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Web Novel • Arc 07

07C’était dur d’être un homme

Subaru : “Ouch.”

Subaru émit une grimace par réflexe lorsqu’il sentit une vive douleur lui traverser le doigt.

Il baissa les yeux et vit une goutte de sang perler d’une coupure peu profonde à l’extrémité de son index. Il avait mis de l’ordre dans des documents éparpillés sur le bureau, mais il semblait s’être coupé le doigt dessus.

Subaru : “Merde, je me suis vraiment planté là. Je suppose que c’est l’initiation que je reçois pour avoir sous-estimé la technologie de fabrication de papier d’un autre monde…”

??? : “Subaru-kun, qu’y aaaaa-t-il ? Tu t’es coupé le doigt sur du papier ?”

Subaru : “Je vois bien ce que tu penses, Rozchi : “Oh, comme c’est misérable de ta paaaart, tu es même plus faible que le papier”. J’ai juste un peu foiré… Tu ne peux pas arranger ça comme si de rien n’était ?”

Subaru montra son doigt douloureux au propriétaire du manoir, Roswaal, en posant sa question.

Roswaal se trouvait dans son cabinet de travail, face à son bureau, et s’affairait à faire de la paperasse. Il posa sa plume, puis jeta un coup d’œil à l’égratignure sur le doigt de Subaru.

Roswaal : “Voyons voir. Oh là là, ça a l’air douuuuloureux. Cela dit, ce n’est qu’une égratignure. Elle devrait guérir assez vite si tu la lèches. Ouuuu, dois-je la lécher pour toi ?”

Subaru : “Non merci. Si je devais me faire lécher par toi, Rozchi, je la mettrais dans la bouche de Béako.”

Roswaal : “Haha, comme c’est aaaaamusant… On dirait que toi et Béatrice vous vous entendez bien, n’est-ce pas ?”

Roswaal lâcha le doigt de Subaru et rayonna vers lui en posant ses coudes sur le bureau. Subaru pencha la tête et répondit “Vraiment ?” après avoir entendu ce qu’il avait à dire.

La relation entre Subaru et Béatrice était complexe, presque impossible à exprimer. Bien que ce soit une exagération, il n’avait pas vraiment réussi à obtenir de compromis de la part de Béatrice.

Subaru : “C’est amusant de la taquiner après tout, et c’est moi qui la provoque activement, même si je ne suis pas sûr de ce qu’elle en pense.”

Roswaal : “Oh non, il n’y a pas de quoi s’iiiiinquiéter. Béatrice est une fille très directe pour ce genre de choses, après tout. Si elle avait vraiment envie de te rejeter, tu ne pourrais probablement pas entrer et sortir de la Bibliothèque Interdite non plus.”

Subaru : “Je vois…”

Roswaal : “Puisqu’aaaaprès tout, elle ne m’autorise pas à entrer dans la Bibliothèque Interdite pour le moment.”

Subaru : “Je vois ?”

Roswaal plaça une main sur sa poitrine en disant cela avec une feinte indifférence, avant de lui adresser un sourire crispé.

Cela dit, Roswaal était comme Subaru dans la mesure où il avait l’air de considérer Béatrice comme une fille facile à taquiner. De plus, ils se connaissaient depuis bien plus longtemps que Subaru.

Subaru : “Donc, tu analyses mal la distance qui vous sépare et tu la laisses s’envenimer, ou quelque chose comme ça ? Ça n’aurait pas été mieux de s’excuser ?”

Roswaal : “Tu n’es pas loin de la vérité. En ce qui concerne les excuses… Un peu troooop de temps s’est écoulé pour moi et Béatrice.”

Subaru : “Je ne pense pas que ce soit bien de ne pas lui présenter d’excuses et de blâmer le temps pour ça, mais…”

Roswaal : “Hmmm, c’est de plus en plus douloureux à entendre.”

Roswaal desserra ses lèvres et reprit sa plume. Comprenant que c’était le signe qu’il devait se remettre au travail, Subaru se remit à ranger les étagères en haussant les épaules.

Heureusement, il semblait que le sang de son doigt coupé s’était arrêté.

Roswaal : “Si ton doigt te fait vraiment mal, tu peux demander à Rem ou à Béatrice de le soigner ; sinon, demande au Grand Esprit de le faire.”

Subaru : “Rozchi, tu ne peux pas le soigner ? Tu es spartiate ?”

Roswaal : “Noooon, pas du tout――tu vois, je ne peux pas utiliser la magie de guérison.”

Subaru : “Vraiment ? Et moi qui pensais que tu étais un mage polyvalent capable de faire à peu près n’importe quoi.”

Subaru haussa légèrement les sourcils devant l’aveu inattendu de Roswaal.

Il pouvait brûler des forêts, y compris des troupeaux de bêtes démoniaques, avec un feu d’enfer. Il pouvait s’élever dans les cieux comme le vent. Ainsi, dès que Subaru avait entendu que Roswaal avait une grande renommée en tant que mage, il avait été persuadé que Roswaal maîtrisait toutes les formes de magie de base.

Pourtant, Roswaal avait secoué la tête à la suite des propos de Subaru.

Roswaal : “Je m’excuse de ne pas être à la hauteur de tes attentes, mais vois-tu, la magie dépend fortement des aptitudes que l’on possède dès la naissance. J’ai eu la chance d’être doté de nombreux talents pour la magie, mais même ça ne suffit pas pour maîtriser toutes les formes de magie qui existent dans le monde.”

Subaru : “Alors, magie de guérison mise à part, il y en a d’autres que tu ne peux pas utiliser ?”

Roswaal : “Non, je peux à peu près utiliser toutes les autres.”

Subaru : “Sérieusement, juste un seul défaut ?!”

Roswaal n’avait qu’une seule faiblesse, qui contrastait fortement avec sa lourde préface.

Cela dit, son défaut l’empêchait d’utiliser la magie de guérison. Et il avait l’impression qu’il s’agissait d’un défaut étonnamment important, qu’il serait difficile de compenser.

