Re:Zero Lore FR
← Liste des chapitres
Web Novel • Arc 06

49À toi, la piètre imitation

Artiste du fan-art : pnbpnb3390

Peu à peu, il se rendit compte qu’une sensation d’engourdissement se dégageait de son bras.

Lentement mais sûrement, les marques d’égratignures de la mort de Meili commençaient à disparaître et à guérir. Réalisant qu’il était en train d’être guéri, Subaru détourna les yeux de sa manche.

Subaru : “…Eh bien, cette salle était certainement aussi impressionnante que prévu.”

Ils avaient dit que l’Esprit qui résidait dans cette salle remplie de lierre pouvait guérir les blessures des êtres vivants. Cela dit, comme Subaru n’avait pas encore eu l’occasion de visiter la pièce avec un quelconque traumatisme jusqu’à maintenant, il avait douté de son efficacité.

Tout en savourant la sensation de guérison de ses blessures, il fut amené à reconsidérer sa méfiance inutile.

Meili : “Malgré le fait que ce soit mon message mortuaire, Onii-san est toujouuuurs~ aussi horrible.”

Subaru : “――――”

Meili : “Mais le jugement de Béatrice-chan a été très utile, pas vraiiii~ ? Grâce à elle, les preuves laissées autour de tes poignets vont disparaîîîître~.”

L’ombre de la petite fille qui parlait sans cesse dans sa tête l’agaçait.

Les paroles de la petite fille l’angoissaient vraiment, car elles le touchaient au plus profond de son cœur, à tel point qu’il était impossible de dire qu’elles ne reflétaient pas les pensées intérieures de Subaru.

Il ne savait pas si l’ombre de cette petite fille se déchaînait parce qu’elle faisait partie de Subaru, ou si c’était à cause de son fantôme qui l’avait littéralement possédé après avoir lu son Livre des Morts.

Quelle que soit la raison, il ne devait pas tendre l’oreille à ce que disait la petite fille. Il ne devait pas l’écouter. Ce simple fait lui procurait un sentiment d’agacement.

Subaru ferma donc consciemment son esprit au son de ces hallucinations incessantes.

Cependant, plus Subaru essayait de s’enfermer dans sa coquille, plus son ombre devenait bruyante et bavarde, se moquant de plus en plus de Subaru. La chose la plus agaçante était――

Meili : “――Là maintenant, tu n’as plus Béatrice à tes côtés, n’est-ce paaaas~ ? Puisqu’il n’y a personne en travers de ton chemin, pourquoi ne pas te débarrasser de cette fille endormiiiie~ ?”

Subaru : “――Hk.”

Meili : “Héhé… ne fais pas semblant d’être sur le point de pleurer. Je sais que tu essaies de m’ignorer, mais tu ne peux pas, ah, onii-san est tellement adorable ! »

La voix de la petite fille, qui n’avait pas de présence corporelle, fut entendue par Subaru comme un murmure à son oreille.

S’il fermait les yeux, il avait l’impression que la petite fille s’appuyait doucement sur son dos, sa silhouette lui crachant ces mots doux à l’oreille accompagnés de doux soupirs ; il avait presque l’impression de pouvoir contempler son hallucination.

On l’avait amené dans la salle de l’Esprit pour qu’il se repose et, une fois de plus, Subaru était confronté au même choix que lorsqu’il tenait le Livre des Morts.

Béatrice allait annoncer à Émilia et aux autres que Subaru avait quitté la Bibliothèque de Taygète, et qu’elle l’avait amené dans cette salle. Présentement, Subaru s’était procuré un créneau où personne ne pourrait voir ce qui se passait. Et, juste devant lui, il y avait cette fille qui dormait sur le lit en lierre, comme si elle était une offrande à son intention, toute seule――

Subaru : “…Rem.”

Même s’il essayait de dire le nom de la fille dans le coma à haute voix, aucune émotion ne surgissait en Subaru.

Il n’avait aucun souvenir d’elle, il ne connaissait que son nom. Il savait seulement qu’elle était la sœur jumelle de Ram, et qu’elle était l’une des camarades d’Émilia. Ils étaient venus dans cette Tour pour chercher un moyen de la réveiller de son long sommeil.

――Au-delà de ça, il voulait en savoir plus.

Meili : “Les moyens sont là. C’est soit tu le fais, soit tu ne le fais paaaas~.”

La tentation de la douce jeune fille rappela à Subaru, qu’il le veuille ou non, le plan avec les Livres des Morts.

