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Web Novel • Arc 05

83Talent inexploité

Artiste du fan-art : 瑠璃クション

Le menu servi dans le restaurant était si copieux qu’il était difficile d’imaginer que la ville entière était en cours de reconstruction après l’attaque de plusieurs Archevêques du Péché.

D’ailleurs, il en allait de même pour la nourriture dans les centres de soins ; la grande variété de nourriture proposée faisait gargouiller l’estomac de Garfiel avec impatience. C’était très bien pour l’appétit de Garfiel, qui grandissait encore, mais cela l’amenait à se demander si, dans leur situation, un tel luxe était permis.

Wilhelm : “Même si la plupart des facultés de la ville ont été interrompues d’une manière ou d’une autre, à part quelques victimes humaines et l’effondrement de quelques bâtiments, l’étendue des dégâts est limitée. Les cœurs des habitants succomberaient avant la reconstruction complète, si une baisse de qualité de vie devait se produire à cause de cette terrible situation… C’est ce que semble avoir pensé Monsieur Kiritaka.”

Wilhelm s’adressa ainsi à Garfiel, qui avait haussé les sourcils en réponse à la nourriture qui leur avait été apportée.

Ils partageaient une table au restaurant, mangeant tranquillement, face à face. Les paroles du vieil épéiste firent écarquiller les yeux de Garfiel, qui se représenta l’homme mince dans sa tête.

Pour être honnête, Garfiel ne pensait pas beaucoup de bien de Kiritaka. Cependant, il avait entendu parler de tous les efforts qu’il avait déployés pour protéger la ville lors de l’attaque du Culte de la Sorcière.

Cela ne s’était pas vu, mais c’était une personne qui avait probablement travaillé dur. C’est pourquoi Kiritaka semblait avoir quelque chose en commun avec Subaru, dans la mesure où leur comportement normal et leur attitude en cas d’urgence contrastaient fortement――c’est pourquoi il ressentit une gêne.

Mimi : “Mmmm~ ! Miam miam ! Mimi pense que c’est super que la nourriture soit auuussi~ bonne, parce que ça permet de se sentir heureux ! La nourriture gratuite est la meilleure, c’est ce que la dame diiiit~.”

Garfiel : “Ha ! C’est une bonne chose qu’tu sois énergique. Tes manières… si respectueuses et correctes ! J’devrais te demander de m’aider à les apprendre plus tard.”

À côté de Garfiel, Mimi sourit et parla juste avant de commencer à manger. Étonnamment, Mimi semblait bien connaître l’étiquette du repas et savait comment manipuler correctement les ustensiles.

Wilhelm : “Garfiel-dono, tu…”

Garfiel : “N’en attendez pas trop d’moi. J’ai essayé d’corriger quelques trucs qu’ma sœur m’a dit d’faire, au cours de l’année écoulée.”

Wilhelm : “S’efforcer d’y parvenir est le bon choix. Tant que tu continues à essayer, jusqu’à ce que ça porte ses fruits.”

Il acquiesça et, voyant le fruit du travail de Garfiel, il ajouta la seconde moitié de ses mots.

Dans ses mains, le couteau et la fourchette étaient tenus d’une manière incroyablement peu soignée. Cela ne l’avait pas dérangé lorsqu’il vivait au Sanctuaire, mais depuis un an qu’il vivait dans le manoir Roswaal, Garfiel avait commencé à avoir honte de toute sa vie.

Les manières à table n’étaient pas la seule chose qu’il s’efforçait de corriger, il y avait aussi d’autres aspects. Cependant, il était difficile pour lui de dire qu’il avait réussi à corriger beaucoup d’entre eux.

Garfiel : “C’est vrai que ça m’fait défaut par rapport à la naine ici présente.”

Mimi : “Mimi fait ça depuis qu’elle est toute petite. La dame et le capitaine adorent manger ! C’est grâce à ça que je suis devenue très duée !”

(Note de Traduction : Sa réplique est “ジョウズ”, mais la façon correcte de l’écrire est “上手”, ce qui signifie “habile/douée pour”. Ils se prononcent cependant de la même manière.)

Garfiel : “Tous les autres membres d’notre groupe sont très convenables, hein ? Pas seulement ceux qui ont dû étudier l’étiquette, mais aussi le Cap’taine et Otto-aniki.”

