55 — Toi qui attends la fonte des neiges

――Noire, trouble, lointaine, dense, profonde, pesante, amère, telle était l’obscurité qui régnait.
??? : “――――”
Grossièrement, comme si toutes les choses négatives en ce monde étaient mélangées en une mixture hétérogène, il sentit cette obscurité épaisse et étouffante s’enrouler autour de son corps tout entier.
Son visage, son corps, ses membres, sa prétendue peau étaient tous corrompus par ces ténèbres, semblables à de la boue qui s’imprégnait dans son sang, et cela s’accompagnait d’un sentiment d’inconfort, comme si elles faisaient appel à sa soif.
Imaginable ou non, il avait l’impression que toutes les parties restantes de son corps étaient couvertes de croûtes.
Sa peau se tendit, et sa sensation, qui n’était même pas celle d’une peau humaine au toucher, s’inversa, car les doigts qui touchaient les croûtes étaient eux-mêmes couverts de croûtes, et il perdit la compréhension de la forme de sa véritable “personne”.
――Non, ce qu’il ne pouvait vraiment pas comprendre, ce n’était pas seulement son apparence extérieure.
??? : “――――”
Quelque chose de plus interne, comme son essence.
Autrement dit, ce qui devrait être désigné comme son Âme.
Au terme de la répétition de cette errance sans espoir, sa propre Âme avait perdu sa forme et il eut l’impression que des doigts sortaient de ces fragments.
Sa réaction à l’apparition de ces doigts, couverts de croûtes comme mentionné précédemment, étant devenue futile, on pourrait peut-être dire qu’il s’agissait simplement de malaise et de quelque chose de plus grand : de la répugnance. Comme si ces choses pouvaient être saisies par quelqu’un.
??? : “――――”
Le “moi” qu’il cherchait était-il vraiment présent au-devant de lui ?
Avant qu’il ne soit attiré, au moment où il était arrivé ici, une toute nouvelle “personne” n’avait pas pris forme. Bien qu’il s’agisse d’un imaginaire étrange, ce n’était pas quelque chose de complètement invraisemblable. La vérité voulait que les événements qui se produisaient dans son corps lui donnaient une soudaine impression de brusquerie et provoquaient un sentiment d’impraticabilité.
Il s’en saisit, accepta l’épreuve qui se présentait à lui, chercha le spectacle qui l’attendait pour le surmonter――pour cela, combien de temps y avait-il consacré ?
??? : “――――”
C’est pourquoi il ressentait un lourd sentiment de malaise.
Devait-il vraiment aller de l’avant ? Le lieu où il serait reçu, accepté, désiré, était-il vraiment là ?
La confiance, le pardon, la foi, le désir, sa “personne” qui s’était engagée dans tout cela, étaient-ils vraiment présents là ?
??? : “――Je t’aime.”
――Ce malaise incomparable fut dissipé par la voix qui donnait l’impression d’ouvrir la voie et de disparaître.
??? : “――――”
――Blanche, brillante, grande, précieuse, magnifique, douce, légère, voilà ce à quoi il faisait face.
Et cette âme était, Natsuki Subaru était――
À ce moment-là, Natsuki Subaru ressuscita et réveilla sa conscience du plus profond des sommeils.
Subaru : “――Ah.”
Un faible soupir sortit d’abord de sa bouche.
C’était sa propre voix, bien que rauque et manquant de vie. Mais avec ceci, il comprit que son esprit n’avait pas été altéré à un point où il ne serait plus capable de parler.
Cela lui permit de faire un seul pas en avant. Pour le reste, il devait confirmer qu’il n’avait pas été réinitialisé en une personne ayant un sens des valeurs totalement différent――
??? : “――Es-tu réveillé, Subaru ?”
Subaru : “――――”
Le carillon d’une cloche d’argent avait observé l’oreille et le front de Subaru depuis le flanc, tout près de lui.
Un carillon rafraîchissant, gentil, paisible et aimable.
La voix qu’il avait entendue il y a quelques instants alors qu’il était dans un état terrible.
Son cœur bondit en l’entendant maintenant. Avec sa poitrine qui lui faisait mal, Subaru se tourna lentement sur le côté.
Subaru : “――――”
――Ce qui l’attendait était une lueur améthyste, avec des yeux teintés d’inquiétude.
Subaru : “…Émi…lia ?”
Émilia : “Ouais, c’est ça. Subaru, est-ce que ça va ? Peux-tu te lever ? Es-tu capable de parler correctement ?”
Subaru : “Hum…”
En entendant son nom, la détentrice des yeux améthystes――Émilia, s’humidifia les lèvres et pencha la tête. De beaux et longs cheveux argentés descendaient le long de ses épaules blanches. On aurait dit que la lueur de la lune nageait gracieusement au milieu de la lumière, sa beauté héroïque brûlait le cœur de Subaru.
――En toute franchise, ici se tenait une fille trop belle pour penser qu’elle était de ce monde.
Subaru : “Wah…”
Au moment où il en prit conscience, le flux sanguin de Subaru se renouvela avec une grande vigueur.
Son visage se réchauffa, son visage devint plus rouge, tandis qu’il jetait des regards dans toutes les directions, rendu incapable d’élever la voix. Rougissant si intensément que ses oreilles commençaient à lui faire mal, il laissa échapper une voix exprimant “Ahaha, ahaha…”.
Émilia : “Ahaha… ?”
Surprise par ses pitreries, Émilia fronça ses sourcils finement dessinés. Le moindre de ses gestes semblait être une œuvre d’art peinte avec une minutie extrême par l’artiste.
En assistant à cela à une distance où ils pouvaient sentir les respirations l’un de l’autre, Subaru souffrit d’une augmentation rapide de son rythme cardiaque.
Subaru : “――――”
Qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que c’était au juste ?
Est-ce bien réel ? N’est-ce pas un mirage ou une illusion ? En parlant de mirage au milieu d’un désert, il s’agirait d’une oasis――en d’autres termes, ce que tu vois actuellement est ce que tu désires le plus.
Conformément à cette règle, il s’agit incontestablement d’un mirage. Quelle illusion extravagante――
Émilia : “E-est-ce que ça va, Subaru ? Quelque chose ne va pas finalement. Tu t’es effondré, après tout.”
Subaru : “Bah !”
Émilia : “Tu vois, tu viens de dire “bah” !”
Subaru fut pris dans un tourbillon de confusion, alors que la paume inversée sur son front tremblait.
Émilia cligna des yeux pour confirmer les blessures possibles de Subaru, qui se vit refuser sa Théorie Illusoire d’Émilia, goûtant le sérieux de l’érudit qui avait réfuté la théorie de Ptolémée.
