75 — Rui Arneb

――Nous voulons devenir heureux.
――Ce qui est désigné comme les aspects positifs et négatifs de la vie sont de grands paris déterminés par la naissance et l’environnement.
Telle était la philosophie que Rui Arneb avait acquise, au prix de manger et de chasser la vie d’innombrables humains, en tant qu’Archevêque du Péché.
Rui Arneb était la cadette de la fratrie qui constituait l’Archevêque du Péché affublé de la Gourmandise.
Par nature, contrairement à l’ampleur et au manque de contrôle de ses activités, la véritable situation du Culte de la Sorcière était étonnamment indéterminée, bien que beaucoup de choses concernant les Archevêques du Péché, en particulier, soient enveloppées de mystère.
Bien que la majorité des personnes qui les avaient rencontrés aient perdu la vie, ceux qui étaient connus même parmi les Archevêques du Péché――non, il fallait le dire au passé, donc ceux qui “avaient été connus” étaient certainement les deux de la Paresse et de l’Avarice.
En dehors de ces derniers, même si l’existence des Archevêques du Péché de la Colère, de la Luxure et, enfin, de la Gourmandise était connue, le mystère planait depuis de nombreuses années sur ce qu’ils étaient. Et pour couronner le tout, l’existence même de Rui Arneb, la plus jeune sœur de la fratrie de la Gourmandise, à l’exception des autres Archevêques du Péché, n’était pas connue.
Un Archevêque du Péché dissimulé, telle était la position de Rui Arneb.
Rui : “Eh bien, ce n’est pas comme si nous l’avions souhaité, vous savez.”
Ainsi chuchota Rui, en étirant ses jambes dans l’espace blanc qu’elle occupait depuis sa naissance.
Impuissante, Rui ne pouvait sortir de cet espace blanc et n’avait pas la possibilité de rencontrer qui que ce soit. Ne pas pouvoir exercer l’Autorité de la Gourmandise ailleurs que dans l’endroit où elle était aussi fortement restreinte, c’était pour elle un bien précieux inutilisé.
Cependant, grâce à ses deux frères aînés, elle n’avait pas été incapable de prendre ses repas.
C’était parce que les Souvenirs et les Noms que mangeaient ses frères aînés――c’est-à-dire la vie d’autrui, cette nourriture pouvait être dérobée par quelqu’un d’aussi peu impliqué qu’elle, ce qui lui permettait d’assouvir sa faim.
Rui : “Pourquoi devons-nous être ainsi ?”
S’alimentant des restes de ses frères aînés, tout en se complaisant dans la vie d’autrui, Rui, qui voyait son identité se modeler et prendre forme peu à peu, avait immédiatement discerné qu’elle se trouvait dans une situation tout à fait différente des autres.
Sans corps libre, ce qu’elle pouvait faire n’était que rester consciente.
Bien qu’elle possède les Souvenirs d’avoir marché, elle ne possédait pas l’expérience d’avoir marché. C’était le cas de l’article défectueux connu sous le nom d’elle-même.
Rui : “Ah… nous sommes dans des circonstances si malheureuses.”
C’était ainsi que Rui s’était rendu compte qu’elle se trouvait dans un environnement “attristant”.
Et elle comprenait que ces circonstances ne changeraient pas, peu importe à quel point elle se lamentait.
Pour consoler leur jeune sœur perdue dans un tel chagrin, ses frères aînés semblaient rivaliser d’ingéniosité pour manger. Ils offraient à leur petite sœur les mêmes plats que ceux qu’ils avaient eux-mêmes consommés.
Les plateaux que ses frères aînés lui servaient regorgeaient d’individualités respectives.
Ray, qui se surnommait Gourmet, aimait les vies aux saveurs fortes, pour le meilleur et pour le pire.
Roy, de la Malbouffe, privilégiait en quelque sorte la quantité, se passionnant pour l’assouvissement de la faim avec des saveurs étrangères.
Du point de vue de Rui, s’il fallait le dire, elle avait pu apprécier à plusieurs reprises les plats choisis par Ray, mais à plusieurs reprises également elle s’était appropriée les plats choisis par Roy, qui mangeait et chassait sans aucun scrupule.
En mâchant et en digérant des quantités innombrables de vies, en comparant les saveurs en les faisant rouler sur sa langue et dans son esprit, elle avait fini par comprendre――la différence dans la quantité absolue de “joie”.
Rui, qui possédait le pouvoir de comparer la vie des autres à travers son propre sens des valeurs, classait divers éléments tels que la différence de richesse et de pauvreté ou la présence ou l’absence d’affection. De l’environnement de croissance jusqu’à la famille et aux amis, en passant par l’existence d’amants, à travers une formule basée sur leur étendue, elle attribuait des notes à la vie d’autrui, en les évaluant continuellement.
Pour avoir été prospère de par sa naissance. Pour avoir été aimé par ses parents et ses frères et sœurs. Pour avoir vécu une vie sans heurts, sans épreuves ni difficultés. Pour avoir eu un grand nombre d’amis à qui pouvoir s’adresser dans les moments difficiles. Pour avoir un talent débordant, suffisant pour se distinguer de tous les autres.
Que ce soit ceci ou cela, indépendamment de la chance ou de la malchance, il y avait d’innombrables raisons pour que certains puissent être mis au rebut.
Bien qu’il s’agisse d’une idée terriblement orgueilleuse et prétentieuse, Rui possédait l’Autorité nécessaire pour la rendre réalisable.
S’il fallait l’exprimer en d’autres termes, cela équivalait à l’acte d’épier l’écran d’un jeu auquel d’autres personnes jouaient, de se plaindre et de souligner qu’ils auraient dû faire ceci ou cela, tout en les ridiculisant.
Jetant du dédain et des moqueries sur l’ensemble de l’écran, elle critiquait la vie des autres selon ses propres convenances de spectatrice. Elle se moquait des autres, faisait des impressions franches sans faire de distinction entre ce qu’elle aimait et ce qu’elle n’aimait pas, tout cela pour son propre plaisir.
Tels étaient les actes de Rui. Juger selon ses principes en abusant égoïstement et en calomniant.
Toutefois, ce qu’elle avait d’abord apprécié s’était vite avéré lassant.
C’était naturel. Ce que Rui pouvait faire, c’était passer en revue les Souvenirs qui lui avaient été transmis, mais elle ne pouvait pas interférer avec quoi que ce soit d’autre. Elle ne possédait pas la capacité de parler du présent et de l’avenir.
Même si elle essayait de dire du mal des autres ou de corriger leur façon de jouer, il n’y avait personne qui prêtait l’oreille à ce qu’elle soulignait. C’est pourquoi elle en était venue à perdre son amusement initial.
Observer sans cesse le jeu d’humains peu habiles était plus proche de la torture que de l’ennui.
Rui : “Si ça nous était permis, nous ferions les choses beaucoup beaucoup beaucouuuup~ mieux. Parce que chacun d’entre eux est incompétent.”
Bien qu’ils aient des pieds pour mener leur propre vie, bien qu’ils aient des bras pour traverser la détresse, bien qu’ils aient une tête pour imaginer l’avenir, tous les autres étaient dépourvus de cerveau.
Les frères aînés de Rui, Ray et Roy, ne faisaient pas non plus exception à la règle. Au contraire, ils pouvaient être qualifiés d’incarnations de l’ineptie.
Si les Souvenirs étaient scrutés, il serait possible de comprendre en quoi ces vies avaient échoué, et à quel moment elles étaient devenues irrécupérables. Tous ces échecs accumulés étaient terriblement simples et insignifiants.
Rui n’arrivait pas à comprendre comment il était possible de trébucher à un tel endroit.
Rui : “Incompétent, incompétent, incompétent. Si vous voulez vivre de manière irresponsable, confiez-nous cette vie. Nous ferons les choses beaucoup beaucoup beaucouuup~ mieux. Tout le monde tout le monde tout le monde, est trop écervelé.”
D’une personne à l’autre, les “vies” à mépriser étaient répertoriées sous forme de plateaux.
En mâchant et en digérant de nombreuses et multitudes d’entre elles, Rui avait été submergée par la rage, et avait eu la nausée.
Sans avoir conscience de ces émotions dans le ■ de Rui, ses frères aînés, qui se remettaient successivement à manger pour satisfaire leurs propres désirs, étaient quelque chose dont elle se sentait également irritée. Sans même s’inquiéter pour leur jeune sœur, qui arborait une expression nauséeuse, avec la folie de continuer à fournir sans cesse des plateaux remplis, qu’est-ce qu’elle pourrait bien détester si elle ne détestait pas cela.
Rui : “Ah, tu manges vraiment en trouvant ça délicieux, onii-chan.”
