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Web Novel • Arc 07

19Des retrouvailles exaspérantes

Artiste du fan-art : hatume_73

――L’homme demeurait immobile, étalé sur le sol raide.

??? : “――――”

Il n’était ni mort ni endormi.

Il ferma simplement les yeux, organisant ses pensées en silence tandis qu’il ajustait sa respiration instable.

Il les assemblaient, les reconstituaient, les reconstruisaient――

??? : “Oi, t’es vivant ?”

??? : “――Ouais, je suis vivant.”

Lorsque quelqu’un l’interpella au-dessus de sa tête, il ouvrit les yeux et découvrit le visage d’un homme qui lui était familier.

Il sentait que cet homme était doté d’un talent exceptionnel, car l’impression rustre qu’il dégageait persistait même en l’observant à l’envers. Quoi qu’il en soit, cela n’avait rien à voir avec la résolution de la situation actuelle.

??? : “Qu’est-il arrivé à ces types ?”

??? : “Ils ont réussi à me franchir et se sont enfuis aussi vite qu’ils l’ont pu après t’avoir éjecté. Tu… tu ferais mieux de faire quelque chose pour ça. Je ne peux pas m’empêcher de ressentir de la douleur à chaque fois que je le regarde.”

??? : “Ça… ? Ah, tu veux dire ceci.”

Il se redressa en se grattant la tête, jetant un coup d’œil sur le côté de son corps, là où l’autre homme l’avait pointé du doigt. C’est alors qu’il aperçut l’épaisse flèche plantée dans son corps.

Si la flèche qui avait transpercé son flanc gauche avait été positionnée un peu plus haut qu’elle ne l’était, elle aurait pu lui transpercer le cœur.

Bien que la blessure ait failli lui coûter la vie, il ne ressentait que peu d’émotions fortes à ce sujet. Non seulement à propos de l’apparence, mais aussi du fait que sa propre chair avait été transpercée.

Todd : “Ce n’est pas aussi douloureux que ça en a l’air, d’accord ? Même s’il sera difficile de bouger pour l’instant…”

Jamal : “Abruti. Qui a dit qu’ils s’inquiétaient pour toi ? J’ai dit que c’était douloureux à regarder. Dépêche-toi de l’enlever.”

Todd : “Tu es un peu rude avec tes compagnons blessés, non ? Et…”

En entendant cela de la part de son partenaire qui fronçait les sourcils, il attrapa à contrecœur la flèche qui s’était logée. Le problème avec les blessures par flèche résidait dans le fait qu’il fallait retirer la flèche avant que la chair ne se referme autour d’elle.

Heureusement, elle n’était restée coincée que peu de temps, et il avait pu l’extraire d’un seul coup, au prix d’un certain effort.

Concernant l’écoulement du sang, il pressa un morceau de vêtement déchiré sur l’ouverture de la plaie et la comprima avec force pour arrêter l’hémorragie.

Todd : “Voici donc la flèche, tel que tu l’as ordonné. Maintenant, qu’est-ce qu’on fait, hein ?”

Jamal : “Si c’est une blessure profonde, tu devrais te retirer et te reposer. Quant aux types qui se sont enfuis, j’emmènerai quelques personnes pour les écraser. Nous montrerons nous-mêmes à ces salauds qu’ils sont des proies…”

Todd : “――Ce serait une mauvaise idée, Jamal.”

Jamal : “Quoi ?”

L’homme qui dictait la marche à suivre à partir d’ici――Jamal, fut retenu par sa main.

Todd comprenait pourquoi Jamal voulait poursuivre les ennemis en fuite qui s’étaient moqués d’eux pour se venger. Mais s’ils procédaient à une offensive précipitée, ceux qui en feraient la douloureuse expérience seraient ceux qui se trouvaient ici.

Todd : “Réfléchis. Pourquoi ces types ont-ils pénétré effrontément dans Guaral ? Compte tenu de ce qu’ils ont fait, notre présence dans cette ville était évidente.”

Jamal : “…À moins qu’ils ne soient des idiots sans cervelle.”

Todd : “――Ils ont délibérément pénétré à l’intérieur de la ville. Ils sont allés jusqu’à dissimuler une embuscade à l’extérieur de celle-ci.”