Cependant, il avait bel et bien ressenti la sensation de contact. La réalité affirmait son existence.
Et non seulement elle affirmait qu’Émilia existait vraiment, mais aussi que sa personne était Natsuki Subaru. Et surtout――
??? : “――Qu’est-ce que c’est que cette conversation tout en ignorant Betty, arrêtez, je suppose. Bon sang, il n’y a pas qu’Émilia qui s’inquiète, en fait.”
Subaru : “――Hk.”
En face d’Émilia, une jeune voix, apparemment mécontente, résonna et il se retourna.
Le champ de vision plongea vers la silhouette tournée, qui était celle d’une jeune fille aux joues gonflées.
Subaru : “Béatrice…”
Béatrice : “C’est une voix plutôt basse, je suppose… Comme si tu ne pouvais pas concevoir que Betty soit là, ton expression en dit autant, en fait.”
Acceptant le faible appel, Béatrice détendit ses sourcils froncés. Même si ses mots étaient durs, sa voix avait une teinte d’inquiétude et de soulagement.
Le soulagement de voir Subaru se réveiller, et l’inquiétude concernant l’effondrement de Subaru. En donnant cette impression, l’attitude de Béatrice――non, son existence entière secoua le cœur de Subaru. En d’autres termes――
Béatrice : “――Nyah ?!”
Attrapant la silhouette de Béatrice, Subaru attira immédiatement son corps léger vers sa poitrine. Léger. Son corps était vraiment léger.
Incapable de résister à son action soudaine, Béatrice fut complètement engloutie dans les bras de Subaru tandis que ses yeux tournaient en rond. Au sommet du lit émeraude couvert de végétation et de lianes, Subaru confirma de toutes ses forces l’existence de la jeune fille.
Subaru : “Béatrice, Béatrice, Béatriiiiice !”
Béatrice : “Q-Q-Q-quoi, je suppose ?! Qu’est-ce qui s’est passé, en fait ?! C’est trop soudain, je suppose !”
Subaru : “Toi, toi… Tu as vraiment un visage si apaisant ! Une gentillesse qui semble accueillir quelqu’un de retour dans la maison de ses parents. Je craque pour toi.”
Béatrice : “Quoi, il vaudrait mieux que ce ne soit pas un compliment, en fait ?!”
Tout en la câlinant et en observant le visage de Béatrice, Subaru prononça cette phrase avec sincérité. Devenue plus rouge à cause de ses actions et de ses paroles, Béatrice posa sa paume sur le visage de Subaru avec force.
Alors que les petits doigts de la jeune fille touchaient sa joue et son oreille, tout en goûtant une douleur mignonne, Subaru sentit vraiment l’existence de la jeune fille nommée Béatrice avec certitude.
Émilia : “Bon sang ! Subaru, ne commence pas à faire des bêtises immédiatement après ton réveil ! Nous ne savons même pas pourquoi tu t’es effondré…”
Se sentant un peu exclue, Émilia s’adressa vivement à Subaru, qui était occupé à serrer Béatrice dans ses bras.
Préoccupée par le corps de Subaru, Émilia tenta d’attraper son épaule, mais s’arrêta.
Émilia : “――Subaru ?”
Émilia, teintée de plus d’inquiétude que de rage. Les émotions mélangées dans sa voix se transformèrent en une seule nuance d’inquiétude. Ses yeux, peints de surprise, observaient Subaru qu’elle avait essayé d’attraper.
L’épaule de Subaru, qui tremblait légèrement et pleurait.
Subaru : “…Uhm, kuh.”
Béatrice : “Subaru ? Subaru, que s’est-il passé, je suppose ? Betty est juste là, en fait. Tout va bien, tout va bien, je suppose. Tu n’as pas besoin de pleurer, en fait.”
Remarquant l’état de Subaru, qui laissait échapper un faible gémissement de sa gorge et pleurait, Béatrice effaça entièrement la couleur du chaos de son visage et caressa la joue de Subaru, tachée de larmes.
Ses mains légèrement tremblantes cherchaient à relâcher le corps jeune et menu de Béatrice. Celle-ci comprit que l’anxiété et la peur en étaient la cause.
Désormais, Béatrice faisait doucement appel à son cœur.
Il n’avait pas à pleurer. Il allait bien. Elle était là.
Émilia : “Ne pleure pas, Subaru. Tu n’as pas besoin de te précipiter. Lentement, respire profondément, calme-toi. Béatrice et moi sommes là, avec toi.”
Tout comme Béatrice, Émilia consola Subaru sur le dessus du lit.
Sa main, qui s’était arrêtée plus tôt par hésitation, touchait maintenant l’épaule de Subaru, la voix d’Émilia, comme le carillon d’une cloche d’argent, respectait les actions et les déterminations de Subaru.
Subaru : “――――”
Les deux existences et les façons de faire n’avaient pas changé.
Les deux sublimes n’avaient pas changé, même au sein d’un monde où tout avait été ruiné, où tout avait été perdu irrémédiablement, elles avaient toujours donné la priorité aux autres, à Subaru plutôt qu’à elles-mêmes, alors même qu’elles se tenaient aux portes de la mort.
Après l’avoir confirmé, après l’avoir reconnu, cette fois pour sûr, il s’efforcerait de franchir le cap.
Natsuki Subaru, afin de tout regagner en tant que “Natsuki Subaru”――
Subaru : “Je suis… revenu.”
Une voix éplorée accompagnée d’une attitude échevelée, bien que dans d’autres situations il n’aurait pas pu être plus pathétique, plus disgracieux.
――Natsuki Subaru entama une nouvelle boucle afin de tout secourir.
Subaru : “Et donc, il semblerait que j’ai perdu mes souvenirs dans la Bibliothèque de Taygète. Je comprends que ça puisse ne pas plaire à tout le monde à bien des égards et que ce soit donc un problème, mais s’il vous plaît, comprenez-le.”
??? : “――――”
Devant la table du petit-déjeuner, Subaru baissa courtoisement la tête devant tous ses camarades qui étaient assis en cercle.
Les paroles explosives de Subaru déclenchèrent toutes sortes de réactions parmi chacun d’entre eux. Cependant, les plus importantes d’entre elles, la confusion, le chaos ou le chagrin, semblaient avoir été reportées à plus tard.
Émilia : “Tout le monde est vraiiiiment inquiet pour Subaru. Cependant Subaru est extrêmement inquiet pour nous, alors…”
Ram : “…Émilia-sama a beau le dire, mais…”
Aux côtés de Subaru, Émilia poursuivit en affichant une expression soucieuse mais compréhensive.
