81 — ――Enchanté de vous rencontrer

――À force de rester seul pendant de nombreuses années, le Dragon Divin Volcanica avait connu la Mort de l’esprit. Concrètement, il était devenu sénile à force d’être laissé en l’état pendant une longue période, ou quelque chose comme ça.
Émilia : “Mais, ça va être un problème pour moi si vous êtes une si vieille personne ! Hey, Volcanica !”
Volcanica : “――Toi, qui a atteint le sommet de la Tour. Traverse le premier étage, requérant tout-puissant.”
Émilia : “Bon sang ! C’est si désespérant !”
Émilia donna un coup à sa patte avant et haussa la voix en désespoir de cause, mais la réponse qu’elle obtint fut la sensation d’écailles résilientes et un oubli qui semblait encore plus résilient, une barrière psychologique.
L’examen qui ramenait les morts de leur vivant, dans le cas de Reid, avait été un véritable défi, mais en y repensant maintenant, cela paraissait mignon comparé à ceci.
Même si le fait de qualifier ce voyou de Reid de mignon était une blague en soi――
Émilia : “Il était possible de communiquer avec Reid, et il nous a aussi appris tout ce qu’il fallait savoir, mais…”
Ce n’était pas le cas avec Volcanica.
Pour Émilia, qui devait se lancer à la conquête de l’examen du premier étage, le fait que le responsable de l’épreuve soit devenu sénile était le pire des scénarios.
Quand bien même elle devait rapporter les bonnes nouvelles d’ici à Subaru et aux autres dès que possible.
Émilia : “Ugh… Que puis-je faire, que puis-je faire, que dois-je faire… Impossible que je doive battre Volcanica comme c’était le cas avec Reid…”
Pour les besoins de l’argumentation, si c’était le cas, un examen extrêmement ardu serait à prévoir, mais la différence de contenu entre les examens du premier et du deuxième étage incitait Émilia à s’abstenir de cette idée.
L’examen du troisième étage, Taygète, avait exigé de résoudre les questions posées à l’aide de la matière grise.
Heureusement, Subaru possédait des connaissances provenant d’au-delà de la Grande Cascade, et ils avaient donc pu les résoudre, mais sans cela, la tâche aurait certainement été incroyablement ardue.
Et l’examen du deuxième étage, Électre, comme chacun le savait, avait eu pour obstacle Reid Astrea.
Émilia avait gagné en faisant de son mieux et en frappant la tête de Reid, mais même cela avait un aspect de réussite parce que c’était la première fois qu’ils avaient relevé le défi.
En tout cas, il était indubitable que le troisième étage et le deuxième étage avaient été remportés de justesse.
C’est pourquoi un simple défi était suffisamment difficile à relever, et pourtant――
Émilia : “Dire qu’il ne va même pas spécifier le défi…”
Volcanica : “――Je suis Volcanica. Conformément à l’ancien Pacte, je sollicite la volonté de celui qui a atteint le sommet.”
Émilia : “Bon sang ! J’ai bien compris ! Je veux que vous disiez quelque chose d’autre, vous savez !”
Elle s’attendait à ce qu’il dise quelque chose de plus après un certain nombre d’essais, mais elle n’avait pas vraiment le temps d’expérimenter cela.
Tout en repoussant l’envie de piétiner le sol, Émilia tourna son regard vers ses environs.
L’examen du troisième étage s’était déroulé dans une salle blanche, avec une ardoise noire où les questions avaient été posées――Subaru et Julius s’étaient amusés à évoquer quelque chose avec le Monolithe.
Peut-être y avait-il quelque chose de similaire caché dans ce premier étage.
Tant que Volcanica ne pouvait pas être abordé, c’était une bonne idée de chercher le problème par soi-même.
Émilia : “Je dois faire tout ce que je peux immédiatement… !”
Tout en restant attentive au comportement de Volcanica, Émilia se mit à sprinter afin d’arpenter le premier étage.
Tout d’abord, le premier étage était la strate la plus élevée de la Tour de Guet des Pléiades――trop haute pour être visible d’en bas. Au sein de cet espace, il y avait six piliers aux alentours, et un pilier gigantesque au centre――Volcanica était accroupi près du pilier central, comme s’il s’appuyait dessus, et l’étendue du lieu était d’environ cent mètres de rayon.
