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Web Novel • Arc 05

73Thérésia van Astrea

Artiste du fan-art : Mi’yuki

――À quel point serais-tu surpris si tu apprenais que ça avait été un coup de foudre au premier regard ?


Thérésia van Astrea était âgée de douze ans lorsqu’elle reçut la Protection Divine du Maître Épéiste. Ce fut un changement soudain et imprévu qui entraîna une immense détresse dans sa vie.

Au milieu de sa vie ordinaire et quotidienne, elle lui était brusquement tombée dessus.

Thérésia : “――? Se pourrait-il que j’aie été choisie ?”

C’était une émotion honnête, l’émotion avec laquelle elle avait accueilli la Protection Divine.

Et Thérésia avait continué à garder cette vérité secrète pendant un certain temps.

――La célèbre famille Astrea avait pour point fort l’épée, et avait donné naissance à des Maîtres Épéistes depuis des générations sans discontinuer.

Grâce aux exploits accomplis il y a des centaines d’années par la première génération de Maître Épéiste Reid Astrea, le Royaume Draconique de Lugnica avait reconnu l’épée de la famille Astrea comme une existence et un atout indispensables.

Cette tradition avait été transmise pendant des siècles, y compris à l’époque de Thérésia.

Par conséquent, il était à moitié établi que tous ceux nés dans la famille Astrea, qu’ils possèdent ou non la Protection Divine du Maître Épéiste, devaient vivre une vie d’engagement envers l’épée.

Cela s’appliquait bien sûr à son père, à ses deux frères aînés et à son seul frère cadet, le plus jeune de la fratrie. Qu’ils deviennent épéistes ou qu’ils obtiennent ou non la Protection Divine, ils étaient censés se familiariser avec l’épée dès qu’ils atteignaient une certaine conscience de l’esprit, comme le voulait la tradition.

Concernant la croissance de Thérésia, née dans la famille Astrea où ce type d’éducation était naturel――elle passait ses journées complètement détachée de l’épée.

Bien entendu, les membres de la famille Astrea, quel que soit leur sexe, étaient censés prendre l’épée en main.

À une certaine époque, Thérésia et ses frères avaient tous appris à manier l’épée sous une stricte tutelle. Il y avait eu de telles journées en effet, mais Thérésia n’avait absolument aucune aptitude notable pour l’épée.

Il serait plus précis de dire qu’elle n’avait pas la moindre envie de se confronter à l’épée. Comme beaucoup de jeunes filles, Thérésia ne s’intéressait pas à l’épée.

Ce n’était pas une question de compétence. Elle maniait l’épée sans motivation, s’entraînait de façon négligée et avait une attitude de défi. Il n’était pas surprenant que ses parents finissent par se rendre compte qu’il était inutile de l’obliger à continuer à manier l’épée si elle continuait à agir de la sorte.

――La Protection Divine du Maître Épéiste n’était accordée qu’à ceux qui s’étaient montrés dignes de recevoir l’amour du Dieu de l’Épée.

Les générations en étaient témoins, seuls les membres de la famille Astrea étaient capables d’hériter de la Protection Divine du Maître Épéiste. C’était du moins ce qui était communément admis, puisque personne ne connaissait les détails de la transmission de la Protection Divine.

Ce n’était que lorsque l’épéiste faisait face à l’épée avec un sérieux absolu que la Protection Divine le reconnaissait et lui était accordée.

Une fillette, ne s’intéressant pas à l’épée, la première fille née qui continuait à détourner les yeux.

Il était inévitable que son désir de liberté soit permis alors que la possibilité que Thérésia soit la Maître Épéiste s’amenuisait rapidement jusqu’à l’abandon.

Thérésia avait arraché de force sa liberté à l’entraînement à l’épée, mais elle aussi avait son mot à dire à ce sujet.

Bien sûr, son désintérêt absolu vis-à-vis du Maître Épéiste et son incapacité à se consacrer à l’épée étaient des causes de l’instabilité de son entraînement, mais sa plus grande cause n’avait rien à voir avec ces deux éléments.

――Thérésia savait qu’elle était née avec la Protection Divine du Dieu de la Mort.

Les blessures qu’elle infligeait aux autres saignaient sans cesse, incapables de guérir.

En réalisant que son point fort était d’ôter la vie d’autrui, la jeune Thérésia s’était mise à redouter ce qui pourrait résulter de ses propres mains.

Quelque chose comme un entraînement à l’épée était parfait pour augmenter son effroi.

Qu’il s’agisse d’une simple pratique ou d’un entraînement, la Protection Divine de Thérésia, sur laquelle elle n’avait aucun contrôle, ne tiendrait pas compte de la situation. Même si la blessure qu’elle pouvait infliger n’était qu’une simple égratignure, le fait qu’elle ne guérirait jamais n’en faisait pas une affaire insignifiante.

D’autant plus qu’une blessure infligée accidentellement lors d’un entraînement à l’épée pouvait s’avérer mortelle.

Par conséquent, libérée de l’entraînement à l’épée, la discrète Thérésia se sentait soulagée.

Vivre sans faire de mal aux autres était une chose étonnamment difficile si l’on en restait conscient.

Même en cherchant activement à ne pas blesser autrui, n’importe qui pouvait commettre des accidents ou des actes involontaires. Comment pourrait-elle déterminer si la Protection Divine s’activerait ou non, au cas où elle se couperait le doigt à cause d’un morceau de vaisselle brisée.

La jeune fille nommée Thérésia avait évité par inadvertance d’avoir des relations avec les autres.

Si elle n’entrait jamais en contact, si elle ne s’approchait jamais, elle n’aurait pas à se soucier de blesser les autres. Elle fuyait naturellement les regards, elle passait de plus en plus de temps avec les fleurs.

Ayant acquis la liberté de se débarrasser de l’épée, elle avait aménagé un parterre de fleurs dans le jardin de son manoir, pour elle seule ; y faisant pousser des fleurs de saison, elle était devenue une jeune fille qui aimait les admirer.

Ses frères, qui avaient l’habitude de brandir l’épée dans la plus grande détresse, avaient été soumis à plusieurs reprises à un entraînement pénible et éprouvant.

Ce n’était pas comme si elle ne se sentait pas exclue ou désolée pour eux en voyant leurs silhouettes. Incapable de communiquer au sujet de sa Protection Divine, les seules personnes à qui elle pouvait se confier étaient uniquement les fleurs qu’elle avait elle-même cultivées.

Thérésia : “Je me demande si un jour, même moi, je pourrais vivre aux côtés de quelqu’un…”

Sa détresse, ses doutes, les seules personnes à qui elle pouvait confier de tels sentiments étaient également les fleurs, dont les pétales dansaient au rythme de la brise légère.

Comme beaucoup de personnes, Thérésia était une jeune fille ordinaire qui désirait aimer et être aimée.

Cependant, les jours de soliloque où elle se demandait si sa propre personne, qui avait bafoué les intentions de ses frères ou de ses parents, et qui avait conscience d’une Protection Divine susceptible de blesser et de prendre la vie, avait le droit de se tenir aux côtés de quelqu’un, ne connurent pas de fin.

――Au milieu de telles journées, l’amour du Dieu de l’Épée se déversa sur Thérésia.

Thérésia : “――? Se pourrait-il que j’aie été choisie ?”

Sans crier gare, cette prise de conscience s’imposa à Thérésia.

Cela l’enveloppa bien plus comme un sentiment d’incongruité que comme une conscience comme celle de sa Protection Divine du Dieu de la Mort.

C’était naturel.

Pour elle, la conscience de la Protection Divine qu’elle avait reçue à la naissance était une évidence, comme les yeux qui permettent de voir, et les oreilles qui permettent d’entendre.

Quelque chose comme l’obtention soudaine d’une nouvelle Protection Divine ressemblait à l’émergence d’ailes dans son dos. Comment pourrait-elle accueillir de nouvelles facultés qui n’existaient pas à l’origine, si ce n’était par l’incongruité ?

――Je ne dois pas prendre l’épée dans mes mains.

Ainsi pensa Thérésia, nourrissant une aversion et une nausée à l’égard de sa nouvelle Protection Divine.

Elle repensa aux fois où elle avait été contrainte de manier l’épée. Elle se rendit compte à quel point ses actions avaient été inutiles, insignifiantes et sans but.

Elle était maintenant instinctivement capable d’appréhender la façon de manier l’épée la plus efficace, la plus optimale, la plus idéale, la plus raffinée.

Sa personne, qui avait pour point fort la capacité de tuer des individus, avait maintenant acquis une maîtrise totale dans ce domaine.

Thérésia : “――Hk.”

C’était la terreur. C’était le désespoir. C’était le jour de la fin du monde.

S’agenouillant, elle se rendit compte qu’elle était un dieu de la mort qui avait pris la forme d’une fille, et que ses jours à se faire passer pour une jeune fille étaient terminés.

Thérésia n’avait parlé à personne de la Protection Divine qu’elle avait obtenue.

Elle avait l’intention de dissimuler sa possession de la Protection Divine du Dieu de la Mort et de la Protection Divine du Maître Épéiste pour l’éternité, et de cacher au fond de son cœur qu’elle était un monstre dont le seul but était de tuer ses semblables.

Prétextant qu’elle ne se sentait pas bien, elle s’était enfermée dans sa chambre du manoir.

Oubliant même de s’occuper de son parterre de fleurs, Thérésia s’était réfugiée dans sa coquille. Ne faisant rien d’autre que dormir, peignant une rêverie enfantine dans laquelle elle se disait que si un jour elle se réveillait à bout de souffle, tout cela ne serait qu’un rêve, elle continuait à s’enfermer dans sa coquille.

Mais ce n’était finalement que l’immaturité d’une enfant, refusant de faire face à ce qu’elle ne voulait pas affronter.

――Il était immédiatement devenu clair que Thérésia avait hérité de la Protection Divine du Maître Épéiste.

??? : “Nii-san… Le prochain Maître Épéiste, c’est ta fille. Cette enfant.”

La maison principale de la famille Astrea――le lieu de naissance de Thérésia, et la base de la lignée des Maîtres Épéistes.

Révélant que Thérésia, recroquevillée dans son lit, serait la prochaine Maître Épéiste, son oncle, le précédent Maître Épéiste, mit un pied dans le manoir.

La Protection Divine du Maître Épéiste était une Protection Divine exceptionnelle, capable d’être héritée uniquement par les membres de la famille Astrea, cette tendance se poursuivant depuis des générations.

Cette Protection Divine était héritée par le prochain Maître Épéiste à partir du Maître Épéiste précédent, un certain jour, sans aucun avertissement au préalable. Et une fois l’héritage terminé, le Maître Épéiste précédent était libéré de sa responsabilité, et perdait la Protection Divine.

Une fois que le Maître Épéiste actuel avait perdu la Protection Divine, il était naturel que l’identité du prochain Maître Épéiste soit recherchée minutieusement par le Royaume.

Et le précédent Maître Épéiste pouvait identifier qui était le prochain d’un seul coup d’œil.

Les jours d’enfermement de Thérésia touchèrent à leur fin.

Oncle : “Prends l’épée dans tes mains, Thérésia.”

Épouvantablement amaigrie, les cheveux en désordre, Thérésia fut traînée dans le jardin.

Pieds nus, en chemise de nuit, sa conscience oscillant entre rêve et réalité, elle était pourtant là, traînée de force à l’extérieur et contrainte par son oncle à tenir l’épée en bois.

Avec ses doigts désormais maigres, Thérésia fit un geste de résistance et secoua la tête à plusieurs reprises.

Toutefois, les protestations de son opposante personne ne furent pas entendues. Son oncle l’obligea à ressaisir l’épée en bois encore et encore, poussant le dos de Thérésia une fois qu’elle eut agrippé la poignée en signe de reddition.

Devant Thérésia se tenait le frère aîné des quatre frères et sœurs.

Son frère aîné, aux traits tendres et aimables, se tenait là, l’air hébété. Sa perplexité était compréhensible au premier coup d’œil, incapable d’accepter les événements qui se déroulaient sous ses yeux.

――Beaucoup trop d’inconnues.

En réfléchissant ainsi, Thérésia fut surprise par le fait qu’elle ruminait elle-même de la sorte.

