47 — Je ne te pardonnerai pas

(Note de Traduction : Sans vouloir nuire à l’expérience de lecture, il y a quelques nuances importantes dans ce chapitre dont vous devez être conscients, et qui sont difficiles à convertir en français. Comme vous l’avez vu dans le chapitre précédent, la lecture du Livre de Meili a amené Subaru à s’approprier sa personnalité. Elle a une façon de parler distincte, utilisant “わたし” (watashi) pour se référer à elle-même, alors que Subaru utilise “俺” (ore). La façon choisie pour représenter ça est l’utilisation de l’italique à chaque fois que Meili s’immisce dans ses pensées. Ainsi, tout passage en italique devrait correspondre à la voix de Meili dans la tête de Subaru. Ceci s’étend au titre, qui utilise le pronom de Meili. De plus, les guillemets utilisés pour les mots auto-référents (je/moi-même/mon/etc…) ont été conservés.)
Un endroit sombre, sombre, sombre, sombre, sombre, sombre, sombre.
À l’arrière de sa tête, à l’arrière, à l’arrière, à l’arrière, à l’arrière, à l’arrière, à l’arrière, à l’arrière. Moi-même, je, je, qui, tu, tu, Natsuki Subaru, Meili Portroute.
Natsuki Kenichi, Elsa Granhiert, Natsuki Naoko, Pétra Leyte, Émilia, Shaula, Béatrice, Frédérica Baumann, Anastasia Hoshin, Garfiel Tinzel, Julius Juukulius, Otto Suwen, Ram, les cheveux bleus, qui est, je suis, tu es, “je” suis, moi-même est, les autres sont, je, tu, tu, moi――
――Moi-même, “je”, Natsuki Subaru. Moi-même, “je”, Natsuki Subaru.
――Qui, “je”, Meili Portroute. Qui, “je”, Meili Portroute.
Subaru : “――――”
Ces pensées tournaient en rond dans son esprit, brouillant les frontières entre ce qui était la réalité et ce qui ne l’était pas. Elles fusionnaient les unes avec les autres, se mélangeaient les unes avec les autres, s’entremêlaient les unes avec les autres, ressentaient de l’affection les unes avec les autres, détestaient les unes avec les autres, souffraient les unes avec les autres, aimaient les unes avec les autres, désiraient les unes avec les autres, tuaient les unes avec les autres, souhaitaient les unes avec les autres, détruisaient les unes avec les autres, menaçaient les unes avec les autres, comprenaient les unes avec les autres, pleuraient les unes avec les autres, riaient les unes avec les autres, ne comprenaient pas les unes avec les autres.
Tu ne peux être que toi-même. Les autres ne peuvent être qu’eux-mêmes.
Il n’y avait pas de place pour le compromis, pas de compromis par pitié, aucune chance d’engendrer un compromis, aucune considération pour l’autre, il n’y avait rien, rien du tout en fin de compte.
Émilia : “Subaru…”
Subaru : “――――”
Secouant la tête d’avant en arrière, il s’efforça d’extraire l’épine de la soi-disant “autre personne” de son propre intérieur avec le plus grand effort.
Émilia et Béatrice le soulevèrent toutes deux délicatement par les épaules, et étayèrent le garçon qui se débattait depuis sa gauche et sa droite. Tout en sentant les traces des inquiétudes des deux femmes sur leurs joues, le garçon――l’individu qui devrait s’appeler Natsuki Subaru essayait de déterminer la frontière entre sa propre personne et les autres. Il luttait dans sa tentative de se retrouver lui-même.
Un tourbillon de pensées l’embrouillait, la bonne réponse disparaissait à cause du fouillis d’émotions qui se mélangeaient en lui.
Ses poumons se convulsaient ; s’il se tâtait la gorge maintenant, il se rendrait compte que sa respiration était devenue douloureuse. Dans son cou, il ressentait une forte pression ; la peur d’étouffer l’assaillait lentement.
La sensation de Mort imminente se réveilla une fois de plus en lui, le sentiment d’avoir envie de vomir fit surface intérieurement et fit couler de chaudes larmes de ses yeux.
Subaru : “――――”
Confronté à ce sentiment horrible, Subaru essaya lentement et soigneusement d’exclure ce qui ne le définissait pas, luttant pour établir sa propre identité.
Pronoms de la première personne, pronoms de la deuxième personne, mémoire, souvenirs, impressions, sentiments, identification de ce qui appartenait à l’autre personne, et distinction entre eux.
Ainsi, s’il passait au crible ce qui ne lui appartenait pas et retirait les éléments qui s’étaient mélangés, il redeviendrait ce qu’il était.
Sinon, cet état, dans lequel ils étaient fusionnés et mélangés, ne s’effacerait jamais.
