82 — Les conditions requises du couple

Garfiel avait l’impression qu’il y avait beaucoup trop de questions sans réponse. Dans sa poitrine, il ressentait à la fois de la satisfaction et de l’insatisfaction.
Ce n’était pas dans sa nature de réfléchir. Ce serait bien mieux s’il pouvait se déplacer simplement par instinct, sans une seule pensée solidement ancrée dans son esprit. Peut-être était-ce là la punition de Garfiel pour avoir trop réfléchi.
Kurgan : “Magnifique.”
Garfiel ne savait pas comment répondre aux dernières paroles du héros légendaire.
Au final, Garfiel se sentait incomplet, car ce moment était empreint d’un sentimentalisme qui lui donnait envie de pleurer.
Garfiel frappa légèrement le sol d’un coup de pied, l’envoyant glisser dans un bâtiment proche qui s’était effondré.
Forçant son corps à se tordre et à se retourner, Garfiel remarqua que le bâtiment avait déjà été entièrement pillé et saccagé. Il ne se souvenait pas que ce bâtiment avait été impliqué dans la bataille de Pristella, ce qui signifiait que cette scène était, très probablement, le résultat de voleurs pragmatiques profitant de la détresse et de la confusion des citoyens.
Garfiel : “Comme prévu, il reste plus grand-chose d’leur odeur.”
En reniflant, Garfiel regarda autour de lui. Il y avait ici et là des traces révoltantes, des marques de sang et quelques dégâts sur les murs, mais étrangement, il ne restait ni vestiges de scènes viscérales ni l’odeur âcre du sang.
Garfiel : “――Eh ?”
Incapable de trouver quoi que ce soit de significatif, Garfiel commença à se lever pour partir, puis s’arrêta dans son élan. Dans un coin de la pièce, un petit objet avait attiré son attention.
En s’approchant de l’objet, il se rendit compte qu’il s’agissait simplement d’une petite poupée. Elle tenait facilement dans la paume de sa main, mais miraculeusement, vu l’endroit, la poupée n’était ni sale ni cassée.
Garfiel : “――――”
Garfiel ramassa la poupée et, tout en l’époussetant légèrement, il chercha son propriétaire. Même s’il savait pertinemment que le propriétaire ne devait pas être présent. Ce n’était qu’une poupée, alors même si elle manquait à l’appel, cela ne ferait aucune différence――
Garfiel : “Tch.”
Émettant un son avec sa langue, Garfiel rangea la poupée dans sa poche et quitta le bâtiment. Il sauta par une fenêtre brisée et descendit agilement jusqu’au sol, en appuyant ses doigts et ses pieds sur le mur du bâtiment.
Garfiel : “Hey ! J’suis d’retour !”
??? : “Vraiment, frangin, c’est incroyable.”
Remarquant la descente de Garfiel par le côté, plusieurs personnes s’attroupèrent autour de lui. Ils avaient tous des expressions d’anxiété et d’attente sur leurs visages, et il était atroce de ne pouvoir répondre à aucune de leurs questions.
Sauveteur : “Frangin, comment c’était à l’intérieur ?”
Garfiel : “Désolé, mais y’a rien à trouver. Y’a plus personne là-dedans, et j’ai rien trouvé de s’qu’on cherchait.”
Sauveteur : “Vraiment…”
Alors qu’il atterrissait en pliant les genoux, il répondit à une personne qui s’était précipitée vers lui. L’homme fronça un instant les sourcils devant la réponse de Garfiel, mais il hocha rapidement la tête d’un air rassuré.
Sauveteur : “Eh bien, le fait qu’il n’y ait personne à l’intérieur signifie que nous pouvons mettre ce bâtiment de côté et nous concentrer dans d’autres zones. Merci pour ton aide, frangin. L’escalier s’est effondré, nous n’avons même pas pu vérifier l’intérieur.”
Garfiel : “Rester là à vous regarder faire tout s’travail dangereux, c’est inadmissible. Votre cran pour escalader un mur avec une corde est admirable, mais tout ça sert à rien si vous tombez et qu’vous faites splatch !”
