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Web Novel • Arc 06

04Une raison de t’emmener hors d’ici

Artiste du fan-art : shakerizero

La conquête des Dunes de Sable mortelles d’Augria afin d’atteindre la Tour de Guet des Pléiades.

La dresseuse de bêtes démoniaques, Meili, avait rejoint le groupe de Subaru en tant que membre qui renforcerait leur confiance pour s’échapper du labyrinthe de sable――un labyrinthe dans lequel se trouvait un Repaire de bêtes démoniaques.

Cependant, même s’il avait été convenu qu’elle serait emmenée avec eux, cette fille avait été la résidente solitaire de la Salle de Confinement du manoir pendant une longue période, un an pour être exact, parce qu’elle avait aidé Roswaal. Elle avait par le passé coopéré avec la Chasseuse d’Entrailles pour attaquer le manoir, et naturellement, Subaru avait pensé qu’il serait naturel de discuter de la libération de Meili de son isolement, mais――

Roswaal : “Il n’y a riiien~ de mal à cela, n’est-ce pas ? Si Émilia-sama et Subaru-kun ont décidé de te laisser sortir, alors il ne devrait pas y avoir de problème. Quand bien même votre jugement s’avérerait inexact et qu’elle avait de mauvaises intentions, c’est vous qu’elle viserait, vouuuus~ savez.”

Roswaal donna volontiers la permission à Meili de partir. Le contenu de sa réponse était vraiment digne de Roswaal, mais l’important résidait dans le fait qu’elle avait obtenu sa permission pour le moment.

Et ainsi, Meili fut finalement autorisée à sortir de son année d’enfermement.

Meili : “Mmmmm~ ! Comme je le pensais, l’atmosphère extérieure est trèèès différente. C’était tellement exigu d’être dans cette pièce que j’avais l’impression d’étouffer.”

Subaru : “Mais tout de même, on a essayé de faire plein de choses différentes pour que tu te sentes mieux, hein. Ce n’était pas aussi mauvais que tu le dis, tu sais ?”

Meili : “Vraiiiiment ? Je salue votre préoccupation, mais être capable de bouger librement son corps est un sentiment totalement différent. Onii-san, si tu n’apprends pas à apprécier les petites choses, tu seras détesté par onee-san et ojou-chan bien avant que tu le saches, tu saiiiis.”

Les lèvres de Meili s’alignèrent en une moue tout en serrant sa pléthore d’animaux en peluche.

D’ailleurs, la personne que Meili appelait “onee-san” était Émilia, tandis que la personne qu’elle appelait “ojou-chan” était Béatrice. Elle se référait à Pétra en tant que “Pétra-chan”, Garfiel en tant que “onii-san”, et donc elle se référait raisonnablement à Otto en tant que “faiblard”.

Meili : “Je peux me reposer dans cette pièce ?”

Subaru : “D’après ce qu’on m’a dit, il ne devrait pas y avoir de problème. Quelqu’un est venu nettoyer cet endroit, même si c’est une pièce qui n’est pas utilisée très souvent, donc tu ne devrais pas te sentir mal à l’aise parce que c’est sale ou quelque chose comme ça. Frédérica a dû venir nettoyer la chambre au moment où nous avons sorti nos bagages.”

Meili : “…D’accord.”

Dans l’aile ouest du manoir de Roswaal se trouvaient de nombreuses chambres privées pour les domestiques――l’intérieur de l’une d’entre elles était actuellement inspecté par une Meili curieuse.

Meili avait été libérée de la Salle de Confinement. Cependant, sa position restait complexe. Naturellement, il était hors de question de l’expulser, car elle devait être prise en charge au manoir. Mais quel était son rôle exact ? Était-elle une invitée ? Était-elle une servante ? On ne pouvait pas la repousser au point de la qualifier d’invitée, mais on ne pouvait pas non plus la qualifier de domestique.

Ainsi, ils avaient décidé de la considérer comme une employée coopérative du manoir, car il aurait été inadéquat de la qualifier de servante, et il aurait été inadéquat de la qualifier d’invitée, et on lui avait assigné une chambre à l’étage des domestiques.

Ses effets personnels, qui étaient conservés dans la Salle de Confinement, avaient été apportés, donnant l’impression que cette pièce fade avait été teintée avec les couleurs de son choix.

Meili : “Même si j’ai été libérée, je ne sais pas combien de temps je vais rester ici, tu sais. Une fois que quelque chose qui ressemble à une opportunité de vivre en paix apparaîtra, je pourrais immédiatement m’enfuir, après tout.”

Subaru : “Eh bien, le plus important c’est que tu ne causes pas d’ennuis et que tu ne retournes pas auprès de cette Mama. Tu peux faire ce que tu veux à part ça. Oh, mais, je vais m’assurer que tu t’acquittes de ton devoir correctement. Après ça, tu pourras faire ce que tu veux.”

Meili : “Tu dis que quand t-t-t-tout sera réglé, je pourrai mourir où je veux ?”

Subaru : “Tant que ça n’arrive pas jusqu’à mes oreilles, je me fiche bien de savoir qui meurt et où… C’est ce que ma personne cynique et prétentieuse du passé dirait, mais je ne prononcerai pas de telles choses maintenant.”

Après que Subaru ait déposé toutes ses affaires dans la pièce, il caressa la tête de Meili qui restait immobile devant la fenêtre. Cette fille aux cheveux bleus tressés faisait scintiller ses yeux tandis que Subaru continuait à lui caresser la tête.