Cette confusion lui frappant directement le cœur, Thérésia garda simplement les yeux ouverts, sans voix.

Ignorant Thérésia et son état, son oncle appela son frère aîné d’une voix grave.

Il lui ordonna de tenir l’épée en bois et d’affronter Thérésia frontalement. Il lui ordonna de prouver ses talents d’épéiste en frappant et en battant sa jeune sœur.

Son frère aîné clama qu’il lui était impossible d’agir de la sorte.

Son frère était très gentil. Il s’était entraîné avec acharnement au maniement à l’épée et ne nourrissait aucune incertitude à l’égard de la famille Astrea, mais son frère ne pouvait être que bienveillant envers sa jeune sœur, Thérésia.

Elle avait peur de le blesser et n’était donc jamais à l’origine du contact physique, mais elle aimait être serrée dans les bras de son frère et être entourée de son grand corps. C’était un frère très gentil.

Puis retentit la voix accablante de son oncle, traitant son frère de lâche.

Face à la moquerie du précédent Maître Épéiste, son frère afficha une expression terriblement blessée par ses paroles, lui qui admirait sa silhouette. Thérésia savait qui son frère le plus âgé, son frère aîné et son frère cadet admiraient et continuaient ainsi à manier l’épée.

Injurié par cette personne, son frère le plus âgé était immensément blessé. Ses deux autres frères, qui se tenaient au bord du jardin et qui étaient également sortis en entendant tout ce remue-ménage, affichaient des visages tout aussi blessés.

Finalement, son frère aîné, au visage blessé, arbora une redoutable préparation dans ses yeux.

Redressant l’épée en bois qu’il tenait dans ses mains, y consacrant toute son énergie, il fixa ses yeux sur sa cible.

À travers les frissons dans la pointe de son épée, et une certaine acuité dans les yeux de son frère aîné, Thérésia le discerna.

Son frère cherchait à neutraliser l’épée de Thérésia à l’aide de l’épée en bois qu’il tenait dans ses propres mains, afin qu’elle reste indemne. Sa position, son champ de vision et l’essence de l’art à l’épée qui enveloppait son corps en témoignaient.

Au vu du niveau de compétence de son frère, la tâche ne serait certainement pas difficile face à un adversaire inférieur.

C’était amplement suffisant pour prouver ses capacités d’épéiste et pour arracher l’épée à Thérésia.

Thérésia : “――――”

Son oncle vociféra, marquant le début d’un combat auquel aucun des deux camps ne souhaitait prendre part.

Son frère le plus âgé poussa un rugissement vigoureux, tandis que l’essence perfectionnée de l’art à l’épée s’abattait sur Thérésia.

Une maîtrise à l’épée avec pour seul but d’affaiblir l’adversaire et de contrôler ses mouvements. Si elle ne levait même pas son épée, il serait facile d’abattre l’épée en bois.

Le fondement même de ce combat était erroné dès le départ.

Thérésia n’avait aucune raison de se battre, pas plus que son frère n’avait de raison de blesser Thérésia. Les intérêts des deux camps étant alignés, il ne devrait pas y avoir de discorde.

Il ne devrait pas y en avoir, et pourtant――

Oncle : “――Ça suffit.”

Une épée en bois, qui avait été envoyée en l’air, atterrit dans le jardin à une certaine distance, faisant écho à un rapport.

Après que la voix stupéfaite de son oncle eut été entendue, la silhouette de Thérésia fut visible. L’épée en bois qu’elle tenait à la main avait été portée en avant et son tranchant avait touché la gorge de son frère chancelant, qui avait laissé échapper un soupir rauque.

――Elle se souvenait d’avoir intercepté le coup d’épée de son frère qui s’abattait sur elle, et d’avoir envoyé valser son épée en bois.

Elle avait ensuite apposé le tranchant de son épée sur son cou, laissant entendre qu’elle pouvait le tuer à tout moment, prouvant ainsi la disparité entre leurs compétences.

Son frère le plus âgé, accablé par ce qui venait de se passer, tomba à genoux sur place. Les lèvres de Thérésia frémirent tandis qu’elle se retournait pour s’en assurer, et elle posa les yeux sur ses parents, son deuxième frère aîné et son frère cadet qui observaient le duel.

Tout le monde contemplait le résultat avec incrédulité.

Oncle : “Le prochain Maître Épéiste est Thérésia. En effet, c’est incontestable.”

Seule la voix solitaire de son oncle résonna, de manière infructueuse.

Thérésia : “Ah… ah, ah…”

Thérésia laissa tomber l’épée en bois qu’elle tenait, jeta un coup d’œil à sa main, puis entreprit de tirer ses cheveux rouges avec la même. Elle les arracha si violemment qu’elle en saigna, poussant un cri semblable à celui d’une bête.

Elle hurlait, perdait la raison, désespérait au point de vomir du sang et regrettait.

Thérésia était devenue la Maître Épéiste.

Artiste du fan-art : いられなる


Le temps que ses frères avaient consacré à l’épée, la virtuosité de Thérésia à l’épée l’avait négligemment piétiné.

Les notions de temps et d’effort n’avaient aucune importance face à une prouesse à l’épée écrasante.

Aux yeux de Thérésia, devenue Maître Épéiste, les défauts dans les épées de ses frères étaient évidents. Elle était maintenant plutôt surprise de ne pas avoir remarqué ces défauts plus tôt malgré le temps qu’elle avait passé avec eux.

Néanmoins, malgré la disparité manifeste entre leur force et celle de Thérésia, ses frères continuaient à s’entraîner lamentablement au maniement de l’épée.

Ni son frère le plus âgé, ni son deuxième frère aîné, ni son frère cadet ne se passionnaient pour autre chose que l’épée.

Parce qu’ils étaient nés dans la famille Astrea, qu’ils avaient grandi dans une maison distinguée et estimée pour l’épée, et qu’ils avaient consacré une grande partie de leur vie à l’épée, même si leur sœur cadette, leur sœur aînée leur volait le zénith, ils n’avaient pas d’autre choix que de continuer sur leur lancée.

Tout en sachant qu’ils ne pourraient jamais atteindre ce territoire.

――Comme c’est stupide.

Elle ne pouvait s’empêcher de concevoir cette pensée.

Ils pouvaient faire ce qu’ils aimaient, et pourtant. Même si l’épée n’avait plus d’importance, et pourtant.

Puisqu’ils ne pouvaient plus pardonner Thérésia, ils pouvaient vivre dans les mondes de leur choix, et pourtant.

??? : “Thérésia-sama, les préparatifs pour le départ sont terminés. Il est temps que nous partions.”

Alors que Thérésia regardait par la fenêtre ses frères brandir leurs épées dans le jardin en contrebas, une voix l’interpella.

En se retournant, elle aperçut devant elle une jeune fille du même âge, dont les beaux cheveux blonds étaient coupés court.

Il s’agissait de Carol Remendis――une membre de la famille Remendis, réputée pour ses remarquables Chevaliers, et reconnue pour son exceptionnelle maîtrise à l’épée, qui avait été nommée intendante de Thérésia en raison de son âge rapproché.

En effet, ses capacités en tant qu’épéiste étaient exceptionnelles.

Même si elle préférait taire cette comparaison, sa maîtrise à l’épée pouvait rivaliser avec celle de ses frères aînés.

Une personnalité solennelle et une fervente adepte de l’épée, elle ne pouvait s’empêcher de se sentir mal à l’aise en tant que congénère.

Thérésia : “Oui, allons-y. Aujourd’hui, nous avons le tutorat des occupants du château, n’est-ce pas.”

Carol : “Oui. Tout le monde au château espère également être instruit par Thérésia-sama. Bien sûr, je partage le même sentiment.”

Thérésia : “…Je pense que tu es suffisamment forte, Carol.”

Carol : “Pas du tout. Quelqu’un comme moi est même incapable d’atteindre les pieds de Thérésia-sama.”

Ainsi parla Carol de ses propres capacités, comme si elle se dénigrait elle-même.

Une évaluation extrêmement atypique du point de vue de Thérésia. Après tout, Thérésia n’avait jamais brandi l’épée devant Carol jusqu’à présent. Non, c’était loin du compte.

Les mains de Thérésia avaient tenu une épée pour la dernière fois le jour où elle s’était mesurée à son frère aîné avec des épées en bois.

Depuis plus de deux ans, Thérésia n’avait pas effleuré l’épée du bout des doigts.

Néanmoins, les responsabilités en tant que Maître Épéiste se concrétisaient.

Le fait qu’elle soit la Maître Épéiste était une vérité incontournable. Elle ne pouvait pas aller jusqu’à gêner l’ensemble de la famille Astrea, aussi était-elle disposée à accomplir uniquement ses devoirs avec diligence.

Carol : “Il suffit de voir ce qui doit être vu pour le comprendre. Même si je n’ai pas eu l’occasion d’observer cette forme, si Thérésia-sama prend l’épée dans ses mains, elle va certainement déployer une force inégalée.”

Elle esquissa un sourire en coin en réponse à la conviction de Carol.

En sa compagnie, Thérésia allait donner des cours aux soldats en service. Même au nom du tutorat, elle n’avait rien accompli de remarquable.

Elle se contentait d’aller les voir manier leurs armes et s’entraîner, et de leur signaler les failles dans leurs techniques de combat, comme toujours, rien d’anormal.

Un des aspects redoutables de la Protection divine du Maître Épéiste était peut-être la façon dont elle affinait tous les instincts au combat. Cela ne concernait pas seulement les épées. Qu’il s’agisse de lances ou de haches, s’ils étaient liés à des techniques et des manœuvres de combat, Thérésia était consciente de l’ensemble de leurs forces et de leurs faiblesses.

Si les erreurs des soldats leur étaient signalées une à une, leurs mouvements s’en trouveraient modifiés à un degré indiscernable.

Cependant, du point de vue de Thérésia, bien que leur conduite soit indubitablement truffée de défauts, même cette infime altération marquait une immense différence pour ceux qui n’avaient pas de talent. Thérésia se sentait coupable lorsqu’elle était remerciée, respectée, estimée.

Je veux m’enfuir, immédiatement.

Je veux m’éloigner de cet endroit, un endroit où ce pouvoir non désiré est nécessaire.

Tout comme lorsqu’elle avait endossé la Protection Divine du Maître Épéiste, Thérésia désespérait du présent.

Elle s’enfermait dans sa chambre, s’enfermait dans sa coquille, espérant que les marées du destin changent de direction.

――Il s’agissait peut-être d’une punition qui lui avait été infligée pour avoir fait peser ses propres désirs sur les autres, pour avoir échappé à ses responsabilités.

Dans le Royaume Draconique de Lugnica, un affrontement éclata avec la Grande Alliance Demi-Humaine.

Profondément liée à la coutume de discrimination à l’égard des demi-humains qui restait prononcée au sein du Royaume, elle s’était mêlée en un clin d’œil à des années de mécontentement des demi-humains, et avait éclaté.

La plus importante et la plus grave des guerres civiles de l’histoire du Royaume, la Guerre des Demi-Humains, éclata.


Originaire de l’est du Royaume, cette guerre civile s’aggrava de jour en jour.

Une petite force de demi-humains au départ, qui semblait facilement réprimable, mais le Royaume s’était moqué de la profondeur des relations entre les demi-humains en coulisses.

De plus, il semblait exister des intermédiaires entre les races respectives en manque de relations, et l’embrasement de la guerre civile élargit son rayon en un instant.

Le tourbillon brûlant de la guerre imprégnait sans cesse le Royaume, et après une année entière de tentatives infructueuses pour éteindre ces flammes, le Royaume reconnut enfin qu’il s’agissait d’une situation sans précédent.

??? : “Informez Thérésia van Astrea, l’actuelle Maître Épéiste. En plus des Chevaliers et des soldats qui se battent actuellement pour maîtriser la guerre civile, de grands exploits sont attendus de la part de la noblesse.”

Les aristocrates supérieurs, qui avaient rassemblé une force sans précédent, ayant accepté que ce soit une situation difficile pour le Royaume tout entier, ne pouvaient pas garder l’être le plus fort, connu sous le nom de Maître Épéiste, pour la fin.

Bien entendu, Thérésia avait également été informée des ordres de participation à la guerre civile.