En raison de leur position, il était parfaitement logique que tous les habitants du manoir Roswaal, y compris Roswaal lui-même, aient maîtrisé la formalité et la rigueur. Malgré leurs origines, Émilia et Béatrice en étaient également adeptes. Il semblait qu’il était facile d’apprendre avec une bonne pratique.

Mais dans ce cas, comment Subaru et Otto étaient-ils devenus si doués ? Il était possible de dire qu’Otto l’avait appris, étant issu d’une famille de marchands respectée, mais Subaru était un mystère complet. Toutefois, Subaru était connu pour avoir appris de nombreuses compétences au hasard, ce qui faisait un minimum de sens.

Garfiel : “J’crois qu’ce bâtard de Cap’taine serait capable de manger le riz avec ces deux bâtonnets. Comment on les appelle… des barguettes, c’est ça ?”

Mimi : “Pagueeeettes~, et c’est vraiment difficile ! Tout le monde à Kararagi les utilise, mais Mimi ne peut pas les manipuler correctement car ses mains sont trop petites !”

(Note de Traduction : C’est tellement difficile que Garfiel et Mimi le prononcent mal. Le mot s’écrit “ハシ” (prononcé “hashi”), et non “ハシと” (hashito), ni “ハシな” (hashina).)

Wilhelm : “Des baguettes, hein ? Comme c’est nostalgique. C’est vrai qu’elles sont délicates à manier.”

Même Wilhelm reconnaissait la grande difficulté d’utilisation de cet outil mystérieux qu’étaient les baguettes.

Du point de vue de Garfiel, c’était incroyable que Subaru soit capable de les utiliser pour amener de la nourriture vers sa bouche. Ram également.

Mais dans son cas, c’était probablement parce qu’elle avait toujours été exceptionnellement perspicace dans ces domaines.

Garfiel : “Wilhelm-jiisan n’est pas très doué avec les baguettes non plus.”

Wilhelm : “Je me suis rendu à Kararagi à plusieurs reprises, et j’ai donc essayé de les utiliser à ces occasions. Toutefois, je pense qu’il s’agit d’un outil plutôt difficile à utiliser au quotidien.”

Garfiel : “À Kararagi…”

Wilhelm : “Oui, quelques fois――comme lorsque je traquais la Baleine Blanche.”

Garfiel : “――――”

Wilhelm plissa les yeux de nostalgie, et Garfiel fut à court de mots.

Même s’il ne saisissait que les grandes lignes de l’histoire et n’était pas sûr des détails, Garfiel connaissait effectivement le lien entre Wilhelm et la Baleine Blanche, l’une des Trois Grandes Bêtes Démoniaques. En apparence, l’aîné avait voyagé dans plusieurs pays, à la recherche d’indices pour venger la mort de la Maître Épéiste de la génération précédente.

Après avoir surmonté des années de difficultés, Wilhelm avait finalement réussi à vaincre la Baleine Blanche. Néanmoins, le vieux bretteur, qui était censé avoir accompli sa vengeance, avait rencontré sa femme, dont l’âme avait apparemment été ramenée à la vie, et avait croisé le fer avec elle――

Wilhelm : “L’utilisation des baguettes était-elle la seule chose au sujet de laquelle tu voulais me poser des questions, Garfiel-dono ?”

Garfiel : “Oh, uhh…”

Wilhelm : “Bien sûr, il y a des choses que je ne peux pas te dire, mais je te dois une fière chandelle pour m’avoir donné la chance de faire face à ma femme. Si ce vieil homme peut répondre à quoi que ce soit, je le ferai.”

Garfiel : “――――”

Au sujet de sa femme, Wilhelm déclara cela avec assurance.

À présent, il était bien connu que les deux morts qui avaient rejoint le Culte de la Sorcière étaient l’ancienne Maître Épéiste et Kurgan aux Huit Bras. Une rage inextinguible éclata en songeant à ces actes de mépris envers les morts, mais ce sentiment fut mis de côté pour l’instant.

S’il avait une chose à demander, ce serait――

Garfiel : “Vous êtes sûrs que s’que mon incroyabl’ personne a combattu était vraiment Kurgan aux Huit Bras… ?”

Wilhelm : “Hmm… Que veux-tu dire ?”