Bien que l’espace semble assez vaste par rapport à celui du deuxième étage, une partie de celui-ci avait été limitée par la présence de l’énorme carrure de Volcanica.
Émilia : “Observer en dessous… ce n’est pas possible ?”
Saisissant l’un des piliers enserrant le pourtour du premier étage, Émilia confirma ce qui se trouvait en contrebas.
À l’intérieur et à l’extérieur de la Tour, Subaru, Ram et tous les autres étaient censés livrer de rudes batailles, mais d’épais nuages bloquaient son champ de vision, l’empêchant de confirmer ce qu’il y avait en dessous d’elle.
D’un autre côté, il semblait que si elle sautait dans les nuages, il lui serait possible de rejoindre ses camarades――
Émilia : “Si quelqu’un triche et monte de l’extérieur de la sorte, ça donne l’impression qu’il va se faire engueuler… Non, en premier lieu, ce n’est pas possible d’arriver aussi vite au-dessus des nuages juste parce que j’ai couru à fond.”
Bien qu’elle soit assez sportive, même Émilia savait à quelle altitude le ciel et les nuages étaient positionnés.
Petite, elle avait essayé de tendre la main pour attraper les nuages, mais elle n’y était pas parvenue. Même en grandissant, cela n’avait pas changé. Si elle atteignait le niveau de Reinhard, elle pourrait peut-être sauter jusqu’aux nuages, mais Émilia n’en avait pas la capacité.
C’est pourquoi Émilia avait dû atteindre le sommet de la Tour grâce à des pouvoirs mystérieux.
Émilia : “Si c’est le cas, alors l’examen doit être là, sinon ça n’aura aucun sens !”
Confortée dans ses pensées, Émilia se déplaça pour examiner les six piliers, les cogner, essayer d’y grimper. Mais elle ne découvrit aucun phénomène ou écrit digne de ce nom.
S’il devait y avoir une autre possibilité, alors――
Émilia : “Le grand pilier au milieu, à proximité duquel se trouve Volcanica.”
Si les piliers environnants n’avaient rien, le pilier gigantesque central possédait la plus grande possibilité.
Contrairement aux six autres, ce pilier s’étendait au-delà du premier étage――en fait, au-dessus même du premier étage, se trouvait peut-être l’endroit qui devrait être appelé l’étage Zeroth.
Cela donnait l’impression qu’il y avait là un moyen de provoquer des changements dans ce lieu, qui restait toujours inchangé. Cependant――
Volcanica : “――Toi, qui a atteint le sommet de la Tour. Traverse le premier étage, requérant tout-puissant.”
Afin d’examiner ce pilier, elle ne pouvait pas éviter Volcanica, qui continuait à répéter les mêmes mots.
Émilia : “――――”
Même si elle était prête à se mesurer à l’examen du premier étage, être prête à se mesurer à Volcanica était un tout autre sujet.
Entretenant cette nervosité, Émilia se rapprocha du pilier central, de Volcanica.
Émilia : “Volcanica, que dois-je faire pour l’examen ?”
Volcanica : “――Je suis Volcanica. Conformément à l’ancien Pacte, je sollicite la volonté de celui qui a atteint le sommet.”
La réponse de Volcanica ne changerait pas.
Plutôt que d’être dépitée ou abattue face à cette réponse, Émilia ressentit au contraire du soulagement. Si la réponse de Volcanica ne changeait pas, alors, comme lorsqu’elle avait touché sa patte avant, il devait être indifférent à son égard.
Croyant cela, Émilia fit le tour de l’autre côté de Volcanica, pour tenter d’enquêter sur ce pilier encombrant――
Émilia : “――Hein.”
Au moment où elle tenta de toucher le pilier, Émilia entendit le bruit du vent.
Avant même d’en confirmer la cause, Émilia produisit instinctivement un mur de glace au-dessus de sa tête. En un instant, l’impact traversa le mur de glace et percuta Émilia, projetant sa fine silhouette au loin.
Émilia : “Kah, hah.”
L’impact lui transperça la poitrine par l’arrière, et Émilia dégringola le long du sol du premier étage, toussant violemment. Pendant son mouvement, elle stoppa son élan en posant sa main sur le sol, réussissant à arrêter son corps qui avait été projeté quelque part.