Subaru : “Je pense que le fait de ne pas pouvoir guérir ses blessures est assez important, notamment lorsque l’on est en plein combat.”

Roswaal : “Oh ? C’est donc ce que tu penses également, Subaru-kun ?”

Subaru : “Eh bien, j’ai été diplômé de l’école primaire pour les jeux de pouvoir où l’on peut gagner en sélectionnant la commande “Combat” et en ignorant les effets des buffs et des debuffs. Je suis du genre à aimer rivaliser avec des personnes talentueuses en utilisant pleinement mes ressources, même si je n’ai pas de talent, comme dans ce genre de mangas.”

Roswaal : “Il semblerait que tu dises des choses difficiles à cerner, mais en fait, je ne l’ai même pas considéré ainsi.”

Ils ne se connaissaient que depuis quelques semaines, mais il semblait que Roswaal avait compris la vérité derrière son bavardage, ce qui amena Subaru à lui tirer la langue en se grattant la tête.

Roswaal ferma un de ses yeux et lui adressa un clin d’œil avec son œil bleu.

Roswaal : “En fait, c’est comme tu l’as dit, Subaru-kun. On peut affirmer que le fait d’avoir la magie de guérison ou non change le champ de bataille, d’une certaine manière. C’est pourquoi c’est une capacité si précieuse.”

Subaru : “Ouais ? Mais Puck, Béako et Rem peuvent l’utiliser, non ?”

Roswaal : “Les deux premiers sont spééééciaux. Et pour ce qui est de Rem… Elle a aussi des dispositions à cet égard, je présume. Après tout, je me suis efforcé de l’aider à perfectionner ses talents de guérisseuse.”

D’après ce que Roswaal avait déclaré par la suite, l’utilité de la magie de guérison était apparemment considérée de manière si importante que, même en magie, un système maître-apprenti était en place dans les hôpitaux spécialisés.

Rem aurait pu l’apprendre là-bas, mais elle avait dit que Roswaal avait guidé ses enseignements directement, car elle ne voulait pas être séparée de Ram.

Roswaal : “Et donc, lorsque tu te blesses, il y a la crainte de finir par oublier de supporter la douleur si tu te plonges trop profondément dans la magie de guérison, je suppooooose.”

Subaru : “Eh bien… Tu veux dire que tu perdrais ta tolérance à la douleur ? Je présume que c’est ce qui arriverait.”

Tout comme les personnes élevées en chambre stérile ne développeraient aucune résistance aux virus et autres, la douleur pourrait bien devenir fatale à un moment où l’on ne peut pas compter sur la magie de guérison, dans le cas où l’on se débarrasserait immédiatement de ses douleurs en l’utilisant.

Avec cette idée en tête, Subaru jeta un coup d’œil à son doigt blessé.

Subaru : “J’ai pigé. Cette coupure ne vaut pas la peine qu’on s’en préoccupe, je vais faire la grimace et supporter cette douleur en guise de leçon.”

Roswaal : “Ce n’est qu’une peeeeetite coupure sur ton doigt ; tu n’en fais pas tout un plaaaaat ? Ça n’a pas vraiment d’importance si tu guéris une telle coupure, alors pourquoi ne pas demander à Rem de le faire ?”

Subaru : “On dirait un joli piège pour attirer les gens dans la paresse ! …Non merci, je suis très bien comme ça. Je n’ai aucun problème.”

Les paroles de Roswaal semblaient avoir une touche de plaisanterie, mais Subaru estimait qu’il n’avait pas tort.

Subaru savait déjà, après les deux incidents survenus à la Capitale Royale et au Manoir, que sa vie dans un autre monde n’allait pas être facile. Il valait mieux ne pas ressentir de douleur insupportable.

Toutefois――

Subaru : “Je serai prêt quand l’inévitable arrivera.”

Roswaal : “Ce n’est qu’une coupure sur ton doigt pouuuurtant.”

Roswaal adressa un sourire ironique à Subaru, qui soulignait ses propos en levant fermement l’index.

Néanmoins, l’enthousiasme de Subaru s’était avéré vain. Dès qu’il avait terminé de nettoyer le bureau, il avait retrouvé Rem et les autres, et tout de suite après, Rem avait remarqué sa coupure et l’avait immédiatement soignée.


Subaru : “Ughghghghgh… !”

??? : “Allez, mords là-dedans ou quelque chose comme ça. Ça va vraiment faire mal.”

Todd redressa les doigts de la main gauche de Subaru en disant cela, avant d’appliquer un médicament piquant sur ses doigts couverts de taches. Ensuite, il posa agilement une attelle autour de ses doigts et enroula des bandages autour d’eux. Et ainsi, il finit de le rafistoler.

Todd : “Il ne reste plus que cette lotion pour finir. Elle devrait atténuer un peu ta douleur.”

Todd tendit un flacon contenant un médicament à Subaru, trempé de sueur froide. Il était rempli d’un liquide vert, épais et visqueux. Cependant, il ne pouvait rien y faire si on lui disait que c’était un médicament.

Subaru s’arma de courage et avala le breuvage à grandes gorgées.

Subaru : “Blargh ! Dégueulasse ! C-ce liquide lourd va rester coincé dans ma gorge… !”

Todd : “C’est un médicament réputé pour être difficile à avaler. Mais je te garantis qu’il fera l’affaire. C’est un produit très utilisé par les troupes. Il accélérera la guérison de tes blessures.”

Subaru l’avait ingurgité, tenant la bouteille désormais vide entre ses doigts, tandis que Todd lui adressait un sourire. Subaru baissa la tête et répondit “Désolé” à Todd en s’essuyant la bouche.

Subaru : “Tu t’es permis de partager quelque chose d’aussi précieux avec une personne aussi bizarre que moi.”

Todd : “Pas de souci à se faire. En fait, si on te laissait tel quel, tes doigts pourriraient et tomberaient. Imagine que j’ai rendu service à un gars qui a reçu une Dague du Loup Empalé.”

