05 — À chacun son mal-être

Diverses discussions avaient eu lieu, ainsi qu’une certaine confusion au moment de prendre une décision concernant les voyageurs ; de nombreux problèmes s’étaient posés au moment de faire leurs adieux aux personnes qui restaient en arrière, mais malgré tout, le matin de leur départ était enfin arrivé.
Subaru : “Il semblerait que le groupe soit plus grand que je ne le pensais, mais…”
En croisant les bras, Subaru observa les personnes qui allaient voyager à ses côtés dans la “Tournée à la Conquête de la Tour du Sage.”
Les deux camps participants étaient le camp d’Émilia et le camp d’Anastasia. Le camp d’Émilia était représenté, bien sûr, par Subaru, Émilia et Béatrice, ainsi que Rem, la dormeuse perpétuelle, et Ram, qui l’accompagnait. Il y avait Anastasia, la guide pour les Dunes de Sable d’Augria, et son Chevalier Julius. En comptant Meili, qui avait été amenée comme dresseuse de bêtes pour qu’ils puissent passer les hordes de bêtes démoniaques qui vivaient dans les dunes, cela faisait un total de huit personnes.
Si l’objectif avait simplement été une opération militaire classique, les effectifs mobilisés pour la reprise de Pristella avaient été plus nombreux, et Subaru avait déjà connu des marches d’envergure lors de la traque de la Baleine Blanche ou de la bataille contre l’Archevêque du Péché de la Paresse.
Mais un déplacement vers une région aussi lointaine, avec huit personnages clés formant le cœur du voyage, représentait une configuration de grande ampleur que Subaru avait rarement, voire jamais, expérimentée.
Subaru : “Je me demande si ça va vraiment bien se passer…”
??? : “Tu t’inquiètes de quelque chose, Subaru ?”
Il se tordit le cou en imaginant un futur lointain, et vit Émilia apparaître dans son champ de vision. Subaru se racla la gorge avec un “Ahem”, adressé à la fille portant une robe légère pour voyager loin et parla,
Subaru : “Quand je pense à l’endroit où nous allons, je ne peux m’empêcher d’être nerveux. À part ça… J’ai peur d’aller dans un endroit dangereux avec un si grand groupe, car il est difficile de protéger autant de personnes.”
Émilia : “Tu as sans doute raison. Rem et Ram viennent aussi. Subaru devra se faire protéger par Meili et Anastasia.”
Subaru : “Et puis quoi encore ! Je suis déjà traité comme un non-combattant ?!”
Émilia : “Allons, Subaru. Il est évident que c’est juste une blague. Tu es pris au sérieux, après tout.”
Lorsque Subaru cria soudainement en direction d’Émilia avec ses poings serrés, elle se mit à rire, ne pouvant se retenir. Subaru aussi se mit à rire après cette réaction, mais la raideur de son léger sourire pardonnait sa plaisanterie.
À vrai dire, les capacités au combat de Subaru étaient largement inférieures à celles d’Émilia. Du point de vue d’Émilia, Subaru était celui qui devait être protégé――bien sûr, elle ne voulait pas le considérer uniquement comme ça.
Subaru : “La prochaine chose spécifique qui me rendrait mal à l’aise serait…”
Après avoir pris une pause dans sa conversation avec Émilia, Subaru tourna son attention vers l’avant.
Ils étaient déjà dans le jardin frontal de la résidence Roswaal, et les préparatifs du départ se déroulaient à merveille. Au-delà du champ de vision de Subaru, se trouvait un carrosse, assez grand pour transporter une dizaine de personnes. Les têtes de deux dragons terrestres étaient reliées, dans le but de tirer le carrosse. Les deux étaient des races capables de voyager sur de longues distances.
Le problème était la situation à côté du carrosse draconique. Il y avait un dragon terrestre noir de jais, immobile, et une petite silhouette qui s’était retrouvée face à face avec le museau du dragon terrestre, ce dernier la regardant fixement.
Expirant un soupir de stupéfaction devant la situation, Subaru s’interposa entre les deux qui se regardaient fixement.
Subaru : “Tu as été qualifiée d’utilisatrice de bêtes démoniaques, mais tu ne peux même pas t’entendre avec les dragons terrestres ?”
Meili : “Allons, onii-san. Ne te méprends pas. Les seuls animaux que je peux discipliner sont ceux qui sont mauvais et qui ont des cornes. Tout autre animal ne m’aimera pas, car je dégage une odeur comme ces enfants.”
