21 — Zikr Osman
――Zikr Osman, le Général de Deuxième Classe de l’Empire de Vollachia, était surnommé “Coureur de Jupons”.
De nombreux mots étaient employés pour le décrire, comme obsédé sexuel, débauché et luxurieux.
Pour un Soldat Impérial qui devait donner l’exemple d’une vraie force et gagner le respect de ses collègues officiers, c’était un ensemble de termes plutôt disgracieux.
Cependant, Zikr Osman lui-même aimait être connu en tant que Coureur de Jupons.
――Non, il ne serait pas exagéré de dire qu’il en était fier.
Pour quelle raison ?
Parce que Zikr détestait le surnom qu’on lui avait attribué avant d’être surnommé Coureur de Jupons.
Pour un soldat, être appelé par un tel surnom était une humiliation insupportable. C’est pourquoi il arborait fièrement le titre de Coureur de Jupons, ce qui faisait oublier à ses compagnons d’armes l’autre surnom.
Quoi qu’il en soit, bien qu’il soit appelé ainsi, le sens de l’appellation de Zikr en tant que Coureur de Jupons différait de celui des Casanovas ou des vices des hommes qui méprisaient les femmes.
La Maison Osman avait engendré des lignées de soldats pendant des générations, mais dans celle de Zikr, le sang avait été déséquilibré et, pour une raison ou une autre, la famille n’avait engendré que des femmes. Né et élevé dans un environnement où il y avait quatre sœurs aînées et six plus jeunes, Zikr avait passé son enfance sans même un frère.
En grandissant entourée de sœurs de tous les côtés, comme la plupart des gens, Zikr s’était vu inculquer diverses notions préconçues concernant les femmes.
Mais ce qui le différenciait de la plupart des gens qui perdaient leurs illusions sur les femmes en raison de l’existence de membres féminins dans leur famille, c’était sa recherche de fantasmes et l’idéalisation des femmes extérieures.
Et puis, il s’était séparé de ses sœurs, attristées de laisser partir leur adorable et gentil frère, et il avait commencé sa carrière de Soldat Impérial à un jeune âge, entrant en contact avec des femmes extérieures pour la première fois, et il avait craqué.
Dès lors, les femmes avaient été pour Zikr Osman une sorte de rêve éphémère, une existence entre idéal et réalité, un fruit défendu mêlé d’amour et de haine.
Après avoir été élevé en étant malmené par un grand nombre de femmes dans sa famille, Zikr souhaitait ardemment traiter les femmes avec gentillesse, tout en étant traité avec gentillesse par elles. Il considérait donc comme un plaisir suprême de servir les femmes et d’être servi par elles, ce qu’il mettait en pratique.
Cette attitude divergeait de celle de la plupart des hommes dominants de l’Empire, ce qui, combiné à la jalousie et au mépris pour ses tactiques précises et ses victoires sûres, lui avait valu le qualificatif de “Coureur de Jupons”.
Mais, comme indiqué au départ, Zikr Osman appréciait ce sobriquet.
“Coureur de Jupons”, n’était-ce pas splendide ? Après tout, il y avait plus d’hommes qui aimaient les femmes que d’hommes qui ne les aimaient pas, ce qui donnait l’occasion de parler avec de nombreux officiers.
La position de Zikr était claire et ne laissait aucun doute, et ses subordonnés, connaissant les goûts de leur officier supérieur, le considéraient naturellement en tant que Coureur de Jupons et le respectaient.
――“Coureur de Jupons”, n’était-ce pas splendide ?
Zikr Osman était l’homme qui s’était élevé au rang de Général Impérial de Deuxième Classe, malgré cette appellation.
Avec l’Empereur chassé de son trône, ses adversaires politiques avaient choisi le meilleur dans les limites de leur sphère d’influence, à savoir nul autre que lui.
Il s’agissait assurément du Général menaçant appelé le Coureur de Jupons, Zikr Osman.
Depuis le départ, Zikr avait eu l’intuition qu’il y avait quelque chose de louche dans cette expédition.
Chaque année, des exercices militaires étaient organisés dans la région de la Jungle de Buddheim, dans la partie orientale de l’Empire, mais cette année, ils avaient eu lieu plus tôt et, y compris Zikr, seule une partie des officiers commissionnés avait été informée du but de l’expédition――des négociations avec le Peuple de Shudraq.
Zikr : “Le Peuple de Shudraq se cachant dans Buddheim…”
Un peuple indigène qui vivait dans la Jungle de Buddheim, la tribu était connue pour avoir une longue histoire.