Subaru baissa les sourcils devant la réponse généreuse et bon enfant de Todd, avant de se mordiller la lèvre.

Todd, qui semblait être un soldat de l’Empire de Vollachia, avait cru que Subaru était un noble à cause du couteau qu’il avait reçu dans la forêt. Il avait été beaucoup mieux traité grâce à cela, même s’il était prisonnier de guerre.

Toutefois, c’était précisément pour cette raison qu’il s’en voulait de l’avoir trompé.

De plus, une question particulière pesait sur l’esprit de Subaru.

À savoir――

Subaru : “Mais ouais. Par les temps qui courent, si nous avions de la magie de guérison à portée de main, nous pourrions soigner mes blessures en un clin d’œil.”

Subaru marmonna cela, faisant semblant de le dire avec désinvolture tout en vérifiant l’état de sa main gauche. En entendant cela, Todd haussa les sourcils.

Todd : “Oh ? Encore une fois, tu dis des choses extravagantes. Comme si j’avais pu poser mes yeux sur quelque chose comme ça.”

Subaru : “――C’est donc bien ce que je pensais.”

Todd : “J’imagine. Ce serait vraiment utile si les blessures et les maladies pouvaient être soignées de la même façon que l’on crée une brise, un feu ou quelque chose du genre. Même ta main gauche serait guérie en un clin d’œil.”

Subaru baissa le regard tandis que Todd parlait d’un ton solennel en haussant les épaules.

Le malaise et le soulagement montèrent simultanément en lui pour avoir fait mouche avec sa prédiction.

Subaru et Roswaal avaient parlé de la rareté de la magie de guérison, à l’époque où ses complots n’avaient pas encore été dévoilés, quand il l’avait considéré comme un noble enjoué et clownesque.

Roswaal lui avait dit que la magie dépendait du talent de chacun, et que les utilisateurs de la Magie de Guérison étaient précieux.

En outre, des herbes médicinales et des flacons de potion étaient alignés dans la tente que le campement avait aménagée pour la guérison. Une panoplie d’outils médicinaux, plutôt que magiques, avaient été préparés à cet endroit.

Todd, qui lui avait dit qu’il le soignerait, s’était contenté d’herbes médicinales et d’attelles, plutôt que de faire appel à la magie. Il n’y avait donc plus de doutes.

Subaru : “La Magie de Guérison est rare.”

Todd : “Tout du moins, c’est quelque chose que je n’ai jamais vu. D’après ce que j’ai entendu, la Capitale Impériale garde les mages qui peuvent l’utiliser près d’elle, dans ses limites. Quoi qu’il en soit, ce n’est qu’un conte d’un monde lointain pour le commun des mortels.”

Subaru : “――――”

Todd : “Je suis davantage surpris que tu aies dit quelque chose comme “Magie de Guérison”. Ce n’est pas comme si c’était une option pour moi, tu sais ?”

En premier lieu, il n’était même pas possible de trouver des choses peu familières ; elles ne surgissaient même pas à l’orée des pensées.

Voilà à quel point la Magie de Guérison était inhabituelle dans l’Empire――du moins, pour Todd et sa bande.

Subaru s’attendait à ce qu’il réponde de la sorte, alors il secoua la tête et dit,

Subaru : “Eh bien, comme tu peux le voir, je suis en fait un voyageur. Je voyage partout, alors j’ai rencontré des individus qui utilisent la Magie de Guérison.”

Todd : “Je vois, un voyageur, hein. Je me suis dit que tu étais bizarrement habillé, car les vêtements que tu portes ne conviennent pas du tout à la chaleur qui règne ici.”

Todd observa Subaru de la tête aux pieds tandis qu’il déclarait cela. Subaru portait encore les vêtements qu’ils avaient conçus pour se protéger du sable lorsqu’ils avaient traversé la mer de sable pour s’emparer de la Tour de Guet des Pléiades.

Les Dunes de Sable d’Augria avaient été contraires à ses impressions de désert puisqu’il n’y avait pas fait chaud, mais il avait fini par se couvrir presque entièrement la peau pour se protéger des vents sablonneux. C’est pourquoi il était permis de dire qu’ils n’étaient pas tout à fait habillés pour les saisons, ici à Vollachia, où les températures et l’humidité étaient élevées.

Todd : “Tu dis donc que tu as rencontré une sorte d’Artiste Guérisseur lors d’un voyage et tu as été contaminé par sa commodité.”

Subaru : “Quelle terrible façon de présenter les choses ! Même si c’est pratique.”

En fait, Subaru avait eu recours à la Magie de Guérison à plusieurs reprises――ou plutôt, à de nombreuses reprises.

Il aurait été pratiquement impossible de revenir vivant du premier obstacle s’il n’y avait pas eu la Magie de Guérison de Béatrice lorsqu’il avait été invoqué pour la première fois dans cet autre monde.

Si Béatrice n’avait pas été là pour lui à l’époque, Subaru serait encore en train de vivre avec le ventre ouvert et les tripes à l’air.

Subaru : “Comme si j’avais envie de revivre l’expérience de trébucher sur mes propres tripes.”

Todd : “Magie de Guérison, hein.”

Subaru : “… ? Todd-san ?”

Alors que Subaru songeait à l’expérience peu commune qu’il avait vécue, Todd poussa un soupir silencieux. Subaru fronça les sourcils devant le changement d’atmosphère, mais Todd ferma un œil et déclara,

Todd : “Eh bien, je trouve que la Magie de Guérison est plutôt cruelle, je suis content qu’elle n’existe pas là où je suis.”

Subaru : “Cruelle… Pourquoi ? Ça ne devrait pas être le contraire ?”

Subaru montra à quel point il était déconcerté par le point de vue de Todd. Ce à quoi Todd, l’un de ses yeux toujours fermé, continua,

Todd : “Après tout, la guérison de tes blessures signifie que tu ne mourras pas. Ils ne te mettront pas à l’écart pour récupérer non plus. Ils te guériront et te forceront à te battre à nouveau, encore et encore. C’est ce que signifie la guérison des blessures.”