Cependant, les paroles d’Émilia furent perçues avec scepticisme par Ram. Elle croisa les bras et fixa Subaru de ses yeux pourpres,
Ram : “Ram ne constate pas que Barusu est extrêmement inquiet. Au contraire, Barusu, qu’est-ce que c’est que cette farce ?”
Subaru : “Ce n’est pas une farce. Je parle à cœur ouvert à propos de mon inquiétude et de la vérité, trèèèès honnêtement. Ma poitrine est sur le point d’exploser à l’idée d’être borné et de ne pas en parler, compte tenu de la tragédie que ça entraîne.”
Ram : “――――”
Le regard de Ram devint de plus en plus suspicieux suite à la réponse de Subaru, qui avait répliqué avec une expression sinistre.
Émilia se dépêcha de répondre à l’échange sévère entre les deux, ayant appris la situation quelques instants auparavant dans la Salle Verte. En entendant parler de son “amnésie”, Émilia et Béatrice avaient été étonnées mais avaient accepté en se souciant de la sécurité de Subaru――la séquence suivait les traces de ce qui s’était passé précédemment cette fois-ci aussi, et il lui avait demandé de le soutenir pendant qu’il se confiait.
――En se retirant de ce précédent environnement horrible, Natsuki Subaru avait pénétré à présent dans un environnement entièrement nouveau.
Pour le dire avec élégance, il avait pris la résolution de vivre à nouveau dans un monde différent à partir de zéro, mais bien sûr, les circonstances actuelles n’étaient pas aussi merveilleuses.
C’était une bonne chose qu’il soit résolu, mais au moment où il avait souhaité la “Mort”, il avait été possible que ce soit la fin pour lui.
Sans que cela ne lui soit arrivé, et maintenant qu’il avait la chance de recommencer grâce à la Mort Réversible, en toute honnêteté, le soulagement et la gratitude qu’il ressentait désormais étaient insupportables――cependant, il n’avait pas l’intention de se reposer sur cela.
Le pouvoir de la Mort Réversible qui résidait dans le corps de Subaru était assez immense pour pouvoir déformer le destin lui-même.
Bien que la “Mort” soit le déclencheur de ce pouvoir, c’était rude pour Subaru, l’utilisateur, mais si cela devait être considéré comme une compensation pour avoir déformé le destin, alors ce ne serait rien de moins qu’une compensation appropriée.
Une forme de compensation――oui, Subaru considérait la “Mort” comme rien d’autre qu’une forme de compensation.
Il était naturel qu’un pouvoir aussi grand ait besoin d’être compensé d’une manière ou d’une autre. Bien sûr, Subaru supposait que c’était aussi le cas pour sa Mort Réversible.
Une limite sur le nombre, ou peut-être un besoin de sacrifier quelque chose lors de la récupération.
Subaru ne croyait pas que la déesse du destin lui ferait plaisir au point de lui accorder un nombre infini d’épreuves. La seule expérience qu’il avait avec le fait d’être aimé par quelqu’un était celle d’être aimé par ses parents, c’était le seul cas où il pouvait l’affirmer avec confiance.
Mais dans ce cas, faire des essais et des erreurs pour acquérir la connaissance des limites de la Mort Réversible――accumuler des “Morts” de son propre chef ne serait pas ce qu’il choisirait en principe. Il ne serait pas étrange que ce soit sa dernière chance.
Et si cela suivait la logique de sacrifier quelque chose, ce qui était courant, c’était de renoncer à une existence précieuse ou à des souvenirs chers.
Malheureusement, pour l’amnésique Subaru, les seules existences précieuses qu’il avait, à l’exception de sa famille dans le monde où il se trouvait auparavant, étaient uniquement Émilia et les autres se trouvant également avec lui dans la Tour.
Et en y réfléchissant jusque là――
Subaru : “Hors de question, la disparition de mes souvenirs n’a pas intérêt à être une compensation pour la Mort Réversible.”
Bien que cette perspective soit effrayante, elle était tout à fait possible. Sacrifier ses souvenirs pour compenser la Mort Réversible. C’était une idée plutôt vicieuse, mais la Mort Réversible elle-même n’était pas une bonne chose à entreprendre en premier lieu.
Le plus effrayant, c’était qu’il n’y avait aucun moyen de confirmer si c’était le cas ou non.
En vérité, la relation entre l’amnésie de Subaru et la Mort Réversible était complètement inconnue. Pour l’instant, après avoir réalisé son “amnésie”, Subaru, qui était déjà mort quatre fois, n’avait pas confirmé sa perte de mémoire dans la sphère de ce qu’il pouvait saisir.
Ses souvenirs après son réveil dans la Tour alors qu’il revenait de la supérette étaient vifs.
――Avec un peu de chance, il n’y avait pas d’innombrables boucles oubliées de tous.
Ram : “――Hey, tu m’écoutes, Barusu.”
La voix de Ram, tranchante comme une lame, ramena Subaru à la réalité, alors qu’il s’était complètement perdu dans ses pensées. Sous son regard, Subaru sortit une voix de sa gorge disant “Quo…”,
Subaru : “Ouais, j’écoute. Je sais que je t’ai surpris. C’est beaucoup trop soudain, et je comprends que tu puisses ne pas le croire, mais…”
Ram : “Mais ?”
Subaru : “Je…”
Béatrice : “Subaru n’a aucune raison de raconter un tel mensonge, en fait. Ram doit également détenir un minimum de confiance dans les plans de Subaru, je suppose.”
Béatrice répondit à Ram à la place de Subaru, pendant qu’il était occupé à choisir ses mots. Ayant entendu la situation dans la Salle Verte, elle était entièrement du côté de Subaru puisqu’elle était maintenant assise à ses côtés.
Ram : “Béatrice-sama…”
Béatrice : “Ce qu’a dit Émilia n’est pas tout à fait faux non plus, en fait. Comme il a perdu la mémoire, c’est Subaru qui est le plus inquiet, je suppose. C’est même pour ça qu’il pleurait comme un enfant, en fait.”
Subaru : “Parler de cet épisode le rend encore plus embarrassant.”
Subaru esquissa un sourire à cette révélation inattendue, et détermina la raison de ses larmes comme étant “ceci”.
C’était en réalité dû au fait qu’il était revenu d’entre les morts, qu’il avait été capable de les retrouver, qu’on lui avait accordé une chance de recommencer. Ces larmes étaient dues à de nombreux facteurs, mais les larmes étaient en fin de compte des larmes.
Il était inutile de chercher à savoir ce qui se cachait derrière les larmes d’un homme.
