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Web Novel • Arc 05

74Les conséquences de la bataille pour Pristella 1

Artiste du fan-art : Dan·Evan

??? : “L’odieux Culte de la Sorcière, qui s’était emparé des quatre tours de contrôle et menaçait la ville, a été repoussé. Ainsi, la sécurité de la ville est assurée――le triomphe revient à Pristella, la cité Aqueuse !”

Subaru entendit la diffusion qui résonnait dans la ville en compagnie d’Émilia alors qu’ils se précipitaient vers l’Hôtel de Ville.

L’annonce joyeuse avait été transmise par un dispositif magique qui véhiculait la voix dans la ville.

Bien qu’il y ait eu des ruptures de son, il ne s’agissait que des fluctuations de la voix de la personne qui faisait la diffusion. Il n’y avait aucune raison de douter du contenu de l’annonce positive.

Émilia : “Subaru ! Ils viennent de dire… !”

Subaru : “Il semblerait que oui. D’une manière ou d’une autre, on dirait que c’est terminé.”

Devant le visage soudain radieux d’Émilia, Subaru détendit ses joues en laissant tomber ses épaules.

Son apathie s’expliquait par le soulagement et un peu d’anxiété.

Subaru : “…En tout cas, c’est parce que les ennemis sont ce qu’ils sont…”

Il y avait Capella de la Luxure qui possédait l’Autorité de la variation et du changement ; dans le pire des cas, il était possible que la voix diffusée soit un stratagème pour donner de faux espoirs aux citoyens.

Rien ne garantissait qu’ils n’iraient pas aussi loin, et c’était cette malice qui rendait les Archevêques du Péché aussi effrayants.

Cependant, la voix de la diffusion――qui s’était présentée comme Kiritaka Muse, bien que la déclaration ait été consciemment respectueuse, de faibles émotions et de la joie n’avaient pas été dissimulées. En entendant cette voix, il n’y avait aucune raison de s’inquiéter d’être trompé par une telle ruse.

Subaru : “Ça veut dire que tout le monde l’a fait…”

La diffusion avait indiqué que les quatre tours de contrôle occupées par les Archevêques du Péché avaient été reprises.

Au moins, grâce à cela, il était possible de supposer que la fin où toutes les écluses finiraient par être ouvertes, et où la ville finirait par être à la fois inondée et anéantie, avait été évitée.

Sur ce point, ils pouvaient être sincèrement soulagés. S’il y avait un problème qui alimentait l’inquiétude de Subaru――c’était bien celui des victimes.

Subaru : “Miraculeusement, Regulus n’a fait aucune victime.”

Même s’ils disposaient eux aussi d’une équipe assez puissante, leurs ennemis étaient des Archevêques du Péché avec une ou deux particularités pour eux. La seule raison pour laquelle ils avaient surmonté la croisade contre l’invincible Regulus, c’était parce qu’il était lui-même mauvais au combat.

Il y avait les rusées Luxure et Colère, dont il n’avait pas pu assister à la défaite. Et la Gourmandise, avec laquelle il était lié par le destin ; les qualifier d’ennemis difficiles ou de menaces n’était tout simplement pas suffisant.

Même s’ils avaient gagné, les dommages possibles――étaient effrayants.

Émilia : “D’après ce qu’a dit Subaru, il y avait aussi des Archevêques du Péché du Culte de la Sorcière dans les autres tours de contrôle. Tous les autres, je me demande s’ils vont bien… ?”

Les paroles d’Émilia étaient accompagnées du même malaise que celui ressenti par Subaru, qui n’arrivait pas à afficher un visage joyeux.

Subaru secoua la tête en se mordant la lèvre, devant Émilia qui avait baissé le regard.

Subaru : “Je me sens également troublé par ça, mais… Tout ce que nous pouvons faire, c’est nous fier aux autres. Je veux confirmer qu’ils vont bien le plus rapidement possible.”

Émilia : “Ouais, c’est vrai…”

Il ne pouvait pas dissiper la détresse d’Émilia avec des mots de réconfort aussi simples.

En considérant la puissance des ennemis cette fois-ci, ils ne pouvaient éviter la possibilité qu’il y ait des victimes parmi leurs alliés. Toutefois, il n’était pas possible de dire que la destruction massive pour sauver la ville était le résultat qu’ils avaient souhaité.

Ainsi, bien que cela dépende des circonstances, la prise en compte de l’utilisation de la Mort Réversible comme l’une de ses options était une détermination que Subaru avait gardée depuis le début de cette opération.

Personnellement, Subaru n’aimait pas la stratégie consistant à incorporer sa Mort Réversible.

Bien entendu, il était opposé à l’idée de choisir sa propre mort, mais c’était aussi lié à l’Épreuve dont il avait été témoin au Sanctuaire, le monde après la mort de Subaru.

En fait, nul ne savait si le monde continuait après la mort de Subaru ou non, mais les Épreuves avaient révélé qu’une telle possibilité existait. Subaru avait donc fermement décidé qu’il n’utiliserait pas la Mort Réversible pour augmenter le nombre de tentatives.

Quand bien même, si Subaru choisissait volontairement la Mort Réversible, ce serait si le résultat inacceptable d’avoir à continuer avec une perte l’attendait.

Et cette fois, Subaru envisageait une telle possibilité.

Ceux qui avaient juré de reconquérir la ville et qui avaient défié les Archevêques du Péché, les Candidates Royales, leurs Chevaliers et leurs alliés.

Afin de ne pas perdre ceux qu’il ne voulait pas perdre, il était prêt à répéter la douleur et la souffrance.

Émilia : “…Subaru, ton front est vraiiiiment plissé.”

Subaru : “Eh ?”

Émilia fixait directement Subaru qui affichait une expression sinistre et sérieuse sur son visage. Elle avait lancé un regard à Subaru et à son front plissé, ce qui l’avait poussé à ouvrir grand les yeux par réflexe.

Alors que ses yeux améthystes s’emplissaient de morosité, Émilia s’adressa à lui,

Émilia : “Après tout, quoi que tu fasses, tu te soucies toujours des autres. Je suis désolée. Bien que ce soit un moment difficile, à cause de ceux qui m’ont capturé…”

Subaru : “Non, ce n’est pas la faute d’Émilia-tan. Même sans Émilia-tan, il était nécessaire de vaincre Regulus. Si Émilia-tan n’avait pas été là, je ne sais pas si nous aurions pu sauver les mariées.”