Subaru : “――――”

Todd : “Je ne peux m’empêcher d’en être terrifié. À quel point le type qui a eu l’idée de la Magie de Guérison doit-il aimer se battre ? J’ai l’impression qu’on nous le montre clairement.”

Subaru était incapable de trouver une réponse après avoir entendu les paroles calmes de Todd.

Il trouvait que c’était une façon de penser assez biaisée. En réalité, la Magie de Guérison jouait un rôle non seulement sur le champ de bataille, mais aussi pour sauver les individus des accidents ou des maladies dans le cadre de la vie quotidienne.

D’un autre côté, il y avait aussi une part de vérité dans la façon de penser de Todd.

Ils soigneraient les blessés sur le champ de bataille et les pousseraient à se battre à nouveau――Subaru ne pouvait pas nier ses propres sentiments ; il craignait de ne pas pouvoir nier l’existence d’un tel aspect, après tout.

Todd : “Pardon, je me suis écarté du sujet. Je ne voulais pas que tu fronces les sourcils de la sorte.”

Todd avait prononcé cette phrase pour ramener l’ambiance à la normale, vu que Subaru s’était enfoncé dans le silence. Subaru lui répondit par un signe de tête, et déclara : “Ce n’est pas grave”, en réponse à ces valeurs qu’il n’avait pas lui-même prises en compte.

Todd porta alors son attention sur l’extérieur de la tente, dans un effort pour changer de sujet.

Todd : “Mais si c’est le cas, la petite demoiselle dans la cellule ne devrait-elle pas être aussi l’une de tes camarades de voyage ? Mais même dans ce cas, pourquoi est-ce qu’elle s’énerve autant contre toi ?”

Subaru : “…Un accident imprévu, je dirais. Nous étions sur la même longueur d’onde, mais maintenant les choses sont devenues complètement unilatérales, pour une raison ou une autre. Je te serais reconnaissant si tu voyais les choses sur le long terme.”

Todd : “Ça me va, mais ça semble plutôt difficile pour toi… Mais, dans ce cas…”

Todd n’approfondit pas trop les circonstances complexes entourant Subaru et Rem, mais il détourna le regard en se caressant le menton.

Todd observait le bras droit de Subaru, que ce dernier ignorait délibérément. Et s’accrochant au bras droit de Subaru depuis un bon moment――

??? : “Ah ?”

C’était Rui, qui avait exprimé cela dans le vide, avec un air stupide.

Elle était toujours accrochée au bras droit de Subaru, souriant comme si elle s’amusait, tout en tripotant de temps en temps ses doigts, enroulant ses cheveux autour d’eux et faisant ce qui lui plaisait.

Todd : “Tu n’es manifestement pas assez âgé pour qu’elle soit ta fille, pas vrai ? Qu’est-ce qu’elle est par rapport à toi ?”

Subaru : “Combien de fois dois-je le répéter, ce n’est qu’une étrangère. Même si je suis certain qu’elle n’est pas une personne décente.”

Todd : “Tu es un peu sévère… Mais la petite demoiselle dans sa cellule semble se préoccuper de cette fille, non ?”

Subaru : “C’est ce qui est si problématique…”

Après que Todd lui en ait fait la remarque une fois de plus, Subaru poussa un soupir, sentant à quel point la situation dans laquelle il se trouvait était compliquée.

Actuellement, les sentiments de Subaru à l’égard de Rem tournaient en rond, en vain. Avec ses souvenirs disparus, l’attitude froide de Rem était principalement due au mépris de Subaru pour Rui.

Néanmoins, Subaru ne pouvait pas accepter Rui, même s’il savait que c’était la cause.

C’était une évidence. Il s’agissait d’un Archevêque du Péché, une personne purement maléfique. Quelqu’un avec qui il ne pouvait en aucun cas s’entendre.

Subaru : “Comment est-ce possible ? Qu’est-ce que tu manigances, qu’est-ce que tu veux de moi ?!”

Rui : “Ooh ? Aah, awoh !”

Rui se contenta de lui adresser un sourire frivole, ne lui offrant aucune réponse en retour.

Son comportement était absolument agaçant. Bien sûr, si elle agissait sans scrupules comme elle l’avait fait dans le Corridor des Souvenirs, elle lui causerait des ennuis, mais cela lui permettrait sans doute d’y voir plus clair, de la considérer comme une ennemie autant qu’il le pouvait.

Ce serait une meilleure situation que maintenant, où elle agissait comme un bébé ou un enfant en bas âge, ne laissant que Subaru capable de reconnaître sa nature dangereuse.

Todd : “Quoi qu’il en soit, elle est l’un de tes compagnons de voyage. Quel que soit l’endroit où vous allez, vous devriez travailler à améliorer votre relation.”

Subaru : “――À qui s’adresse cet advice ?”

Todd : “Adv… ? Eh bien, c’est à toi de voir comment tu le prends.”

Todd se leva en hochant la tête, confus, devant ce mot qu’il n’avait jamais entendu auparavant.

Ils se trouvaient dans la tente destinée à la guérison en ce moment, et les personnes qui s’y trouvaient préféreraient sans doute qu’ils n’y restent pas trop longtemps à bavarder. Subaru suivit le sillage de Todd, Rui s’accrochant toujours à sa main droite.

Todd : “Quoi qu’il en soit, maintenant que tu es tout rafistolé… Passons aux choses sérieuses, puis-je te demander de faire quelque chose pour moi ?”

Subaru : “Mhm, ouais. Comme ça, je ne me sentirai pas aussi coupable que si je me retrouvais sans rien à faire. Fais-moi savoir ce dont tu as besoin. Je suis prêt à tout, tant que la tâche n’implique pas de manger des chaussures.”

Todd : “Il semblerait que Jamal ait vraiment mis ta patience à l’épreuve… D’accord, j’ai compris, je ne le laisserai pas se comporter comme ça. Au moins pour l’instant.”