C’était lui-même, et la petite fille qui avait été tuée par ses propres “mains” qui avaient été mélangés dans un méli-mélo de――
??? : “――Natsuki-kun, qu’est-ce que tu as bien pu voir ? Peux-tu nous le dire ?”
Subaru : “Uh, ah ?”
Alors qu’il était plongé dans sa crise d’identité actuelle, une voix s’était fait entendre devant Subaru.
Il regarda dans sa direction. Juste en face de lui, au même niveau que sa position accroupie, une personne aux yeux pâles et turquoises scrutait son visage, Anastasia――non, était-ce Echidna maintenant ? En tout cas, c’était cette fille.
Malgré cette identification de Subaru, les yeux d’Echidna restèrent très sérieux, et elle continua à parler.
“Anastasia” : “Je compatis avec le fait que tu sois dans une position difficile. Mais la situation dans laquelle nous nous trouvons tous est très grave. Si tu le peux, nous avons besoin d’informations le plus rapidement possible. Ainsi, nous ne commettrons pas d’erreur dans la gestion de cette affaire.”
Émilia : “Attends, Echidna. À l’instant, Subaru a vécu quelque chose de terrible…”
“Anastasia” : “Bien sûr, je le sais. Je comprends aussi que sa témérité était quelque chose qu’il a fait pour nous, tu sais. C’est pourquoi nous avons le devoir de réagir rapidement face à son jugement.”
Subaru ne put que laisser échapper un souffle rauque, les affirmations d’Echidna transperçant la tentative d’Émilia de le défendre.
Tout en parlant, le regard d’Echidna se tourna un instant vers le Livre tombé sur le sol derrière lui. Jetant un coup d’œil à l’épaisse reliure noire du Livre, Echidna poursuivit son discours avec un “Parce que”,
“Anastasia” : “La petite fille qui nous accompagnait est absente. De plus, un Livre qui semble correspondre au nom de la petite fille a été trouvé dans cette Bibliothèque qui répertorie les souvenirs des morts… La situation est grave. Nous ne pouvons pas nous permettre de faire du sur-place ici.”
Émilia : “C’est… Ouais, mais…”
Émilia était incapable de trouver une réfutation face au ton grave et insistant d’Echidna.
En fait, la plainte d’Echidna était justifiée.
Dans cette situation foireuse, le seul à détenir des informations vitales était Subaru. En prenant les sentiments de chacun en considération, on pouvait dire que tout le monde ici n’avait pas de temps à perdre pour se calmer.
Sachant cela, Echidna était prête à être blâmée, et c’est donc le cœur serré qu’elle avait posé ses questions à Subaru.
En entendant sa détermination, Subaru serra à nouveau les dents et plaça sa main contre sa gorge.
De toutes ses forces, luttant contre l’impression de ne pas pouvoir respirer, il ferma les yeux. Et――
“Anastasia” : “Laisse-moi te reposer la question, Natsuki-kun. Qu’as-tu vu à l’intérieur du Li――”
Subaru : “――J’ai vu les souvenirs de Meili…”
“Anastasia” : “――――”
Subaru répondit avec une parfaite honnêteté aux questions d’Echidna sans chercher à la tromper.
Au moment où il prononça ces mots, à ses côtés, Émilia retint son souffle, et devant lui, Echidna ferma les yeux. À-côté d’eux, Béatrice, Julius et Ram avaient chacun respectivement des expressions d’inquiétude et de chagrin qui flottaient sur leurs visages.
Le Livre des Morts avait montré à Subaru les souvenirs de Meili.
Il n’y avait pas une seule personne ici qui ne pouvait pas comprendre ce que cela signifiait.
Se pourrait-il qu’il y ait eu une erreur et que les souvenirs du Livre de Meili aient été placés là par erreur ? Il aurait été aisé de se réconforter en s’accrochant à un espoir aussi futile.
Cependant, dans cet endroit, il n’était pas le seul à ne pas vouloir se livrer à cette tromperie et fuir vers l’option la plus confortable.
Surtout pour les filles juste à côté de Subaru dont les joues s’étaient raidies de détresse en essayant de supporter cela.
Béatrice : “Calme-toi, Subaru, en fait. Calme-toi, et concentre-toi sur ton rétablissement, je suppose.”
Subaru : “…Dé… solé.”
Béatrice : “C’est bon, en fait. Pour l’instant, tu peux compter sur Betty, je suppose… Ce n’est pas seulement de ta faute, Subaru, en fait. Ne t’en veux pas, je suppose.”
Subaru : “――――”
Béatrice s’était levée et avait enlacé la tête de Subaru qui respirait de façon instable.
C’était ironique, car tout en vérifiant le bien-être de Subaru, la petite fille qui caressait doucement ses cheveux noirs avec ses mains gardait son cœur, dispersé en milliers de petits morceaux, au bord de l’eau.