Pour sauver les épouses de l’Avarice, ils avaient dû arrêter temporairement leurs cœurs qui portaient le Cœur de Lion.

Émilia était probablement la seule qui aurait pu le faire à partir de leur effectif existant. Félix aurait peut-être aussi pu être une possibilité. Sans elle, dans le pire des cas, il aurait fallu que les épouses se sacrifient pour vaincre Regulus.

Subaru : “Eh bien, je ne voulais pas non plus faire ce choix, et Reinhard ne l’aurait pas permis.”

Même s’il s’agissait d’un sacrifice nécessaire pour faire face à un mal aussi grand, il ne pouvait l’accepter.

Ce jeune homme, qui était un concentré de justice, ne pouvait jamais se permettre le moindre sacrifice. Dans cette situation, l’affaire avec Regulus n’aurait peut-être pas été résolue aussi rapidement.

Subaru : “Ou bien j’aurais fini par mourir à mi-parcours, dans le cas où j’aurais été le seul à être impliqué.”

Tout d’abord, si Émilia n’avait pas été enlevée, il y avait des chances que les formations des équipes pour vaincre les Archevêques du Péché aient été très différentes. Comme personne ne savait quelle était la bonne réponse, il était inutile d’y penser.

Mais, avec un peu de chance――

Subaru : “Après notre séparation, Reinhard est allé rejoindre les autres. Ça va atténuer les dégâts… C’est ce que je veux croire.”

Émilia : “Oui, c’est vrai――nous devons nous en assurer le plus rapidement possible.”

En réponse à Subaru, Émilia hocha la tête d’un air sérieux.

Et, alors qu’il reprenait sa marche vers l’Hôtel de Ville à côté d’elle, Subaru posa doucement sa main sur sa propre poitrine. Il sentait que son coeur battait un peu plus vite――là, une autre préoccupation de Subaru en dehors de sa préparation à la Mort Réversible.

La sensation d’une étrange force noire s’enroulait impitoyablement dans les environs immédiats de son cœur.

C’était une impureté perverse qui s’était glissée dans Subaru au moment où la mort de Regulus avait été confirmée. Subaru connaissait vaguement l’identité de cette impureté.

――Un Facteur de Sorcière.

Telle était la véritable identité des impuretés qui reliaient Subaru au Culte de la Sorcière.

Juste après avoir vaincu Petelgeuse Romanée-Conti de la Paresse, Subaru avait ressenti le même malaise à l’intérieur de son corps. L’identité de la force étrangère qu’il avait ressentie était un Facteur de Sorcière, et la première personne qui le lui avait dit était la Sorcière, Echidna.

Les Facteurs de Sorcière avaient un lien profond avec les Archevêques du Péché et les Sorcières du Péché.

Et pour une raison ou une autre, cela affectait également Subaru, comme si cela le consumait. Si c’était le cas, c’était sûrement lié à la Sorcière de l’Envie qui avait induit sa Mort Réversible.

Ce n’était pas quelque chose qui pouvait être considéré comme positif.

Subaru : “Peu importe le nombre de choses effrayantes qui me possèdent, je suis moi… Ça devrait aller.”

Peu importe à quel point l’influence des Facteurs de Sorcière augmentait, il ne les laisserait jamais l’affecter. Même si un Facteur de Sorcière consommait Subaru à chaque fois qu’il abattait un Archevêque du Péché.

De plus――

Subaru : “Si Béako se réveille, elle m’en voudrait de ne rien lui avoir dit.”

Quels que soient les Facteurs de Sorcière, il n’était pas nécessaire que Subaru s’en préoccupe seul. Il avait des compagnons qui travailleraient avec lui pour essayer de résoudre le problème s’il leur confiait ses inquiétudes.

Il était certain qu’il trouverait un moyen de le surmonter.

Émilia : “Subaru ? Il s’est passé quelque chose ?”

Inquiète pour Subaru qui parlait bizarrement, Émilia tourna son regard vers lui. Subaru répondit “Non”, et secoua la tête, et après avoir réfléchi un peu,

Subaru : “Au fait, en écoutant la diffusion précédente, je pense que Kiritaka se porte bien. Liliana serait sûrement ravie de l’apprendre.”

Émilia : “Kiritaka-san avait disparu ?”

Subaru : “Il a protégé Otto et personne ne savait s’il était mort ou vivant. Pour une raison ou une autre, je n’avais pas l’impression qu’il était mort, donc je n’étais pas si inquiet.”

Émilia : “Alors réjouis-toi davantage, ou je vais finir par avoir de la peine pour toi.”

Comme si elle chassait l’inquiétude qui planait sur elle, Émilia fit la moue en direction de Subaru.

Au lieu de s’inquiéter de la possibilité que quelqu’un ait été blessé, il aurait dû se réjouir que quelqu’un ait été sauvé.

C’était peut-être aussi une attitude nécessaire à son état d’esprit actuel.


Ainsi, tous deux se précipitèrent en essayant d’éviter au maximum de déclencher l’anxiété de l’autre, mais la scène qui les attendait n’avait rien d’optimiste.

Subaru : “…C’est… terrible.”

Subaru fut stupéfait de voir que l’Hôtel de Ville s’était effondré et s’était transformé en une montagne de décombres dans son champ de vision.

Les mots qui étaient sortis de ses lèvres sèches donnaient une impression franche de cette scène.

L’Hôtel de Ville était un bâtiment de cinq étages, chose rare dans les bâtiments de ce monde, mais sa grandeur s’était effondrée sans laisser de traces. Les traces de destruction s’étendaient jusqu’aux fondations du bâtiment, le centre du terrain où se trouvait l’Hôtel de Ville avait été complètement écrasé, le grand trou creusé ressemblant à une bouche ouverte.

Cet effondrement n’aurait probablement pas eu lieu si les fondations des bâtiments n’avaient pas subi un choc important.