Subaru : “Je veux que la bande vive décemment, et meure décemment, quoi qu’il arrive. Tu es libre de partir si tu le veux, mais envoie-nous au moins une lettre ou quelque chose. Profite juste de ce temps aussi sincèrement que tu le peux.”

Il lui donna une légère tape sur la tête à la fin de sa déclaration, puis ramena sa main. Après avoir reçu cette tape sur la tête, Meili observa Subaru avec des yeux méprisants, mettant sa propre main à la place de celle de Subaru.

Meili : “…Onii-san, as-tu conquis ojou-chan et Pétra-chan comme ça ? Zuuut, même le fait d’être constamment en garde face à toi n’est pas suffisant.”

Subaru : “Ce n’était pas vraiiiment mon intention, tu sais.”

Se grattant la tête, Subaru finit d’aider Meili à apporter ses affaires personnelles et se dirigea vers la sortie de la pièce. Il n’avait pas l’intention d’aider à réorganiser la pièce après avoir terminé la tâche d’apporter ses affaires. En plus de cela, il y avait probablement un mur sans issue qui séparait le sens du réaménagement de Subaru et celui de Meili.

Ainsi, il avait décidé qu’il serait préférable de partir avant de faire quoi que ce soit d’inutile qui pourrait causer son aversion à son égard.

Meili : “Eh bien, je vais prendre tes paroles avec des pincettes. De toute façon, vous allez bientôt gâcher vos vies dans les Dunes de Sable d’Augria.”

Subaru : “Nous n’allons pas gâcher nos vies, nous allons les réunir. Et c’est là que nous nous appuierons fortement sur tes pouvoirs, donc nous comptons sur toi.”

Meili : “D’accord, d’accord.”

Subaru leva une main en direction de la fille qui l’envoyait balader pour qu’il parte. Meili, ne prêtant aucune attention à Subaru, sortit ses affaires de la boîte avec un air détaché et les disposa dans ce qui constituerait désormais sa chambre temporaire.

Comme elle l’avait dit, il était impossible de savoir combien de temps elle resterait ici, ni même si elle reviendrait un jour. Mais malgré tout,

Subaru : “Elle a l’air de bien s’amuser.”

Cette fille se complaisait dans sa propre chambre, alors qu’elle se promenait avec une démarche qui illustrait un enthousiasme débridé. Et tandis qu’elle arrangeait ses animaux en peluche préférés, le bonheur de la jeune fille, qui avait obtenu sa propre chambre pour la première fois, était clairement visible――cela ferait plaisir à n’importe qui, de voir un tel élan dans la démarche d’une jeune fille.


Avec la décision d’ajouter Meili au groupe, les participants à l’Excitante Excursion pour Interroger le Sage comprendraient ce groupe de sept――Subaru, Émilia et Béatrice, en tant que membres de la même organisation, et Julius, Anastasia et Meili, en tant qu’étrangers devenus collaborateurs. Et, une autre fille serait emmenée. Rem.

Les sept membres du groupe mentionnés ci-dessus allaient être confrontés aux Dunes de Sable d’Augria, situées à l’extrémité orientale du monde.

Les Dunes de Sable d’Augria, un endroit situé à l’extrémité du monde, se trouvaient directement à l’est du nouveau manoir de Roswaal――mais, comme le chemin qu’ils allaient emprunter était plus long que celui menant à la cité Aqueuse de Pristella, il leur faudrait près de vingt jours pour un aller simple.

En d’autres termes, le voyage aller-retour prendrait au total quarante jours. Ils arriveraient en toute sécurité à la Tour de Guet, et compte tenu du fait qu’ils y resteraient quelques jours, la durée de cette grande expédition pourrait très bien se transformer en quelque chose proche de deux mois à la place. Le problème avec cela était――

Subaru : “Hey, Pétra. Désolé de t’avoir laissée de côté, mais… s’il te plaît, arrête de faire la tête.”

Pétra : “Oh, pas du tout~. Je ne suis absolument pas en colère. Subaru-sama peut très bien continuer comme avant et aller faire plein de choses dangereuses je ne sais où, loin d’ici !”

Après avoir déjà été laissée de côté pendant un mois à cause des affaires de Pristella, il était désormais certain que deux mois supplémentaires allaient s’ajouter ; Pétra, dans ces conditions, faisait complètement la tête.

La jeune fille faisait virevolter une tenue de soubrette parfaitement adaptée à sa petite stature et avançait d’un pas pressé dans les couloirs du manoir, le menton levé et l’air ostensiblement boudeur. Quant à Subaru, il la suivait de près, se confondant en excuses et multipliant les paroles pour tenter, par tous les moyens, de lui faire retrouver le sourire.

À la base, on pourrait se demander pourquoi Subaru s’acharnait autant à essayer de regagner les bonnes grâces de Pétra ; mais de tout temps et en tout lieu, lorsqu’une fille se mettait ainsi de mauvaise humeur, la version communément admise voulait que le fautif soit presque toujours un homme.