Subaru : “Alors voilà ce qu’il en est… C’est pas un peu compliqué à vivre ?”
Subaru haussa les épaules face à l’explication de Meili, et caressa le museau de Patrasche, tout en continuant à fixer la jeune fille. Lorsque Subaru toucha cette femelle dragon terrestre très orgueilleuse, elle renifla sans ménagement la puanteur de sa main.
C’était comme si elle le faisait pour remplacer la puanteur de la fille en face d’elle par la propre odeur de Subaru.
Subaru : “C’est vraiment inhabituel de voir Patrasche être aussi brusque, elle qui est tolérante et sait être attentionnée… On dirait que vous êtes vraiment incompatibles.”
Meili : “Je peux être relativement amicale avec les autres animaux, mais ce dragon terrestre est trop attaché à onii-san. Elle est tellement attachée que j’ai l’impression que si je baisse ma garde, je vais me faire mordre. Onii-san, si tu ne la disciplines pas correctement, je vais devenir la nourriture de cet animal, alors fais attention.”
Subaru : “Ne dis pas des choses aussi effrayantes comme si de rien n’était… Allez, Patrasche, du calme, tout doux.”
Calmant le dragon un peu agité mais très affectueux, Subaru installa rapidement Meili dans le carrosse draconique. De plus, cette dresseuse de bêtes, qui allait voyager avec eux, avait peu de bagages. C’était une fille qui emportait rarement des affaires en premier lieu. Mais malgré cela, elle avait apporté le panda en peluche que Subaru avait fabriqué. Le charme enfantin qu’elle avait était en effet splendide.
??? : “À force de devoir ménager les humeurs des demoiselles, on dirait que tu en baves pas mal, Natsuki-kun.”
Subaru : “…Si tu le penses vraiment, j’aimerais bien que toi, au moins, tu évites de m’en rajouter.”
Alors que Meili était poussé dans le carrosse draconique, Anastasia l’interpella d’un ton taquin. Anastasia――cependant, à l’intérieur se trouvait le renard blanc, Echidna.
Durant les vingt jours qui séparaient Pristella du manoir, la plupart des différences avaient été aplanies. À ce rythme, si elle continuait à se faire passer pour Anastasia, il deviendrait difficile de les distinguer.
Anastasia : “J’aimerais bien que tu ne te montres pas aussi soupçonneux. Je t’ai pourtant répété que ce n’était pas mon souhait non plus. C’est bien pour ça que j’ai accepté de servir de guide sur une route aussi dangereuse, non ?”
Subaru : “Sur ce point aussi, compte tenu de ta créatrice, je considère qu’il est possible que tu aies des plans différents. Je l’ai déjà dit plusieurs fois, alors n’oublie pas. Ce n’est pas comme si je ne voulais pas te faire confiance. Je me sentirais beaucoup plus à l’aise si je pouvais te croire.”
Anastasia : “Ce n’est pas amusant d’être à ce point désavantagé à cause de quelqu’un dont je ne me souviens pas. On dirait que cette créatrice, dont je ne me souviens pas, t’a bien déplu.”
Subaru : “――――”
Anastasia : “Ne te mets pas en colère contre moi. Bon sang, c’est effrayant.”
Alors qu’il jetait un regard furieux à Eridna, elle se déguisa à nouveau en Anastasia et pinça ses lèvres, retournant à son état initial. Sur ce, elle passa devant Subaru et entra dans le carrosse draconique. Après cela, le nombre de personnes était――
??? : “Subaru-kun, puis-je teeee~ parler un iiiinstant~ ?”
Après avoir été interpellé verbalement, il se retourna et vit Roswaal à l’entrée du manoir.
Aux côtés du Margrave vêtu d’un costume de clown, se trouvaient deux personnes, Émilia et Julius. Tout en pensant à l’étrangeté de cette combinaison, Roswaal se tourna vers les trois personnes en fermant un œil.
Roswaal : “Tout d’abord, j’imagine que ce voyage va prendre presque deux mois. Pour cette raison, je pense qu’il pourrait y avoir des situations imprévues à mi-chemin. Émilia-sama et Anastasia-sama seront sûrement capables de gérer chacun des problèmes qui se présenteront, maiiiiis~…”
Émilia : “Mhm, tu peux compter sur moi. Ce n’est pas comme si j’allais rester à ne rien faire, après tout.”
