui, il se sentait vaincu. Ce devrait être une bonne chose d’être battu par quelque chose d’un tel calibre. Mais ce n’était qu’un mensonge. Un sentiment de défaite était en fin de compte un sentiment de défaite, et c’était frustrant.
Toutefois, ce calme juste avant que tout ne se transforme en frénésie était la clé de ce plan.
Alors, au maximum, ils pouvaient charmer les habitants de Guaral avec cette danse.
Subaru : “C’est à toi de jouer, Bianca――!”
Abel : “――――”
Après avoir jeté un coup d’œil à Subaru avec un regard rouge, Abel alias Bianca leva lentement le bras.
Un mouvement fluide, qui consistait simplement à lever un bras. Malgré cela, ses gestes avaient une élégance qui émanait du plus profond de son être. Il se fondait dans l’air et dominait instantanément la rue principale.
Une danse fluide, belle et solennelle commença.
La danse qui accompagnait la musique était quelque chose qu’Abel avait maîtrisé à l’origine, mais avec la touche propre à Subaru, elle était probablement nouvelle pour tout le monde.
Pourtant, il n’était même pas nécessaire d’avoir recours à une quelconque manipulation ou à des astuces mesquines.
Avec les améliorations apportées par Subaru, ce qui était une danse solide était désormais bien supérieur.
Audience : “――――”
Les spectateurs oublièrent de respirer tant leur regard était captivé par la beauté de la danse. C’était un cri de beauté qui faisait appel à leur instinct, qui leur disait de ne pas le quitter des yeux, ne serait-ce qu’un instant. Pour tout dire, voilà ce que les yeux étaient censés contempler.
La danse d’Abel était arrogante et pompeuse, confrontant son public à de telles pensées.
――Elle disait : “Regardez-moi”.
La vue de la foule médusée et stupéfaite effrayait Subaru, même si c’était lui qui avait eu l’idée.
S’il y avait un voleur ici, les personnes qui se trouvaient aux alentours se feraient fouiller les poches ouvertement et ne remarqueraient même pas si quelqu’un prenait leur portefeuille――non, cette supposition n’était pas valable, car même un voleur ne pourrait pas détacher ses yeux de la danse d’Abel.
??? : “――――”
Il ne s’agissait que d’une chanson et d’une danse, qui avaient duré moins de cinq minutes. Les artistes s’étaient concentrés pour ne pas faire d’erreurs, mais Subaru se demandait si quelqu’un l’aurait remarqué s’ils s’étaient trompés. Pour être honnête, Subaru estimait que c’était peu probable.
Une fois la performance terminée, les talons et les orteils d’Abel foulèrent le sol.
En voyant cette posture, le public réalisa finalement que la danse était déjà terminée et qu’Abel ne faisait que se tenir debout.
Immédiatement, la rue principale fut remplie d’applaudissements et d’acclamations.
Tout comme Subaru l’avait espéré, tout comme il l’avait recherché, ce fut une réponse retentissante.
Cependant, contrairement à Flop, qui tenait son instrument et répondait aux acclamations, Subaru souriait à la foule avec des sentiments mitigés.
En tout cas――
Abel : “――Hmm.”
Il ne savait pas quoi dire à Abel, qui lui adressait un sourire triomphant.
La réputation de la troupe dans la Ville Fortifiée de Guaral avait été déterminée par le grand succès de leur première représentation.
Une sorte de manifestation s’était déroulée sur l’avenue principale, mais la réponse avait été bien plus importante que ce à quoi ils s’attendaient, et les activités de la troupe s’en étaient trouvées grandement facilitées par la suite.
Néanmoins――
Subaru : “N’oubliez pas que nous n’avons été mis sous les feux de la rampe qu’en raison de notre nouveauté. Notre performance n’est qu’un effort précipité… Notre rôle actuel n’est qu’une fantaisie passagère.”
Flop : “Je vois ! En d’autres termes, nous devons travailler nos compétences régulièrement, n’est-ce pas, Époux-kun ?”
Subaru : “Oui, c’est pour ça qu’il faut travailler sans relâche et être vigilant tous les jours !”
Subaru serra fermement les poings tandis que Flop, qui s’était redressé, hochait la tête en souriant.
En contraste avec sa voix forte, Flop écoutait très bien et répondait rapidement. Admirablement, le discours de Subaru avait pris de l’ampleur grâce à Flop.
Quoi qu’il en soit, ce n’était pas à Flop que Subaru devait s’adresser.
Subaru : “Vous deux ! Ne baissez pas votre garde.”
Taritta : “Oh-ohh, maintenant on est prise entre deux feux.”
Kuna : “N-nous le sommes… ?”
Lorsque Subaru les pointa du doigt, Taritta et Kuna eurent immédiatement l’air mécontentes.
À l’intérieur de l’auberge, elles avaient toutes deux enlevé les vêtements qu’elles avaient portés pour revenir à leur style Shudraquien, qui ressemblait presque à des sous-vêtements. Lorsqu’elles travaillaient en tant que membres de la troupe, elles étaient correctement habillées, mais dès qu’elles entraient dans l’auberge isolée, elles ressemblaient à cela.
Subaru : “Vous vous relâchez trop.”
Taritta : “Je ne dis pas que nous ne nous détendons pas, mais d’un autre côté, qu’en est-il d’elle… ?”
Subaru : “Qu’est-ce que tu veux dire ? En fait, de quoi parles-tu ? Tu sais, je trouve ces conversations sans sujet précis assez ennuyeuses.”
Taritta : “Je parle de Natsumi, voilà ce qu’il en est. Pourquoi tu prétends être ce que tu n’es pas, même quand personne ne regarde, ça nous dépasse, Kuna et moi. Est-ce vraiment nécessaire ?”
Subaru : “Prétendre être quelque chose que je ne suis pas… ?”
Ne sachant pas de quoi il s’agissait, Subaru répondit d’un air interrogatif, ce qui décontenança Taritta et les autres.