Garfiel : “Eh bien, ça pourrait pas être un autre gars qui lui ressemble ? Si c’est pas l’cas, alors pourquoi ?”

Wilhelm : “Tu dis que quelque chose ne semble pas normal, hm――je vois, je comprends.”

Wilhelm acquiesça en entendant les paroles marmonnées et maladroites de Garfiel. Interrompant son repas, ses yeux bleus perçants fixèrent directement le jeune garçon en face de lui.

Wilhelm : “Le fait que tu aies réussi à gagner te fait-il douter de toi ?”

Garfiel : “…Mon incroyabl’ personne est la plus forte, j’me suis entraîné pour être le plus fort, j’vais pas m’arrêter maintenant. C’est s’qui doit être fait, c’est s’que mon incroyabl’ personne doit faire pour le Cap’taine. Mais c’est pas comme ça. Le sommet qu’mon incroyabl’ personne vise, c’est pas ça.”

Le héros. Le Dieu de la Guerre. Kurgan aux Huit Bras. Un être légendaire, le plus fort et le plus puissant de la Tribu des Bras Multiples, il était une légende dans l’Empire Sacré de Vollachia.

Au cours de la bataille, Garfiel avait cru à plusieurs reprises qu’il allait perdre, qu’il allait mourir, mais il n’avait survécu que de justesse. Il avait défié Kurgan en combat singulier et lui avait étranglé le cou.

Garfiel reconnaissait que le fait de s’en être sorti vivant était une grande réussite. De ce fait, les personnes qui l’entouraient avaient une opinion favorable. Même comparé à un Archevêque du Péché, sa force oppressante ne pouvait être ignorée. Le vaincre seul avait sans aucun doute été sa contribution à la défense de la ville.

Mais la conviction de Garfiel et ce qui s’était réellement passé ne concordaient pas dans son esprit.

Garfiel : “Wilhelm-jiisan, la Lame Démoniaque Wilhelm sait d’première main s’que c’est que d’combattre Kurgan aux Huit Bras. Qu’en avez-vous pensé, vieil homme ? C’était véridique ?”

Wilhelm : “――――”

Avec un regard comme s’il s’accrochait à quelque chose, Garfiel choisit de s’appuyer sur les souvenirs de Wilhelm.

Garfiel n’était pas sûr de la réponse qu’il souhaitait entendre. Serait-il satisfait si Wilhelm n’admettait pas qu’il avait tort ?

Mais même si Wilhelm niait le fait que Garfiel avait tort, serait-il encore capable de croire ce démenti ?

Wilhelm : “En effet, c’est vrai qu’il y a près de trente ans, j’ai fait la connaissance de Kurgan. Nous nous sommes affrontés quatre fois au total. Je lui ai coupé les bras et il m’a tailladé les entrailles… On peut dire que c’était une relation basée sur l’accumulation de batailles mortelles.”

Il y a peu, les relations entre le Royaume de Lugnica et l’Empire Sacré de Vollachia avaient été au plus mal depuis des centaines d’années, et un affrontement féroce s’était déroulé dans une ville proche de la frontière.

Pour éviter l’intervention du Dragon Divin, Vollachia avait envahi une ville en n’utilisant qu’un petit nombre de troupes. Wilhelm, le commandant de la Garde Royale de l’époque, avait été le seul à les combattre à ce moment-là.

Le combat ultérieur avait été équitable, les deux camps s’étant affrontés jusqu’à l’impasse. On raconte qu’après quatre batailles entre les deux forces, le conflit avait été réglé par la retraite du camp Vollachien.

Wilhelm : “C’était un bon combat. Avec huit bras et quatre Fendoirs Démoniaques, attaquer et se défendre contre les huit attaques d’un seul coup était une question de vie ou de mort…”

Garfiel : “Ouaip, ça s’est passé comme ça. En fait, j’ai failli y laisser ma peau.”

Wilhelm : “C’était un mouvement contre huit d’entre eux. Je devais donc choisir entre réduire d’abord le nombre de mouvements dont il disposait ou lui porter un coup fatal avec mon seul mouvement, tout en esquivant ses huit attaques.”