Subaru émit cette hypothèse en observant les vestiges du bâtiment ; Émilia, qui avait été témoin de la même chose, regardait autour d’elle avec une expression inquiète sur le visage.

Émilia : “La diffusion de tout à l’heure aurait dû utiliser le dispositif magique de ce bâtiment, non ? Pourtant, avec le bâtiment dans cet état…”

Subaru : “――! Maintenant que tu le dis, c’est vrai…”

Face à l’inquiétude d’Émilia, Subaru regarda précipitamment autour de lui.

L’effondrement de l’Hôtel de Ville n’était pas sans importance. C’était sans aucun doute le résultat d’une brèche ouverte par l’emprise maléfique du Culte de la Sorcière. De plus, dans l’Hôtel de Ville, il n’y avait pas seulement l’appareil magique, il y avait également Otto et les autres qui n’avaient pas été intégrés aux groupes chargés de récupérer les tours de contrôle, ainsi que les victimes de l’Autorité de Capella.

Puisque l’Hôtel de Ville avait subi autant de dégâts, cela signifiait qu’il y avait eu une bataille. Dans ce cas, que s’était-il passé dans l’Hôtel de Ville, où seuls les non-combattants étaient restés ?

La transmission de Kiritaka, même ce fait était devenu suspect.

Mais, les préoccupations de Subaru――

??? : “Ah, au moment où je pensais qu’il y avait quelqu’un qui arrivait, ça finit finalement par être Subaru et Émilia, en fait.”

Subaru : “…Béatrice ?”

La voix familière de la fille parvint jusqu’à Subaru et Émilia qui s’étaient figés sur place.

Lorsqu’il releva la tête, Béatrice était en haut des décombres et les regardait tous les deux, elle descendit en tenant l’ourlet de sa robe duveteuse. Elle s’approcha de Subaru qui ouvrit les yeux de surprise, et le regarda de haut en bas pour vérifier son état,

Béatrice : “Hmm, tu n’as pas l’air d’être blessé, je suis soulagée, je suppose. Si tu avais été blessé durant l’absence de Betty, je n’aurais pas pu te laisser seul, même pour aller aux toilettes, en fait.”

Subaru : “Je ne suis pas un enfant de maternelle pour avoir besoin d’autant de soins… Ou plutôt, ce que je devrais dire, c’est : Béako, pourquoi es-tu là ?”

Subaru était surpris par Béatrice, qui avait croisé ses bras courts et se tenait la tête haute, une expression de contenance distante sur le visage. Cette attitude désinvolte était exactement la même qu’à l’accoutumée.

Subaru : “N’étais-tu pas censée avoir dépensé tout ton Mana et quitté la ligne de front ? En tout cas, tu n’aurais pas dû pouvoir participer à cette bataille.”

Béatrice : “On dirait que tu reproches à Betty d’avoir fait quelque chose de mal, alors arrête, je suppose ! Sans le dévouement de Betty, ta jambe serait un peu plus mince maintenant, en fait. Tes remerciements, ton appréciation et tes câlins ne suffiront pas, je suppose !”

Subaru : “Je sais, je sais.”

Subaru caressa doucement la tête de Béatrice furieuse, comme il le faisait toujours. Béatrice gonfla les joues en signe d’insatisfaction, mais malgré cela, elle se rapprocha d’un pas de Subaru, profitant tranquillement de ses caresses.

Et, suite à cette interaction entre le Contractant et l’Esprit, Émilia s’interposa gentiment.

Émilia : “Béatrice.”

Béatrice : “…Dieu merci, Émilia semble aller bien aussi, en fait. S’il t’était arrivé quelque chose, Pucky aurait été désemparé, je suppose. À cause de ça, Subaru a pris le risque de se battre sans Betty, en fait. Si tu dois retenir quelque chose de cette histoire, ne te laisse pas capturer à nouveau, je suppose.”

Émilia : “Mhm, merci. Je suis désolée de t’avoir inquiétée.”

Béatrice : “En particulier, Betty s’inquiétait seulement un peu pour toi, en fait !”

Émilia posa son regard sur Béatrice, qui avait détourné son visage d’un air maussade, le sourire aux lèvres. Puis, Émilia parcourut du regard l’ensemble du corps de Béatrice, et rétrécit doucement ses yeux écarquillés.

Une robe ornée et des cheveux bouclés soigneusement manucurés. Tous deux étaient légèrement tachés de boue et de sang. C’était la preuve que cette fille-Esprit ne s’était pas récemment réveillée de ses rêves paisibles.

L’absence de Subaru et l’effondrement de l’Hôtel de Ville.

Le réveil de Béatrice n’était certainement pas étranger à ces événements inattendus.

Émilia : “――――”

Émilia dirigea son regard, qui était plein de ces pensées, et Subaru rentra son menton. Et, tout en regardant Béatrice, qu’il caressait toujours, il déclara,

Subaru : “Merci, il semblerait que tu aies travaillé dur pendant mon absence. Je suis désolé pour tout. Je ne fais que te causer des problèmes.”

Béatrice : “Je suis plutôt habituée à ce que Subaru me pose des problèmes, donc tu n’as pas à t’en inquiéter, je suppose. Non, inquiète-toi encore un peu, en fait. Inquiète-toi, et remercie-moi, je suppose.”

Subaru : “Ouais, ouais… Mais, même si tu travaillais dur, c’était un peu exagéré. Réduire tout le bâtiment en miettes, c’est un peu trop.”

Émilia : “Hein, c’est Béatrice qui a fait ça ?”

Émilia regarda Béatrice d’un air amusé tout en désignant la montagne de gravats.

Émilia : “Je me demande combien il faut pour réparer un tel bâtiment… Subaru, tu le sais ?”

Subaru : “Avec l’argent de poche de Béako, je sais que ce sera un grand projet qui prendra quelques décennies.”

Béatrice : “Qu’est-ce que vous dites tous les deux avec ces visages sérieux, en fait ?! Ce qu’a fait Betty est différent, je suppose ! Betty a vu ce bâtiment seulement après qu’il soit devenu une ruine, en fait !”

Subaru : “J’ai dit que je savais. Si tu l’avais percuté, on aurait pu l’entendre de très loin. Une fille si mignonne.”