D’un coup d’œil, Jamal observa la flèche qui venait d’être extraite et s’éclaircit la gorge.

Jamal, en tant que militaire expérimenté, avait la capacité de percevoir la direction d’où une flèche avait été tirée et sa précision, et était capable de déterminer de quelle hauteur elle avait été tirée.

Naturellement, il arriverait à la même conclusion que Todd lui-même.

Jamal : “Si c’est vrai, leur objectif est… !”

Todd : “De nous attirer et de nous chasser, nous les Soldats Impériaux qui sommes entrés dans Guaral. Si nous les poursuivons brusquement avec toute notre force militaire, ou plutôt si nous les poursuivons avec notre petite force, nous jouerons dans la paume de leur main――lequel d’entre nous sera la proie, je me le demande.”

Jamal : “――――”

Serrant les dents de frustration, Jamal jeta un regard noir dans la direction où leurs adversaires s’étaient enfuis.

Intérieurement, Jamal avait l’air de se faire bercer par une fureur viscérale, mais Todd ne connaissait que trop bien ce sentiment douloureux――c’était quelque chose qu’il ne dirait jamais. Plutôt que la fureur, c’était l’admiration qui s’était emparée de son cœur.

Se servir effrontément de soi-même comme d’un leurre, profiter avec succès d’un manque de préparation pour appâter un adversaire imprudent.

C’était assurément un ennemi redoutable, un enfant de la guerre.

Todd : “J’ai sérieusement merdé en échouant à te tuer…”

Tout en regardant dans la même direction que Jamal, il murmura doucement cela.

Puis, il prit une inspiration, “Ahh”, comme s’il s’était ressaisi,

Todd : “Il semblerait que nous aurons l’occasion de nous venger――ils reviendront, quoi qu’il arrive.”

Jamal : “Quand ce moment viendra, je ne ferai preuve d’aucune pitié.”

Todd approuva silencieusement le fait que Jamal étouffait sa colère.

Alors, pour le moment, il reconnaîtrait que cette bataille avait été perdue. De surcroît――

Todd : “Jamal.”

Jamal : “Ohh… Tu fais quoi avec ces mains ?”

Les jambes de Todd étaient étendues sur le sol, les deux mains tendues dans sa direction, et Jamal fronça les sourcils. Todd inclina la tête devant l’incompréhension, “Simplement ce à quoi ça ressemble”, poursuivit-il,

Todd : “Prends-moi sur tes épaules.”

Jamal : “Meurs seul !”

Il haussa les épaules, à vrai dire, ce n’était pas une réponse digne d’une véritable amitié.


Marchant d’un pas ferme sur le sol dur, Subaru s’avança à grandes enjambées.

Au fur et à mesure qu’il approchait de sa destination, son agitation augmentait et sa capacité à réprimer le besoin de sauter de la charrette à bœufs diminuait. Ainsi, alors qu’il arrivait enfin à destination, son corps s’élança avec vigueur.

Il avait l’impression d’entendre des voix qui essayaient de l’arrêter, mais elles entraient par une oreille et sortaient par l’autre.

Les repoussant, il se dirigea directement vers le bâtiment ciblé. Un bâtiment en bois, sensiblement plus grand que les autres, situé au centre du campement. En entrant, il attira les regards de plusieurs personnes à l’intérieur. Et――

??? : “――Ainsi, tu es de retour. Plus vite que je ne le prévoyais.”

Un homme arrogant, arborant un masque oni, déclara cela effrontément.

Sans rien dire face à son attitude hautaine, Subaru fonça droit devant lui. Se laissant porter par son élan, il arracha sans hésiter le masque de l’homme qui le regardait de haut.

Laissant son masque s’enlever sans trop de résistance, les traits gracieux de l’homme se dévoilèrent.

En attrapant le col de cette personne insupportable au visage démoniaque, Subaru le mit debout. Ensuite, il brandit son poing, prêt à l’envoyer voler dans ce visage, et――

??? : “Subaru, attends.”

Au moment où Subaru s’apprêta à le frapper pour le réduire à néant, son bras droit fut arrêté de force par-derrière.

Une silhouette de grande taille, aux pointes de cheveux teintées en rouge. C’était la cheffe de clan de ce campement, Mizelda, qui l’avait arrêté. Voulant se plaindre de son action, il ouvrit la bouche, s’apprêtant à dire “Maintenant ? De tous les moments ?”.