Naturellement, Subaru dit : “C’est une blague”, en dissipant leur surprise.
Subaru : “Néanmoins, je ne peux pas accepter cette notion. Vous savez pourquoi ? “Le diable est dans les détails”, comme on dit, et ce sont les détails apparemment inutiles qui font la réalité de la situation. C’est précisément pour ça qu’il est essentiel de…”
Flop : “Ne pas lésiner sur les moyens dans les endroits qui ne sont pas publics, c’est ce que tu veux dire. Hhm hhm, comme prévu, Époux-kun… Non, Mademoiselle Natsumi ! J’en apprends beaucoup !”
Flop était vraiment un élève qui valait la peine d’être formé, car cette réponse valait cent points.
Cela dit, concernant le fait qu’il ne pouvait pas se corriger dans son utilisation de “boku” comme pronom à la première personne, même s’il essayait, Kuna regarda Subaru en signe de protestation, mais ce dernier se contenta simplement d’un sourire.
(Note de Traduction : Subaru utilise normalement “ore” (俺) comme pronom, mais en se travestissant, il passe à “boku” (僕).)
――À ce moment-là, Subaru et sa troupe d’artistes itinérants séjournaient dans une auberge à Guaral.
Cela faisait déjà trois jours qu’ils avaient commencé leur infiltration, et dans ce laps de temps, ils avaient effectué un total de dix représentations, recevant une réponse plus qu’adéquate.
Il n’avait pas besoin d’argent au départ, puisqu’il disposait du produit de la vente de la corne de l’Elgina, mais une bonne somme d’argent continuait d’arriver pour chaque spectacle, de sorte qu’il estimait qu’il s’agissait d’une entreprise vraiment rentable.
Subaru : “Je pense qu’il est temps de passer à la phase suivante.”
En posant doucement son doigt sur son menton, Subaru espérait un changement dans leur situation stagnante.
En fait, leur situation actuelle se déroulait si bien qu’elle était presque trop belle pour être vraie. Chaque spectacle était un grand succès et les citoyens, y compris les gardes, montraient beaucoup d’intérêt.
Ceci était dû à la perfection de la danse de Bianca, ainsi qu’aux talents de conversation de Natsumi et Flora.
Le caractère mystérieux de Bianca était également un argument de vente, et comme elle n’apparaissait que rarement en public, sauf pour danser, Natsumi et les autres avaient naturellement pris en charge la collecte d’informations.
Au départ, il avait été prévu que la Natsumi de Subaru et la Flora de Flop se chargent de cette tâche, Abel alias Bianca étant incapable de parler d’une voix féminine.
Subaru : “Bizarrement, personne ne se méfie de Flora, pas vrai ? Elle n’a même pas changé de voix.”
Flop : “Haha, je n’ai pas de compétences particulières comme Mademoiselle Natsumi. Mais je voyage seul avec ma soeur depuis longtemps. Peut-être que j’ai pris quelques habitudes de ma sœur ou quelque chose comme ça, et que ça m’a donné cette aura féminine.”
Subaru : “Alors, ça vient de Midyam…”
Flop proposa joyeusement sa nouvelle théorie, mais la Midyam qui apparut dans le cerveau de Subaru était belle en apparence, et ses expressions faciales changeantes étaient adorables et charmantes. Cependant, la théorie selon laquelle sa présence avait eu un effet sur la perfection actuelle de Flora pouvait être débattue.
Abel : “――Vous avez beaucoup de temps à perdre, n’est-ce pas ?”
Subaru : “Hm.”
Une voix froide et glaciale interrompit la conversation entre Subaru et les autres.
Il s’agissait d’Abel, le danseur de la troupe, qui était assis sur une chaise près de la fenêtre, sans perruque sur la tête, et qui s’était finalement décidé à participer à la conversation.
Abel avait dansé dans divers endroits en tant que vedette du spectacle, jour après jour, et bien qu’il essayait de ne pas le montrer, un léger soupçon de fatigue était perceptible.
Bien sûr, il ne l’admettrait jamais, mais le temps passé à Guaral imposait un lourd fardeau au corps et à l’esprit. Ils étaient toujours sur leurs gardes derrière les lignes ennemies. Subaru, comme Natsumi, se rappelait constamment de ne pas perdre son calme.
Personne ne savait quelle tragédie les attendrait s’ils se décourageaient derrière les lignes ennemies.
Au départ, cette stratégie avait été considérée comme une plaisanterie par Rem et Mizelda.
Toutefois, Subaru avait proposé le plan de façon sérieuse, et ils en avaient discuté ensemble pour augmenter les chances de succès. Il n’était pas pessimiste au point d’abandonner et de se lamenter sur l’échec du plan.
Par conséquent――
Subaru : “Bianca, pourquoi ne pas te reposer ? Après tout ce temps, je ne t’ai jamais vue dormir.”
Flop : “Je ne vois pas très bien de quoi tu parles, Mademoiselle Natsumi. Il est impossible que… hein ? Hein ? Maintenant que tu le dis, je ne me souviens pas avoir vu Mademoiselle Bianca dormir non plus.”
Flop essaya de rire à la remarque de Subaru, mais redevint sérieux en remarquant que c’était vrai. Ne prêtant pas attention à Flop, Abel renifla et l’ignora.
Le sens aigu de la prudence d’Abel ne s’était jamais estompé, et il n’avait pas baissé sa garde avec Subaru et les autres.
Bien entendu, Subaru comprenait qu’il n’était pas facile pour un homme dans sa position de s’ouvrir aux autres.
Mais le fait qu’il ne montre aucun signe de détente, même à ses camarades qui entreprenaient à ses côtés cette mission périlleuse, était plus que fatigant.
Comme d’habitude, il ne clignait même pas les deux yeux en même temps, malgré le fait que personne ici ne ferait quoi que ce soit s’il les fermait tous les deux.