Subaru ricana tandis que Béatrice tentait de se défendre de ces fausses accusations. Devant cet échange, Émilia ajouta : “Eh, eh, qui est mignonne ?”, ne sachant pas trop quoi dire, mais c’était très bien ainsi pour l’instant.

S’ils avaient trouvé Béatrice près des vestiges de l’Hôtel de Ville, alors…

Subaru : “Au moins, il semblerait que nous n’ayons pas à nous soucier du Culte de la Sorcière qui essaie de faire du grabuge dans les parages. Alors, qu’est-il arrivé à Otto et aux autres qui étaient censés être à l’Hôtel de Ville ?”

Béatrice : “Hmm, l’expliquer sera compliqué, je suppose. Mais ceux qui étaient à l’Hôtel de Ville sont…”

??? : “Nous avons pu nous échapper aussi, donc vous n’avez pas à vous inquiéter.”

Une voix avec l’accent du Kansai, ou plutôt, plus exactement, l’accent de Kararagi, s’interposa entre la réponse de Béatrice.

En se retournant, ils virent une petite silhouette qui se promenait dans la montagne de décombres. Pendant un instant, ils ressentirent quelque chose d’étrange dans l’apparence de cette personne, car la couleur de ses cheveux, qu’elle ajustait avec un peigne à main, était d’une couleur différente de celle à laquelle ils étaient habitués.

Subaru : “C’est toi, Anastasia-san ?”

Anastasia : “C’est quoi ce doute dans la façon dont tu m’appelles… Eh, ahhh, ça doit être à cause de ça, pas vrai ? C’est parce que la couleur de mes cheveux est différente en ce moment.”

Ses doux cheveux violet clair étaient désormais teints en vert foncé.

Avec Anastasia en kimono, leur impression changea du tout au tout. Elle observa Subaru et Béatrice, puis, lorsqu’elle regarda Émilia, elle hocha gracieusement la tête en signe de satisfaction.

Anastasia : “On dirait que tu as pu récupérer Émilia-san sans problème, Natsuki-kun. Le Maître Épéiste me l’a dit, alors je ne me suis pas trop inquiétée.”

Subaru : “Reinhard a donc pu rejoindre les autres sans problème ?”

Anastasia : “Il est arrivé en trombe du ciel. En ce moment, il est à la recherche d’éventuels traînards du Culte de la Sorcière… Ou plutôt, je devrais dire qu’il a emmené Ferris-san visiter les abris d’évacuation.”

Subaru : “Visiter les abris… C’est bien le devoir d’un guérisseur.”

Même s’ils avaient repoussé les Archevêques du Péché, des efforts considérables seraient nécessaires pour réparer les dégâts que la ville avait reçus. Le rôle de Félix serait essentiel pour que les fonctions de la ville soient rapidement rétablies. Il semblait que Reinhard était utilisé à la place des pieds de Félix pour se déplacer.

Émilia : “Je suis désolée, je lui ai aussi causé beaucoup d’ennuis… Mais qu’est-ce qui t’est arrivé, Anastasia-san ? Par exemple, la couleur de tes cheveux, ou ce bâtiment.”

Subaru : “En effet, en effet. As-tu changé de coiffure pour adopter une couleur plus agréable à l’œil ? Je pense que ça te va bien, mais connaissant l’Anastasia-san originale, c’est un peu étrange.”

Anastasia : “Natsuki-kun, tu es plutôt doué pour dire des bêtises. Cependant, je les ai seulement teints pour une petite stratégie. D’ailleurs, ça n’a pas payé… Au contraire, ça a mal tourné de ce que je peux voir.”

Anastasia soupira en faisant tourner ses cheveux autour de son doigt et regarda les restes de l’Hôtel de Ville. D’après les mots qu’elle prononçait, il semblerait qu’elle ait été impliquée dans l’effondrement du bâtiment.

Subaru : “Ferris va bien, pas vrai ? Que s’est-il passé, et que s’est-il passé avec les autres ?”

Anastasia : “L’histoire est simple… Après que tout le monde soit parti pour vaincre les Archevêques du Péché, un malfaiteur a attaqué, profitant de votre absence. Il a un peu tout gâché.”

Subaru : “Il n’y a pas été de main morte.”

Il était clair que la bataille avait été féroce, ce qui contrastait avec le ton insouciant d’Anastasia.

L’attaque sur l’Hôtel de Ville――une ruse maléfique qui profitait du départ des combattants, il sentait que c’était probablement la Luxure ou la Colère qui en était à l’origine, cependant, celui qu’il pensait être le plus probable était…

Subaru : “Celle qui est venue ici, c’est la Luxure ?”

Anastasia : “Elle était comme je l’avais entendu dire ; sa personnalité est la pire. Ma rencontre avec elle m’a donné la chair de poule.”

Son adversaire n’avait pas été frivole au point de simplement donner la chair de poule à quelqu’un, mais l’attitude d’Anastasia ne montrait aucun signe de peur ou de choc. Il fallait vraiment avoir du cran pour avoir rencontré un Archevêque du Péché.

Il voulait la flatter avec un “Comme on pouvait s’y attendre de ta part”, mais plus important encore, Subaru avait quelque chose qui lui rongeait l’esprit.

Subaru : “Je suis désolé. Nous sommes partis pour les tours de contrôle, et après ça, il y a eu une attaque surprise sur l’Hôtel de Ville… J’aurais dû faire plus attention.”

Anastasia : “Ne t’inquiète pas. Nous avons juste fait ce qui nous semblait bon pendant que Natsuki-kun manquait à l’appel. D’ailleurs, c’est gênant que nous n’ayons rien obtenu.”

D’après les paroles d’Anastasia, il semblait qu’elle se soit attendue à une attaque surprise, voilà ce que ressentait Subaru. Elle s’était probablement teint les cheveux en vert en guise de stratégie.

Lorsqu’il songeait à la relation entre les cheveux verts foncés et la personne qui intéressait Capella, il comprenait vaguement la stratégie qu’ils avaient élaborée.

Subaru : “Anastasia-san, tu t’es déguisée en Crusch-san et tu lui as tendu un appât, c’est ça que tu veux dire ? Si seuls Ferris et toi parveniez à repousser la Luxure, nous serions dans l’embarras.”

