83 — Ram

(Note de Traduction : Quand Tappei a publié ce chapitre pour la première fois, le titre était “Sans corne”. Il s’est avéré qu’il avait oublié que ce chapitre était censé être le name chapter de Ram, ce qu’il a corrigé quelques jours plus tard.)
――Elle se souvenait qu’absolument tout était brûlé, englouti dans des flammes rouges et écarlates.
Des jours de décadence, de calme, de stagnation, avaient connu une fin abrupte.
Avant cette violence maniaque, même le titre de demi-humain le plus fort, même la position de dirigeant le plus redouté du village, même l’amour omniprésent des parents qui protégeaient leur enfant, tout cela n’avait pas eu la moindre signification.
Il était regrettable qu’elle ait tardé à s’apercevoir de la démesure du massacre.
――Non, cette fois-ci, c’était peut-être le tact de l’adversaire qui méritait d’être loué.
Ils étaient détestés, rejetés, ostracisés par le monde.
C’est pourquoi ils se tapissaient dans l’obscurité, effaçaient leur présence, étouffaient leurs pas et connaissaient des techniques pour s’approcher sans se faire remarquer.
Il serait correct de dire qu’au moment de la première embuscade, la victoire et la défaite avaient déjà été gravées.
Une légère stagnation s’était mêlée au Mana atmosphérique ; lorsque sa corne avait perçu cette aberration, il avait été bien trop tard.
Tout d’abord, les habitants du village avaient été divisés par deux au départ, ce qui laissait moins de la moitié de ceux qui étaient capables de se battre. De plus, la moitié d’entre eux ne s’était pas présentée, en raison de la nécessité de se demander s’ils s’étaient trompés.
En résumé, leurs cœurs avaient été putréfiés par la paix et l’harmonie.
Le Clan Oni, autrefois considéré comme le plus puissant des demi-humains, aurait même été capable de changer l’état des affaires du Royaume de Lugnica s’il avait pris part à la Guerre des Demi-Humains――quand bien même le “si” de cette histoire s’était produit pour les besoins de l’argumentation, le Clan Oni n’aurait indubitablement pas obtenu de grands résultats non plus.
Quoi qu’il en soit, la moitié qui avait été atténuée par le premier assaut avait été réduite de moitié par le second assaut qui avait suivi.
À ce stade, des incendies s’étaient déclarés dans tout le village, et lorsque les hurlements de mort avaient retenti dans le ciel nocturne illuminé d’écarlate, tous les Onis du village avaient décelé l’aberration.
Cependant, à ce moment-là, seuls deux d’entre eux avaient perçu la chute du Clan Oni――
??? : “――Ram ! Brise le siège ! Tout va bien tant que tu es la seule à rester en vie !!”
Avec ses deux cornes gigantesques agrandies, son aîné criait en gonflant tous les muscles de son corps.
Son aîné, muni de l’épée longue dont il était spécialiste, bondit hors de la salle et déversa ses paroles sur Ram, tandis qu’elle tranchait les combattants ordinaires à l’aide du vent. Il lui disait de rester en vie, mais ce n’était pas parce qu’il était inquiet pour Ram.
En effet, c’était son aîné qui avait cru, avec la plus grande honnêteté, que Ram elle-même était l’avenir prometteur, éblouissant et étincelant du Clan Oni.
La réincarnation de l’ancienne gloire du Clan Oni, le Dieu Oni qui avait fait progresser la domination et la conquête à l’époque de la Sorcière.
C’était le rôle escompté de la prodigieuse Ram, et c’était certainement son souhait le plus ardent en tant que dernier patriarche du Clan Oni, qui avait pratiquement oublié de se battre.
Ram : “Hah !”
Elle eut envie d’en rire en expirant, trouvant cela tout simplement ridicule.
Même à cet âge, le souhait de l’Oni qui représentait le village consistait à confier la réalisation d’un rêve impossible pour l’avenir. Il pouvait regrouper agilement ses camarades, tenter de lancer une contre-attaque sur l’ennemi, les options qu’il possédait pour agir étaient innombrables.
Toutefois, Ram n’avait pas l’intention de donner ce conseil au patriarche.
Cette nuit n’en était pas la cause.
Parce que Ram avait déjà, depuis longtemps, tourné le dos à son clan.
Ram : “Quelque chose comme la gloire des Onis…”
Sans valeur. Sans valeur. Sans valeur.
Même le fait que le sang le plus pur du Clan Oni coule en elle était répugnant.
Certes, en souhaitant la puissance, son sang bouillonnait, l’amélioration régnait dans tout son corps, un sentiment de toute-puissance comme si l’ensemble de tout et de n’importe quoi existait dans le but de l’apaiser.
En vérité, si Ram avait grandi sainement jusqu’à l’âge adulte, ce sentiment de toute-puissance aurait pu devenir authentique.
Néanmoins, Ram ne souhaitait pas cela.
Au sein de ce monde confiné, plutôt que de se donner des airs d’enfant de Dieu, Ram avait un avenir qu’elle cherchait à choisir.
Au lieu d’être acclamée comme la réincarnation du Dieu Oni, au lieu de passer sa vie à servir de sanctuaire à ses parents de sang qui s’accrochaient à une gloire déjà en ruine, il y avait quelque chose qui avait bien plus de valeur.
Ram: “――――”
――Il s’agissait de vivre comme la ■ ■, de ■■.
Concentrant son attention sur son front, elle fit pénétrer le Mana scintillant de chaleur dans tout son corps par l’intermédiaire de sa corne blanche.
En priant dans ce but avec force, la perception de Ram s’amplifia considérablement. Elle s’empara du champ de vision de tout ce qui respirait et vivait dans ses environs et saisit à la perfection tous les événements du village confiné.
Le nombre d’ennemis était important et ils avaient pris des positions qui encerclaient le village, ce qui rendait toute fuite improbable.
La correspondance avait d’abord été retardée, les seuls qui avaient pu s’opposer correctement étaient la moitié de la moitié, et eux aussi avaient perdu des effectifs tels que ceux qui restaient se comptaient sur les doigts d’une main, signe de l’épuisement de l’esprit du Clan Oni.
Une personne, l’aîné, semblait faire de gros efforts et se battre, mais les ennemis qui s’étaient rassemblés là étaient très bien entraînés――les empreintes de l’aîné, alors qu’il tombait en position désavantageuse, étaient enveloppées d’une riche Mort.
Ram : “――■■.”
Revêtant son petit corps de vent, Ram s’élança à travers le village comme une bourrasque.
Ce que ces lèvres avaient énoncé, se référait à sa seule et unique ■, qu’elle aimait jusque dans ses moindres pensées. Ce n’était pas un manque de compassion de la part de Ram. Elle était simplement en train de renouveler sa conscience.
En effet, les parents de Ram faisaient partie de la première moitié des personnes agressées et n’avaient plus aucun espoir d’avoir la vie sauve.
――Jamais elle n’avait détesté ses parents.
Cependant, tous deux, pour le meilleur ou pour le pire, étaient nés dans ce village, avaient été des membres du Clan Oni qui avaient choisi de mourir dans ce village, et avaient accepté sans réfléchir une mort plutôt clémente, voilà ce qu’elle croyait.
Par conséquent, il était inévitable qu’ils perdent la vie cette nuit-là. Toutefois――
Ram : “――Ça ne veut pas dire qu’ils ne seront pas vengés.”
L’ombre noire qui lui barrait la route, l’ennemi dont toute la carrure était vêtue d’une robe.
En direction des sous-fifres qui brandissaient et s’amusaient avec les dagues en forme de croix, Ram délivra un vent inébranlable.