――Thérésia atteignit un désespoir sans précédent à l’arrivée de l’inévitable conformité.

Cela n’avait rien à voir avec l’époque où elle refusait égoïstement de prendre l’épée.

Ce qui était attendu d’elle à présent, ce n’était pas de manier le savoir en tant que Maître Épéiste, mais de manier l’épée véritable et la puissance en tant que Maître Épéiste.

Elle n’avait d’autre choix que de saisir l’épée.

Ce fut également la première fois qu’on lui accorda l’Épée Dragon Reid, que seul le Maître Épéiste était autorisé à manier à travers les générations.

Oncle : “Cependant, cette épée ne peut être dégainée que lorsqu’il convient de le faire. Je crois que tu devras porter une autre épée en plus de celle-là. Tu peux en choisir une qui te convienne.”

Son oncle, l’ancien Maître Épéiste, lui donna des conseils d’une apparente expérience.

Son oncle, dont la taille était autrefois pourvue de l’Épée Dragon, était familier avec la nature capricieuse de l’épée. Suivant les conseils de son oncle, Thérésia choisit une épée longue à une seule lame――une épée que Carol, son accompagnatrice, préférait et utilisait habituellement, après avoir constaté immédiatement qu’elle était compatible avec elle-même.

――Lors de sa première bataille, la première unité de Thérésia était composée de Carol, de ses frères et de son oncle.

La première bataille de Thérésia de son point de vue, bien qu’elle n’aille pas jusqu’à dire que c’était une occasion de faire preuve d’honneur et d’altruisme.

Malgré tout, il s’agissait incontestablement d’un événement dont elle ne devait pas détourner les yeux. Une occasion idéale de faire connaître l’épée de la génération actuelle de la famille Astrea dans tout le Royaume.

Quel que soit l’état d’esprit et de cœur de Thérésia, son environnement évoluait de manière capricieuse.

Tout le monde nourrissait une attente arbitraire, à savoir que la défaite était impossible si le Maître Épéiste était sur place.

La foi sans retenue et insensible qui l’assaillait de la part de ceux qui l’entouraient, terrorisait Thérésia.

Comme toujours, ne le divulguant à personne, le refoulant au plus profond de son cœur, Thérésia tremblait simplement, sincèrement, avant sa première bataille.

Et, au milieu de sa situation critique――

??? : “As-tu peur, Thérésia ?”

Oui, celui qui lui avait tendu la main avec cette voix bienveillante n’était personne d’autre que son frère le plus âgé.

Alors qu’elle attendait sa première unité et sa première bataille dans une tente, les mots de son tendre frère avaient stupéfié Thérésia.

Thérésia avait volontairement évité tout contact avec son frère aîné.

Non, son frère le plus âgé n’était pas le seul qu’elle avait évité. Son deuxième frère aîné, son frère cadet, ainsi que ses parents et son oncle, elle s’était abstenue d’entrer en contact avec eux.

Après presque deux ans, elle échangea des mots avec son frère bienveillant et vraiment bien aimé.

À court de mots, Thérésia ne pouvait rien faire d’autre que de continuer à regarder vers le bas.

Toutefois, son frère s’assit à côté de Thérésia, une expression de tristesse ornant son visage, et entreprit de la serrer dans ses bras et de lui caresser doucement la tête.

La paume de son frère, pourtant la même qu’auparavant, déconcerta Thérésia.

Frère : “Je suis bien conscient que tu nourris un sentiment de dette envers moi et le reste de nos frères. Ce n’est pas comme si je n’avais rien ressenti après avoir perdu contre toi de cette façon. Mais…”

En interrompant ses paroles, son frère lui adressa un léger sourire.

C’était le sourire même de son frère, un sourire que Thérésia n’avait cessé d’admirer, encore et encore.

Frère : “Tu es ma précieuse petite sœur. Alors si tu penses que tu ne veux pas, si tu as peur… alors je dois te protéger. Parce que je suis ton grand frère.”

Thérésia : “N-nii-san…”

Des larmes débordèrent. Elle ne devait laisser échapper aucune plainte.

Surtout lui, personne d’autre que lui, uniquement le frère qu’elle avait vaincu de ses propres mains, ne devait l’entendre. Voilà ce qu’elle croyait, et pourtant elle obligeait ce frère à le renier.

Frère : “Après avoir perdu contre toi, c’était vexant, j’ai même parfois envisagé d’abandonner. Mais malgré tout, j’aimais l’épée. Je suis reconnaissant d’être né dans cette famille, d’avoir nos petits frères et de t’avoir, toi, ma petite sœur. Je suis reconnaissant envers l’épée.”

Thérésia : “――――”

Frère : “C’est pourquoi je suis ravi d’avoir brandi l’épée.”

Ses pensées avaient vraiment été stupides, et Thérésia se rendit compte de sa propre idiotie.

En voyant ses frères continuer à s’entraîner à l’épée même après leur défaite contre elle, elle avait pensé qu’ils n’avaient pas d’autre voie, parce qu’ils étaient ignorants de tout le reste, qu’ils maniaient l’épée et qu’ils continuaient à s’y accrocher parce qu’ils n’avaient pas d’autre choix ; en supposant cela, elle les avait méprisés.

Il devrait faire ce qu’il aime, Thérésia avait arbitrairement placé son frère à sa propre échelle et avait fait des suppositions à son sujet.

Le frère qu’elle aurait dû admirer, qu’elle aurait dû estimer et respecter, qu’elle aimait tendrement, elle s’était moquée de lui uniquement sur le plan du maniement à l’épée.

Qui était stupide ici ? Elle était bien plus stupide ici. Et le Dieu de l’Épée lui-même était encore plus stupide. Pourquoi n’avait-il pas comblé de son amour l’humain qui l’aimait tant ?

Pourquoi avait-il béni une humaine comme elle, qui continuait à se détourner de l’épée ?

Son frère, ou d’autres personnes comme son frère, étaient ceux sur lesquels cette bénédiction aurait dû s’abattre à juste titre.

Frère : “Tu n’as pas besoin de te battre――après tout, tu es une gentille fille qui n’oserait même pas tuer un insecte.”

Redoutant la puissance de la Protection Divine du Dieu de la Mort, elle avait vécu sa vie en s’assurant de ne blesser rien ni personne.

La compréhension de son frère était légèrement différente, mais celui-ci avait eu la gentillesse de comprendre cet état et cette façon de faire de sa petite sœur.

Cela lui procura une grande joie, son coeur n’avait jamais tremblé autant au cours de ces dernières années.

En fin de compte, elle s’en remit à lui. Elle pleura auprès de lui, s’accrocha à lui, pour finalement tout confier à son frère.

――Au cours de cette première bataille de Thérésia, son frère périt en protégeant le quartier général de leurs troupes.

Pas une seule fois Thérésia n’avait brandi l’épée. Elle ne pouvait pas.

Et une fois de plus, pour les années à venir, jamais Thérésia ne toucha ne serait-ce qu’un peu à l’épée.


――Cinq ans s’étaient écoulés depuis le déclenchement de la Guerre des Demi-Humains, et Thérésia avait atteint l’âge de dix-neuf ans.

La Protection Divine du Maître Épéiste demeurait immuable, continuant à respirer silencieusement en elle.

Pourtant, la cruciale Thérésia s’était détournée des occasions de brandir cette force, s’abstenant de s’impliquer dans la guerre civile qui ne cessait de se dégrader, passant ses journées dans la sédentarité et l’inaction.

La première bataille de Thérésia, au cours de laquelle elle avait été incapable de se battre.

Le front de guerre qui anticipait les efforts acharnés du Maître Épéiste s’effondra et son frère aîné tomba en martyr. Déconcertée par l’impact de la mort de son frère, Thérésia fut dès lors incapable de toucher l’épée.

Le fait que le Maître Épéiste de la génération actuelle ait eu un premier combat aussi déshonorant avait été entièrement caché au public. L’existence du Maître Épéiste représentait également un pilier spirituel pour le Royaume. Ils ne pouvaient pas révéler qu’elle avait pleuré et crié lors de sa première bataille, et qu’elle s’était renfermée sur elle après avoir laissé mourir son frère.

Par conséquent, sans que le public en soit informé, le déshonneur de Thérésia avait été effacé de tous les registres.

De surcroît, alors que Thérésia s’enfermait sans remplir ses devoirs de Maître Épéiste, son deuxième frère aîné et son jeune frère s’étaient jetés sur le champ de bataille, cherchant à combattre d’une manière qui ne déshonorerait pas le nom de la famille Astrea, et ils avaient péri.

Son frère le plus âgé, gentil à l’extrême, qui écoutait tous ses souhaits avec une expression troublée.

Son deuxième frère aîné, qui était un peu méchant, mais qui était toujours le premier à s’excuser lorsqu’ils se réconciliaient.

Son frère cadet, adorable et attachant, une poule mouillée et un pleurnichard qui marchait toujours derrière elle, suivant son chemin.

Ils avaient tous perdu la vie en se battant à la place de Thérésia, qui n’avait pas réussi à le faire.

Oncle : “――Je t’ai fait traverser beaucoup de choses que tu ne voulais pas, hein. Désolé, Thérésia.”

Son oncle, l’ancien Maître Épéiste, source de motivation de leurs troupes, était lui aussi tombé en martyr.

Se battant bataille après bataille, résistant à ses blessures et jouant finalement le rôle d’arrière-garde des troupes alliées en retraite, il s’était sacrifié héroïquement.

Ce n’était pas comme si elle n’en voulait pas à son oncle.

Sans la révélation de son oncle, personne n’aurait peut-être jamais pu se rendre compte que Thérésia avait hérité de la Protection Divine du Maître Épéiste. Si cela n’avait jamais été révélé, ses frères n’auraient peut-être pas eu à se résoudre à mourir dans cette guerre civile, et ne seraient peut-être pas morts.

Dans cette optique, elle lui en voulait sûrement. C’était le cas, mais elle avait aussi l’impression que ça ne l’était pas.

Son oncle avait dû lui-même connaître mieux que quiconque le poids du titre de Maître Épéiste. Puisqu’il avait été le précédent Maître Épéiste, naturellement, les mêmes choses avaient dû être demandées à son oncle qu’à Thérésia.

À sa manière, il avait dû agir pour le fonctionnement optimal du nom de Maître Épéiste, aussi bien pour le Royaume que pour Thérésia.

Si cela ne suffisait pas, il y avait les mots qu’il avait prononcés en se séparant d’elle lorsqu’elle l’avait croisé pour la dernière fois.

En entendant ces mots, Thérésia ne pouvait plus éprouver de ressentiment à l’égard de son oncle.

Ainsi, si elle devait chercher quelqu’un à qui en vouloir, la seule option qui lui restait était elle-même.

Sa faible personne, qui n’avait fait que pleurer et se lamenter malgré le titre de Maître Épéiste dont elle avait hérité.

Carol : “Thérésia-sama est quelqu’un qui se lèvera sûrement un jour. Ce jour n’est tout simplement pas encore arrivé.”

Carol, son accompagnatrice, n’avait jamais cherché à abandonner Thérésia, engloutie par les morts répétées de ses proches, de ses frères et de son oncle.

Après avoir essuyé une défaite cuisante avec sa première unité et s’être éloignée des opportunités qui s’offraient à elle par égoïsme puéril, Thérésia, désormais enfermée dans sa coquille, était quelqu’un en qui Carol s’efforçait d’avoir confiance.

À présent, il arrivait même qu’elle exécute à sa place les ordres donnés à Thérésia depuis le Château Royal, s’exposant ainsi à des risques.

Pourtant, bien qu’elle sache à quel point Carol s’engageait sur une voie périlleuse, Thérésia n’avait pas su répondre à ses sentiments.

Pourtant, elle était elle-même dotée du talent de tuer des personnes.

Jamais, au grand jamais, elle n’avait imaginé qu’un jour viendrait où elle se morfondrait sur son incapacité à tuer des individus. Elle ne trouvait nulle part une raison de se battre. Elle ne pouvait pas se battre.

Thérésia : “――――”

Une fois libérée de la surveillance de Carol, Thérésia quitta le manoir sans but précis et se mit à marcher dans la Capitale Royale.