Sauveteur : “C’est de ça que je parle ! Tu nous sauves la vie !”
L’homme tapota joyeusement l’épaule de Garfiel et leva la main pour lui dire un dernier “Merci”, avant de se diriger vers le bâtiment suivant. Garfiel observa l’homme et quelques collaborateurs s’éloigner, et réfléchit à ce qu’il devait faire ensuite. Quand,
Garfiel : “――Hmm.”
??? : “――――”
Ce qui avait attiré l’attention de Garfiel, c’était une petite silhouette qui contemplait le bâtiment d’où il venait de sortir.
Une petite fille aux yeux pleins de larmes tenait tranquillement la main grassouillette de sa mère. Lorsque la mère expliqua à sa fille ce qui se passait, celle-ci baissa les yeux vers le sol et secoua la tête à plusieurs reprises.
Il ne savait pas de quoi elles parlaient, mais il savait que cet environnement n’était pas sûr pour les familles. Garfiel s’apprêtait à essayer de les convaincre de quitter les lieux, mais il réalisa soudain quelque chose.
Garfiel : “――――”
Reniflant l’air, il remarqua quelque chose de familier.
Garfiel sortit de sa poche la poupée qu’il venait de ramasser dans le bâtiment. Il la souleva et la renifla, et bien sûr, elle avait une légère ressemblance avec l’odeur qui régnait dans l’air.
Garfiel : “C’est s’que tu cherches, peut-être ?”
Petite fille : “――!”
Garfiel s’approcha des deux et leur tendit doucement la poupée.
La fillette, d’abord surprise d’être approchée, ouvrit de grands yeux en apercevant la poupée. Les mains de la fillette se tendirent lentement pour attraper la poupée, et ses pleurs s’intensifièrent.
Mère de la petite fille : “Merci. Ma fille cherchait cette poupée…”
Garfiel : “Pas d’soucis. Mon incroyabl’ personne l’a trouvée par hasard.”
La mère le remercia et il secoua la tête, refusant ses louanges.
En fait, Garfiel ne pensait pas avoir fait grand-chose. Ce qui était un événement heureux pour la jeune fille qui cherchait sa poupée, était une bagatelle mineure comparée à l’échelle des vies humaines, et des cœurs humains.
Ce qui était exigé de Garfiel maintenant, c’était un rôle plus important, et――
Garfiel : “J’sais pas s’que c’est.”
En marmonnant, il caressa distraitement la tête de la fillette qui tenait la poupée. Il retira ensuite sa paume de la tête de la petite fille, qui le regardait fixement.
Petite fille : “――?”
Garfiel : “C’est rien. Ne la perds plus.”
Sa chance n’allait pas durer assez longtemps pour qu’elle la retrouve à nouveau.
En pensant à cela, Garfiel Tinzel sourit doucement en direction de la fille, comme pour exhiber ses crocs.
Trois jours s’étaient déjà écoulés depuis la fin de l’agitation dans la ville de Pristella.
L’attaque du Culte de la Sorcière avait laissé de nombreuses cicatrices, larges et profondes, dans la ville.
Ces cicatrices étaient dues aux Autorités des Archevêques du Péché de la Luxure et de la Gourmandise. Le problème des résidents mutants et des personnes sans Nom était particulièrement important. La solution à ce problème devait être trouvée auprès du Sage Shaula.
Garfiel, qui n’avait pas assisté à la réunion, n’était pas certain des détails. Il était convaincu qu’ils parviendraient à trouver un moyen de le mener à bien. Cependant, il avait été ému par la mention du Sage, l’un des Trois Grands Héros inscrits dans l’histoire du Royaume de Lugnica.
C’était dans la nature de Garfiel de vouloir connaître l’histoire de personnages extraordinaires, qu’il s’agisse de légendes, de folklore ou de héros qui avaient laissé leur empreinte dans l’histoire.
Naturellement, ses connaissances englobaient les Trois Grands Héros. Il admirait fortement le Dragon divin, le Maître Épéiste et le Sage, mais il était particulièrement conscient de l’intérêt qu’il portait au Sage.