Rui : “Ah, tu manges vraiment en trouvant ça amusant, nii-sama.”
Rui : “――Ah, nous nous sentons, nous nous sentons, même maintenant même maintenant, nauséeux, vous savez.”
C’était pour cette raison que Rui Arneb s’était attribué le nom de Satiété.
Une famine qui ne serait pas satisfaite, quelle que soit la quantité ingurgitée.
Car ce qui était affamé, ce n’était pas son corps, mais son ■.
――Nous voulons devenir heureux.
――Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux.
Rui : “――Ahahahaha ! C’est, c’est le sentiment de marcher à l’extérieur, n’est-ce pas ! Onii-chan et nii-sama font ça tout le temps… Ahhh, c’est injuste, c’est injuste, c’est injuste !”
Au sein de ce confinement forcé, sa conscience de soi entravée avait suivi la seule voie de l’expansion.
De la même manière que l’alimentation favorisait une croissance saine chez les humains, Rui avait connu une croissance vigoureuse lorsqu’elle avait reçu des plateaux non désirés.
Il en allait de même pour Ray et Roy, ses deux frères aînés.
Ses frères aînés avaient eux aussi développé leur ego de manière effrénée, et leur ■ avait été plus zélé à l’égard des repas. Le choix insensible des aliments par ses frères aînés irritait Rui.
Ce changement avait été un sous-produit de la croissance et de l’irritation de Rui.
Rui : “C’est l’air de l’extérieur ! C’est l’eau de l’extérieur ! C’est la terre de l’extérieur ! C’est le sang de l’extérieur ! Ahhh, incroyable incroyable incroyable ! C’est réel ! C’est réeeeel !”
Étendu sur la terre nue, léchant amoureusement le sol, se rassasiant du monde avec tout son corps, se trouvait un jeune garçon――non, bien que ce corps de chair appartienne à la personne qui se faisait appeler Ray Batenkaitos, le contenu de ce corps était disparate.
Ce n’était pas Ray qui exerçait le droit de contrôle sur ce corps de chair et qui se déplaçait librement.
Croyant posséder le destin de ne pouvoir quitter le monde blanc dès la naissance, Rui Arneb――l’Archevêque du Péché de la tragédie, avait fait franchir pour la première fois sa forme à travers la cage blanche.
Cela avait été une coïncidence.
Assurément, elle n’avait pas imaginé que l’Autorité possédait une telle capacité. Ou peut-être que l’esprit avide de Rui avait stimulé l’Autorité pour s’épanouir à la place, il n’y avait pas de réponse définitive. Elle n’était pas non plus capitale.
Ce qui était capital, c’était que cela avait été réalisé――elle avait marché à l’extérieur.
Rui : “Ahahahaha ! Ahahahahahaha !”
S’interposant entre sa réalité restreinte, Rui s’esclaffa éperdument devant les résultats obtenus.
Il lui était devenu possible d’emprunter le corps de ses frères aînés et de manipuler indépendamment ce corps, cette Autorité. Et――
??? : “Hein ? Ray, qu’est-ce que ça signifiiiie au juste ? Alors que tu te donnes des airs de Gourmet et que tu es pointilleux, tu es sûr que tu n’as pas eu trop faim et que tu n’es pas devenu fou ?”
Rui : “Ahhahaha ! C’est faux c’est faux, c’est complètement faux. C’est faux de toute façon, puisque c’est faux, c’est certainement faux, puisque c’est certainement faux, c’est faux, parce que c’est faux !”
??? : “――――”
Rui : “Nous sommes, l’Archevêque du Péché du Culte de la Sorcière représentant la Gourmandise, Rui Arneb.”
En disant cela, Rui salua Roy Alphard, déconcerté, en utilisant le corps de Ray Batenkaitos.
C’était la première fois depuis sa naissance qu’elle pouvait discuter avec ses frères aînés, après tout.
Rui : “C’est la mignonne, mignonne petite sœur, la troisième membre de la fratrie d’onii-chan et de nii-sama. S’il vous plaît, soyez aimants, soyez affectueux, soyez bienveillants, et soyez attentionnés, d’accord ?”
――Nous voulons devenir heureux.
――Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux.
――Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux.
En empruntant le corps de ses frères aînés, elle avait acquis une méthode pour s’immiscer dans le monde extérieur. L’approvisionnement en nourriture de ses frères aînés n’avait pas cessé et, comme toujours, elle n’avait jamais souffert de la faim.
Cependant, ces opportunités tant attendues et ce saut dans le monde extérieur auquel elle avait tant aspiré, Rui Arneb s’en était rapidement lassée――elle avait fini par s’en lasser.
Rui : “L’extérieur est plutôt ennuyeux, plus que ce que nous pensiiiions.”
En fin de compte, un corps emprunté était un corps emprunté.
Le fait que la forme réelle de sa personne, qui ne pouvait être libre, était piégée dans le monde blanc n’avait pas changé.
Au contraire, en s’assurant fermement de la présence de son ombre, elle s’était étranglée elle-même.
Rui : “En fin de compte, quelque chose comme la vie… n’est pas ce que tu manges, ni même à quel point tu manges. C’est avec qui tu manges, et malgré ça…”
Ses frères aînés vivaient leur propre vie. C’était sans doute la raison pour laquelle ils ne le recherchaient pas.
Rui seule avait été dépossédée de sa propre vie. C’était forcément pour cela qu’elle le recherchait éternellement.
Rui : “Nous voulons devenir heureux.”
Au sein du monde blanc, tout en dispersant sans ménagement d’innombrables Souvenirs, elle le souhaitait de tout son ■.
C’était peut-être le plus grand――ou le seul désir de Rui Arneb.
Rui : “Nous voulons… devenir heureux.”
Un désir inassouvi.
Inaltérable, même si elle avait emprunté le corps de ses frères aînés ou battu d’autres personnes à sa guise.
Bien qu’elle ait goûté à des “vies” prospères et qu’elle se soit enivrée de plaisirs momentanés, tout cela avait immédiatement péri.
Rui : “Nous voulons devenir heureux.”
Elle s’était lassée. Elle s’en était lassée.
Elle souhaitait une vie qui lui appartienne, à elle et à elle seule. Elle souhaitait un corps, une âme, un destin.
Rui : “Nous voulons devenir heureux.”
Rui était attristée.
L’origine du chagrin de Rui résidait dans le fait qu’une vie qui était la sienne n’existait nulle part.
Rui : “Nous voulons devenir heureux.”
Néanmoins, parallèlement, Rui se connaissait elle-même.
Même si sa nature était versatile, renoncer facilement à son ego pour atteindre une vie qui était soudainement apparue devant elle était quelque chose d’inconcevable pour qu’elle en soit satisfaite. Après tout, elle le savait.
Dans ce monde, il y avait d’innombrables vies, dans lesquelles il y avait une quantité absolue de joie, principalement déterminée par le résultat d’une chance incorrigible.
Comment les choses se passeraient-elles pour un humain appartenant à un foyer pauvre, né dans le rude Saint Royaume de Gusteko.
Comment les choses se passeraient-elles pour un humain faible de naissance né dans l’Empire de Vollachia, où les forts étaient valorisés.
Comment les choses se passeraient-elles pour un crétin lent à la détente, né dans les Cités-États de Kararagi, qui s’attendaient à un progrès perpétuel.
Comment les choses se passeraient-elles pour un métis, un demi-démon aux cheveux argentés, né dans le Royaume de Lugnica, gâté par d’anciennes coutumes.
En possédant les êtres d’autrui, Rui était consciente qu’ils n’allaient pas passer un bon moment.
Toutefois, dire que la joie serait abondante à certains égards serait également une immense erreur.
Naître dans la famille d’un grand prêtre du Saint Royaume de Gusteko, naître dans la famille d’un Général de l’Empire de Vollachia, naître dans la famille d’un marchand distingué des Cité-États de Kararagi, naître dans la famille d’un noble influent du Royaume de Lugnica, tout cela se poursuivait sans cesse, à mesure que le regard s’élevait vers le haut.
Rui ne voulait pas être inférieure. Elle voulait être prospère. Elle ne voulait pas être méprisée. Elle avait continué à évaluer la vie d’autrui.
Parmi elles, il y avait naturellement des vies qui avaient reçu la plus mauvaise évaluation, mais il y avait aussi des vies qui avaient reçu la meilleure évaluation. Ce n’était pas comme si tous les éléments à évaluer étaient les meilleurs. Même les vies les mieux évaluées ne lui apportaient aucune satisfaction.
Rui : “Ahhh, nous voulons devenir heureux.”
――À cette époque, Ray et Roy avaient découvert une nouvelle transfiguration dans l’Autorité, l’Éclipse.