Ils étaient également connus pour ne pas émerger de la jungle considérablement dense, et Zikr ne les avait jamais rencontrés en personne. Mais il avait entendu dire qu’il s’agissait d’une tribu matriarcale, de sorte qu’il souhaitait les rencontrer ne serait-ce qu’une fois.
En vivant au plus profond de la jungle, leur approche consistant à capturer des hommes de l’extérieur pour les utiliser comme outils de production d’enfants était également fascinante. Elles étaient probablement toutes des femmes fortes et indomptables, pensait-il.
Les femmes étaient bonnes. Fortes ou faibles, douces ou rudes, toutes les saveurs.
Après tout, elles ne pouvaient pas toutes être mises dans le même sac. Les sœurs aînées, et les sœurs cadettes également, avaient des moments où elles étaient gentilles et des moments où elles étaient rudes, des moments où elles étaient douces et des moments où elles étaient acerbes.
Si une seule femme présentait une telle splendeur kaléidoscopique, comment pourrait-on envisager de mettre plusieurs femmes dans le même sac ?
Par conséquent――
Zikr : “Leur faire jurer fidélité, ou les détruire… À quoi pense la Capitale Impériale ?”
Tel était l’ordre secret donné à Zikr, à huis clos, avant son départ pour l’expédition.
Les informations en provenance de la Capitale Impériale de Lupugana affirmaient que le véritable but de cette expédition était de conquérir le Peuple de Shudraq ou de l’anéantir. Il avait tenté de s’assurer qu’il n’y avait pas d’erreur, mais la réponse de la Capitale Impériale était restée immuable, et Zikr n’avait pas eu d’autre choix que de s’y conformer.
Toutefois, il avait entendu parler d’une sorte de trouble au sein de la Capitale Impériale, et il pouvait donc imaginer que ça avait quelque chose à voir avec l’objectif de l’expédition.
Le fait que les simples soldats aient reçu l’ordre d’exécuter ce plan alors que le but de l’expédition leur était caché en était la preuve――Zikr ignorait à quoi pensait Son Excellence l’Empereur.
Zikr : “Mais personne ne peut lire les intentions profondes de ce gentilhomme, n’est-ce pas ?”
――Le soixante-dix-septième Empereur de l’Empire Sacré de Vollachia, Vincent Vollachia.
Il s’agissait du nom de celui qui régnait sur cet Empire, l’homme le plus sage de cette époque, qui ne permettait jamais aux autres de lire le fond de ses pensées.
Dans le Palais de Cristal de la Capitale Impériale de Lupugana, Son Excellence l’Empereur était considéré comme ayant une vue dégagée sur l’ensemble du vaste Empire. Même si Zikr était un Général de Deuxième Classe, son poste était très éloigné de la Capitale Impériale, et il n’avait que peu d’occasions de voir son visage. Pourtant, son ingéniosité et sa renommée avaient franchi la distance pour atteindre les oreilles de Zikr.
Au sein d’une société impériale où les forts consommaient les faibles, l’escalade avide était considérée comme une fatalité.
Dans un monde où divers clans et localités se révoltaient, et où les charbons ardents de l’insurrection s’enflammaient chaque jour, Vincent avait écrasé tous les problèmes avant qu’ils ne se transforment en un véritable brasier.
Au cours des huit années qui avaient suivi le début de son règne, l’Empire de Vollachia s’était étonnamment pacifié.
Du sang avait coulé, des flammes avaient été attisées et des vies avaient été perdues.
Et pourtant, cette période était la plus tranquille depuis la fondation de l’Empire Vollachien.
Par conséquent, cette approche exhaustive à l’égard du Peuple de Shudraq avait fait froncer les sourcils de Zikr.
Bien qu’il soit un parfait enfant de la guerre, Son Excellence l’Empereur avait évité le combat à certains égards. Il ne détestait pas la guerre, mais il l’avait jugée stupide, et c’était la raison de ses décisions. Voilà la supposition à laquelle Zikr adhérait de son propre chef.
Peut-être que ce sentiment était dû à l’impression d’avoir été trahi ?
??? : “Non, ce n’est pas le cas, Général de Deuxième Classe Zikr. Je comprends votre point de vue, Monsieur. Je ne suis moi-même qu’un simple soldat, mais je dois aussi tenir compte de toutes sortes de choses.”
Un militaire ordinaire avait dit cela, en l’écoutant avec un sourire charmeur.