En effet, parmi les Trois Héros, il y avait très peu d’informations disponibles concernant le Sage Shaula.
Dans le Royaume Draconique de Lugnica, l’existence du Dragon Divin était vénérée et racontée comme un conte de fées populaire. Le titre de Maître Épéiste avait été transmis de génération en génération et restait une légende, même à l’heure actuelle. Comparées à ces deux-là, les histoires entourant le Sage manquaient cruellement.
Quelle apparence, quelles origines, quelles prétentions avait-il en son nom ?
De sa personnalité à son histoire, tout était vague. Il était de notoriété publique qu’il restait dans la Tour de Guet des Pléiades, souhaitant la paix dans le monde tout en veillant sur l’Autel de la Sorcière, mais Garfiel n’était pas sûr de la véracité de ces affirmations.
Alors, bien sûr, il leur aurait proposé de les accompagner dans leur voyage pour rendre visite au Sage. Garfiel n’aurait jamais voulu manquer une telle occasion.
Néanmoins, compte tenu du but de ce voyage, il valait sans doute mieux qu’il n’exprime pas son intérêt à s’y rendre. Il aurait demandé à Garfiel de l’accompagner si nécessaire, c’était certain.
Mais cette fois-ci, Garfiel n’avait pas l’intention d’entreprendre ce voyage. Peut-être parce que Garfiel avait trop de regrets à propos de cette ville.
Garfiel : “Le Cap’taine devait être au courant d’mes inquiétudes.”
Sa tâche actuelle consistait à protéger Otto tandis qu’ils se remettaient tous deux des blessures qu’ils avaient subies durant les batailles.
Subaru : “Rien ne garantit que les Archevêques du Péché ne reviendront pas attaquer cette ville. Si ça arrive, tu seras le seul assez fort pour la défendre.”
Subaru : “N’impose rien à Otto. Et ne fais rien de fou avec lui non plus. C’est peut-être inutile de dire ça, mais…”
Subaru : “N’aie pas l’air aussi inquiet. Attends juste les bonnes nouvelles――bon, j’y vais.”
Avant de partir pour son prochain voyage, il avait laissé ces mots à Garfiel.
Alors que Garfiel saluait Subaru et Émilia qui quittaient la ville, il faisait semblant d’aller bien en apparence, mais à l’intérieur, sa confiance en lui avait pris un sacré coup.
Finalement, pour diverses raisons, il avait été décidé que Garfiel avait besoin de temps pour se rétablir, et il avait donc été laissé sur place.
Si Subaru l’avait jugé nécessaire, il aurait amené Garfiel, même s’il était gravement blessé. Garfiel avait suffisamment confiance en Subaru pour l’aider, même s’il était en lambeaux et mourant. Heureusement que ce n’était pas le cas, car cela signifierait…
Garfiel : “Mon incroyabl’ personne te serait d’aucune utilité――Cap’taine, ça va être dur.”
Natsuki Subaru, un maître de la guerre psychologique, avait percé à jour la supercherie de Garfiel. Il réalisa tardivement que ses pensées les plus intimes avaient été remarquées ; il n’était donc pas étonnant qu’il ait été délaissé.
Garfiel : “Bon, que dois-je faire… J’arrive pas à trouver la réponse.”
Garfiel était conscient qu’il tapait des pieds en signe de frustration. Il avait une idée approximative de la raison pour laquelle il le faisait.
Cependant, Garfiel n’était pas conscient de ce qu’il fallait faire. C’est pourquoi ses jambes restaient immobiles.
Garfiel : “――――”
Ainsi, en gardant cela à l’esprit, Garfiel décida que le moins qu’il puisse faire était d’aider la ville à se remettre sur pied.
Les deux bras de Garfiel avaient été gravement blessés lors de son combat contre Kurgan. Heureusement, ils montraient des signes de rétablissement, peut-être même un état presque parfait, grâce à la Protection Divine des Esprits de la Terre et à l’application de sa propre magie de guérison.