Todd avait alors jeté un coup d’œil sur un groupe de tentes noires.

Subaru suivit son regard et observa les tentes avant de lui demander “À quoi servent-elles ?”.

Todd : “C’est là que se trouvent les réserves de notre campement. Nous les avons amenés ici parce que nous en avons besoin pour une raison ou une autre, mais je suis nul pour les ranger correctement. C’est donc là que tu interviens, en considérant ta fierté à garder les choses propres et bien rangées.”

Subaru : “…Ai-je seulement dit ça ?”

Todd : “Tu ne l’as pas fait ? J’espérais tout de même que ce serait le cas. Et si ce n’est pas le cas, tu donneras sûrement tout ce que tu as, par gratitude pour l’aide que je t’ai apportée.”

Subaru : “…Quelle fantastique personnalité, Todd-san.”

Todd avait prononcé des paroles plutôt méchantes, tout en affichant un sourire bon enfant. L’expression de Subaru se raidit à ses paroles, avant de jeter un coup d’œil au groupe de tentes noires.

À vue d’œil, il y avait une vingtaine de tentes ; si elles étaient toutes remplies de leurs stocks, et pire encore, si comme Todd l’avait dit, elles avaient besoin d’être rangées, alors les choses allaient se corser.

Subaru : “Je doute de pouvoir finir ça en un jour ou deux…”

Todd : “Tout va bien tant que tu les ranges avant que le carrosse draconique du Groupe de Ravitaillement n’arrive. Hahaha.”

Subaru : “Hahaha…”

Cela signifiait qu’il devait se dépêcher.

Le niveau de difficulté augmentait un peu si l’on tenait compte des blessures à sa main gauche, mais il ne pouvait rien y faire.

Subaru : “C’est pour gagner mon pain aujourd’hui, c’est pour pouvoir retourner auprès d’Émilia-tan avec Rem…”

Rui : “Uuuh !”

Rui éleva la voix à côté de Subaru alors que ce dernier serrait fermement le poing, prêt à défier le dur labeur. Elle tenait toujours son bras droit, provoquant une grimace répugnante de la part de Subaru.

L’Archevêque du Péché pesait sur l’esprit et le corps de Subaru, avec l’air de ne pas savoir ce qui se passait. Toujours aussi rusée, elle était une ennemie redoutable qui donnait l’impression d’être devenue difficile à gérer.

Subaru : “La vitesse à laquelle je me retrouve impliqué avec des personnes dont je n’ai aucun souvenir, un peu comme avec Shaula, est bien trop élevée…”

Rui : “Aah, uuuh.”

Qu’elle le comprenne ou non, Subaru se dirigea vers les tentes noires en tirant Rui, qui semblait de bonne humeur.

Contrairement à Shaula, où ils avaient fini par se comprendre à la fin, il n’avait pas réussi à atteindre Rui dès le départ. Il se fraya un chemin tout en pensant qu’il serait impossible de se comprendre mutuellement.


Rem : “…Donc, tu rangeais la tente jusqu’à la tombée de la nuit.”

Assise par terre, les jambes repliées sur le côté, Rem accueillit ainsi Subaru, qui revenait d’un travail harassant.

Subaru baissa le coin de ses sourcils en la regardant, et Rem plissa les yeux en voyant sa réaction,

Rem : “Je ne te salue pas.”

Subaru : “Ne lis pas dans mes pensées… Mais, ils t’ont laissé sortir de la prison, pas vrai ?”

Rem : “――Du moins, les gens ici semblent ne pas avoir d’hostilité envers moi.”

La raison pour laquelle elle baissait les yeux était probablement liée à la rencontre qui avait eu lieu au bord de la rivière, dont Subaru avait entendu parler――et à la culpabilité qui s’était manifestée à la suite de cette première rencontre défavorable entre l’escouade de Jamal et Rem.

Rem était généralement hostile envers ceux en qui elle n’avait pas confiance.

Son attitude vis-à-vis de Subaru s’était beaucoup adoucie après avoir appris à le connaître, mais son ancienne caractéristique commençait à refaire surface depuis qu’elle avait perdu ses souvenirs. Il estimait qu’elle y réfléchissait.

Subaru : “Par contre, bravo d’être capable de te remettre en question, Rem. Ça mérite un hanamaru.”

(Note de Traduction : Un hanamaru (はなまる) est un simple dessin d’une fleur qui est décerné aux élèves (principalement ceux de l’école primaire) qui ont obtenu de bons résultats à leurs examens. Elle symbolise également “l’excellence” et “la réussite aux examens”.)

Rem : “…De quel point de vue m’observes-tu ? En premier lieu, même si tu me complimentes, ça ne représente rien pour moi.”

En dirigeant une réplique cinglante vers le souriant Subaru, Rem leva son regard vers le haut.

Bien que Subaru ait été incité à faire de même, tout ce qu’il voyait était le plafond mince et conique de la tente. Il pencha la tête, se demandant de quoi elle parlait. Puis, Rem fit claquer sa langue d’un air contrarié,

Rem : “Pourquoi es-tu dans la même tente que nous ? Je ne veux pas en demander trop, mais ne pourraient-ils pas être plus attentionnés…”

Subaru : “Non, je pense que c’est l’incarnation de la considération. J’ai dit à Todd-san que nous étions des compagnons de route, alors si c’est… owowowowowow !”

Rem : “Ne dis pas des choses à ta guise !”

Au moment où il s’assit à côté d’elle, la main de Rem serra d’une poigne de fer la zone autour de l’os de sa hanche. Elle le fixa du regard tandis qu’il souffrait des craquements de ses os dans le bas du dos.

Toutefois, une petite silhouette s’interposa entre eux, stoppant les actions de Rem d’un “Ahh !”.

C’était――

Rem : “Encore toi…”

??? : “Uuu !”

S’appuyant lourdement sur la main de Rem, qui s’agrippait à la taille de Subaru, Rui utilisa tout son corps pour soulever son objection.