Qu’ils se soient moqués d’elle comme d’une simple enfant, ou qu’ils aient simplement manqué d’habileté.
À défaut de contrer les lames de vent de Ram, les ombres noires furent tranchées les unes après les autres, donnant lieu à une atroce levée de cadavres en grand nombre. Malgré cela, Ram s’enveloppa de vent et reprit son massacre, comme si elle dansait au milieu des flammes.
S’il fallait le comparer, alors peut-être était-ce en effet semblable à une danse glamour.
Cependant, en réalité, d’un coup de bras, Ram volait la vie, et chaque fois qu’elle faisait disparaître ce qui avait pris forme, une joie obscure criait à l’exultation dans son esprit juvénile.
Tues-en davantage, hurlait-elle avec véhémence.
Son être intérieur la poussait à piller le sang, la chair, les os, l’âme, la vie.
Cette soirée n’était pas la première fois qu’elle prêtait l’oreille à cet appel.
――Depuis un lointain passé, depuis sa naissance, c’était précisément cette voix qui l’attirait au moindre tournant.
Elle cherchait à éveiller sa personne intérieure, l’incitant à confier sa vie à son sang, à sa chair, à ses os, à son âme.
Elle lui disait qu’elle pouvait tuer bien plus, qu’elle pouvait détruire bien plus.
Ram n’arrivait pas à comprendre ce qu’il y avait de si apparemment merveilleux dans tout ceci.
Ni l’aîné, ni ses parents, ni personne ne pouvait comprendre cela. Ram ne se sentait même pas disposée à transmettre cela à ceux qui lui réclamaient un devoir qui s’éloignait de son identité de Ram.
Elle semblait être contrôlée par sa corne.
Si elle n’avait pas possédé une identité solide, sa personnalité juvénile aurait été facilement avalée, démolie, et elle serait sûrement devenue la réincarnation du Dieu Oni, conformément aux désirs de son entourage.
Néanmoins, elle n’était pas devenue ainsi. La raison étant――
??? : “――■-chan !!”
Appelée par une voix stridente, en se retournant elle aperçut ■■, irradiée par le brasier.
À cet instant, un vent puissant dissipa la foule d’ombres noires, les réduisant en fragments d’un seul coup.
Et, en toute hâte, Ram se dirigea vers ■■.
Ram : “■■…”
Le regard envahi par l’effroi, sans force dans les jambes, ■■ s’était effondrée à cet endroit.
Tendant la main vers sa bien-aimée ■, elle l’aida à se relever. Conformément au souhait de l’aîné, Ram devait survivre. Cependant, pas toute seule, mais avec ■■.
――Ce fut à cet instant.
S’assurant de la sécurité de ■■, l’espace d’un instant, elle avait baissé sa garde.
Le temps qu’elle s’aperçoive des présences, elle était encerclée, une situation difficile à traverser, même pour s’enfuir. Seule, cela n’aurait pas été impossible. Toutefois, si elle était la seule à survivre, ce ne serait pas différent de mourir.
Elle n’avait pas d’autre choix que de se sortir de cette situation, quoi qu’il arrive.
Pour ce faire, elle devait libérer toutes les entraves qui scellaient sa puissance, et pousser un vent enragé vers l’ennemi――
Ram : “――――”
Ce devait être un intervalle dans son cœur, engendré par le sentiment de toute-puissance qu’elle abhorrait.
Une ombre noire se faufila entre les lames de vent, l’unique brûlure qu’elle tira affligea tenacement son front, son champ de vision fulminant.
Se recroquevillant à cause de l’énorme impact, tout en éprouvant un sentiment atroce de perte, Ram fixa son regard.
Résolument, en tournoyant, en pivotant, en direction de la nuit écarlate illuminée par le brasier qui brûlait le village, une corne blanche s’envolait.
Comprenant qu’il s’agissait de sa propre corne, sa gorge fine laissa place à un cri, engendré par l’agonie et le sentiment de perte.
Tout en criant, parallèlement, Ram le détecta.
Cette voix qui avait continué à ronger Ram depuis qu’elle était née, était devenue inaudible.
Ah, c’était donc quelque chose d’aussi simple, pensa-t-elle, amusée par sa propre imbécillité.
Tout en contemplant la corne peindre une parabole dans la nuit écarlate――
――Ah, elle s’est enfin brisée.
Ainsi s’exprima son esprit.

――Avec dévotion et ferveur, le dragon terrestre noir disparut du champ de vision qu’elle partageait à travers la Clairvoyance.
Sur son dos se trouvait la jeune fille, destinée à devenir l’autre moitié chérie de Ram.
Une de ses ailes, oubliée, absente, qui n’avait légué qu’un vide béant de perte――
Ram : “――Rem.”
Comprenant ce que cela signifiait, le cœur de Ram se mit à trembler de rage.
Bien que ce soit exaspérant de l’admettre, Ram avait réussi à retrouver une partie de la force de ses beaux jours grâce à la coopération de Subaru, et cette puissance avait eu raison de l’Archevêque du Péché, Ray Batenkaitos, l’acculant peu à peu au désavantage.
Ram elle-même pouvait affirmer qu’elle avait bénéficié d’un nombre incalculable d’opportunités pour le tuer.
Toutefois, l’Autorité contrariante dont il avait été doté, l’existence du pouvoir et de la capacité de manger les Souvenirs et le Nom de l’adversaire avait fait hésiter Ram à prendre imprudemment la vie de ce blasphémateur.
Un jugement contraint non pas par la gentillesse, mais par la nécessité. Mais le résultat demeurait ce qu’il était.
En conséquence, Batenkaitos avait fait libre usage de son Autorité et s’était échappé en toute sécurité devant Ram, et avec le même élan, s’était dirigé vers la personne de Rem, l’autre moitié de Ram.
Son objectif était évident――car il était convaincu qu’il n’obtiendrait pas la victoire s’il se battait contre Ram de manière loyale.
En se battant en face à face, et après avoir constaté son désavantage, il s’était retiré, changeant ainsi la manière d’agir.
Les Archevêques du Péché n’avaient rien de guerriers. Ils étaient des êtres qui agissaient avec avarice dans le seul but de satisfaire leurs propres désirs, n’ayant pas la moindre raison de se préoccuper de la voie à suivre pour remporter la victoire.
Ainsi, il avait comploté pour se venger de Ram qui lui avait fait goûter à l’humiliation, et pour repousser encore plus loin la limite de temps imposée à Ram sans corne en se basant sur les Souvenirs de Rem qu’il avait dérobés.
Cette stratégie était la solution optimale même si c’était frustrant.
S’il s’emparait de la personne de Rem et en prenait le contrôle, il pourrait facilement mettre Ram hors d’état de nuire.
Même si cela n’arrivait pas, s’il gagnait encore du temps, le potentiel de guerre de ce camp subirait une perte immense. Avec le temps, les chances de victoire de Ram diminuaient. Par conséquent――
Ram : “Je dois rattraper Patrasche le plus vite possible.”
Heureusement, Patrasche, à qui Rem avait été confiée, était un dragon terrestre si intelligent qu’il était possible de dire que parmi la panoplie de combattants rassemblée dans cette Tour, il n’avait rien à envier à Julius en termes de fiabilité.
Subaru et Béatrice avaient des failles, et Echidna et Meili avaient beaucoup trop d’aspects inconnus en leur possession. Ceux qui, comme Émilia, donnaient l’impression de ne pas être fiables étaient scandaleux.
Et bien que ce soit compliqué, Batenkaitos était manifestement en train de tourmenter Patrasche.