Anastasia : “Ça aurait été cool si nous avions fait ça, mais il y avait quelqu’un d’autre. L’estimé Chevalier de Priscilla-san.”

Subaru : “…Al ?”

En entendant ce nom inattendu sortir de sa bouche, Subaru écarquilla les yeux de surprise.

Al avait été le moins intéressé par la bataille pour la reconquête de la ville. Et pour commencer, il était censé accompagner Priscilla et Liliana pour vaincre la Colère.

S’il était effectivement resté pour défendre l’Hôtel de Ville, l’équipe de capture de la Colère serait dans un état qui invitait à l’incertitude et à l’anxiété quant à leur force de combat et à leur combinaison.

Anastasia : “Pour ta gouverne, l’équipe qui a affronté la Colère est revenue saine et sauve.”

Anastasia l’expliqua à Subaru, voyant le doute se dessiner sur son visage. Avec un sourire en coin, elle regarda en direction de la tour de contrôle qu’avait occupée la Colère, et déclara,

Anastasia : “Priscilla-san est revenue indemne. La Diva Liliana est revenue avec son prince, à la surprise générale.”

Subaru : “Son prince… Tu parles de Kiritaka ? Ces deux-là sont allés se battre et sont revenus avec un type dont on ignorait s’il était mort ou vivant ; que s’est-il passé ?”

Il y avait trop de mystères, comme le retour de Priscilla indemne de la bataille contre la Colère, et les retrouvailles entre Kiritaka et Liliana. Il aurait aimé entendre plus de détails sur cette histoire, mais il devait donner la priorité à l’essentiel.

Subaru : “Puis-je croire en la diffusion précédente de Kiritaka ?”

Anastasia : “――――”

Subaru : “La récupération des tours de contrôle a été un succès. Ce qui suit, c’est le statut de tous ceux qui ont combattu. Que leur est-il arrivé ?”

L’Hôtel de Ville s’était effondré, mais ils avaient probablement extrait l’appareil magique. Cela ne signifiait donc pas qu’il devait douter de la possibilité que la diffusion soit un piège. L’autre problème était qu’au final, ils n’avaient pris en compte que les dommages causés aux choses dès le départ.

Et, en réponse à la question de Subaru, Anastasia déclara,

Anastasia : “Ne t’inquiète pas. Natsuki-kun, vous êtes les derniers à être revenus.”

Subaru : “Nous sommes les derniers… Et qu’en est-il des autres ?”

Anastasia : “Ne t’inquiète pas.”

Émilia et Béatrice observaient anxieusement en compagnie de Subaru, qui montrait de légères traces d’impatience. Devant ces trois personnes, Anastasia hocha la tête en souriant, et dit,

Anastasia : “Tout le monde est revenu sain et sauf. Personne ne manquait à l’appel.”

Et ce fut sa réponse.


Garfiel : “Cap’taine ! T’es revenu sain et sauf !”

L’abri d’évacuation le plus proche était devenu le nouveau point de ralliement, à la place de l’Hôtel de Ville qui s’était effondré.

Un garçon blond arriva en courant et appela d’une voix joyeuse, en regardant Subaru et les autres qui l’avaient rejoint――c’était Garfiel.

Subaru : “Oh… Garfiel… Eh.”

Lorsqu’il tenta de lever la main, il fut surpris par la silhouette qui accourait.

Bien que le haut du corps de Garfiel soit dénudé, tout son corps était couvert de sang. Néanmoins, son expression était quelque peu radieuse ; il semblait que même s’il avait eu une bataille plutôt difficile, il avait accompli son devoir.

Rien qu’en voyant cela, Subaru passa immédiatement de la surprise au sourire,

Subaru : “Heya, c’est toi qui n’as pas l’air bien. Ton visage est affreux.”

Garfiel : “J’veux pas entendre ça d’ta part, Cap’taine… Mais c’est que’que chose que j’peux pas dire. Mais Cap’taine, c’est toi qui as montré tes tripes. T’as sauvé Émilia-sama sans problème.”

Subaru : “Bien sûr.”

Lorsque Subaru tendit son poing, Garfiel le heurta avec le sien. C’était suffisant pour honorer le bon combat de l’autre.

Subaru : “Mais j’ai entendu dire que la Luxure s’était présentée à l’Hôtel de Ville. Toi, où et avec qui te battais-tu ?”

Garfiel : “C’est évident, avec Kurgan aux Huits Bras… Bien qu’je sache pas jusqu’à quel point on peut l’appeler ainsi.”

Subaru : “――? Qu’est-ce que tu veux dire ?”

Garfiel : “Mon incroyabl’ personne se battait qu’avec un cadavre. Il était sûrement pas comme ça quand il était vivant. C’est pourquoi j’ai pas l’impression d’avoir gagné.”

Il s’agissait d’une technique secrète permettant de manipuler les corps des morts et de les utiliser comme guerriers.

Il ne faisait aucun doute que cette fois-ci, cette technique secrète avait été utilisée dans les manœuvres secrètes du Culte de la Sorcière. Toutefois, il semblait que la capacité du guerrier était dans un état détérioré, comparé à ce qu’elle était lorsqu’il était en vie. Peut-être que des guerriers comme Garfiel étaient capables de percevoir cette différence.

Cela le gênait peut-être, car au-delà de la victoire elle-même, Garfiel avait un peu l’impression de ne pas avoir obtenu le résultat escompté.

Ce sentiment, ce n’était pas quelque chose que Subaru ne connaissait pas.

Émilia : “L’ennemi n’était pas fort, c’est pour ça que tu te sens mal ?”

Émilia, qui avait écouté la conversation, inclina la tête, car elle ne comprenait pas ce sentiment.

À ses mots, Garfiel lança d’abord un “C’est une bonne chose qu’vous soyez saine et sauve”, heureux qu’elle soit de retour, puis il gratta violemment ses cheveux blonds et courts.

Garfiel : “Se sentir mal parce qu’il était pas fort… C’est pas ça. J’peux pas l’expliquer. Parce qu’Émilia-sama est une femme.”

Émilia : “C’est quelque chose que les femmes ne comprennent pas ? Alors, Subaru comprend ?”