Se demandant ce qui avait bien pu se passer, Émilia releva lentement le visage et s’aperçut de la situation.
――La queue du Dragon Divin, appuyée sur le pilier, s’abaissa lentement vers le sol.
Émilia : “…J’ai été touchée par la queue ?”
En l’exprimant avec des mots, il était possible de remarquer qu’il s’agissait d’une attaque extrêmement simple.
Les dragons utilisaient leur queue pour exprimer leurs émotions, ce qui se produisait souvent entre Patrasche et Subaru. Lorsque Subaru faisait des farces, Ram et Patrasche le giflaient comme si elles étaient en compétition l’une avec l’autre.
Toutefois, l’attaque de la queue de Volcanica n’était pas du même ordre qu’une expression d’amour entre un dragon et un homme.
Elle avait seulement encaissé autant de dégâts grâce à sa défense soudaine, mais si la réponse d’Émilia avait été tardive son cou aurait été fracturé, même sa tête arrachée n’aurait pas été étrange.
De plus, pour Volcanica, cela n’avait été rien d’autre que l’effleurement d’un insecte dans un état de conscience vague.
Elle avait l’impression d’être un minuscule insecte qui se faisait malmener par les pieds d’une créature gigantesque.
Émilia : “――――”
À l’instant où elle réalisa cette vérité, des sueurs froides parcoururent la nuque et l’échine d’Émilia. Mais en même temps, cela fit émerger une autre possibilité devant Émilia.
Émilia : “Ce pilier renferme donc quelque chose après tout, pas vrai.”
Volcanica : “――――”
Émilia : “Après tout, vous êtes ici pour l’examen. Vous ne l’avez pas oublié, même maintenant que vous avez oublié le contenu examen. C’est pour ça que vous expliquez toujours la même chose.”
Volcanica semblait avoir oublié ce qu’elle devait faire.
Mais la raison pour laquelle le Dragon Divin restait encore ici, résidait dans sa volonté de tenir les promesses échangées avant que son esprit n’ait rencontré la Mort, ce qui était une preuve irréfutable.
Le Sage, le Maître Épéiste et le Dragon, chacun pour tester la sagesse, le pouvoir et l’intention.
Si c’était le cas――
Émilia : “――Les sentiments à moitié assumés ne feront pas l’affaire. Je vais m’y mettre sérieusement également.”
En partant de l’existence d’une entrave de la part de l’adversaire, Émilia déclara exercer sa véritable force.
À cet instant, l’atmosphère entourant Émilia laissa lentement échapper une note, et commença à se figer. Comme s’ils obéissaient à Émilia en tant que reine, des guerriers de glace furent créés et invoqués――c’est-à-dire le nouveau potentiel d’Émilia né de la croissance de l’Ice Brand Arts.
Elle n’avait même pas pu le tester dans l’espace confiné de la Tour de Guet, mais si son adversaire se trouvait dans un espace aussi vaste, elle n’aurait pas besoin d’être clémente.
Elle n’en avait pas parlé à Subaru et ne l’avait donc pas nommé.
Ainsi, elle se chargerait de l’attribution du nom.
Émilia : “Soldat de Glace-san et Ice Brand Arts… !”
Les sept guerriers de glace nés, ayant pris une forme humanoïde, tenaient tous leurs armes respectives, et accompagnaient galamment le défi d’Émilia jusqu’à leur mort.
Émilia : “――Me voilà, Dormeur-san ! Si vous voulez vous réveiller, alors assurez-vous de vous lever rapidement !”
Tout en parlant ainsi, Émilia, brandissant des bras de glace, s’approcha de Volcanica en compagnie des guerriers de glace.
Tout en surveillant cela avec des yeux indifférents aux émotions, Volcanica ouvrit la bouche.
Volcanica : “――Toi, qui a atteint le sommet de la Tour. Traverse le premier étage, requérant tout-puissant.”
Avec sa conscience, enfouie au-delà de l’infinité immuable.
――Au même moment, Émilia n’était pas la seule à être confrontée à un ennemi puissant dépassant ses propres forces.
Un étage en dessous d’Émilia qui combattait le Dragon Divin dément, les collisions d’épéistes exécutées au deuxième étage Électre redoublaient également de véhémence.
Mais une vérité unilatérale restait inébranlable.