Cela faisait cinq ans que la guerre civile se poursuivait sans relâche, et le dynamisme de la Capitale Royale s’était lui aussi estompé, tandis qu’une atmosphère quelque peu morne proliférait à travers la ville. Il n’y avait pas de sujets lumineux, et aucune lueur n’éclairait l’expression des individus. Naturellement, évitant les endroits bondés, Thérésia recherchait la solitude.

L’endroit auquel Thérésia s’était récemment attachée et où elle se rendait fréquemment était un terrain inachevé situé à la périphérie de la Capitale Royale.

Une parcelle de terrain dont la construction avait été interrompue à mi-parcours avec le début de la guerre civile. À travers des allées, des chemins étroits, et des bâtiments en ruines, elle se dirigea vers la zone située en arrière.

Faiblement dégagé, l’espace indigne d’être catégorisé comme une place ouverte était le préféré de Thérésia.

Son cœur ne devenait pas particulièrement exubérant. Cependant, cet espace nu qui existait au milieu de toute cette désolation lui semblait similaire et conforme à l’état de son propre cœur et l’apaisait simplement.

Dans la brise matinale, fraîche et ironique, Thérésia se dirigea vers l’arrière de la zone.

Assise sur une volée de marches en pierre ne menant nulle part, un jardin de fleurs étendues aux abondantes éclosions jaunes était visible de l’autre côté.

Les rayons du soleil brillaient et le sol était inutilement adéquat pour la croissance des fleurs.

Dans ce lieu clandestin, à l’abri des regards, Thérésia avait habilement semé les graines de ces fleurs. Elle manquait de volonté pour s’occuper des parterres de fleurs du manoir qui avaient entièrement fané.

Mais elle avait au moins le sentiment de veiller aux résultats des graines de fleurs qu’elle avait semées par caprice.

Thérésia : “Je ne vous ai même pas arrosé… et pourtant vous avez grandi à ce point.”

Les fleurs sont fortes.

Tandis que Thérésia méditait sur ses propres faiblesses, les fleurs, qui ne regardaient que vers le ciel, déployaient leurs pétales et s’épanouissaient dans une splendeur inouïe.

Elle avait autrefois admiré leur splendeur, mais elle aspirait maintenant à leur force.

Certaines choses s’accumulèrent dans son cœur, et elle faillit pleurer.

Alors que sa main sur la commissure de ses paupières se réchauffait involontairement, elle réprima frénétiquement ses larmes.

――À ce moment-là, une présence affûtée s’approcha.

Thérésia : “Ah, je suis désolée.”

Un épéiste avait fait irruption dans le sanctuaire matinal de Thérésia.

À la limite de dévoiler ses larmes, Thérésia articula ainsi, délibérément, dans une tentative de se montrer forte. Puis, elle jeta un coup d’œil à celui qui se tenait sur la place.

Elle le vit et fut complètement émerveillée.

Des cheveux bruns taillés, des yeux élégants mais féroces, un corps souple, mince et en pleine forme, et une peau claire et brillante qui éblouissait à un point effrayant.

Il était vrai que son attitude, qui n’avait rien d’affable, possédait des traits étonnants.

Toutefois, ce qui avait étonné Thérésia à ce moment-là n’était pas aussi insignifiant.

――Aux yeux de Thérésia, le jeune homme était perceptible comme s’il n’était qu’une épée dégainée.

Elle avait l’impression que l’acier ferme et tranchant, moulé par la chaleur elle-même, avait les yeux braqués sur elle.

Face à ce fantasme, les battements du cœur de Thérésia s’entremêlèrent faiblement. Posant une main sur sa poitrine, Thérésia contempla ce qui lui était arrivé.

Cependant, elle se disait simplement qu’elle ne souhaitait pas que le jeune homme perçoive cet enchevêtrement de ses battements du cœur.

Par conséquent, pour masquer cela, Thérésia tissa des mots.

Thérésia : “Ainsi, il y a des personnes qui viennent ici très tôt le matin. En faisant tout ce chemin jusqu’ici――”

Jeune homme : “――――”

Quelle salutation cela avait été.

Thérésia lui avait parlé de manière sociable, mais le jeune homme avait plissé les yeux, comme si l’essence aiguisée du maniement à l’épée l’avait transpercée. Une essence de maîtrise à l’épée si stable et primordiale qu’elle ne semblait pas être une menace.

Peut-être avait-t-il perçu Thérésia comme déplaisante, une indication de son désir de la repousser.

Cela devint brusquement peu divertissant.

Si c’était la carte qu’il comptait jouer, alors Thérésia ne retiendrait rien non plus. Elle lui ferait comprendre que l’essence de l’art à l’épée dont il était si fier était caduque.

Thérésia : “…Il s’est passé quelque chose ? Tu fais une tête à faire peur.”

En entendant les mots de Thérésia, le jeune homme afficha une expression comme s’il avait goûté à un coup sous les épaules.

Il semblait avoir jugé Thérésia comme une profane en matière de maniement à l’épée, et pas seulement, en matière de combat tout court, et rien de plus. En vérité, il n’avait pas tort.

Thérésia n’avait aucune expérience des combats réels et ne possédait pas non plus d’antécédents en matière de maniement à l’épée. En effet, elle était une jeune fille, inévitablement profane, censée être plus forte que n’importe qui d’autre lorsqu’elle se battrait.

Jeune homme : “Que fait une femme ici si tôt le matin.”

Le jeune homme répondit, avec des mots grossiers et insolents.

La voix du jeune homme, en l’entendant pour la première fois, était maussade, mais simple et facile à écouter.

――Et une fois de plus, elle sentit le rythme de ses battements du cœur se dérégler.


Depuis ce jour, Thérésia et le jeune homme commencèrent à se voir souvent.

Il semblait que le jeune homme, apparemment, avait l’habitude de venir sur la place lors de congés spécifiques.

Il avait l’air dérangé par la présence de Thérésia, mais ne l’avait jamais forcée à quitter les lieux. Peut-être considérait-il que s’approcher d’elle était plus gênant.

Thérésia avait l’habitude de marcher jusqu’à la place pour admirer ce jardin de fleurs jaunes.

Parfois, le jeune homme était le premier à arriver, alors que d’autres fois, c’était Thérésia qui arrivait la première. Tandis que Thérésia s’installait sur les marches en pierre et contemplait le jardin fleuri, le jeune homme s’entraînait au maniement de l’épée, une épée de première qualité, et ces activités devinrent la promesse entre les deux personnes qui avaient l’habitude de passer du temps à cet endroit.

Thérésia : “――――”

Un coup d’œil discret sur la danse des épées du jeune homme.

Par inadvertance, elle faillit laisser échapper un soupir. Pour Thérésia, observer le maniement à l’épée des autres et se sentir ainsi était quelque chose d’exceptionnellement rare――non, c’était peut-être la première fois.

Elle avait initialement éprouvé du dégoût envers la forme du jeune homme qui tenait l’épée.

Ce n’était pas le jeune homme qui était en cause, mais plutôt la disposition d’esprit de Thérésia. Ayant fui le rôle de Maître Épéiste, même à l’endroit où elle s’était échappée, elle était tombée nez à nez avec quelqu’un agrippant une épée.

Elle serait chassée même du refuge réconfortant qu’elle avait finalement gagné. Ces angoisses pathétiques disparurent le jour où elle assista pour la première fois à la danse des épées du jeune homme.

L’épée que le jeune homme brandissait ne pouvait être qualifiée de raffinée, même dans un but de flatterie.

Aux yeux de Thérésia, qui possédait la Protection Divine du Maître Épéiste, il y avait présentement des imperfections facilement discernables également. Être révoltée par les trop nombreuses imperfections dans les épées des autres était également une mauvaise habitude de Thérésia, mais dans le cas du jeune homme, malgré la présence de ces défauts, sa passion à elle seule les compensait amplement.

Les frères de Thérésia avaient eux aussi dû se consacrer entièrement à l’épée.

Même lorsqu’il s’agissait des épées de ses frères, aînés ou cadet, Thérésia ne parvenait pas à se départir de son dégoût.

Alors, pourquoi ne ressentait-elle pas la même chose face à l’épée du jeune homme ?

La réponse à cette question était d’une simplicité déconcertante.

Thérésia : “Comme c’est stupide…”

――Il n’y avait absolument aucune impureté dans l’épée du jeune homme.

Se dévouer, tout consacrer à l’épée.

C’était facile à dire et à exprimer, et jusqu’à présent Thérésia avait cru que ses frères avaient fait la même chose, mais c’était vraiment scandaleux.

Il existait ici la ferveur d’un jeune homme qui ne possédait rien d’autre que l’épée.

Il n’avait rien d’autre que l’épée. Il n’aimait rien d’autre que l’épée. Il n’aimerait rien d’autre que l’épée, un simple mouvement d’acier.

Thérésia : “Comme c’est… stupide.”

En observant les talents d’épéiste du jeune homme, Thérésia sentit la chaleur lui monter aux joues.

Thérésia était la Maître Épéiste. Immergée dans l’amour du Dieu de l’Épée, un être fait pour se tenir au pinacle de l’épée.

Elle se tenait en avant de son objectif implacable.

Même s’il s’agissait incontestablement d’une illusion de sa part, elle avait l’impression qu’il la poursuivait.

La Maître Épéiste Thérésia pouvait tout comprendre de l’épée d’un seul coup d’œil.

Elle pouvait en percevoir l’essence et la quintessence, quel que soit le type d’épée précieuse, d’épée enchantée, d’épée émoussée, ou même s’il s’agissait de l’Épée Dragon. Elle pouvait toutes les manœuvrer librement. Il n’existait aucun acier non corrodé dans les mains de Thérésia.

Il était le seul.

Il était le seul acier qui ne se plierait pas à la volonté de Thérésia.

Il était une épée, mais ses limites ne pouvaient être déterminées par sa personne, qui était la Maître Épéiste.

C’était indubitablement la raison pour laquelle elle s’était tant attachée à lui.

Jeune homme : “C’est Wilhelm Trias.”

Trois mois après l’avoir rencontré, elle avait échangé son nom avec le jeune homme――Wilhelm.

Bien qu’ils se soient côtoyés à de multiples reprises, ils n’avaient jamais cherché à connaître le nom de l’autre.

En réalité, Thérésia avait attendu l’occasion à plusieurs reprises, mais Wilhelm n’avait absolument pas remarqué ce souhait. Ils avaient finalement réussi à échanger leurs noms uniquement parce que Thérésia s’était impatientée et avait pris l’initiative, et que Wilhelm s’était contenté de donner la réponse appropriée.

Wilhelm : “Jusqu’à présent, je t’appelais la “femme-fleur” dans mon esprit.”

Cet homme, à quel point peut-il être impoli ?

Ses paroles n’avaient pas la moindre parcelle de sollicitude, et son esprit était préoccupé par sa propre personne, sans se soucier d’elle. Il discutait un peu et, après avoir été arbitrairement satisfait, il rentrait chez lui, de sorte que le cœur de Thérésia n’était rien d’autre qu’un jouet.

Thérésia : “Aimes-tu les fleurs ?”

Wilhelm : “Non, je les déteste.”

Ce fut sa réponse, bien qu’il ait vu tant de fois la magnificence du jardin de fleurs spécial de Thérésia.

Artiste du fan-art : Ringo

Incontestablement, il était incapable de se contenter de jouer le jeu avec l’autre personne ou de lui remonter le moral.

Malgré sa colère à ce sujet, elle ne pouvait s’empêcher de penser : “Mais c’est précisément ce qui fait de lui une personne si proche de l’épée…”.

Durant cette période, la prise de conscience de l’existence de sa propre personne, sauvée par la présence d’une épée qui ne s’altérait pas comme elle le souhaitait, quelque chose qui ne concernait pas le Maître Épéiste, échappa à Thérésia.

Thérésia : “――Pourquoi brandis-tu l’épée ?”

Depuis qu’ils avaient échangé leurs noms, les mots qu’ils partageaient commençaient à varier également.

Ils avaient l’habitude de parler de fleurs, puis d’autres sujets divers, avant de se séparer. Ce qui concevait un malaise dans leurs échanges habituels, était sûrement dû à la morosité de ce jour-là.