Dans son état actuel, il n’était pas possible pour lui de se battre dans une bataille ouverte, mais il pouvait aider à dégager les débris et utiliser son agilité pour atteindre des endroits que d’autres n’étaient pas capables d’atteindre.
Toutefois, Garfiel savait que ce n’était qu’un acte d’évasion.
Tant qu’il bougeait son corps, en travaillant pour quelqu’un d’autre, il n’aurait pas à se rendre compte que ses pieds ne se déplaçaient pas. Personne ne penserait qu’il restait immobile.
Garfiel faisait cela parce qu’il avait remarqué sa faiblesse.
――Ce que Garfiel Tinzel ignorait, en réalité, c’était que Natsuki Subaru avait compris depuis un certain temps que de tels actes n’avaient que pour seul but de dissimuler sa propre faiblesse.
Comparé à Natsuki Subaru, qui en avait été conscient et s’en était pourtant détourné, Garfiel tentait bel et bien de se confronter à lui-même, tout seul.
Il ne savait pas que, sans même prononcer un seul mot, Subaru avait déterminé que Garfiel le surmonterait.
Garfiel ne le savait pas, mais――
??? : “Oh ! Garf ! Superbe énergie ! Mimi aime les endroits en hauteur, Garf !”
Subaru savait que de nombreuses personnes pouvaient faire en sorte que Garfiel s’en rende compte, également.
C’est pourquoi Garfiel n’était pas le bâtard stupide qu’il croyait être.
Mimi : “Amuamuamuamusaant, amuamuamuamusaant…”
Garfiel : “T’es d’bonne humeur, hein ?”
Alors que Mimi marchait à côté de lui, Garfiel poussa un soupir.
Mimi était venue inviter Garfiel à déjeuner durant les travaux de reconstruction de la ville. Au départ, ce que Garfiel avait vraiment voulu faire, c’était bouger son corps pour se débarrasser de ses soucis. Mais finalement, Garfiel fut contraint d’accepter, car il ne trouvait pas d’excuse pour refuser l’invitation insistante de la jeune fille.
Mimi : “Hmm, tu ressens la même chose, Garf ? C’est aussi l’avis de Mimi ! Mais tu sais, Hetaro et Tivey peuvent être très agaçants lorsqu’ils sont silencieux. Il manque aussi une main au Capitaine, alors il est plutôt Vice-Capitaine maintenant ?”
Entendant le soupir de Garfiel, Mimi arriva en trombe avec un visage radieux. En dressant ses oreilles de chat, elle étira son torse et brandit son poing avec un “shush”.
Garfiel : “T’emballe pas aussi vite !”
Mimi : “Pheeew !”
Avec des mouvements agiles de ses poings et de sa taille, son agilité causait une certaine appréhension à Garfiel.
Mimi fut soulevée du sol et se mit à miauler comme un chat. Dès qu’elle établit un contact visuel avec Garfiel, elle se mit à rire d’un air joyeux. En voyant l’insouciance de Mimi, Garfiel se sentit un peu bête de s’inquiéter pour elle.
Garfiel : “J’suis sûr que t’as beaucoup d’ennuis, mais t’as pas l’air épuisée du tout.”
Mimi : “Fufufu~, Mimi ne peut pas te laisser entrevoir la moindre faiblesse ! Mimi estime que c’est l’argument de vente de Mimi, elle est une dure à cuiiiire~ ! Es-tu tombé amoureux ? Es-tu tombé amoureux ?”
Garfiel : “J’suis pas tombé amoureux.”
Mimi : “Vraiiiment~ ?”
Mimi se balançait d’avant en arrière sans montrer la moindre déception. Elle n’était pas très lourde, mais ce ne serait pas une bonne idée de continuer à la faire osciller au cas où cela deviendrait trop violent.
Avec la main de Mimi dans la sienne, Garfiel se dirigea vers le restaurant qui lui avait été assigné. D’ailleurs, Kiritaka avait garanti le gîte et le couvert à ceux qui avaient aidé à protéger la ville.