Garfiel : “…Oy, j’demande pas d’leçon sur la façon d’le battre…”

Garfiel aurait été intéressé par une discussion sur les tactiques, mais ce n’était pas le moment. Pour l’instant, il était plus intéressé par la réponse à sa question.

Aux paroles de Garfiel, Wilhelm secoua la tête horizontalement, en commençant par “Je m’excuse”,

Wilhelm : “Avec l’âge, on ne peut s’empêcher de se remémorer des souvenirs. En particulier ces derniers jours, je me suis retrouvé à le faire très souvent.”

Garfiel : “J’aime pas m’pencher sur le passé. J’peux pas me prononcer pour les autres, par contre.”

Wilhelm : “Plutôt que de contempler ton dos, ça revient à observer tes empreintes de pas pour voir comment tu en es arrivé à ta position actuelle. Cependant, je suis d’accord pour dire que ça me donne un air émotif――mais plus important encore, tu parlais de Kurgan.”

Le visage de Wilhelm vira au sérieux lorsque vint le moment de répondre à la question de Garfiel. Dans le regard du jeune guerrier, le vieux bretteur pouvait lire les inquiétudes qui le préoccupaient.

C’était tout à fait naturel, car l’hésitation et l’inquiétude étaient des murs que tous les combattants rencontraient au moins une fois.

Et la réponse à ce problème était――

Garfiel : “――――”

Wilhelm : “Mes excuses, mais je n’ai pas échangé de mots avec Kurgan durant notre combat de l’autre jour. C’était probablement lui, mais je ne pouvais pas me permettre de relâcher mon attention pendant mon propre combat. Par conséquent, je n’ai pas assez de preuves pour affirmer en toute confiance que celui que Garfiel-dono a combattu était bien Kurgan aux Huit Bras.”

Garfiel : “Aucune preuve…”

Wilhelm : “La réponse devrait être exactement celle que tu ressens, Garfiel-dono. Mais je comprends que tu n’en sois pas satisfait. C’est pourquoi je vais te faire part de mon opinion personnelle… Les deux personnes que nous avons affrontées, ma femme et Kurgan, n’étaient pas vraiment ces deux personnes.”

Alors que Garfiel haussait un sourcil, Wilhelm poussa un long soupir. Le sujet était trop lourd pour se terminer sans une explication claire.

Remarquant l’air confus de Garfiel, Wilhelm commença par dire “Puis-je ?”, avant de poursuivre sa déclaration,

Wilhelm : “Il ne fait aucun doute dans mon esprit que les personnes que nous avons combattues étaient des cadavres que le Culte de la Sorcière a souillés sans vergogne, pour en faire leurs marionnettes. Cependant, je crois que dans leurs derniers instants, ils ont pu reprendre le contrôle d’eux-mêmes et exprimer leurs pensées en toute sincérité.”

Garfiel : “――――”

Dans ses derniers instants, ou plutôt lorsque la bataille avait été tranchée.

Après avoir esquivé ses huit coups, Kurgan avait reçu une blessure mortelle des crocs de Garfiel, et ainsi sa fin était arrivée. Les mots que Kurgan avait prononcés juste avant de disparaître résonnaient encore dans ses oreilles.

Kurgan : “――Magnifique.”

Ne laissant qu’un seul mot, le Dieu de la Guerre s’était alors transformé en cendres et avait été dispersé par le vent. À ce moment-là, au moment de la victoire, il n’y avait eu dans son esprit que la joie d’être reconnu par une légende.

Néanmoins, au fil du temps, des pensées négatives avaient commencé à surgir. Comment avait-il pu vaincre aussi facilement le Dieu de la Guerre des légendes, alors que lui-même n’avait pas encore atteint son plein potentiel, qu’il n’avait pas encore fait face au tigre qui sommeillait en lui ?

Certes, il s’était agi d’une situation extrême, il avait mis sa vie en jeu, dans son dos s’étaient trouvés son jeune frère et sa jeune sœur, avec lesquels il n’avait pas échangé suffisamment de mots――était-ce la seule raison pour laquelle il avait été victorieux ?

Wilhelm : “Kurgan était un homme peu loquace. Je ne serais pas surpris si, même dans ses derniers instants, il n’avait pas voulu laisser davantage que quelques mots.”