Même si maintenant elle était tombée dans un profond sommeil, elle devait certainement avoir une relation quelconque avec Subaru à l’époque où elle était en bonne santé. En empruntant les pouvoirs de son Livre des Morts, il pourrait découvrir quel genre de relation et de sentiments elle entretenait avec Subaru.

Par-dessus tout, il pourrait prendre cette vie bien plus facilement que celle de Meili.

Une fille comme elle, dans un état comateux comme elle l’était, pouvait même être asphyxiée en lui étouffant le visage avec un linge humide. Il devait le faire rapidement, rapidement, rapidement, rapidement, rapidement, rapidement――

Subaru : “…Suis-je un idiot ? Non, je suis définitivement un idiot.”

Contenant le sentiment d’impatience qui bouillonnait dans son bras, Subaru repensa à son idée insensée.

Exécuter immédiatement une telle chose ne serait pas une bonne chose. Sauter sur la situation devant ses yeux, comme s’il salivait, n’aurait aucun sens s’il n’y avait pas de suite.

Tuer était la méthode. Subaru désirait savoir ce que tout le monde pensait vraiment de lui. Quant à atteindre ce résultat, c’était aussi le bon moment pour foutre en l’air la façon dont il s’y prendrait, et précipiter les meurtres.

Dans la Bibliothèque de Taygète, n’avait-il pas pensé la même chose ? S’il voulait mener à bien son Plan des Livres des Morts, il devait choisir avec soin l’ordre dans lequel il éliminerait les gens.

Subaru : “Julius, Émilia, Shaula, Ram, Echidna, Béatrice, Rem…”

En les comptant sur ses doigts, Subaru énuméra les personnes qui restaient à l’intérieur de la Tour, à l’exception de Meili――à savoir, l’ordre dans lequel il préfèrerait obtenir leur Livre des Morts si possible.

Cet ordre devrait énumérer les personnes les plus susceptibles de devenir un obstacle à l’exécution du Plan des Livres des Morts.

Inversement, s’il ne suivait pas la liste des personnes à abattre qu’il avait dressée, s’il se précipitait et agissait, cela ne fonctionnerait pas――il ne voulait pas tout gâcher.

Meili : “Si tu ne le fais pas, tu finiras par rater l’occasion de les tuer. Comme c’est effrayant.”

Subaru : “――――”

Il garda le silence envers l’ombre bavarde. Elle semblait dégager un fort sentiment de mécontentement à son égard.

Néanmoins, même s’il essayait de lui adresser des mots, son comportement ne changerait pas. Il resterait le même.

Subaru ne voulait pas nécessairement tuer Émilia et les autres.

Mais tout de même, s’il devait les tuer, il ne voulait le faire qu’une seule fois.

Une seule fois, une seule fois était acceptable. Et seulement si un plan complet était en sa possession.

Subaru : “――――”

C’est dans cette optique que Subaru soupira lorsque des yeux jaunes perçants le fixèrent.

Il remarqua que le regard venait de la silhouette assise juste à côté de la fille endormie dans la salle de l’Esprit――le regard venait de son dragon terrestre noir de jais, Patrasche.

Le regard de Patrasche semblait être rempli d’inquiétude et de tristesse alors qu’elle contemplait Subaru épuisé.

Il se pourrait que, avant de quitter cet endroit pour un temps, Béatrice lui ait dit : “Garde un œil sur Subaru, en fait”.

Tant que les yeux de Patrasche étaient braqués sur lui, quelle que soit sa frustration, il ne pourrait commettre aucune violence à l’égard de la jeune fille endormie. En ce sens, il remerciait Patrasche de l’avoir poussé à ne pas prendre de décision prématurée dans cette affaire.

Mais, après avoir lu ce Livre des Morts, Subaru devenait incapable d’accorder une confiance solide à qui que ce soit, même à Patrasche, pour qui il avait éprouvé beaucoup d’affection.

Subaru : “…Je me demande, est-ce que tout se déroule comme tu l’avais prévu, “Natsuki Subaru” ?”

Il voulait croire en eux. Plus il réfléchissait à leurs véritables intentions, plus Natsuki Subaru s’isolait dans ce monde différent où il n’avait personne vers qui se tourner.

N’était-ce pas clairement à cause du jeu présenté par le malfaisant “Natsuki Subaru” ?

Subaru : “――――”

Petit à petit, les égratignures causées par Meili continuaient à guérir.