Quoi qu’il en soit, sa gratitude envers Béatrice, qui s’était rangée de son côté, était insondable.
Tout comme Émilia, Béatrice avait d’abord été troublée en l’entendant dans la Salle Verte, mais non seulement elle avait pris plus de temps qu’Émilia pour digérer ce qu’il avait dit, mais elle avait promis de le soutenir avec une sagesse et une sensibilité qui ne seyaient pas à son apparence.
――En se rappelant le soulagement passager qu’il lui avait témoigné, et les mots “me conduire à l’extérieur” que Béatrice avait prononcés à la toute fin la dernière fois, Subaru ressentit une agonie semblable à celle d’un cœur étranglé par des chaînes.
Qu’avait donc entrepris “Natsuki Subaru” pour Béatrice, au juste ?
Il se sentait coupable de s’appuyer sur sa foi alors qu’il n’en était pas conscient. Mais il devait l’accepter comme une évidence et par conséquent, il se réprimanda lui-même.
Subaru : “Pour être honnête, il serait un peu déraisonnable de rejeter la théorie selon laquelle je n’ai aucune raison de mentir aussi directement sur la perte de mes souvenirs, mais je veux juste que tu digères ceci.”
Ram : “Digérer ceci, tu dis…”
Subaru : “En plus de ça, parlons de quelque chose de constructif. Heureusement, ma personne actuelle est tournée vers l’avant. J’accueillerais très favorablement une discussion sur le fait d’avancer… mais si vous avez quelque chose à dire, alors je l’écouterai.”
Sous le couvert des commentaires de Béatrice, Subaru s’exécuta et inclina à nouveau la tête. Afin de suivre Subaru, Émilia inclina également la tête en disant “S’il vous plaît, faites-lui confiance”.
Ram : “――――”
Témoin de l’attitude docile d’Émilia, Béatrice et Subaru, même Ram fut incapable de prononcer des mots de réfutation. Cependant, même s’ils réagissaient avec colère, ce ne serait que naturel et raisonnable.
Bien sûr, Ram n’avait pas été la seule à être affectée par “l’amnésie” avouée de Subaru. Elle avait seulement manifesté la réaction la plus frappante, les réactions des autres――Echidna, Julius et Shaula, correspondaient aussi à ce que Subaru avait déjà expérimenté deux fois.
Subaru : “――――”
En toute honnêteté, ses retrouvailles avec Émilia et Béatrice à elles seules avaient été particulières, mais au moment où il avait vu et retrouvé toutes les personnes présentes en totalité dans ce lieu, le cœur de Subaru avait reçu une féroce secousse.
Julius, qu’il avait laissé à l’étage inférieur en compagnie de Reid. Echidna, qui avait perdu ses deux jambes en s’excusant d’avoir douté de Subaru. Shaula, qui n’avait pas montré sa silhouette au milieu de toute cette pagaille et de ce chaos. Et enfin, Ram, qui avait dirigé la plus puissante des suspicions en direction de Subaru, et ne l’avait pas revu ensuite.
Tout le monde, tout le monde était là. Il avait eu l’occasion d’échanger des mots avec tout le monde une fois de plus.
Et par-dessus tout, la personne dont Subaru avait été le plus conscient en ce lieu――
Meili : “――Néanmoiiiins~, onii-san est réellement une personne à problèèèmes~.”
Subaru : “――Hk.”
Meili : “Pourquoiiiii~ cette réaction ? Faire une tête comme si tu avais croisé une personne morte, n’est-ce pas teeerriblement~ impoli ?”
Ainsi récita la jeune fille, peu surprise par les propos de Subaru.
Avec ses cheveux bleu foncé noués en tresse, la jeune tueuse vêtue d’une élégante tenue noire――Meili.
Meili Portroute, était bien là, en train de bouger et de parler.
Subaru : “Meili…”
Meili : “――Oh ? Tu te souviens de mon nom, n’est-ce pas~… En fait, je ne sais pas ce qu’il y a de différent à propos d’onii-san par rapport à des circonstances normales, alors qu’est-ce que tu as oubliééé~ ?”
Subaru : “――Ouais, c’est un peu compliqué. Pour l’instant, j’ai l’impression de n’avoir aucune difficulté à converser, mais dès que l’on creuse un peu, c’est le bordel. En d’autres termes, c’est ce qu’on appelle une perte de mémoire épisodique, je me souviens très bien des noms des choses, mais les souvenirs relatifs aux personnes sont très incertains.”
Meili : “…Fais-tu référence, par exemple, à ce qui s’est passé hieeeer~ ?”
Subaru : “――En effet.”
Meili plissa les yeux, et sa voix devint légèrement plus grave. Subaru n’hésita qu’une seconde face à sa question, mais répondit sans céder à la pression.
Il aurait peut-être pu s’en sortir avec une excuse grossière, mais il ne procéda pas ainsi. Il avait décidé de ne pas le faire――Subaru resterait honnête avec eux aussi longtemps que possible.
Julius : “――Tu as oublié ce qui s’est passé hier, hein. C’est, c’est, eh bien…”
Subaru : “――――”
En entendant la réponse de Subaru, comme s’il avait reçu un choc plus grand que ses simples affirmations sur “l’amnésie”, Julius chuchota cela, accompagné seulement d’Echidna, un peu suspicieuse. Cependant, mettant de côté leurs réactions,
Shaula : “Maître, as-tu encore perdu la mémoire ? Combien de fois vas-tu m’oublier jusqu’à ce que tu sois satisfait. Je suis Maicching~.”
(Note de traduction : Référence à un manga des années 80 intitulé “La honte de Mademoiselle Machiko”, également connu sous le nom de “Maicching Machiko-sensei”.)
Rentrant ses seins voluptueux, Shaula prononça ces paroles en prenant une expression acerbe.
Les commentaires idiots de Shaula suivaient le même style que la dernière fois, mais après avoir été aussi loin, ses commentaires produisaient une ambiance inexcusablement étrange.
Subaru : “Plonger dans tes bêtises me semble aussi bizarre, mais est-ce que ton Maître a vraiment continué à perdre des souvenirs comme ça ?”
Shaula : “――? Ouais, il a continué à les perdre assez souvent. Quand il s’est réveillé un matin et que je l’ai salué, il m’a dit : “Qui êtes-vous, déjà ? Je ne me souviens pas de vous. Je ne vous connais pas”, et il m’a traitée comme une femme, à l’ancienne.”
Subaru : “Hmm, à ce niveau, il est difficile de déterminer si c’était juste une mauvaise blague ou autre chose…”
Bien que ce ne soit qu’une supposition, si Subaru se rapprochait de Shaula maintenant et dans la vie quotidienne au-delà, ce genre d’échange frivole semblait vraiment possible.