Garfiel : “Ohh, y’avait un mot. Il a dit un mot à mon incroyabl’ personne…”

Wilhelm : “Alors ne nous divulgue pas ce mot――c’est l’éloge de Kurgan aux Huit Bras, à l’intention des guerriers qui l’ont battu au combat. C’est quelque chose qui ne doit pas être partagé avec ceux qui n’ont pas participé à la bataille.”

Garfiel : “――――”

Lorsque Wilhelm l’interrompit, Garfiel tint sa langue.

Des louanges, venant d’un dieu, à destination d’un guerrier. En était-il digne ?

Garfiel : “J’comprends pas.”

Wilhelm : “Hmm.”

Garfiel : “Ces deux-là n’étaient pas vraiment ces deux-là. J’suis pas d’humeur pour les énigmes. Dites-moi. J’capte pas s’que vous pensez.”

Wilhelm : “――――”

Garfiel exprima son mécontentement, son ton devenant rauque. Il était parfaitement conscient de son impolitesse.

Derrière les yeux de Wilhelm, transparaissait un infime changement d’émotions. Garfiel se pencha en avant, comme pour amener l’autre à lui révéler la réponse à ses propres problèmes. Mais,

Mimi : “Garf, tu es un mauvais garçon !”

Garfiel : “…Ahh ?”

Mimi : “Ojii-san, ça vous a fait vous sentir seul ? Alors Mimi pense que c’est une mauvaise idée d’être aussi pressant ? De plus, le regard de Garf a l’air suuuper~ mauvais ! Ce n’est pas bien !”

Mimi, qui était assise à côté de Garfiel, enfonça son doigt dans son flanc. Touché par le contact de son doigt, Garfiel haussa un sourcil en se demandant de quoi il s’agissait, puis reprit rapidement ses esprits.

Garfiel : “――――”

Le regard de Wilhelm était empli de tendresse alors qu’il observait les pitreries de Mimi, la même expression qu’il avait partagée avec Garfiel il y a quelques instants à peine. Et il y avait quelque chose en plus.

Alors seulement, Garfiel se rendit compte qu’il avait, sans le savoir et sans réserve, creusé les plaies de Wilhelm.

Garfiel : “…Désolé. J’pensais qu’à moi.”

S’excusant, il inclina sa tête.

Wilhelm avait eu des retrouvailles inattendues avec sa femme soi-disant décédée, qui s’étaient terminées à coups d’épée. La Lame Démoniaque avait alors échangé ses derniers adieux――et sans considération pour son esprit, des mots violents et égoïstes avaient été prononcés.

Vis-à-vis du garçon qui s’inclinait devant lui en signe de honte, Wilhelm secoua la tête.

Wilhelm : “Non, j’aurais tort d’être prétentieux. À ton âge, il est tout à fait naturel d’afficher une telle audace en guise de réponse. J’aurais fait de même. Mais en vieillissant, on a tendance à l’oublier.”

Garfiel : “…J’peux même pas imaginer Wilhelm-jiisan agir d’la sorte.”

Wilhelm : “Ce n’est pas si étrange. Ça me fait de la peine de le dire, mais j’étais plus impatient et plus stupide que la plupart des jeunes hommes de mon âge…”

Après le comportement calme du vieil homme et la consolation qu’il lui avait apportée, Garfiel se sentait encore mal.

La Lame Démoniaque était célèbre pour son habileté mortelle à l’épée, mais personne n’avait jamais évoqué un caractère vicieux à son égard. Si Garfiel avait commencé à se remettre en question, c’était grâce à la gentillesse de l’aîné. Quoi qu’il en soit,

Wilhelm : “Ils étaient tous les deux eux-mêmes, et pourtant, ils ne l’étaient pas. Je n’essaie pas d’en faire une énigme ni d’être évasif. C’est exactement ce qui a été dit.”

Garfiel : “Exactement ce qui a été dit… J’suis pas sûr d’avoir bien compris.”

Wilhelm : “Dans ses derniers instants, alors qu’il était au bord de la mort, sa volonté a sans aucun doute repris le dessus. Mais avant ça, ces vauriens se servaient de lui comme d’une marionnette, et il n’a donc pas pu exercer toute l’étendue de ses talents d’épéiste.”

Garfiel : “――――”

Wilhelm : “En d’autres termes, ni la Maître Épéiste de la génération précédente, ni Kurgan aux Huit Bras ne possédaient le niveau de capacité qu’ils avaient à l’origine.”