Néanmoins, comme il y avait une pénurie de main d’œuvre et de marchandises dans de nombreux quartiers de la ville, Garfiel n’avait pas l’intention de profiter de sa gentillesse. C’était ce que Subaru appelait souvent une “situation gagnant-gagnant”.
Garfiel : “Hey, naine, comment va ton estomac ?”
Mimi : “Hmm~, Mimi a faim ! Allezallezallez, mangeons !”
Garfiel : “Pas ton appétit, tes blessures.”
Mimi : “Ohhh~, ça ! Ouais, peut-être qu’elles récupèrent ? Les blessures de Mimi n’ont rien d’inquiétant. Mais Hetaro et Tivey ne se sentent pas biiiien~ ? Les blessures de Mimi étaient assez fatigantes, alors on ne peut rien faire pour euuux~.”
Croisant ses bras courts, Mimi acquiesça avec un souffle et un grognement.
Au cours de la bataille, Mimi avait protégé Garfiel, ce qui lui avait valu une blessure profonde et incroyablement dangereuse. Une blessure grave et potentiellement mortelle avait été gravée sur son corps, une blessure que même la magie de guérison ne pourrait jamais refermer.
Ce qui avait permis à Mimi de rester à peine en vie, c’était ses deux jeunes frères qui, avec Mimi, étaient des triplés. Grâce à l’effet de la Protection Divine de la Trisection, dans laquelle les frères et sœurs partageaient leurs blessures et leur fatigue, les deux frères avaient pris en charge le fardeau de la sœur aînée, et tous les trois avaient survécu, malgré l’épuisement extrême.
Après cela, ce n’était plus qu’une question de repos et d’attente pour que la magie de guérison suive son cours. Il était toutefois ironique de constater que la sœur des trois se rétablissait beaucoup plus vite que ses deux jeunes frères.
C’était terrible de la part de leur sœur de les évaluer ainsi, après tout ce qu’ils avaient fait.
Garfiel : “Tes frères méritent pas ça non plus. Tu devrais être plus reconnaissante, tu crois pas ?”
Mimi : “Je comprends ça également~. Je comprends ce que Garf veut dire, mais Mimi reste la grande sœur. Hetaro et Tivey ont besoin d’être en colère contre eeelle~.”
Garfiel : “Ah ?”
Mimi : “Mimi est très heureuse, mais elle ne veut pas qu’ils meurent tous les deux à cause d’elle. La vie est importante ! Très importante ! Ces deux vies sont spéciales ! Alors, ne gaspillez pas votre argent sur Mimi ! La dame a dit qu’elle ne pouvait pas gaspiller son argeeeent~ !”
Garfiel : “――――”
Tenue par Garfiel, Mimi remua la queue pour garder l’équilibre. La fille croisa les bras et afficha un visage inhabituellement difficile. Garfiel, à son tour, roula des yeux devant les paroles de la jeune fille.
Il s’attendait à ce qu’une autre théorie incompréhensible surgisse.
Garfiel : “Étonnamment, t’as les idées claires.”
Mimi : “Naturellement ! Gorgeous Mimi est intelligente ! Courageuse ! L’article supérieur ! Es-tu tombé amoureux ? Es-tu tombé amoureux ?”
Garfiel : “J’suis pas tombé amoureux.”
Mimi : “Aww, décevant.”
Tout en étant secouée, Mimi gloussa en entendant la réponse de Garfiel. Devant un tel sourire franc, Garfiel se gratta la joue et soupira.
Garfiel : “Mais tu peux pas dire la même chose à tes jeunes frères !”
Mimi : “Hmm ?”
Garfiel : “Si ma soeur était mourante et qu’les moyens d’la sauver existaient, j’essaierais. Pour qu’elle puisse s’mettre en colère plus tard.”
Mimi : “Hmmm.”
Bien sûr, Garfiel comprenait le raisonnement de Mimi.
Si quelqu’un que vous aimez risquait sa vie pour vous sauver, ce serait à la fois joyeux et terrible. Garfiel ne pouvait pas dire qu’il voulait que ses proches meurent pour lui. Il avait l’impression qu’il ne pourrait jamais le dire, même si cela lui prenait le reste de sa vie.