Rem, qui se complaisait avec Rui pour une raison ou une autre, poussa un soupir de résignation devant ses efforts, et interrompit à contrecœur sa punition envers Subaru. Elle rapprocha Rui de ses genoux.

Elle posa ainsi la tête de Rui sur ses jambes, qu’elle ne pouvait pas trop bouger, et lui caressa délicatement le corps.

Subaru : “Tch.”

Rem : “…Pourquoi tu fais claquer ta langue cette fois-ci ? Je ne comprends pas comment tu peux être aussi froid, alors qu’elle est si attachée à toi.”

La réaction de Rem face à l’attitude peu recommandable de Subaru n’était pas très bonne.

Tout ce qu’il pouvait faire c’était d’observer chacun des mouvements de Rui, qui était allongée sur les genoux de Rem, afin de pouvoir protéger cette dernière lorsque Rui déciderait de se montrer sous son vrai jour.

――Sur ordre de Todd, Subaru avait commencé à nettoyer l’intérieur de la tente noire.

Comme il l’avait d’abord pensé, l’organisation de l’intérieur de la tente n’était pas quelque chose qui pouvait être terminé en peu de temps. Bien sûr, l’état de la main gauche de Subaru était loin d’être parfait, mais c’était également parce que les règles d’organisation ne semblaient pas s’appliquer aux Vollachiens, bien plus que ce à quoi il s’attendait. Et pour couronner le tout――

Subaru : “Celle-ci n’arrête pas d’interférer avec le moindre de mes travaux. J’ai fait tous ces efforts pour ranger leurs affaires, mais elle les renverse et les éparpille, les unes après les autres. À cause d’elle, je n’avance pas du tout.”

Rem : “Elle ne sait rien, on ne peut rien y faire.”

Subaru : “Tu ne sais rien non plus. Mais tu ne ferais pas ce qu’elle a fait. C’est tout, ça a donc été démontré ! QED !”

(Note de Traduction : QED est l’abréviation d’une phrase latine, “quod erat demonstrandum”. Elle est placée à la fin d’une preuve ou d’autres documents relatifs à cette preuve, pour montrer qu’elle est achevée, ce qui signifie “ainsi ça a été démontré”.)

Rem : “Tu dis des choses qui n’ont aucun sens, encore une fois !”

Sachant que la cause de l’attitude peu accueillante de Rem à l’égard de Subaru se trouvait en Rui, comment pouvait-il ne pas agir de la même manière à l’égard d’elle ?

Il savait qu’il s’agissait d’une spirale défavorable de mauvais traitements mutuels, mais il ne pouvait se résoudre à s’entendre avec Rui, même si ce n’était qu’en apparence――il ne pouvait tout simplement pas la supporter de toutes les fibres de son être, et c’était quelque chose qu’il était incapable de dissimuler.

Subaru : “――――”

Très découragé, Subaru s’étala sur le sol, sur le dos.

La tente ne comptait que trois personnes, Subaru, Rem et Rui――ce n’était que pour quelques jours, mais Todd leur avait attribué cette tente pour qu’ils puissent y séjourner.

Comme ses alliés n’étaient pas revenus après avoir pénétré dans la forêt, Todd avait souri au groupe de Subaru en plein montage du camp, leur disant qu’ils pouvaient utiliser la tente sans propriétaire à leur guise.

Subaru : “Non, il n’y a pas de quoi sourire, mais…”

Malgré cela, il avait beaucoup apprécié que Todd leur ait donné une tente de rechange.

Mis à part Subaru lui-même, il s’inquiétait de laisser Rem dans un camp dépourvu de femmes. Todd leur avait dit qu’ils seraient traités comme des invités, mais il ignorait jusqu’où sa parole s’était répandue.

Sans compter que Rem avait déjà suscité le mécontentement de Jamal.

Si possible, Subaru souhaitait qu’elle reste à ses côtés, afin qu’il puisse la garder à l’œil pendant qu’il s’occupe des corvées――

Rem : “Ne reste pas à bouder, et mange.”

Subaru : “Eh ?”

Subaru était plongé dans ses pensées, allongé sur le dos. Ce qui lui bloquait la vue, c’était la brochette que Rem tenait au-dessus de son visage.

Lorsqu’il se redressa spontanément, Rem se détourna de lui, rapprochant la brochette de lui.

Subaru : “C’est… ?”

Rem : “Ils disent que c’est un repas. Il était distribué aux occupants du camp, alors je suis aussi partie en recevoir… Parce que, même si c’est petit à petit, j’ai besoin d’exercer mes mouvements.”

Elle murmura cela, se frottant la jambe de sa main libre.

Ni l’un ni l’autre ne savait quand l’état de ses jambes reviendrait à la normale, quand elles seraient remises en état, mais Rem elle-même se sentait probablement plus inquiète et anxieuse à leur sujet que Subaru.

Entourée de personnes qu’elle ne connaissait pas dans leur campement, n’étant pas en possession de ses souvenirs, elle se tenait dans une position incertaine dans ce désordre. Même si elle voulait agir pour savoir quelque chose, ses jambes n’étaient pas libres de bouger.

Rem : “…Peux-tu juste la prendre ? Ma main se fatigue.”

Subaru : “P-pigé, pigé. Uhh, tu as déjà mangé ?”

Rem : “Hein ? Pourquoi je mangerais la première alors que la fille n’a pas encore mangé ? Je ne peux pas faire quelque chose d’aussi égoïste.”

Rem rapprocha d’elle le récipient fait d’ossements qui était posé au bord de la tente, retira le tissu qui le recouvrait et porta la brochette à la bouche de Rui.

Choyée par Rem, Rui accepta volontiers son acte de gentillesse, rongeant la viande petit à petit, comme un poussin picorant la nourriture que lui donnaient ses parents.

Rem : “Fufu.”

Rem observait Rui avec un sourire tendre alors qu’elle continuait à picorer son repas.

Incapable de détacher ses yeux de ce spectacle, Subaru grignotait la brochette qu’on lui avait donnée. Comme elle était simplement percée et cuite, il n’avait aucune idée du type de viande utilisé.