Béatrice avait dit avec tant de bienveillance que ce n’était pas la faute de Subaru.
Pourtant, ce n’était la faute de personne d’autre que celle de “Natsuki Subaru”, qui avait commis ce crime. Ignorant ce fait, Béatrice lui parlait gentiment et le traitait avec bienveillance ; c’était tellement absurde que c’en était presque comique, tout en étant déchirant.
Julius : “――Mademoiselle Ram, qu’en pensez-vous ?”
Alors que Béatrice et Subaru avaient un tel échange, Julius, avec un air sérieux gravé sur le visage s’était tourné vers Ram et tentait d’avoir son avis sur la question.
Comparé aux autres, le teint de ces deux-là n’avait pas autant pâli sous le choc. D’après les souvenirs de Meili, ces deux-là étaient les plus méfiants à son égard.
Du moins, Meili avait ressenti que Ram et Julius n’avaient jamais manqué de vigilance à son égard, puisqu’elle avait été un assassin par le passé.
À l’inverse, elle avait certainement pris note de l’insouciance d’Émilia et d’Echidna à son égard.
Julius : “Si on en croit les mots que Subaru vient de prononcer, Mademoiselle Meili est déjà…”
Ram : “Il est impossible que Barusu soit assez habile ou insensible pour inventer un mensonge dans cette situation… Je suis certaine que le Livre est celui de Meili. Pour nous en assurer, nous pourrions demander à quelqu’un d’autre de le vérifier ?”
Les bras serrés, Ram fixa le Livre qui gisait toujours sur le sol.
Suite à ce discours, Julius fronça les sourcils en réfléchissant et déclara,
Julius : “――S’il le faut…”
Ram : “Y aurait-il une marge de manœuvre pour toi, puisque tu lirais l’un de ces Livres pour la deuxième fois ? Pour ainsi dire, que se passerait-il si, en le faisant une deuxième fois, tu te retrouvais dans le même état que Barusu. Bien sûr, on peut aussi supposer que ça n’a résonné à ce point chez Barusu qu’en raison de son manque de maturité et d’expérience…”
Julius : “――――”
Ram : “Mais malheureusement, pour ce qui est de savoir si ton état d’esprit actuel peut être considéré comme plus stable que celui de Barusu, Ram n’a pas évalué qu’il était meilleur.”
Se redressant avec raideur, Julius retint son souffle en entendant les paroles de Ram, qui avait plissé ses yeux rose pâle.
Cependant, il secoua rapidement la tête et dit : “C’est raisonnable…”.
Julius : “…C’est bien amer, mais je n’ai aucune raison de rejeter les paroles de Mademoiselle Ram. Hier, lorsque j’ai agi dans ce contexte de manière si égoïste et arbitraire sans consulter personne… Je ne suis absolument pas qualifié pour faire ceci.”
“Anastasia” : “Je suis désolée, mais je suis aussi d’accord.”
Echidna leva la main et s’immisça dans la conversation après avoir entendu les paroles dépréciatives de Julius.
Et, tout en tripotant l’écharpe blanche enroulée autour de la base de son cou,
“Anastasia” : “Cependant, la base de mon argumentation n’est pas l’état d’esprit dans lequel se trouve Julius. Je m’y oppose uniquement parce que, vu l’état dans lequel se trouve Natsuki-kun, il est trop dangereux d’essayer.”
Ram : “C’est un fait que c’est dangereux. Il est évident que cette situation est très tordue.”
Julius : “En effet. Comparé à la dernière fois, il semble que l’influence de la lecture du Livre soit beaucoup plus forte. La seule question est de savoir si c’est dû au fait d’avoir lu les Livres plus d’une fois ou si c’est dû au Livre spécifique lu.”
Ram : “Peut-être que c’est en même temps le nombre de fois qu’ils ont été lu et la personne à qui il appartient ?”
Alors que Ram et Julius se creusaient les méninges, Echidna hocha la tête dans leur direction avec un “Ahh”,
“Anastasia” : “Pour faire simple, pourrait-il y avoir un mécanisme par lequel le fardeau augmente avec le nombre de Livres lus… ? Ou, peut-être, pourrait-il s’agir d’une distorsion de l’esprit due au fait de voir les souvenirs d’une personne proche de soi ? Je pense que les possibilités sont divisées en deux.”
Ram : “Une personne proche de soi, hein ?”
Echidna avait levé les doigts, et à son hypothèse, Ram s’était tourné vers Subaru. En la voyant lui jeter un regard, Subaru tenta désespérément de ne pas crier de là où il se trouvait, le visage pressé contre le milieu de la poitrine délicate de Béatrice.
Il était fort probable que les suppositions d’Echidna soient correctes.