En réalité, Pétra est l’une des représentantes féminines les plus riches en pouvoir féminin de tout le manoir. Or, les garçons un peu pathétiques capables de froisser son humeur ne manquaient pas : dans ce manoir, cela ne pouvait être que Subaru, Roswaal, Garfiel ou Otto――mais n’y avait-il pas, en vérité, encore bien d’autres coupables ? À vrai dire, tous les hommes n’étaient-ils pas des cas désespérés ? Et le jour où Puck reviendrait, il rejoindrait lui aussi ce bataillon de mauvais garçons. C’en était presque tragique. Quoi qu’il en soit――

Subaru : “C’est sûr qu’après être restée un mois coincée au manoir avec Roswaal, tu as dû étouffer un peu, mais enfin, c’est aussi un travail, alors faire la fine bouc… Guh !”

Pétra : “Ce n’est pas pour des choses pareilles que je me mettrais en colère ! Je ne suis plus une enfant, d’accord ! Arrête de dire des choses bizarres comme ça alors que j’ai Ram-neesama et Frédérica-neesama.”

Subaru : “Quand je pense qu’une fille qui donne des coups de tête au creux de l’estomac d’un homme prétend qu’elle n’est pas une enfant, c’est…”

Pétra, ayant provoqué l’agonie de Subaru avec un coup sur une partie vitale de son corps, semblait vraiment être en colère.

Les mains sur les hanches, elle bomba fièrement sa poitrine encore menue ; difficile d’y voir autre chose que de la puérilité, et pourtant, une vraie demoiselle se formait d’abord par l’esprit, bien avant que le corps ne suive. Dans le cas de Béatrice, en revanche, la croissance n’ayant jamais vraiment lieu, cela donnait l’impression que l’esprit se retrouvait lui aussi entraîné dans cette stagnation.

Subaru : “Mais Pétra, ce coup de tête ne venait-il pas d’un endroit plus élevé que les précédents ? Eh bien, même dans ce cas, j’ai eu l’impression qu’il y avait un petit moment au début de ton coup de tête précédent où tu étais sur la pointe des pieds avant de voler vers ma poitrine.”

Pétra : “…C’est désespérant. Je l’ai déjà dit à Béatrice, non ? Regarde bien ! En un mois, moi aussi j’ai grandi. J’ai grandi en taille, mes jambes se sont allongées, et mon visage est devenu encore plus mignon, tu ne trouves pas ?”

Subaru : “Ah… c’est vrai que tu as un peu grandi, oui. En taille comme en cheveux. Pour le visage, il était déjà mignon à la base.”

À l’origine, Pétra était déjà la plus jolie fille du village d’Arlam. Objet de l’admiration des garçons du village et solidement installée à la première place des filles à épouser, son recrutement comme servante au manoir n’avait pas été sans heurts.

Concrètement, cela avait pris la forme d’un tournoi de sumo improvisé en plein milieu de la place du village, opposant des enfants en pleurs les uns aux autres. À la fin, les adultes s’étaient joint à la mêlée et, pour une raison obscure, Subaru, complètement en lambeaux, avait été porté en triomphe. Une sorte de rite de passage parfaitement incompréhensible.

Quoi qu’il en soit, Pétra était aimée de tout le village, et son départ pour servir au manoir avait été profondément regretté.

Justement parce que Pétra avait un avenir prometteur, Subaru aimerait autant que possible lui faciliter la vie au manoir. Cela dit, son autorité à l’intérieur de la demeure était quasiment inexistante ; tout ce qu’il pouvait faire, au jour le jour, c’était veiller à lui accorder suffisamment d’attention pour qu’elle n’oublie pas complètement la vie ordinaire.

Subaru : “Pour une fille qui a l’âge où elle a envie de jouer, je n’ai même pas réussi à lui offrir ça. Même si elle est avec des grandes sœurs qu’elle connaît bien, enchaîner le travail sans arrêt, je comprends que ça finisse par l’étouffer.”

Pétra : “Ce… ce n’est pas vraiment de ça que je voulais parler, mais…”

Il ouvrit les bras comme pour apaiser une enfant boudeuse. Après une légère hésitation, Pétra se jeta dans ses bras. Il enlaça son petit corps et lui caressa la tête avec douceur, comme pour la réconforter.

Pétra : “Subaru… Je veux dire, Subaru-sama, vous allez encore faire quelque chose de dangereux ?”

Subaru : “Ce n’est pas décidé que ce sera dangereux, tu sais ? Enfin… disons qu’il y a une possibilité que ça le soit. Mais il y a aussi une chance que ce soit un super voyage sûr à prix cassé.”

Pétra : “Quelle est la probabilité de chaque résultat ?”

Subaru : “Je suppose que ce serait un ratio de huit contre deux, avec l’issue sûre étant la plus faible.”

Pétra : “Pour moi, ça semble être assez dangereux alors.”

Ne pas être capable de mentir lors d’une conversation sérieuse était une des mauvaises habitudes de Subaru.

Subaru avait l’impression que Pétra commençait à être mécontente alors qu’elle était serrée dans ses bras. Il laissa alors échapper un soupir, car il ne comprenait pas ce qui n’allait pas avec elle. Soudainement, Pétra commença à frotter son front contre son estomac.

Pétra : “Je suis inquiète. Subaru-sama est toujours comme ça, depuis que vous êtes arrivé au manoir, et depuis que je vous ai rencontré au village. Vous avez traversé tellement de choses, et vous allez partout avec diligence, sans même faire de pause… Ce serait bien si vous pouviez apprendre une chose ou deux de mon paresseux Maître.”