Toutefois, plus vite qu’il n’ait pu s’y opposer, Mizelda commença par dire “Écoute”.

Mizelda : “Pas le visage. Pour le reste, je pardonne.”

Subaru : “ORAA――!”

Abel : “――Hk.”

En recevant sa réponse inconditionnelle, Subaru, après un bref moment, envoya son poing directement dans le torse étiré d’Abel.

Subaru ne savait pas si Abel s’était attendu à recevoir un coup de poing au visage, mais, ayant été frappé à un endroit où il n’était pas prêt à l’être, l’homme poussa un cri de douleur et recula de quelques pas. Toute la colère refoulée de Subaru n’avait pas été libérée par ce simple geste, mais――

Subaru : “Ne crois pas que nous sommes quittes maintenant, connard… !”

Abel : “――Hmph, quel homme cupide tu es.”

L’homme ramassa le masque oni qui était tombé sur le côté et le remit en place. L’homme qui avait toujours quelque chose à répliquer――Abel.

Après avoir frappé l’homme qui était la source de sa colère refoulée, Subaru expira durement.

En effet, il avait voyagé pendant plus de trois jours, empruntant le chemin du retour, juste pour cette frappe.


Flop : “Regarde sœurette ! Apparemment, c’est le village du célèbre Peuple de Shudraq ! C’est au fin fond des régions inexplorées, comme le disent les rumeurs ! Quelle trouvaille !”

Midyam : “Woah ! Incroyable, grand frère ! Regarde regarde ! Tout le monde a des abdominaux musclés, comme moi ! Musclés ! Grand frère, musclés !”

Flop : “Méga musclés !”

Les pensées de la fratrie résonnaient dans tout le campement. Ils étaient apparemment faciles à vivre, où qu’ils soient.

Le duo qui échangeait ses opinions franches était composé de la fratrie O’Connell, Flop et Midyam. Pris dans le flot des choses, ils avaient été invités à entrer dans le campement du Peuple de Shudraq.

Ils se trouvaient au milieu de la place, assis sur leur char à bœufs, entourés par les Shudraquiens qui s’étaient rassemblés par curiosité. Leur attitude intrépide semblait être une constante, même sur des terres et dans des environnements différents. Agissant comme des caïds, ils ne montraient pas la moindre émotion ressemblant de près ou de loin à de l’inquiétude, de la vigilance ou de l’anxiété, même s’ils attiraient les regards et l’attention de nombreuses personnes.

En revanche, ils devraient être plus conscients des dangers et des risques pour leur vie et leur corps lorsqu’ils interagissaient avec d’autres personnes. Il serait plus normal et plus approprié d’avoir peur, car ils étaient actuellement entourés d’une tribu inconnue et sauvage.

Abel : “Tu as ramené de la compagnie plutôt bruyante. Ces personnes étaient-elles nécessaires à ton voyage ? Si c’est le cas, la façon dont toi et moi voyons la valeur est différente.”

Subaru : “Je ne nie pas que nous accordons des valeurs différentes aux choses. Il y a une grande différence dans la façon dont toi et moi voyons les choses――cela dit, ton attitude est vraiment quelque chose, hein ?”

Abel : “Hoh ?”

Assis sur le sol de la salle de réunion, Subaru et Abel se faisaient face, comme ils l’avaient fait quelques jours auparavant.

Abel avait reçu le coup de poing de Subaru plus tôt, mais il n’y avait aucune trace de repentir dans le ton de ses paroles. Peu importait qu’il veuille des excuses, il n’avait pas l’intention d’en donner de toute façon.

Cependant, Subaru ne pouvait pas ignorer son commentaire sur la fratrie. Parce que――

Rem : “Abel-san, nous avons impliqué ces personnes par inadvertance. Ils ont été bienveillants avec nous lorsque nous étions coincés à l’extérieur de la ville… C’est pour ça.”

Abel : “――――”

La raison de la colère de Subaru avait été expliquée par Rem.

Contrairement à la dernière fois, la salle de réunion n’avait pas été vidée, et d’autres membres que Subaru et Abel participaient également à la discussion.