Bien qu’il soit capable de l’abattre en un instant à la simple perspective de le faire, Batenkaitos avait intentionnellement ralenti son assaut, cultivant un intervalle à travers sa poursuite, et avait pris plaisir à chasser sa proie en la décharnant.
Afin de partager son champ de vision et de graver ce spectacle dans la mémoire de Ram.
Elle ne pouvait plus lui permettre de prendre des mesures arbitraires comme il l’entendait――
Ram : “――Ah.”
Ce fut au moment où elle s’enveloppait de vent, cherchant à se lancer dans un sprint.
Son champ de vision, dirigé vers l’étage au-dessus de l’escalier en colimaçon, s’obscurcit et, l’espace d’un instant, la Clairvoyance s’annula. Tout en maintenant la projection du champ de vision de Batenkaitos dans son œil droit, préservant son propre champ de vision dans son œil gauche, le paysage se brouilla davantage.
Ce n’était pas tout. Le lourd épuisement qu’elle n’avait pas ressenti jusqu’à présent, la douleur et l’affliction, comme si ses organes étaient malmenés par une main invisible, s’abattirent sur Ram elle-même.
C’était là, indubitablement, l’effet de la fatigue que Ram était ordinairement amené à goûter.
Subaru s’était vanté de la prendre en charge par le biais d’une sorte d’Autorité, de récupérer l’indemnité destinée à ronger éternellement la Ram “sans corne”――elle avait rebondi vers Ram.
Ce qui lui vint immédiatement à l’esprit, c’était la possibilité que Subaru soit mort, vainement et grossièrement.
Toutefois, elle pouvait juger que ce n’était pas le cas en raison de la légèreté du fardeau qui lui retombait dessus. Bien que ce ne soit que pour quelques minutes, en tenant compte de la puissance que Ram avait déployée, la compensation ne serait pas aussi maigre.
L’agonie devait être telle qu’il n’y aurait rien de particulier à ce qu’elle vomisse littéralement du sang et qu’elle vacille.
Le fait que cela ne se soit pas produit, bien qu’une circonstance imprévue ait pris forme, indiquait que Subaru ne s’était pas retiré sans réserve du champ de bataille.
Par ailleurs, une suite d’événements contrastant totalement avec les événements survenus lui vint également à l’esprit.
Une catastrophe que Subaru était obligé d’assumer s’était produite sur le corps de quelqu’un d’autre, au-delà de la charge du corps de Ram.
Ram : “Béatrice-sama ou Meili, ou le Chevalier Julius…”
Son esprit dériva dans cette direction, mais affirmer cette réponse n’avait pas d’importance.
Ce qui était important, c’était qu’il était devenu difficile pour Ram d’utiliser une force semblable à celle qu’elle avait eue plus tôt et qui avait réussi à vaincre Batenkaitos――en termes d’entraves, une seule était détachée.
En cas d’effort, il lui serait possible de détacher la seconde, mais cela ne pourrait pas durer plus de quelques dizaines de secondes.
Ainsi, dans cette situation, serait-elle vraiment capable de gagner contre Ray Batenkaitos――
Ram : “Pourquoi faire preuve d’autant de faiblesse――il n’y a pas d’autre choix que de suivre le plan pour gagner.”
Alors même qu’elle passait son temps ainsi, la possibilité d’une victoire de son camp continuait de s’amenuiser.
Aussitôt, Ram s’engagea sur les marches qu’elle avait failli manquer et s’élança vers le haut de l’escalier en colimaçon.
――Tout en sentant palpiter le vide de l’absence, comme si elle avait aussi, par le passé, tout en haletant, couru après sa jeune sœur poursuivie, de la même manière.
??? : “――Dodogyuuun !”
??? : “Hahaaa ! En effet, c’est vraiment exceeellent ! Tu fais de ton mieux pour tenir le coup, même si tu n’es qu’un dragon terrestre, heiiiin !”
Tout en continuant à lacérer ses écailles avec les dagues qu’il projetait, il félicita le dragon terrestre noir qui se faufilait à travers l’allée étroite.
Il saignait à travers ses entailles et ses blessures, douloureuses à observer, mais le dragon terrestre avait décidé de s’enfuir prudemment, renonçant complètement à ses propres conditions de victoire.
La Protection Divine de l’Évasion du Vent était une caractéristique propre à toutes les espèces de dragons terrestres.
Tant que le dragon terrestre continuait à courir, une grande partie de la contrainte des facteurs externes tels que le vent ou le sol était annulée, affirmant ainsi l’acte de “courir” pour atteindre un objectif.
Sa grâce englobait également l’attelage fixé au dragon terrestre, ou son cavalier.
En d’autres termes, la raison pour laquelle la Beauté Endormie, dans un état inconscient, liée et attachée à sa selle, n’avait pas encore été éjectée, était principalement due à l’influence de la Protection Divine de l’Évasion du Vent.
En son absence, la Beauté Endormie serait certainement déjà tombée entre les mains de Batenkaitos.
Ray : “Incroyable, incroyable, galant galant ~tsu ! Malgré toutes les difficultés rencontrées ici et là dans ta course jusqu’à présent, tu as le courage de ne pas t’arrêter et de continuer à tenir bon. Eh bien, si tu t’arrêtes, la Protection Divine de l’Évasion du Vent sera annulée, et nous comprenons la raison pour laquelle tu es si désespérée, mais tu saiiiis !”
Patrasche : “――Dodogyuuun !”
Ray : “Les dragons terrestres, ne sont-ils pas merveilleux, ils sont infatigables et dévoués à leurs maîtres. Si tu avais été un humain, nous pensons que tu aurais certainement fait un plat appétissant à notre intention de Gourmet ~tsu ! Mais, mais mais, maismaismaismaismaismaismais ! Bien que ce soit lamentable, notre estomac ne peut pas être comblé par un dragon terrestre ~tsu !”
Détenteur d’une volonté, détenteur d’une âme, détenteur de Souvenirs, détenteur d’un Nom.
Néanmoins, l’Autorité de la Gourmandise ne pouvait pas manger “cela”, appartenant à tout ce qui n’était en rien humain.
Ainsi, Batenkaitos ne pouvait pas adorer et chérir le dragon terrestre qui affrontait directement un ennemi difficile à combattre avec autant de désespoir et de sérieux, par le biais de ce qui était le meilleur moyen pour lui de le faire.
Bien qu’il salive devant l’aspect délicieux de la chose, il ne pouvait pas la manger.
C’était comme un repas illustré sur un tableau avec un pinceau des plus suprêmes――les gâteaux de riz illustrés sur un tableau ne pouvaient pas être mangés, bien qu’une telle phraséologie semblait être quelque chose qu’il avait déjà rencontré.
(Note de Traduction : Il s’agit d’une référence à un dicton japonais. “絵に描いた餅は食べられない” signifie en fait que les rêves ne se réalisent pas simplement en y pensant, il faut agir pour qu’ils se concrétisent. C’est peut-être une expression empruntée aux Souvenirs de Subaru, mangés par Rui.)
Ray : “Ahhh, c’est ça, c’est ça ! C’est tout à fait ça ! Quand l’estomac se sent si affamé et affamé et affamé et affamé et affamé et affamé et que rien ne peut être fait ~tsu ! Quelque chose comme le dessin d’une nourriture aussi délicieuse, ça revient à laisser vivre, puis à tuer. N’est-ce pas ce qui est appelé de la maltraitance infantile ~tsu ?!”
Tout en reprenant sa poursuite du dragon terrestre sprintant, il expulsa la motte de sang bouchée dans son nez.