Cependant, Subaru était conscient qu’il existait une version de lui qui avait perdu ses souvenirs et l’avait caché à Émilia et aux autres, et avait choisi de ne pas parler du fait qu’il avait perdu ses souvenirs. Faire croire qu’il avait perdu ses souvenirs en prétendant qu’il s’agissait d’une mauvaise blague serait également une manœuvre envisageable.
Mais de son propre point de vue, ce serait mortellement difficile. Et comme il était effectivement mort quatre fois, il ne s’agirait pas non plus d’une plaisanterie.
“Anastasia” : “L’amnésie susmentionnée est comprise. Je ne dirais pas qu’il faudra du temps pour l’accepter pleinement… mais s’il y a des choses comme des pièges qui peuvent éventuellement déclencher ce phénomène, alors il semble qu’il vaudrait mieux agir en gardant ça à l’esprit.”
Subaru : “L’endroit qui présente le plus de possibilités en tant que scène de crime est la Bibliothèque de Taygète, où Émilia-chan m’a trouvé effondré. C’est aussi l’endroit le plus chargé d’histoire.”
Émilia : “Chan…”
Subaru : “――?”
Echidna commença la discussion avec une expression sérieuse, et Subaru acquiesça. Cependant, au milieu de tout cela, le marmonnement solitaire d’Émilia laissa une certaine empreinte.
Auparavant, elle avait réagi à cette expression en plein milieu de conversations avec Subaru à plusieurs reprises. En fin de compte, la raison n’était pas encore claire.
Il était peut-être en train de négliger quelque chose de fatal――c’était effrayant.
Subaru : “――Quoi qu’il en soit, je suis désolé de vous avoir surpris. Je pense qu’il est inutile de vous dire de l’accepter soudainement et de continuer au même rythme. Faisons une pause pour l’instant. Pendant ce temps, j’irai puiser de l’eau avec Ram ou quelque chose comme ça.”
Plaçant cette suggestion en avant, Subaru se leva. Ram haussa les sourcils face à ce qu’il avait dit, tandis qu’Émilia et Béatrice observaient Subaru avec anxiété.
Cependant, en acquiesçant devant le regard des deux, Subaru tourna ses yeux noirs vers Ram,
Subaru : “Allons-y, Ram――tu faisais une grimace qui semblait me demander d’aller chercher de l’eau avec toi.”
Ram : “――Dégoûtant.”
Détournant son regard, Ram chuchota cela en réponse à l’invitation de Subaru.
Ram : “Alors, quel était le sens de cette farce plus tôt ? Maintenant que tu as embarqué Ram de cette façon, tu as l’intention d’en parler à présent, pas vrai ?”
Avec un seau à la main, Ram et Subaru se dirigèrent vers le point d’eau, à l’écart du lieu de rassemblement. Et une fois qu’elle avait jugé qu’ils avaient pris suffisamment de distance avec Émilia et les autres, Ram lança sa question.
Le fait qu’elle n’accepte pas les affirmations de Subaru concernant “l’amnésie” était quelque chose qui s’était produit à chaque boucle. Elle n’était pas simplement têtue ou sceptique face aux preuves, mais elle avait une autre raison importante derrière cela.
――L’existence de Rem. La jeune sœur bien-aimée de Ram, qui demeurait endormie.
Par souci pour elle, Ram ne pouvait pas accepter “l’amnésie” de Subaru.
C’est pourquoi elle s’obstinait à nier son “amnésie”. Il ne connaissait pas les détails. Mais il était certain que Subaru avait une sorte de connexion avec Rem lorsqu’elle était éveillée.
Et cela avait été un immense soutien pour Ram, pour son existence en tant que sœur aînée. Pour cette raison――
Ram : “Cesse de confier des rôles trop importants à Émilia-sama ou Béatrice-sama. Béatrice-sama mise à part, ce serait une charge bien trop lourde pour Émilia-sama. C’est pourquoi il serait appréciable que tu impliques Ram maintenant. Les détails sont…”
Subaru : “――Ram, j’ai bel et bien perdu la mémoire. Ce n’est ni un mensonge ni un stratagème.”
Ram avait essayé de jouer la carte de la confiance, s’accrochant à ce fil ténu, mais Subaru devait la contredire.
Ram : “――――”
Les mots de Ram furent interrompus par la remarque directe de Subaru, et elle plissa les yeux. La confusion, la peur et la rage lévitaient dans ses yeux cramoisis.
Une rage qui pouvait brûler l’âme de Subaru. Et la raison de son existence, c’était ses soupçons à l’égard de Natsuki Subaru.
Subaru : “J’ai perdu la mémoire. Je connais les noms et les relations de tous les occupants de la Tour, mais je ne me souviens de rien d’autre. C’est également vrai.”
Ram : “Arrête, s’il te plaît.”
Subaru : “J’ai effectivement discuté avec Émilia et Béatrice tout à l’heure, mais je leur ai transmis la même chose. Je n’ai rien d’autre à leur dire. Actuellement, mes mains sont entièrement vides.”
Ram : “Arrête, Barusu. Si tu dis quelque chose de plus que ça…”
Subaru : “Je sais que nous sommes venus dans cette Tour pour récupérer beaucoup de choses qui nous ont été volées. Et que nous sommes au milieu d’un examen. C’est tout. Mon intention est…”
Ram : “Barusu, si tu dis quelque chose de plus que ça…”
Subaru : “――À propos de Rem aussi, j’ai oublié.”
Ram : “Barusu――!!”
Subaru transmit à Ram, de façon déchirante, ce qu’il avait oublié.
Indiquant qu’elle le niait, qu’elle ne voulait pas écouter les paroles de Subaru avec son attitude, et en entendant les excuses de Subaru, Ram l’attrapa pour manifester sa rage.
Subaru : “Guh !”
Avec son col saisi, son dos fut projeté contre le mur. Avec une force physique incroyable émanant de sa carrure, Ram coinça Subaru et le fixa de très près.
Il comprit que le feu dans ses yeux pourpres essayait de consumer Subaru et Ram elle-même.
À l’instant où ce feu brûlerait Subaru――non, brûlerait Ram, la tragédie se répéterait.
Ram : “Quelle est ton intention ? En disant un tel… un tel mensonge stupide !”
Subaru : “Ce n’est pas… un mensonge… Pour moi, te mentir est…”
Ram : “Donc tu dis que tu n’as pas menti ? Alors qu’est-ce qu’il faut faire selon toi ? Que Ram te fasse confiance ? Barusu qui a oublié Rem… quelque chose de si ridicule !”