Ils partageaient un moment dans une taverne alors qu’ils étaient stationnés dans la Ville Fortifiée de Guaral, où l’expédition était basée. Les nuits que Zikr ne passait pas avec des femmes, il les passait à boire avec ses subordonnés. De plus, au lieu d’une suite d’officiers de haut rang ou de Généraux de Troisième Classe, il buvait avec des soldats ordinaires de rang inférieur.
Bien entendu, la plupart des soldats n’avaient pas particulièrement envie de boire de l’alcool avec leurs supérieurs.
Malgré tout, Zikr aimait ce genre de rituel lorsqu’il partait en expédition, car cela l’aidait à comprendre les pensées et les préférences des subordonnés avec lesquels il voyageait――mais ce soir-là, il en avait peut-être un peu trop dit.
Le soldat avec lequel il buvait ce jour-là était très bavard.
Tandis qu’ils buvaient, il regardait toujours autour de lui, débordant de curiosité. Lorsqu’on lui demandait à quoi il pensait, il plaisantait en disant qu’il émettait des hypothèses sur ce qui se passerait si la taverne se transformait en champ de bataille.
Une attitude de préparation constante au combat et un manque de timidité à l’égard de la compagnie de son officier supérieur. Cet état d’esprit Impérial, combiné à son affection personnelle pour l’humanité, l’avait amené à parler de choses qu’il n’aurait pas dû.
Ce n’était pas comme s’il avait déclaré le contenu de l’ordre secret concernant le Peuple de Shudraq, et bien qu’il ne l’ait pas dit explicitement, il avait l’impression que c’était clair d’après la façon dont il avait été écouté.
S’il s’était agi d’un espion d’un autre pays, Zikr aurait été exécuté pour une telle bavure.
Soldat : “Vous n’avez pas à vous inquiéter, je serai même en première ligne demain sur votre ordre, Monsieur… Franchement, je suis sûr que les hauts responsables ont toutes sortes de motifs, mais ça n’a rien à voir avec moi.”
Alors que l’ivresse s’estompait et que Zikr reprenait ses esprits, le soldat prit la parole comme pour le rassurer.
Puis, comme il l’avait annoncé, il s’était rendu au campement de l’expédition sur la ligne de front, le campement adjacent à la Jungle de Buddheim.
Cette information avait été confirmée et, alors qu’il restait dans la ville, Zikr était à nouveau confronté à une boule de malaise dans sa poitrine.
Malgré l’ordre de la Capitale Impériale d’adopter une approche radicale à l’égard des Shudraquiens, en les soumettant ou en les tuant, si possible, Zikr avait eu l’intention de s’en tenir à une approche persuasive.
Voilà ce en quoi Zikr plaçait sa foi, et ce qui lui semblait le plus proche de la conviction de Son Excellence l’Empereur.
Néanmoins――
Zikr : “――Le camp a été incendié lors d’une attaque des Shudraquiens ?”
En recevant le rapport inattendu à l’hôtel de ville réquisitionné, Zikr fut atterré.
Jusqu’à la nuit dernière, jusqu’à ce moment précis, il avait eu l’intention de faire tout ce qui était en son pouvoir pour accommoder les Shudraquiens et gagner leur tribu sans se battre.
Le camp avait été dressé afin de fortifier le côté ouest de la Jungle de Buddheim, et lorsque plusieurs membres du Peuple de Shudraq avaient chargé, les Soldats Impériaux avaient été mis en déroute sans même une contre-attaque.
Ceux qui s’étaient enfuis avaient été frappés dans le dos, ce qui avait aggravé l’étendue des dégâts et fait plus d’une centaine de victimes.
Zikr : “C’est ridicule…”
Zikr lui-même ne savait pas s’il se plaignait de ses propres décisions, des actions des Shudraquiens ou simplement de la réalité.
Néanmoins, le plan à l’amiable qu’il avait élaboré dans sa tête s’était effondré, et la seule chose certaine était que le Peuple de Shudraq était devenu l’ennemi de ses propres Soldats Impériaux――non, de Son Excellence l’Empereur.
Zikr : “Les circonstances sont déplorables, mais nous attendrons les renforts de la Capitale Impériale et nous vaincrons les insurgés de la Jungle de Buddheim.”
Après avoir accueilli dans la ville les soldats qui avaient échappé de justesse au raid des Shudraquiens, et après avoir organisé l’arrivée d’un corps expéditionnaire, Zikr avait pris cette décision.