Quoi qu’il en soit, c’était rigide et fade, quelque chose que l’on ne pouvait pas vraiment qualifier de savoureux.

Subaru : “C’est assez proche de la cuisine d’Émilia-tan et de Béako…”

Rem : “Qu’est-ce que tu marmonnes… ah.”

Subaru : “――?”

Alors que Rem jetait un coup d’œil à Subaru, qui exprimait à voix haute ses diverses pensées sur le repas, ses yeux s’écarquillèrent soudainement. Subaru fronça les sourcils devant sa réaction, se demandant ce qui se passait.

Ses yeux bleus étaient fixés sur le visage de Subaru. Si c’était le cas, il supposait que la raison de son étonnement venait de son visage, mais――

Subaru : “Qu’est-ce qui ne va pas ? Attends, ne dis pas quelque chose de triste comme “C’est la première fois que je contemple ton visage correctement”.”

Rem : “Ce n’est… pas ça, mais… euh, tes larmes…”

Subaru : “Des larmes ?”

Rem : “…Des larmes… coulent sur ton visage. Tu ne t’en es pas rendu compte ?”

Le souffle de Subaru se bloqua dans sa gorge face aux mots de Rem, qui commençait à parler avec tant d’hésitation. Après cela, il toucha lentement et timidement sa propre joue, surpris par la goutte chaude qui rencontra le bout de ses doigts. Ce n’était pas un mensonge ridicule inventé par Rem, c’était la vérité.

Subaru : “Hein ? Je… pleure ?”

Rem : “O… oui, tu pleures. Qu’est-ce qu’il y a ? Les blessures à tes doigts… ?”

Utilisant une main pour essuyer les larmes qui coulaient sur ses joues, Subaru était confus par les vagues d’émotions qui se bousculaient en lui. Cependant, la cause de ses larmes n’était pas la douleur provoquée par ses doigts cassés.

La cause était bien différente. Peut-être était-ce dû au calme et à la tranquillité du moment qu’il passait avec Rem.

Subaru : “――――”

La situation était loin d’être réglée.

Il était séparé d’Émilia et des autres, ne savait pas comment les contacter, se trouvait dans un pays qui lui ferait vivre une expérience terrible si son passé était découvert, et il était également dans un état misérable, n’ayant aucune relation avec l’amnésique Rem. En plus de cela, il avait pour compagnie un Archevêque du Péché qui était l’incarnation des maux de ce monde, et ils étaient menés par Natsuki Subaru, la personne qui possédait l’ensemble complet de l’ignorance, de l’incompétence, de l’impuissance, et de la négligence.

Aucune raison ne lui permettait d’être optimiste. Il n’y avait pas une seule raison, mais――

Subaru : “…Nous parlons et mangeons ensemble, de cette façon. Ça… m’a rendu heureux.”

Rem : “――――”

Subaru : “D-désolé, tu ne comprends pas ce que je dis, pas vrai ? Je débite encore des âneries. C’est normal que tu trouves que je suis dégoûtant… Mais je dis la vérité.”

Renonçant à repousser ses larmes en fermant les yeux, elles continuèrent à couler sur son visage tandis qu’il reniflait en contemplant Rem.

Subaru : “Depuis si longtemps, je voulais repasser du temps avec toi comme ça, paisiblement.”

Posant la brochette à moitié mangée sur ses genoux, Subaru s’efforça de faire sortir les mots de sa gorge.

Essuyant ses larmes avec sa manche, le bruit de son nez qui coulait résonna à l’intérieur de la tente silencieuse.

Pendant un moment, tout ce qui se produisait dans la tente était un bruit gênant, mais――

Rem : “…Je ne comprends pas ce que tu racontes.”

Sans crier gare, Rem prit la parole d’une voix qui ressemblait à un bref soupir.

En essuyant ses larmes, Subaru retint son souffle. Il avait également accepté le sentiment d’embarras, pensant que le ton durci et glacial de Rem était une réaction juste.

Un homme qu’elle ne connaissait pas, qui dégageait en plus une odeur désagréable, était en train de brailler devant elle. Personne ne le regarderait sans le considérer comme suspect dans ce cas.

Il avait encore une fois entamé la confiance de Rem. Cette fois, c’était fatal, irréparable――

Rem : “Mais je ne pense pas que je me moquerais de toi alors que tu pleures. Je trouve ça… étrange, mais pas au point d’être dégoûtant.”

Subaru : “――Eh ?”

Subaru écarquilla les yeux, levant le visage devant ces paroles inattendues.

Devant lui, Rem caressa la tête de Rui sur ses genoux, ses yeux continuant à se détourner de lui, ses lèvres tremblant comme si elle choisissait soigneusement ses mots.

Rem : “…C’est tout. Termine ton repas rapidement. Je suis fatiguée… pour aujourd’hui.”

Subaru : “――Ah.”

Rem prononça rapidement cela en fermant les yeux, et la réaction de Subaru fut retardée parce qu’il était momentanément confus à propos de ce à quoi elle faisait allusion. Néanmoins, lorsqu’il réalisa qu’elle parlait de la brochette à moitié mangée sur ses genoux, il s’empressa de la dévorer.

Subaru : “C-c’est vrai. Ouais, c’est délicieux. Salé et savoureux.”

Rem : “C’est salé à cause de tes larmes… Mon repas n’est pas délicieux à cause de ton odeur corporelle. C’est injuste.”

Subaru : “C’est… euh, je vais réfléchir à une solution, oui.”

La manière de parler de Rem était froide et tranchante.

Pourtant, elle ne lui avait pas dit de partir, ni qu’elle ne voulait pas manger avec lui. Il ne lui restait donc plus qu’à trouver un autre plan.

Sinon, il ne pourrait pas continuer à profiter de cette période de détente.

Subaru : “…Mais si tu parles d’injustice, alors j’ai quelque chose à dire aussi.”