Subaru : “Ce mode de vie est fatigant, hein ?”
Abel : “――Est-ce vraiment toi qui me dis ça ?”
Abel fronça les sourcils en réponse à Subaru, ce dernier exprimant ses pensées honnêtes.
En entendant cela, Subaru ne put comprendre. Il était vrai que le mode de vie d’Abel était étouffant, et que celui de Subaru ne l’était pas.
Abel : “C’est particulièrement pathétique que tu n’en sois pas conscient, mais je te pardonne. Continue à faire de ton mieux.”
Subaru : “Tu n’as pas besoin de me le dire, je vais continuer à vivre. Quant à toi…”
Abel : “Fermer les deux yeux signifie abandonner le droit de vie ou de mort à l’autre. Je ne me prends pas assez à la légère pour permettre cela, ne serait-ce qu’un instant.”
Subaru : “――――”
Abel : “Ne perds pas ton sens de la tension, je suis sûr que tu l’as déjà touché.”
Avec ces mots, ceux que Subaru souhaitait répliquer furent bloqués.
Subaru fixa le profil d’Abel avec amertume, mais il n’était plus pris au sérieux. Abel, qui avait enlevé sa perruque et ses bijoux, portait des tenues féminines à l’auberge, afin de pouvoir se changer en Bianca dès qu’il se passerait quelque chose. C’était la raison pour laquelle il paraissait si élégant sans sa perruque, alors qu’il devrait être dans un état déséquilibré sans elle.
C’était la beauté de l’atmosphère tendue qui résultait de l’état d’esprit du “champ de bataille omniprésent” que Subaru avait dit aux autres, y compris à Flop, de maintenir.
Et tandis qu’il songeait au profil froid d’Abel――
Abel : “――Il y a du mouvement.”
Subaru : “Quoi ?”
En marmonnant cela, Abel se leva de sa chaise et se dirigea vers sa couchette. Subaru fut surpris de voir avec quelle rapidité il avait enfilé la perruque qui y avait été laissée. Cependant, la signification de cette action devint immédiatement évidente.
Des pas bruyants et décomplexés montaient de l’étage inférieur, et la porte de la chambre de Subaru et des autres fut violemment frappée.
??? : “C’est donc ici que se trouve la troupe itinérante. Ouvrez. Il s’agit d’un message de l’hôtel de ville.”
Subaru : “Ah, u-un instant, Monsieur !”
??? : “Haha, ne me fais pas rire, je n’attends pas. Nous sommes des soldats.”
Une voix rauque se moqua de Subaru en panique, et la porte de la pièce s’ouvrit sans cérémonie. Un homme vêtu de l’uniforme rouge et noir d’un soldat entra alors dans la pièce.
L’homme avait deux épées dans le dos, son visage se tordait de joie alors qu’il cachait ses pulsions violentes, une pulsion que Subaru avait déjà vue――Jamal.
Subaru : “――Hk.”
Jamal : “N’aie pas peur, je ne vais pas te manger.”
Jamal claqua des dents devant Subaru, qui sursauta et se raidit involontairement. Avec un cache-œil sur son œil droit, il balaya la pièce du regard avec son œil gauche, ne prenant pas la peine de cacher son attitude peu raffinée, en gloussant “Heh heh”. Il observa ensuite Taritta et les autres en sous-vêtements, qui avaient mis du temps à réagir.
Derrière lui, outre Jamal, il y avait quatre autres soldats. Apparemment, c’était Jamal qui les dirigeait, et personne n’osait l’interrompre dans son attitude rude et brutale.
Avec ses hommes qui le suivaient, Jamal acquiesça d’un signe de tête.
Jamal : “Je vois, nous avons de superbes femmes ici. Quand j’ai entendu ces bureaucrates en mal d’amour en parler, j’ai cru qu’ils exagéraient…”
Subaru : “Soldat-sama, que puis-je faire pour vous… ?”
Jamal : “――Je parle en ce moment même, femme.”
La tension qui régnait dans l’air poussa Subaru à se mordre l’intérieur de la bouche. Jamal saisit soudain le cou de Subaru avec sa main.
Non pas dans l’intention de le briser, mais dans le but de l’empêcher de parler――l’agilité de son mouvement et la force de sa poigne lui firent sentir à quel point la différence entre leurs capacités était grande.
Après tout, Jamal, malgré son apparence et sa mauvaise attitude, était très bon dans ce qu’il faisait. Jusqu’à présent, il était probablement la personne la plus compétente sur laquelle Subaru avait posé les yeux dans l’Empire――bien qu’effrayant et fort soient deux choses différentes.
Jamal : “Tu as un beau regard défiant dans les yeux. J’aime bien ces yeux aiguisés aussi.”
Subaru : “Ah, je suis flattée par vos compliments… Kh.”
Jamal : “J’aime également le fait que tu ne parles pas trop. Et si je t’invitais dans ma chambre ce soir et…”
Le visage de Jamal était proche de celui de Subaru, alors qu’il le regardait d’un air lubrique.
Même à une telle distance, il ne semblait pas avoir remarqué la véritable identité de Subaru. En soi, c’était une bonne chose, mais cela semblait avoir tiré sur sa corde sensible dans le sens inverse.
Il avait déjà reçu de telles propositions, mais il avait toujours su les éviter en souriant et en racontant une bonne histoire. Mais lorsqu’il s’agissait de Soldats Impériaux, il devenait difficile de refuser.
――C’est alors qu’un vent violent souffla.
Subaru : “――Ohh.”
De manière inattendue, une brise plus forte traversa la pièce et les cheveux noirs de Subaru s’envolèrent et vinrent chatouiller la joue de Jamal. Après un moment d’agacement, Jamal reporta son attention sur la fenêtre et vit une silhouette qui s’y tenait.
Il s’agissait de la danseuse aux cheveux noirs qui faisait sensation à Guaral, debout, perruque remise en place et coudes détendus. En apercevant la silhouette de face, Jamal siffla de surprise.