L’autre alternative était d’envahir la jungle et de combattre les Shudraquiens avec leur force militaire actuelle. Mais la forêt dense était le domaine de ces femmes, et elles étaient tout à fait capables de neutraliser un avantage superficiel en termes de nombre.
Afin de s’assurer une victoire certaine, il fallait non pas un avantage superficiel, mais un avantage écrasant.
En outre, ils abandonneraient les approches indulgentes, comme la recherche de négociations, avec des soldats d’élite dans le but de les anéantir.
Zikr : “Elles ont stupidement repoussé la main qui leur était tendue en signe de paix. Dans ces conditions, nous devons agir par loyauté envers Son Excellence l’Empereur et infliger un châtiment mortel aux insurgés, sans exception.”
Et de cette façon, une fois qu’il s’était discipliné, même la chaleur de son cœur, celle de Zikr Osman, le Coureur de Jupons, s’était éteinte.
Même si son adversaire était la tribu matriarcale du Peuple de Shudraq, chaque fragment de cette lignée devait être détruit, afin qu’elle ne devienne pas un problème à l’avenir.
Pour cette raison――
Zikr : “Ne soyez pas pris au dépourvu en préparant la fermeture de la porte principale. J’ai entendu dire que la spécialité du Peuple de Shudraq était leurs arcs, mais elles ne peuvent pas passer à travers les murs de la Ville Fortifiée. Évitez de leur laisser de la place pour qu’elles puissent percer.”
Il avait obtenu les informations de la part des soldats de retour sur la façon dont les lignes de front du camp avaient été rasées par le feu, et en gardant à l’esprit que les incendies avaient été allumés par un petit nombre de personnes, il passa à un plan défensif total.
Compte tenu des connaissances sur le mode de vie des Shudraquiens, il était difficile d’imaginer que les membres de la tribu étaient nombreux, et il ne semblait pas probable que tous les membres de la tribu puissent se battre, y compris les enfants et les personnes âgées.
S’il supposait que leur force de frappe était d’une centaine de personnes tout au plus, pour rivaliser avec les Soldats Impériaux, elle ne pouvait que profiter de l’obscurité de la nuit pour des choses telles que des attaques-surprises.
Mais même dans ce cas, une méthode de frappe préventive n’aurait d’effet que sur un adversaire dont la garde avait été baissée en raison d’un manque d’attaques.
Zikr : “Veillez à ce que chaque trou soit comblé ! Même les murs de la Ville Fortifiée ne sont pas solides. Au vu de sa longue histoire, j’imagine qu’il existe de nombreux moyens de pénétrer depuis l’extérieur sans passer par les portes. Ne négligez aucun passage secret !”
??? : “À ce propos, permettez-moi de vous faire part d’un rapport, Monsieur. Certains des soldats revenus du camp incendié se préparent déjà à une attaque extérieure en faisant le tour des lieux et en bloquant les passages secrets.”
Zikr : “Vraiment ? C’est encourageant de voir qu’en dehors des Généraux, il y a des soldats qui ont l’intelligence d’anticiper. Une fois cette affaire réglée, nous devrons recommencer à accorder des promotions. Mais pour l’instant…”
??? : “――Pfuu. Jusqu’à l’arrivée des renforts, notre position sera une défense absolue, d’accord.”
En entendant les instructions de Zikr, son subordonné, un Général de Troisième Classe, s’inclina profondément au niveau de la taille.
Si ces paroles avaient été prononcées par un Général ordinaire, elles auraient été ridiculisées en raison d’une approche aussi passive. En fait, Zikr avait déjà été la cible de ce genre de rires méprisants.
Mais Zikr avait déjà subi un coup dur de la part du Peuple de Shudraq adverse, et s’il retournait à la Capitale Impériale, il ne serait pas en mesure d’échapper à une certaine forme de punition.
Déjà dos au mur, il n’avait aucune raison de ne pas prendre les meilleures mesures dans cette situation. Ses subordonnés le savaient également et n’avaient donc pas ricané face à la stratégie de Zikr.
Et puis――
Zikr : “…Pardon ?”
Confiné dans la Ville Fortifiée de Guaral. Zikr, qui reprenait l’opération, haussa un sourcil d’irritation en entendant le rapport de son subordonné.
Au cours des jours passés à attendre l’arrivée des renforts de la Capitale Impériale et à maintenir la tension qui montait progressivement, le rapport avait fait naître des émotions profondes qui étaient tout à fait déplacées chez Zikr.