Tout en savourant la sensation de ses douleurs qui s’estompaient, Subaru remonta sa manche jusqu’à l’endroit où étaient gravées les cicatrices douloureuses affichant “Natsuki Subaru était ici”. Il passa ses ongles au-dessus des croûtes, et se rendit compte qu’elles étaient également en train de se cicatriser.

Il ne s’inquiétait pas de voir s’effacer les griffures qui servaient de preuve à ses horribles actes criminels――non, pas les siennes, il n’avait pas été lui-même à ce moment-là.

Cependant, le message qui indiquait la personne qui n’était pas la sienne, seulement cela, il ne pouvait pas l’effacer.

Subaru : “Ce message également.”

La blessure qui avait été gravée dans son bras gauche, et celle de son bras droit également, avaient toutes deux été scarifiées de la même manière.

Sur son bras noir encore inhabituel, parsemé de taches de sable, il y avait une blessure qui n’était pas là à l’origine. Il l’avait gravée là comme pour rendre la pareille à la blessure gravée sur son bras gauche par son autre lui.

――“Qui es-tu ?”, cette lourde question était gravée en lui comme une blessure.

Subaru : “――――”

Ainsi, tout en se blessant sans se soucier de son propre corps, Subaru, dans le même temps, était incapable de distinguer quelque chose.

??? : “――――Mm.”

Le fait que Patrasche fixait avec pitié la blessure laissée sur le bras de Subaru, résultat de sa propre automutilation.

Même si les blessures que Meili lui avait infligées disparaissaient, s’ils regardaient les mains de celle-ci, ils verraient qu’elle était morte en se battant, en essayant désespérément de repousser celui qui l’avait tuée.

La logique qui consistait à penser qu’il avait dissimulé le meurtre de Meili à tout le monde reposait entièrement sur le nettoyage terriblement bâclé qu’il avait effectué par la suite.

Il suffisait qu’un engrenage s’effondre pour que tout s’enclenche.

Se sentant comme une marionnette suspendue au sommet de cette Tour, marchant sur de la glace fine, détournant son visage de la racine de ses problèmes, un clown amusant luttant désespérément pour garder son équilibre, voilà ce qu’était devenu Subaru.

Cependant, la performance de ce clown amusant allait finalement se terminer par la fermeture des rideaux, sans rencontrer d’autres obstacles sur son chemin. Et ce, parce que――

Par chance, le cadavre de Meili Portroute n’avait été retrouvé nulle part.


Subaru : “――――”

L’atmosphère autour de la table était terriblement lourde entre tout le monde alors qu’ils se regardaient les uns les autres.

C’était dû aux circonstances dangereuses dans lesquelles ils s’étaient retrouvés――la moitié d’entre eux reconnaissaient que leur recherche désespérée du corps de Meili avait été infructueuse et qu’ils étaient déjà arrivés bien trop tard.

Même s’ils étaient trop peu nombreux pour qualifier leur recherche “d’assaut frontal”, ils s’étaient tout de même divisés en groupes et avaient mobilisé tout le monde pour pouvoir la chercher. En conséquence, ils avaient passé près d’une demi-journée à essayer de la localiser sans même en trouver la moindre trace.

Le sentiment que tout cela n’avait servi à rien s’était accru, et il était compréhensible que beaucoup d’entre eux ressentent un immense stress.

Ram : “Tout va mal depuis qu’on est arrivé dans cette Tour, hein ?”

Subaru : “…Pas besoin d’exprimer aussi clairement ce qui n’a pas été dit, même si c’est ce que nous pensons.”

Tout en grignotant son dîner qui consistait en quelque chose comme du pain sec, il marmonna cela, fixant Ram, avec un sentiment croissant de léthargie.

Recevant les protestations de Subaru, Ram haussa les épaules, un regard vide ornant son visage. Cependant, même si elle était habituellement calme et posée, une aura de fatigue se dégageait d’elle.

Et ce n’était pas seulement Ram, tout le monde dans la Tour était dans le même état qu’elle.

Émilia : “Pour l’instant… Je suis d’abord partie interroger Reid à son sujet, mais il m’a dit qu’il ne l’avait pas vue. Il a dit que personne n’était venu depuis hier, et qu’il s’ennuyait… Je ne pense pas qu’il ait menti. Puisque Meili a vu comment est Reid, je ne pense pas qu’elle y serait allée seule…”

Béatrice : “Il est difficile d’imaginer que même cet homme arrogant puisse faire du mal à une si petite fille… mais je ne peux pas en être sûre, aussi effrayant que cela puisse être, je suppose. Mais, Betty est finalement d’accord avec les pensées d’Émilia, en fait.”