C’était une grande preuve d’audace, alors que la plupart des gens restaient à l’admirer.
Jamal : “Haha, c’est donc la danseuse dont j’ai tant entendu parler. Pas étonnant que tu sois capable d’y parvenir.”
Abel : “Hmph.”
Après avoir lâché Subaru dans un souffle de surprise et d’admiration, Jamal s’approcha rapidement d’Abel. Il l’attrapa alors et obligea la danseuse à lui faire face.
Bien qu’il n’en ait pas conscience, il tenait le précieux visage de l’Empereur dans sa main, lui adressant un sourire grossier.
Subaru se disait que c’était exactement ce que quelqu’un avait voulu dire en affirmant que l’ignorance était un bienfait.
Abel : “――――”
Jamal : “Tu es une femme à la peau dure, contrairement à celle-là. Mais c’est aussi bien comme ça.”
Abel serra la mâchoire et fixa tranquillement son adversaire. Tandis que Subaru était sur les nerfs, Jamal reniflait en se livrant au plus grand manque de respect de l’Empire.
Puis, Jamal se retourna en tenant toujours le menton d’Abel et――
Jamal : “Réjouissez-vous, artistes ambulants ! Je suis venu vous inviter à un festin à l’hôtel de ville. Zikr Osman, le Général de Deuxième Classe qui dirige cette ville, demande votre présence.”
Subaru : “Zikr Osman, le Général de Deuxième Classe… !”
Jamal : “Ah, n’est-ce pas un honneur ? Qu’un artiste itinérant soit invité à se joindre à un Général de Deuxième Classe de l’Empire.”
――Subaru serra inconsciemment les poings, comme pour dire “Alors ça commence”.
Les paroles pompeuses de Jamal prirent le dessus sur le manque de respect de la scène et provoquèrent un choc de surprise et de joie à travers Subaru.
Zikr Osman, le Général de Deuxième Classe ! Ils semblaient avoir attrapé le poisson qu’ils essayaient de ferrer.
Jamal : “Pas moyen que vous refusiez, pas vrai ?”
Subaru : “C’est…”
Flop : “Bien sûr que non ! Nous espérions apporter des chants et des danses aux Soldats Impériaux ! C’était le vrai sens de notre voyage !”
Jamal : “Bonne réponse ! J’aime ça.”
L’hésitation de Subaru fut éclipsée par une réponse plus immédiate de Flop.
Le charme de Flop, qui lui permettait de s’ouvrir à n’importe quel adversaire, se révélait ici pleinement face à Jamal.
Jamal, rassuré par la réponse claire de Flop, relâcha rapidement et brutalement le visage d’Abel, puis se dirigea en titubant vers l’entrée de la pièce. Et puis――
Jamal : “Préparez-vous à partir. Je vous emmène toutes à l’hôtel de ville.”
Subaru : “Quoi ? Si vous nous avez invités, nous aimerions nous joindre à vous plus ta…”
Jamal : “Hahaha, ne t’inquiète pas. On nous a dit de vous emmener là-bas. C’est aussi notre travail. Vous pouvez vous changer tout de suite. Je vais aussi demander à mes hommes à l’arrière de porter vos affaires.”
Subaru : “――――”
Jamal : “Ce soir, le banquet est réservé aux Généraux. Nous, simples soldats, ne pouvons qu’espérer en avoir plus après-demain. Alors…”
N’ayant pas l’intention de les laisser partir, le regard vulgaire de Jamal harcelait toutes les personnes présentes dans la salle.
Apparemment, ils ne pouvaient pas se permettre de gâcher sa bonne humeur. Heureusement, Subaru, Abel et Flop étaient au moins habillés en femmes.
Taritta et Kuna, qui risquaient le plus, étaient manifestement des femmes, et il n’y avait donc pas lieu de craindre que leur manque de préparation ne fasse dérailler la mission. Cela dit――
Jamal : “Prenez votre temps.”
Mais l’humiliation de devoir nettoyer la chambre tandis qu’ils les regardaient se changer sans cérémonie et faire leurs valises était difficile à surmonter. Toutefois――
Flop : “Compris ! Allez, tout le monde, on se prépare ! Nous ne voulons pas faire attendre les soldats ! Faisons ça bien !”
Subaru : “Flora…”
Flop : “Ça ne te ressemble pas du tout, Mademoiselle Natsumi ! Ni le sang ni les larmes ne te conviennent.”
Subaru : “――――”
Sa colère bouillonnante disparut en entendant les paroles de Flop, qui lui adressa un sourire.
Les mots qu’il avait pris la peine d’ajouter à la fin étaient considérés comme un défi pour rappeler à Subaru le but du siège sans effusion de sang.
Subaru : “――Oui, tu as raison. Tenez, vous et Bianca, préparez-vous ! D’autant plus que Bianca est une pimbêche qui ne sait rien faire d’autre que danser !”
Abel : “――――”
Profitant de l’incapacité d’Abel à parler, Subaru livra une évaluation cinglante de Bianca. Le regard d’Abel le poignarda, mais Subaru l’écarta.
Il débarrassa rapidement la chambre de ses bagages, se changea pour aller à l’hôtel de ville et se força à se comporter comme Jamal le souhaitait.
Au mieux, il ne pouvait que siffler et se réjouir de les voir changer.
Subaru était sûr que le plus grand choc et le plus grand regret de la vie de Jamal l’attendraient au moment où l’opération se déroulerait comme prévu.
Voilà la raison pour laquelle――
Flop : “Non ! Je ne pense pas qu’il faille aller jusqu’à devoir secouer tes fesses, Mademoiselle Natsumi !”
Même pour un œil non averti, rien dans l’hôtel de ville ne ressemblait à du matériel militaire.