Subaru : “Nan. Même si Roswaal a donné son approbation, il a probablement de la sueur qui coule sur son front chaque fois que nous sommes dans un endroit qu’il ne peut pas voir. Je suis d’accord qu’il est inutile quand il s’agit de questions de vie ou de mort, par contre.”

Pétra : “C’était difficile avec les bêtes démoniaques, c’était difficile avec le Culte de la Sorcière, c’était difficile avec l’Araignée de Terre, c’était difficile avec la Statue de la Déesse, c’était difficile dans la Grande Forêt d’Élior, et c’était difficile de nettoyer les tombes aussi. Malgré tout ça, vous vous êtes battus avec le Culte de la Sorcière à Pristella, et ensuite Otto et les autres sont morts… Enfin, presque.”

(Note de Traduction : L’Araignée de Terre et la Statue de la Déesse font référence à des histoires annexes situées entre l’arc 4 et 5.)

Subaru : “Otto a failli mourir à ce moment-là.”

Otto meurt trop souvent.

Étonnamment, Subaru était tout à fait d’accord avec cette notion, mais il souhaitait qu’il ne meure pas tout simplement. Si Otto mourait, Subaru ne serait pas en mesure d’éviter de mourir lui aussi.

Sans pour autant se vanter d’une amitié que même la mort ne pourrait déchirer, cependant.

Pétra : “Pourquoi quelqu’un d’autre que Subaru-sama ne peut-il pas le faire ? Quelqu’un, une autre personne… Vous devriez juste laisser ça à quelqu’un de plus fort ou quelque chose comme ça, comme le Maître, puisqu’il a le temps.”

Subaru : “Je… Je comprends. Je comprends toute la frustration que tu as accumulée à cause de la façon dont Roswaal gaspille son temps aussi souvent. Arrête d’essayer de pousser Roswaal à la mort chaque fois que tu le peux. Il y a beaucoup trop de frictions dans ce camp.”

Ce ne serait pas un problème s’il ne s’agissait que de choses comme Roswaal ne remarquant pas comment Pétra mettait le liquide pressé de son chiffon de nettoyage dans son thé. Néanmoins, ce serait évidemment mauvais si elle commençait à montrer son hostilité et sa malice en termes plus clairs.

Avant que cela ne se produise, Subaru laissa échapper une voix autoritaire, mais Pétra fixa Subaru d’un regard sérieux. Les tromperies et les paroles non sincères ne seraient pas en mesure de la convaincre. De plus, par-dessus tout, Pétra était sérieusement inquiète pour la sécurité de Subaru.

Dire quoi que ce soit d’inutile et de négligent dans cette situation serait irrespectueux pour les sentiments anxieux de Pétra.

Subaru : “Eh bien, je comprends ton point de vue. J’ai vraiment compris. C’est vrai qu’il semble y avoir des bêtes démoniaques sur le chemin de la tour du Sage, c’est vrai que le labyrinthe du désert a la réputation d’être démesuré. Et je sais à quel point il est ridicule de chercher à atteindre un Sage qui nous en voudrait de nous être approchés de la tour… Mais quand bien même, il est hors de question que je laisse quelqu’un d’autre s’en charger.”

Pétra : “…Pourquoi ? Subaru-sama, n’êtes-vous pas en train de surestimer votre propre force ? Laissez Garf-san faire une affirmation embarrassante de la sorte.”

Subaru : “Le jugement de Pétra est vraiment strict à l’extrême ! Il n’y a pas moyen que je laisse Garfiel entendre ça !”

Les standards en matière de critique de Pétra étaient si sévères qu’ils feraient trembler beaucoup d’hommes en les entendant.

Il serait approprié de qualifier l’attitude de Garfiel à l’égard de sa faiblesse comme étant une attitude consistant à créer de fausses attentes tout en restant imperturbable. Toutefois, Garfiel s’était assuré de faire des efforts sérieux pour transformer ces fausses attentes en réalité. De plus, dans ce cas, le problème était probablement le fait qu’il serait plus fort en ayant ces convictions erronées.

Le problème en question ne pouvait donc pas être perçu par Garfiel, compte tenu de son interprétation de sa force par rapport à celle réelle.

Subaru : “Bon, en mettant de côté l’impression de Garfiel et sa façon de penser… Ce n’est pas comme si je… Ce n’est pas comme si je pensais qu’il n’y avait personne de plus apte à accomplir cette tâche. Et tout d’abord, tout laisser à Reinhard serait plus prudent à bien des égards comme préparation à l’évasion du labyrinthe de sable.”

Pétra : “Alors pourquoi vous ne le laissez pas faire ?”

Subaru : “Je me demande pourquoi. Bien que je sois quelqu’un qui aime être choyé, je ne pensais pas aspirer à l’honneur.”

En vérité, il ne savait pas très bien lui-même pourquoi il tenait tant à agir ainsi.

S’il devait malgré tout mettre des mots dessus, ce serait peut-être quelque chose comme ça :

Subaru : “――Non, en fait… c’est sans doute simplement ce que j’ai envie de faire. Même s’il y a peut-être quelqu’un de plus qualifié, même si je sais que les chances seraient meilleures avec quelqu’un d’autre, c’est moi qui veux le faire.”

Pétra : “Pourquoi ?”

Subaru : “C’est embarrassant mais… C’est parce que je veux être la première personne qu’elle verra à son réveil.”

Pétra : “――――”

Il n’avait pas précisé qui. Mais même ainsi, Pétra comprit de qui il s’agissait.