??? : “Allezallezallez, qu’est ce qui t’arrive qu’est ce qui t’arrive qu’est ce qui t’arrive ! J’dois juste utiliser une baguette avec une seule main, t’sais ? Si t’arrives toujours pas à m’atteindre, enfoiré, alors ça va pas être suffisant pour jouer, enfoiré, enfoiré, hein enfoiré~ !”
??? : “Guh… Hk !”
Tandis que les railleries fusaient de toutes parts, l’homme aux longs cheveux rouges se balança et donna un coup de pied intense.
Recevant cela avec la poignée de l’épée de Chevalier dans sa main, le chevalier au profil raffiné sauta loin en arrière de sa propre volonté. Il n’avait pas pu étouffer l’impact. Il l’avait simplement dispersé. Et avant qu’il ne se dissolve, le suivant arriva.
De nombreuses fois, la répétition de cet échange avait eu lieu sur le champ de bataille du deuxième étage.
Et bien que ceci se soit déjà produit à plusieurs reprises, le chevalier fut emporté par le coup de l’épéiste, et alors qu’il reculait, l’épéiste cracha un “Bordel de merde”.
??? : “Si ton humeur change alors ton épée aussi. J’attends beaucoup d’toi avec ces explosions, t’sais ? Mais quand bien même, combien d’temps ça va prendre pour qu’tu changes, enfoiré. Ou plutôt…”
Tout en prononçant cela, l’épéiste aux cheveux rouges――Reid, se tordit le cou et déforma ses lèvres.
Avec une magnifique posture de moquerie, comme s’il regardait son adversaire de haut, l’épéiste plein d’espérances grimaça devant le Chevalier qui lui servait d’adversaire,
Reid : “T’as l’intention d’perdre en chipotant sur tes manières, enfoiré ? T’vas te satisfaire de ça, hein, enfoiré ?”
??? : “――Quelle remarque complaisante.”
En réponse à l’objection de Reid, le Chevalier, à qui l’on racontait n’importe quoi par commodité, desserra les lèvres.
Tout en confirmant que son épée de Chevalier était engourdie par le coup de pied, le Chevalier accepta le regard acéré de Reid et se leva, juste en face de lui.
Julius Juukulius, qui avait renoncé à être un Chevalier sans nom, et qui était résolu à affronter le destin.
Julius : “Tu m’as maintes fois adressé de tels mots. Des affrontements peu attrayants, des coups d’épée mal maîtrisés, un amusement terne… ce sont des mots que même moi je connais.”
Reid : “Hah, j’imagine. Même si c’est pas à ma mesure, j’suis sûr que n’importe qui l’sentirait en j’tant un coup d’œil. Y’a rien d’autre dans ton épée qu’du désespoir.”
Julius : “…Du désespoir, hein.”
Les remarques insouciantes de Reid ne devaient certainement pas être motivées par de nobles convictions.
Il énonçait probablement ce qu’il pensait, tel quel. La raison pour laquelle cela appréhendait la réalité, avec l’un de ses yeux volontairement caché, tenait au fait que tout était visible au grand jour dans cette pupille bleue.
Il pouvait probablement voir les idéaux superficiels de Julius dissimulés au-dessus de son véritable caractère.
Julius : “――――”
En jetant un coup d’œil derrière lui, la silhouette d’une femme observant le combat entre Julius et Reid pouvait être aperçue.
Pour Julius, il s’agissait de l’apparence de la femme qu’il estimait le plus au monde, mais la substance de cette femme avait été changée en celle d’une autre personne.
L’inévitabilité mise à part, environ deux mois s’étaient écoulés depuis les événements qui s’étaient produits dans la cité Aqueuse――ils avaient réussi à reprendre une relation assez vide de maître et serviteur.
Julius : “Maintenant que j’y pense, toi et moi aurions dû converser plus longuement à cœur ouvert.”
“Anastasia” : “Julius… ?”
Julius : “Si ça avait été réalisé, je suis sûr que je serais devenu bon ami avec toi. Parce que nous partagions notre affection et notre admiration pour la même femme.”
Laissant libre cours à ses sentiments, Julius défia une fois de plus le Maître Épéiste.
Reid brandissait une baguette courte et fine avec son bras droit et attaqua de front Julius qui s’avançait.
Trancher, dégager, maintenir en l’air, frapper vers le bas, pénétrer.