À côté de Subaru se trouvaient Rem, assise dans le style seiza, et leurs compagnons de voyage, Kuna et Holly. Les sœurs Mizelda et Taritta étaient assises à côté d’Abel.

(Note de Traduction : Seiza (正座) est le terme japonais désignant la manière formelle de s’asseoir au Japon (s’agenouiller avec le dessus des pieds à plat sur le sol et s’asseoir sur la plante des pieds).)

Soit dit en passant, au sujet de Rui, c’était la personne la plus proche d’elle en âge, Utakata, qui s’occupait d’elle. Elle se trouvait actuellement, très probablement dans la charrette à bœufs de la place, avec la fratrie O’Connell entourée de Shuraquiens. Quoi qu’il en soit――

Rem : “Grâce à leur aide, nous avons pu rentrer sains et saufs. Ce faisant, ils sont maintenant la cible des soldats de la ville…”

Abel : “C’est inexact, je vais rectifier. Ceux qui nous ciblent, nous et les deux étrangers, ne sont pas des soldats de la ville. Ce sont les Soldats Impériaux. Ceux qui servent ce pays sont devenus vos ennemis.”

Rem & Subaru : “――――”

Derrière son masque oni, les mots froids d’Abel transpercèrent Subaru et Rem.

En entendant cette déclaration sèche, Rem ne put que détourner ses yeux bleus clairs d’un air fatigué. Pour être honnête, c’était l’indéniable vérité de la situation. Subaru le comprenait.

Toutefois, comprendre et être d’accord avec la vérité étaient deux choses différentes.

Subaru : “C’est mon erreur de m’être attiré les foudres des Soldats Impériaux du camp. Leur hostilité est aussi le résultat de mes choix et de mes actions.”

Abel : “C’est exact. C’est le destin auquel tu t’es lié, avant même de rencontrer le Peuple de Shudraq.”

Subaru : “Je ne peux pas trouver d’excuses à ce destin, parce que celui qui a fait d’eux un ennemi est indubitablement moi――mais celui qui devait assumer ces conséquences aurait dû être simplement moi.”

Il fallait reconnaître que la majorité de la faute incombait à Subaru, mais le problème résidait dans l’attitude d’Abel.

Dès le départ, il avait dû savoir que le groupe de Subaru serait en danger s’il entrait dans Guaral. Il avait dû prévoir la possibilité qu’ils soient attaqués après être entrés en contact avec les Soldats Impériaux survivants.

C’est pourquoi――

Subaru : “Tu as ordonné à Kuna et Holly de nous attendre à l’extérieur de la ville à l’avance. Pour nous aider si nous essayions d’échapper à nos poursuivants.”

Holly : “Pour de vrai, pour de vrai, vous étiez dans un sacré pétrin vous savez~. Si moi et Kuna n’avions pas été là, Subaru, ta tête aurait déjà été coupée en deux par une hache~.”

Assise en tailleur, Holly s’exprima de manière décontractée tout en se gavant de boulettes. Contrairement à la personne assise à côté d’elle, Kuna, qui affichait une expression inquiète, elle ne comprenait pas l’ambiance de la conversation.

Bien sûr, Subaru était reconnaissant envers l’aide d’Holly et de Kuna. Sans leur assistance, la possibilité que sa tête ait été fendue à ce moment-là était très élevée.

Subaru : “En utilisant les yeux de Kuna pour surveiller et l’arc d’Holly pour nous soutenir… Un arc à longue portée et une flèche de précision. C’est ce qu’on appelle une compétence combinée avec vos deux talents.”

Kuna : “…Personne ne m’a dit que la situation était aussi merdique.”

Le commentaire sans esprit de Kuna démontrait évidemment qu’elle nourrissait un sentiment de culpabilité à l’égard du groupe de Subaru.

Cela dit, la culpabilité de Kuna n’était pas justifiée. En effet, les paroles qu’elle avait prononcées à Subaru avant qu’ils n’entrent dans Guaral lui avaient donné l’indice dont il avait besoin.

Si elle ne l’avait pas conseillé, l’aide mentionnée par Holly aurait été inaccessible. Cependant――

Subaru : “Ce genre de raisonnement ne s’applique qu’à Kuna et Holly――quelqu’un comme toi, qui a tout prévu, je ne vais pas être sympathique à ton égard.”