Subaru : “Juste un peu, cependant. Mais, même chez les hommes, il y a comme une barrière inconnue entre les forts et les faibles… Mais, je pense que le résultat en est que Garfiel est fort. N’y songes-tu pas un peu trop ?”

Garfiel : “Suis-je… en train de trop y songer ?”

Émilia avait une tête qui montrait son incompréhension, et la réponse de Subaru n’était pas tout à fait positive. Garfiel acquiesça alors d’un air chagriné.

La question de ce qu’on appelle la “force” ne cessait de tourmenter Garfiel. Le fait qu’il ait affronté Reinhard, tout comme la terrible leçon qu’il avait ensuite reçue du Culte de la Sorcière, n’y était sans doute pas étranger.

Il avait beau y réfléchir, il n’arrivait pas à trouver la réponse à son problème. Il était possible que ce soit quelque chose comme ça. C’est pourquoi, à ce propos――

Subaru : “Hey, Garfiel. Si tu y réfléchis bien…”

??? : “Oh ! Voilà Gaaarf~ ! Itzuuuuu !”

Garfiel : “Guahhh――!”

Devant Subaru qui essayait de lui donner un conseil, le corps de Garfiel tomba avec un bruit sourd. Il avait à peine remarqué la petite silhouette se heurtant à la taille de Garfiel, mais sa main ne sortit pas à temps pour l’empêcher de lâcher un gémissement de douleur, et de dégringoler.

Il fixa Garfiel effondré ; celle qui était assise sur sa poitrine non protégée était une féline qui remuait la queue.

La jeune fille dressa les oreilles et afficha une expression joyeuse et adorable sur son visage,

??? : “Fuhaha ! Tu as baissé ta garde, Gaaarf~ ! Ton véritable ennemi est dans ton coeur ! Et dans ton cœur, il y a déjà des personnes importantes ! Je veux dire, il est rempli.”

Garfiel : “Tu cognes et tu grimpes sur la poitrine d’une personne…”

Mimi : “Héhéhé, la dame l’a dit à Mimi ! Qu’une claque sur les fesses d’un homme peut attirer l’amour… Ou quelque chose comme ça ? La dame a dit que c’était attirant ou quelque chose comme ça ! La dame a dit qu’il fallait lui donner une claque sur les fesses !”

Mimi éclata de rire, sur Garfiel.

Elle n’était plus dans un état où elle perdait du sang à cause d’une blessure profonde qui ne pouvait être guérie. Devant le visage de la fille qui avait complètement récupéré, Subaru se toucha la poitrine et se pencha.

Subaru : “Tu as l’air en forme, Mimi.”

Mimi : “Oh, onii-san, bienvenue ! Bienvenue ! Il semblerait que beaucoup de choses compliquées se soient produites pendant que Mimi dormait, bienjoué ! Mimi a dormi très profondément ! Mais il semblerait que Gaaarf~ ait aussi fait de gros efforts, hein ? Bienjoué !”

Subaru : “T-tu ne sembles pas avoir changée, c’est le plus important. N’est-ce pas, Garfiel ?”

Il avait entendu dire que Mimi avait été blessée en protégeant Garfiel.

Garfiel avait été ébranlé au plus profond de lui-même par la blessure qui refusait de cicatriser, et il l’avait ramenée au bord de la mort. Il se demandait s’il était soulagé de voir Mimi aller mieux ou non.

Mais, à l’appel de Subaru, Garfiel, toujours assis sur ses fesses, se frotta le nez.

Garfiel : “Haa, ça aurait été problématique si elle avait trop changé. Je l’ai dit à maintes reprises, mais faire du grabuge pendant qu’tu te rétablis…”

Mimi : “Hm, quoi ? Tu as dit quelque chose, Gaaarf~ ? ――Ah !”

Mimi, qui avait approché son visage de celui de Garfiel, haussa la voix et jeta un coup d’œil sur sa propre poitrine. Mimi vérifia l’intérieur de la robe blanche, et ouvrit de grands yeux de surprise,

Mimi : “Gaaarf~, c’est terrible ! La blessure s’est rouverte ! Le sang coule à flots !”

Garfiel : “Idiote ! C’est pour ça que j’te l’ai dit, encore et encore ! Bordel, si j’refais pas l’bandage et que j’applique pas la magie d’guérison, ça guérira jamais ! Ay, viens ici !”

Mimi : “Ukyaa ! Ça fait maaaaal~ ! Ça fait maaaaal~ !”

En raison de l’aggravation de la blessure, Garfiel prit la main de Mimi, qui restait calme, et l’emmena dans la partie intérieure de l’abri. Face à cet échange aussi bruyant qu’un typhon, même Subaru resta sans voix.

Émilia : “Pfffft… Mais si Garfiel reste comme ça, il n’aura peut-être pas le temps de s’inquiéter.”

Mais, à côté de Subaru qui restait stupéfait, Émilia plaça sa main sur ses lèvres et dit cela brusquement. Tout en regardant l’arrière du duo qui s’éloignait, elle revint sur les inquiétudes antérieures de Garfiel.

“Je vois”, pensa Subaru, en accord avec ces opinions.

Subaru : “Malgré tout, ils font la paire. Ces deux-là, en tout cas.”

Émilia : “Mimi est mignonne, et il semblerait qu’elle aime vraiiiiment Garfiel… Apparemment, Garfiel aime Ram, donc je ne pense pas que ce sera si facile que ça.”

Subaru : “Ouais, c’est sûr… Attends, est-ce qu’Émilia-tan vient de faire un commentaire sur l’amour entre les hommes et les femmes ?!”

Même si l’exemple était assez facile à comprendre, Subaru était surpris qu’elle puisse faire ce genre de conversation. Émilia, qui même avant la confession de Subaru était dans un état où elle ne comprenait pas l’amour entre les hommes et les femmes, avait été capable de commenter l’amour des autres.

Émilia : “Hmph, Subaru, j’ai l’impression que tu viens de dire quelque chose de vraiiiiiment rude.”

Subaru : “D’accord, mais je pensais que c’était une constatation exacte… Pas possible, Émilia-tan a changé sans que je m’en aperçoive ? Et elle porte une robe de mariée !”