La capacité dont était dotée l’Autorité de la Gourmandise était celle de piller les Souvenirs, les Noms d’autrui, de les mâcher et de les digérer. En appliquant cela dans la pratique, l’Autorité de l’Éclipse Solaire et de l’Éclipse Lunaire reconstruisait la population pillée.
L’Éclipse Lunaire permettait d’extraire des techniques ou des connaissances des Souvenirs d’autrui et de les utiliser en tant qu’appartenance propre.
Elle exploitait les compétences à leur maximum, et non les avantages des capacités physiques, de sorte que la possibilité de ne pas utiliser ce pouvoir à la perfection était élevée.
En revanche, l’Éclipse Solaire utilisait le Nom capturé comme base, et reconstruisait l’existence de la personne dans son intégralité, reconstruisant complètement les techniques polies par ce corps de chair, elle pouvait manifester la force à son maximum.
En tant que capacité, il allait de soi que l’Éclipse Solaire était largement supérieure, mais ses deux frères aînés préféraient exercer non pas l’Éclipse Solaire, mais l’Éclipse Lunaire――non, il serait peut-être plus juste de dire qu’ils craignaient d’utiliser l’Éclipse Solaire, et qu’ils la trouvaient répugnante.
D’après le constat de Ray et Roy, l’Éclipse Solaire semblait entraîner la pensée dans le corps de chair qui s’était transformé.
Cette sensation d’atteinte à leur personne, insoutenable, expliquait le raisonnement des deux. En entendant ce que ses frères aînés avaient à dire, Rui, du fond de son ■, trouvait cela tout à fait ridicule.
Bien qu’ils possèdent leur propre corps de chair, bien qu’ils se tiennent dans une position où même leur individualité avait été établie, à quel point cette conscience de soi était-elle déficiente et chétive, s’ils n’étaient pas capables de se préserver en possédant des croyances fermes.
Ce devait être une plaisanterie, puisqu’ils se donnaient des airs plus attristés qu’elle, qui n’avait pas possédé de corps en chair et en os, qui n’avait même pas été connue de sa fratrie pendant plus de dix ans, et qui s’était finalement lassée de l’amertume et de la douceur de la vie.
L’Autorité de l’Éclipse Solaire était vraiment splendide. Ou plutôt, pour Rui, c’était pratique.
Il n’était pas inexact de dire que c’était précisément le pouvoir auquel Rui Arneb avait aspiré.
――Rui Arneb aspirait à une vie qui n’appartiendrait qu’à elle, une vie qui serait la meilleure.
C’était différent du plaisir personnel de ses frères aînés, qui se satisfaisaient en mangeant la vie d’autrui et en s’emparant des Souvenirs. Un droit plus raffiné et omniprésent――Rui voulait vivre.
La naissance ne pouvait être choisie.
C’était la source même du chagrin des humains. Cependant, Rui était différente.
Rui avait acquis le pouvoir, l’opportunité, de choisir sa naissance, sa vie. Elle pouvait dérober les Souvenirs des autres, les reconstruire par le biais de l’Éclipse Solaire, et en faire sa propre appartenance.
Elle avait la possibilité de choisir la vie――elle pouvait choisir à nouveau, tout.
Elle était pointilleuse, à la recherche des meilleurs Souvenirs et Noms qu’elle n’avait pas encore vus.
Bien que certains aient été alignés favorablement parmi ce que Ray et Roy avaient mangé, ils n’avaient pas été parfaits. Il y avait eu un manque de nouveauté et d’ingéniosité.
Des foyers heureux, des parents tendres, des moyens de subsistance et des environnements riches, des amis magnifiques et des compagnons apparemment prédestinés, tout cela ne semblait rien d’autre qu’un “bonheur qui avait apparemment été vu ailleurs”.
Elle ne cherchait pas cela, mais la plus belle des vies.
Le fait de pouvoir choisir à sa guise ne signifiait pas que l’on ne se lasserait pas de ce qui était proposé. En se lassant des innombrables plateaux alignés devant ses yeux, qu’est-ce qu’elle pourrait bien trouver de plaisant ?
Rui Arneb, était à la recherche de la plus belle des vies――elle l’avait cherchée.
C’est pourquoi――

――C’est pourquoi, lorsqu’elle était tombée sur Natsuki Subaru, la poitrine de Rui avait palpité intensément.
Rui : “Oho ? Onii-san est… Umm, Natsuki Subaru, c’est ça ?”
Pour être précis, elle n’avait pas vibré à l’instant où elle l’avait rencontré.
L’apparence extérieure de Natsuki Subaru ne correspondait pas aux goûts de Rui, pas au point de la faire vibrer à l’instant même de le rencontrer.
D’emblée, même si son visage semblait ne pas être à son goût, selon le sens des valeurs cultivé en Rui, la beauté qu’une grande majorité d’humains se représentaient était précisément le visage que Rui recherchait.
En ce sens, il n’existait même pas un seul atome qui s’enthousiasmait pour l’apparence extérieure de Natsuki Subaru.
De plus, du point de vue de Rui, Natsuki Subaru était certes un personnage qu’elle connaissait déjà, mais ce n’était pas quelqu’un dont elle avait été attentive simplement parce qu’il était dans les Souvenirs d’autrui.
Bien qu’il s’agisse d’une chose qui ne demande pas beaucoup de réflexion, les Souvenirs présents en Rui étaient très nombreux. Il n’était pas facile d’en extraire les Souvenirs recherchés.
D’autant plus que l’autre personne était de celles qui ne l’intéressaient pas.
La raison pour laquelle Rui se souvenait encore du nom de l’autre personne d’un seul coup d’œil tenait au fait que l’un de ses frères aînés――Ray Batenkaitos, s’était considérablement attaché à ce nom, contrairement à Rui.
Si elle ne se trompait pas, il y avait eu quelque chose de très attaché à Natsuki Subaru parmi les plats que Ray avait mangés.
Subaru : “――――”
Rui : “Cet endroit ? C’est le berceau de l’Od Lagna… le Corridor des Souvenirs. L’endroit où les âmes des morts sont filtrées. Étant donné qu’il est rare qu’un individu vienne ici avec sa personne intacte, tu es le bienvenu, onii-san. Nous nous ennuyons trop, vois-tu.”
Souriant sinistrement, Rui avait accueilli chaleureusement la visite du rare invité.
En vérité, il n’y avait aucune malhonnêteté dans ces sentiments de bienvenue. Rui se languissait des autres, assez fortement.
Le lieu de naissance de Rui Arneb, le monde blanc qu’elle ne pouvait quitter, le Corridor des Souvenirs.
La raison pour laquelle Rui savait que cet endroit avait été désigné par ce qualificatif et que l’existence gigantesque d’une disposition inconnue était un atelier d’une telle ampleur résultait du fait qu’elle avait mobilisé toutes les connaissances des Souvenirs que Ray ou Roy avaient dévorés et chassés.
Parmi ceux qui étaient tombés sous le joug de l’Autorité de la Gourmandise, il y avait eu de nombreux sages qui, en réalité, avaient fait de grandes études qui resteraient pour la postérité, qui avaient fait des découvertes historiques. Sans voir la lumière du jour, ils s’étaient installés au fond des ventres des trois frères et sœurs de la Gourmandise, mais ils servaient profondément Rui.
En toute honnêteté, Rui ne s’intéressait pas du tout à la raison pour laquelle elle était née ici, ni aux raisons pour lesquelles elle était enfermée ici.
Il n’y avait aucun moyen de dissiper ces doutes, et elle ne trouvait pas non plus que cela avait un sens. Elle avait accepté que les choses soient ainsi. Même si elle avait été soudainement emmenée dans le monde extérieur à ce moment-là, cela n’aurait été qu’une source d’ennuis.
Le jour où elle quitterait cet endroit, serait le jour où elle aurait découvert la plus belle des vies.
Subaru : “――――”
Rui : “Awah ! Désolé désolé, nous n’avons toujours pas échangé nos noms, n’est-ce pas ! Mais pardonne-nous ! Après tout, les présentations sous cette forme n’arrivent pas souvent dans cet endroit, vois-tu !”
Subaru : “――――”
Rui : “Bon, alors, présentons-nous encore une fois ! ――Nous sommes l’Archevêque du Péché du Culte de la Sorcière, représentant de la Gourmandise, Rui Arneb.”
Subaru : “――――”
Rui : “Nous ne savons pas si ce sera pour un long moment ou un court instant, mais s’il te plaît, sois attentionné, d’accord, onii-san ?”
L’autre personne était extrêmement surprise et bouleversée au sujet de Rui, qui s’était nommé de cette manière.