Parfois, Julius attaquait en mêlant réalité et mythe à travers la poignée de son épée ou son jeu de jambes, ce contre quoi Reid se défendait avec aisance et un manque de sérieux frappant.
Reid : “Encore ça, hein. Combien d’fois j’dois te dire que ça va pas marcher…”
Julius : “Quand bien même ! Même si tu dois la qualifier d’émoussée, c’est toujours mon épée !”
Reid : “C’est parti !”
Répudiant le bâillement naissant avec un rugissement, Julius décocha un coup d’épée qui fut contré par le coup de pied de Reid.
Sa position détruite par ce coup de pied, Julius présenta une ouverture qui permit au coup de baguette de Reid d’atteindre une position diagonale――à cet instant, Julius inversa le manteau qu’il portait et cacha instantanément son corps par la suite.
Reid : “Heh.”
Reid sourit face à ce mouvement, et taillada à la fois le manteau et Julius, qui se trouvait de l’autre côté.
Néanmoins, au moment où le manteau fut arraché par la puissance du coup de baguette, Julius sauta juste derrière et sur le côté, échappant ainsi à la portée du carnage de la baguette.
Reid : “Hey, j’préfère ça !”
Julius : “Non, tu te trompes !”
Reid : “Hein ?”
Reid loua le style de combat qui consistait à utiliser la tenue blanche comme une distraction, pour détourner l’attention du droit chemin. Cependant, Julius mit immédiatement fin à cet éloge et courut jusqu’au manteau qui avait été arraché.
Et, ramassant le manteau qui avait été déchiré par le coup de baguette, il le remit sur son corps.
En fermant soigneusement son loquet, en revêtant le manteau blanc avec son uniforme blanc, il personnifiait la chevalerie.
Même s’il avait renoncé à être sans nom, il ne pouvait pas renoncer à être un Chevalier.
Témoin de l’attitude de Julius, comme s’il dénotait ce message, Reid fit à nouveau claquer sa langue en signe de mécontentement.
Reid : “Hey, enfoiré, quand la chaudasse de tout à l’heure et la chaudasse derrière toi se sont pointées, je m’attendais à s’que tu changes, t’sais ? Que tu vises la victoire sans t’soucier des apparences. Que j’puisse voir ce côté-là d’toi, hein ? Enfoiré, t’as pas l’air de t’connaître toi-même ?”
Julius : “――――”
Reid : “T’agis comme si t’étais un Chevalier, mais ton intérieur n’est pas comme ça. Ton intérieur est l’même que l’mien, celui d’un Manieur de Bâton. T’es tellement raide que j’peux pas supporter de t’regarder, foutu enfoiré.”
Tout en pointant sa baguette vers Julius, Reid cracha cela avec une expression amère.
En entendant le commentaire de Reid, Julius ferma les yeux. Et, tout en gardant les yeux fermés pendant un certain temps, il murmura “Je vois”.
Julius : “J’ai l’impression de comprendre enfin.”
Reid : “Hein ? Qu’est-ce que t’as compris ?”
Julius : “Pourquoi tu es si persistant et obstiné à mon égard.”
Bien qu’irrité, Reid n’avait jamais cessé de prononcer des paroles à l’égard de Julius.
Sa façon de faire était violente, et cette personne n’avait sûrement pas cette intention, mais elle s’apparentait à celle d’un précurseur qui enseignait, guidait Julius.
Finalement, il comprenait maintenant la raison pour laquelle Reid avait autant sollicité Julius.
Julius : “――As-tu vu en moi quelque chose de semblable à toi-même ?”
La raison pour laquelle il avait, à plusieurs reprises, raillé Julius, qualifiant son style de combat d’ennuyeux et ses coups d’épée de maniérés, résidait dans le fait qu’il croyait qu’un lion sommeillait dans la carapace que Julius avait revêtue.
Pourtant, Julius estimait que croire qu’il s’agissait d’un lion était une estimation excessivement positive――
Reid : “J’ai aucune idée des subtilités, espèce d’imbécile immature. J’fais les choses comme j’veux. Mon instinct me l’dit. Que tu serais plus intéressant avec ton vernis enlevé.”