Émilia et Béatrice échangèrent des propos entre elles au sujet de l’homme aux cheveux rouges et à l’œillère qui gardait le deuxième étage.

Bien que dans son esprit, cet homme n’avait fait que lui causer de grands tourments, Émilia lui avait fait face et l’avait plus ou moins écouté sans encombre. Il semblait qu’elle avait réussi à revenir indemne.

Se sentant soulagé par ce fait, Subaru secoua la tête.

Il n’avait aucune raison de ressentir un tel sentiment de soulagement, au contraire, il n’en avait pas le droit étant donné ce qui s’était passé auparavant.

Il ne savait même pas s’il avait le droit de réconforter Émilia.

“Anastasia” : “――Puis-je mentionner une chose ? Ça peut paraître cruel, mais je veux proposer quelque chose, et je suis prête à ce qu’on me crie dessus à cause de ça.”

Vidant son bol de soupe fade, Echidna leva la main en terminant son maigre dîner. Faisant face à tout le monde autour de la table, elle plissa ses yeux turquoise et prit la parole,

“Anastasia” : “La recherche de cette petite fille, Meili… Je pense que nous devrions arrêter pour aujourd’hui, et à partir de demain, nous devrions nous concentrer sur la capture de cette Tour à nouveau. Qu’en pensez-vous ?”

Émilia : “――Hk ! Nous ne ferons pas une telle chose ! Que penserait Meili de nous ?!”

“Anastasia” : “Il est déjà trop tard, elle n’a aucun moyen de penser ou de ressentir quoi que ce soit. Ça a été prouvé avec la confirmation de Natsuki-kun après avoir lu son Livre des Morts. Je suis contre le fait de continuer à la chercher.”

Émilia avait été la première à s’opposer à la proposition d’Echidna, dont on pouvait dire qu’elle était à la fois réaliste et pondérée. Cependant, l’expression d’Echidna ne faiblit pas en entendant l’argument d’Émilia, purement porté par ses émotions.

Toutefois, au nom d’Émilia qui ne savait plus quoi dire, Béatrice prit la parole à sa place avec un “Attends, je suppose”.

Béatrice : “Ton point de vue semble d’abord logique, en fait. Mais, il semble assez soudain que tu le mentionnes, je suppose. Pourquoi veux-tu arrêter la recherche de Meili, en fait ?”

“Anastasia” : “――Est-ce vraiment si étrange à dire ? Les réserves de nourriture que nous avons apportées dans cette Tour sont limitées, et plus les jours passent, plus il est probable que rester ici devienne un fardeau pour tout le monde dans chaque Camp. Si notre séjour s’éternise, il faut s’attendre à ce qu’un groupe de recherche soit envoyé pour nous retrouver.”

Ram : “Naturellement. Émilia-sama et Anastasia-sama… eh bien, ce qu’elle contient en ce moment est différent, mais vous êtes toutes les deux des candidates estimées pour la Sélection Royale. Vous ne devriez même pas vous trouver dans cette Tour au milieu de la mer de sable.”

Béatrice et Ram commencèrent à afficher une attitude quelque peu mitigée, à commencer par la proposition d’Echidna. Cette suggestion, qui allait à l’encontre des règles de la rationalité, servit de déclencheur à des opinions plus froides, rendant l’atmosphère tendue autour de leur dîner encore plus intense.

Shaula : “Bon sang~, ce n’est pas très amusant. Si vous vous chamaillez, je préférerais que vous le fassiez loin du Maître et moi. Mais ça ne me dérange pas dans les deux cas, quant à moiiii, je construirai une famille heureuse avec le Maître, juste nous deux. Une fille d’abord, puis un garçon, et enfin un autre garçon !”

Il ne daigna pas répondre à Shaula, qui s’était glissée dans le siège juste à côté de lui, tandis qu’elle bavardait en tirant la langue face à l’atmosphère tendue qui régnait autour d’elle. Elle avait également manifesté ce genre d’attitude dans la Bibliothèque.

Shaula avait pressé Subaru de choisir dans la Bibliothèque ; qu’est-ce qu’elle avait voulu que Subaru lui réponde ? Puisqu’elle appelait Subaru son Maître et qu’elle l’idolâtrait complètement, jusqu’où irait-elle pour lui ?