La raison pour laquelle le cœur de Subaru avait subi tant de dommages était due à sa dernière supposition――la cause de ce fardeau était probablement parce qu’il avait consulté les souvenirs de quelqu’un qu’il connaissait bien.
Les personnes impliquées dans des relations plus étroites――ces souvenirs frais de la vie apporteraient un plus grand impact.
Il était naturel que les gens s’intéressent davantage à leurs proches compagnons qu’aux personnes avec lesquelles ils avaient des relations plus distantes.
Subaru souhaitait également que ce soit un fait. En fait, les esprits de Subaru et de Meili avaient presque fusionné, et il commençait à comprendre qu’il voulait la connaître.
En conséquence, Subaru en était venu à faire face au vide insondable dans la profondeur de “soi-même”.
Cette jeune fille avait porté ce sentiment de vide toute sa vie――
Émilia : “――De toute façon, on ne peut pas rester sans rien faire. Partons à la recherche de Meili.”
Un fort sentiment de silence résonna dans la pièce.
C’était Émilia qui avait levé fermement les yeux, les deux mains posées sur sa poitrine, et qui avait dit cela. Émilia avait attiré l’attention de tout le monde dans la Bibliothèque, et Subaru écarquilla les yeux à ses paroles.
Subaru : “Recherche… ?”
――Recherche, rechercher… C’est quoi ce bordel. Qu’est-ce que ça signifie ?
――Meili, elle, bon sang, mais “je” suis déjà morte.
――Même s’ils ne se sont jamais préoccupés d’elle avant qu’elle ne meure.
Émilia : “Même si nous la retrouvons, il sera probablement trop tard. Si seulement nous avions été avec cette fille, mais nous n’aurions probablement pas pu. Mais, au moins, nous devons trouver son corps.”
Subaru : “――――”
Émilia : “Alors, personne ne sait où cette petite fille a pu vagabonder ? Il faut d’abord la retrouver… Et après, on verra ce qu’on peut faire. Partons à sa recherche.”
Les paroles d’Émilia n’étaient pas solides, elles étaient loin d’être fiables et avisées.
Quel était le but de tout cela ? L’insistance du “moi” à l’intérieur de Subaru restait immuable. D’ailleurs, il aurait dû argumenter que c’était une façon utile d’utiliser le temps, s’il était réaliste.
Cependant, personne dans cet endroit ne s’opposait à la suggestion d’Émilia.
Il n’y avait pas une seule personne qui la rejetait catégoriquement et qui disait qu’elle se trompait.
Par conséquent, la proposition d’Émilia fut suivie d’une discussion réaliste sur la façon de procéder pour rechercher Meili. Elle annonça qu’ils allaient se diviser en groupes pour partir à sa recherche.
Émilia : “Nous n’avons pas d’autre choix que de changer nos plans pour aujourd’hui. Nous devons nous séparer et partir à sa recherche.”
Ram : “Avant ça… Ram va vérifier si Rem est en sécurité. Avant de partir à la recherche d’Émilia-sama, de Barusu et de tous les autres, j’étais avec elle dans la salle de l’Esprit… Je vais y retourner maintenant, une fois de plus.”
Julius : “Pas de soucis, Mademoiselle Ram… Subaru, c’est un peu cruel de demander ça, mais je veux m’en assurer. As-tu aussi vu les derniers instants de Mademoiselle Meili dans son Livre des Morts ?”
Subaru hésita à répondre à la question soigneusement formulée par Julius.
La réponse à cette question, à savoir s’il avait vu les derniers instants de Meili, était oui. Subaru avait vécu le moment même où la vie de Meili avait été anéantie.
Son cou avait été étranglé, elle avait perdu connaissance alors qu’on l’étouffait, ses pensées avaient été remplies de haine et de désespoir, puis elles s’étaient arrêtées brusquement――c’est sans doute à ce moment précis que sa vie avait cessé.
C’était Natsuki Subaru qui avait vécu cela et avait été impliqué dans la dissimulation du cadavre de la jeune fille.
Natsuki Subaru aidait l’homme qui “m”’avait tuée. Le Natsuki Subaru qui “me” connaissait, n’aidait personne d’autre que “Natsuki Subaru”, le plus détestable en ce monde.
“Anastasia” : “――Natsuki-kun, je veux que tu répondes. As-tu vu ses derniers instants ? Où est-elle maintenant ? As-tu vu ce qui a causé sa mort ?”
Subaru : “――――”
Echidna avait continué à harceler Subaru de questions alors qu’il restait sans voix. Il semblait que les émotions dans ses mots indiquaient qu’elle ressentait de la méfiance sur son joli visage.