Julius : “――――”
Reid : “C’est pourquoi j’essaie de l’enlever. Tu l’as compris aussi, pas vrai ? Qu’à ce rythme tu m’atteindras pas, et qu’tu pourras pas non plus avoir l’air cool devant la chaudasse qui s’tient derrière toi, hein.”
Alors que Reid levait le menton et désignait Echidna, Julius sourit avec amertume.
En pensant que réellement, les yeux de Reid étaient incomparables, ils observaient bien.
――Ils avaient bien compris que Julius Juukulius n’était qu’un homme d’apparences.
Julius : “C’est précisément pour cette raison que je ne dérogerai pas au fait que je suis moi-même.”
Reid : “Qu’est-ce que tu baragouines ?”
Julius : “Tes paroles sont assurément correctes. Beaucoup de choses me viennent à l’esprit… Bien que je n’en ai jamais parlé dans un monde où tout le monde m’avait oublié, je ne suis pas un enfant légitime de la famille Juukulius.”
Il commença à parler, en s’assurant que Reid, qui fronçait les sourcils, et Echidna, qui observait fermement ce qui se trouvait devant elle, pouvaient l’entendre.
L’histoire oubliée de Julius Juukulius dont personne ne se souvenait, à l’exception de Natsuki Subaru.
Julius : “Mon père, qui s’est enfui d’une maison noble, a épousé ma mère, qui était une roturière, et je suis né de leur union. C’est pourquoi mon origine est celle d’un roturier. Mes parents sont décédés, et jusqu’à ce que je sois adopté par mon père adoptif actuel, mon oncle, je ne partageais en rien le raffinement des nobles… Ainsi, ma façon d’être est fabriquée.”
Reid : “Quel affreux tigre de papier.”
Julius : “C’est peut-être vrai. Ma véritable essence doit être vêtue de vêtements civils au lieu de vêtements d’apparat, et doit être l’enfant rustique ignorant tout des idéaux, du temps où je courais dans les prairies en riant avec mes amis.”
Ignorant les convenances, ne possédant pas d’idéaux à atteindre, vivant sincèrement jour après jour.
C’était précisément cette façon d’être lui-même qui avait été liée à l’avenir de Julius.
Voilà précisément pourquoi――
Julius : “C’est pourquoi je dois feindre le Chevalier. En étant obnubilé par les apparences, je dois confiner ma personne d’origine.”
Reid : “Enfoiré…”
Julius : “Mon innocente et ignorante personne fut cependant confrontée à des idéaux――j’admirais le Chevalier. J’admirais la forme du Chevalier, qui possédait la galanterie et l’intégrité. C’est pourquoi j’irai jusqu’au bout de mon admiration.”
En fermant le loquet de son manteau avec une note, de la force se déversa dans le regard jaune de Julius.
Reid était mécontent, son expression passant de l’irritation au doute. Il s’étonnait que ses paroles soient rejetées, mais qu’elles ne soient pas réprimandées.
L’homme, tel un tableau de défiance, avait vu sa conscience s’effriter sous l’effet des paroles de Julius.
Dès lors, Julius s’exprima d’une voix imposante.
Julius : “Je suis un homme maladroit. Je perçois tout sur la base des apparences. Jusqu’à présent, j’ai cru que si je maniais une épée splendide, si je portais des vêtements dignes, si j’utilisais des mots courtois, je deviendrais digne d’elles. C’est pourquoi je vais persévérer dans cette obstination.”
Il était conscient qu’il existait des humains qui méprisaient les mots relatifs aux apparences.
Natsuki Subaru, à qui il songea immédiatement, n’en était-il pas l’incarnation ?
Cependant, Julius pensa également à quelque chose d’inverse.
Julius : “Corriger ma posture, compléter ma toilette personnelle, m’habiller selon la forme souhaitée pour en être équipé, garder la volonté de persévérer. C’est précisément le tigre de papier que je suis déterminé à porter pour l’éternité.”
“――――”
Julius : “Je suis sûr que certains se moquent des apparences. Toutefois, je suis persuadé qu’il y en a tout autant qui trouvent les apparences éblouissantes――tout comme j’ai continué à aspirer à la voie du chevalier.”
Il ne se souvenait pas de la personne qui avait fait naître son admiration pour le Chevalier.
Cependant, Julius était devenu un Chevalier.
La raison pour laquelle Julius était appelé “le plus grand” n’était pas simplement due à des mouvements d’épée étudiés avec diligence, à des Arts Spirituels raffinés, ou à la hauteur de ses capacités soutenues par ces facteurs.