Roswaal : “Ces paroles sont rassurantes. Je suis vraiment satisfait de la progression d’Émilia-sama… Dans ce cas, en laissant les inquiétudes du voyage à l’appréciation de chacun, passons à un point capital à gaaaarder en tête――il s’agit de Ram.”
Tout le monde : “――――”
Roswaal avait prononcé cette phrase à voix basse, ce qui changea l’expression de Subaru et des autres.
Les longs cils d’Émilia tressaillirent, tandis que les joues de Subaru se raidissaient comme s’il était plongé dans une profonde réflexion. Et puis Julius, la seule personne sans lien avec le camp à cet endroit, fronça légèrement les sourcils.
Julius : “Êtes-vous certain qu’il soit approprié que je sois présent pour cette discussion ? Si ça concerne les affaires internes de votre camp, Mathers-kyo, vous savez pertinemment qu’en tant que Chevalier d’Anastasia-sama, il ne serait pas judicieux de m’en révéler le contenu… même s’il ne s’agit que d’une simple servante.”
Roswaal : “Je ne parle pas à n’importe qui, voyons. Julius Juukulius-dono. En observant votre comportement au manoir, ainsi que la manière dont vous traitez Subaru-kun, j’ai jugé que vous étiez quelqu’un de digne de confiance. Considérez donc cela comme une requête fondée sur cette confiance.”
Subaru : “Ça fait longtemps que t’as pas été aussi louche, Rozchi.”
Émilia : “Désolée… moi aussi, j’ai un peu cette impression…”
Alors que Roswaal répondait d’une voix grave aux inquiétudes de Julius, Subaru et Émilia levèrent presque en même temps la main pour plaisanter et détendre l’atmosphère.
Même en mettant de côté ses antécédents, ses propos étaient bien trop éloignés de ce qu’on attendrait habituellement de Roswaal. Lui-même semblait s’en rendre compte, car il adressa un sourire forcé à Subaru et aux autres en disant : “Allons, vous n’exagérez pas un peu ?”.
Roswaal : “Bon… c’est vrai que ça manque peut-être de force de conviction, mais tant pis. Toujours est-il que je pense sincèrement que Julius-kun n’est pas du genre mesquin à s’acharner à fouiller les failles d’un camp rival… Ce n’est pas quelqu’un d’aussi vil. Voilà pourquoi je souhaite aussi que vous écoutiez la suite. Il s’agit d’une affaire de vie ou de mort.”
Julius : “De vie ou de mort…”
Avec un air profondément sérieux, Julius murmura ces mots, et Roswaal acquiesça.
Roswaal : “Comme Subaru-kun et Émilia-sama le savent déjà, la constitution de Ram est quelque peu particulière. Son corps n’est pas en mesure de contenir pleinement les talents qu’on y déverse. Ou, pour le dire autrement, son enveloppe charnelle ne peut fournir le “carburant” nécessaire à la flamme de son talent.”
Subaru : “…Tu sais, je n’en ai jamais entendu parler de façon détaillée.”
Roswaal : “Vraiment ? Aaaaalors~, sais-tu qu’elle est de la race des Onis ?”
Subaru : “Ça, oui… plus ou moins.”
Bien sûr, il savait que Ram et Rem étaient toutes deux des Onis.
Plus de deux fois maintenant, il avait été sauvé par Rem, qui pouvait exercer son pouvoir Oni à sa guise en faisant pousser sa corne. Il avait également entendu Ram raconter qu’elle avait perdu sa corne et qu’elle était “sans corne”.
C’est pourquoi Subaru pensait que cela n’avait rien de particulièrement surprenant, mais,
Julius : “――Une Oni, dites-vous ?”
Subaru : “Julius ?”
La personne qui avait baissé la voix et révélé son étonnement était la personne à côté de lui, Julius. Sur son beau visage, ses sourcils s’étaient levés, une perturbation visible dans ses yeux jaunes.
Julius : “J’ai entendu dire que le clan Oni avait été détruit.”
Roswaal : “Le dernier village a été incendié il y a presque dix ans, et Ram en est la dernière survivante… enfin, en tenant compte de Rem, ce sont plutôt les deux sœurs qui sont les dernières survivantes.”