Il se demanda soudain ce que ferait Ram. Garfiel estimait que Ram accepterait l’idée de mourir avec ou pour la personne qu’elle aime. Mais la personne vers laquelle elle était tournée était ce bâtard. Ce qui signifiait inévitablement que l’autre partie de l’arrangement serait ce salaud.
Mimi : “Hmmm ! Mais ce sont toujours des idioooots~ ! Après tout, Mimi est très en colère. C’est décidé !”
Garfiel : “Vraiment ?”
Mimi : “Ne pas dire “Merci” et ne pas faire la fine bouche. Mimi est sûre qu’Hetaro et Tivey savent que Mimi dirait ça, alors s’ils le savent et qu’ils l’ont quand même fait, Mimi est désolée. Mimi n’y peut rien, ils l’aiment tellement !”
Garfiel : “――――”
Mimi : “Peut-être que mourir ensemble signifie que vous voulez vivre ensemble, pas vrai ? Donc, si c’est le cas, votre sœur sera juste votre sœur, et Hetaro et Tivey seront juste Hetaro et Tivey.”
Manifestement, Mimi avait trouvé sa réponse à la dévotion de ses deux jeunes frères. C’était une réponse qui semblait assez simple, au point de paraître peu affectueuse, mais elle résonnait tout de même en Garfiel.
Comme si un doigt avait été enfoncé sans réfléchir dans le labyrinthe de son cœur et qu’il l’avait fouillé, il sentit une sensation dégoûtante se former dans sa poitrine. C’était comme si ce qui s’était installé au plus profond de lui se répandait à nouveau dans tout son corps.
Garfiel : “Alors…”
Garfiel essaya de trouver les mots pour exprimer au mieux ce sentiment qui montait en lui. Fixant Mimi qui pendait, Garfiel serra ses dents aiguisées régénérées.
Garfiel : “Alors pourquoi tu m’as protégée à ce moment-là ? T’as été blessée, t’aurais pu mourir…”
Être frappée de la sorte, être blessée d’une telle manière, au point qu’elle aurait pu mourir, comment avait-elle pu faire cela alors que son propre esprit était embrouillé par les puissants événements qui s’étaient déroulés ?
Pourquoi avait-elle fait cela pour Garfiel, un étranger qu’elle n’avait rencontré que quelques jours auparavant, si elle était fâchée que ses deux frères fassent la même chose pour elle ?
Garfiel ne possédait pas les mots pour remercier Mimi de lui avoir sauvé la vie.
Mimi : “Eh bien, c’est parce que Mimi est amoureuse de Garf. Mimi est tellement embaaarrassée~.”
Garfiel : “――! Ça fait que quelques jours, hein !”
Face aux paroles de Mimi, Garfiel se mordit la lèvre inférieure, tandis que Mimi se caressait la tête d’un air gêné.
Oui, quelques jours seulement s’étaient écoulés. Garfiel n’avait pas besoin de prendre au sérieux la déclaration d’amour de Mimi. La façon dont Garfiel réagirait à cet aveu n’avait pas d’importance. Ce qui était important, c’était la force et la profondeur de ces sentiments. Quelques jours seulement s’étaient écoulés, et alors ?
Cela faisait sept ans qu’il pensait à Ram――environ la moitié de sa vie. C’était la durée de son amour pour cette fille. Pendant toutes ces années, il avait été amoureux d’elle, il avait été réprimandé par elle, mais il ne l’avait jamais abandonnée. Il la désirait, il se languissait d’elle, il exprimait son amour en paroles et en actes.
C’est pourquoi――
Garfiel : “Tu m’connais depuis peu d’temps, alors pourquoi…”
――Tu as risqué ta vie pour moi ?
Même si les deux jeunes frères de Mimi l’aimaient au point de risquer leur vie pour la sienne, comment Mimi avait-elle pu diriger un tel amour vers Garfiel ?
Mimi : “C’est ce que Roshi avait l’habitude de dire !”
Garfiel : “…Hein ?”
Mimi : “Paire de Jokers !”