C’était parce que la façon de faire de Julius Juukulius avait été pensée comme la façon de faire du Chevalier.
La raison pour laquelle il s’agissait de la voie du “Chevalier par excellence”, résidait dans le fait que sa forme, qui consistait à faire bonne impression, avait été perçue comme éblouissante.
Sur cette déclaration, Julius desserra les lèvres et se tourna vers Echidna.
Julius secoua légèrement la tête latéralement, vers elle, qui avait emprunté la forme sujette à son plus grand respect et à son affection――vers elle, qui regrettait du plus profond de son cœur de ne pas s’être souvenue de Julius.
Afin de faire comprendre qu’il n’y avait pas lieu de nourrir une telle culpabilité.
Julius : “Je n’avais nullement besoin de craindre, d’être consolé, de me lamenter d’être oublié. Parce que l’existence connue en tant que moi-même est présente précisément dans la chevalerie que tout le monde connaît, à laquelle tout le monde aspire.”
Et il pouvait en dire autant de “ces filles”, qui étaient avec lui dans ce lieu.
Julius : “Je m’excuse pour tout ce qui s’est passé jusqu’à présent, ô chers bourgeons. En m’accrochant à un lien perdu, sans me séparer de vous tous, je vous ai toujours inquiétés. Je vais vous libérer de ce fardeau, dès maintenant.”
Attirées par le murmure de Julius, des lumières fugaces aux teintes vives devinrent visibles――il s’agissait d’Esprits magnifiques affirmant six éléments, les Quasi Esprits de Julius Juukulius.
Il était difficile de s’éloigner de ces existences, qui étaient restées proches de Julius Juukulius avant qu’il ne devienne un Chevalier.
Elles aussi avaient oublié Julius qui s’était fait piller son Nom par l’Autorité de la Gourmandise.
Néanmoins, grâce au Contrat indélébile formé entre les Esprits et le Contractant, ainsi qu’à la Protection Divine du Rassemblement des Esprits avec laquelle Julius était né, ils avaient été captivés par le pouvoir et avaient continué à rester à proximité de lui.
Julius aussi, croyant que leur relation reviendrait si son Nom reparaissait, ne les avait pas relâchés. Combien cela avait été stupide.
Il n’avait sans doute pas souhaité que ce qui subsistait change également, après qu’absolument tout ait subi un bouleversement. Cependant――
Julius : “Vous avez fait du bon travail en restant avec mon ancienne personne jusqu’à maintenant, ô bourgeons. J’ai compté sur votre amour, et je me suis entêté à ne pas lâcher votre chaleur. Je m’attendais à pouvoir revenir à cette époque, sans aucun problème――je vais me débarrasser de ce moi faible, pathétique et dépourvu de charme.”
Comme s’ils étaient déconcertés, les six quasi-Esprits oscillèrent tout en entourant les alentours de Julius.
Face à eux, Julius présenta fermement sa main. Le bras tendu comme un perchoir, à sa vue les Quasi Esprits s’y regroupèrent doucement.
Et Julius sourit en direction des lumières fugaces arrêtées au sommet de sa main.
Julius : “Il existait une part de moi qui craignait le changement. Toutefois, sans être résolu à perdre, il existe aussi des choses qui ne peuvent être gagnées. Par exemple, l’éclosion des bourgeons nommés amour. Un avenir où je confirme de mes propres yeux en quelles fleurs s’épanouiront les bourgeons qui sont restés à mes côtés.”
Bourgeons : “――――”
Ils ne répondirent pas.
Cependant, ils semblaient avoir compris ce qui allait se passer par la suite.
Ainsi, Julius continua en respectant ce flux――
Julius : “Ô chers bourgeons ! Je vous libère tous. Je m’excuse de m’être accroché trop longtemps à un lien fragmenté.”
Sur ces mots, les Quasi Esprits qui avaient encerclé les mains de Julius s’éloignèrent comme s’ils s’envolaient.
Ce qui semblait même posséder un impact physique, transperça Julius et les Quasi Esprits avec certitude, une sensation cinglante comme un éclair.
La connexion, le lien qui existait de manière certaine, le Contrat liant l’âme à l’âme, avait été rompu.