Puisque le bâtiment était utilisé pour la gestion de la ville en temps de paix, il était normal qu’aucun équipement militaire n’y soit préparé. Malgré tout, il y avait actuellement plus de trois cents Soldats Impériaux dans la ville, et plus de cinq cents si l’on incluait les gardes, donc la puissance défensive était suffisante. Plus important encore…
Subaru : “Nous avons réussi à nous faufiler en leur sein, mais…”
À l’intérieur du bâtiment, Subaru gloussa en consultant la carte dans son esprit. L’opération “Kumaso Takeru” se déroulait étonnamment bien.
Il espérait que si les belles artistes ambulantes devenaient un sujet de conversation dans la ville, le général connu sous le nom de Coureur de Jupons s’intéresserait à elles――et finirait par les inviter à un banquet qui permettrait à Subaru et aux autres de s’emparer de leur cible.
En étant invité directement à l’hôtel de ville, Subaru avait la possibilité de réaliser son projet.
Parallèlement, un autre problème fit surface.
Subaru : “Nous allons devoir mener l’opération ce soir…”
Ils n’avaient pas le temps de le signaler à Mizelda et aux autres membres de la deuxième escouade.
Jamal, qui était venu chercher Subaru et les autres à l’auberge, ne leur avait pas permis d’entrer en contact avec le monde extérieur, non par prudence, mais par perversité.
Il ne faisait aucun doute que Jamal était une personne dérangeante, puisqu’il avait de mauvaises intuitions, qu’il compensait par de bonnes compétences.
Même à l’intérieur de l’hôtel de ville, les activités de Subaru et de son équipe étaient restreintes, et comme ils ne pouvaient pas agir séparément pour quelque raison que ce soit au cours de la réunion, ils n’avaient pas encore informé l’autre groupe de ce qu’ils avaient prévu de faire au cours de la soirée. Par conséquent――
Subaru : “Nous devons contacter le monde extérieur depuis l’intérieur de l’hôtel de ville.”
Il y avait également une possibilité d’échec, mais si l’opération de Subaru et des autres réussissait, il serait nécessaire de désarmer les autres Soldats Impériaux à l’intérieur de la ville.
Naturellement, cela nécessiterait une certaine force, donc indépendamment du succès ou de l’échec de l’opération “Kumaso Takeru”, ils devaient être en mesure de coopérer avec le monde extérieur.
C’est pourquoi il était soumis à de nombreux essais et erreurs.
Subaru : “Je ne sais pas ce qu’elle pense, mais Bianca n’est pas fiable…”
C’était une bonne chose de dire qu’il se concentrait sur le banquet de ce soir, mais depuis qu’ils avaient été invités à l’hôtel de ville et isolés dans la salle d’attente, Abel était resté silencieux.
Bien entendu, il comprenait que la coopération avec le monde extérieur déterminerait le succès ou l’échec de ce plan, mais il n’avait pas répondu aux conseils de Subaru.
Flop était aussi d’un grand soutien, et pour être honnête, il avait été d’une grande aide, mais il n’était pas la personne appropriée pour discuter du plan pour faire tomber l’hôtel de ville. Tout d’abord, Subaru ne voulait pas faire quelque chose qui lui causerait plus d’ennuis. En d’autres termes――
Subaru : “Il faut que je fasse quelque chose à ce sujet.”
En serrant les poings, Subaru s’enflamma dans les toilettes où on l’avait conduit.
Subaru et les autres avaient reçu l’ordre de ne pas quitter la salle d’attente, mais comme prévu, ils ne leur interdisaient pas d’aller aux toilettes. Néanmoins, ils ne pouvaient pas agir de manière imprudente, car l’hôtel de ville serait immédiatement envahi par des Soldats Impériaux s’ils montraient un comportement suspect.
Subaru jeta un coup d’œil par la fenêtre, mais ne pouvait malheureusement même pas essayer de sortir, car elle était munie de barreaux en fer, et parce que la salle d’attente elle-même se trouvait au troisième étage du bâtiment.
Il ne pensait pas que les soldats se méfiaient particulièrement de Subaru et des autres. Cependant, il était hors de question de les laisser sans surveillance. C’était peut-être une manifestation d’impérialisme.
Dans le pire des cas, l’idée de revenir sur la décision de procéder à l’opération ce soir au banquet vint à l’esprit de Subaru.
Subaru : “…Même si nous pouvions manquer le banquet, nous ne pourrions pas éviter l’invitation par la suite.”
Il s’agissait d’une troupe d’artistes itinérants avec de superbes femmes.
En premier lieu, lorsqu’il s’agissait d’abattre le soi-disant Coureur de Jupons, il était facile d’imaginer que l’objectif était la danse, les arts du spectacle et les plaisirs nocturnes qui s’annonçaient.
Même s’il pouvait éviter les avances des citoyens, il lui serait difficile de refuser celles d’un Soldat Impérial, et d’un Général de surcroît. Et il ne pourrait rien faire s’ils l’emmenaient dans la chambre à coucher.
Après tout, il ne s’agissait encore que de travestissement et il n’y avait pas de guide universel sur ce qu’il fallait faire à partir de là.
Subaru : “Je veux dire, si ça arrive, c’est la fin du jeu avec une mauvaise fin.”
Il devait donc à tout prix régler les choses lors de cette soirée.
En outre, même si, par miracle, ils parvenaient à éviter l’invitation nocturne, si les paroles de Jamal étaient vraies, il y aurait le lendemain un banquet auquel participeraient de simples soldats, plutôt que les Généraux.
Des soldats ordinaires――ce qui inclurait, bien sûr, celui que Subaru voulait le moins revoir.
Subaru : “――――”
Pour être honnête, lorsque Jamal était entré dans l’auberge, Subaru avait cru que son cœur allait s’arrêter.
Il avait été soulagé qu’il n’ait pas reconnu Natsumi comme étant Subaru, mais cela n’effaçait pas tout le danger――il y avait encore une chance qu’il ait été tué par cette flèche.