Rem : “Tu as quelque chose à dire ? Qu’est-ce que c’est ? Si c’est à propos de tes doigts…”

Subaru : “――À propos d’elle. À propos de cette fille qui dort très confortablement sur tes cuisses.”

Subaru fit un signe du doigt vers Rui et fronça les sourcils alors qu’elle profitait de l’oreiller que lui offrait Rem. Voyant cela, Rem plissa les yeux, comme si elle disait “Tu recommences”.

Toutefois, Subaru essayait de faire passer un message différent de celui qu’il avait répété jusqu’à présent.

Subaru : “Rem, tu n’arrêtes pas de parler de mon odeur corporelle… Je n’aime pas vraiment la façon dont tu le formules, mais elle doit sentir comme moi aussi. Et tu l’ignores ?”

L’odeur persistante de la Sorcière devenait plus forte chaque fois qu’il revenait d’entre les morts.

Mais, si c’était quelque chose qui avait une affinité avec la Sorcière――en étant lié aux Facteurs de Sorcière――alors naturellement l’Archevêque du Péché Rui devrait posséder la même puanteur qui se dégageait d’elle.

En repensant à la réaction furieuse de Rem face à ceux du Culte de la Sorcière, cela aurait dû être une certitude――

Rem : “… ? Qu’est-ce que tu racontes ? Ne mets pas cette fille dans le même sac que toi.”

Subaru : “…Hein ?”

Rem : “Tu sais, elle ne sent pas du tout comme toi. S’il te plaît, n’agis pas de façon aussi désespérée, en débitant des choses aussi ridicules.”

Néanmoins, la réponse de Rem aux paroles précédentes de Subaru était plutôt inattendue.

Par réflexe, il fixa Rem, mais il ne vit rien d’étrange dans son expression. Elle ne semblait pas mentir ni essayer de tromper Subaru.

Ce qui signifiait qu’elle ne sentait vraiment pas l’odeur persistante de la Sorcière, du Miasme, en provenance de Rui.

Subaru : “Se pourrait-il qu’elle puisse masquer son Miasme ? Impossible, mais dans quel but ?”

De tout ce qu’il avait vécu jusqu’à présent, il n’y avait que quelques rares personnes qui pouvaient sentir le Miasme, autrement connu comme l’odeur persistante de la Sorcière. En dehors de Rem, qui avait le plus réagi, un nombre très limité de personnes avaient manifesté une réaction, comme Béatrice et Lewes.

De plus, il n’estimait pas que les cultistes pensaient à dissimuler ce genre de choses.

Ces individus étaient des apôtres de la trahison, qui empiétaient sur le monde comme s’ils en étaient les propriétaires. Et pourtant――

Rem : “Tu as terminé ? Si tu as fini de manger, j’aimerais me préparer à aller au lit, puisque cette fille a l’air d’avoir envie de se coucher également…”

Subaru : “Oh, uhm… Eh bien, tu es sûre de ce que tu as dit précédemment ?”

Rem : “Quelle insolence.”

Rem rejeta catégoriquement la question de Subaru.

Toutefois, son attitude semblait prouver d’autant plus que ce qu’elle ressentait n’était pas un mensonge.

Subaru : “…Tu ne sens pas de Miasme en provenance de Rui ?”

Subaru ne savait pas vraiment ce que cela impliquait. Cependant, il ressentait une horrible sensation, comme s’il se passait quelque chose de terriblement étrange, quelque chose qui ne présageait rien de bon pour lui.

Rem : “Désolée, mais pourrais-tu ranger ton bol ? Je vais préparer les lits.”

Subaru : “Oh, ouais, bien sûr. Je ne vais pas faire de bêtises, donc pas besoin de s’inquiéter.”

Rem : “――Ça me met d’autant plus mal à l’aise.”

Sur ces paroles un peu raides, Subaru s’éclipsa de la tente pour ranger le bol dans lequel se trouvait la brochette qu’il venait de finir de manger.

Les lumières des feux de camp étaient visibles au cœur de la nuit, parsemées à divers endroits du campement. Aucun membre du groupe de Subaru n’avait reçu l’ordre de le faire, mais il y aurait probablement des individus qui monteraient la garde au fil de la nuit.

La préparation à la guerre était ardue, même s’il n’en avait entendu parler qu’à travers les mangas et les jeux.

Subaru : “…J’aimerais partir d’ici le plus vite possible.”

Todd était un bon gars, mais même dans ce cas, Subaru n’avait pas l’air de pouvoir s’habituer à l’atmosphère du champ de bataille.

Il lui fallait partir d’ici au plus vite et trouver un moyen de retrouver Émilia et les autres.

Voilà ce qu’avait décidé Subaru. Et alors qu’il tenait fermement son bol, il remarqua quelque chose.

Subaru : “…Oh, je n’ai pas mal aux doigts. Impossible, le médicament a déjà fait effet ?”

Il avait serré le bol avec les doigts de sa main gauche sans même s’en rendre compte. Il les regarda, surpris par l’efficacité du médicament.

Ils restaient inconfortables. Mais la chaleur engourdissante qu’il ressentait à travers eux prouvait que sa main gauche commençait à fonctionner correctement.

Subaru : “Il a raconté tellement de conneries à propos de la Magie de Guérison, mais la médecine fait largement l’affaire…”

Subaru secoua légèrement sa main gauche en repensant à ce que Todd avait dit, avant de poursuivre son chemin.

Il avait tant de choses auxquelles il devait penser. Concernant Rem, Rui et lui-même.

Bien qu’il y en ait beaucoup, il améliorerait chacun d’entre eux, un par un.


??? : “――――”

Une silhouette solitaire observait Subaru alors qu’il quittait la tente et s’éloignait lentement.

L’homme, qui avait un cache-œil couvrant l’un de ses yeux, rétrécit son autre œil et lâcha un “Tch” vers l’arrière de la silhouette qui s’éloignait d’un pas tranquille.

Et puis――

??? : “Il a le culot de se pavaner de la sorte. Quelle absurdité.”

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