De toute évidence, les humains qui mettaient les pieds ici n’avaient pas pour but d’y arriver. Bien qu’il y en ait parfois qui s’y glissent, Rui considérait cela comme des âmes perdues――c’est-à-dire la conséquence d’expériences de mort imminente.
Une situation où l’âme se détachait calmement du corps de chair, ou une situation où elle s’était décoincée, peut-être.
De leur point de vue, ces situations étaient proches du sentiment d’être invoqué à l’improviste par l’Od Lagna.
Si cela devait être considéré, le rôle de Rui était peut-être celui d’un guide qui apaisait le trouble des personnes ayant frôlé la mort, et qui leur expliquait ce qu’était cet endroit.
Si cela devait être considéré comme relevant de la paume invisible de l’Od Lagna, c’était, une fois de plus, enrageant.
Bien entendu, Rui détestait être regardée de haut, mais elle méprisait également le fait d’être dirigée.
C’était la même chose que l’Od Lagna, une existence pour laquelle c’était perpétuellement l’état habituel des choses. Rui ne voulait pas que sa vie, qui n’avait pas encore commencé, soit déformée par l’intervention de quelqu’un d’autre qu’elle.
Subaru : “――――”
Rui : “Eh ? Bien sûr que nous le savons ? Ray et Roy… Onii-chan et nii-sama, pas vrai ? Ah, ah, ne t’emballe pas, onii-san ! Ces deux-là sont tout simplement dévoués à leur petite sœur, tu sais.”
Subaru : “――――”
Rui : “S’ils dévorent des individus ici et là, c’est aussi en partie pour notre bien. Ils n’ont pas de cerveau, et ne comprennent pas du tout nos préférences non plus, mais ils sont attentionnés. Probablement, pas vrai ? Mais on ne peut rien y faire, pas vrai ? Après tout, nous n’avons jamais été ensemble tous les trois.”
Subaru : “――――”
Rui : “En empruntant le corps d’onii-chan ou de nii-sama, vois-tu, nous sommes parfois sortis un peu, tu sais ? Mais lorsque nous faisons ça, celui qui prête son corps s’endort et nous ne pouvons pas le rencontrer ! C’est pourquoi nous n’avons jamais été ensemble tous les trois. Awah, nous avons tout dit.”
Énumérant tout en parlant vite et avec une certaine agitation, Rui observa attentivement la réaction de son adversaire.
Une légère panique, un peu d’hébétude. Une rage quelque peu prépondérante, et un sens de l’objectif assez fort. Ce qui était perplexe au départ avait maintenant retrouvé sa présence d’esprit, possédant la volonté d’aller de l’avant de manière logique.
Rui : “Heeeh…”
Pas mal, avec cette pensée au fond de son ■, Rui se lécha les babines.
Qu’il soit ou non habitué à se plonger dans des scènes de carnage, il s’adaptait rapidement aux situations. S’il était observé et comparé à l’impression qu’elle avait eue au début, c’était un attribut qui ne correspondait pas du tout.
Ce qui s’éloignait beaucoup de l’attribut d’origine, a posteriori, était aussi un attribut qui avait été contraint au polissage.
Ce qui se trouvait à l’origine, Rui incita son appétit avec intérêt, et en même temps――
Rui : “――Ah, le voilà le voilà. C’est ça, pas vrai, onii-san.”
Tout en conversant, ce que Rui tractait, c’était certains Souvenirs.
La raison principale pour laquelle Ray, par le biais d’un seul plat qu’il s’était offert, était attaché au juvénile qu’elle avait sous les yeux――ramassant et collectionnant les Souvenirs avec force, faisant puissamment appel à cette existence, Rui se synchronisa avec elle.
Rui : “――Awa.”
À cet instant précis, sa respiration fut obstruée par des sentiments d’amour qui débordaient de l’intérieur de sa poitrine.
Les sentiments d’amour pour le juvénile qu’elle avait sous les yeux jaillissaient sans aucune limite. Il était tellement adoré, tellement adoré, tellement aimé, que c’en était insupportable. La petite poitrine de Rui se réchauffa, et tout son corps palpita d’un doux pressentiment.
Avec ses yeux humides, ses respirations douces et chaudes, ses lèvres souriaient. Et――
Rui : “S’il te plaît, n’affiche pas un visage aussi anxieux――Subaru-kun.”
――À cet instant, il y eut un rejet important et puissant.
Subaru : “――――!!”
En aiguisant ses yeux tout en maintenant sa rage, Natsuki Subaru s’élança vers l’avant en bondissant.
Bien qu’elle ait eu l’impulsion d’accepter ce geste en écartant les deux bras, elle immobilisa cela d’une manière ou d’une autre et se glissa vers sa poitrine, conformément aux Souvenirs.
Attrapant les bras du juvénile d’un mouvement souple, le tirant vers elle, elle le projeta en vrille. Avec un corps de chair qui n’était pas un objet réel, hallucinant le bruit de ses os qui craquaient, le juvénile, poussant un rugissement de douleur, fut plaqué par elle sur le sol blanc.
Subaru : “――――”
Rui : “Arrête, s’il te plaît. Si tu te jettes avec tant de virilité, ce sera embarrassant――quelque chose comme ça.”
En utilisant les Souvenirs qui pensaient affectueusement au juvénile, elle le maintint au sol par la force. Avec son ■ sadique comblé, elle finit par détendre les bords de sa bouche. Comme pour satisfaire davantage ce désir d’affliger appartenant au ■ de Rui, Natsuki Subaru continuait frénétiquement à crier, alors qu’il se tordait le corps.
Sa forme, qui appelait sincèrement à la rage pour le bien de quelqu’un d’autre――à ce propos, d’ailleurs, Rui pencha la tête.
Rui : “――Onii-san, pourquoi te souviens-tu des Souvenirs que nous avions volés ?”
Cette réaction n’était pas naturelle.
Percevant cela tout en le maintenant au sol, Rui tordit fortement son cou.
Les Souvenirs mangés par la Gourmandise ne subsistaient pas dans la personne concernée, les Noms mangés par la Gourmandise ne subsistaient pas au sein des autres personnes. C’était parce que l’Autorité les avait arrachés à l’âme, qui définissait l’existence d’une personne dans le monde.
La purification correcte de l’âme par l’Od Lagna, qui était pratiquée dans le Corridor des Souvenirs――agissant comme son agent de son propre chef, l’Autorité de la Gourmandise les usurpait furtivement.
Par conséquent, les Souvenirs et les Noms dérobés par la Gourmandise ne restaient présents chez personne. De manière restrictive, même si certains n’avaient que des Souvenirs ou qu’un Nom volé, les effets négatifs respectifs s’appliquaient.
Si les Souvenirs étaient volés, c’était la personne en question, si le Nom était volé, d’autres individus ne pouvaient plus se souvenir de la personne concernée. Cela ne pouvait être altéré tant que la disposition de l’âme restait sous la protection de l’Od Lagna.
Pourtant, Natsuki Subaru s’en souvenait.
Il se souvenait de l’ingrédient, de l’âme qui avait été mise à nue, ayant été dépossédée de ses Souvenirs et de son Nom.
Bien qu’il ne soit pas censé s’en souvenir. Pourquoi, pourquoi, pourquoi――
Subaru : “――――”
Rui : “Nous avons peut-être développé un peu d’intérêt pour onii-san maintenant. Mais il faut croire qu’onii-chan nous en voudra.”
Se léchant les babines, Rui teinta ses joues d’une passion débordante.
C’était l’adversaire auquel Ray s’était attaché. Se faire voler cette nourriture par quelqu’un de non impliqué offenserait certainement Ray. Bien que Ray soit en fait assez doux et gentil avec sa petite sœur, il avait pour principe d’écouter son égoïsme, ce qu’il faisait jusqu’à l’extrême, au point que leurs appétits respectifs ne se croisaient jamais.
L’appétit était, la Gourmandise était, le sens de la vie pour Rui, pour Ray, et pour Roy également.
Que cela soit envahi arbitrairement ne pouvait permettre à leur ■ de rester calme.
Rui : “Si un plat tant attendu est usurpé, même par un frère ou une sœur, le tuer serait quelque chose d’inéluctable, n’est-ce pas――ah, mais, tu es irrésistible, onii-san.”
Tout en lui tordant les bras dans le dos, elle approcha ses lèvres de la nuque du juvénile poussé au sol.
C’était un peu comme une forme spirituelle sans véritable substance. Elle ne pouvait pas sentir le goût de la sueur provenant de lui, qui était à l’état de simple âme. Par nature, même la douleur s’apparentait à une hallucination, ce dont elle n’avait pas l’intention de l’informer expressément.
Simplement, les sentiments d’amour avec lesquels elle voulait entrer en contact éclatèrent――il semblait que la propriétaire de ces Souvenirs était très attachée à ce juvénile. Elle pouvait le ressentir fortement.