Si un moyen de réveiller cette fille――la fille qui gisait dans un état de profond sommeil continu――devait être trouvé à la tour du Sage, il voulait être celui qui le saisirait.

Même si quelqu’un d’autre était plus apte à le faire, même si quelqu’un d’autre que lui avait plus de chances de réussir, c’était la seule chose à laquelle il ne voulait pas renoncer. Il ne voulait pas y renoncer. C’était l’ego de Subaru.

Subaru : “Si je devais faire abstraction de mes sentiments et y penser d’un point de vue rationnel… N’importe qui pourrait être celui qui la réveillerait. Si quelque chose comme une maladie ridicule qui empêche les gens de se réveiller se répandait, et s’il s’agissait seulement de les sauver, je ne me soucierais pas que quelqu’un d’autre développe un vaccin ou un médicament miracle pour y remédier. Je ne me soucierais pas du processus, si ça signifiait les sauver.”

Pétra : “…Ouais.”

Subaru : “Mais si je laisse mes sentiments entrer en compte, je veux faire les choses moi-même. Je veux être celui qui les aide. Je veux être celui qui les réveille. Je veux tout donner et tout sauver.”

――Ainsi, Natsuki Subaru serait celui qui partirait.

D’innombrables autres personnes étaient plus fortes.

D’innombrables autres personnes étaient plus fiables.

D’innombrables autres personnes étaient plus sages.

D’innombrables autres personnes étaient plus merveilleuses.

Mais l’ego de Natsuki Subaru ignorait tout cela, et c’était donc lui qui avait choisi de partir. Seulement parce qu’il voulait être félicité par cette fille après l’avoir sauvée.

Subaru : “Désolé de t’avoir déçu avec mon égoïsme.”

Pétra : “――Vous m’avez vraiment déçu. Rien de ce que vous avez dit ne change quoi que ce soit pour moi.”

Subaru : “Hmm ?”

Après la reconnaissance par Subaru de sa propre honte, celui-ci caressa la tête de Pétra, se préparant à sa haine. Mais après que Pétra ait laissé échapper une voix peu claire, elle retira sa tête des bras de Subaru.

Subaru fut surpris de voir que ses yeux ronds et grands étaient brouillés par des larmes géantes. Et puis――

Pétra : “Ey !”

Subaru : “Un autre coup de tête――?!”

Pétra avait plongé sa tête pointue vers le bas, et son front avait causé une grande douleur au creux de l’estomac de Subaru.

Elle avait visé les parties vitales sans défense de Subaru, le faisant tomber à genoux, s’échappant promptement de ses bras d’un bond anodin, puis ferma un de ses yeux et tira la langue.

Pétra : “Subaru-sama, espèce d’idiot ! Vous êtes égoïste ! Allez donc faire ce que vous voulez !!”

Subaru : “Guh, oh…”

Pétra : “Parce que quand vous reviendrez après deux mois, je vous surprendrai en devenant une très belle fille. N’hésitez pas à regretter de ne pas être en mesure de voir cette croissance de près !”

Subaru : “Mhm, il y a vraiment quelque chose de malencontreux à ce sujet.”

Il ne serait pas inhabituel pour un enfant de changer pendant sa période de croissance si soudainement. Pétra était une jeune fille charmante de treize ans après tout, alors après deux mois, elle pourrait donner une impression complètement différente.

Subaru : “Pour te dire la vérité, j’ai aussi grandi de dix-neuf centimètres entre la septième et la huitième année…”

Pétra : “Hein ? Ça semble un peu impossible…”

Eh bien, le cas de Subaru était rare ; il n’avait grandi autant que parce qu’il était petit à l’origine. Bien que Pétra ait failli craquer devant l’ampleur des attentes qu’il avait à son égard, cette fille serra les poings peu après.

Et puis, en brandissant ses deux poings vers Subaru, elle déclara :

Pétra : “Quoi qu’il en soit ! Ce que Subaru-sama devrait faire, c’est aller de l’avant et voyager dans tous les endroits dangereux qu’il souhaite, en inquiétant tout le monde et en troublant tout le monde, et après ça, revenir comme il le fait toujours.”

Subaru : “On dirait que je suis une grosse nuisance pour les autres quand tu dis ça…”

Bien que, vu sous cet angle, la façon dont elle l’avait décrit n’était étonnamment pas loin de la vérité. En tout cas, Subaru étendit également ses deux mains, et fit correspondre les poings de Pétra avec les siens.

Subaru : “Bon, ça me fait un peu de peine de te demander ça à chaque fois, Pétra, mais continue de m’attendre tandis que je pars à mes petites aventures dangereuses. Quand je reviens, sois la première à me souhaiter la bienvenue. Ça, c’est ton privilège.”

Pétra : “…Vous ne laisserez pas Frédérica-neesama ou Ram-neesama le faire avant moi, n’est-ce pas ?”

Subaru : “Oui. Je le promets.”

Pétra : “Y compris le Maître ?”

Subaru : “Ne t’inquiète pas pour ça, si Roswaal est le premier à apparaître après notre retour, je le gifle.”

Pétra : “…Mhm, je comprends. D’accord, ça m’a convaincu.”

Pétra relâcha enfin ses poings et soupira, semblant céder. En y regardant de près, il fallait avouer que c’était surtout parce qu’elle avait voulu faire un geste d’abandon.