Subaru : “――――”
C’était une déclaration lourde de conséquences, mais Subaru ne s’immisça pas dans la conversation. Il était plus surpris qu’irrité de voir que ces sœurs faisaient partie d’une espèce plus rare que prévu.
Émilia : “Les Onis se sont-ils éteints pour une raison particulière ?”
Roswaal : “…Rassurez-vous, Émilia-sama. L’extinction des Onis relève d’une sélection naturelle inévitable. En refusant de s’adapter au cours de l’époque et en s’accrochant obstinément à d’anciennes coutumes, ils en ont payé le prix. Ils n’ont en aucun cas été décimés ni conduits à l’extinction par la discrimination ou les préjugés.”
Émilia : “…Je vois.”
Émilia jeta un regard compréhensif et mélancolique à l’explication de Roswaal.
Elle aussi était issue de circonstances rares ; Émilia était une demi-elfe. Il était naturel pour elle de ressentir un malaise et une certaine sympathie pour le clan Oni qui avait péri, laissant derrière eux ces deux-là.
Subaru : “Nous savons que ces deux-là sont membres du clan Oni. Et alors ?”
Subaru sentait que la conversation commençait à stagner, il la déplaça donc d’une voix intentionnellement forte. Lorsque Émilia et Julius levèrent leurs visages en réponse à cette voix, Roswaal toucha son menton et prit la parole,
Roswaal : “En laissant de côté Rem, dont les fonctions corporelles sont actuellement à l’arrêt, le corps de Ram présente, comme je l’ai expliqué, un défaut. Celui-ci provient de la perte de la corne, un organe essentiel pour le peuple des Onis. Normalement, la corne supplée à l’énorme quantité de Mana nécessaire au fonctionnement du corps. Or, incapable de produire ce Mana, son organisme est en permanence rongé par la douleur et l’épuisement.”
Émilia : “C’est donc à ce point-là… ?!”
Roswaal : “Il n’est pas surprenant que vous soyez choquée, Émilia-sama. Cette fille est trop fière, trop forte. Pas une seule fois elle n’a laissé transparaître la moindre souffrance sur son visaaaage.”
En réponse à Émilia, dont la gorge s’était bloquée, Roswaal secoua lentement la tête.
La stupeur d’Émilia, Subaru la partageait. Il savait que Ram n’avait pas de corne. Il savait aussi, par bribes rapportées par Rem, qu’avant de la perdre, les capacités innées de Ram étaient exceptionnelles.
Mais il n’avait jamais imaginé que l’absence de cette corne impliquait une autre pénalité que la simple perte de puissance, ni que cette sanction continuait encore aujourd’hui à la ronger.
Julius : “――Je comprends. J’ai saisi où vous vouliez en venir, Mathers-kyo.”
Alors qu’ils n’en étaient encore qu’à ce stade de la discussion, Julius hocha soudainement la tête et déclara cela d’un ton assuré. Cette réaction fit lever un sourcil à Roswaal, qui laissa échapper un “Oh ?”, tandis que Subaru et Émilia échangeaient un regard surpris.
Jusqu’ici, il n’avait été question que de confirmer la constitution particulière de Ram. Comment Julius avait-il pu comprendre la demande de Roswaal à partir de si peu ? Devant Subaru et Émilia, encore stupéfaits, Julius passa la main dans sa frange pour la lisser.
Julius : “Les caractéristiques propres au clan Oni sont leur capacité à manier une quantité colossale de Mana et une puissance physique hors du commun. Le pilier qui soutient ces deux aspects, c’est la corne――un organe qui n’existe chez aucune autre race. Si cette corne ne peut plus remplir son rôle et que le corps en souffre, alors quelque chose doit nécessairement prendre la place de la corne.”
Roswaal : “Je regrette presque de ne pas me souvenir de vous. C’est remarquablement perspicace. Être percé à jour aussi vite, c’en est presque aaaagréable.”
Émilia : “Ah, je vois… c’est donc ça…”
Roswaal admirait Julius pour son explication. Émilia tapa également des mains après avoir compris. D’un autre côté, Subaru était la seule personne encore perplexe et laissée pour compte. Dès que la discussion touchait au Mana, Subaru, profane en la matière, se retrouvait systématiquement à la traîne.
Subaru : “Hey, ne faites pas comme si tout était clair pour vous seuls. En clair, ça veut dire quoi ?”