Émilia : “Même si elle a fini en lambeaux.”

Elle avait déchiré sa robe de mariée à cause de la difficulté à se déplacer, mais il semblait qu’elle n’avait pas à s’en préoccuper ici.

Béatrice : “Mon Dieu mon Dieu, en fait. Ce sont tous des enfants, on dirait qu’ils n’ont fait que grandir, je suppose.”

Subaru : “Je ne veux pas entendre ça de ta part, toi qui ressemble le plus à un enfant ici.”

Lorsque Béatrice lança sa boutade pour couronner le tout, Subaru se racla la gorge. Alors, si Mimi s’était rétablie, cela signifiait que――il parcourut du regard l’abri à la recherche de la réponse.

Subaru : “――――”

Dans un coin où des personnes se réjouissaient de leurs retrouvailles, il trouva la silhouette de l’ancien bretteur qui se tenait en silence. Subaru retint son souffle un moment devant la figure de la Lame Démoniaque qui avait les yeux fermés en silence.

Émilia : “Subaru…”

Subaru : “Désolé. Je reviens tout de suite.”

Répondant à Émilia qui semblait inquiète, Subaru la laissa là, ainsi que Béatrice, et s’approcha lentement de l’endroit où il avait dirigé son regard.

Tout d’abord, comment devrait-il l’interpeller ? Cependant, cette inquiétude s’avéra inutile.

Wilhelm : “――Est-ce Subaru-dono ?”

Subaru : “…Ouais, c’est moi.”

Wilhelm, qui avait ouvert un œil, aperçut Subaru qui s’était approché de lui, hésitant à parler le premier. En voyant ces yeux bleus silencieux, Subaru comprit que garder le silence était inutile.

Wilhelm était adossé à un mur de pierre froide, se fondant dans le paysage. Subaru se tenait à côté de lui et apercevait sa silhouette du coin de l’œil.

Une silhouette pleine de blessures, qui lui faisait ressentir les échos d’une violente bataille.

Il y avait des traces de coupures sur toute sa tenue légère sans veste, les cheveux gris qu’il gardait attachés s’étaient détachés et coulaient dans son dos. Ce qui semblait plus douloureux, c’était le tissu taché de sang qui était enroulé autour du haut de sa jambe droite――cela suffisait pour comprendre qu’il s’agissait d’une blessure profonde qui menaçait sa vie.

Mais ce qui attirait le plus l’attention de Subaru, ce n’était pas Wilhelm lui-même.

C’était la veste qui était juste à côté de lui et qui contenait quelque chose qui semblait important.

Subaru : “Wilhelm-san, c’est…”

Wilhelm : “――――”

Il avait tenté de vérifier ce qui était enveloppé dans sa veste, sans y réfléchir. En recevant les paroles de Subaru, Wilhelm dirigea son regard vers le baluchon.

L’épéiste avisé garda le silence un instant, puis remua ses lèvres desséchées,

Wilhelm : “…Comme tu l’as deviné, c’est ma femme.”

Subaru : “――――”

Wilhelm : “Immédiatement après avoir perdu la vie, son corps s’est transformé en un tas de cendres. Il aurait été trop misérable de la laisser ainsi exposée au vent, même s’il est honteux que je l’aie mise dans ma veste… Même si elle a été réduite à l’état de cendres, je veux la placer dans une tombe et la pleurer.”

Cela signifiait que――la technique secrète qui déplaçait les cadavres des morts, les cadavres se transformaient en cendres à leur trépas.

C’était un sacrilège envers l’âme après la mort, et l’impact que cela avait sur les personnes qui avaient fini par être la cible de cette technique secrète était incommensurable. Il ne pouvait même pas imaginer ce qui se passait dans le cœur de Wilhelm s’il y réfléchissait.

Wilhelm : “Je suis vraiment désolé. C’est un attachement peu viril et dénué de sens.”

Subaru : “Ne dis pas une chose pareille !”

Wilhelm : “――――”

Subaru haussa immédiatement la voix en entendant le ton auto-dépréciatif de Wilhelm.

Ignorant qu’il s’était mis dans tous ses états, Subaru regarda Wilhelm droit dans les yeux. Wilhelm ouvrit un peu les paupières et observa Subaru à son tour.

Subaru : “Je ne pense pas que tu aies tort, Wilhelm-san, ni maintenant, ni à l’époque de la Baleine Blanche, tu es une personne incroyable que je respecte. Qu’y a-t-il de mal à apprécier les personnes que l’on aime ? Il n’y a pas de quoi avoir honte, raisonner ainsi n’est pas correct.”

Wilhelm : “Subaru-dono…”

Subaru : “Tu es incroyable, Wilhelm-san. Ta femme… La mettre dans sa tombe, la pleurer, ces pensées ne sont pas des erreurs. Je n’arrive pas à m’exprimer correctement, mais tu es extraordinaire.”

Tels étaient ses véritables sentiments.

Il s’agissait sans aucun doute des véritables sentiments de Subaru, de ses véritables pensées qu’il ne souhaitait pas voir démenties.

À l’époque de la Baleine Blanche, et maintenant, lors de ses douloureuses retrouvailles, le destin avait été vraiment cruel pour Wilhelm.

Pourtant, quand bien même, la Lame Démoniaque était allé à l’encontre du destin à son maximum ; il l’avait traversé avec sa propre volonté, et avait tenté d’atteindre l’amour. Tous les résultats n’étaient pas forcément récompensés.

Son repentir et ses remords pourraient demeurer intemporels. Mais ce devrait être correct.

L’amour de Wilhelm pour celle qu’il aimait, tout devrait bien se terminer.

Subaru : “Il n’y a pas de quoi avoir honte. S’il te plaît, dépose-la dans sa tombe. Et, si l’occasion se présente, et si ça ne te dérange pas trop, laisse-moi me recueillir sur sa tombe également.”

Wilhelm : “――――”

Subaru : “Je veux le faire, je pense que c’est ce qu’une personne doit faire.”

Il ne s’exprimait pas bien et, de plus, il devenait émotif ; Subaru était vexé contre lui-même. En poussant son égoïsme, il ne pourrait empêcher Wilhelm d’éclater de rire. Il serait tout à fait naturel qu’il dise que ce n’était pas ses affaires et qu’il le rejette.