Subaru : “Je ne veux pas qualifier ça d’espoir trop grand, hein ?”
C’était un état d’esprit difficile à supporter.
Il ne voulait pas le revoir, mais il ne voulait pas non plus qu’il soit mort. C’était compliqué.
Même Subaru savait qu’il existait dans ce monde un mal qu’on ne pouvait laisser vivre. Les Archevêques du Péché en faisaient partie, et ils représentaient tous des péchés impardonnables.
Ainsi, s’il s’agissait d’un Archevêque du Péché, Subaru serait prêt à les laisser mourir sans hésitation. Mais il n’était pas l’un d’entre eux ; il n’était que l’objet de la peur de Subaru, pas le mal.
Tout d’abord, s’il s’exprimait ainsi, qu’en était-il de Rui, l’un des Archevêques du Péché, qu’il continuait d’ignorer sans sourciller ?
Subaru : “――Ce n’est pas bon. Pour l’instant, je dois me concentrer sur le plan qui se trouve devant moi.”
Il était ridicule de s’inquiéter de l’effondrement de ses fondations maintenant.
D’une manière générale, il ne s’agissait pas seulement de ses fondations. Bien qu’il soit maintenant maquillé, son corps et son esprit étaient toujours en lambeaux.
Subaru savait utiliser le peu qu’il avait en main, et c’était ce qui le rendait spécial.
Subaru : “Je ne peux pas rester ici plus longtemps, n’est-ce pas ?”
Après une fouille minutieuse des toilettes, il conclut que, malheureusement, il n’y avait rien d’utilisable. Il devait réfléchir à d’autres méthodes pour entrer en contact avec le monde extérieur.
Il y avait également le garde qui attendait devant les toilettes, les vigiles qui les empêchaient de se promener à l’intérieur de l’hôtel de ville, et d’ailleurs, Subaru n’avait vraiment pas envie d’être suspect.
Il se pourrait qu’ils doivent reconsidérer leur plan. Si la situation devenait plus urgente, Abel pourrait comprendre ce point de vue.
Subaru : “Je suis désolée de vous avoir fait attendre. J’étais un peu nerveuse.”
Garde : “Hmm, ohh, ne t’inquiète pas. Je viens de trouver quelqu’un à qui parler.”
Subaru : “Quelqu’un à qui parler ?”
Alors que Subaru sortait tranquillement de la salle de bain, le soldat de garde qui l’attendait répondit. Il semblait parler à quelqu’un qui passait par là et qui, d’un mouvement du menton, le regarda et déclara――
??? : “――Ohh, tu es donc la danseuse invitée pour le spectacle de ce soir.”
――Le cœur de Subaru se figea en voyant un visage qu’il ne voulait absolument pas apercevoir.
Subaru : “Ah, kuh…”
??? : “Hm ? Qu’est-ce qu’il y a ? Tu as l’air si effrayée. Ohh, allez, je ne vais pas te manger.”
En voyant la gorge de Subaru trembler, l’autre personne se mit à rire et à faire une blague.
C’était une boutade qu’il avait entendue de la bouche de Jamal à l’auberge il y a peu de temps. Mais contrairement à Jamal, qui l’avait prononcée à cause de son esprit sale, il ne pouvait pas l’ignorer cette fois-ci.
Il voulait lui demander s’il ne voulait vraiment pas le manger.
Garde : “Quoi, tu as fait quelque chose, Todd ?”
Todd : “Moi ? Ne sois pas ridicule, je ne peux rien faire. Mes blessures sont si graves que je suis cloué au lit depuis un certain temps. Je suis à peine capable de marcher.”
Garde : “C’est vrai aussi. Donc c’est comme si elle détestait ton visage physiologiquement ?”
Todd : “C’est plutôt blessant…”
L’homme qui se grattait la tête et qui avait une conversation amicale avec le soldat qui montait la garde――Todd.
L’objet de la peur qui rendait Natsuki Subaru le plus méfiant, et celui qui l’amenait à s’interroger sur la moralité de tuer ceux en dehors des Archevêques du Péché. C’était le cauchemar personnifié qui discutait devant lui.
Subaru : “――Ah.”
Il fallait qu’il dise quelque chose, voilà ce que pensait Subaru, dont le cerveau tournait à toute vitesse.
Le silence n’était pas bon. Il ne devait pas laisser transparaître le moindre soupçon. Todd le découvrirait et s’en servirait comme prétexte pour attaquer.
Il n’avait pas besoin de preuves. S’il avait un soupçon, il essaierait de l’écraser. C’est pourquoi――
Todd : “Hey, sérieusement, qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? Attends, est-ce qu’on s’est déjà…”
Subaru : “Ah, je suis désolée… c’est juste que…”
Todd : “C’est juste que ?”
Les mêmes mots étaient répétés calmement, mais son cœur avait l’impression qu’il allait basculer.
Il voulait mettre fin à la conversation en disant qu’il ne se sentait pas bien. Mais juste avant de le dire, il se demanda si c’était vraiment correct.
La maladie était une excuse courante, mais ce serait un mensonge. Il avait l’impression que Todd pouvait voir clair dans un mensonge.
Si Subaru essayait d’utiliser ses connaissances acquises grâce à la Mort Réversible, Todd comprendrait ses intentions et lui planterait un couteau dans le corps. Les mensonges seraient découverts. Définitivement.
Les mensonges devaient être évités.
Il ne se sentait pas seulement mal, Subaru avait du mal à respirer actuellement――
Subaru : “Je suis un peu, eh bien, effrayée…”
Todd : “Effrayée ? De moi ?”
Subaru : “Pas seulement vous. Je regrette de devoir dire ça, mais… on m’a amené ici un peu trop brutalement.”
Il détourna le regard et s’efforça de ne pas regarder Todd dans les yeux.