Quant à savoir pourquoi――
Subordonné : “Oui. Il semblerait que ces derniers jours en ville, une troupe de saltimbanques soit devenue le sujet de conversation.”
Zikr : “Des artistes ambulants…”
Le rapport reçu du subordonné était plutôt du genre insouciant et décontracté.
C’était un rapport peu approprié, compte tenu de la période de guerre tendue dans laquelle ils se trouvaient. Cependant, il n’y avait aucune raison de réprimander le subordonné qui l’avait relayé.
En premier lieu, Zikr lui-même n’aimait pas imposer intentionnellement aux citoyens un mode de vie dans lequel ils devaient reconnaître qu’ils étaient en temps de guerre.
Même dans des conditions normales, le mécontentement pouvait facilement s’accumuler dans les villes où les troupes étaient stationnées. Et, selon la situation, l’incapacité à gérer les sentiments de la population pouvait conduire à l’anéantissement. Voilà jusqu’où la situation était susceptible d’évoluer.
Selon ce raisonnement, Zikr avait délibérément choisi de ne pas entreprendre d’actions susceptibles de réduire fortement l’opinion des gens.
En restant vigilant face aux menaces extérieures à la ville, il avait empêché toute infiltration du Peuple de Shudraq en autorisant ses troupes à procéder à des fouilles approfondies, sans exception. Ce faisant, il avait permis aux citoyens de poursuivre leur vie quotidienne.
Il comprenait que c’était contradictoire, mais c’était le compromis entre le bon sens de Zikr et ses instincts militaires.
Quoi qu’il en soit, parce qu’il avait pris position pour faire les choses de cette façon, les entrées et sorties quotidiennes de la ville――le contrôle de sécurité placé à la porte d’entrée et le traitement des marchands et des colporteurs restaient inchangés.
Pour cette raison, il était probablement acceptable de laisser entrer dans la ville un groupe d’artistes itinérants, mais――
Zikr : “…Que proposes-tu avec cette information ? Si tu demandes de les garder sous contrôle strict, je préférerais de loin ne pas le faire. Regarde autour de nous. Je peux comprendre que les habitants de la ville célèbrent cette troupe.”
Dans cette situation, un nombre non négligeable de Soldats Impériaux, ainsi que les gardes en poste, patrouillaient autour de la ville.
Après avoir échappé au raid, de nombreux soldats qui étaient entrés dans la ville avaient accru leur hostilité et leur vigilance à l’égard du Peuple de Shudraq et, malgré les ordres de prudence, les disputes avec les citoyens étaient constantes.
Il n’était pas difficile d’imaginer qu’un groupe d’artistes itinérants apparaissant dans la ville pendant toute cette période apporterait une modeste dose de paix aux citoyens. Par conséquent, s’ils devaient leur retirer――
Zikr : “L’antagonisme des citoyens éclatera. Tu comprends, non ?”
Subordonné : “Bien sûr, vos paroles sont exactes, Monsieur. C’est pourquoi je ne suggère pas de les soumettre à un contrôle strict. Simplement…”
Zikr : “Simplement quoi ? Tu donnes l’impression que c’est plus important que ça ne l’est en réalité.”
Levant un sourcil, Zikr pressa impatiemment le subordonné hésitant à poursuivre sa phrase.
Puis, après une minute de silence, le subordonné baissa la tête comme pour se résigner. Affichant son respect et sa non-hostilité à l’égard de son supérieur en posant le poing sur sa paume, le subordonné contrôla sa respiration en émettant un “Hah”, et,
Subordonné : “En fait, cette troupe… Ces danseurs sont assez impressionnants, mais qu’en pensez-vous, Monsieur ? Que diriez-vous de les voir une fois également ?”
Zikr : “Moi ? Ce n’est pas comme si les danseurs n’étaient pas tentants pour moi aussi, mais…”
En entendant la proposition inattendue de son subordonné, Zikr écarquilla les yeux de surprise.
Son histoire avec ce subordonné était longue, et ils avaient parcouru ensemble de nombreux champs de bataille dignes d’intérêt. Il était impensable qu’il fasse cette proposition sans y avoir réfléchi.
Toutefois, Zikr ne pouvait pas déduire la véritable raison pour laquelle son subordonné voulait lui montrer les danseurs.
Subordonné : “Monsieur, je ne peux pas le dire trop fort, mais le mécontentement au sein des troupes augmente également.”