Ses paroles le mirent sur les nerfs. Son rythme cardiaque s’accéléra, son dos commença à transpirer. Il craignait que Béatrice, à ses côtés, ne s’en aperçoive.
――En fait, Subaru se demandait si tout le monde savait qu’il était impliqué dans la mort de Meili.
Subaru se demandait s’ils le savaient déjà et s’ils feignaient l’ignorance pour lui arracher des aveux en usant de ruses pour l’acculer au pied du mur.
Ces idées saugrenues lui traversaient l’esprit. Mais, à chaque fois que ces idées lui venaient à l’esprit, leurs regards les démentaient comme étant plausibles.
Les yeux d’Émilia, de Béatrice, d’Echidna et de Julius s’étaient tournés vers Subaru.
Les idées brouillées, Subaru ne faisait que se débattre pour se protéger frénétiquement et ses mains étaient tachées de sang. Il possédait un cœur si laid et si pourri, c’est ce qu’il semblait.
Alors, mieux encore, écoute “mes” désirs――
Subaru : “――Je n’ai rien vu juste avant qu’elle ne meure. Il ne fait aucun doute qu’elle est à l’intérieur de la Tour, cependant.”
Subaru mordit fermement les tentations apportées par ce “moi”.
Des sentiments dangereux étaient en train de germer au plus profond de lui――elle essayait de convaincre Subaru d’avouer son crime. C’était la douce malédiction léguée par Meili Portroute.
Ces pensées venaient assurément de naître au sein de Subaru.
Elles voulaient qu’Émilia et les autres retrouvent le cadavre de Meili. La retrouver, la pleurer, se repentir de ce qui s’était passé, lui faire ressentir de la peine, les pensées en lui voulaient soulager les émotions comprimées dans son cœur.
Il en arrivait à ne plus savoir qui de Natsuki Subaru, “moi-même”, et “Natsuki Subaru” désirait quoi.
“Anastasia” : “…As-tu encore la force de relire le Livre ?”
Béatrice : “Echidna !”
Echidna lui avait lancé une suggestion que l’on pourrait qualifier de complètement impitoyable, alors qu’il luttait pour décider de ce qu’il voulait. Pendant une seconde, Subaru tenta de répondre par un “Si tu dis que je dois le faire”, mais avant qu’il ne puisse le faire, Béatrice s’était emportée contre elle.
Tout en continuant à enlacer la tête de Subaru, les yeux ronds de Béatrice s’aiguisèrent.
Béatrice : “Quel nom Betty doit-elle crier, en fait… ! En tout cas, je ne laisserai pas ça se produire, je suppose. Passé ça, je m’y oppose, pour des raisons affectives et d’autres, en fait.”
“Anastasia” : “Étant donné les risques d’être unis en une seule personne, je ne l’aurais jamais sérieusement recommandé. Je voulais m’assurer qu’il était préparé au cas où, c’est tout. Je n’avais pas l’intention de l’obliger à le faire, même s’il insistait.”
Béatrice : “…Espérons que c’est ce que tu pensais vraiment, je suppose.”
Béatrice parla avec colère par-dessus son épaule à Echidna qui s’empressait de retirer ses paroles.
Immédiatement après cet échange, ce furent simultanément Émilia et Julius qui rompirent le silence gênant que le duo avait laissé derrière lui.
Émilia : “Ça suffit ! Je ne suis pas non plus d’accord pour pousser Subaru à faire des choses plus téméraires. Je ne veux pas non plus qu’on en discute éternellement ici… il faut qu’on se décide à agir vite.”
Julius : “Je suis entièrement d’accord avec Émilia-sama――dans ces circonstances, nous pouvons supposer qu’il est très probable qu’un accident ait frappé Mademoiselle Meili. Quelque chose a pu se produire, comme glisser du balcon ou des escaliers, ou elle a pu sortir de la Tour…”
Shaula : “――Ce n’est pas ce qui s’est paaaassé.”
Shaula, qui n’avait pas encore participé à la conversation jusqu’à ce moment-là, intervint pour démentir les inquiétudes de Julius.
Elle avait ramassé le Livre des Morts de Meili, qui était tombé à ses pieds. Tout en le prenant par le dos, elle le secouait de gauche à droite.
Shaula : “Paaaarce que si la mordeuse de chevilles numéro deux était sortie de la Tour, je me serais certainement transformée en une killing machine ! Ce que je veux dire par là, c’est que personne n’est allé à l’extérieur~.”
Émilia : “Tu es vraiment prompte à toucher le Livre que nous hésitons à toucher, pour une raison ou une autre.”
Shaula : “Le laisser par terre m’inquiète un peu. Et si quelqu’un pense que c’est un manque de respect envers la Bibliothèque… Je ne veux pas être une mass murdering presence, tu sais ?”
Sur ces mots, Shaula brandit le “Livre des Morts” entre ses mains, comme si elle jonglait avec.