Julius : “C’est très simple. Le corps de Mademoiselle Ram réclame, depuis l’extérieur, une quantité de Mana équivalente à celle qu’elle recevait lorsqu’elle avait encore sa corne. Privée de cet organe, elle ne peut plus l’obtenir par elle-même ; il lui faut donc quelqu’un capable de lui fournir ce Mana de l’extérieur… et c’est à nous qu’on le demande.”
Roswaal : “D’ordinaire, je m’en charge discrètement la nuit, vous saaaavez.”
Subaru : “…Ah ?!”
À l’intérieur de Subaru, la leçon de Julius et les paroles de Roswaal permirent aux rouages de son cerveau de s’enclencher.
Chaque nuit, il voyait Ram se précipiter vers la localisation de Roswaal avec excitation. Pour être honnête, Subaru détournait le regard face à la vivacité de la relation suspecte entre un maître et une servante.
Après avoir compris les circonstances, en y repensant, peut-être que c’était tout ce qu’il y avait ?
Roswaal : “Quelque chose t’est venu à l’esprit, Subaru-kun ?”
Subaru : “N-non, rien d’important. Vas-y, continue.”
Roswaal : “En es-tu certain ?”
Même si le malentendu qu’il entretenait depuis plus d’un an avait été dissipé, ce n’était toujours pas suffisant pour le corriger.
Tout d’abord, la famille de Roswaal était une bande d’individus louches, avec la façon dont ils avaient essayé de rencontrer la Sorcière Echidna pendant des générations et des générations. Roswaal lui-même était remarquablement attaché à Echidna, ce qui était difficile à oublier. En découvrant qu’il ne la trompait pas avec Ram, il était encore plus convaincu de son obsession.
Julius : “Toutefois, il y a un bémol, Mathers-kyo. Concernant cette demande, j’ai l’impression de ne pas être assez compétent pour l’accepter.”
Du côté de Subaru, qui avait des pensées inutiles, Julius secoua la tête en s’excusant. Ce geste fit plisser les yeux de Roswaal.
Roswaal : “Il ne s’agit ni de modestie ni d’une volonté de ne pas soutenir les membres d’un autre camp… Offrir du Mana à Ram nécessite les attributs Feu, Eau, Vent et Terre. Pour cette raison même, je pensais que vous seriez plus apte qu’Émilia-sama.”
Julius : “Mathers-kyo, vous avez probablement ces attentes à cause de ces filles autour de moi.”
Sur ces mots, Julius desserra les lèvres avec un frêle sourire. Puis, l’homme qui avait répondu révéla de faibles lumières volant autour de lui, six types de lumière étant visibles.
Ils étaient connus comme les six Quasi Esprits avec lesquels Julius avait conclu un Contrat――mais actuellement,
Julius : “À propos de mes bourgeons… Pour le moment, leur lien avec moi a disparu. Si je pouvais encore revendiquer mon titre d’origine, je n’hésiterais aucunement à accepter votre demande.”
Roswaal : “Votre Contrat avec les Esprits a été rompu avec la suppression de votre Nom… Pourtant, ceux-ci ne semblent pas vouloir s’éloigner de vous, n’eeeest-ce pas ?”
Julius : “Il se peut que des résidus de ce lien subsistent en eux, ou que le Contrat existe encore mais soit devenu invisible… Quoi qu’il en soit, si je n’étais pas soutenu par la bienveillance de mes bourgeons, je serais déjà abandonné. Ce qui reste en moi est peu de chose, et il est incertain que ma modeste force puisse vous être d’une quelconque aide.”
Julius exposa la connexion avec les Quasi Esprits, et soupira. Après cela, il observa Subaru pendant une courte seconde. Subaru ne pouvait pas comprendre instantanément ce qu’il voulait avec ce regard, donc tout ce qu’il pouvait faire était d’avoir l’air troublé.
Julius : “――À l’heure actuelle, je suis simplement un Chevalier dévoué. Mes excuses.”
Roswaal : “Je voiiiis~. C’est vraiment dommage. Les dégâts sont importants, mais…”
Émilia : “C’est bon. Si Julius ne peut pas le faire, alors laisse-moi m’en charger.”
Roswaal baissa également le ton en raison de la tristesse de Julius, mais la personne qui prit sa place, gonflée de fierté, était Émilia. Avançant énergiquement, elle fit apparaître ses propres Esprits Mineurs autour d’elle.