――Jusqu’où lui obéirait-elle, si Subaru lui donnait un ordre ?

Julius : “Nous devrions arrêter de nous disputer.”

Julius, l’angoisse gravée sur son beau visage, rompit l’ambiance tendue qui régnait autour d’eux.

Il plaça son bras devant Echidna et observa Béatrice et Ram.

Julius : “Béatrice-sama, Mademoiselle Ram. En tant que membre de son Camp, je m’excuse profondément pour les paroles imprudentes d’Echidna. Cependant, ne vous méprenez pas sur ce qu’elle voulait dire. Elle n’a pas fait une telle proposition en pensant uniquement au rationalisme, sans autre signification.”

“Anastasia” : “Julius, arrête. Ce discours était…”

Julius : “Le camp d’Émilia-sama a peut-être perdu la petite fille qui nous accompagnait ici. Cette douleur se ressent actuellement. Si possible, nous devrions être plus compréhensifs dans cette situation.”

En entendant les remarques sincères de Julius, Echidna se retint de parler davantage. Julius se tourna alors à nouveau vers Béatrice.

Julius : “Pour l’instant, le corps d’Anastasia-sama a été en grande partie pris en charge par l’Esprit Echidna. Il est vrai que nous ne pouvons pas trouver un moyen de ramener Anastasia-sama à son état initial… mais il y a aussi d’autres problèmes――Echidna consomme l’Od d’Anastasia-sama à chaque instant.”

Émilia : “Son Od… Alors, elle s’est frayé un chemin en le consumant depuis tout ce temps ? Est-ce que ça a toujours été comme ça, depuis qu’Anastasia-san est incapable de se réveiller ?”

Julius : “…En effet. J’imagine que c’est pour ça qu’elle veut se dépêcher d’emprunter les connaissances du Sage en s’emparant de cette Tour.”

Les autres réagirent avec stupeur en entendant Julius révéler à voix haute le secret d’Echidna.

Son secret ayant été révélé par un membre de son propre Camp, Echidna haussa les épaules devant les personnes qui la dévisageaient.

“Anastasia” : “Inutile de chercher à l’occulter. C’est comme Julius l’a dit. Je… je ne pense pas que ce soit une bonne idée de consommer ainsi une grande partie de l’Od d’Ana, qui n’était vraiment pas abondant à la base. Si je le peux, je veux rendre ce corps à Ana le plus vite possible.”

Émilia : “En allant même jusqu’à te défaire de son corps humain, pour que tu sois libre ?”

“Anastasia” : “Même si je peux libérer le corps d’Ana, mon propre esprit n’est pas lié de mon plein gré. Je ne sais pas si vous me ferez confiance, mais…”

Echidna marqua une pause, puis reprit la parole.

“Anastasia” : “Essentiellement, le réceptacle d’une personne doit contenir son propre être. Même si vous n’empruntez que l’enveloppe extérieure, si l’intérieur ne vient pas avec, il tombera en lambeaux et deviendra contre-nature――et c’est tout simplement affreux.”

Tout le monde : “――!!”

Baissant les yeux, les paroles d’Echidna étaient implacables, comme si elle se maudissait elle-même. Son histoire avait frappé le cœur de Subaru en son centre, alors qu’il l’écoutait avec désinvolture.

Si quelqu’un n’emprunte que l’enveloppe extérieure, et que l’intérieur ne vient pas avec――cela lui transperça profondément le cœur.

“Anastasia” : “Quoi qu’il en soit, c’est la raison pour laquelle je veux me dépêcher de capturer cette Tour. Par tous les moyens, si vous ne croyez pas ce que j’ai dit, vous pouvez laisser quelqu’un comme Béatrice fouiller dans ce corps juste pour s’en assurer. Je suppose qu’elle remarquera immédiatement à quel point je suis déformé en tant qu’Esprit, et la quantité d’Od que j’ai consommée.”

Echidna confiait à d’autres la preuve de sa propre situation sans remarquer le trouble qui régnait à l’intérieur de Subaru, engendré par ses paroles.