C’est pourquoi la première chose qu’il avait faite après son retour avait été de se venger d’Abel.

Si Abel avait fait preuve d’un peu d’introspection après avoir reçu cela, ses sentiments auraient pu être différents. Mais, comme prévu, Abel n’avait manifesté aucun remords, ni même le moindre signe qu’il pensait avoir fait quelque chose de mal.

Avec son attitude arrogante et immuable, il jouait avec la colère de Subaru.

Même maintenant, le regard acéré derrière son masque oni ne laissait transparaître aucun doute.

Il semblait sur le point de dire : “Et alors ?”.

Subaru : “Oi, pourquoi tu ne dis pas quelque chose au lieu de te taire.”

Abel : “――Et alors ?”

Subaru : “…Tu l’as vraiment exprimé.”

Avec la réponse exaspérante qu’il avait prédite devenant réalité, Subaru serra les dents face aux mots d’Abel et aiguisa son regard.

Toutefois, Abel laissa froidement glisser le regard accusateur de Subaru et,

Abel : “Après être revenu en force et m’avoir frappé, tout ce que tu trouves à dire, ce sont des mots de mépris ? Tout d’abord, je t’ai prévenu dès le départ, non ? ――Que ce ne serait pas un chemin aisé.”

Subaru : “Guh…”

Abel : “En t’accrochant à la paix et à la sécurité les plus proches que tu puisses trouver, réalise que c’est le prix à payer pour ne pas avoir utilisé ta tête. De toutes les actions que les soldats vaincus pouvaient entreprendre, se rendre dans la ville la plus proche de leur camp incendié avait la plus grande probabilité de se produire. C’est du bon sens.”

Subaru : “Alors… Alors, tu aurais dû le dire dès le départ !”

Assis un genou en l’air, Abel s’en prit sans ménagement à la précipitation de Subaru.

Cependant, en premier lieu, Subaru avait compris son erreur et l’avait reconnue. Il voyait bien que c’était son manque de réflexion et d’action au préalable qui avait provoqué l’explosion et le déroulement de cette malheureuse séquence d’événements.

Toutefois, Abel avait été conscient que le danger rôdait, et il avait laissé couler. Ses actions avaient directement profité à l’ennemi――si le fait d’être allié ou ennemi était un détail sans importance, alors ce qu’il avait fait équivalait à tendre un piège à Subaru.

Subaru : “Tu savais tout depuis le départ. Les chances que nous rencontrions les survivants de l’Armée Impériale, les chances que nous devions nous échapper frénétiquement. Comment, dans tout ce chaos, Rem pourrait…”

Abel : “――――”

Subaru : “Quoi qu’il en soit ! Tu savais tout. Mais tu as gardé la bouche fermée.”

Laissant sa bouche s’exprimer sans réfléchir, des mots qui ne devraient pas être prononcés faillirent sortir. S’empêchant rapidement d’en dire plus, Subaru concentra sa colère sur Abel, évitant de regarder le visage de la personne assise à côté de lui, Rem.

Subaru se laissait emporter par les flammes de la colère. À cet égard, Abel le fixa froidement――non, glacialement.

Quelle était la proportion de ce monde que cet homme percevait de son regard pénétrant ?

Et, pour une personne capable de voir à travers tant de choses, dans quel but avait-il joué avec Subaru et les autres ?

Subaru : “Réponds-moi, connard. Pourquoi tu nous as laissé…”

Abel : “Pour m’éviter un surcroît de travail. Rien de plus, rien de moins.”

Subaru : “Un surcroît de travail… ?”

En réponse au regard mordant et furieux de Subaru, Abel laissa échapper un son indiscernable d’un soupir.

Lorsque Subaru cligna des yeux à sa réponse, Abel frotta doucement le sol de la salle de réunion et ramassa la terre desséchée dans la paume de sa main.

Abel : “Les individus comme toi accordent plus d’importance à ce qu’ils voient de leurs propres yeux insensés plutôt qu’aux paroles des sages. L’intensité des gouttes de pluie qui tombent est plus éloquente que tout ce qui pourrait sortir de ma bouche.”