Pétra : “Bon sang, Subaru-sama est incorrigible…”

D’une certaine manière, il avait l’impression que tous ceux qu’il croisait lui disait la même chose.

Il sentait qu’il ne pourrait pas se faire à cette idée.


Bien qu’il ne soit pas inquiet au point d’être anxieux, afin de régler une question incertaine qui se trouvait dans le manoir, Subaru pénétra finalement dans cette pièce.

Subaru : “――――”

Entrer dans cette pièce était le seul moment où Subaru retenait naturellement sa respiration et allégeait ses pas.

Mais même s’il entrait dans la pièce en chantant à tue-tête et en tapant des pieds, la situation ne changerait certainement pas.

Pourtant, il avait peut-être inconsciemment décidé de garder le silence dans la pièce simplement par égard pour la fille qui était allongée sur le lit, dont la silhouette faisait gonfler la douleur dans sa poitrine s’il la regardait excessivement.

C’était un sommeil profond. Si elle était capable de se réveiller, il souhaiterait qu’elle se réveille à cet instant.

Toutefois, il estimait que perturber son sommeil profond serait apparenté à un blasphème. Cette fille, qui avait sombré dans un profond sommeil de rêves éternels, était précieuse pour lui à un tel point.

Subaru : “Je dis ça mais, bien sûr, ce n’est que ma propre croyance trop subjective, hein…”

En prononçant ces mots avec un ton de consternation, Subaru tira une chaise à côté du lit pour s’y asseoir. Juste comme ça, un mois s’était écoulé depuis qu’il avait mis les pieds dans cette pièce, et il retrouva le visage d’une Rem endormie, dont l’état ne montrait aucun changement, toujours dans un état de sommeil profond――et ce depuis un an.

Subaru : “Je suis de retour, mais je suis désolé de venir te voir aussi tard. J’avais quelques affaires à régler… et en plus, j’ai montré un peu d’hésitation en faisant cette visite à la toute dernière minute.”

Rem : “――――”

C’était évident mais, bien sûr, il n’y avait pas de réponse de la part de Rem endormie. Subaru faisait entendre sa voix, même s’il savait qu’il n’y aurait pas de réponse, et gardait une expression calme. Natsuki Subaru avait une expression qu’il n’exposait qu’à cette fille en particulier.

Il possédait une expression déterminée, indiquant qu’il était prêt à sacrifier sa propre vie pour le meilleur, qu’il ne montrait qu’à Émilia.

Il possédait une expression de confiance, qui donnait l’impression qu’il serait capable de confier sa vie, qu’il ne montrait qu’à Béatrice.

Et puis il possédait une expression qui exposait ses faiblesses qu’il essayait si souvent de dissimuler, l’expression qu’il ne montrait qu’à Rem.

Subaru : “Qu’est-ce que je devrais te dire… En réalité, il y a tellement de choses dont je peux te parler, tu sais ? Alors que je ne pouvais pas venir ici, j’étais à la cité Aqueuse de Pristella, et beaucoup de choses se sont passées là-bas. C’était un tel tumulte que, même si je te parlais de ça toute la nuit, il y aurait encore plus de choses à te raconter… Mais malgré ça, j’ai tout le temps du monde pour te parler de l’ensemble.”

Subaru glissa doucement sa main sur le lit, à la recherche de la main de la fille qui avait une couverture en tissu jusqu’à la poitrine, et commença à parler en saisissant la main de Rem.

Au sein de ses longs doigts, avec ses bras minces et pâles, sa douceur et l’existence de sa chaleur étaient évidentes, mais pour une raison quelconque, il y avait une mystérieuse sensation d’écoulement du sang――non, un signe de vie en elle était absent.

Une force solitaire en elle préservait sa vie. Cependant, il n’y avait aucune force en elle qui préservait à la fois sa vie et la rendait complète.

La vie de Rem, avec cette situation contradictoire, était figée dans le temps même maintenant, piégée dans un état de profond sommeil. Néanmoins――

Subaru : “Je vais peut-être enfin t’atteindre.”

Rem : “――――”

Subaru : “Bien sûr, il est aussi possible que mes attentes soient trop élevées et que je finisse par ne pas être satisfait. Bien sûr, il est également possible qu’au final, le Sage ne soit pas à la hauteur de son nom et que je finisse par ne rien avoir, pour ensuite m’excuser pour les informations inexactes.”

Rem : “――――”

Subaru : “Toutefois.”

Un chemin clair vers une solution, autre que vaincre la Gourmandise, était enfin visible.

Le chemin qu’il avait suivi pour atteindre cette réponse avait été largement tracé par d’autres, ce qui ne manquait pas de lui donner un sentiment d’impuissance, mais malgré tout, il entrevoyait enfin une lueur d’espoir――

Subaru : “Je n’ai pas osé demander à Echidna, j’étais trop intimidé…”

Dans le Sanctuaire, dans le Tombeau de la Sorcière, alors qu’il avait été invité en rêve à un thé mondain, il avait affronté Echidna, la Sorcière de l’Avarice, et en la rejetant, Subaru avait échappé à son contrôle. Ce choix avait été fait pour protéger l’âme fragile de Natsuki Subaru, mais en même temps, c’était une décision qui l’éloignait de la seule personne qui aurait pu l’aider à trouver un moyen de sauver Rem.