Les tentatives pour maîtriser la Guerre des Demi-Humains avaient échoué, et Thérésia avait entendu parler des escarmouches sur le champ de bataille.

Dispersés dans tout le Royaume, les demi-humains qui étaient au cœur de toutes les destructions en cours étaient extrêmement forts, et parmi eux se trouvait une Sorcière dotée d’une immense force surnaturelle, dont l’existence avait également été confirmée, d’après ce qu’elle avait entendu dire.

Elle se sentit brusquement mal à l’aise.

Longtemps auparavant, elle avait entendu dire de la bouche de Wilhelm qu’il était un soldat du Royaume. Il était, quoi qu’il en soit, un épéiste extraordinaire. De plus, ses yeux semblaient terriblement assoiffés de sang.

Un Royaume en proie à la guerre civile, il était tout à fait apte à en être le soldat――malgré tout, il n’était pas invincible pour autant. Il cesserait peut-être un jour de venir sur cette place matinale.

Cette inquiétude avait poussé Thérésia à s’enquérir.

Mettant un terme à sa danse des épées, Wilhelm, en sueur, fixa directement les yeux de Thérésia. Il s’arrêta un court instant pour réfléchir, puis haussa les épaules, montrant par là qu’il jugeait sa question insensée,

Wilhelm : “Parce que c’est tout ce que j’ai.”

Il répondit ainsi, d’une manière digne d’un seul élan d’acier.

C’était la réponse que Thérésia avait précisément espérée, et pourtant.

Thérésia se rendit compte que sa poitrine était minée par l’inquiétude et la solitude.

Thérésia : “As-tu appris à aimer les fleurs ?”

Wilhelm : “Non, je les déteste.”

Thérésia : “Pourquoi brandis-tu l’épée ?”

Wilhelm : “Parce que c’est tout ce que j’ai.”

Au fil du temps, c’était devenu une promesse solennelle entre les deux, de réitérer assurément cet unique échange.

Thérésia elle-même ne savait pas quelle réponse elle cherchait à obtenir face à ces questions incessantes et récurrentes. Elle ne savait pas s’il était bon d’être apaisé par les réponses qui restaient inchangées, ou si elle devait anticiper l’altération de sa personne qui reprenait sa forme d’acier immuable.

Le fait de laisser imprudemment les choses qu’elle ne connaissait pas telles qu’elles étaient, était l’essence même de Thérésia.

Tout comme la façon dont elle, tout en se voyant confier le titre de Maître Épéiste, avait envoyé ses frères à la mort, avait accablé Carol de responsabilités, et continuait maintenant à vivre une période d’indolence.

Voilà pourquoi le changement faisait toujours son apparition, tout en ostracisant Thérésia de lui-même.


Celui qui arrivait en premier sur la place, c’était avant tout Thérésia.

Elle avait maintenant une idée précise des visites de Wilhelm, qui étaient auparavant irrégulières, et savait en plus parfaitement quelles salutations et conversations échanger lorsqu’elle le retrouvait.

Thérésia s’était également rendu compte qu’elle se complaisait dans son existence.

En échangeant des mots avec Wilhelm, en ayant les yeux posés sur celui qui avait tout consacré à l’épée, Thérésia avait pu brièvement oublier le fardeau du Maître Épéiste qui pesait sur elle.

Parce qu’elle était la Maître Épéiste, elle avait été séduite par lui, et alors qu’il semblait lui dire qu’être la Maître Épéiste n’était que de la poudre aux yeux, elle était sauvée par lui.

Qu’elle veuille rester Maître Épéiste, ou qu’elle ne le veuille pas, cela seul était mensonger.

Au sein de l’eau tiède et dépourvue de réponse, une culpabilité inébranlable et illimitée la submergea.

Sa présence lui fit même oublier cela.

Thérésia : “――Wilhelm.”

Comme d’habitude, sentant la présence presque facile à discerner, Thérésia se tourna vers l’arrière.

Debout à l’entrée de la place, se tenait une jeune épée.

Ses lèvres bougèrent involontairement, manifestant un sourire que Thérésia lança vers lui.

Wilhelm : “――――”

Le moment d’un effondrement imprévu des émotions survint à ce moment-là.

Les yeux exorbités, les lèvres frémissantes, Wilhelm dissimula son visage avec une paume tremblante. Thérésia fut elle aussi stupéfaite par sa réaction dramatique, sous le choc.

Se demandant où elle s’était fourvoyée, Thérésia se précipita vers lui, tandis qu’il se couvrait le visage. Cependant, elle ne savait pas quoi dire.

Jusqu’à ce jour, Thérésia avait fait tout son possible pour éviter toute connexion afin de ne blesser personne.

Ainsi, même lorsqu’elle blessait le cœur de quelqu’un, elle ne savait pas comment réagir.

Elle désespérait. Envers sa propre personne, qui ne savait rien et n’avait jamais cherché à savoir.

Envers sa propre personne, qui n’avait pas réussi à prononcer un seul mot devant Wilhelm en détresse.

Thérésia : “Wilhelm…”

Ne sachant que dire, les doigts de Thérésia s’approchèrent de Wilhelm. Depuis combien de temps n’avait-elle pas initié de contact physique avec quelqu’un ?

Pétrifiée à l’idée de blesser autrui, elle était devenue incapable de toucher qui que ce soit.

Pourtant, à cet instant, s’éloigner de lui sans le toucher était bien plus pétrifiant.

Thérésia toucha de ses doigts la main de Wilhelm qui couvrait son visage. Alors qu’il tremblait terriblement, goûtant une sensation de chaleur à un point invraisemblable, elle s’en aperçut.

L’épée, l’acier, lorsqu’ils étaient soumis à une chaleur redoutable puis frappés, se métamorphosaient en un acier encore plus résistant.

Bien que Wilhelm soit une épée d’un seul élan, il n’était pas une épée perfectionnée.

Et maintenant, après avoir conçu de la chaleur, Wilhelm était en train de se métamorphoser après avoir été frappé comme de l’acier.

Et le rôle de frapper l’acier dans ce but était maintenant demandé à Thérésia.

――Si le sujet était une épée, alors sa propre personne, le Maître Épéiste, devait être au fait de celui-ci.

Concernant cette personne, concernant cette épée, elle souhaitait assurément comprendre.

Thérésia : “As-tu appris à aimer les fleurs ?”

Spontanément, elle formula sa question habituelle.

Si un spectateur les avait observés, il aurait peut-être ruminé l’absurdité de cette consolation. Toutefois, entre les deux, c’était pour le mieux.

Wilhelm : “…Je ne les déteste pas.”

Et, à sa question inchangée, une autre réponse fut apportée.

Et ce que la Thérésia de l’époque en pensait, c’était la chose suivante : un jour, lorsque la réponse de Wilhelm changerait, Thérésia se retrouverait-elle de nouveau en proie à la déprime, au découragement et à la crainte d’être laissée pour compte ?

Cela ne se produisit pas. Elle aimait simplement sa personne changeante.

Se métamorphosant, l’acier cherchant à devenir plus fort, l’épée d’un seul élan, était précieuse.

Thérésia : “Pourquoi brandis-tu l’épée ?”

Par conséquent, il était évident que cette question avait également une réponse différente.

Et possiblement, cette réponse serait celle qui apporterait le salut à Thérésia――

Wilhelm : “Parce que c’est tout ce que j’ai trouvé… comme moyen de protéger.”

Ainsi répondit Wilhelm, qui n’avait rien d’autre que l’épée.

Oui, cette personne n’avait rien d’autre que l’épée.

Ce n’est pas grave, parce que c’est comme ça qu’il est. Cette personne.

――C’était tout ce que c’était, leur conversation routinière n’était plus nécessaire entre les deux.

Néanmoins, cela ne signifiait pas qu’ils renonçaient aux occasions d’échanger des mots sur la place.

Au contraire, les occasions d’échanger uniquement des mots étaient plus nombreuses qu’auparavant.

Wilhelm, qui se rendait sur la place pour manier l’épée, en était venu à privilégier gentiment le fait de parler à Thérésia plutôt que de manier l’épée.

Alors qu’il s’asseyait sur les marches pour contempler le panorama du jardin de fleurs, elle prêtait l’oreille aux paroles de Wilhelm, toujours dépourvues de sujets. Sans cesse maladroit dans l’art de la conversation, l’écoute de sa voix seule l’apaisait.

Wilhelm : “Il a été question de conférer le titre de Chevalier, et je le suis devenu.”

Sa façon d’aborder le sujet du jour, et son regard vaguement chargé de chaleur.

Bien que Thérésia soit peu sociable et qu’elle ait continué à se tenir à l’écart des autres, elle était suffisamment stupide pour ne pas comprendre ce que signifiaient les paroles de ce jeune homme, qui avait fait preuve d’un tel courage.

Pour un simple roturier être accepté comme Chevalier pour son travail sur le champ de bataille était exceptionnel.

La quantité d’exploits accomplis par la Lame Démoniaque, Wilhelm Trias, était une chose dont la Maître Épéiste sans valeur, lâche et désenchantée était douloureusement consciente.

Ainsi que de la raison pour laquelle il avait obtenu l’honneur d’atteindre ce statut de Chevalier.

Thérésia : “Je vois, félicitations. Tu as fait un pas de plus vers ton rêve, n’est-ce pas ?”

Consciente de sa véritable intention, Thérésia réagit délibérément en adoptant une attitude décontractée.

Si elle agissait avec désinvolture, elle ne pourrait s’empêcher de rougir un instant. Se retenant intégralement, Thérésia adressa un sourire à Wilhelm, qui avait l’air d’avoir goûté à un coup sous l’épaule.

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Wilhelm : “Un rêve ?”

Thérésia : “Tu agrippes l’épée pour protéger, non ? Un Chevalier est quelqu’un qui protège les autres, après tout.”

Suite à la réponse de Thérésia, Wilhelm acquiesça immédiatement avec une attitude humble.

Même s’il était normalement rebelle, il présentait parfois un côté enfantin et doux.

――Elle souhaitait que son existence s’inscrive dans ce qu’il voulait protéger.

Bien qu’elle soit en partie convaincue, elle détestait sa propre personne, qui se rassurait de la sorte.

Même si elle savait que leurs sentiments se transmettaient sûrement l’un à l’autre, sa propre personne qui s’abstenait d’agir était vraiment, vraiment stupide, odieuse, répugnante, irrémédiable ; par conséquent, une fois de plus, Thérésia se trompait.

Dans la mesure où elle en déduisit, après réflexion, qu’elle n’avait jamais rien fait de correct, jamais.


Alors que sa ville natale était en proie aux flammes, Wilhelm s’était lancé seul sur le champ de bataille.

Le rapport de Carol, à bout de souffle, l’informant de la lutte acharnée et imprévisible menée par la Lame Démoniaque, commença à piller Thérésia de sa chaleur corporelle, la faisant presque s’effondrer à genoux à cet endroit précis.

Thérésia, dont le visage pâlissait de seconde en seconde, pouvait comprendre le geste de Carol. Elle pouvait le comprendre, mais aucune vitalité ne l’animait. Elle savait que la situation était désespérée.

??? : “――――”

La voix inopportune de quelqu’un parvint aux oreilles de Thérésia, qui avait les yeux rivés sur le sol.

Ce n’était pas Carol. Ce n’était pas non plus quelqu’un dans la maison. Mais la voix lui était familière, comme si elle appartenait à quelqu’un qui était proche de Thérésia depuis longtemps, et c’est pourquoi elle la remarqua.

C’était la voix rieuse du Dieu de l’Épée, qui se moquait d’elle, qui avait toujours dissipé l’affection et l’amour.

Thérésia : “――Je dois y aller.”

Tout en prêtant l’oreille au rire du Dieu de l’Épée, Thérésia se leva lentement.

Même maintenant, la dérision continuait à résonner dans le petit crâne de Thérésia. Cependant, même si le Dieu de l’Épée se moquait d’elle, elle ne devait pas tout abandonner de cette façon.

Elle avait tout confié à son frère aîné et l’avait conduit à la mort.

En faisant peser sur son deuxième frère aîné, son frère cadet et son oncle ses propres responsabilités, elle les avait conduits à la mort.

Mais, seul lui――seul Wilhelm, je ne peux le concéder.