Émilia : “Ils sont un peu différents des Quasi Esprits de Julius, mais je peux aussi emprunter les pouvoirs des Esprits Mineurs. Mon propre pouvoir magique est trop orienté sur l’attribut Feu, mais si les Esprits Mineurs peuvent me prêter leurs pouvoirs, alors je peux aussi utiliser des magies d’affinités différentes. Alors, ça vous va ?”
Roswaal : “Bien sûr. Je comptais solliciter non seulement lui, mais aussi Émilia-sama. Si vous êtes prête à vous en occuper, il n’y a aucun problème. Cependant… je pense qu’au début, maintenir la stabilité du Mana sera extrêmement difficile. Pour vous aider dans cette tâche, vous pouvez emprunter les capacités de Béatrice.”
Subaru : “De Béako ?”
Roswaal : “En matière de théorie et de gestion du Mana, Béatrice est extrêmement compétente. En ce moment, elle ne peut l’appliquer pleinement qu’avec Subaru-kun, mais elle parvient déjà à accomplir beaucoup avec peu de Mana, non ? J’aimerais que ce savoir soit mis à disposition d’Émilia-sama.”
Subaru : “Ne dis pas peu de Mana. Mais, j’ai compris.”
Si le travail conjoint d’Émilia et de Beatrice pouvait alléger le fardeau de Ram, il n’y avait a priori aucune raison de s’y opposer. Subaru était sur le point d’acquiescer, mais il s’arrêta net et pencha la tête.
Subaru : “Attends une seconde. Dans ce cas, pourquoi tu m’en parles à moi plutôt que directement à Béako ? Je veux bien être au courant, évidemment, mais la logique voudrait que tu t’adresses à elle, non ?”
Roswaal : “Parce que si je m’adressais à Béatrice, elle refuserait imméééédiatement sans la moindre raison valable, c’est sûr et certain. Elle est bien plus acerbe avec moi que tu ne l’imagines. Tu ne pourrais pas, toi aussi, lui dire d’être un peu plus indulgente avec moi ?”
Subaru : “Ah, non, impossible. Si je devais dire de quel côté je suis, je dirais que je suis complètement du côté de Béako, après tout.”
Il déclina avec aisance la demande de Roswaal, qui avait un air pitoyable sur son visage.
Ce qu’il avait fait était trop grave. Ce n’était pas un fossé qui pouvait être comblé en un an ou deux. Et puis, ce n’était pas comme si le monde était assez clément pour pouvoir se lier d’amitié sans effort avec quelqu’un qui aurait très bien pu vous tuer selon un léger changement de circonstances.
Subaru : “Quand j’y pense, être capable d’agir avec des individus qui m’ont tué ou passé à tabac… est-ce que ça ne ferait pas de moi un sacré numéro, en fait… ?”
Émilia : “Ah, Subaru, là, tu as clairement la tête que tu fais quand tu prends la grosse tête.”
Subaru : “J’ai une tête spéciale pour ça, moi ?!”
En tout cas, il avait accepté la demande de Roswaal.
Quant à Ram, Émilia et Béatrice s’en occuperaient. Émilia était motivée pour le faire, donc il ne devrait pas y avoir de problème si Subaru parlait à Béatrice plus tard.
Roswaal : “Je compte sur toi, Subaru-kun.”
Subaru : “Oh, tiens, tu es étrangement sérieux. C’est rare de t’entendre dire ça de cette manière.”
Roswaal : “Je peux l’être, oui――c’est la première fois que Ram essaie vraiment de s’éloigner de moi.”
Subaru : “――――”
Roswaal prononça ces mots avec un ton grave, sans aucune moquerie. Il détourna son regard de Subaru et leva les yeux vers le ciel bleu.
Roswaal : “Ram et moi n’avons aucun souvenir de sa jeune sœur jumelle. Mais, après tout, ceux qui sont concernés ressentent les choses différemment. Voir Ram s’opposer à moi avec autant d’émotion me glace le sang… C’est pour ça que je vous demande votre aide.”
Subaru : “…Ouais, je m’en souviendrai.”
Même après l’incident au Sanctuaire qui avait eu lieu il y a un an, Ram s’était dévouée à Roswaal. Même si Roswaal proclamait que tout le reste passait après la seule chose qui lui était chère, il y avait une part en lui qui ne pouvait rester indifférente face à tant de dévouement de la part de Ram.