Wilhelm fit part de ses observations à Garfiel, qui restait sans voix. Le fait que son adversaire n’ait pas déployé toute sa force, alors qu’il s’était lui-même battu avec une telle brutalité, n’était pas une affirmation qu’il pouvait accepter sans broncher.

En mettant sa vie en jeu, il avait gagné dans un combat mortel. Toutefois, c’était la réponse qu’il cherchait, car la question qu’il se posait était de savoir s’il avait été un adversaire qui l’avait obligé à risquer sa vie pour le vaincre.

Il y avait cela, mais…

Wilhelm : “Si j’avais affronté ma femme à son apogée, j’aurais été vaincu dès les premiers coups de sa lame. Je n’ai pu la vaincre à l’époque qu’en me débarrassant de tout le reste, sauf de la lame, alors que j’étais au meilleur de moi-même――c’est impossible qu’elle ait été de ce niveau.”

Garfiel : “Si la même chose s’appliquait aux deux, alors…”

Wilhelm : “Les compétences de Kurgan étaient amoindries par rapport à leur état antérieur, il n’était plus que l’ombre de lui-même. Je m’excuse de dire ça, mais… je crois que si ton adversaire avait été le véritable Huit Bras, il serait impensable que tu n’aies pas été réduit à l’état de cadavre au sol. C’était un sacré combattant.”

Garfiel : “Oh, alors mon incroyabl’ personne…”

Wilhelm : “――Ne sois pas aussi orgueilleux, jeune homme.”

Immédiatement après, les cheveux de Garfiel se dressèrent en constatant la présence d’une aura de combat cinglante, et il repoussa instinctivement sa chaise d’un coup de pied pour sauter vers l’entrée du restaurant.

Alors que les autres personnes présentes dans le réfectoire étaient effrayées par cette situation soudaine, seule la silhouette de Garfiel était différente. Il se tenait à quatre pattes et respirait bruyamment. Pendant ce temps, Wilhelm et Mimi étaient toujours assis comme si tout était normal.

Garfiel : “Ha, haaa… ?”

Wilhelm : “J’ai l’impression que Garfiel-dono possède un large potentiel, mais qu’il doit encore être exploité. Bien que je sois déjà dans le domaine des antiquités… je sais encore reconnaître une véritable affaire quand j’en croise une. Si je peux en ressentir une partie maintenant, ça signifie que l’effort en vaudra la peine.”

Ce faisant, Wilhelm se leva et s’essuya la bouche. Son assiette avait été vidée. Et son attitude montrait qu’il avait dit ce qu’il y avait à dire.

S’il manquait encore quelque chose, ce n’était pas du ressort de Wilhelm.

La partie manquante se trouvait dans le cœur de Garfiel. Et parce qu’une partie du réceptacle était trouée, la conviction qu’il possédait jaillissait maintenant à l’extérieur.

Wilhelm : “C’est de cette conviction dont tu as besoin pour devenir encore plus fort. Ne la perd pas de vue.”

Garfiel : “J’vais garder ça à l’esprit… Vous êtes plutôt une mauvaise personne, hein.”

Wilhelm : “Nous ne sommes pas exactement dans la même faction, tu sais. Il devrait y avoir un certain niveau de prudence. Mais――”

Wilhelm, qui avait terminé son repas et s’apprêtait à partir, jeta un coup d’œil à Mimi et s’arrêta en plein milieu de sa phrase. Mimi fredonnait joyeusement tout en volant ses morceaux préférés dans l’assiette de Garfiel et en continuant à manger.

Cette Mimi remarqua alors le regard de Wilhelm,

Mimi : “Hmmmm~ ? Qu’est-ce qu’il y a, ojii-san ?”

Wilhelm : “C’est incroyable que tu aies été capable de voir à travers l’hostilité d’une aura de combat en une fraction de seconde.”

Mimi : “Ojii-san n’a aucune raison d’être méchant avec Mimi ou ses amis, non ?”

Wilhelm : “Tu as l’œil――avec toi à mes côtés, sortir des sentiers battus ne serait pas un souci.”