Zikr : “Mm…”
Le subordonné se redressa et révéla cela à Zikr, perplexe.
L’observation grave faite à Zikr lui fit naturellement froncer les sourcils. Lorsqu’il encouragea sans mot dire son subordonné à continuer de parler, celui-ci baissa légèrement la voix et,
Subordonné : “Ils ont des doutes quant aux renforts en provenance de la peu généreuse Capitale Impériale, mais ils semblent aussi avoir des doutes sur vous, Monsieur, qui avez décidé de vous réfugier dans la ville et d’adopter une position défensive. Il y a aussi le cas du campement incendié.”
Zikr : “――Je vois. Non, c’est une réaction naturelle.”
En recevant l’explication sans réserve de son subordonné, Zikr sentit quelque chose de lourd s’installer à l’arrière de sa poitrine.
Il était inévitable que le mécontentement et la méfiance des soldats envers Zikr s’accumulent et s’enveniment. En permettant au Peuple de Shudraq d’exécuter son attaque préventive et en causant la mort de nombreux soldats, Zikr s’était rendu coupable.
Après cet événement, les troupes qu’ils avaient réunies n’avaient pas eu la possibilité de se rétablir. Il n’était donc pas surprenant qu’ils dirigent leur mécontentement vers Zikr.
Subordonné : “Parmi les rumeurs les plus critiques, on vous traite de…”
Zikr : “――Pas un mot de plus.”
Subordonné : “――Hk, excusez mon impudence.”
En interrompant la phrase de son subordonné, Zikr posa une main sur son front.
Si un officier supérieur se montrait passif face à l’attitude et face au mécontentement de ses subordonnés à l’égard de leur supérieur, Zikr pouvait imaginer les malédictions que ces subordonnés cracheraient. Il pouvait imaginer ces injures insupportables et directes.
Même après avoir reçu la position de Général de Deuxième Classe, il ne pouvait pas accepter ce genre d’insultes.
Et ce n’est qu’après avoir réfléchi à ce point qu’il comprit quelle était l’intention derrière la proposition de son subordonné.
Zikr : “Je vois maintenant. Essentiellement, il s’agit de préparer un espace où les griefs des troupes peuvent être effacés, c’est ce que tu dis.”
Subordonné : “C’est exact. Ne pourrions-nous pas utiliser les danseurs pour cette tâche ? Une fois qu’ils auront vu cette splendide chanson et cette danse, beaucoup d’hommes…”
Zikr : “Hohoho, je vois. Tu parles comme si tu les avais déjà vus.”
Zikr plissa les yeux et poursuivit ses soupçons, mais le subordonné racla sa gorge et évita de répondre directement. Cependant, sa réaction était plus qu’une preuve que l’intuition de Zikr était correcte.
Quoi qu’il en soit, il était coincé dans une posture entre celle d’un Général et celle d’un Soldat, et donc, sa position était difficile.
Alors qu’il essayait d’obtenir la méthode pour guérir la relation entre les deux, le presser davantage revenait à incarner littéralement le mot “mesquin”.
De plus, ce subordonné avait vu ces sortes de danseurs de ses propres yeux, et avait fortement proposé de les utiliser dans une large mesure.
Zikr : “J’ose croire que ces danseurs sont extrêmement beaux ?”
Subordonné : “Bien entendu ! Ah, ahem, il ne fait aucun doute qu’ils conviendront à vos yeux, Monsieur. Leur danse, le chant du musicien et la performance sont également splendides…”
Zikr : “Hmhm, voilà qui augmente un peu mes attentes.”
Même s’il répondait par l’affirmative, Zikr trouvait leurs descriptions légèrement exagérées.
Cependant, il était heureux que son subordonné ait tenu compte de sa propre situation et de l’avenir pour lui faire cette proposition. Il n’y avait donc aucune raison de s’entêter et de la refuser.
Zikr lui-même, en proie à la pression et à l’anxiété, n’avait pas invité ni joué avec des femmes dans sa chambre à coucher ces derniers temps.
Il ne pouvait pas imposer les mêmes inconvénients à ses troupes.
Zikr : “Très bien, j’ai compris. Je vais me laisser mener par le bout du nez. Invite cette troupe d’artistes ambulants et prépare un espace pour témoigner de la reconnaissance aux soldats.”
Excepté――
Zikr : “――Assure-toi qu’ils n’amènent pas d’armes. N’oublie pas de les fouiller.”
Une fois l’approbation de Zikr reçue, les troupes se mobilisèrent rapidement.