Parce que cette épée, cet acier, cette personne seulement, n’appartient qu’à moi.

Thérésia : “Carol, prépare-toi.”

Carol : “Thérésia-sama… ? Pourtant, l’état de votre corps…”

Thérésia : “――Prépare-toi.”

Carol, inquiète quant au physique de Thérésia, se redressa dès le deuxième ordre. Rapidement, elle fit tous les préparatifs nécessaires pour Thérésia.

La tenue de combat, qu’elle n’avait plus portée depuis l’époque de sa première unité et de sa première bataille, et l’épée longue, étrangère au sang.

Thérésia : “Cette fois-ci, à coup sûr, je ne ferai pas d’erreur.”

Prêtant serment à l’épée longue qu’elle tenait fermement, Thérésia hâta Carol et sauta dans le carrosse draconique.

Les carrosses draconiques qui se dirigeaient au secours de Wilhelm étaient plus nombreux que ne l’avait supposé Thérésia. Il s’agissait de personnes qui faisaient partie de la même unité que lui, ou qui lui témoignaient de la reconnaissance et de la gratitude pour avoir été sauvées par lui.

Bien qu’il s’agisse d’une épée dégainée, ce jeune homme au caractère bien trempé était introuvable.

À présent, ce jeune homme était devenu une épée précieuse, séduisant de nombreuses personnes par sa brillance et son tranchant.

――Les lignes de front de la ville natale de Wilhelm s’étaient entièrement effondrées à ce stade.

Les cris et les hurlements résonnaient, le champ de bataille était imprégné de l’odeur du sang et de brûlé.

Au milieu de ces circonstances bien trop horribles et pénibles, la poitrine de Thérésia fut prise de nausées. Elle s’était imaginée un nombre incalculable de fois sur le champ de bataille. Cependant, la réalité dépeignait facilement les horreurs de son imagination.

Sur le champ de bataille, où les blessures étaient infligées, où les vies étaient fauchées, où le sang et la mort étaient omniprésents, quelque chose comme la détermination n’avait aucune valeur.

??? : “Cherchez Wilhelm à tout prix !”

Celui qui avait élevé la voix était Bordeaux Zellgef, à la tête d’une armée de vétérans. À son commandement, l’unité, qui portait des armures semblables à de la pierre, se mit à avancer de concert.

Carol : “Thérésia-sama ! Que devrions-nous…”

La voix de Carol résonna, demandant des instructions, mais Thérésia ne l’entendit pas.

Le groupe de Bordeaux se heurta aux soldats ennemis qui avaient dévasté sa ville natale. Au milieu de cette mêlée effrayante, elle le sentit faiblement.

Carol : “Thérésia-sama ?!”

À l’instant où elle s’en aperçut, ses jambes bougèrent.

Les pieds de Thérésia s’élancèrent sur le champ de bataille où se mêlaient les guerriers, sans la moindre incertitude. Elle n’avait même pas besoin de regarder pour savoir où aller.

Elle foula le sol, traversa les monceaux de cadavres et se dirigea vers le point de convergence des cris de rage et des hurlements de mort.

Et en atteignant le lieu saturé par l’odeur âcre du sang, Thérésia le vit.

À ce moment précis, devant Wilhelm effondré se tenait un demi-humain vert, avec une épée gigantesque levée pour être abattue.

Le visage trempé de sang, Wilhelm levait les yeux vers l’énorme épée. Ses lèvres remuèrent. D’une voix tremblante et affaiblie, il marmonna quelque chose.

Wilhelm : “Je ne veux pas… mourir…”

Thérésia : “――――”

Tout va bien.

Tout va bien, je t’assure.

Thérésia : “――――”

Elle ne pouvait plus rien entendre.

Thérésia ne faisait que ruminer ce qu’elle avait entendu en dernier, le murmure de Wilhelm.

Elle balança l’épée longue qu’elle tenait dans sa main. Elle était légère.

Sans bruit, ou plutôt sans le moindre impact, le demi-humain fut facilement décapité.

Elle donna un coup de pied au corps gargantuesque qui s’écroulait tout en tenant l’énorme épée, afin qu’elle ne tombe pas sur Wilhelm. Au même moment, des flots d’animosité et de soif de sang s’avancèrent vers la fine carrure de Thérésia.

Toutes leurs trajectoires, elle pouvait les sentir. Elle pouvait les lire. Sur sa peau, elle les sentait. En les esquivant, Thérésia suivit un rayon mystérieux qu’elle voyait, avec son épée.

Sans savoir quand ils apparaissaient, de mystérieux rayons blancs lévitaient à travers les airs. Ce qui était encore plus mystérieux, c’était que son instinct lui disait que tout ce qu’elle avait à faire était de tracer ces rayons avec son épée.

Traçant, traçant, son épée glissait sur les rayons blancs.

Son épée glissait comme le vent, tailladant les corps des demi-humains situés au sommet des rayons d’un bout à l’autre.

Coupant leurs membres, décapitant leurs têtes, poignardant leurs abdomens, fauchant leurs vies.

La Protection Divine du Maître Épéiste, la Protection Divine du Dieu de la Mort, explosèrent sur l’opportunité enfin atteinte.

En perdant le poignet, cette blessure ne se refermerait pas.

Lors de la perforation de l’abdomen, l’hémorragie ne s’arrêterait jamais.

Même les blessures les plus superficielles, leur douleur rongerait et corroderait pour l’éternité.

Thérésia : “――――”

Du coin de l’œil, elle aperçut Wilhelm se faire soulever.

Un jeune homme portant un bouclier, et à ses côtés Carol. Ils cherchaient à épauler Wilhelm, hébété, et à se retirer de ce théâtre.

Oui, c’est bien.

Dépêchez-vous et s’il vous plaît, éloignez Wilhelm d’un tel endroit.

Carol : “Thérésia-sama… Hk.”

Carol serra le pendentif qu’elle portait au cou, observant Thérésia tandis qu’elle maniait l’épée. Son geste, proche de la prière, arracha un petit sourire à Thérésia.

Je suppose que oui. C’est exactement comme Carol l’avait dit, n’est-ce pas ?

Je suis en effet plus forte que n’importe qui d’autre, et meilleure que n’importe qui d’autre pour tuer.

――Si seulement je l’avais remarqué un peu plus tôt.

Wilhelm : “――――”

Le jeune homme emmena précipitamment Wilhelm, qui se débattait pour tenter de rester sur place.

Wilhelm, qui résistait en grattant le sol, n’y parvint pas en raison des blessures qui recouvraient l’ensemble de son corps.

Sa présence s’estompa. Elle en fut soulagée.

Tout en se sentant soulagée, elle pilla la vie d’un, de deux, de trois. Facilement, sans effort.

Taillant, déchirant, tailladant, effaçant les cris de rage et les hurlements de mort.

Effaçant la voix tonitruante et toujours gênante du Dieu de l’Épée.

Laissez-moi seulement entendre sa voix, lui qui s’accrochait désespérément à la vie.

Je vous prie de graver ma raison de me battre de la sorte.

S’il vous plaît, laissez-moi croire que mon épée peut sauver Wilhelm――

Source : Re:Zero Forbidden Book and the Mysterious Spirit


La bataille avait pris fin.

L’objectif de Thérésia, qui avait plongé dans le champ de bataille, avait été atteint, et Wilhelm était revenu en vie.

Cependant, l’objectif de Wilhelm n’avait pas pu être accompli, s’étant battu pour défendre sa ville natale.

Après avoir perdu sa ville natale réduite en cendres et son foyer parental, il était désormais livré à lui-même.

Wilhelm, qui avait brandi l’épée en retenant sa rage, avait tué plus de trois cents personnes.

Un décompte imprévisible et atypique pour un seul épéiste, sur un seul champ de bataille.

――Pour cette seule raison, l’aptitude de Thérésia à l’épée, totalisant plus d’un millier de têtes, s’écartait de la normalité.

L’existence du Maître Épéiste était ici――

Sa première bataille disgracieuse ayant été étouffée, cet événement était entré dans l’histoire comme la première bataille du Maître Épéiste Thérésia.

La bataille elle-même s’était peut-être soldée par une défaite incontestable, mais elle avait réussi à prouver son immense talent à l’épée.

Le nom de Thérésia van Astrea devint largement connu dans tout le Royaume et remonta puissamment le moral des guerriers qui continuaient à se battre sur le champ de bataille.

Bien sûr, la jeune Lame Démoniaque avait dû en entendre parler également.

Wilhelm : “C’est humiliant.”

Ils ne s’étaient pas promis de se revoir.

Pourtant, les deux avaient eu la conviction que s’ils se dirigeaient vers la place, ils se retrouveraient.

Et de fait, cela se réalisa.

Wilhelm, arrivé sur la place, abattit son épée en visant Thérésia.

Interceptant sa trajectoire d’une main, elle l’arrêta avec trois doigts.

L’angle optimal, le degré de force optimal, Thérésia était consciente de tout cela.

Son coup d’épée arrêté, ce que Wilhelm avait déclaré en déformant grossièrement ses lèvres étaient des paroles barbouillées d’une émotion frénétique qui ne convenait pas à ces retrouvailles.

Thérésia : “――Vraiment ?”

Wilhelm : “Tu te moquais de moi ?”

Thérésia : “――――”

Wilhelm : “Réponds-moi Thérésia… non, Maître Épéiste !!”

Elle n’avait pas de telles intentions.

Cette excuse n’avait pas non plus la moindre signification.

Il était vrai que, d’une certaine manière, Thérésia avait méprisé la danse des épées de Wilhelm. Elle avait vu ses défauts, ne les lui avait jamais transmis et les avait enfermés en elle, c’était tout à fait vrai.

Et il serait vain de discuter de ses intentions.

Wilhelm : “――――”

Elle balaya les jambes de Wilhelm qui s’élançait, le faisant violemment basculer. Il se rapprocha avec une expression de plus en plus frénétique, mais Thérésia l’évita complètement et contre-attaqua.

Aussitôt, la lutte devint unilatérale, et dans les mains de Thérésia se trouvait sa précieuse épée, fatiguée par l’usage. L’épée précieuse qui avait brièvement dévoilé les traces de ses efforts effacés par le sang――d’un coup sec, elle la fit glisser sur le rayon blanc, visant le torse de Wilhelm.

Le pommeau de l’épée lui perfora le torse et Wilhelm s’effondra, la respiration obstruée.

Thérésia : “Je ne viendrai plus ici.”

Elle ne supportait pas qu’il la regarde avec haine, avec pitié, avec un cynisme sincère.

Thérésia secoua la tête et choisit l’option qu’elle avait déjà prise d’innombrables fois : la fuite.

Wilhelm : “Avec un tel visage… tu ne devrais pas tenir une épée.”

Le visage contre le sol, Wilhelm arracha frénétiquement des mots d’un ton désolé.

Celui qui avait épousé et cru à la beauté, à la sublimité de l’épée, n’était personne d’autre que lui. La capacité de Thérésia était d’écraser et de piétiner tout cela.

Thérésia : “Je suis la Maître Épéiste. Je n’en ai jamais compris la raison, mais j’ai enfin saisi maintenant.”

La Protection Divine congénitale du Dieu de la Mort.

La Protection Divine du Maître Épéiste, accordée mais non désirée.

Il semblait qu’elle était parvenue à un compromis sur la raison pour laquelle elle les possédait.

Wilhelm : “La raison…”

Thérésia : “Brandir l’épée pour protéger quelqu’un. Je pense que c’est une bonne chose.”

Brandir l’épée pour protéger quelqu’un.

Elle aurait aimé avoir remarqué quelque chose d’aussi simple bien plus tôt.

Même si, en réalisant cela, elle n’aurait peut-être pas été en mesure de choisir qui protéger.

Maintenant, elle pouvait.

――Protéger Wilhelm.

Avec cette puissance, avec cette abominable et épouvantable puissance de massacre, elle protégerait Wilhelm autant que possible.

En le protégeant, en protégeant sa famille, en protégeant Carol, en protégeant une plus grande foule, et finalement en protégeant quelque chose d’aussi colossal que le Royaume, elle deviendrait une bonne Maître Épéiste.

Parce que je suis la plus forte. Parce que le Maître Épéiste est le plus puissant.