Chaque mouvement faisait tourbillonner le doute dans l’esprit de Subaru, qui essayait de déterminer s’il avait réussi ou échoué. Il avait l’impression que si on le regardait dans les yeux, on découvrirait son mensonge. Il avait l’impression que s’il mentait, ils verraient à travers lui.
Il ne mentait pas. Il avait assurément peur de Todd. Il n’y avait pas moyen de déformer ce fait.
En entendant la réponse désespérée de Subaru, Todd ferma un œil.
Todd : “Quand elle dit qu’elles ont été forcées d’être conduites ici, qui les a emmenées ?”
Garde : “Euh, je crois que c’était le Soldat de Première Classe Aurélie.”
Todd : “Ohh, Jamal. C’est logique, alors. Eh bien, désolé s’il t’a fait peur.”
Subaru : “Eh…”
Todd, convaincu par l’échange avec le garde, parla ainsi et s’excusa auprès de Subaru.
Lorsque Subaru écarquilla les yeux devant son attitude inattendue, Todd se gratta la joue avec ses doigts.
Todd : “Je ne dirais pas que c’est un mauvais… gars. Jamal a une mauvaise bouche et une mauvaise personnalité, et il n’est pas très intelligent. Mais ce n’est pas un mauvais gars. Il est juste lui-même.”
Subaru : “Ha, ha…”
Todd : “Si tu le peux, pourrais-tu faire preuve d’ouverture d’esprit et lui pardonner ? Il semblerait que ce soit mon futur beau-frère. Sa sœur angélique, qui ne lui ressemble pas du tout, est ma fiancée.”
Subaru fut déconcerté par les paroles de Todd, accompagnées d’un sourire amer.
À première vue, Todd ne semblait pas se méfier des paroles ou des actions de Subaru. Au contraire, il semblait compatissant et préoccupé par l’implication de Subaru avec Jamal.
Ici, Subaru ne pouvait cacher son étonnement devant l’habileté qu’il avait acquise dans l’art du travestissement et le fait qu’il avait été sauvé par Jamal, habituellement grossier et problématique.
Les jours qu’il avait consacrés à la recherche de la beauté, après avoir cru qu’ils ne servaient à rien, n’avaient pas été vains.
Même le harcèlement sexuel dont il avait été victime de la part de Jamal s’était avéré utile.
??? : “――Ohh ! Hey, Todd, qu’est-ce que tu fais ici !”
Alors que Subaru y réfléchissait, un cri de colère retentit dans le couloir.
Il s’agissait de Jamal, qui élevait la voix et émettait des bruits de pas. S’apercevant de l’approche de Jamal, Todd porta la main à son front.
Todd : “Oups. Tu m’as trouvé…”
Jamal : “Je ne t’ai pas trouvé ! Un type qui a un trou dans l’estomac devrait se reposer ! Tu pensais ne pas pouvoir faire confiance à ce que tu ne vois pas de tes yeux, hein ?”
Todd : “Non, non, non, je te fais confiance. Je te fais confiance. Tu es étonnamment diligent et tu fais bien ton travail. Mais même s’ils travaillent avec diligence, les ratés seront toujours des ratés, pas vrai ?”
Jamal : “C’est ce que je veux dire quand je déclare que tu ne te fies qu’à tes yeux… !”
Jamal claqua la langue en entendant la réponse de Todd, qui levait les mains et haussait les épaules.
Mais lorsque Jamal, qui s’approchait avec un grognement, remarqua Subaru à côté de Todd, son expression passa de la colère au sourire.
Jamal : “Ohh, tu es la fille du spectacle, non ? C’est toi que j’aime le plus. Si tu n’es pas invitée ce soir…”
Todd : “Ah, oui, oui, ça suffit ça suffit.”
Jamal, avec un regard attendri, tendit la main et tenta d’attraper l’épaule de Subaru. Mais ce fut Todd qui arrêta la main de Jamal.
Todd saisit le poignet de Jamal et lui adressa un autre “Ça suffit” alors que ses joues se contorsionnaient.
Todd : “Tu lui fais peur avec ton attitude. Cette fille que je n’avais jamais rencontrée auparavant a eu peur tout d’un coup, et ça m’a blessé.”
Jamal : “Je n’ai rien fait du tout. Je ne sais pas pourquoi tu m’interromps en premier lieu… Impossible, tu… avec cette femme… ?!”
Todd : “Ne plaisante pas, Jamal. Ta soeur est la seule qui compte pour moi. Tu le sais, pas vrai ?”
Jamal : “C’est compliqué pour un frère d’apprendre que sa sœur est le seul amour de quelqu’un…”
Jamal marmonna cela d’un air venimeux en repoussant la main de Todd.
Il jeta ensuite un coup d’œil à Subaru, mais la façon dont ses joues étaient rapprochées semblait le dissuader de l’embêter davantage.
Étonnamment, Jamal avait aussi un peu de bon sens. Ou peut-être avait-il suffisamment de cœur pour être blessé par une personne effrayée. Quoi qu’il en soit――
Todd : “Bref, il faut y aller. De toute façon, nous ne pourrons pas assister au banquet d’aujourd’hui.”
Jamal : “Cela dit, je commence à en avoir assez d’essayer de colmater les brèches dans les défenses de la ville.”
Todd : “Ce ne sera pas ennuyeux. C’est une garantie, une garantie――c’est de là que viendra l’ennemi, c’est certain.”
Avec un petit rire, les paroles acerbes de Todd écorchèrent la poitrine de Subaru.
Il se félicita de son choix en son for intérieur en estimant que l’idée d’utiliser une voie secrète avait été bien perçue. Puis, après s’être félicité――
Todd : “Au fait, quel est ton nom ?”
Subaru : “――――”
Subaru n’était pas sûr que Todd avait vu sa distraction.
La question, semblable à une feinte, donna à Subaru l’impression qu’il allait perdre connaissance. On lui avait demandé son nom. Pourquoi, pourquoi, pourquoi, les questions se bousculaient.