Subaru : “――――”

Abel : “Grâce à cela, tu dois le ressentir vivement――pour toi, il n’y a nulle part où fuir.”

Tout en parlant, il saupoudra la terre de sa paume et l’éparpilla.

Par ce simple geste, Subaru sentit qu’une illusion d’optique consistant à être terriblement et clairement bloqué dans toutes les directions était en train d’être projetée vers lui.

En tant qu’Empereur de l’Empire Sacré de Vollachia, il était facile de manipuler les autres avec des mots habiles.

Devant le renard rusé et coriace qu’était l’Empereur, la plainte de Subaru n’était pas différente des cris d’un singe en cage.

En réalité, Subaru était réduit à l’impuissance.

Subaru : “…En fin de compte, qu’est-ce que tu veux faire ?”

Abel : “Je t’ai déjà fait part de mes intentions. Récupérer ce qui a été volé. À cette fin, l’Empire actuel est mon adversaire. Il est également le tien.”

Subaru : “――Tu me dis de coopérer avec toi ?”

Abel : “Pour l’instant, j’ai expliqué que je n’avais aucune raison de te nuire.”

Les paroles d’Abel s’infiltrèrent comme un poison dans l’esprit de Subaru, qui était en proie au trouble.

L’art de la conversation d’Abel ne permettait pas de saisir une réponse claire, et était doté de ruse comme pour mystifier Subaru, mais, d’un autre côté, il donnait également l’impression d’essayer de tester Subaru.

Encore et encore, Abel n’avait rien affirmé à Subaru, mais il continuait à parler.

En lui disant de réfléchir par lui-même et de choisir ce qu’il voulait en tirer.

Cette fois encore, Abel le provoquait pour qu’il se mette à son niveau s’il voulait débattre. Pour l’instant, Subaru ne pouvait pas s’élever à son niveau de discussion.

Et Son Excellence l’Empereur n’était pas assez gentil pour attendre que Subaru saisisse docilement l’occasion qui se présentait à lui.

Subaru : “…Donc, tout repose dans la paume de ta main ? Je n’aime pas ça.”

Abel : “――Malheureusement, je ne tiens que certaines personnes dans la paume de ma main. C’est à cause de la partie que je n’ai pas pu contrôler, que je suis actuellement ici, assis sur la terre.”

Subaru : “――――”

Dans la réponse à ce que Subaru avait craché, l’autodérision d’Abel était audible.

Son expression faciale n’était pas visible, et le ton de sa voix n’avait pas changé non plus. Pourtant, cela ressemblait à de l’autodérision. C’était inhabituel――non, c’était la première fois que Subaru entendait Abel se moquer de lui-même.

Et c’était la preuve qu’il avait accepté l’indéniable réalité.

Il avait permis à ses propres subordonnés de se rebeller, un Empereur sans couronne, chassé de son trône.

Au plus profond de la jungle, assis sur la terre battue du lieu de rencontre des Shudraquiens, cette situation en particulier était la preuve qu’il avait commis une erreur stupide pour laquelle il n’y avait pas d’excuse.

Subaru : “――――”

Tout en fixant son regard sur Abel, Subaru réfléchit tranquillement.

Subaru ignorait encore les véritables intentions d’Abel, ainsi que ses propres plans d’action ou les leurs par la suite. Il souhaitait ne pas se faire rouler dans la farine par les calculs d’Abel une fois de plus, et subir la même infortune.

En fait, à quoi pouvait bien penser Abel ?

Subaru ne pensait certainement pas qu’Abel irait jusqu’à comploter pour faire passer Subaru dans son camp. Qu’il détecte une telle valeur chez Subaru ne semblait pas plausible.

Malgré cela, s’il y avait une raison pour Abel de garder Subaru à portée de main, plutôt que la personne de Subaru elle-même, c’était un intérêt pour d’autres accessoires――

??? : “――Époux-kun ! Les gens ici sont vraiment charmants et ont un grand cœur ! Je suis impressionné !”

Subaru : “Uwah ?!”

Subaru sursauta, en plein milieu de sa réflexion sérieuse.