Subaru : “Ram…”
Aiguisant encore plus son regard, Ram fixa Subaru à une distance telle que leurs lèvres auraient pu se toucher. Finalement, Subaru remarqua que ce feu n’était pas tant fait de rage que de larmes.
Son conflit était bien plus profond que ce que Subaru pouvait imaginer.
Subaru parvint enfin à le saisir, après l’avoir constaté quatre fois. À quel point fallait-il être consciencieux pour vouloir éventuellement comprendre les émotions, les blessures que d’autres abritaient dans leur poitrine ?
Subaru avait fini par s’en rendre compte après avoir répété quatre fois la même vilénie, alors qu’Émilia et les autres l’avaient compris d’un seul coup, ce qui lui paraissait éblouissant.
Ne pouvant se contenter d’être brûlé par cet éblouissement, Subaru――
Subaru : “――Je récupérerai Rem, c’est certain.”
Ram : “――Hk !”
Fixant les yeux cramoisis, Subaru injecta de la force dans sa gorge et l’exprima clairement.
En entendant cela, les yeux de Ram s’écarquillèrent une fois de plus de surprise, mais la rage le dissimula rapidement.
Ram : “Comment peux-tu parler… de la récupérer ou de quoi que ce soit d’autre, Barusu, si tu as oublié Rem !”
Subaru : “Et pourtant, je la récupérerai. Rem, mes souvenirs, l’objectif derrière le fait d’être venu dans cette Tour, j’accomplirai et regagnerai tout sans perdre une seule chose, et nous repartirons tous ensemble――c’est une évidence que je garantis au minimum.”
Ram : “――Barusu ?”
Subaru : “C’est une évidence… quand on pense à tout ce qui s’est passé dans cette Tour.”
Il avait du mal à respirer. Pourtant, Subaru déforma ses joues pour une raison différente. Ram haussa les sourcils devant la réaction de Subaru, et relâcha légèrement les mains qui agrippaient son col.
À ce moment-là, Subaru saisit ses mains avec les siennes et les sépara. Au même rythme, leurs corps échangèrent leurs positions.
Ram : “――Dégoûtant. Lâche-moi, s’il te plaît.”
Après avoir été coincée contre le mur suite à l’échange de leurs positions, Ram déclara cela devant Subaru tandis qu’elle échangeait des regards avec lui.
Cependant, bien qu’impuissant, Subaru n’hésita pas à exprimer les mots qu’il avait l’intention de dire.
Subaru : “Ram. Je vais définitivement récupérer à la fois mes souvenirs, et Rem. Pour cela, s’il te plaît, prête-moi ta force.”
Ram : “――――”
Subaru : “J’ai besoin de la force de chacun. Le “Natsuki Subaru” qui était là jusqu’à hier, que vous connaissiez tous, n’aurait peut-être pas dit quelque chose d’aussi pathétique. Mais, pour ma personne actuelle…”
Julius avait compté sur lui, Béatrice l’avait cru, Echidna l’avait pardonné, Émilia l’avait désiré.
Et peut-être que “Natsuki Subaru”, en qui tout le monde plaçait ses attentes, aurait pu changer cette situation bloquée à lui tout seul.
Cependant, le Natsuki Subaru actuel n’en était pas capable. Et les personnes dans cette Tour étaient bien trop attentionnées pour qu’il fasse une crise et abandonne en disant qu’il ne pouvait rien faire.
Subaru : “Je sais que tu ne me croiras pas ou que tu ne me pardonneras pas d’avoir oublié Rem. Mais, s’il te plaît, garde ta rage pour plus tard. En échange de ça, je te le promets.”
Ram : “Promets… ?”
Subaru : “J’irai jusqu’au bout, quoi qu’il arrive. Je boufferais tout, peu importe le nombre d’essais que ça prendra. Si je romps cette promesse, si j’abandonne devant toi, alors n’hésite pas à me faire ce que tu veux, me brûler, me roussir, n’importe quoi.”
Ram : “――――”
Les yeux de Ram s’écarquillèrent, et la flamme de la rage qu’ils contenaient s’affaiblit. Ce qui apparaissait à la place de la rage maintenant, c’était une émotion qu’elle avait gardée cachée jusqu’à cet instant.
Alors qu’il était témoin de cela, Subaru recula la tête et continua son approche directe avec elle――il continua ses mots à la même distance que lorsque leurs regards s’étaient entremêlés, lorsqu’il avait été emprisonné dans la cage de glace.
Subaru : “C’est ma résolution.”
Ram : “…Pourquoi irais-tu aussi loin ? Si Barusu a vraiment oublié, alors tu ne devrais pas songer à récupérer Rem à ce point.”
Subaru : “――――”
Ram : “Une fois que tu as oublié, tout est réduit à néant. Ça devient un vide béant, et les sentiments pour ce qui était là auparavant disparaissent tous. Tout disparaît. L’amour, la haine, la chaleur, la solitude, tout.”
Le ton calme de Ram était supplanté par son attitude froide.
Ces mots terriblement expérimentés évoquaient peut-être le vide qu’elle avait elle-même connu. C’est pourquoi elle avait du mal à croire en la détermination de Subaru.
Elle croyait qu’il était impossible de posséder un désir aussi fort lorsqu’on était entouré de ce vide.
Subaru : “En vérité, tu as raison. Mes souvenirs sont vides, et les sentiments que ma personne, qui était là jusqu’à hier, ressentait pour Rem m’ont tous échappé, mais…”
Ram : “Alors, pourquoi ?”
Subaru : “Mais je sais que tu chéris Rem et que tu veux désespérément la récupérer.”
Il avait vu la silhouette de Ram se débattre, souhaitant désespérément retrouver sa jeune sœur bien-aimée, Rem.
En étant témoin d’un souhait et d’un amour aussi fort de ses propres yeux, Subaru avait été bouleversé. Et la désespérée Ram était l’une des personnes que Subaru souhaitait sauver également――
Subaru : “Pour le moment, la raison pour laquelle je veux récupérer Rem, c’est pour “Natsuki Subaru”, et pour toi.”
Ram : “――――”
Subaru : “C’est pour ça que je compte sur toi lorsque j’abandonnerai. Fais ce que tu veux de ma tête, c’est mon expiation, celle du moi qui t’a fait pleurer.”
Ram : “Ram n’a jamais pleuré, ne plaisante pas.”
Subaru : “Ça fait mal ?!”
Recevant une gifle sur le côté de son visage, Subaru s’écroula à cet endroit précis.
Touchant la joue rougie de sa propre main, Subaru observa Ram comme s’il regardait quelque chose d’incroyable.