Garfiel haussa un sourcil en signe de suspicion face à ces mots inconnus. Mimi se retourna soudainement et lâcha la main de Garfiel, puis atterrit sur le sol. Roulant vers l’avant et sautant devant Garfiel, elle le pointa du doigt avec ses deux mains.
Et puis,
Mimi : “La paire restera ensemble durant des années, des décennies, voire des siècles, pas vrai ?”
Garfiel : “Des centaines d’années, c’est un exemple trop particulier…”
Mimi : “Si l’on pense à l’éternité, des centaines d’années ne seront rien ! Même s’ils resteront ensemble pendant longtemps, ils se disputeront probablement beaucoup au sujet de la nourriture, pas vrai ?”
Garfiel : “――――”
L’ampleur de leur désaccord semblait minime, mais Garfiel écoutait tranquillement. Il ne voulait pas qu’elle s’énerve trop et ouvre ses blessures. Il laisserait Mimi faire ce qu’elle voulait, puis Garfiel essaierait de la calmer――
Mimi : “Ne serait-il pas agréable d’avoir un partenaire qui aime se battre ? On dit aussi que l’on peut généralement savoir avec qui l’on doit être au premier coup d’œil !”
Garfiel : “On peut l’dire au premier coup d’œil…”
Mimi : “Mimi, lorsqu’elle a jeté un coup d’œil à Garf, elle s’est mise à réfléchir ! Le fait que nous venons de nous rencontrer est comme une marge d’erreur si nous avons été ensemble pendant des centaines d’années, pas vrai ? C’est une avance ! Ouais, comme la dame me l’a dit ! Une avance ! Et ensuite, on perçoit des intérêts !”
Garfiel : “Ah…”
Garfiel était abasourdi par les paroles percutantes de Mimi.
Il ne savait pas ce qu’elle entendait par “avance” ou “percevoir des intérêts”. Qu’est-ce que ça signifiait ? C’était comme un emprunt de lien avec un partenaire, qui durerait des centaines d’années ?
Était-ce la raison pour laquelle elle avait fait ce qu’elle avait fait ? Était-ce son argument ?
Garfiel : “…Mais t’aurais pu mourir.”
Mimi : “Hmm~ ?”
Garfiel : “Si t’es morte, j’te dois rien. Et pourtant…”
Mimi : “Eeeeet~ ? Garf, est-ce que ta tête va bieeeen~ ?”
Alors que Garfiel bégayait péniblement, Mimi lui tapota la tête avec son doigt. Garfiel fut étonné de recevoir cette remarque de la part d’une personne qu’il aurait préféré ne pas voir lui dire cela, si c’était possible. Mimi croisa alors les bras et,
Mimi : “Si nous pouvions mourir ensemble, ça ne veut pas dire que nous pourrions vivre enseeeemble~ ? Mimi et Garf sont tous les deux en vie, alors pourquoi tu te plaiiins~ ? Tu deviens chauuuve~ ?”
Garfiel : “――――”
Mimi : “Oh ? Garf, tu viens de rire ? Heyyy~, tu as riiii~ ?”
Dans les yeux ronds de Mimi, elle pouvait voir les crocs de Garfiel claquer. L’intervalle entre les claquements des crocs de Garfiel se réduisit progressivement, et les claquements se transformèrent bientôt en rires.
Mimi : “Oh ! Garf a un grand sourire ! Qu’est-ce qui est drôle ?”
Garfiel : “Oy, t’es drôle. Ah, bordel, merde !”
Mimi : “Mimi l’est ! Eh bien, Mimi ne te blâme pas. La dame a l’habitude de dire que lorsque Mimi est là, il n’y a pas d’autre choix que de riiire~.”
L’attitude d’incompréhension de Mimi faisait de plus en plus rire Garfiel. Non, ce n’était pas Mimi qui ne comprenait pas. C’était Garfiel lui-même qui ne comprenait pas.
C’était probablement la chose la plus importante pour Mimi, mais elle n’arrivait pas à la formuler. Ce qui était clair pour Mimi ne l’était pas pour Garfiel. C’était peut-être la raison pour laquelle Garfiel était si frustré actuellement.