Si cela représentait un changement, alors ce n’était certainement pas un mauvais changement.
Du moins, il valait mieux qu’il soit un humain capable de ressentir et de s’inquiéter pour ses émotions, plutôt que d’avoir un monstre incompréhensible comme allié.
Roswaal : “――Il semblerait que ce soit l’heure.”
Avant que d’autres mots ne soient échangés, Roswaal se retourna. Derrière lui, la porte du manoir s’ouvrit, laissant apparaître quatre jeunes filles. Toutes étaient officiellement des domestiques du manoir, et leur présence groupée imposait une certaine prestance.
Cependant, l’une d’elles dormait, tandis qu’une autre, son portrait craché, s’apprêtait pour le voyage. L’effet spectaculaire était donc légèrement atténué.
Frédérica : “Maître, les deux sont prêtes pour le départ.”
Roswaal : “J’apprécie ta diligence――Ram, sois prudente pendant le voyage.”
Roswaal répondit à Frédérica, qui avait fait son rapport très calmement, et interpella Ram, qui était équipé pour le voyage. En entendant cela, Ram pinça le bord de sa jupe et s’inclina poliment.
Ram : “Roswaal-sama, merci d’avoir bien voulu accéder à mon caprice. Je vous rapporterai à coup sûr des résultats à la hauteur de votre bienveillance.”
Roswaal : “J’attends beauuuucoup de toi. Cela dit, évite de te montrer imprudente. Et veille aussi à ce qu’Émilia-sama et Subaru-kun ne fassent pas d’excès. C’est égaaaalement ton rôle.”
Ram : “J’en suis tout à fait consciente.”
Subaru eut envie de répliquer par un “c’est l’hôpital qui se fout de la charité”, mais le regard de Ram l’en dissuada aussitôt. Battu par ce regard, il détourna les yeux vers la petite silhouette à ses côtés.
Il s’agissait de Rem. Elle portait des vêtements adaptés au voyage, et était maintenant transportée dans un fauteuil roulant poussé par Pétra――un modèle que Subaru avait recréé en s’appuyant sur ses souvenirs de son ancien monde.
À l’origine, une ébauche de fauteuil roulant existait déjà dans ce monde, mais celui-ci avait été amélioré avec des roulettes avant de type pivotant pour faciliter les manœuvres, un repose-pieds, ainsi qu’un siège retravaillé. Bien entendu, une ceinture de sécurité et des coussins protégeant la tête avaient également été ajoutés.
C’était un fauteuil roulant unique en son genre que Subaru avait fait fabriquer par Roswaal en dépensant son propre salaire.
Subaru : “Pour un long voyage, j’ai quand même peur que l’entretien pose problème…”
Frédérica : “Étant donné l’habileté de Subaru-sama et la qualité des matériaux employés, je pense qu’il tiendra sans difficulté pendant deux mois. Bien entendu, à condition de ne pas en faire un usage excessif.”
Pétra : “Faites bien attention à vous, Subaru… sama.”
Après avoir reçu l’aval de Frédérica, Subaru se vit confier les poignées du fauteuil roulant par Pétra. Une fois passé derrière Rem pour la pousser, il constata à quel point c’était plus facile que de la porter sur son dos.
Bien sûr, ce système ne donnait pleinement satisfaction que sur des routes pavées ; dans le désert, les plaines herbeuses ou sur du gravier, son efficacité restait limitée.
Subaru : “OK, ça devrait le faire. Pétra, Frédérica, prenez soin de vous aussi.”
Frédérica : “Nous veillerons sur le Maître, soyez sans crainte.”
Pétra : “Et également sur Otto-san et Garfiel-san, n’est-ce pas ?”
À ces paroles, Pétra et Frédérica acquiescèrent tandis que Subaru mettait le fauteuil roulant en mouvement.
Sur un voyage de deux mois, il était probable qu’Otto et les autres, restés à Pristella, terminent leur convalescence et reviennent au manoir de Roswaal.
Rassuré de laisser l’intendance à des domestiques fiables, Subaru poussa le fauteuil et se tourna vers le carrosse draconique.
Subaru : “Bon… c’est dur de se quitter, mais on ferait mieux d’y aller.”
Ram : “Pourquoi faudrait-il que ce soit toi, Barusu, qui donnes les ordres ? Ne prends pas la grosse tête.”