Rui : “Eh bien, actuellement, ça vaut pour nous.”
Même s’il s’agissait d’un Souvenir indirect, maintenant qu’il avait été stocké de la sorte, il lui appartenait.
Elle pouvait légèrement comprendre le sentiment de peur de Ray ou de Roy envers l’Éclipse. Elle ne craignait rien, mais elle comprenait que leur pressentiment était juste――peut-être que si elle continuait ainsi,
Rui : “Nous finirons certainement par aimer onii-san, hein.”
Subaru : “――――”
Rui : “…Ehhh ? Nauséabond tu dis, c’est tellement ruuuude. Parce que malgré tout nous restons une fille. Quand bien même nous avons pris notre courage à deux mains et que nous nous sommes confessées, quelle cruauté. Ah, tu agis encore violemment. Ça ne va pas le faire, onii-san. Ça ne fera pas mal, alors calme-toi s’il te plaît, d’accord ?”
Subaru : “――――”
Rui : “Il est hors de question que nous fassions du mal à onii-san, tu sais. Après tout, il est tellement adoré. C’est pourquoi tu devrais calmer ton ■.”
Elle avait beau s’adresser à lui avec tendresse pour tenter de le calmer, elle se heurtait à l’opposition d’un maigre mouvement frénétique.
Alors que le nom dans les Souvenirs était appelé un nombre incalculable de fois, Rui vit son corps entier trembler d’une sensation terriblement extatique. Cette extase ne pouvait être goûtée que par un personnage se souvenant d’une personne dont le Nom avait été volé.
À savoir, une saveur que Rui n’avait jamais goûtée.
――Une baie inconnue, douce et sucrée.
Rui : “――Natsuki Subaru.”
――Quelle sera ta saveur ?
Rui : “Mangeons.”
Cherchant la réponse à cette curiosité glacée de son ■, Rui lécha tendrement la nuque du juvénile avec sa langue écarlate. Appelant son nom, tout en goûtant une texture lanugineuse sur le bout de sa langue, aimablement, suavement, elle lécha.
Dans la signification de l’accomplissement, ce qui était appelé appétit s’apparentait au désir sexuel.
Dans le cadre d’un tel renforcement de l’affection pour la personne qu’elle avait sous les yeux, pour que même cet appétit incessant soit comblé, il fallait maintenant que ce soit quelque chose de semblable à une copulation recherchée sordidement.
Des personnes qui s’appréciaient mutuellement se mélangèrent au sein de l’existence connue sous le nom de Rui.
La suffisance de cette saveur, ou à quel point elle serait sucrée――
Rui : “Merci pour le régal.”
Après l’avoir savouré à sa guise, Rui exprima par des mots sa gratitude pour la nourriture.
C’était la procédure du repas de la Gourmandise――invoquer le nom de l’adversaire dont on souhaitait piller les Souvenirs, prélever une partie de l’âme du corps de chair de l’adversaire, et la manger.
――Ce qui était appelé Souvenirs, était semblable à des sédiments accumulés sur l’âme.
Il était également possible de l’orner de mots séduisants, tels que “des festins servis sur des plateaux d’argent”.
Néanmoins, si tout était exposé à son origine, ce qui s’étendrait devant elle serait l’inutilité de l’orner magnifiquement. Telle était la perception de Rui à l’égard de l’Autorité de la Gourmandise, et le privilège de Rui consistait à pouvoir se délecter de ces âmes.
Ainsi, l’ensemble de ce qui était associé à l’âme du juvénile qu’elle avait sous les yeux deviendrait détaillé.
Il ne lui resterait plus qu’à le mélanger aux Souvenirs de la jeune fille déjà présente en Rui, puis à déterminer la nature de la réaction chimique qui en résulterait――
Subaru : “――Toi, à l’instant, qu’est-ce que tu m’as fait.”
Avec l’écho d’une voix qui n’était pas censée être audible, pour la première fois, Rui fit face à Natsuki Subaru lui-même.
Jusque-là, ils n’avaient pas donné l’impression de converser. Ils ne s’étaient pas fait face comme s’ils se faisaient face. Cela n’avait été rien d’autre qu’un vague rêve qui se noyait.
Ce fut, pour Rui également, une occasion de circonstances inédites, se teintant brusquement de couleurs.
Qu’avait-il dit à l’instant ?
Rui : “…Onii-san, ce n’est pas possible, tu te souviens de nous ?”
Un regard chargé d’une puissante animosité répondait au doute de Rui.
Rui : “――Ah.”
Ce fur à ce moment-là que la poitrine fine et menue de Rui se mit à palpiter à un rythme élevé, sans équivoque.

Pourquoi pouvait-il rester calme, malgré le fait que ses Souvenirs aient été mangés ?
Pourquoi fixait-il Rui avec un tel regard, même maintenant ?
Pourquoi la poitrine de Rui palpitait-elle aussi intensément, malgré son désarroi ?
Pourquoi, pourquoi, pourquoi, pourquoi, pourquoi――
Au contraire, cela aurait pu être une impulsion méritant d’être appelée prémonition.
Rui : “Pourquoi onii-san se souvient-il de nous ?”
Tout en fixant l’arrière de la tête de Natsuki Subaru sous ses yeux, en le maintenant au sol, Rui soupçonna tout d’abord la possibilité que le repas ait échoué.
Pour Rui et les autres, il y avait un certain nombre de protocoles absolument nécessaires pour l’Autorité de la Gourmandise.
Le premier d’entre eux était de connaître le nom de l’adversaire qui allait être mangé, c’était un élément indispensable pour s’immiscer dans l’âme de l’adversaire.
Par conséquent, en cas d’utilisation d’un pseudonyme, l’Autorité était privée de tout pouvoir.
Et, jusqu’à présent, il y avait eu un certain nombre d’échecs lors des repas.
Dans ces cas-là, celui qui devait faire face à l’expérience douloureuse était toujours soit Ray, soit Roy, et donc Rui n’avait jamais été confrontée elle-même à l’expérience douloureuse, mais――
Rui : “Onii-chan et nii-sama se sentaient mal à l’aise, comme si c’était douloureux, mais…”
Rui raidit son corps, supposant qu’il y aurait une répercussion similaire sur elle.
Cependant, bien qu’elle ait attendu longtemps, aucun signe de cette prétendue répercussion ne se précipita sur Rui.
En premier lieu, de nouveaux Souvenirs avaient assurément été déversés au sein de Rui.
Rui : “La Tour de Guet du Sage, des camarades précieux, et il y avait des examens…”
Murmurant son approbation, comme si elle lisait attentivement un livre dans son esprit, Rui se mit à fouiller dans les nouveaux Souvenirs.
Outre le fait qu’il n’y avait pas de répercussion, elle avait réussi à extorquer des Souvenirs.
En se référant à ces Souvenirs, elle avait compris ce que Natsuki Subaru et ses camarades étaient en train de faire, et même la séquence d’événements à cause de laquelle il s’était retrouvé dans ce Corridor des Souvenirs.
Il ne restait plus qu’à faire en sorte que la particularité de Natsuki Subaru soit――
Rui : “――Hein.”
Quels mots suffiraient à décrire l’ampleur de l’impact que Rui avait reçu à ce moment-là ?
Rui : “――――”
Stupéfaite par cette chose écrasante, la force dans ses bras s’estompa et elle écarquilla les yeux.
Exploitant cette faille, Natsuki Subaru, maintenu au sol, s’échappa des bras de Rui. Prenant de la distance au même rythme, il prit une pose de combat peu impressionnante.
Bien qu’il s’agisse d’une opposition plutôt comique et froissante, Rui n’était pas amenée à en rire.
Elle n’avait aucune marge de manœuvre pour en rire.
L’impact de la vision de quelque chose d’improbable, poignardait le petit physique de Rui. C’était――
Rui : “Pourquoi y a-t-il des Souvenirs du moment de la mort ?”
Subaru : “――――”
Rui : “Après tout, dans les Souvenirs que nous avons mangés, il n’y a rien de tel que les Souvenirs du meurtre d’onii-san, et pourtant onii-san a les Souvenirs d’avoir été tué !”
C’était quelque chose d’anormal.
Ce qui se produisait était un paradoxe mystérieux qui ne pouvait pas se réaliser.
Ahh, l’influence des Souvenirs de Natsuki Subaru, le répertoire des mots que nous ne devrions pas connaître augmente. C’était un paradoxe. Dans l’urgence due au paradoxe, l’Einstein de Maxwell de Schrödinger était Nikola Tesla――!
(Note de Traduction : Cette partie ne fait aucun sens en japonais également. Ce sont simplement des mots du monde de Subaru.)