Garfiel : “…Mais t’sais quoi ? Si tes deux frères ont risqué leur vie pour toi, c’est parce qu’ils veulent vivre ensemble avec toi, non ?”
Mimi : “Mimi va bien ! Hetaro et Tivey ne vont pas bien ! C’est ce que je diiis~ !”
Garfiel : “S’que tu veux dire ?”
Mimi, qui avait la responsabilité d’être une sœur, n’avait jamais cessé de sourire jusqu’à la fin.
En y repensant, Garfiel avait l’impression que Frédérica, à l’occasion, avait aussi été imprudente avec sa position de sœur. Eh bien, c’était tout à fait naturel. Une sœur était obligée d’aimer son frère.
Mimi : “Hmmm~, Garf, tu es superbe maintenant, Mimi va te complimenter !”
Garfiel : “Ouais, ouais.”
Mimi : “Es-tu tombé amoureux de Mimi après qu’elle t’ait fait un compliment ? Es-tu tombé amoureux ?”
Garfiel : “J’suis pas tombé amoureux.”
Mimi : “Vraiiiment~ ? Mais Mimi est amoureuse. Rassure-toi !”
Garfiel : “…Oh. Merci.”
Mimi s’aligna à côté de Garfiel tandis qu’ils marchaient, souriant comme si elle était sur le point de lui sauter dessus. Lorsque Garfiel lui caressa la tête, la queue de Mimi s’agita et commença à se balancer joyeusement d’un côté à l’autre.
Jusqu’à présent, Garfiel n’était pas convaincu par l’attitude de Mimi quant aux conséquences de son sacrifice. Les convictions de Garfiel et celles de Mimi étaient bien trop différentes pour qu’il y ait un consensus. Cependant, Mimi était déjà convaincue, du moins à en juger par ses paroles.
La réponse de Garfiel n’avait encore résolu aucune des questions persistantes qui étaient apparues comme des vagues dans la cité Aqueuse
Toutefois, Garfiel avait l’impression qu’un rayon de lumière existait désormais.
La lumière qui illuminait le chemin vers la réponse que Garfiel cherchait.
Mimi : “Nous sommes arrivés au restaurant ! Garf ! Mimi, allezallezallez~ !”
Garfiel : “Hey, rouvre pas tes blessures !”
Mimi se précipita rapidement dans le bâtiment, et Garfiel la suivit avec consternation.
La salle à manger n’était pas très grande, mais elle était actuellement remplie de personnes impliquées dans le processus de reconstruction. Comme c’était l’heure du déjeuner, il était difficile de trouver une place libre.
Mimi : “Garf ! Par ici ! Cette place est vide ! Pouvons-nous parager cette tabble, s’il vous plaîîîît~ !”
(Note de Traduction : Sa réplique est “アイセキ”, mais la façon correcte de l’écrire est “相席”, ce qui signifie “partager une table avec quelqu’un que l’on ne connaît pas”. Ils se prononcent cependant de la même manière. Et oui, le verbe est aussi spécifique.)
??? : “Parager cette tabble”, ah, vous voulez partager la table. Je comprends.”
Mimi, qui courait énergiquement dans le commerce, avait rapidement obtenu un siège pour deux personnes.
En se dirigeant vers l’arrière boutique, Garfiel vit que deux des quatre sièges d’une table étaient vides. Voyant Mimi s’asseoir en remuant la queue, Garfiel s’installa à son tour. Il tenta alors d’avertir les personnes assises devant lui qu’une Mimi bruyante les gênerait probablement.
Garfiel : “Oh.”
??? : “Il s’agit d’une étrange coïncidence, Garfiel-dono.”
Garfiel se retrouva face à face avec un vieil homme aux cheveux gris――Wilhelm, assis en face de lui. Face aux yeux tranquilles du vieux bretteur, Garfiel haleta faiblement.
De nombreux regrets de Garfiel Tinzel subsistaient dans la cité Aqueuse
La deuxième des solutions, et une rencontre qui n’était pas sans rapport, se produisit ici.