En fait, après avoir été nommée, Béatrice prit le bras d’Echidna et sonda ce qui en principe était son corps ; il semblait que les paroles d’Echidna avaient été avérées. Et en recevant ce résultat――

Émilia : “…D’accord. Je comprends les circonstances difficiles dans lesquelles Echidna et Anastasia-san se trouvent. Ta volonté de te dépêcher de grimper jusqu’au sommet de la Tour n’est pas étonnante…”

“Anastasia” : “Je ne sais pas si ça vous rassurera, mais si c’est comme on le dit, et que le Sage de cette Tour est omniscient et possède des sagesses ésotériques, alors il est possible qu’il sache aussi où se trouve l’endroit où la petite fille a disparu. Dit comme ça, je sais vraiment que c’est injuste, mais…”

Émilia : “Non non, merci. C’est mieux que de ne plus avoir d’espoir du tout――tu te soucies également de moi et de Meili, n’est-ce pas ?”

“Anastasia” : “Hmm. Peut-être. Ou peut-être que c’est juste mon corps, et celui d’Ana, qui est bien trop mignon ?”

Echidna, le visage montrant des traces de maladresse, se détourna d’Émilia qui semblait prête à accepter sa demande.

Émilia plissa ses yeux améthystes en voyant Echidna réagir de la sorte. Prenant une profonde inspiration, elle reprit la parole.

Émilia : “Je suis vraiiiment inquiète à propos de Meili. Mais je comprends aussi le point de vue d’Echidna. Alors, à partir de demain, faisons de notre mieux pour essayer d’atteindre le sommet de la Tour. Bien sûr, je continuerai à chercher Meili autant que possible, mais…”

Julius : “Souvenez-vous de ne pas négliger l’importance de la capture de la Tour, Émilia-sama.”

Émilia : “Je sais――parfois, il faut savoir décider seul de ce qui est important.”

Passant sa main sur sa joue, Émilia se fustigea, une ferme résolution grandissant au fond de ses iris.

Se retournant, elle jeta un coup d’œil à Subaru, qui observait l’échange comme un spectateur. Pendant un instant, l’intensité de son regard le submergea, mais les mots qu’Émilia employa ensuite ne l’atteignirent pas.

Émilia : “Ça te va aussi, Subaru ?”

Subaru : “J-je suppose que c’est bon. De cette façon, Meili peut aussi reposer en paix… Non, je suppose que nous devons tous aller de l’avant… Non, non c’est… Euh, pourquoi me demandes-tu ça ?”

Émilia : “Parce que Subaru a lu le Livre de Meili, mhm ? La réaction de Subaru immédiatement après l’avoir lu… c’est pourquoi je pense que celui qui est le plus inquiet pour Meili, c’est toi, Subaru.”

Émilia lui rappela ce point. En l’entendant, Subaru retint son souffle.

Ceux qui dirigeaient leurs regards vers lui ne se limitaient pas à Émilia. Béatrice, Ram, Echidna et Julius, tous regardaient Subaru.

Quelle sorte d’intention était présente dans ces regards ? Il ne pouvait pas le deviner.

Sans même s’en rendre compte, Subaru bougea ses lèvres en accord avec l’esprit perfide en lui.

Subaru : “――Je suis définitivement inquiet. Mais, je pense que Meili aurait aussi voulu que nous continuions.”

Peut-être, juste pour pouvoir prononcer les mots les plus superficiels au monde.


――Tard dans la nuit, Subaru s’élança à l’action, ayant enfin le temps d’agir librement sans que personne ne s’en mêle.

Subaru : “――――”

Après que le groupe eut décidé de se creuser les méninges pour trouver des idées sur la façon de s’emparer du deuxième étage, et après avoir établi un plan ferme pour le lendemain, la réunion à la table du dîner se termina. Les participants se préparèrent alors à aller se coucher.

C’était la nuit d’une journée au cours de laquelle des problèmes imprévus étaient survenus à l’un de leurs compagnons.

Naturellement, ils avaient recommandé de rassembler toute leur literie dans une même pièce et de dormir ensemble. Ils s’étaient donc plus ou moins rassemblés dans une seule salle, et avaient créé une cloison improvisée à travers la pièce en utilisant une couverture pour servir de rideau entre le côté masculin et le côté féminin.

Cependant, Subaru avait été la seule personne à insister pour dormir à l’intérieur de la salle de l’Esprit.

Les séquelles de la lecture du Livre des Morts avaient été la plus grande partie de son excuse.

En fait, après avoir constaté à quel point Subaru était devenu anormal suite à la lecture du Livre des Morts, personne n’avait essayé de l’en dissuader. Bien sûr, Béatrice avait montré une désapprobation particulièrement forte à l’idée de laisser Subaru dormir seul, mais la salle de l’Esprit avait une limite de capacité fixe.