Rui : “Qu’est-ce que c’est ?! Qu’est-ce que ça signifie ?! Les Souvenirs sont différents de l’illusion, tu sais ?! Les sédiments collés à l’âme ne peuvent pas être déformés ou pliés comme bon te semble ! Voilà pourquoi ! C’est le monde dont onii-san a été témoin ~tsu ! C’est l’histoire qu’onii-san a goûtée ! C’est l’histoire d’onii-san, que seul onii-san connaît ~tsu !”
Passant ses doigts dans sa longue chevelure dorée, Rui fit exploser son impulsion fulgurante.
Elle ne pouvait rester une seule seconde sans l’évacuer, au lieu de garder l’impulsion pour elle-même. Au moment même où elle le fit, Rui Arneb entra en éruption. Éclatant et s’éparpillant dans toutes les directions, son esprit fut divisé en minuscules fragments.
Rui : “Nouveau… nouveaunouveaunouveaunouveaunouveaunouveau ! Nouveau sens des valeurs ~tsu !”
C’était sa rencontre avec cela.
Sa rencontre avec un article qui dépassait toute imagination, que Rui ne connaissait pas, qu’elle n’avait jamais vu, auquel elle n’avait jamais pensé.
Son corps tout entier transpercé par la foudre, elle ne pouvait penser à rien d’autre qu’à cela. Comment cela pourrait-il être appelé, ne devrait-ce pas être appelé le destin ? Quel nom pourrait être attribué à ces émotions ?
Rui : “Onii-san, se pourrait-il que tu sois le même que nous ? N’es-tu pas un Archevêque du Péché ?”
Subaru : “――――”
Rui : “Bien que nous ne nous soyons jamais rencontrés directement, Petelgeuse l’a dit ! Que les Facteurs étaient censés avoir été délivrés. Que puisque les positions des Péchés étaient occupées, éventuellement, tout le monde se réunirait ! Et, ce siège vacant appartient à onii-san… Il m’appartient, non ?”
Subaru : “――――!!”
Rui : “Ahahahahahahaha ! Ne te mets pas en colère, ne te mets pas en colère s’il te plaît, onii-san ! Ne nous rend pas encore plus perplexes, onii-san ! À ce stade, notre esprit est à sa limite absolue, cette petite poitrine est sur le point d’éclater, ça fait vraiment mal. Oui, oui, oui ! Incroyableincroyableincroyable !”
Tapotant continuellement, frappant de ses doigts la tempe de son propre front, Rui avalait les Souvenirs jusqu’à la moelle des os.
Difficulté d’y croire. Incapable d’y croire. La possibilité d’y croire n’existait que dans une rencontre fortuite avec la Gourmandise.
Puisque Rui pouvait posséder conjointement les mêmes Souvenirs, elle pouvait croire en la progression de Natsuki Subaru――non, elle ne pouvait pas y croire, mais la considérer comme un fait.
Parce qu’il s’agissait d’un voyage que Rui Arneb avait parcouru elle aussi.
Rui : “Ah, quel Orgueil !! Injuste… injuste injuste ! Injuste injuste injuste injuste injuste injuste injuste injuste injuste injuste !! ――Mhm, merveilleux ~tsu ! Onii-san, tu meurs réellement encore et encore, encore et encore et encore, n’est-ce pas ?!”
Subaru : “――――”
Rui : “Uwahhh, incroyable ! Tu meurs réellement ! Tu meurs si misérablement, onii-san ! Encore et encore, tu meurs sans aucune méthode pour réussir, onii-san ! Même quelque chose comme ça est possible, pas vrai, onii-san !”
Des applaudissements, une standing ovation, des congratulations pour avoir vu le jour.
(Note de Traduction : Rui utilise de nouveau des mots anglais.)
De la gratitude pour le miracle de t’avoir rencontrée, le train de l’avenir qui avancera avec moi.
Rui : “Une source d’inspiration ! Des stimuli et de l’innovation ! Onii-san, tu viens donc d’un endroit qui n’est ni ici, ni ailleurs, hein ! Ahh, nous n’arrivons même plus à réfléchir.”
En débitant des sentiments sans en retenir l’intensité, Rui, qui s’y immergeait sans réserve et sans effort de résistance, reconnut soudainement cette potentialité――non, elle tendit l’oreille vers sa voix intérieure.
Connaître un paysage inconnu, être né dans un monde inconnu, autant de plats complets de la plus haute qualité qui combleraient la faim appelée curiosité du ■ de Rui.
Néanmoins, la spécialité de Natsuki Subaru qui méritait la plus grande attention était――
Rui : “――Les Souvenirs de la Mort.”
Ils n’étaient pas censés exister. Absolument inaccessibles, il existait les souvenirs de la Mort et de l’au-delà.
Il s’agissait d’un phénomène fondamentalement différent de celui des expériences de mort imminente, qui étaient en quelque sorte des voyages d’essai bon marché. Il s’agissait d’un phénomène dû à l’éclatement de l’âme, à la vie coupée en mille fragments, au fil de la vie qui se terminait dans sa véritable essence.
L’autre côté de la Rivière Sanzu, la frontière entre le monde des vivants et le monde des morts, d’où il était impossible de revenir. Ni en la traversant à la nage, ni en la traversant à pied, les Souvenirs de recommencer la vie qui étaient censés avoir été volés――
(Note de Traduction : La Rivière Sanzu est l’équivalent bouddhiste du Styx de la mythologie grecque, formant la frontière entre le monde des vivants et le monde des morts, par laquelle les âmes passent d’un côté à l’autre au moment de la mort. Plus d’informations ici.)
Rui : “――La Mort Réversible.”
C’était ainsi que Rui avait désigné le plus beau fleuron des Souvenirs qui s’épanouissaient en elle.
Accumulant les expériences de diverses Morts comme des souvenirs, ce qui ne pouvait pas être gravé dans les Souvenirs même une fois avait été remis à sa prochaine personne comme quelque chose de certain.
Et de cette façon, Natsuki Subaru avait surmonté toutes sortes d’épreuves.
Rui : “Incroyable incroyable, onii-san ! Vraiment incroyable ! Nous avons été profondément émus. Nous l’admirons du fond de notre ■. Tu es vraiment capable de faire quelque chose comme ça. Surmonter la Mort, en toute liberté !”
Subaru : “――――”
Rui : “Non, non, pas besoin d’être modeste. Nous sommes sérieux, tu sais ? Nous trouvons vraiment qu’onii-san est enviable. Après tout, quelque chose comme les souvenirs de la Mort, personne ne les possède quoi qu’il arrive ~tsu.”
Subaru : “――――”
Rui : “D’ailleurs d’ailleurs, pourquoi en est-il ainsi ? Pourquoi es-tu aussi calme malgré le fait que nous t’ayons volé tes Souvenirs ? De quel genre de particularité s’agit-il ? Save de l’âme ? Backup ? Invariance ? Ça n’a pas de sens, ça n’a pas de sens !”
De nombreux et multiples Souvenirs du moment de la mort existaient à l’intérieur de Natsuki Subaru, qui s’était débattu et s’était tortillé.
C’était une stimulation que Rui n’avait pas réussi à acquérir, loin de là. De plus, le pouvoir qui avait la capacité d’accumuler la Mort, de mourir sans cesse et sans fin, était la cible de sa jalousie.
Rui : “――Nous le voulons.”
Elle désirait le pouvoir de la Mort Réversible.
Non pas pour être capable de répéter la Mort. Bien sûr, cette stimulation nouvelle était aussi un facteur qui captivait perpétuellement Rui, mais ce qui était encore plus important, c’était la possibilité de “recommencer”.
――Rui Arneb était à la recherche de la plus belle des vies.
Et la conclusion de Rui, qui avait expérimenté diverses vies, tenait au fait que ce qui était considéré comme la plus belle vie n’était ni la prospérité, ni le fait d’être aimé par beaucoup, ni le fait d’être doté d’un statut élevé.
Ce qui était qualifié de plus belle vie, faisait référence à la vie qui “se déroulait comme on le souhaitait”.
Tout et n’importe quoi se produirait selon ses propres croyances, ses propres attentes, ses propres souhaits.
Sans aucun défaut, sans aucune incomplétude, sans aucune irrationalité, la vision du monde parfaite.
Elle avait toujours recherché une méthode pour sa réalisation. La réponse à cette question était une obscurité sans cesse renouvelée en Rui, mais enfin, elle comprenait.
Rui : “――C’est la Mort Réversible.”
Si elle se la procurait, elle pourrait se relever des conflits, des échecs.
Si elle savait ce qui se passerait à l’avenir, elle pourrait y faire face. Si seulement elle pouvait savoir quel échec se produirait, quelle irrationalité l’attendrait, quelle incomplétude elle rencontrerait.