C’était la douleur et le chagrin d’avoir perdu une existence liée à l’âme, que seul un Spiritualiste pouvait comprendre.
Bien que Julius ne le sache pas, cette même douleur avait un jour fait fondre en larmes et se recroqueviller Émilia.
De son propre chef, Julius expérimenta la séparation avec ses six Esprits, et une blessure naquit dans son cœur.
Une sensation proche de la distorsion déchira son esprit et son cœur, et Julius goûta au détachement de son âme.
Il s’agissait d’une douleur différente de celle qu’il avait ressentie lorsqu’il avait été oublié par ses bourgeons à cause de l’Autorité de la Gourmandise, depuis son origine.
Ce n’était pas seulement Julius, mais les Quasi Esprits qui avaient ressenti la douleur, et c’est pourquoi il se repentit.
Ils avaient peut-être subi une blessure à l’âme, indiquant qu’ils n’auraient pas dû conclure de Contrat avec un humain. Cependant――
Julius : “――En outre, une fois pour toutes, je vous appelle tous.”
Bourgeons : “――――”
Julius : “Je vous aime tous. Si vous acceptez les avances de cet homme vaniteux, alors établissons-le――un nouveau Contrat entre vous et moi !!”
D’une voix forte, Julius cria en levant la main, qu’il avait abaissée une fois, vers les cieux.
En entendant cet appel, les Quasi Esprits qui s’étaient dispersés comme s’ils avaient été repoussés, vacillèrent silencieusement pendant un instant.
L’hésitation et l’indécision ne durèrent qu’un instant.
Une chaude luminescence enveloppait tout le corps de Julius Juukulius.
S’infiltrant doucement dans la blessure gravée dans son âme, due à la rupture du Contrat.
Il y avait eu de la joie. Il y avait eu de la rage. Il y avait eu du chagrin. Il y avait eu de l’amour. Il y avait eu de la haine.
Cette multitude d’émotions avait existé pendant les dix années que Julius et ces filles avaient passées ensemble.
En la répudiant une bonne fois pour toutes, ils réinventèrent un nouvel avenir.
Il ignorait s’il s’agissait de la bonne réponse. Cependant, il souhaitait que ce soit la bonne.
Il pouvait commettre des erreurs, un nombre incalculable de fois.
En continuant à ne pas choisir la bonne voie, il pouvait se tromper.
Toutefois, c’était au cours de ce voyage qu’il se façonnerait lui-même.
Même s’il devait se tromper, il n’était pas seul. Il n’était pas laissé à lui-même.
S’il décidait d’aller de l’avant, il existerait alors des idéaux façonnés par de splendides prédécesseurs.
S’il arrêtait ses pas, il lui resterait la chaleur de ses bourgeons qui avaient continué à veiller sur lui avec une profonde affection.
Et s’il regardait à côté de lui, alors il existait le profil de sa maîtresse promettant de dédier des croyances qui façonnaient sa propre personne.
De quoi Julius Juukulius avait-il à craindre pour l’avenir ?
Julius : “――Ce doit être vrai. Ô belles demoiselles florissantes.”
En réponse à ce cri, les six bourgeons――non, les demoiselles florissantes donnèrent leur réponse. Une lumière naquit――
Julius : “À partir de maintenant, profondément, délicatement, tout en étant blessé, j’emprunterai ce chemin.”
La douleur de la rupture du Contrat fut apaisée par le lien qui les unissait à nouveau.
Vêtu de six lumières extrêmement mystérieuses, Julius Juukulius porta son regard vers l’avant.
Il y avait là la forme du pinacle, celui qui avait voué son corps à l’épée, et qu’il admirait.
Toutefois, la jalousie de Julius Juukulius était dirigée ailleurs.
Ainsi, il transpercerait ce désir et cette aspiration sans faiblir, à travers les lumières d’un arc-en-ciel.
Julius : “Merci d’avoir attendu, Maître Épéiste Reid Astrea――enchanté de vous rencontrer.”
Secouant son épée de Chevalier, Julius saisit son manteau et s’inclina avec élégance.
Et relevant son visage, prenant complètement la forme de ce qu’il admirait le plus au monde, il se désigna lui-même.
Julius : “――Je suis le plus grand des Chevaliers, Julius Juukulius. L’épée du Royaume, qui vous abattra.”