Presque comme s’ils avaient souffert de déshydratation sévère et de famine, ils préparèrent immédiatement un espace pour un banquet au premier étage de l’hôtel de ville, préparèrent de l’alcool et de la nourriture, et rassemblèrent des femmes pour servir de serveuses.
Puis, en contactant le groupe d’artistes ambulants en question, la troupe avait été invitée à se rendre au dernier étage de l’hôtel de ville.
??? : “――La personne sur laquelle vous allez poser les yeux est la belle danseuse originaire d’au-delà de la Grande Cascade. Ses cheveux noirs et soyeux qui boivent la lumière du soleil, ainsi que sa peau claire qui a reçu la bénédiction des Esprits, sa beauté est comparable à celle des êtres divins, et ce soir, elle va se donner en spectacle pour vous tous.”
Après le discours d’introduction dramatique de la musicienne, le voile fut retiré lentement, avec un grand sens de la mise en scène.
Un groupe d’artistes itinérants exclusivement féminin. Ce que les musiciennes avaient révélé, caché sous le voile, c’était la danseuse qui faisait l’objet de toutes les attentions dans la ville――au moment où l’apparence de cette danseuse fut révélée, Zikr écarquilla les yeux de surprise.
Zikr : “――――”
En exposant sa peau laiteuse, l’apparence de la beauté qui laissait couler ses cheveux dans son dos trahissait ce qui avait été transmis par le discours d’introduction du musicien――en effet, de tels commentaires étaient loin d’être suffisants pour décrire la belle ici présente.
Ses cheveux noirs envoûtants, sa peau crème enveloppée d’un vêtement léger. Ils avaient assurément un pouvoir magique qui envoûterait nombre de ceux qui viendraient la contempler. Cependant, ces facteurs n’étaient qu’une partie de la véritable raison de sa beauté.
En incluant des personnes qui n’étaient pas des danseurs ou des musiciens, si le charisme représentait ce qui charmait la plupart des humains, et si l’on devait assimiler le charisme au talent, l’aura et l’apparence de cette danseuse en débordaient de manière effrayante.
Mais surtout, ce qui avait conduit Zikr à éprouver des sentiments aussi puissants, ce n’était rien d’autre que les yeux de la danseuse.
Dire que ces yeux en amande aux longs cils constituaient l’essentiel de ses caractéristiques positives n’était pas approprié. Il n’était pas exagéré de penser que, sur la base de la divine proportion, ils se trouvaient à l’endroit le plus parfait.
Si sa gorge s’était inconsciemment desséchée, c’était parce que Zikr avait instinctivement ressenti un besoin.
Qu’il soit attiré par le physique de la danseuse ou par le charisme dont elle était entourée était un phénomène totalement inconnu de Zikr lui-même.
Cette danseuse avait déjà suscité une émotion si profonde avec un seul mouvement. L’impact qui se produirait lorsqu’elle commencerait à danser avec des chants et de la musique serait d’une ampleur inimaginable.
Et Zikr avait soif d’être submergé par un impact d’une ampleur inimaginable.
Musicienne aux cheveux noirs : “――S’il vous plaît, permettez-nous de présenter le spectacle de notre danseuse.”
En lieu et place du danseur silencieux――non, de la danseuse, une musicienne aux cheveux noirs assortis inclina la tête vers le bas.
Les deux musiciennes et les dames aux cheveux noirs et blonds étaient également très belles, mais pour Zikr, qui était enchanté par l’apparence de la danseuse, elles ne pouvaient être considérées que comme un accompagnement. En temps normal, toute idée d’écarter les femmes devait faire l’objet d’un examen de conscience et d’une réflexion, mais il brûlait d’ardeur, au point que de telles pensées ne lui traversaient même pas l’esprit.
Jamais, jusqu’à présent, il n’avait été aussi conscient de son surnom de Coureur de Jupons.
En réalité, Zikr était probablement un Coureur de Jupons――car, face à une beauté de cette envergure, rester serein était, sans aucun doute, impossible.
Ainsi, le cœur encore brûlant d’ardeur, le banquet commença.
Bien sûr, comme Zikr était le commandant, sa place dans le banquet était tout au fond. Les Généraux rassemblés――puisque les soldats ordinaires avaient été exclus, les personnes de haut rang s’étaient rassemblées et avaient commencé à déguster de l’alcool et de la nourriture.
Comme prévu, le spectacle le plus attendu avait été celui de la bande d’artistes itinérants.