Subaru : “T-tu… J’étais, à l’instant, en train de dire quelque chose d’assez courageux…”
Ram : “Tu deviens tout énergique de ton propre chef, qu’est-ce que tu insinues en disant “quelque chose de courageux” ? Tout d’abord, la promesse de Barusu est risible en soi. C’est assez impressionnant de constater que tu as toi-même proposé ce qui est la dernière chose à laquelle on peut se fier dans ce monde.”
Subaru : “J’ai dit la même chose à Émilia-chan, mais combien de promesses le moi jusqu’à hier a-t-il brisées ?!”
Ram : “Y a-t-il eu ne serait-ce qu’une seule promesse qui a été tenue ?”
Subaru : “À ce point-là ?!”
Vilipendé par la voix qui était devenue plus froide, Subaru réévalua “Natsuki Subaru”. Toutes les autres choses, bonnes ou mauvaises mises à part, il semblait que le fait de ne pas tenir ses promesses était une chose courante.
Tout d’abord, la plus grande obligation pour tenir ses promesses était de faire des efforts dans ce sens.
Protéger ses promesses même lorsque personne ne les surveille est la raison pour laquelle les humains se mettent souvent dans une situation désavantageuse de leur propre chef. Si ce n’était pas le cas, c’était la preuve que l’on possédait un esprit déficient.
Subaru : “Je suppose que quelqu’un comme “Natsuki Subaru” n’était pas un type à moitié décent après tout…”
Ram : “Oui, c’est exact. Il semblerait que tu aies mal compris, mais le Barusu jusqu’à hier n’était pas non plus un homme capable de tout gérer tout seul. C’était plutôt un simple d’esprit et sa spécialité résidait dans le fait qu’à chaque fois qu’il essayait de gérer quelque chose tout seul, il ne faisait qu’agrandir les dégâts à la fin. Ram s’est également retrouvée impliquée dans de nombreux problèmes.”
Subaru : “Tu es sérieuse ? Pourquoi vous avez amené un gars comme lui dans la Tour…”
Ram : “Il s’est immiscé. En plus de ça, c’était un homme qui se contentait de mots et de paroles. Il était habile à sa manière et attendait avec impatience les tâches qu’on lui confiait. Il était également doué pour dorloter Émilia-sama et Béatrice-sama, n’est-ce pas ? Au-delà de ça…”
Assis en tailleur sur le sol, Subaru se sentait bien trop mal à l’aise.
On le réprimandait à son sujet, alors que ce n’était même pas de lui qu’il s’agissait. Recevoir beaucoup d’informations sur “Natsuki Subaru” de la part d’Émilia et des autres semblait agonisant d’une certaine manière. Les propos de Ram et le fait de dire du mal de “Natsuki Subaru” de cette manière semblait également compliqué.
Subaru devint sérieux, déterminé à l’écouter jusqu’à la fin cette fois-ci,
Subaru : “Quoi d’autre ? Jambes courtes, mauvaise mémoire, régime alimentaire malsain, têtu ?”
Ram : “Il avait des jambes courtes, il ne se souvenait pas bien des choses, il avait un régime alimentaire malsain, il était têtu.”
Subaru : “Je suppose que ouiii~.”
Ram : “――En parallèle de ça, il chérissait Rem.”
Subaru : “――――”
Soudainement, son ton changea, et des émotions colorées se peignirent dans la voix froide de Ram.
Si la chaleur de la voix devait avoir une couleur――ce serait un cramoisi tendre et doux.
L’affection qu’elle portait à sa jeune sœur transparaissait dans sa voix, et se rappelant de “Natsuki Subaru” qui avait l’habitude d’être aux côtés de sa jeune sœur, elle laissait entrevoir un amour tendre qui ne disparaîtrait jamais.
Tel que Subaru l’avait halluciné, ce doux cramoisi était la couleur de la gentillesse.
Ram : “Barusu――as-tu réellement oublié Rem ?”
Subaru : “…Ouais.”
Les yeux de Ram reflétaient Subaru, et elle ne les détourna jamais. Vraiment respectable.
Dans une telle situation, obligé d’entendre les mots qu’il ne voulait pas entendre, Subaru aurait probablement détourné les yeux. Pourtant, elle, Ram, n’avait pas essayé de détourner son regard une seule fois.
Ram : “Barusu――tu vas vraiment te souvenir de Rem à nouveau, pas vrai ?”
Subaru : “Ouais, je me souviendrai d’elle à nouveau. Et pas seulement de Rem, mais tout le reste aussi.”
Ram : “Ce ne sera pas le pire même si tu ne te souviens pas de tout le reste. Souviens-toi seulement de Rem.”
Subaru : “Ne sois pas absurde. Laisse-moi me souvenir de tout à nouveau…”
Ram : “Je le répète encore une fois. Souviens-toi à nouveau de Rem, même si tu dois mourir pour ça.”
Subaru : “Ouais, je le jure――même si je meurs, je me souviendrai de tout à nouveau.”
Se souvenir de tout à nouveau même s’il devait mourir, littéralement.
Ce que “Natsuki Subaru” avait vu, entendu, ressenti, établi pour parvenir jusqu’ici dans ce monde différent――Natsuki Subaru récupérerait tout cela.
Ram : “…Très bien. Tu es libre de partir cette fois.”
En entendant sa réponse, l’air intimidant qui entourait Ram disparut soudainement.
Sentant cela, Subaru demanda “Es-tu sûre ?”, tout en restant sur le sol.
Subaru : “Je sais que je l’ai demandé, mais est-ce que tu es vraiment d’accord avec ça ?”
Ram : “Tu es un homme, n’est-ce pas ? Accepte-le frontalement. La détermination de Barusu a été entendue. Et par-dessus le marché, tu as même affirmé que tout pourrait t’être infligé, te brûler, te roussir, te ratatiner, t’entailler au cas où tu abandonnerais. Si tu as du mal à l’accepter, le cœur affectueux et maternel de Ram te soupçonnera.”
Subaru : “Je ne me souviens pas d’avoir parlé de ratatinage et de taillage…”
Ram : “Tu as dit quelque chose ?”
Subaru : “Je n’ai rien dit.”
En secouant la tête, Subaru répondit poliment à Ram.
Lorsqu’il ne pourrait plus compter sur aucun dieu, il serait peut-être amusant de se résigner à ce que cette affection maternelle le juge.
Ram : “Lève-toi, Barusu. Ram ne te laissera pas abandonner ou t’agenouiller.”
Subaru : “Ne t’assois pas par terre avec eux… ici.”
En se relevant, Subaru brossa son postérieur et fit face à Ram.