Perdant pied à l’entrée du lieu de réunion, la silhouette de Flop apparut, sa belle voix résonnant partout. Au milieu de la salle de réunion, tandis qu’il observait tous les visages alignés,

Flop : “Ohh là là, je m’excuse pour ce salut tardif ! Apparemment, il semblerait que les personnes ici présentes soient des représentants de ce village. Ohh ! Les sosies de Mademoiselle Kuna et de Mademoiselle Holly également !”

Kuna : “C’est nous.”

Holly : “Ça l’est~.”

Flop : “Ohh c’est vrai ! Je suis impoli !”

Lissant ses cheveux avec ses mains, Flop se dirigea vivement vers le centre de l’assemblée et s’inclina en arborant un sourire amical.

Flop : “Permettez-moi de me corriger, je suis Flop O’Connell ! Je fais du marchandage avec ma sœur Midyam et Botecliffe. Il semblerait que, pour diverses raisons, nous ayons fini par accompagner Époux-kun, Épouse-san et Nièce-chan dans un périple semé d’embûches jusqu’ici. À partir de maintenant, je suis à vos soins !”

Taritta : “Est-il poli ou non…”

Face au salut vigoureux de Flop, Taritta afficha une expression contrariée. Puis, d’un coup d’œil, elle observa le visage de Mizelda qui se trouvait à côté,

Taritta : “Ma sœur, que faut-il faire ? Les étrangers ont reçu l’ordre de rester en retrait…”

Mizelda : “C’est vrai… Eh bien, c’est un homme sexy. Je vais le garder dans ma chambre.”

Taritta : “Ma sœur…”

En croisant les bras, Mizelda décida du traitement de Flop en fonction de son visage.

Le jugement de Mizelda, d’une logique extrêmement simple, était facile à comprendre, mais semblait troubler Taritta, qui soutenait sa sœur aînée en tant que cheffe. Bien sûr, si les jugements de Mizelda ne reposaient que sur cela, Subaru n’aurait pas pu rester au village, alors il pensait qu’il devait y avoir plus que cela.

Subaru : “Bon, Mizelda-san, il y a une chose que je veux vérifier. Flop-san est mon invité, ou peut-être devrais-je dire que j’ai décidé de mon propre chef de l’emmener avec moi. Mais pour ce qui est de lui faire subir le Rituel du Serment de Sang…”

Flop : “Le Rituel du Serment de Sang ? Serait-ce, par hasard, une sorte de cérémonie d’accueil traditionnelle transmise dans ce village ?! En tout cas, j’aimerais bien en faire l’expérience à mon tour !”

Subaru : “C’est une cérémonie traditionnelle, mais c’est un peu difficile de la qualifier d’accueillante.”

Flop avait hâte d’essayer le rituel, mais même lui serait probablement réticent si on lui présentait la possibilité d’être opposé à une bête démoniaque. Subaru avait peur qu’il y ait une possibilité que l’attitude de Flop ne change pas en entendant cela, mais de toute façon, il ne voulait pas le laisser se produire.

Abel : “――Je l’ai su dès que nous avons été cloisonnés par ce mince mur, mais ils sont très bruyants.”

Et maintenant, celui qui n’avait pas apprécié cette attitude de Flop était l’impitoyable Empereur portant un masque oni.

Le contraste était saisissant entre la chaleur ensoleillée de Flop et le sang froid qui circulait dans Abel. Du moins, le fait qu’Abel ne semblait avoir aucune raison d’aimer Flop glaçait le sang de Subaru.

Flop : “Ohh là là ! Quel masque inhabituel… Serait-il par hasard le responsable du village ? J’ai lu quelque part que les individus qui ont des apparences particulières occupent des postes spéciaux !”

Dès leur première rencontre, Flop commença par évoquer l’apparence frappante d’Abel.

La conclusion de Flop concernant le masque oni ostensible était compréhensible, mais il était difficile de considérer Abel comme l’un des membres du Peuple de Shudraq. Quoi qu’il en soit, le masque oni mis à part, il était culturellement très éloigné des autres Shudraquiens. Son apparence était beaucoup trop irrégulière, surtout d’un point de vue visuel.

Abel : “Ce n’est pas une mauvaise façon de penser, mais c’est un manque d’attention et de prudence. Tout à l’heure, tu as parlé de ton métier comme étant celui de marchand ambulant…”

Flop : “Ohh, ouais ! Le Botecliffe de ma sœur tire la charrette à bœufs qui transporte nos marchandises, et nous faisons du commerce dans tout l’Empire… Nous sommes des frères et sœurs nomades qui se promènent au gré du vent !”