Néanmoins, Wilhelm laissa brusquement ses lèvres se relâcher devant Subaru.

Une petite ouverture se dessina sur son visage crispé et tendu. Et il déclara,

Wilhelm : “…Ouais, je t’en prie, Subaru-dono. Je veux aussi que tu dédies quelques mots à ma femme, je pense. Si c’est toi…”

Subaru : “――! O-oui, je le ferai. J’en suis honoré.”

Il avait obtenu sa permission, ou plus exactement, il l’avait obtenue grâce à la générosité de Wilhelm.

Après avoir entendu le souhait égoïste de Subaru, Wilhelm laissa échapper un doux soupir. Devinant à son visage qu’il ne voulait plus parler, Subaru baissa la tête.

Il devait laisser Wilhelm seul avec sa femme pendant un certain temps.

Mais avant de quitter cet endroit, il voulait s’assurer d’une dernière chose. Et c’était,

Subaru : “Wilhelm-san――à propos de ta femme, as-tu réussi à… ?”

Wilhelm : “――――”

Avait-il conclu les choses avec elle ? Était-il parvenu à un résultat qu’il n’avait pas cherché à obtenir ?

Naturellement, le fait d’être confronté à sa femme décédée ne pouvait pas être le résultat qu’il souhaitait obtenir. Néanmoins, personne d’autre que Wilhelm n’aurait pu être autorisé à l’affronter ; après s’être retrouvé dans cette situation, Wilhelm avait cherché à tourner la page.

Ainsi, Subaru ne devrait pas être le seul à vouloir au moins cela.

Wilhelm : “Mon épouse…”

Wilhelm commença à parler à Subaru, qui s’était arrêté pour le regarder. Mais ses paroles s’arrêtèrent là. Le regard de Wilhelm s’éloigna légèrement de Subaru. Il dirigea son regard vers sa veste dans laquelle étaient enveloppées les cendres de sa femme.

Pendant une fraction de seconde, un immense tourbillon d’émotions traversa ses iris. Et il se mit à parler,

Wilhelm : “――Oui, j’ai échangé quelques mots avec ma femme et je lui ai assurément dit adieu.”

Des mots, c’était une expression figurée, très probablement.

La femme de Wilhelm avait été la précédente Maître Épéiste, croiser le fer avec elle était une conversation comme aucune autre pour la Lame Démoniaque. Leur échange final avait dû être leur dernier mot d’adieu.

C’est pourquoi, cette conclusion avait sûrement été le résultat du choix de Wilhelm――

Wilhelm : “J’aime ma femme――je le lui ai sans aucun doute transmis.”

Subaru : “Je vois.”

L’aveu d’amour silencieux de Wilhelm.

En contraste avec le ton modeste de sa voix, il y avait un zèle qui brûlait les cœurs de ceux qui l’écoutaient, et la poitrine de Subaru se réchauffa. Prenant une profonde inspiration, Subaru ferma les yeux.

Des flots d’émotions se déversaient en lui. Gardant chacune d’entre elles sous contrôle, il ouvrit les yeux.

Wilhelm, qui se trouvait devant lui, avait un sourire solitaire sur le visage. Toutefois, depuis qu’il s’était laissé aller à ce sourire, il se sentait comme sauvé, et Subaru laissa lui aussi ses lèvres se détendre.

Subaru : “Wilhelm-san. Merci pour ton travail acharné.”

Wilhelm : “――――”

Subaru : “Je pense que tout va bientôt s’emballer, mais d’ici là, repose-toi s’il te plaît. Je vais faire un petit tour pour voir ce qui s’est passé.”

Subaru avait parlé trop vite et n’était pas sûr que les derniers mots étaient justes ou non. Il se gratta la joue avec l’un de ses doigts et se sentit gêné en tournant le dos à Wilhelm. Derrière son dos,

Wilhelm : “Subaru-dono――”

Subaru : “Ouais ?”

Alors qu’il était appelé au moment où il tentait de partir, Subaru s’arrêta et se retourna. Wilhelm, qui avait une légère trace de surprise sur le visage, répondit immédiatement “Non”, en secouant la tête.

Wilhelm : “Mes excuses. Il s’agit de quelque chose d’insignifiant… Ne te fais pas de souci à ce sujet.”

Subaru : “Vraiment ? Non, quand tu le dis comme ça, ça me fait penser le contraire… Mais bon, d’accord, oui. À plus tard.”

Subaru s’éloigna de là, un sourire amer ornant son visage en raison de la réaction atypique de Wilhelm.

En voyant l’apparence de Subaru à son retour, Émilia et Béatrice semblaient exprimer du soulagement sur leurs visages. De ce point de vue, l’expression de Subaru avait sans doute beaucoup changé entre son départ et son retour.

Subaru lui-même en était bien conscient.

Les retrouvailles avec les morts n’avaient rien de réjouissant.

Mais au moins, Wilhelm y avait mis fin de ses propres mains, et il était satisfait du résultat. Il estimait que ce fait constituait un modeste salut.


Tout en plissant les yeux, la Lame Démoniaque fixait le dos du garçon aux cheveux noirs qui s’éloignait.

Ses lèvres étaient fermement pincées l’une contre l’autre pour retenir quelque chose.

C’était une rupture de son camouflage qui, il y a encore peu de temps, masquait ses véritables intentions par une volonté ferme. Une frénésie d’émotions qui risquait de ronger ses lèvres pincées s’il n’en tenait pas compte, même maintenant.

Ce qu’il avait caché à ce garçon dans sa poitrine jusqu’alors, c’était――

Wilhelm : “Subaru-dono… Tu es…”

Seulement à l’intérieur de sa bouche, murmurant d’une voix rauque, la Lame Démoniaque prononça le nom du garçon,

Wilhelm : “Tu pourrais être mon――”

Cela dit, la Lame Démoniaque ferma les yeux comme si son propre cœur chétif était fermé. La suite qui ne produisait aucun son ne fut jamais entendue par personne.

C’était également quelque chose qui ne sortirait jamais de la bouche de la Lame Démoniaque.

C’était la seule chose que la Lame Démoniaque ne permettrait jamais.

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