Ram, le dos appuyé au mur et les bras croisés après avoir ajusté ses vêtements ébouriffés, était déjà retournée à son état normal――et Ram lança un regard à Subaru, lui suggérant que c’était son “état normal”.
Ram : “…As-tu dit la même chose à Émilia-sama et Béatrice-sama ?”
Subaru : “Ces deux-là… on dirait qu’elles n’ont même pas envisagé la possibilité que j’abandonne, c’est pour ça.”
Ram : “Vraiment――la faute revient au fait qu’elles sont infectées par Barusu.”
Subaru : “C’est pourquoi je ne leur demanderai pas. Ni à Julius ni à Echidna, sur le plan émotionnel, tu vois.”
Peut-être également, en ce qui concerne Émilia, Béatrice, Julius et Echidna, il estimait avoir entendu les pensées de ces quatre-là lors des événements qui s’étaient produits la dernière fois.
C’est pourquoi il confirmerait la réponse restante devant lui, maintenant.
Subaru : “Mais, tu sais… D’après ce que tu as dit, il semblerait que le moi jusqu’à hier n’était pas un gars très impressionnant non plus.”
Ram : “Pour Ram, ta valeur change énormément selon que tu aies ou non les souvenirs de Rem. Fais attention à ce que tu demandes.”
Avec une déclaration froide, Ram tourna le dos à Subaru et commença à marcher.
Les deux n’étaient pas vraiment censés avoir le temps de s’arrêter tout en allant chercher de l’eau, mais ils ne voulaient pas inquiéter Émilia et les autres inutilement s’ils revenaient les mains vides.
Subaru tenait le seau à la main, tandis que Ram se tenait à ses côtés. Et,
Subaru : “J’étais… “Natsuki Subaru” était bien ici, pas vrai ?”
D’une voix faible, Subaru dirigea sa question vers le profil latéral de Ram.
C’était plus un cri d’angoisse qu’une demande de confirmation. Rien de plus que des mots inappropriés immédiatement après avoir promis de ne pas abandonner.
Il savait qu’il ne serait pas étrange que Ram le réprimande, alors qu’il se tenait debout, la langue sèche.
Ram : “――Vraiment un imbécile.”
Cependant, sans rien faire de tel et sans arrêter ses pieds, Ram dénigra Subaru avec une apparente affection,
Ram : “Pour le moment, tout ça est devenu momentanément invisible. On a l’impression que c’est perdu parce que c’est sous l’épaisseur d’une variété de choses qui ont été accumulées. Comme des fleurs enterrées sous la neige froide, une fois que la saison de la fonte des neiges arrivera, elles seront visibles à nouveau――c’est sûrement tout ce qu’il y a à retenir.”
Oui, Subaru ne pouvait pas dévoiler son expression actuelle à Ram, qui cachait la sienne.
Immédiatement après avoir agi avec tant d’audace, il ne pourrait jamais lui montrer une expression aussi pathétique.
Par conséquent, la façon dont Ram restait silencieuse sans même essayer de le regarder, à cet instant, ressemblait vraiment à l’affection d’une mère pour Subaru.
La situation avait largement changé――du moins c’est ce qu’il voulait croire, mais les changements n’étaient pas aussi importants.
Ce n’était pas la première fois que Subaru ouvrait son cœur après avoir perdu ses souvenirs, et l’impact que tout le monde ressentait était aussi un spectacle dont il avait été témoin.
Mais s’il changeait la posture de son cœur, le point de vue de tout le monde changerait également.
La dernière fois, Subaru s’était beaucoup méfié d’Émilia et des autres, et cela avait été dû à plusieurs facteurs tels que leurs actions, leurs attitudes et leurs paroles. Il avait cru fermement qu’ils avaient tous comploté quelque chose.
Cependant, en se débarrassant de ces doutes, il réalisa que leurs actions, attitudes et paroles avaient toutes été motivées par une inquiétude à son égard, et il se réprimanda.
En d’autres termes, ils s’étaient retenus pour s’assurer que Subaru ne se sente pas anxieux.
Le fait de soupçonner leurs actions constituait un problème entièrement à la charge de Subaru.
Subaru : “Faisons-le correctement. Fais-le correctement, Natsuki Subaru…”
En se disant cela, Subaru jeta un coup d’œil à sa paume.
La cause de la disparition des souvenirs de Subaru se trouvait très probablement à Taygète. Bien qu’il soit important de terminer l’examen, enquêter sur la cause de cette amnésie était également une affaire urgente.
Il n’y avait aucune garantie que cela ne se transformerait pas en une situation ridicule où tout le monde s’oublierait et se saluerait en disant “Bonjour, qui êtes-vous ?”.
Et en vérité, il avait tout à fait la possibilité de procéder lentement.
Subaru : “La dernière fois, et la fois d’avant aussi, tout était en désordre dans la Tour.”
L’avant-dernière fois, Subaru avait successivement découvert les cadavres d’Émilia et des autres――non, de tout le monde sauf ceux d’Émilia et de Béatrice.
La dernière fois, c’était différent, il avait assisté de ses propres yeux à la mort de ses camarades, et son cœur avait sombré dans la désolation et la ruine.
Cependant, toutes ces anomalies étaient des désastres qui devraient se produire dans la Tour dans un futur peu lointain.
En tant que personne consciente des dommages que ces désastres pourraient causer, Subaru devait essayer de les empêcher de se produire.
Pour cela, il devait consacrer toute la force qu’il possédait――c’est pourquoi, avant tout, Subaru allait,
Subaru : “――――”
Un faible souffle était présent derrière Subaru, qui se tenait au bord d’un grand précipice.
Un niveau modéré de tentative de dissimulation de présence ; le sentir était possible si l’on en était conscient. Percevant l’acte criminel grâce aux connaissances qu’il possédait au préalable, il tourna son corps juste à la limite.
??? : “――Hk.”
Subaru : “Whoops, c’était dangereux――ne tombe pas à ma place.”
Attaquant avec les deux mains tendues, le corps de son adversaire bascula vers l’avant, Subaru saisit instantanément la main tendue pour s’assurer que personne ne tombe.
Ce corps était léger. Non pas léger dans les nombreux sens sinistres que cela pourrait signifier, mais léger conformément à l’apparence de la jeune fille――oui, la qualifier de jeune fille serait adéquat.
Subaru : “Très bien, parlons――je te demanderai d’assumer la responsabilité de m’avoir tué.”
En prononçant ces mots, Subaru sourit en direction de la jeune fille dont il avait saisi le coude――Meili, entamant ainsi le point culminant de ce mystère consistant à attraper le criminel qui l’avait poussé à deux reprises par le passé.