Lors de la bataille précédente, son visage avait été endommagé, et son globe oculaire gauche vacillait comme si le fond de l’œil avait été brisé. Ses crocs avaient été cassés, sa langue déchirée, du sang tombait sans cesse en cascade le long de sa mâchoire, mais rien de tout cela n’avait d’importance.
――En songeant à Ram, qui assistait en ce moment même à ce spectacle, son cœur battait à tout rompre.
Ray : “Nee-sama est――”
Pure, noble, parfaite, un être impeccable concocté sans défaut.
Voilà ce qu’imploraient les Souvenirs qui sommeillaient en Batenkaitos, et ce qu’il estimait rationnellement après avoir été à moitié tué, incapable d’opposer la moindre résistance.
Contre une Ram sérieuse, Batenkaitos ne pourrait pas rivaliser――non, plausiblement, quel que soit l’Archevêque du Péché, ils se feraient tous facilement tuer d’un claquement de doigts venant d’une Ram sérieuse.
En revanche, Regulus aurait peut-être pu se battre en raison de la nature absolue de son Autorité――
Ray : “Eh biiiien, cet idiot n’aurait jamais pu tuer nee-sama de toute façon, tu saiiiis. Tout au plus, si elle ne pouvait pas le tuer, elle ne l’aurait pas fait, mais aurait fini par le faire tomber dans la Grande Cascade ou quelque chose comme ça, n’est-ce pas.”
Même sans avoir à tuer, il existait d’innombrables moyens de confinement.
C’était ainsi que la Sorcière de l’Envie avait échappé à la mort, même entre les mains des Trois Grands Héros, et qu’elle était également emprisonnée dans l’Autel de Scellement du Mal à l’heure actuelle.
En d’autres termes, quoi qu’il arrive――
Ray : “Pour offrir l’hospitalité à la plus grande et parfaite nee-sama, nous devons également prévoir une préparation adéquate, sinon ce serait assez impoli, c’est de ça qu’il s’agit, tu saiiiiis !”
Dilatant son œil gauche instable, Batenkaitos exprima un sourire mélancolique dégoulinant de sang.
Même si la vitesse du dragon terrestre était considérable, à l’intérieur, ce n’était qu’un trésor inutile. Surtout que Batenkaitos était capable de parcourir l’espace à l’aide d’une méthode de déplacement faisant appel à des Souvenirs de tout temps, et même d’annuler complètement la distance les séparant.
Ray : “En tant que petite sœur de nee-sama, nous devons grandir sans aucune gêne.”
Avec un sentiment de détermination grandissant dans sa poitrine, Batenkaitos tira les Souvenirs dans les profondeurs de son être.
L’Autorité de la Gourmandise comportait une capacité appelée Éclipse. Elle pouvait être classée en deux parties, l’Éclipse Solaire et l’Éclipse Lunaire, mais son utilisation était extraordinairement difficile.
L’Éclipse Lunaire était un phénomène dans lequel la lune était visible comme étant en déclin――d’une part, il s’agissait d’extraire les Souvenirs des adversaires dévorés, et de les recréer dans le corps de chair de Batenkaitos.
Habituellement, Batenkaitos parcourait de nombreux Souvenirs, les combinait et les utilisait pratiquement comme une synthèse de haut niveau, ce qui pourrait être considéré comme la spécialité de cette Éclipse Lunaire.
D’autre part, l’Éclipse Solaire était un phénomène dans lequel le soleil était visible comme étant en déclin――il s’agissait ici d’une technique dans laquelle non seulement les Souvenirs des adversaires mangés, mais aussi leur existence elle-même étaient utilisées pour se recouvrir, en les utilisant conformément à leurs spécifications d’origine.
Naturellement, les corps originaux des maîtres des techniques servaient avec une plus grande puissance en raison de leur bonne maîtrise de celles-ci.
Cependant, en transformant le corps de chair en celui de l’adversaire, il y avait la crainte de subir une influence beaucoup trop puissante de l’esprit de l’adversaire, avec la possibilité qu’elle résonne à une échelle considérable à l’avenir. C’est pourquoi, sauf en cas d’urgence, Batenkaitos ou Alphard n’en faisaient pas un usage intensif.
Ce que Ray Batenkaitos et Roy Alphard exerçaient principalement, c’était l’Éclipse Lunaire.
Ce que Rui Arneb exerçait principalement, c’était l’Éclipse Solaire――il s’agissait d’un dernier recours que Rui pouvait utiliser avec entrain, car elle ne possédait pas de corps en chair et en os, et ne possédait pas d’identité ferme.
Néanmoins, après avoir été à moitié tué lors de son combat contre Ram, Batenkaitos avait brisé la coquille au moment où il avait reconstruit le Bondisseur, Dorkell de son nom, afin de survivre.
En acquérant la maîtrise de l’Éclipse Solaire, qu’il n’avait pas utilisée jusqu’à présent parce qu’il craignait de perdre son identité, il avait découvert un moyen de conserver une individualité ferme.
Il pouvait maintenant, encore mieux qu’avant, avec perfection et sans gaspillage, savourer le plat principal appelé la “vie” de l’adversaire.
Ray : “Évoluer au milieu d’une bataille, c’est quelque chose qui, à l’origine, n’aurait jamais pu arriver à un vieux fou sénile comme moi, ouais. Haha ~tsu ! C’est assurément un chef-d’œuvre ! N’est-ce pas vrai, nee-sama !”
(Note de Traduction : Ici, pour la première fois, Ray utilise un pronom pour “moi”, soit “儂” (washi) qui semble être le pronom de choix de Dorkell en qui Ray s’est transformé. Cela souligne l’influence que Ray subit de la part des Souvenirs.)
Grâce à l’établissement d’une identité tenace, il se sentit abondamment revigoré.
Il voulait présenter sa nouvelle condition à la merveilleuse nee-sama. Pour cela, il devait opter pour une méthode qui exacerberait encore plus la haine de la jeune femme.
L’odeur de la rage, la saveur de la rage, la texture de la rage, la totalité de la rage.
S’il n’épuisait pas de toutes ses forces la totalité de ce qu’il pouvait expérimenter à travers une personne aimée, quelle partie de lui serait un Gourmet.
Par conséquent, pour “sa personne” au-dessus de la colonne vertébrale du dragon terrestre devant ses yeux, il――
Ray : “À ce propos, c’est quelque chose qui n’a jamais été fait auparavant, contre toute attente. Se suicider soi-même de la main de soi-même, nous nous demandons si ça ne permettrait pas aussi de découvrir un nouveau sens des valeurs, tu sais.”
Patrasche : “――Dodogyuuun !!”
À l’instant où il cligna des yeux, le monde changea, en raison du saut spatial à courte distance.
Le dragon terrestre, poussant un hurlement du fond de sa gorge, fut sidéré par l’arrivée de Batenkaitos, censé être à l’arrière, et tenta de le dépasser en passant directement à côté de lui sans s’arrêter.
Galant, vraiment galant. Toutefois, la galanterie ne servait qu’à pimenter les tragédies à venir.
Ray : “――Paume du Roi du Poing.”
La frappe oscillante du poing poignarda vigoureusement le flanc du dragon terrestre.
Ordinairement, le coup aurait été déclenché par la petite stature de Batenkaitos, mais il n’en était pas ainsi pour Batenkaitos, qui s’était éveillé en assistant à l’abîme de la mort, et avait acquis une force nouvelle en brisant sa carapace.
Le corps original de Neiji Rockhardt perça et pénétra l’impact à travers le torse du dragon terrestre.