Bien sûr, il était difficile d’évaluer le degré de perspicacité d’Echidna, une sorcière très au fait du passé, sur un Archevêque qui brandissait son pouvoir dans le présent. Mais peut-être que s’il lui avait révélé la situation, écouter l’avis de la Sorcière aurait pu être utile.

Juste après avoir rejeté avec détermination la demande de la Sorcière, il avait été convaincu d’avoir pris la bonne décision. Mais à mesure que le temps passait, il avait l’impression que les saisons qui défilaient et le développement des relations laissaient Rem derrière lui. Il commençait à s’inquiéter quant à savoir si sa décision avait été la bonne.

Même s’il avait promis du fond de son cœur qu’il la sauverait, il n’avait pas encore pris de mesures concrètes à cette fin. Mais finalement, il était maintenant capable de faire quelque chose pour elle, étant sorti de l’impasse qui avait stagné à chaque fois.

Dans la ville de Pristella, une multitude de personnes avaient subi le même type de sort que Rem――et dans le but de les sauver, ils allaient entreprendre un voyage vers la Tour de guet des Pléiades. Cependant, s’il devait indiquer sa véritable motivation, la véritable raison qui poussait Subaru vers la Tour de Guet était Rem.

Même en comprenant que c’était à la fois déraisonnable et inapproprié, Subaru――

Subaru : “Je te sauverai, Rem. C’est le serment que j’ai fait.”

Tout comme elle avait été là pour Subaru en ces jours fragiles, en ces temps. Maintenant, dans ces moments où Rem avait le plus besoin de la main de quelqu’un, Subaru voulait être celui qui lui tendrait la sienne.

??? : “――Ça fait mal.”

Subaru : “――?!”

Subaru, qui avait les yeux fermés tout en prononçant des mots de détermination, entendit une voix qui lui fit lever brusquement le visage.

Il jeta un coup d’œil à Rem avec une surprise inconcevable dans les yeux, pour constater qu’elle était allongée là, tranquillement, les yeux fermés, tenant la main de Subaru en silence. Alors, la voix de qui avait――

??? : “Lâche sa main, Barusu. Le simple fait de regarder la force avec laquelle tu tiens sa main me fait souffrir.”

Subaru : “…Oh, c’est Ram.”

Se retournant vers l’entrée de la pièce, Subaru aperçut Ram qui se tenait là, son regard froid le poignardant. Après avoir été soulagé par son regard, Subaru s’empressa de relâcher sa main――celle qui tenait celle de Rem, ayant réalisé qu’il l’avait saisie avec plus de force qu’il ne le pensait.

Ram : “Je ne supporte pas de voir les doigts blanchailles de Rem être violés par les désirs sexuels de Barusu.”

(Note de Traduction : Blanchaille = Terme utilisé pour désigner les jeunes poissons immatures, qui mesurent entre deux et cinq centimètres. Ils sont considérés comme délicats.)

Subaru : “Peux-tu ne pas le présenter comme ça ? Ça va me donner l’impression que ma détermination antérieure s’est transformée en quelque chose de complètement répugnant.”

Après que Subaru ait lâché la main de Rem, Ram, qui était entrée dans la pièce, prit sa main à la place. La sœur aînée caressa doucement les doigts blancs et fins de sa jeune sœur, puis observa Subaru avec un regard de côté.

Ram : “Ta détermination était-elle vraiment aussi pure ? Médite un peu plus sur toi-même et refais ton discours… Si tu me convoites à la place, quelqu’un qui ressemble énormément à Rem, Ram aura aussi des frissons dans le dos et s’enfuira.”

Subaru : “Calme-toi. Même si vos apparences physiques sont extrêmement similaires, je ne vous confondrai jamais à cause des différences de rayonnement de vos personnalités intérieurs. Je ne suis pas un homme à moitié sincère qui ne juge que l’extérieur.”

Ram : “Vraiment ? Je suppose que c’est bon, alors. Même si tu as trouvé un moyen de la réveiller, il est difficile d’imaginer comment Rem se sentirait si Barusu l’avait oubliée au cours de cette année. Il serait surprenant qu’elle n’ait pas de haine envers toi, si les descriptions que tu as faites d’elle au cours de nos conversations ne sont pas de simples fantasmes, bien sûr.”

Subaru : “Tu as si peu confiance en moi… Nous nous connaissons depuis longtemps maintenant, tu sais ?”

Ram : “Haa.”

En soufflant avec son nez comme elle le faisait toujours, les mouvements de Ram indiquaient qu’elle était sur le point de quitter son siège. Alors qu’elle se levait de son siège, elle regarda dans la pièce et ensuite,

Ram : “Je dois me préparer à partir, donc, quelqu’un doit aussi préparer une deuxième série de vêtements pour Rem. Elle ne transpire pas, donc changer ses vêtements n’est pas nécessaire mais… son corps a besoin d’être nettoyé.”

Subaru : “――――”

Ram : “Quelque chose s’élargit sous ton nez, c’est dégoûtant.”

Subaru : “Je n’ai rien dit parce qu’il n’y avait pas vraiment quelque chose à ajouter mais, même quand je ne dis rien, c’est le traitement que je reçois ?!”

Prendre soin du corps de Rem――Rem, plongée dans un sommeil parce que son Nom et ses Souvenirs avaient été mangés, ne réagissait à aucun stimulus physique. Il n’y avait aucune raison pratique de faire des choses comme essuyer son corps et changer ses vêtements.