Faisant un signe de tête à Mimi, qui répondait comme si c’était évident, Wilhelm reporta ensuite son attention sur Garfiel. Tout en se dirigeant vers la sortie du restaurant, l’ancien épéiste indiqua Mimi de la main.

Wilhelm : “Il serait sage de prendre soin d’elle, dans la mesure où le sexe opposé deviendra un trésor plus tard dans la vie.”

Garfiel : “――Hk ! Qu’est-ce que vous avez ? Mon incroyabl’ personne est déjà amoureuse de quelqu’un d’autre !”

Wilhelm : “Quoi que tu choisisses de faire, fais de ton mieux pour ne pas te perdre en chemin――au risque de finir comme ce démon en décomposition.”

Après avoir prononcé ses dernières paroles, Wilhelm sortit de la salle à manger.

Observant la scène sans pouvoir répondre, Garfiel fit claquer ses crocs en signe d’agacement. Il retourna s’asseoir et engloutit le reste de la nourriture en une seule fois.

Mimi : “Oh, Garf, c’est des mauvaises manères !”

(Note de Traduction : Elle utilise “オギョ-ギ”, prononcé “ogyogi”, mais la façon correcte de l’écrire est “御形”, prononcé “gogyou”, ce qui signifie “manières”.)

Garfiel : “J’veux pas entendre ça d’quelqu’un qui volait d’la nourriture dans les assiettes des autres y’a une seconde. Ah, merde ! J’suis encore plus énervé qu’avant.”

Au lieu de se sentir libéré de ses doutes, il se sentait de plus en plus troublé.

Le chemin à suivre avait été éclairé, mais les indications étaient si difficiles à comprendre que Garfiel ne parvenait toujours pas à reconstituer les indices.

C’était un sentiment frustrant, d’être à deux doigts d’être convaincu de sa propre force, alors qu’il avait tout ce qu’il fallait.

Garfiel : “Bordel, qu’est-ce qu’il faut faire maintenant ?”

Mimi : “Garf, es-tu contrarié ? Qu’est-ce qui te dérange ?”

Touchant la cicatrice blanche sur son front, Garfiel exprima ses pensées, posant une expression soucieuse sur le visage taché de nourriture de Mimi. La jeune fille essuya délicatement sa bouche tachée avec sa manche,

Mimi : “Si quelque chose te dérange, parles-en. Mimi te donnera la réponse !”

Garfiel : “…Mon incroyabl’ personne n’est pas sûre de savoir s’qu’il est censé faire maintenant.”

Mimi : “Quand tu as fini de manger, tu dois enlever les assiettes de la table ! Ici !”

Garfiel : “C’est pas vraiment ce dont j’parlais.”

Cela dit, ils emportèrent tous deux leurs assiettes vides à la cuisine et quittèrent le restaurant.

Leurs estomacs avaient été remplis. Devaient-ils donc continuer à travailler sur la reconstruction de la ville au cours de l’après-midi ? Si travailler lui permettait de ne pas y penser, il le ferait.

Garfiel : “Ahhhh, j’ai l’ventre plein. Doit-on continuer la reconstruction dans l’après-midi ? Mon incroyabl’ personne peut pas s’imaginer travailler en se sentant comme ça.”

Mimi : “Trèèèès bien~, allons-yyyy~, Garf !”

Garfiel : “T’es une fille très énergique, hein. Alors, où allons-nous ?”

Mimi : “C’est évideeeent~, à la maison des frères et sœurs et de la mère de Garf !”

Garfiel : “――――”

Garfiel avait suivi la démarche tranquille de Mimi, mais lorsque son cerveau assimila les paroles de la petite fille, il s’arrêta net.

Ses crocs se serrèrent, et les yeux de Garfiel s’écarquillèrent tandis qu’il détournait la tête. Il s’efforçait d’empêcher le plus possible ses pensées intérieures de s’étaler sur son visage.

Garfiel : “Qu’est-ce tu dis ?”

Mimi : “En ce moment, Mimi va chez la famille de Garf ! C’est ce dont Garf a besoin actuellement !”

Soudain, Mimi gonfla sa petite poitrine et leva la queue. Puis elle pointa du doigt Garfiel, surpris, et s’exclama.

Mimi : “Parler avec sa famille, c’est la meilleure chose à faiiire~ ! C’était la leçon de Roshi !”

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