Le poing du Roi du Poing qui avait vaincu des corps énormes revêtus d’armures complètes lors d’innombrables combats à mort sur l’Île des Gladiateurs.
Goûtant à sa puissance, le dragon terrestre émit une voix suggérant la fatalité, et fut violemment percuté contre le mur de l’allée. Cependant, le dragon terrestre continua à protéger la jeune fille sur son dos, du poing, du mur, du sol et de sa propre carrure.
Attrapant tendrement le corps de la jeune fille en chute libre avec sa queue allongée, il la déposa délicatement sur le sol de l’allée.
Même si elle était censée être une femelle, sa manipulation était faite avec une telle intelligence que tous les gentilshommes pouvaient la prendre en exemple.
Involontairement, même Batenkaitos ne put s’empêcher d’applaudir.
Ray : “Ceeeepeeeendaaaant~ ~tsu ! Même si tu la déposes délicatement au sol, après ça, la tête sera courtoisement décapitée, et elle deviendra un cadeau pour nee-sama, j’espère que tu l’as bien compris.”
Patrasche : “――Dodogyuuun !!”
Ray : “D’accord d’accord, pas de violence pas de violence, c’est un éloge pour avoir fait de ton mieux.”
Bien que renversé sur le côté, le dragon terrestre tenta de le croquer, ce à quoi il répondit par un coup de pied vers le haut dans les mâchoires de l’animal.
Bien qu’il ait semblé presque pleurer devant sa volonté et ses efforts maximaux, Batenkaitos et le dragon terrestre étaient malheureusement des ennemis mutuels. Même s’il pouvait vanter ses efforts héroïques, ils ne pourraient jamais lever les yeux vers le même ciel triomphant.
Si un camp était victorieux, un autre serait vaincu. C’était regrettable, mais la réalité était ainsi faite.
Ray : “Gardons ! Fermement ~tsu ! Ça ! À ! L’esprit ! D’accord !”
Avec une pause par mot et une clameur scrupuleuse, il frappa le dragon terrestre noir.
Avec certitude, il avait maintenant gravé, en plus de l’agonie, une leçon dans le dragon terrestre accroupi, dont les pommettes et les pattes avant avaient été brisées. Heureusement, Batenkaitos ne pouvait pas manger les Souvenirs du dragon terrestre.
Il n’avait donc aucune raison de lui voler sa vie. Il souhaitait qu’ils se souviennent tous les deux de ce jour, ensemble. Ce qu’il restait à faire, c’était――
Ray : “Pour le bien de nee-sama, par la main de Rem, la précieuse Rem de nee-sama sera…”
??? : “――Arrête de prononcer des choses aussi sinistres.”
Immédiatement après l’écho de la voix inflexible, son visage, suspendu au-dessus et en direction de Rem, fut puissamment repoussé.
Le visage levé suite à la réverbération de la voix, il avait accepté le coup direct de deux talons qui s’approchaient directement de l’avant. Subséquemment repoussé vers l’arrière, Batenkaitos glissait sur le sol, couché sur le dos. Et――
Ray : “Ahhahahahaaa… Tu as finalement eu la gentillesse de nous rattraper, nee-sama. Nous… hein ? Nous… Nous… ――Rem et nous tous, attendiiiions.”
(Note de Traduction : Deux choses ici, le deuxième “nous” utilise le pronom “あたしたち” (atashitachi), qui peut être le pronom de prédilection de l’homme corpulent en qui Ray s’est transformé, mais qui est aussi l’un des pronoms régulièrement utilisés par Rui Arneb, le troisième “nous” utilise le pronom “俺っちたち” (orecchitachi), qui est vraisemblablement le pronom de choix du guerrier en qui Ray s’est transformé. Et finalement, pour le “Rem et nous tous”, le pronom utilisé par Ray est “レムたち” (Rem-tachi), parce que “レム” (Rem) est ce que Rem utilise pour se référer à elle-même. Bien qu’une traduction littérale serait un simple “nous”, cela manque trop de nuances. Cette réplique montre vraiment le mélange chaotique de personnalités que Ray est en train de vivre.)
Fermement, il se releva d’une position étalée à la seule force de ses pieds.
Et en contemplant la façade de son autre moitié bien-aimée, il observa Ram arborer une expression comme si elle avait été témoin de quelque chose pour la première fois.
Ram : “…En peu de temps, tu t’es considérablement enlaidi.”

Ram : “…En peu de temps, tu t’es considérablement enlaidi.”
C’était l’impression que Ram avait eue, après avoir assisté à une course poursuite malveillante et terriblement répugnante.
Le champ de vision de Batenkaitos restant dans son emprise, Ram s’était dirigée vers le lieu en traînant son corps de chair dans un état de libération incomplète, plaçant sa confiance dans les efforts considérables de Patrasche.
Dans cette allée, à quelques pas de l’escalier en colimaçon du quatrième étage, elle avait découvert la forme du dragon terrestre qui avait été tourmenté au point d’être en lambeaux, et Rem qui avait été couchée sur le côté.
Et, celui qui avait joué au chat et à la souris avec Rem――
Ray : “Enlaidi tu dis, nee-sama est crueeel… Nous chérissons, tellement, tellement, tellement tu saiiiiis ! Nous chérissons nee-sama tellement ~tsu tellement tellementtellementtellement.”
Incertaine, son articulation fluctuait, la parole et la conduite de la raison se désagrégeaient en fragments.
La cause en était certainement l’induction d’une anomalie dans son esprit, Ram pouvait――non, peut-être que n’importe qui pouvait comprendre cela d’un seul coup d’œil.
Parce que la forme de Batenkaitos était dans un état tout aussi déformé.
Ray : “――――”
Reconstituer les Souvenirs arrachés dans son corps de chair, et reproduire la forme de cet adversaire était censé être l’atout de Batenkaitos, comme elle l’avait déjà constaté.
Néanmoins, il semblait s’agir d’un atout interdit pour Batenkaitos également, et la forme de la Gourmandise sous les yeux de Ram était n’importe laquelle parmi tous les Souvenirs collectés, et pourtant aucune.
Ils étaient mélangés, en vrac.
Avec une partie du vieil homme chauve qui avait sauté dans l’espace, avec une partie du géant corpulent qui n’avait subi aucun dommage de la part de la lame de vent de Ram, avec une partie de l’artiste martial doté d’une capacité de combat atteignant des domaines sacrés, ainsi qu’avec les caractéristiques physiques d’autres humains bigarrés et profus, se composait l’apparence épouvantable et inquiétante de son corps.
La longueur de sa main droite et de sa main gauche, la taille de ses mains était dissemblable, sans délicatesse, même certaines parties de son visage étaient disparates et semblaient se référer à celui de quelqu’un d’autre.
La caractéristique qui restait de l’ancien Batenkaitos, si tant est qu’il y en ait une, était l’expression de ses yeux. Mais même cela, à l’heure actuelle, était peut-être devenu un article emprunté.
Et il semblait apparemment que Batenkaitos lui-même ignorait cette circonstance déformée.
Ray : “――?”
Batenkaitos était maintenant devenu quelque chose, qui n’était personne.
Avant tout, une existence qui s’était spécialisée dans le dépouillement des Souvenirs d’autrui avait pu manquer d’un fondement solide de ce qui était appelé sa propre personne. Cette cause d’origine, il l’avait brisée.
Et ce qui avait pris naissance à la place était――
Ram : “――Un monstre qui se fait passer pour Rem. À vrai dire, Ram n’a jamais été aussi furieuse.”