Se sentant malade d’inquiétude, Béatrice avait dû retirer son opposition, cédant face à la voix tremblante de Subaru.

Plutôt que les prouesses d’acteur de Subaru, c’était probablement son visage terriblement pâle qui les avait influencés.

Honnêtement, c’était un miracle qu’il ne se soit pas effondré ; il était conscient d’être dans un état lamentable.

Meili : “Je pense que Meili aurait aussi voulu que nous continuions――tu es un sacré acteur, eeeh~ ?”

Subaru : “――――”

Meili : “Fufu, ne t’énerve pas maintenaaaant~. Ce n’est pas du sarcasme. Je le pense vraiment, et je t’en féliciiite~.”

Il avait trouvé qu’elle avait été étonnamment silencieuse durant la réunion à la table du dîner. Il se demanda si elle avait quelque chose à voir avec le mensonge éhonté qu’il avait raconté à la fin.

Même s’il refusait d’écouter cette hallucination gênante, se boucher les oreilles face à sa voix ne servirait à rien. Cette douce voix continuerait à le gêner, tout comme le son d’un tableau noir que l’on gratte avec des ongles.

Meili : “Hmm~, donc ce soir tu ne vas pas t’occuper de l’onee-san aux cheveux bleus ?”

Subaru : “――――”

Son ombre ne cessait de faire des allusions à Subaru, qui avait attendu que la soirée s’assombrisse pour agir, au sujet de l’existence de la beauté endormie dans la salle.

À la tentation de l’ombre, identique à celle d’il y a quelques heures, la réponse de Subaru resta la même qu’auparavant.

Subaru : “Ce n’est pas encore son tour.”

Sur ces mots, Subaru quitta la salle sans même regarder le visage de la beauté endormie.

À ce moment, ses yeux s’arrêtèrent sur ceux de Patrasche, qui avait légèrement ouvert les siens. Il prit la situation en main en portant son doigt à ses lèvres, la faisant taire, un geste qui lui indiquait de garder le secret.

Il ne savait pas dans quelle mesure l’intention avait été transmise à son compagnon reptilien, mais en même temps, il avait l’impression que Patrasche était plus intelligente que des créatures comme les chiens ou les chevaux. Qu’elle le soit ou non, il serait préférable qu’elle reste silencieuse.

Subaru : “――――”

Après s’être assuré de se retrouver seul, la raison pour laquelle Subaru avait commencé à bouger au milieu de la nuit――n’était pas pour ôter la vie à ses compagnons endormis et mettre en pratique le Plan des Livres des Morts.

Bien sûr, il avait soigneusement réfléchi à ce plan aussi. Avec les capacités de Subaru, il serait préférable que ce plan soit réalisé par des attaques surprises, et on pourrait dire que leur sommeil serait la meilleure occasion.

Cependant, il était encore trop tôt. C’était un dernier recours, un acte contraire à l’humanité, qu’il ne devait pas accomplir à moins qu’on ne lui force la main.

Alors, dans quel but Subaru avait-il commencé à agir en pleine nuit ? C’était à cause de――

Meili : “――Mon cadavre, qu’est-ce que tu comptes faire à son sujet ?”

Comprenant où Subaru allait, la voix de la petite fille, comme si elle se tenait derrière lui, lui posa cette question.

Subaru ne lui donna pas de réponse, mais la direction vers laquelle il marchait était tout aussi bien une confirmation à sa question.

――Subaru agissait pour se débarrasser du cadavre encore caché de Meili.

Subaru : “――――”

Que l’on puisse qualifier cette histoire de ridicule ou de chanceuse ou autre chose, dans tous les cas, il n’avait pas d’autre choix.

Le fait qu’aujourd’hui, Émilia et les autres n’aient pas trouvé les restes de Meili ne devrait être considéré comme rien d’autre qu’un complot du diable, plutôt qu’un dessein de Dieu.

En y repensant, face à cette situation abrupte, sa couverture était pleine de lacunes qui sautaient aux yeux, à tel point qu’il avait envie de se maudire pour son manque d’intelligence.

Aussi inattendu que cela puisse paraître, elle n’avait pas été retrouvée. Cela l’avait sauvé. Cependant, dès le lendemain, en s’engageant dans la capture de la Tour, il ne serait pas étrange qu’ils découvrent par hasard quelque chose qui leur avait échappé.