Son attitude semblait être née de la peur de manquer de respect envers la Bibliothèque, mais elle semblait plus dénuée de scrupules qu’autre chose. Julius se renfrogna devant son attitude.
Julius : “Mademoiselle Shaula, j’aimerais que tu arrêtes de jouer avec le Livre. Tu es…”
Shaula : “Vous pensez que mon cœur n’est pas rempli de chagrin ou quelque chose comme çaaaa ? Je ne suis pas sûre d’avoir dit une telle chose. Il est certain que la mordeuse de chevilles numéro deux s’est accrochée à moi assez souvent. Je ne détestais pas non plus Numéro Deux, mais… en fin de compte, à l’exception du Maître, je ne me soucie de personne d’auuuutre !”
D’un air indifférent, Shaula sourit et ignora les paroles de Julius.
Il ne put déceler aucune intention malveillante dans ce qu’elle venait de dire. C’était sans doute ce que Shaula ressentait vraiment, du moins, c’est ainsi que Subaru le percevait.
En bref, elle faisait partie de ces personnes dont il avait du mal à comprendre certaines émotions, par rapport aux gens ordinaires.
――En fait, non. Depuis qu’il était arrivé ici, Subaru n’avait eu qu’un contact limité avec eux ; il n’était pas étonnant qu’il soit incapable de comprendre leurs véritables sentiments.
Il se demanda quelles émotions complexes pouvaient se cacher de l’autre côté du masque de son visage souriant.
Toutefois, c’était quelque chose qu’il n’avait que trop bien réalisé maintenant, après avoir assimilé “ma” vie.
Émilia : “――Séparons-nous, nous allons chercher Meili. Subaru, tu restes ici avec Béatrice.”
Et au milieu de l’auto-condamnation de Subaru et de l’atmosphère gênante laissée par Shaula, Émilia éleva la voix et intervint avec quelques mots pour les pousser tous à l’action. Le cœur de Subaru se serra de honte en entendant les instructions de la fille.
Ils veulent “me” trouver――
Émilia : “Béatrice, je te laisse Subaru, d’accord ? Je vais aller voir où se trouve Reid.”
Béatrice : “Très bien, en fait――Émilia et tous les autres, soyez prudents, je suppose.”
Échangeant ces mots, et le plaçant sous la responsabilité de Béatrice, Émilia et Béatrice trièrent les rôles de chacun, priant pour qu’il y ait un coup de chance dans cette situation.
Émilia emporta avec elle Ram, Echidna et Julius, et retourna dans la Tour à la recherche de Meili.
En les voyant disparaître de la Bibliothèque, Subaru ne trouva pas les mots pour les saluer――
Béatrice : “――Eh bien, je devine que tu n’as pas l’intention d’aller avec eux, en fait.”
Après le départ du groupe de recherche, elle avait été laissée sur place aux côtés de Subaru. Tout en fixant Shaula, Béatrice avait déclaré cela sans ménagement.
En recevant le regard cinglant de Béatrice, Shaula répondit d’un ton exagéré par un “Maiiiiiiis”,
Shaula : “Tu dois te rappeler que mon rôle ici n’est que celui de la Gardienne des Étoiles, nooon ? Donc, étant donné que j’ai pris ce titre, mon corps et mon âme appartiennent au Maître… donc si le Maître le souhaitait, je suivrais ses requêtes avec tout ce que j’aiiii.”
Béatrice : “Si c’est le cas, tu dois aussi partir à la recherche de Meili, je suppose. Ne traîne pas ici.”
Shaula : “――Hm, vraiiiiment, c’est vrai ?”
Soudainement, Shaula tourna le cou et regarda en direction de Subaru, l’air sur son visage semblant presque coquet.
Jetant un coup d’œil par-dessus la tête de Béatrice, elle interrogea directement Subaru à ce sujet. Il y avait quelque chose d’envoûtant dans son apparence――l’expression faciale de Shaula, au lieu de l’habituelle apparence nonchalante de son visage, montrait pour la première fois des signes de quelque chose d’autre que l’habituelle attitude juvénile qu’elle possédait.
Subaru : “――――”
Le cœur de Subaru bondit à nouveau à la vue du charme de son visage, c’était comme s’il avait subi une attaque surprise. Par réflexe, il leva le visage et plongea son regard dans les iris noirs de Shaula, dans lesquels il ne pouvait rien lire.
Face à Subaru, les lèvres de Shaula se détendirent, et ne montrant aucune trace de malveillance, elle tint le Livre des Morts devant sa poitrine généreuse.
Shaula : “Si le Maître le voulait, je renverserais même la luuuune. C’est pourquoi je veux l’entendre de la bouche du Maître, pas de celle de la demi-démone, ni de celle de la mordeuse de chevilles numéro un, ni de celle du beau gosse.”