La main appuyée sur la poitrine, Flop répondit comme s’il chantait.

À l’extérieur du bâtiment, une voix pouvait être entendue disant “C’est mon grand frère !” depuis la place publique. Bien que séparés par un mince mur, les frères et sœurs avaient tissé des liens profonds.

Toutefois, même la preuve d’une relation aussi saine ne semblait pas suffire à Abel pour réchauffer son cœur complètement gelé.

En entendant la réponse de Flop, Abel renifla un petit “Hmph”,

Abel : “――Natsuki Subaru, tu dis que tu as ramassé ça en ville.”

Subaru : “Ne traite pas les gens comme des objets. Pour commencer, si j’exprime correctement l’état des choses, une représentation plus correcte consisterait à dire que nous avons été ramassés par Flop-san.”

Abel : “Ce qui compte, c’est l’essentiel. Je n’ai pas le loisir de me préoccuper de futilités. Néanmoins, je vais d’abord te féliciter d’être revenu de cette façon. C’est un grand exploit.”

Subaru : “Ça ne ressemble pas à des félicitations… Qu’est-ce que tu es en train de manigancer ?”

Pour Subaru, Flop et Abel ne faisaient pas bon ménage.

C’est pourquoi il avait prévu de demander à Flop d’attendre sur la place et de l’introduire lorsque l’occasion se présenterait, mais la réaction d’Abel n’avait pas été prévue par Subaru.

Mais l’intérêt d’Abel n’était pas l’humanité de Flop. Naturellement, ce n’était pas non plus la présence de Midyam, qui était connue par le seul volume de sa voix, qui l’intéressait. La réponse était donc claire.

Abel : “Marchand, dans quelle mesure connais-tu Guaral ?”

Flop : “C’est une bonne question, Chef du Village-kun ! Je suis fier de dire que je suis assez connu à Guaral. En tout cas, il est certain que nos vies seraient fichues si nous voyagions trop loin. Même les marchands ambulants doivent s’habituer à faire des allers-retours à partir de lieux fixes !”

Kuna : “La frontière est mince entre la prudence et la lâcheté, hein…”

Kuna poussa un soupir exaspéré devant la confiance en soi débordante et toujours positive de Flop.

Mais, en écoutant la réponse de Flop, Abel resta silencieux sous son masque oni――non, les oreilles de Subaru perçurent un léger son dans le silence.

Il s’agissait d’un petit bruit provenant de la gorge d’Abel.

Abel : “Comme c’est fortuit. Quelle trouvaille, Natsuki Subaru――un marchand ambulant familier avec la ville connaît sans doute un ou deux chemins de contournement.”

Subaru : “Oi, un instant, Abel. Un chemin de contournement ? Qu’est-ce que tu suggères ?”

Abel : “Encore une fois, tu te tournes vers quelqu’un d’autre pour obtenir des réponses ? Il semblerait que tu ne comprennes pas le but de mes interrogations répétées. Je n’ai pas les mots pour qualifier une telle ignorance.”

Subaru : “――――”

Sa façon de parler était exaspérante dans ses moindres détails, mais il n’avait rien à répondre aux paroles d’Abel.

Natsuki Subaru était trop isolé et impuissant pour interrompre la discussion ici, tourner le dos et partir. C’est pourquoi il réfléchissait attentivement, même si c’était ennuyeux.

――Non, même sans y réfléchir, il avait une bonne idée de l’intention d’Abel.

Il suffisait d’écouter l’interrogatoire de Flop pour s’en rendre compte.

Subaru : “Abel, tu… tu comptes vraiment…”

Abel : “Même les esprits lents peuvent trouver la réponse s’ils l’utilisent. Ahh, comme prévu par ta façon de penser.”

Les lèvres tremblantes et les joues raides, Subaru se retourna, et le regard pénétrant d’Abel, derrière le masque oni, révéla son plan cruel.

Puis, Abel prit la parole, informant tout le monde en dehors de Subaru.

Abel : “――La Ville Fortifiée de Guaral doit tomber. Cette ville est nécessaire pour devenir notre prochaine base.”

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