Tout en jetant un coup d’œil sur le visage de sa jeune sœur, qu’elle connaissait comme des fragments ensevelissant le lieu endommagé de l’appartenance, Ram éprouva du dégoût pour Batenkaitos qui avait ajouté ses traits sur une partie de son visage également.
Il était impressionnant de voir à quel point il pouvait provoquer quelqu’un avec une telle précision.
Subaru et lui auraient donné lieu à une bonne compétition pour savoir qui pouvait irriter le plus.
Ram : “Tu t’es merveilleusement bien débrouillée, Patrasche. Prends Rem et reste en retrait.”
Patrasche : “Dodogyuuun.”
Alors qu’elle répondait d’une voix frêle, elle couvrit derrière elle une Patrasche qui saignait.
Tout en traînant sa grande carrure, Patrasche tint la nuque de Rem dans sa gueule et se retira. Cherchant à garder ses distances avec le champ de bataille, mais――
Ray : “Ça ne va pas le faire, nee-sama. C’est un précieux hors d’œuvre… parce qu’avant de surconsommer le main dish, il est indispensable de le garnir, vois-t――”
Ram : “――Je te prie de mourir.”
Levant sa jambe jusqu’à sa tête, elle entama son sprint, la paume tournée vers le visage cherchant à énoncer une argumentation irrationnelle.
La lame de vent qui y tourbillonnait était une minuscule tempête qui avait le pouvoir de réduire en miettes tout ce qui se trouvait au-dessus du cou de l’adversaire――l’affaire étant arrivée à ce point, Ram renonça à se retenir.
En le tourmentant sans le tuer, à la recherche d’un moyen de restaurer les Souvenirs, elle avait mis en danger la personne de Rem et, de fait, avait provoqué une situation dans laquelle Patrasche avait subi d’immenses blessures.
Ram accepterait le poids de cette vérité――elle devrait présenter ses plus lourdes excuses à Subaru.
Et, afin de ne jamais répéter cette erreur, elle mit à exécution son intention de tuer.
Même si elle prenait en compte la déclaration précédente d’un esprit détruit, la possibilité d’obtenir une réponse décente de la part de Batenkaitos était mince. En faisant le lien entre les deux, cette option semblait correcte.
Écraser Batenkaitos, et récupérer le fardeau de son corps de chair imposé à Subaru.
Après cela, ramener Patrasche et Rem dans la Salle Verte, et Ram devrait probablement aller soutenir quelqu’un d’autre.
Voilà jusqu’où allaient ses planifications.
Ram: “――――”
Sur le point de déchirer son visage sous l’effet de la tempête, Ram contempla avec émerveillement l’altération qui venait de naître.
Il n’y avait rien d’autre. Une fois de plus, un changement s’était produit dans l’apparence extérieure de Batenkaitos, c’était tout.
Cependant, pour personne d’autre que Ram, il s’agissait d’une altération difficile à laisser passer.
――Sur le front de ce visage, où s’étaient rassemblés plusieurs traits, une seule corne blanche était invoquée.
Ram : “C’est…”
Véritablement, du fond de son cœur, si elle avait agi selon ses instincts, elle se serait inclinée devant lui.
Car dans leur totalité, les actes de Batenkaitos n’avaient fait qu’exaspérer Ram.
Ray : “――Nee-sama.”
À ce moment précis, avec certitude, par un visage identique à celui de Rem, par une voix que personne d’autre que Rem n’aurait vocalisée, elle avait été appelée.
Suite à cela, le bras gigantesque de Batenkaitos martela un coup dans le visage pétrifié de Ram.

Ce n’était pas fatal.
Toutefois, il ne s’agissait pas non plus d’un coup suffisamment léger pour se montrer optimiste.
Son crâne et son cerveau ondulaient, du sang coulait en cascade le long de son nez.
L’instabilité de ses pieds indépendamment du sol prouvait qu’elle avait subi d’énormes dommages et blessures.
Et celle qui en était à l’origine, une charmante jeune fille au visage aimable et aux cheveux bleus――comme une plaisanterie, ce lieu avait rassemblé trois visages ayant la même aura.
Ray : “S’il te plaît, pleure, nee-sama.”
Dans une atmosphère de supplication, tout en faisant couler des larmes dans ces yeux bleu pâle, son poing s’abattit.
En une seule frappe, l’impact pénétra la moelle de ses os, voire l’âme présente dans ses profondeurs.
Ray : “S’il te plaît, énerve-toi, nee-sama.”
Son visage s’abaissa lorsque son abdomen fut matraqué et qu’un coup de poing s’enfonça dans sa mâchoire. Bien que sa langue ait survécu à l’écrasement, son abdomen fut à nouveau matraqué et elle fut projetée en arrière, devenant la proie de coups de coude consécutifs dans son crâne.
Ray : “S’il te plaît, ris, nee-sama.”
L’affection profonde qui se dégageait de cette voix écorchait le cœur de Ram à chaque mot.
Rem, qui avait toujours continué à dormir sous le regard de Ram. Sa jeune sœur spoliée, dont les Souvenirs avaient été effacés, qu’elle était censée toujours côtoyer, mais qui n’était nulle part.
Elle avait été impatiente d’être interpellée par elle pour la première fois, après que ses yeux se soient ouverts, un jour, éventuellement.
Elle ignorait si elle retrouverait les souvenirs de sa sœur cadette à ce moment-là.
Même s’ils ne revenaient pas, même s’ils revenaient, ses paroles à ce moment-là seraient sûrement spéciales comme les pleurs d’un bébé.
C’était maintenant――
Ray : “S’il te plaît, pleure.” / “S’il te plaît, énerve-toi.” / “S’il te plaît, ris.” / “S’il te plaît, souffre.” / “S’il te plaît, souris.” / “S’il te plaît, endure.” / “S’il te plaît, sois maussade.” / “S’il te plaît, excite-toi.” / “S’il te plaît, sois timide.” / “S’il te plaît, dors.” / “S’il te plaît, rougis.” / “S’il te plaît, sois indignée.” / “S’il te plaît, sois surprise.” / “S’il te plaît, souhaites plein de bonnes choses.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.” / “Nee-sama.”
Ram : “Ne te―― Hk.”
Réfère pas à moi ainsi, alors qu’elle s’apprêtait à crier ces mots, sa bouche fut obstruée par la plante de sa paume, la rendant incapable de s’exprimer.
Le monstre engendré par Ram, dans la phase finale――sa capacité et sa force étaient immenses et écrasantes.
Il ne possédait aucune hésitation. Il ne possédait aucune contrainte dans ce qu’il extrayait. Il ne réalisait pas qu’il était en train de se perdre. Pourtant, jamais il n’avait séparé sa forme de celle de la précieuse moitié de Ram.
Sans se soucier de l’obscurité de la lune et du soleil, les ténèbres avaient peint la Gourmandise d’une perfection sans faille.
Bien sûr, Ram ne se laissait pas aller à la complaisance non plus. Elle s’efforçait de contre-attaquer.
Défaisant ses entraves jusqu’à la limite de ce que Subaru pouvait supporter, bondissant au-delà de la limite qu’elle s’était imposée pour ne pas utiliser sa force plus que pendant quelques dizaines de secondes, consacrant une force capable de mettre fin à la vie avec certitude cette fois-ci.
Tout ceci était sans espoir. Apparemment, rien de tout cela ne pouvait rivaliser avec lui.
Ray : “Nee-sama, nee-sama, une telle expression ne semble pas convenir à nee-sama.”
Ram : “――Hk.”
Un poing de sa jeune sœur, aux lèvres effilées et à l’expression dépendante, l’amena à corriger sa bévue.