Subaru : “Je ne donnais pas d’ordres. Si tu veux, tu peux t’en charger, toi.”
Ram : “Tu crois vraiment que Ram est assez impudente pour ça ? Une servante digne de ce nom se doit de faire preuve de retenue et de prévenance. Évite donc de me forcer à ce genre de rôle.”
Subaru : “C’est quoi ton problème ? Tu es à l’âge où tu cherches juste à râler ?”
Ram : “Pas du tout. C’est juste que…”
Sur ce, Ram s’interrompit et jeta à Subaru un regard appuyé vers ses mains. Actuellement, celles de Subaru étaient occupées à pousser le fauteuil roulant de Rem.
Comprenant l’intention derrière ce regard, Subaru poussa un profond soupir.
Subaru : “Si tu voulais prendre la relève, il suffisait de le dire…”
Ram : “Si l’on considère la raison et l’objectif de la présence de Ram, il est évident que tu devais me céder cette place. …Mais puisque tu l’as compris sans que j’aie besoin de le dire, je peux au moins revoir légèrement mon jugement sur toi.”
À contrecœur, Subaru se décala et Ram prit sa place pour pousser le fauteuil. Avec une douceur infinie envers sa sœur endormie, elle fit avancer lentement le fauteuil en direction du carrosse draconique.
En observant leur dos s’éloigner, Subaru ouvrit et referma machinalement sa main désormais libre. C’est alors qu’une petite paume s’y glissa et la serra doucement.
Subaru : “Oh, Béako.”
Béatrice : “Même si tu fais une tête pitoyable, ça ne veut pas dire que tu aimes moins cette fille que sa sœur, en fait. Inutile de t’inquiéter. Subaru n’a qu’à faire ce qu’il peut, à sa manière, je suppose.”
Subaru : “Ce n’est pas exactement ça… enfin, si, peut-être que ça l’est ?”
Il n’avait pas le sentiment de s’être fait “retirer” un rôle, mais vu de l’extérieur, il donnait peut-être l’impression inverse.
Subaru touche sa joue avec sa main libre, la tira et la pinça légèrement. Aussitôt, cette main fut à son tour capturée par une autre main blanche.
Émilia : “Voilà voilà, les mains qui font n’importe quoi, je les confisque.”
Subaru : “Oh, Émilia-tan…”
Béatrice : “Quand cette fille se réveillera, j’ai hâte de voir ce que tu feras, Subaru, avec tes deux mains déjà prises, en fait.”
Émilia : “Ah, tiens, moi aussi ça m’intrigue un peu.”
Coincé entre Émilia et Beatrice, Subaru leur lança un regard embarrassé. En retour, il ne reçut que deux regards appuyés : l’un humide et insistant, l’autre amusé.
Pour couronner le tout, il sentit le regard perçant de Pétra dans son dos, ainsi que celui, froid et méprisant, que Ram lui lançait en se retournant près de l’attelage draconique.
Il était incroyablement encerclé de tous les côtés――alors, Julius laissa échapper un “Hmm” accompagné d’un hochement de tête, tout en étant témoin de cela. Face à cette réaction désinvolte, Subaru tordit exagérément les lèvres.
Subaru : “Quoi ? Si t’as quelque chose à dire, dis-le franchement ! Vas-y, je t’écoute !”
Julius : “Vraiment ? Dans ce cas, une seule remarque――entouré de dames aussi ravissantes, ta situation fait honneur à ta condition d’homme. Mais je ne peux m’empêcher de douter que tes deux mains suffisent à satisfaire toutes ces fleurs à la fois.”
Subaru : “Mais qu’est-ce que c’est que ça ! Pourquoi c’est moi qu’on accuse ?! J’ai fait quoi de mal ?!”
Devant Julius qui haussait les épaules d’un air blasé, le cri pathétique de Subaru s’éleva dans le ciel.
Malheureusement pour lui, à cet endroit, il n’y avait ni le Ministre des Affaires Internes ni l’Officier en Chef pour donner suite à sa déclaration.
Durant les deux mois de voyage à venir, Subaru n’aurait d’autre choix que de se battre seul sur tous les fronts.
Conscient de cette réalité, tandis que la chaleur transmise par ses deux mains lui inspirait confiance et affection, une inquiétude tout aussi intense monta dans sa poitrine. Ainsi débuta cette matinée de départ.