Rui : “Nous pourrions vivre la plus belle des vies――!”
Subaru : “――――”
Rui : “Que faut-il faire ? Que faut-il faire pour la voler ? Si la Mort Réversible d’onii-san est une Autorité, alors il est impossible de la voler en la mangeant simplement. C’est différent des choses qui sont attachées aux Souvenirs et aux Noms. Les Facteurs de Sorcière sont l’antithèse de l’Od Lagna, après tout ! Ils ne se détachent pas facilement ! C’est pourquoi…”
C’est pourquoi, si une Autorité devait être volée, il n’y avait pas d’autre choix que de voler le Facteur de Sorcière lui-même.
Cependant, même Rui ne connaissait pas de méthode pour voler quelque chose d’aussi important que les Facteurs de Sorcière. Jusqu’à présent, jamais elle n’avait souhaité une Autorité appartenant à d’autres Archevêques du Péché. Ce groupe de personnes était dégoûtant rien qu’en entrant en contact avec lui. Toutefois――
Rui : “Onii-san, tu utilises l’Autorité du Petelgeuse tué… ?”
Les Mains Invisibles présentes dans les Souvenirs avaient diminué en nombre et en portée par rapport à l’original, mais il s’agissait indubitablement de la puissance employée par ce fou. En d’autres termes, ce n’était rien d’autre que la preuve que plusieurs Facteurs de Sorcière étaient en train de s’accumuler à l’intérieur de Natsuki Subaru.
Si l’accumulation de Facteurs de Sorcière était possible, alors――
Rui : “Nous allons absolument, quoi qu’il arrive, mettre la main sur la Mort Réversible. L’Autorité d’onii-san est notre espoir. Si nous pouvons l’obtenir, nous pourrons…”
Subaru : “――――”
Rui : “Nous pourrons vivre notre propre vie ~tsu !!”
Nous voulons devenir heureux.
Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux.
Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux――
Rui : “La méthode pour ça est juste là… La méthode pour ça… ~tsu.”
Subaru : “――――”
Rui : “――Hk ! Comme c’est pratique pour toi ! Quelque chose comme la Mort Réversible n’est pas si bien que ça ? Une personne qui le possède ne peut pas comprendre les sentiments d’une personne qui ne le possède pas ~tsu !”
Quelque chose comme la persuasion allouée, qui avait apparemment été entendue ailleurs, n’était rien d’autre que fastidieux.
Pour quelqu’un qui avait continué à utiliser ce pouvoir à sa guise, ne pas aimer l’utiliser semblait stupide.
C’est pourquoi elle l’obtiendrait définitivement. Absolument, définitivement, avec certitude.
Ce qui devait être fait――
Rui : “Ce qui doit être fait, pour voler l’Autorité… Faux. C’est faux, c’est faux de toute façon, comme c’est faux, certainement que c’est faux, puisque c’est trop faux, nous disons que c’est faux, parce que c’est faux ~tsu ! Boisson gourmande ~tsu ! Gourmandise ~tsu !”
Applaudissant puissamment des mains, Rui écarquilla les yeux.
Dévoilant ses crocs acérés, elle applaudit en suggérant à quel point elle était lucide.
Avant qu’elle ne s’en aperçoive, le moyen et l’objectif avaient changé de position.
Or, ce n’était pas le cas. Ce n’était pas le cas.
L’objectif de Rui n’était pas de piller parce qu’elle voulait revenir d’entre les morts, mais parce qu’elle avait la possibilité de vivre la plus belle vie en obtenant l’Autorité de la Mort Réversible.
Il n’était pas bon d’avoir la mauvaise habitude de considérer les choses de manière hasardeuse, crispée, à force d’avoir joué le rôle de quelque chose comme un Archevêque du Péché représentant la Gourmandise pendant une longue période. Problématique. Emprisonnée par des notions fixes. C’était une cause de défaite.
C’était simple. Si ce n’était pas pour piller, mais pour obtenir――
Rui : “――Ça va bien se passer, si nous devenons simplement.”
Subaru : “――――”
Rui : “Ça va bien se passer, si nous devenons simplement onii-san. Si nous devenons onii-san, et qu’il est consommé par l’Autorité de la Gourmandise… nous pourrons intégrer les Facteurs de Sorcière. Comme il s’agit d’onii-san, ils peuvent être stockés.”
En s’exprimant ainsi, Rui pinça ses joues de ses deux mains, continuellement, avec force, tentée par la violence.
Ce n’était pas un geste attendrissant, mais atroce, elle le faisait avec l’intention de blesser. Dans quel but ? Pour déchirer sa chair et son sang, et se diviser elle-même, tel était le but.
Rui : “Tu connais les Trois Grandes Bêtes Démoniaques ? On raconte que ce sont des monstres qui ont été créés par le propriétaire du Facteur de Sorcière bien avant nous. Nous aussi, nous pouvons faire quelque chose de similaire. Nous ne l’avons jamais fait parce qu’il n’y avait pas vraiment de sens à le faire… Mais, tu vois.”
Subaru : “――――”
Rui : “――Si nous imaginons le faire, alors nous pouvons faire n’importe quoi.”
――Si nous imaginons le faire, alors nous pouvons faire n’importe quoi.
C’était ce qui était appelé le monstre de la potentialité.
C’était ce qui était appelé la potentialité d’une existence pure avant de prendre naissance.
Il s’agissait d’une personne destinée à vivre la plus belle vie possible à l’avenir.
――C’était le destin de l’être le plus joyeux qui soit, nommé Rui Arneb.
Rui & “Rui” : “――C’est-à-dire l’existence connue en tant que nous.”
Ce discours lentement tissé par Rui, lorsqu’il avait été vocalisé, s’était superposé.
Le phénomène d’entendre deux fois la même voix n’était pas une sorte d’hallucination auditive ou une mauvaise écoute. Cela correspondait à l’événement qui s’était produit, car il y avait deux personnes identiques, avec la même voix, le même ton.
Rui : “Nous avons été surpris par les Souvenirs d’onii-san mais, Arneb est une étoile appartenant à la constellation du Lièvre, hein ? C’est également étonnant qu’onii-san et les autres aient été les artisans de la destruction du Lapydre.”
“Rui” : “Mais si c’est le cas, ce n’est pas vraiment une surprise ? Comment se fait-il que nous nous soyons multipliés, ou est-ce un grand plaisir pour onii-san que la mignonne Rui-chan se soit multipliée ? Non, hein. Non, eh. Donc onii-san n’est pas du genre à avoir du désir sexuel pour les petites filles. Hmm, vraiment ?”
Observant l’adversaire figé sur place, les yeux écarquillés d’étonnement, Rui relia ses épaules à l’existence qui se tenait immédiatement à côté d’elle――à savoir, la même Rui. Dans cet endroit, appelé le Corridor des Souvenirs, séparé de la réalité, Rui n’était qu’une existence appartenant à un Facteur de Sorcière et ne possédant pas de corps de chair et d’âme réunis. En dehors de cela, il semblait que les noms respectifs des trois frères et sœurs correspondaient aux Trois Grandes Bêtes Démoniaques, mais cela n’avait pas d’importance.
Quoi qu’il en soit, en séparant le Facteur de Sorcière en deux, Rui Arneb s’était multipliée par deux.
Il s’agissait là d’un exploit dont n’était peut-être pas capable le duo formé par Ray et Roy, qui craignait de perdre son identité lors de l’utilisation de l’Éclipse Solaire. Le fait de savoir qu’il était possible de se dupliquer était également lié à l’abandon de l’essence même de sa véritable personne.
Néanmoins, cela ne s’appliquait pas à Rui, dont l’identité avait été définie comme vague dès le départ.
Il était possible d’avoir une Rui, deux Rui, et ainsi de suite.
Grâce à cela, Rui Arneb pourrait obtenir l’Autorité de Natsuki Subaru.
Subaru : “――――”
Rui : “Eh ? Quoi ?”
Le juvénile, le réceptacle du Facteur de Sorcière, prononça quelques mots.
En jetant un coup d’œil au juvénile, hormis le charme appelé Mort Réversible, de simples sentiments d’amour surgissaient. Trouvant cela ennuyeux, Rui écarta les Souvenirs qui remontaient à la surface.
En les décollant de sa propre âme, elle les jeta, les abandonna avec l’idée qu’ils étaient inutiles.
――Non, ce n’était pas une simple idée. En vérité, ils étaient bel et bien inutiles à présent.
Tous les Souvenirs n’avaient été que des garnitures jusqu’à la découverte de la plus belle vie, rien d’autre que des plats d’accompagnement. Cependant, Rui Arneb avait enfin atteint son plat principal.