Malgré son visage perforé et arraché, s’écrasant contre le mur derrière elle, Ram eut la fierté de ne pas s’effondrer devant le blasphémateur. Cependant, à l’heure actuelle, cette seule action nécessitait toute la force de Ram, étant donné l’état dans lequel elle se trouvait.
Combien de temps au juste s’était écoulé depuis qu’elle avait commencé à combattre ce monstre.
Dix secondes, vingt secondes, elle avait incontestablement dépassé la limite de temps qu’elle s’était fixée au départ. Le temps qu’elle ressentait n’avait aucune valeur, et la flexibilité pour compter le temps réel écoulé était inexistante.
Toutefois, la question de savoir si l’évasion avait été possible ou non constituait l’élément le plus important.
En tant que poupée de substitution qui subissait toutes les attaques, elle avait soutenu la retraite de Patrasche et de Rem.
Peut-être que cela avait été son objectif, mais à force d’être frappée à la tête bien trop souvent, même elle n’arrivait pas à s’en souvenir avec précision.
Son corps était lourd. Son souffle était usé. Sa tête était douloureuse, sa gorge desséchée, ses membres engourdis, et la vieille blessure sur son front faisait jaillir le sang. À partir de la cicatrice blanche et incolore, le sang coulait en rivières le long de son visage, comme une entaille longitudinale.
Ray : “――Quelque chose d’aussi souillé, ça ne va pas le faire.”
Le visage ensanglanté fut à nouveau frappé par le poing.
En recevant ce seul coup, son corps glissa, et ses genoux finirent par ne plus pouvoir supporter le poids de son corps. Pendant qu’elle basculait sur le côté, une faible voix disant “Non” se faufila à travers l’intervalle, et un coup de pied fusa.
Recevant sans défense le coup avec sa poitrine, Ram s’écrasa contre le mur tandis que son sternum craquait.
Avant même que quelqu’un n’ait pu s’en apercevoir, la Tour de Guet des Pléiades, censée être une existence solide, avait perdu sa robustesse et s’était transformée en ce qui était une résilience digne d’une simple matière première.
En d’autres termes, se réjouissant également de l’explosion de violence à l’encontre de Ram, le mur se brisa finalement.
Ram franchit le mur de pierre et s’effondra dans le côté opposé de l’allée.
D’épais panaches de poussière enveloppaient ses alentours, tandis qu’elle crachait violemment du sang et quelque chose de farineux. Au même instant, ses os brisés et sa chair déchiquetée commencèrent un grand orchestre de cris, chacun s’efforçant de produire le plus grand.
Tournant la tête, elle tenta de confirmer l’endroit exact où elle avait été précipitée.
Ram : “――Ah.”
Un souffle étouffé et rauque s’échappa d’elle.
Il pouvait s’agir d’un sentiment mêlé de découragement ou de morosité.
Dans le champ de vision de Ram, en avant de l’allée dans laquelle elle s’était effondrée, se trouvaient les silhouettes de Patrasche et de Rem.
À une distance de quelques dizaines de mètres au mieux――le gain de temps de Ram avait été nettement inférieur à la souffrance qu’elle avait ressentie, à savoir dix secondes, qui avaient simplement semblé longues.
Ray : “Nee-sama, nee-sama, es-tu indemne ?”
S’enquérant sans vergogne au sujet de sa santé, Batenkaitos fit un détour par l’allée et se dirigea vers elle, sans pour autant marcher sur le mur brisé.
Entre-temps, tout en étreignant son bras, Ram se leva d’une manière ou d’une autre à sa place.
En confiant son corps au mur, Patrasche en lambeaux et elle échangèrent mutuellement un regard.
Patrasche : “――Dodogyuuun.”
Ram : “…Oui, entendu. Une fois que tout sera terminé, châtions ensemble Barusu.”
En vérité, elle ignorait ce que Patrasche avait déclaré.
Néanmoins, le fait que le dragon terrestre noir ne fasse aucun effort de correction prouvait que la réponse de Ram n’avait pas été mal interprétée.
Ram : “――――”
Le jugement de Ram, elle était obligée de l’admettre, s’était retourné contre elle.
Le fait qu’elle n’ait pas tué Batenkaitos dès le départ était devenu le déclencheur de tout.
Pour tenter de réparer cette erreur, elle avait engagé un combat visant cette fois à lui ôter instantanément la vie, mais Batenkaitos, ayant survécu au seuil de la mort, avait finalement recouru à la solution optimale pour lui.
En conséquence, avec le corps vivant de sa jeune sœur endormie, Ram, alors qu’elle plongeait dans la tourmente, avait dû faire face à un assaut.
Elle avait utilisé toutes les cartes qu’elle possédait dans sa main, et la carte qu’elle avait tirée l’avait également trahie.
Bien que Ram soit consciente d’exceller dans une multitude de domaines, elle était également consciente d’être impuissante dans un aspect particulier.
――La sérendipité du temps.
(Note de Traduction : “La sérendipité du temps” évoque l’idée des coïncidences heureuses et inattendues qui se produisent au fil du temps, ces moments où le hasard semble jouer en notre faveur d’une manière imprévue et bénéfique. C’est un concept qui suggère que le temps apporte parfois des opportunités, des rencontres ou des découvertes fortuites qui se révèlent précieuses ou significatives, souvent de manière surprenante.)
Depuis le jour où elle s’était fait couper la corne et avait échoué dans la voie du Clan Oni, cet état de fait était resté inébranlable.
Par-dessus tout, elle n’était pas très attachée à cette voie. Parce que c’était Ram elle-même qui l’avait trouvée la plus contestable au monde.
Pourtant, le destin avait voulu qu’elle ne puisse s’empêcher de désirer avoir sa corne maintenant.
――Non, ce n’était pas exact. Pour parler avec précision, elle avait la corne elle-même.
La corne elle-même se trouvait actuellement avec Ram, à sa portée. La baguette qu’elle utilisait habituellement et qu’elle portait toujours sur elle――dans la base de cette baguette, la corne brisée de Ram était utilisée.
La corne était un organe crucial qui rassemblait efficacement le Mana nécessaire aux corps tenaces des membres du Clan Oni.
Il n’existait donc pas d’autre article auquel Ram était plus habituée comme catalyseur pour exercer la magie.
Pour cette raison, Roswaal avait pris la peine de récupérer la corne et avait fabriqué cette baguette sur mesure.
Que ce soit dans la baguette ou sur son front, la simple divergence de position de la corne faisait une si grande――
Une si grande――
Ram : “――――”
Incidemment, alors qu’elle songeait à sa corne, une pensée particulière émergea dans l’esprit de Ram.
La conséquence de la mobilisation par Ram de ses connaissances afin de relier les possibilités de surmonter cette situation, en contemplant la présence et l’absence de sa corne, ainsi que la vérité qu’elle avait jadis submergé Batenkaitos.
Ram, dont la corne avait été brisée, et Rem, qui restait endormie.
Ce dernier point concernait les conséquences, mais à propos du premier――pourquoi Roswaal avait-il récupéré Ram ?
Ram était au courant du devoir que Roswaal attendait d’elle.
Elle était également au courant du projet que Roswaal cherchait à mettre en œuvre dans le cadre de ses activités.
Ram avait également entendu dire qu’elle était nécessaire à cette fin, que ce serait naturel une fois le moment venu, et qu’il connaissait les moyens d’y parvenir.
Ainsi, Ram avait délibérément décidé de ne pas s’en occuper jusqu’à ce que le moment soit venu.
Toutefois, en ces instants lévitait une pensée nécessaire à Ram elle-même, à Rem qui continuait à sommeiller, à Patrasche qui se battait pour le bien des sœurs, pour survivre.