Il s’agissait simplement d’un réconfort : cela permettait à ceux qui l’entouraient de sentir qu’elle n’était pas totalement abandonnée.

Subaru : “――――”

Si l’on considérait uniquement les aspects pratiques, parler ainsi à Rem, ou prendre soin d’elle, n’avait aucune utilité.

Et pourtant, personne n’essayait d’empêcher ces actes qui semblaient inutiles, parce que tous comprenaient, sans avoir besoin de le dire, que toutes les actions ne produisaient pas nécessairement des résultats tangibles et que cela ne les rendaient pas moins importantes.

Subaru : “N’est-il pas temps que tu commences à ressentir que Rem est ta vraie sœur ?”

Ram : “――――”

Subaru lui avait posé cette question de façon inattendue alors qu’elle observait la silhouette de Rem endormie, lui prêtant sa propre main, avec une douceur qui ne convenait pas à la fille nommée Ram.

Même si Ram avait courageusement pris soin de Rem, aucun souvenir de cette fille qui représentait son autre moitié n’était resté en elle. La fille était si semblable à Ram, qu’il était impossible pour quiconque de prétendre qu’elles n’étaient pas apparentées. Mais si l’on considérait uniquement les véritables sentiments de Ram, sa relation avec Rem était faible.

Pourtant, des jours comme ceux-ci s’étaient écoulés pendant une année entière. Même si elle avait perdu ses souvenirs, il était possible que de nouveaux souvenirs différents se forment. Peut-être qu’en ce moment, des souvenirs précis prenaient forme dans la mémoire de Ram.

Ram : “Des sentiments sincères comme ceux-là ne germent pas aussi facilement. Aucun souvenir d’elle ne subsiste en moi et je n’ai jamais vu cette fille dans un état éveillé. Même si je peux imaginer qu’elle était probablement quelqu’un d’excellent et de digne, comme Ram.”

Subaru : “Bien sûr, elle était excellente, mais je n’ai pas vraiment de souvenir d’elle étant aussi digne. Au contraire, j’ai eu ma part d’inquiétude parce qu’elle était incontrôlable au point d’être imprudente.”

Elle avait effectivement pulvérisé la moitié de son corps, même si il y avait des circonstances.

Ram répondit à Subaru par un “Je vois”, de sa voix apathique, semblable au vent.

Ram : “Parler de souvenirs dont je ne me souviens pas, même si c’est juste pour me réconforter, n’est rien d’autre qu’un retour en arrière. C’est quelque chose que Ram n’aime pas beaucoup, Barusu.”

Subaru : “C’est vrai ? Si tu le dis, alors je vais arrêter.”

Ram : “…Après son réveil, si je retrouve mes souvenirs d’elle, nous pourrons parler de plein de choses. Mais même s’ils ne sont pas restaurés, tant qu’elle se réveille, alors tu pourras parler autant que tu le souhaites.”

En contemplant le visage de sa jeune sœur, Ram joua avec sa frange en gardant la même expression. Les cheveux de Rem tombaient librement au-dessus de son front pâle et Ram laissa échapper un petit soupir.

Son profil semblait cruel, mais doux, pour Subaru.

Même si elle ne se souvenait de rien, même si les souvenirs d’elle avaient été perdus, ce n’était pas comme si leur lien avait disparu. Et même s’il avait effectivement disparu, cela ne signifiait pas qu’ils ne pouvaient pas être forgés à nouveau. C’étaient là ses pensées.

Subaru : “Eh bien, laisse-moi m’occuper de tout ça. Je vais conquérir la tour de guet du Sage et ensuite faire en sorte que Rem se réveille. Et puis vous deux, les sœurs, vous aurez vos retrouvailles émotionnelles.”

Ainsi, Subaru prononça ces mots d’une manière excessivement brillante, avec une voix délibérément basse. Ce moment entre Subaru et Ram ne convenait pas à l’atmosphère calme de la pièce.

Cependant, Ram l’observa après ses remarques avec un regard extrêmement confus.

Ram : “Qu’est-ce que tu dis, Barusu ?”

Subaru : “Hein ?”

Après cela, Ram fixa Subaru avec un regard similaire à celui qu’on lançait à un idiot.

Ram : “Ram va aussi t’accompagner dans ce prochain voyage, donc le dire de cette façon est plutôt condescendant. Si les retrouvailles doivent être émouvantes, Ram les vivra elle-même.”

Subaru : “C’est une nouvelle que je n’avais jamais entendue auparavant, tu sais !”

En réponse à Subaru qui écarquillait les yeux de surprise, Ram lui lança un regard encore plus rempli de dépit.

Toutefois, ce regard n’était pas raisonnable, car il ne pouvait pas savoir ce dont on ne lui avait pas parlé, et il ne pouvait pas être au courant de choses dont il n’avait pas entendu parler.

Ram : “――――”

Lorsque Subaru insista pour savoir ce qu’il se passait, Ram se boucha les oreilles et adopta une attitude de refus.

Finalement, sans qu’aucune discussion sensée n’ait lieu, cette journée de préparation s’acheva.

――Ram et Rem, les sœurs, avaient été confirmées pour les accompagner.

Un voyage vers la Tour de Guet des Pléiades, pour rencontrer le Sage, Shaula.

C’était le genre de situation qui semblait s’annoncer, pour un total de huit participants, un large groupe.

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