Il se peut que je piétine ses sentiments, que je trahisse ce en quoi il croyait, mais je ne peux pas abandonner le fait que je suis la Maître Épéiste.

Wilhelm : “Attends un peu Thérésia…”

Il n’y avait plus de paroles à échanger.

La voix atteignit le dos de Thérésia, qui s’avançait en supposant que ce serait la dernière fois.

Thérésia : “――――”

Elle faillit arrêter ses jambes. Elle résista désespérément à cette émotion.

Alors que Thérésia résistait désespérément, la voix de Wilhelm parvint à ses oreilles.

Wilhelm : “Je te déroberai ton épée. Je me moque de la Protection Divine et des devoirs qui te sont conférés… brandir l’épée… la beauté de la lame, ne t’avise pas de les mépriser, Maître Épéiste !”

Thérésia : “――――”

Elle avait été prévenue, l’épée lui serait arrachée.

Et une fois de plus, la voix rieuse du Dieu de l’Épée résonna dans son crâne.

Comme pour se moquer du jeune homme qui fulminait un tel abandon.

Comme pour se moquer de l’enfant bien aimé, le cœur bercé par cet espoir éphémère.

Artiste du fan-art : 冷蝉


――Une période de deux ans supplémentaires avait été nécessaire pour mettre fin à la guerre civile.

Depuis sa séparation avec Wilhelm, Thérésia s’était lancée sur tous les champs de bataille.

En répétant intensément un travail perfide et acharné, elle avait contribué à diminuer le potentiel de guerre de l’Alliance Demi-Humaine.

L’alliance avait également perdu des cadres qui constituaient son pilier, et ses fondations s’étaient affaiblies.

Il était possible d’affirmer qu’ils n’avaient pas eu d’autre choix que de se conformer à la proposition de paix offerte par le Royaume.

Par conséquent, la plus grande guerre civile du Royaume, la Guerre des Demi-Humains, divergea de son caractère épouvantable et s’acheva à l’identique, excessivement vite, comme elle avait éclaté.

Thérésia : “C’est… terminé ?”

Elle était résolue à mener à bien la prochaine bataille, la suivante et celle d’après, des batailles sans fin.

Ainsi, en entendant l’annonce abrupte du dénouement, Thérésia perdit l’équilibre.

Carol : “Oui, c’est terminé. La guerre civile a pris fin――c’est l’accomplissement de Thérésia-sama.”

Attrapant Thérésia qui chancelait dans ses bras, Carol prononça cela innocemment.

Ayant pris l’habitude d’afficher de telles expressions de tendresse plus souvent ces derniers temps, Carol soutint fermement Thérésia, déconcertée, et lui caressa doucement le dos.

Thérésia : “Un accomplissement, tu dis…”

Ces mots ne l’avaient pas vraiment touchée.

Tout ce que Thérésia avait fait, c’était de continuer à se contenter de taillader. Croyant qu’il s’agirait d’un moyen de protéger quelqu’un.

Croyant que cela sauverait le jeune homme qui avait arbitrairement quitté les troupes tout seul pour se rendre quelque part.

Les actions de Thérésia, dépourvues de conscience de soi, étaient toutefois, comme Carol l’avait déclaré, considérées comme le plus grand service rendu au Royaume.

Une cérémonie fut organisée en son honneur. Vêtue d’une robe de cérémonie, une épée de courtoisie à la main, Thérésia ne parvint pas à dissiper la sensation qu’elle marchait au sein d’un rêve, du début jusqu’à la fin.

Non, si c’était un rêve, alors Thérésia avait toujours marché au sein d’un rêve.

Depuis qu’elle avait été bénie par la Protection Divine du Maître Épéiste, depuis qu’elle avait senti pour la première fois la présence du Dieu de l’Épée près d’elle, le cœur de Thérésia s’était trouvé dans le rêve montré par ce grand être.

Il s’agissait donc aussi d’un rêve. Le rêve montré par l’amour du Dieu de l’Épée, sans soleil à jamais, qui ne se dissiperait jamais.

Par conséquent, si un jour elle devait être libérée de ce rêve, alors――

??? : “――――”

Une agitation rompit l’enthousiasme de la foule en délire qui assistait à la cérémonie.

Cet être s’avança sans but dans le hall de cérémonie, malgré toutes les voix qui l’appelaient à la retenue.

Dans ses mains, une épée dégainée, délabrée, abîmée et rouillée.

Il portait une tunique marron foncé et souillée, la couleur de sa peau visible étant également souillée par la saleté et la crasse. Mais avant que les sourcils ne s’arrêtent sur son état, il y avait quelque chose que tout le monde pouvait instinctivement sentir.

――Émanant de cet être, l’essence de l’effroi.

――Non, l’essence du maniement à l’épée.

Wilhelm : “――――”

Devant l’être qui se mettait en garde sans rien dire, Thérésia lui fit également face avec l’épée de courtoisie.

Le Roi, se tenant sur le même autel, arrêta les gardes du palais qui tentaient d’encercler le hors-la-loi. Elle lui en fut reconnaissante. Ainsi, aucun obstacle ne se dresserait sur son chemin.

Personne ne se mettrait désormais en travers du chemin de son escapade avec la Lame Démoniaque.

――Aucun signal ne fut donné.

Néanmoins, comme si tout avait été prévu à l’avance, les lames des deux se déplacèrent simultanément, donnant lieu à une note stridente.

La lame émoussée à juste titre entra directement en collision avec l’épée indubitablement sacrée, bien qu’il s’agisse d’une épée de courtoisie. Des étincelles dansèrent avec exubérance, des entailles déchirèrent l’air et deux ombres s’entrecroisèrent sur la scène comme dans une danse.

Thérésia : “――――”

Tandis qu’elle balançait son épée, Thérésia fut frappée d’admiration. Son esprit s’animait, les battements de son cœur s’accéléraient.

Dans les yeux de Thérésia, comme toujours, se trouvaient les rayons blancs concoctés au milieu de la bataille. Tout ce qu’elle avait à faire était de tracer ces rayons, tout ce qu’elle avait à faire pour tuer était de tracer ces rayons blancs, une telle guidance du Dieu de l’Épée était visible.

L’itinéraire vers le triomphe indiqué par le pinacle de l’épée, forgé par le Dieu de l’Épée, était brisé par la simple dévotion et l’ardeur folle de la Lame Démoniaque.

Les rayons blancs flottants furent déchirés par l’épée rouillée comme s’ils étaient visibles.

Interceptant chacun des innombrables rayons blancs qui émergeaient, la Lame Démoniaque poussa un cri de guerre et s’avança vers le pinacle de l’épée qu’il ne pourrait jamais atteindre.

Les battements du cœur palpitaient. À chaque fois, à chaque fois qu’ils échangeaient des coups.

Chaque fois que leurs épées se chevauchaient, chaque fois que le contour des rayons blancs était rompu, chaque fois que leurs regards s’entremêlaient.

Elle était amoureuse du démon à l’épée qu’elle avait sous les yeux.

À chaque fois, à chaque fois, à chaque fois, la Maître Épéiste tombait amoureuse de la Lame Démoniaque.

Elle l’aimait. Elle l’aimait. Elle l’aimait à un degré insupportable.

――Elle était amoureuse de cette personne à un point insupportable.

Thérésia : “――Hk.”

La cérémonie était complètement chamboulée. Au milieu des regards attentifs d’une foule aussi nombreuse, Thérésia ne pouvait s’empêcher de trouver cela comique en songeant à ce qu’elle était en train de faire.

Ses joues, chaudes. Sa poitrine, palpitante. À chaque instant, son amour s’aggravait.

En vérité, j’ai envie de jeter mon épée tout de suite, et de sauter dans sa poitrine.

Il n’y a rien à me dérober. Depuis longtemps, précisément depuis notre première rencontre, depuis que les battements de mon cœur se sont emballés à cause de toi, j’ai――

Thérésia : “――――”

La possibilité pour elle de s’enfuir dans le confort, refusant de lui faire face, fut contrecarrée.

Non pas par la voix réprobatrice du Dieu de l’Épée, mais par la lueur dans les yeux du démon devant elle, qui le répudiait de toute son âme.

Il l’emporterait par sa propre force, n’empruntant les mains de personne d’autre, pas même les siennes.

Avec sa seule force, avec sa seule ténacité, avec tout ce qu’il avait offert à l’épée, il arracherait la fille au Dieu de l’Épée.

À quel point et pendant combien de temps.

Combien de fois, des centaines de fois, des dizaines de milliers de fois, des centaines de millions de fois, avait-t-il dû penser à elle.

Les coups d’épée se mêlaient, se bloquaient l’un contre l’autre, leurs pointes scintillaient, et ils s’échangeaient des coups autant de fois qu’il le fallait.

Et la frappe accompagnée de la voix enragée du Dieu de l’Épée fut――

Thérésia : “――――”

La lame rousse se brisa, sa pointe virevolta dans les airs et rebondit sur l’autel.

Celle qui y était parvenue, sans une once d’incertitude, était la frappe pleine d’âme du Maître Épéiste.

Tout ou rien, la frappe singulière du Maître Épéiste à la puissance sans pareille.

Cependant,

Wilhelm : “Ma…”

Thérésia : “――――”

Wilhelm : “Ma victoire.”

L’épée précieuse avait été arrachée des mains de Thérésia.

Sa paume engourdie par l’impact, l’épée précieuse tomba dans son dos avec un bruit strident. Et, près du cou de Thérésia, se trouvait la pointe émoussée à moitié brisée.

La Maître Épéiste magnifiquement parée avait perdu face à la Lame Démoniaque grossièrement entraînée.

À ce moment-là, l’épée précieuse fut vaincue par la lame émoussée, et le fantasme connu sous le nom de Maître Épéiste fut brisé.

Wilhelm : “Tu es plus faible que moi, tu n’as donc plus aucune raison de brandir l’épée.”

La voix résonna.

À bien y réfléchir, cela faisait un bon moment qu’elle n’avait pas entendu sa voix brusque.

Dire que ses premiers mots étaient ceux-ci.

Thérésia : “Si je ne brandis pas l’épée… qui le fera ?”

Wilhelm : “Je vais hériter de la raison qui te pousse à manier l’épée. Tu deviens simplement ma raison de brandir l’épée.”

Sa raison de manier l’épée était de protéger quelque chose.

Tu deviens cette raison, tout en énonçant cela, il enleva le capuchon de sa tunique.

Alors que le visage souillé et acerbe la fixait du regard, Thérésia secoua la tête.

Lui dérober, la protéger, malgré le fait qu’il soit venu pour exprimer des choses aussi cool, il ne comprenait vraiment pas le cœur des femmes. Cependant, il était une épée, il n’y pouvait rien.

Thérésia : “Tu es vraiment rude. Pour rendre inutile toute la résolution et la détermination de quelqu’un.”

Wilhelm : “Je vais réussir tout ça également. Tu oublieras simplement que tu as tenu l’épée et tu te laisseras aller… voyons voir. Tu vivras en paix derrière mon dos, en cultivant des fleurs ou quelque chose comme ça.”

Ah, c’est tellement, tellement――

Thérésia : “Tout en étant protégée par ton épée ?”

Wilhelm : “C’est exact.”

Thérésia : “Me protégeras-tu ?”

Wilhelm : “Tout à fait.”

S’il la comptait parmi ce qu’il chérissait, et s’il répondait à son amour.

Thérésia sourit face aux paroles de la Lame Démoniaque, de Wilhelm.

Touchant ensuite l’épée placée au niveau de son cou, elle fit un pas en avant.

En touchant la lame de l’épée, elle ressentit les deux années de Wilhelm.

Se demandant si, pendant tout ce temps, il avait pensé à elle, sa poitrine se réchauffa.

Avec la montée d’émotions qu’elle ne pouvait supporter, des larmes apaisèrent les paupières de Thérésia. Elles débordèrent lentement et coulèrent le long des joues de la souriante Thérésia.

Thérésia : “Aimes-tu les fleurs ?”

Wilhelm : “Je ne les déteste plus.”

Thérésia : “Pourquoi brandis-tu l’épée ?”

Wilhelm : “Pour te protéger.”

Sa patience avait atteint ses limites.