C’était une possibilité terriblement absurde.
Cependant, elle avait aussi retenu sa poitrine, laissant entendre qu’elle était également convaincante et raisonnable.
Si cela avait été Roswaal L. Mathers, dont Ram était tombée amoureuse――
Ram : “Il l’aurait sûrement fait aussi, avec un courage digne d’être qualifié d’inhumain.”
En prononçant ces mots, Ram retira la baguette dont sa cuisse était équipée, les mains hésitantes.
Fixant intensément la baguette qu’elle avait utilisée pendant dix ans, elle la frappa vigoureusement contre le mur.
De l’intérieur de la baguette éclatée s’envola ce sur quoi elle n’avait pas posé les yeux depuis longtemps.
――Alors qu’elle pivotait et tournoyait presque jusqu’à un point désagréable, comme à l’époque.

D’un pas ferme, éliminant de la main la poussière incolore qui recouvrait l’allée, Batenkaitos s’avança.
Avec une démarche élégante et une conduite gracieuse, ne pas faire plus de bruit que nécessaire était l’étiquette d’une servante, et la considération minimale pour ne pas faire honte à son maître.
En avant de la fumée était censée se trouver sa sœur aînée bien-aimée, effondrée.
Il avait désiré voir ses différentes expressions. Il avait souhaité plonger directement son regard dans ses yeux cramoisis enflammés contenant des émotions puissantes.
Il s’agissait d’un désir initial résolu, qui pourrait maintenant être perçu comme l’éveil de l’amour.
Ray : “Oh là là.”
Patrasche : “――Dodogyuuun !!”
Au-delà de la poussière, ce qu’il vit en premier fut le dragon terrestre noir qui traînait ses pattes.
Pendant qu’il bavardait avec nee-sama, le dragon terrestre avait disparu de son champ de vision sans prévenir. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un sujet qui l’intéresse particulièrement, il avait une tâche à accomplir concernant l’existence apportée par le dragon terrestre.
Il souhaitait effacer cette existence qui, sans le vouloir, avait leurré l’esprit de nee-sama.
Le fait qu’il soit le seul à désigner nee-sama par le terme nee-sama et à la désirer était suffisant. Nee-sama n’appartenait qu’à lui.
Ray : “Ah, la voilà.”
De l’autre côté du dragon terrestre qui tordait sa carrure, il y avait la forme de la Beauté Endormie affalée le long du mur.
Avec le corps idéalement levé, il serait aisé de viser la gorge jusqu’au cœur. En mettant immédiatement fin à cette vie, il allait devoir s’attaquer au plat de résistance qu’était nee-sama.
Ainsi, alors qu’il se rapprochait de la Beauté Endormie, Batenkaitos le remarqua.
――Que la tête de la jeune fille aux yeux baissés, couronnée de cheveux bleus, brillait d’une lueur faible et fugace.
L’espace d’un instant, il resta perplexe quant à l’identité de cette lueur.
Toutefois, se disant que ce n’était pas possible, il rejeta la réponse découlant de sa propre conscience.
La possibilité que la jeune fille endormie réalise cela était――
??? : “Petite rectification.”
Ray : “――Hk, nee-sa…”
??? : “Ram pensait qu’elle ne possédait pas la sérendipité du temps――toutefois, c’était faux.”
Il tenta d’appeler la propriétaire de la voix qu’il avait entendue, mais n’y parvint pas.
Un coup d’une vitesse supérieure frappa le visage de Batenkaitos. Stupéfaction, et dans l’instant qui suivit, une onde de choc le transperça, le poussant dans la direction opposée à l’allée qu’il avait empruntée.
Ray : “――~tsu ?!”
Incapable de neutraliser la vigueur de la puissance excessive, Batenkaitos s’écrasa à travers deux murs et s’immobilisa.
La stupéfaction précéda l’agonie ou la souffrance ; il se leva immédiatement, puis s’agenouilla sous le poids des dégâts. Un coup profond comme s’il avait été brisé jusqu’au noyau de son corps.
Se demandant ce qui s’était passé, Batenkaitos afficha une expression étonnée sur son ravissant et aimable visage――
Ram : “Il semblerait que même les cieux soient éperdument amoureux du charme de Ram et Rem.”
De la poussière enveloppa le trou dans le mur qu’elle avait percé, et aussitôt qu’il eut essayé de concentrer sa vision dans cette direction, son visage fut saisi par sa paume avec une vélocité qui ne laissait aucun son derrière elle.
Et, de très près, il toisa l’adversaire qui enserrait fermement ses joues et sa mâchoire――
Ray : “Nee, sama…”
Ram : “Malheureusement, la petite sœur de Ram est endormie à l’intérieur. Ram le sait avec clarté, grâce à la Synesthésie.”
Ray : “Sinéstès… ?”
(Note de Traduction : Une légère erreur de prononciation, car le terme Synesthésie est généralement écrit en Kanji (共感覚), alors que Ray l’exprime en Hiragana (きょうかんかく). Ou du moins, essaye de le faire.)
Ram : “C’est la Synesthésie. Ram et Rem étaient de bonnes sœurs, n’est-ce pas ? La joie ou la rage, la tristesse ou la douleur, des choses comme celles-là pouvaient être partagées entre nous――la réactivation d’une corne cassée, et son contrecoup également.”
Il ne comprit pas distinctement ce que cela signifiait.
Simplement, ce que Batenkaitos avait vu de ses yeux avait été affirmé.
Avant d’être renversé, ce qu’il avait observé sur le front de la Beauté Endormie adossée au mur, c’était une corne blanche――l’atout singulier, prépondérant par rapport à sa sœur aînée, que la fille Oni possédait de naissance.
Parce que ceci existait, parce que ceci brillait, parce que ceci communiquait, quelle valeur cela pouvait-il avoir ?
Ram : “Même si le fait que le plan de Barusu soit un indice est gênant, ce n’est pas grave.”
Ray : “Qu’est-ce que Subaru-kun…”
Ram : “――Je te prie d’arrêter de prononcer le nom de Barusu, avec ce visage et cette voix.”
Ray : “――~tsu !!”
À ce moment-là, le visage et le corps saisis furent soulevés vers le haut, et Batenkaitos fut frappé vigoureusement contre le sol.
Avec nervosité, Batenkaitos agita ses membres. Ram ouvrit et ferma son poing, un geste d’apparente affirmation, tout en faisant couler d’immenses quantités de sang de la cicatrice sur son front.
Néanmoins, plutôt que de percevoir la cascade de sang comme gênante, elle desserra les lèvres en la recevant.
Comme si ce sang et cette douleur prouvaient l’existence d’un lien disparu.
Ram : “Ceux qui sont nés dans un espace de ténèbres sont priés de retourner dans l’espace de ténèbres. Si tu es né en compagnie de pleurs, alors je te prie de tenir compagnie aux pleurs et de bien vouloir mourir.”
Essuyant le sang sur son front avec sa paume, des yeux d’un pourpre clair se posèrent sur Batenkaitos.
Batenkaitos avait assemblé la pléthore de tout ce qui s’était passé jusqu’à présent, souhaitant qu’une violente émotion habite ces yeux.
――Devant cet Archevêque du Péché, Ram baissa des yeux d’un froid glacial.
Ram : “La réincarnation du Dieu Oni. Bien que Ram ne l’ait jamais aimé, Ram va le mettre en œuvre juste pour aujourd’hui――la contrefaçon de l’adorable petite sœur de Ram, cette fois-ci, pour sûr, tu seras déchirée en lambeaux.”