Pourquoi ne lui demanderait-il pas au moins son nom ? ――Non, Todd ne le demanderait pas. C’est pourquoi Rem s’était méfié de Todd dès le début. En raison de ses mauvaises relations avec lui, Subaru n’avait pas échangé de nom avec lui cette fois-ci. Devait-il donner son nom ou pas, que faire ?
Todd : “S’il te plaît, dis-le moi.”
La demande fut répétée et Subaru haleta.
Se résignant à ne pas être en mesure de trouver une réponse, il sourit aussi nonchalamment que possible et prononça son nom à contrecœur.
Subaru : “――Natsumi Schwartz, c’est mon nom.”
Il prononça ainsi son nom.
Il ne voyait pas d’autre choix que de le faire. Il espérait et priait pour que ce soit la bonne réponse, et attendit la réaction de son interlocuteur.
Lorsqu’il entendit la réponse, Todd hocha la tête, se caressant le menton avec un “Hmm”,
Todd : “Tu l’as entendue, Jamal. Tu n’es pas content d’avoir son nom maintenant ?”
Jamal : “La ferme ! Je me casse d’ici !”
Todd : “D’accord, d’accord… Ohh, est-ce que je peux te suivre dehors aussi ?”
Jamal : “Tu n’es vraiment pas digne de confiance… Fais ce que tu veux !”
Todd le suivit en haussant les épaules après avoir perçu la voix furieuse de Jamal, qui aboyait, le visage rouge.
Sur ce, les deux hommes disparurent de la vue de Subaru, sans jamais se retourner. Ils tournèrent au coin du couloir et disparurent. Loin des yeux, loin du cœur.
Subaru : “…Vraiment ?”
Garde : “Hey, ça va ? Tu as l’air très pâle.”
Subaru expira en regardant au loin, se demandant s’il reviendrait encore. Le seul soldat de garde qui restait s’inquiétait de Subaru en voyant son exaspération.
Il ne restait plus de temps à Subaru pour répondre.
Il réussit cependant à se faire pardonner par le soldat de garde et l’accompagna jusqu’à la salle d’attente pour rejoindre Flop et les autres, qui se tenaient prêts à l’intérieur.
Flop : “Tu en as mis du temps, Mademoiselle Natsumi… ! Est-ce que ça va ? Tu es vraiment très pâle.”
Subaru : “J’ai déjà entendu ça… Pour l’instant, la tempête est passée. Mais le problème reste entier.”
De retour dans la salle d’attente, voyant le regard inquiet de Flop, il eut enfin le temps de se préoccuper de son rythme cardiaque et de sa respiration.
Lentement, Subaru se calma en prenant de grandes respirations pour corriger ses réactions physiologiques brutales. Oui, il avait échappé à la tempête qu’il avait soudainement rencontrée. Probablement.
Ils ne pouvaient pas baisser leur garde jusqu’à la fin, mais pour l’instant, la tempête devait être passée.
Toutefois, ils n’avaient pas encore surmonté le grand obstacle qui constituait leur problème initial.
Subaru : “Nous devons trouver un moyen de contacter le monde extérieur. Si nous continuons ainsi, même si notre plan réussit…”
Taritta : “Ah, ne t’inquiète pas, Natsumi. Kuna et moi avons laissé un signal que ma soeur comprendra.”
Subaru : “Quoi ?”
Les yeux de Subaru s’écarquillèrent lorsqu’il apprit que le problème auquel il était confronté avait été résolu de la sorte.
Taritta avait l’air de s’excuser de sa réaction, tandis que Kuna semblait indifférente. Son regard, dirigé vers elles, demandait ce qui se passait sans paroles.
Taritta : “Eh bien… Natsumi sera l’appât, et je signalerai les autres, alors fais ton travail. C’est ce qu’a dit Bianca.”
Subaru : “Quo, quo, quo… ?”
Les yeux de Subaru s’écarquillèrent et il observa Abel dans le coin de la pièce.
Puis, s’apercevant de sa grimace, Abel rétrécit les yeux, secoua la tête et déclara――
Abel : “Plutôt que de te le dire et de te faire bouger de façon anormale, je t’ai utilisé comme un leurre naturel. Heureusement, tu sembles t’être assez bien acquitté de ta tâche. Je t’en félicite.”
Subaru : “Ferme-la ! Sais-tu ce que j’ai dû endurer… ?!”
Flop : “Ohh, du calme, Mademoiselle Natsumi ! Tu ruines ton joli visage !”
Subaru : “Tais-toi !”
Il s’apprêtait à se mettre en colère contre l’attitude d’Abel, mais Flop l’arrêta par-derrière.
Il voulait vraiment frapper ce visage démoniaque arrogant, mais Subaru n’avait pas d’autre choix que de rester calme. Cette stratégie ne serait pas possible sans ce visage.
C’était incroyablement horrible qu’il utilise son propre visage comme otage.
Subaru : “Toi, je vais définitivement te frapper quand ce sera terminé… !”
Abel : “Si tu as autant de temps pour songer à ce que tu feras après la fin, alors je suis sûr que tu seras capable de le faire sans faute.”
Subaru : “Flora ! Nous allons répéter jusqu’à ce que ce soit le moment !”
Flop : “D’accord, d’accord, d’accord.”
Subaru serra les dents de colère, comme s’il disait “Tu es l’incarnation même du fait d’avoir toujours une riposte à tout ce que je dis”.
Quoi qu’il en soit, s’ils avaient pris contact avec le monde extérieur, il ne leur restait plus qu’à attendre le moment en question.
Tout au plus, oui, tout au plus――
Subaru : “――Ça va être terrible si le plan ne marche pas.”
Il grommela en signe de défaite, mais Subaru avait été convaincu, au cours des derniers jours, que cela fonctionnerait sans aucun doute.
C’était vraiment frustrant, parce que rien ne semblait pouvoir échapper au charme de cette danseuse arrogante, à l’exception peut-être d’un Archevêque du Péché.