À l’origine, l’objectif avait été de montrer sa reconnaissance aux troupes et de leur permettre d’exprimer leurs mécontentements, mais Zikr avait oublié l’objectif initial et retenait son souffle en attendant le tour de la danseuse sur scène.
En portant de l’alcool à sa bouche pour étancher sa soif, il s’humidifia la langue, les lèvres et la gorge. De cette façon, il ramena sa respiration à la normale.
Le cœur de Zikr était envoûté à ce point.
Musicienne aux cheveux noirs : “Ce soir, vous allez assister à une danse provenant de la ville natale de notre danseuse, une danse originaire d’au-delà de la Grande Cascade. S’il vous plaît, savourez à votre guise la danse des confins du monde.”
La voix d’une musicienne chantante jaillit, et le pincement des cordes laissa place à une musique douce.
Alors qu’un air inconnu commençait à être joué, les Généraux qui discutaient bruyamment retinrent leur souffle avec des visages vermillon. Eux aussi ne voulaient pas quitter des yeux le spectacle qui allait commencer.
Puis――
??? : “――――”
Puis, la danseuse qui s’était lentement mise en évidence, entama sa “danse” à couper le souffle.
Tout le monde : “――――”
Se servant pleinement de ses longs membres, tout le monde perdit la parole devant cette silhouette aux cheveux noirs qui oscillaient alors qu’elle dansait.
En oubliant de respirer, ils contemplaient fixement――c’était la définition même du mot “enchanté”. Quiconque était témoin d’une telle danse et conservait un esprit lucide souffrait d’un problème.
Quelqu’un comme ça ne comprenait pas la valeur de la danse et possédait la sensibilité d’un animal.
Les Soldats Impériaux étaient une meute de loups, mais ils n’étaient pas des bêtes qui ne possédaient pas le pouvoir de l’intelligence et de la parole.
En conséquence, les Généraux retinrent également leur souffle, oubliant comment respirer, et se laissèrent envoûter par le numéro de l’éblouissante danseuse.
Chaque personne avait perdu la voix et était captivée par la performance de la danseuse.
Des cheveux d’un noir absolu, une peau blanche et lisse sans la moindre imperfection. Un visage séduisant qui donnerait aux artistes l’envie de se couper la main dominante pour ses connaissances approfondies. Ils étaient charmés par cela.
Néanmoins, ce qui continuait à attirer les yeux, l’esprit et le cœur de Zikr, ce n’était aucune de ces caractéristiques.
――Il s’agissait des yeux.
Comme il le pensait, il ne pouvait détacher son regard des yeux de la danseuse.
Ses yeux bridés surplombaient la scène sur laquelle elle dansait et fixaient Zikr au fond de la salle.
Ses yeux, qui ne quittaient pas leur cible une seule seconde, s’emparèrent directement du cerveau de Zikr et ne relâchèrent pas leur emprise.
Finalement, la danseuse traversa la salle et s’avança juste devant Zikr. Puis, s’agenouillant doucement sur place, elle leva ses deux mains et demanda l’épée de Zikr.
Naturellement, Zikr comprenait son geste, il signifiait le souhait d’avoir une épée.
Avec le monde à sa portée, la chorégraphie de la danseuse avait fait monter la tension et rendu évident le fait qu’elle allait passer au niveau supérieur. En plus de passer à une danse utilisant une épée, un ballet de lames, la danseuse souhaitait une lame.
Zikr n’avait pas la possibilité de refuser et de ne pas transmettre la lame.
Personne ne pouvait l’arrêter. Les subordonnés et les Généraux, personne ne pouvait délibérément faire obstacle à cet acte.
C’était quelque chose qui devait se produire quoi qu’il arrive. Voilà à quel point cette action était naturelle.
C’est pourquoi――
Danseuse : “――C’est ta défaite, Zikr Osman.”
Alors qu’une épée dégainée était pointée sur sa gorge et qu’il entendait cette déclaration impitoyable, Zikr Osman ne réalisa pas qu’il venait d’être vaincu parce qu’il était le Coureur de Jupons.
Zikr : “――――”
Même à ce moment précis, il ne pouvait détourner son regard des yeux de la danseuse qui avait prononcé de telles paroles.
Ce charisme froid qui attirait de nombreuses personnes――il semblait l’avoir déjà vu. Cette impression de déjà-vu était sans cesse marquée par les flammes dans l’esprit du Général Zikr, vaincu.