Rui et “Rui” : “――Si nous imaginons le faire, alors nous pouvons faire n’importe quoi.”
C’est pourquoi elle s’engageait sur cette voie.
En mangeant Natsuki Subaru de l’intérieur. En mâchant Natsuki Subaru de l’extérieur, sans en épargner un seul morceau――Rui Arneb obtiendrait Natsuki Subaru.
Subaru : “――Tu vas le ■■■■.”
Jusqu’à la toute fin des fins, le réceptacle avait continué à dire quelque chose.
Cependant, ce qu’il avait dit, quelque chose comme cela n’avait plus aucune pertinence. Léchant les sédiments collés à l’âme avec sa langue, Rui hérita des Souvenirs.
Et, dans le réceptacle qui avait oublié absolument tout, Rui s’ajouta personnellement au Facteur de Sorcière. Quant au reste――
Rui : “Quant au reste, il suffit d’attendre que ça se termine.”
Attendre sans cesse dans le Corridor des Souvenirs était une chose à laquelle elle ne s’était que trop habituée.
Le problème résidait dans l’utilisation des Souvenirs. Il existait un stratagème pour voler à nouveau des Souvenirs à un adversaire qui avait déjà été mangé une fois. L’Autorité de la Gourmandise ne considérait pas un menu du même nom, du même goût, comme un article à part entière dans son jugement.
C’est pourquoi il était nécessaire d’altérer la saveur de l’âme.
En un article séparé à tel point qu’il n’était pas possible de se rappeler qu’il avait un jour été sur la langue de la Gourmandise, de Rui.
Anticipant le fait que cela se révélerait être un goût de la meilleure qualité, c’était ce que Rui Arneb attendait avec ferveur.
Elle espérait que cela aboutisse à la réalisation du plus grand, du meilleur, du plus suprême des plats.
Elle attendait ce moment avec impatience, tout en se léchant les babines et en se languissant――

??? : “Bon. As-tu réussi à observer ce que tu voulais voir――Rui Arneb.”
Rui : “Hein ?”
Face à cette soudaine interpellation, Rui, qui avait acquis l’éveil de sa conscience, arrondit ses yeux.
Clignant plusieurs fois des yeux, elle se rendit compte de l’endroit où elle se trouvait. Des alentours blancs, un sol blanc et un ciel blanc, debout au sein d’un monde recouvert de blanc, Rui affichait une expression de stupéfaction.
Rui : “――――”
En plaçant sa main sur son visage, en établissant un contact, elle s’assura de la sensation.
Puisqu’il n’y avait pas de miroir à cet endroit, elle ne pouvait pas jeter un coup d’œil, mais cette sensation était irréfutablement celle de son propre visage. Comme il n’y avait même pas d’amusements modérés dans ce lieu, seuls son propre visage et son propre corps comptaient parmi les choses touchables.
Ainsi, elle avait touché son visage au point d’en être malade. Par conséquent, en effleurant son visage qu’elle était malade de toucher, elle put immédiatement déterminer l’état de son visage et de son corps.
Comme avant. Oui, comme avant――c’était le propre corps de Rui.
??? : “As-tu réussi à observer ce que tu voulais voir, hein ?”
Rui s’assurait lentement, avec stupeur, d’être vraiment elle-même.
Ce comportement ayant atteint un point tel qu’il pouvait s’interrompre, brusquement, l’interpellation fut de nouveau répétée. Levant le visage, Rui contempla le personnage qui se tenait devant elle, sous ses yeux, depuis le départ.
Des cheveux noirs plutôt courts et des yeux sanpaku perçants, des jambes courtes pour un torse aussi long, une apparence miteuse. C’était le garçon.
Son nom était Natsuki Subaru. L’existence avec laquelle Rui elle-même s’était unie en tant que Facteur de Sorcière, et――
Rui : “――Ah.”
――Et, l’être d’une folie inimaginable, maniant l’Autorité qui avait la capacité de revenir d’entre les morts.
Rui : “N-NOOOOOooooooOOOOOooOOoOOoooon―― ~tsu !!”
Rui ouvrit la bouche et cria.
Tant qu’elle en avait la force, tant qu’elle en avait la possibilité, elle hurlait avec une dévotion totale.
Si elle ne l’avait pas fait, elle aurait été écrasée par la pression. Par la terreur, par la menace, par le désespoir.
Elle aurait été prise au piège par la folie d’un aliéné, qui répétait et réitérait la Mort, encore et encore.
Rui : “Nous ne voulons pas mourir ! Nous ne voulons pas mourir ! Nous détestons ça, détestons ça détestons ça détestons ça, détestons ça détestons ça détestons ça détestons ça détestons ça détestons ça ! Nous détestons ça ! Nous détestons çaaaaa ~tsu !!”
Balançant sa tête, s’effondrant sur le sol nu, Rui criait frénétiquement tout en reculant.
En s’assimilant avec cette existence, Rui avait personnellement expérimenté la Mort. Elle y avait goûté. En étant recueillie par l’âme qui avait pratiqué la Mort Réversible de son plein gré, elle avait expérimenté la Mort Réversible de manière directe, ce pouvoir qui remontait même le cours du temps.
Les souvenirs de la Mort qui avaient été incomplets en tant que simples Souvenirs de Natsuki Subaru.
Après tout, les souvenirs n’étaient que des souvenirs. L’impact sensationnel de ne plus jamais revenir en abandonnant ne serait-ce qu’une fois cet instant, cette conjoncture, ce moment, ne pourrait jamais être obtenu.
C’était pour cela qu’elle l’avait désiré. Elle avait désiré la saveur de la Mort.
Même si la Mort avait été quelque chose de moins frappant que ce à quoi Rui s’était attendu, en utilisant l’Autorité qui portait le nom de Mort Réversible, elle aurait pu obtenir un changement suffisant avec le droit de mener une vie dans laquelle recommencer était une possibilité.
C’était ce qu’elle avait cru――jusqu’à ce qu’elle goûte elle-même à la Mort.
Rui : “Quelque chose comme ça… quelque chose comme ça, ne pourra jamais être supporté ! Cette détresse ! Ce sentiment de perte ! C’est impossible à supporter ! Impossible ! Impossible impossible ! Absolument impossible ! Nous détestons çaaaa !”
Pas une seule fois, elle n’avait possédé un moyen de mourir confortablement.
Pas une seule fois, elle n’avait ressenti la Mort comme étant succulente.
Pas une seule fois, elle n’avait souhaité mourir de son plein gré.
Natsuki Subaru avait goûté à cela plus de vingt fois, en le répétant.
Rui : “Quelqu’un qui peut résister à ça n’est pas humain ! Un monstre ! Un mooooonstre ~tsu !”
Elle ne pouvait pas. C’était impossible.
Rui s’était nourrie d’un grand nombre de vies, avait affronté toutes sortes d’âmes, et s’était cherché une vie bien à elle.
Elle avait estimé qu’elle possédait le droit, le privilège, d’agir de la sorte.
C’est pourquoi elle avait tendu les mains vers l’âme de Natsuki Subaru――ce qui avait eu pour conséquence de briser son ■ naïf. Parce que――
Rui : “――Le cœur humain ne peut pas supporter quelque chose comme sa propre mort ~tsu !!”
Nous voulons devenir heureux.
Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous voulons devenir heureux. Nous――voulions devenir heureux.
Nous voulions devenir heureux.
C’était le souhait que Rui Arneb avait envisagé depuis le début, depuis toujours.
Piétinant tous les aspects de la vie, elle possédait le droit d’exercer son pouvoir dans le but d’acquérir la plus belle des vies. Rui l’avait cru sans le moindre état d’âme, jusqu’à ce jour.
Ce, ce, ce, ce postulat s’était écroulé.
Nous voulions devenir heureux. Mais, à présent, le souhait était différent.
Rui : “Nous ne voulons pas mourir.”
Nous ne voulons pas mourir.
Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir.
Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir. Nous ne voulons pas mourir――
Subaru : “C’est pour ça que je te l’avais dit, quand tu essayais de me manger.”
Rui étreignait sa tête avec ses bras, se recroquevillait, secouait la tête de peur, essayait désespérément de se protéger.
Tout près de cette Rui, immédiatement au-dessus de Rui, incapable de lever le visage, une voix descendit.
Elle ne voulait même pas écouter cela. Écouter était terrifiant. Mais ce qui pouvait lui arriver si elle n’écoutait pas était terrifiant――mourir était effrayant.
C’est pourquoi elle n’avait pas d’autre choix que d’écouter.
Et, tout en observant Rui qui se recroquevillait de peur, la voix continua.
Je t’avais prévenu, en disant cela comme préface――
Subaru : “Que tu le regretterais définitivement.”