Subaru : “Je…”
Shaula : “Maître, que dois-je faire ? Veux-tu que je cherche la mordeuse de chevilles numéro deux ? Ou… ?”
Shaula interrompit ses paroles, choisissant de ne rien dire au-delà de ce point.
Cependant, tout en attendant la décision de Subaru et en tenant le Livre des Morts près de sa poitrine, Shaula se retint d’en dire plus. Subaru réfléchit mais ne trouva rien à répondre face à son attitude imperturbable.
Où se trouvait la bonne réponse au fond de lui-même ?
Subaru : “――――”
Ses émotions conflictuelles face à ce qu’Émilia et les autres avaient suggéré prouvaient l’actuelle existence contradictoire de Subaru.
――Meili Portroute, sa vie, qu’on ne pouvait en aucun cas qualifier de longue.
En lisant le contenu de son Livre des Morts, celui-ci l’avait grignoté à sa guise, comme s’il digérait des parties de lui ; blasphématoirement mâché, avalé, et digéré par un estomac invisible.
“Natsuki Subaru” avait pleinement savouré “ma” vie dans les deux sens du terme.
Par conséquent, les consciences mélangées de Natsuki Subaru et de “Natsuki Subaru” se divisaient en quelque chose qui ressemblait à moitié à de la schizophrénie, ayant également recueilli la petite fille.
――Subaru voulait cacher la manière dont Meili était “morte”.
――Subaru souhaitait qu’ils trouvent le cadavre de Meili qu’il avait lui-même caché.
――Subaru détestait “Natsuki Subaru” qui “m”’avait tuée.
C’est ainsi que des souhaits contradictoires naquirent à l’intérieur de Subaru, l’incitant à essayer de réaliser leurs désirs.
Subaru : “――Shaula, va chercher Meili. S’il te plaît, va aider Émilia et tous les autres.”
Avant même qu’il ne puisse le remarquer, Subaru donnait quelque chose comme un ordre concernant ce qu’il fallait faire au sujet de Meili.
Recevant ses instructions, Shaula haussa les sourcils et redressa son corps en guise de salut.
Shaula : “Bien reçu ! Si c’est ce que le Maître désire, je ferai le nécessaire !”
Lui faisant un clin d’œil tout en le saluant affectueusement, Shaula tendit le Livre vers Subaru. Il reçut le Livre qui ressemblait à un poids noir à ce moment ; Shaula tira la langue en direction de Subaru dont le visage s’était figé en un froncement de sourcils.
Elle avait un air malicieux, comme si elle cherchait à se venger ; elle se détourna de Subaru et descendit les escaliers de la Bibliothèque d’un bond géant. Il vit ses cheveux noirs se balancer et disparaître peu à peu de son champ de vision. Sentant qu’il était libéré d’une grande tension, Subaru laissa échapper un soupir de soulagement.
Subaru : “Des choses si étranges…”
――Natsuki Subaru, faussement accusé, qui ne voulait pas divulguer sa participation au crime, ni les laisser trouver son cadavre.
――“Moi”, la victime, qui souhaitait que l’on retrouve mon corps et que l’on efface la colère et les regrets qui m’habitaient.
――“Natsuki Subaru”, l’auteur du crime, qui a assassiné des gens et accumulé les actes de malveillance les uns après les autres.
Toutes ces pensées se côtoyaient dans un même corps, toutes se profilaient et tentaient de pousser Natsuki Subaru à choisir l’une d’entre elles.
S’il ne tenait qu’à sa peau, il aurait fermé la bouche concernant la vie et la mort de Meili, il se serait creusé les méninges pour falsifier le contenu qu’il avait vu dans le Livre des Morts.
En fait, il en était incapable, Subaru n’avait pas vraiment l’intelligence nécessaire pour faire un tel acte, mais plus que cela, il ressentait de l’hostilité envers “Natsuki Subaru” et soulignait “mes” propres regrets――il y avait de la colère envers lui-même, en laissant un être aussi malfaisant faire ce qu’il voulait.
Il était vrai que la dernière fois, et la fois précédente, et même avant, quelqu’un avait assassiné Subaru.
Mais même cela semblait être un complot monté par “Natsuki Subaru” tapi à l’intérieur de lui. Il semblait probable qu’il s’agissait d’un piège, mis en place pour pousser Subaru à agir de façon irréfléchie et à haïr les autres.
Après tout, ce qu’il avait pensé avant de lire le Livre des Morts était correct, n’est-ce pas ?
Émilia, Meili et tous les autres, aucun d’entre eux n’était vraiment mauvais. Le seul à être mauvais était Natsuki Subaru, n’est-ce pas ?