En tout cas, il s’attendait à ce qu’Émilia n’abandonne pas la recherche de Meili.

Étant donné qu’elle était une fille sans histoires, son cœur ne céderait pas tant que la situation ne serait pas résolue. Il était facile d’imaginer qu’elle se remettrait à la recherche de la petite fille disparue.

Il fallait par conséquent que Subaru ait l’esprit tranquille.

S’il n’avait pas l’esprit tranquille, il ne pourrait pas poser les bases de sa réussite. S’il ne préparait pas les fondations, il ne pourrait pas construire son château par-dessus, à l’avenir. S’il ne pouvait pas construire les fondations, il ne pourrait pas accomplir son avenir.

Pour la paix de Natsuki Subaru, l’existence de Meili Portroute était un obstacle.

Meili : “J’ai l’impression que tu es… encore plus agité à l’intérieur de ta têêête~.”

Il fit la sourde oreille. Elle venait d’affirmer clairement qu’elle se mettrait en travers de son chemin. Il refusa fermement de permettre que cela se produise.

Alors que Subaru voyageait furtivement à travers la nuit, s’assurant de ne pas attirer l’attention sur lui, il arriva dans la salle où il avait caché le cadavre de Meili.

Bien que les salles de cette zone se ressemblent toutes, la décoloration du mur de pierre près de l’entrée de celle-ci était visible, ce qui rendait la pièce facile à identifier grâce à ce point de repère.

Subaru : “Honnêtement, ça va laisser un mauvais arrière-goût…”

La sortir par l’entrée de la Tour dans le désert et l’enterrer dans le sable serait l’idéal.

Elle continuerait à se décomposer si elle restait quelques jours de plus à l’intérieur du bâtiment. Et même si la température n’était ni trop élevée ni trop basse, un corps, une fois que ses fonctions biologiques avaient cessé, ne pouvait pas échapper à la décomposition.

En effet, s’il voulait ne plus jamais la revoir, le mieux serait de l’emmener loin de la Tour, aussi pénible que cela puisse être, et de la transformer en nourriture pour les bêtes démoniaques qui rôdaient à l’extérieur.

Cependant, il imagina à quel point cela lui pèserait sur le cœur. Quoi qu’il en soit, c’était une décision impossible.

Subaru : “――――”

Au fond de la pièce sombre, un bloc de pierre carré était encastré. De l’autre côté, son cadavre était caché.

C’était une façon terriblement enfantine de dissimuler, il était impossible de l’ignorer si on le regardait consciemment. Tout en se sentant pathétique de perdre la tête, Subaru fit le tour de l’autre côté de la pierre.

Là, la dépouille de Meili, vieille d’environ une demi-journée――

Subaru : “――Hein ?”

Sans réfléchir, sa voix s’échappa.

Sa tête renonça à saisir la vue qui s’offrait à lui.

De l’autre côté de cette pierre, il n’y avait absolument rien.

Il avait au moins pris des dispositions pour le cadavre de la petite fille, en lui fermant les yeux et en croisant les bras sur sa poitrine. Les bleus qui ornaient son cou pâle, même le cadavre de la pauvre petite fille, ils étaient introuvables.

Subaru : “Pourquoi… J’en suis sûr, je l’ai laissé ici…”

Il était censé être ici.

Il ne s’était pas trompé de salle. Il n’avait pas fait une erreur aussi fondamentale en venant ici.

Il ne l’avait pas fait. Alors, s’il ne l’avait pas fait, où était le cadavre qui devait se trouver ici ?

――Où avait disparu la dépouille de Meili Portroute ?

??? : “――Qu’est-ce que tu cherches en cachette si tard dans la nuit, Barusu ?”

Subaru : “――Hk ?!”

Stupéfait, la voix venant de derrière lui rendit son corps rigide, et Subaru se retourna craintivement.

Dans le champ de vision de Subaru, à l’entrée de la pièce pas si petite, se tenait une silhouette solitaire.

Cheveux roses, iris roses clairs et acérés, bras croisés, ses traits imposants mais charmants le fixaient avec dureté.

Avec ce sentiment de malaise dans la poitrine, tout en observant Subaru pétrifié, la fille――Ram, le regarda dans les yeux et déclara sur un ton absolument glacial,

Ram : “Ou je suppose que je devrais te qualifier d’imposteur. Une piètre imitation de Barusu――de Natsuki Subaru.”

Artiste du fan-art : からさわ

← PrécédentSuivant →