Béatrice : “Subaru, ce n’est pas bon pour toi de te morfondre dans tes pensées, en fait. Il vaudrait mieux que tu laisses tomber ce Livre, je suppose.”
Subaru : “――――”
En la remarquant, Béatrice était agenouillée juste à côté de lui, le regardant avec une expression inquiète dans les yeux.
Juste en face de lui, elle lui lançait un regard inquiet――il refit surface dans son esprit qu’Émilia l’avait regardé exactement de la même façon. Un sentiment de malaise s’empara du cœur de Subaru.
Les émotions que Béatrice laissait échapper――elles n’étaient pas dirigées vers Natsuki Subaru lui-même, mais plutôt vers “Natsuki Subaru”.
Il lui semblait terriblement malhonnête de recevoir cela lui-même après avoir caché le fait qu’il avait perdu la mémoire, et par-dessus le marché, avoir gardé le silence sur la vraie nature de “Natsuki Subaru”.
Ne devrait-il pas leur dire ?
En un rien de temps, c’était l’actuel Natsuki Subaru qui avait violemment arraché la “vie” de Meili. Si c’était ce qui allait se passer, alors, avant que ce danger ne soit à nouveau tourné vers Émilia, Béatrice et les autres――
Subaru : “…Pourquoi es-tu aussi gentille envers moi ?”
Béatrice : “――Attends, c’est une question si soudaine, en fait. Qu’est-ce qu’il y a, je suppose ?”
Subaru : “Non, laisse tomber…”
Pour conclure, s’il voulait comprendre le sens des relations qu’il avait empruntées, il avait peut-être besoin d’entendre ce qui s’était passé avant qu’elles ne deviennent ainsi――leur véritable opinion.
Il avait besoin de savoir pourquoi Émilia, Béatrice, et tous les autres avaient une telle foi en “Natsuki Subaru”, et se tournaient toujours vers “Natsuki Subaru”.
Subaru : “――――”
Au moment où il essaya d’y réfléchir profondément, un sentiment d’hésitation s’éleva dans le cœur de Subaru.
Ce “je” s’était tourné vers Elsa. Émilia et les autres, qui dans ce monde traitaient Natsuki Subaru comme quelqu’un de proche, ils se tourneraient vers “Natsuki Subaru”.
Une pierre précieuse que seul Natsuki Subaru pouvait avoir, que lui seul pouvait contempler.
Les traces, l’odeur persistante, les vestiges, la chaleur qui aurait dû être là, pourquoi Natsuki Subaru était-il le seul à y être exposé avec une telle proximité ?
Subaru : “――――”
Pourquoi, un tel homme.
Pourquoi, un être humain si cruel.
Pourquoi, un homme avec un sourire si cruel.
Pourquoi, cet homme impliqué dans la mort d’Elsa.
Pourquoi, cet homme qui avait ri en assassinant Meili.
Pourquoi, cet homme qui a tenté de dissimuler “ma” mort.
Pourquoi un tel homme, cet homme, cet homme――était-il si aimé ?
Subaru : “――――”
Je veux savoir. Je ne sais pas. Je veux savoir. Je ne sais pas. Seul moi, seul Subaru, seul “moi” ne connaît pas la raison. Je ne sais pas. Je ne comprends pas. C’est tellement unilatéral.
Subaru : “――――”
Si je demande, est-ce que je comprendrai ? Si je demande, est-ce que je pourrai le remettre en question ? Peux-tu me le dire ?
Penses-tu que c’était sincère ? Le sourire que j’ai exprimé, le sourire que j’ai affiché était faux, il y avait un vide dans mon cœur. C’est parce que tout le monde porte des masques, même toi, Natsuki Subaru. Même si tu n’as pas voulu le montrer à ta mère et à ton père à l’extérieur de la maison.
S’il existe un moyen de connaître la vérité, où est-il ? Que pensent-ils vraiment de moi, quels sont leurs vrais sentiments, pourquoi croient-ils tous en “Natsuki Subaru” ?
“Je” peux te le donner――un moyen de savoir.
(Note de Traduction : Cette partie en italique représente les pensées internes de Subaru. Meili intervient seulement dans la dernière phrase.)
Subaru : “――――”
Une voix résonnant dans son esprit le séduisit cruellement. Et il réalisa que la solution au problème qui dominait ses pensées depuis si longtemps était toute proche.
La réponse ne se trouvait-elle pas entre ses deux bras jusqu’à présent ?
Béatrice : “Subaru ?”
Fixant le silencieux Subaru, Béatrice plissa les yeux avec inquiétude.
Sans retourner son regard, Subaru baissa simplement les yeux entre ses bras.
Subaru : “――――”
――Un ouvrage noir et lourd, qui semblait offrir un accueil macabre à sa curiosité.