Depuis qu’elle avait lâché l’épée de ses mains, elle n’entendait plus la voix du Dieu de l’Épée.

Elle ne voyait rien d’autre que Wilhelm.

Elle ne ressentait rien d’autre que Wilhelm.

Elle n’avait rien d’autre que Wilhelm.

Doucement blottie contre sa poitrine, elle inclina légèrement la tête vers le haut.

Les yeux fermés, les lèvres de Thérésia se mêlèrent à celles de Wilhelm. L’amour surgit de cette sensation douce et chaude, et le monde de Thérésia se transforma.

Les joues teintées, elle fixa l’homme, son bien-aimé, devant ses yeux.

Wilhelm ne prononça aucun mot, attendant silencieusement ses paroles.

Quel étrange comportement. Elle était celle qui attendait. Il semblait ne pas le comprendre, alors une fois de plus, comme auparavant, elle prit l’initiative,

Thérésia : “Est-ce que tu m’aimes ?”

Wilhelm : “――Tu le sais.”

Une réponse brusque, et il détourna le visage.

Au moment où elle arrondit les yeux face à la réponse, du son entra dans le monde uniquement constitué par le duo. La pause temporelle des spectateurs s’interrompit, et un grand nombre de gardes du château s’avança vers eux.

Les silhouettes de personnes connaissant bien Wilhelm étaient présentes.

??? : “Bonté divine.”

Alors que Wilhelm affichait une expression de soulagement en les voyant, elle gonfla les joues.

Regarder ailleurs alors qu’elle se tenait sous ses yeux, quelle était cette impudence ?

Elle ne l’avait même pas encore entendu prononcer les mots qu’il devait exprimer.

Thérésia : “Il y a quelque chose que je veux que tu dises, tu sais.”

Wilhelm : “Ah.”

Wilhelm tourna la tête, se grattant la joue comme pour atténuer la situation. Mais très vite, il céda au regard de Thérésia et soupira, serrant à nouveau sa taille fine contre lui.

Et il approcha doucement son visage de l’oreille de Thérésia, stupéfaite,

Wilhelm : “Un jour, quand j’en aurai envie.”

――Il semblait qu’il lui faudrait beaucoup de temps avant d’être prêt à le faire.

Avec un tel mécontentement à l’esprit, elle anticipa néanmoins avec enthousiasme l’arrivée de ce jour.

Sa faiblesse étant ce pour quoi elle avait perdu son cœur, Thérésia pardonna les paroles de celui qu’elle aimait.


――Après ça, en y repensant maintenant, il s’est passé beaucoup de choses.

Accueillir Wilhelm comme époux, lui qui avait interrompu la cérémonie et avait commis une imprudence sans précédent en affirmant qu’il emporterait la demoiselle d’honneur, constituait une tribulation.

Succédant à Thérésia, qui avait cessé d’être la Maître Épéiste, Wilhelm s’était enrôlé dans la Garde Royale avec la recommandation de Bordeaux et des autres, et cela constituait une tribulation.

Ayant affirmé sa volonté de passer sa vie au service de Thérésia, Carol avait entamé une relation amoureuse avec l’un des camarades de Wilhelm et la question de savoir si elle l’épouserait ou non constituait une tribulation.

Après avoir accumulé des exploits de grande envergure au combat, Bordeaux s’était vu offrir un siège dans le comité qui résolvait les grandes situations politiques, ce qui constituait une tribulation.

Avec autant d’événements, réellement autant d’événements, ces jours-là avaient été vraiment amusants.

Thérésia : “Je suis amoureuse de toi, Wilhelm. Qu’en est-il de toi ?”

Wilhelm : “――――”

En fin de compte, il ne prononça jamais les mots suivants. Mais il l’avait prouvé par ses actes à la place de ses paroles.

Seule une femme gentille ou une femme éperdument amoureuse de l’homme aurait pu se faire escroquer de la sorte――comme ces deux cas de figure s’appliquaient à Thérésia, elle continuait à se faire escroquer.

Leur vie de couple se déroula dans la tranquillité et l’insouciance.

Conformément à ce qu’il lui avait promis, Wilhelm n’avait plus jamais contraint Thérésia à saisir l’épée depuis cette cérémonie. Thérésia n’éprouvait pas non plus de sentiments persistants à l’égard de l’épée. La voix du Dieu de l’Épée était devenue inaudible depuis longtemps.

Pourtant, la Protection Divine du Maître Épéiste remontait parfois à la surface.

Par exemple, lorsqu’elle cuisinait, elle comprenait spontanément, en saisissant un couteau de cuisine, l’angle optimal pour frapper et ainsi de suite. Par-dessus tout, la capacité à couper correctement ne constituait que la première étape de la préparation, et au fur et à mesure qu’elle en apprenait davantage sur ce qui suivait, elle commençait à réaliser qu’il était bien plus difficile d’être une femme au foyer qu’un combattant à l’épée.

Thérésia : “…Ah.”

En outre, ce fut également à cette époque qu’elle apprit à contrôler la Protection Divine du Dieu de la Mort. Elle s’était accidentellement coupé le doigt avec la coquille d’un ingrédient en cuisinant.

Les blessures créées volontairement étaient toujours soumises à la Protection Divine. Blême à cause de la blessure qu’elle s’était infligée, alors qu’elle paniquait pour tenter d’arrêter l’hémorragie, celle-ci avait cessé immédiatement.

――Était-ce vraiment aussi simple, pensa-t-elle, presque révoltée.

Accepter l’existence des Protections Divines et contrôler leur pouvoir.

Bien qu’il lui ait été conféré un titre aussi immense que celui de Maître Épéiste, elle n’était en réalité qu’une petite fille qui n’avait même pas la moindre idée des choses qu’elle possédait.

Si seulement ça s’était produit bien plus tôt――des émotions aussi fortes emplissaient son cœur en se remémorant les visages de ses frères.

Wilhelm : “Thérésia.”

Thérésia : “――Hm.”

Dans ces moments-là, Wilhelm revenait comme si c’était volontaire. Et tandis que Thérésia cachait ses sentiments les plus profonds, il enlevait sa robe tendre et s’avançait d’un air autoritaire.

À de tels moments, elle était sauvée.

Thérésia : “Est-ce que tu m’aimes ?”

Wilhelm : “――――”

Néanmoins, il refusait obstinément de répondre à cette seule question.


Après ça, encore une fois, il s’est passé beaucoup de choses.

Véritablement, beaucoup de choses se sont produites.

Le couple avait donné naissance à un fils, Heinkel.

La femme qu’Heinkel avait accueilli en tant qu’épouse avait donné naissance à Reinhard, le premier petit-enfant de Thérésia.

――Personne n’avait à se reprocher quoi que ce soit.

Ni Heinkel, qu’elle appelait fièrement son fils, qui s’était consacré à l’épée avec plus de sincérité et d’efforts que quiconque.

Ni l’épouse, atteinte de la maladie dite de la “Beauté Endormie”, qui avait privé Heinkel de toute possibilité de justification et qui avait laissé Reinhard, l’enfant, entièrement seul.

Ni Reinhard, doté de talents capables de faire frissonner d’un seul coup d’œil, son cadre enfantin étant encombré de préjugés inutiles.

Personne n’était en faute.

C’est pourquoi, comme toujours, la fautive était sa propre personne.

Heinkel s’était dénaturé, l’épouse avait été faite prisonnière des rêves, et Reinhard s’était efforcé d’être aimé par de tels parents.

Elle trouvait que sa personne, qui avait été la première à s’en apercevoir et à ne rien faire, était la plus idiote et la plus bonne à rien qui soit.

Heinkel : “Il y a une bataille appelée la Grande Subjugation… Une bataille pour abattre la Baleine Blanche. Là-bas, je vais…”

Un Chevalier de la Garde Royale qui n’en avait que le nom, et une mission de poids qui n’en avait que le nom.

La voix tremblante de son fils s’était ajoutée à la proposition soumise, et Thérésia, seule et solitaire, avait pris une décision.

L’épée longue qu’elle avait autrefois préférée et qu’elle avait utilisée régulièrement, avait depuis toujours été confiée à Carol, qui l’avait conservée dans le même état qu’à l’époque.

Wilhelm : “Je suis contre. À quoi penses-tu ?!”

Même si elle était consciente que cela se produirait, Wilhelm s’opposait à la décision de Thérésia.

Elle fut transpercée par une lueur tranchante imprégnée de volonté.

Sa chevelure s’était mêlée de blanc, sa voix avait perdu de sa jeunesse, mais les fondements de Wilhelm n’avaient pas changé.

Sa dignité, son zèle, sa maladresse, tout continuait de correspondre à la manière dont Thérésia était tombée amoureuse et continuait d’aimer.

Thérésia : “――J’ai déjà pris ma décision.”

Wilhelm : “Par toi-même ! Qui au juste a demandé quelque chose comme… serait-ce…”

Wilhelm réalisa à qui était due l’attitude obstinée de Thérésia.

Son visage se teinta de fureur, son essence insupprimable d’épéiste se fendit.

Wilhelm : “Ce stupide bouffon… éprouve un peu de honte… Hk.”

Thérésia : “Ni toi, ni moi, n’avons le droit de dire ça.”

Wilhelm : “――――”

Wilhelm se lamenta pareillement au sujet de leur fils. Son expression furieuse s’estompant, Wilhelm se mordit les lèvres.

Sa fureur persistait, mais réprimer sa colère et feindre le calme était quelque chose qu’il avait appris à maîtriser de manière adulte.

Wilhelm : “Moi aussi, je vais m’en charger…”

Thérésia : “Tu as tes propres devoirs à remplir. Tu dois en être conscient, Wilhelm――tu ne peux pas avoir oublié le chagrin de Ford-sama.”

Wilhelm : “――――”

La fille du jeune frère du Roi, Ford, avait été enlevée par quelqu’un qui s’était introduit dans le Château Royal. En tant que commandant de la Garde Royale, Wilhelm avait le devoir de la retrouver immédiatement.

Il était impossible de faire voyager la Lame Démoniaque parallèlement jusqu’à la Grande Subjugation.

La requête faite pour le remplacer concernait Thérésia, l’héritière actuelle de la Protection Divine du Maître Épéiste, et demandait sa participation à la bataille.

Elle ne pouvait pas refuser. Les jours de tranquillité qu’elle avait vécus en renonçant à l’épée n’avaient été concoctés qu’en fonction de son propre égoïsme.

Elle ne pouvait pas se permettre d’en douter plus longtemps

Wilhelm : “Thérésia, quelque chose comme ça, c’est…”

Thérésia : “Wilhelm.”

Thérésia appela son mari, qui tentait de la persuader encore davantage. Devant son visage, dont la respiration s’était à peine arrêtée, elle l’interrogea en souriant.

Une question, après un long moment.

Thérésia : “Est-ce que tu m’aimes ?”

Wilhelm : “Quo… Hk.”

De l’agitation――la même émotion que par le passé, constata-t-elle.

Tout en souriant, Thérésia utilisa sa main comme une épée et fendit l’épaule de Wilhelm. Une attaque qui trancha l’air, découpa la peau.

Sans défense devant sa femme, Wilhelm ne put réagir au coup venant d’au-delà des limites de son attention, alors que la blessure à son épaule commençait à saigner.

Wilhelm : “Thérésia… Qu’est-ce que tu fais ?”

Le pouvoir de la Protection Divine du Dieu de la Mort fut activé sur la blessure peu profonde à son épaule. Elle n’était pas grave, mais l’hémorragie subsisterait. Tant que Thérésia resterait à ses côtés, tant qu’elle ne s’éloignerait pas de lui.

Wilhelm : “Thérésia ?”

Son corps s’appuya doucement sur sa poitrine.

Tout en ressentant la solidité des bras qui la saisissaient, Thérésia posa ses lèvres sur la plaie à l’épaule de Wilhelm.

Le sang teinta ses lèvres de vermillon, elle sentit pour la première fois le goût du sang de son mari.

Thérésia : “Grâce à ça, tu ne pourras plus me poursuivre. Parce que si tu es proche de moi, cette blessure ne se refermera pas.”

Wilhelm : “Tu as fait quelque chose d’aussi stupide pour une chose pareille… Laisse-moi être clair, même si l’hémorragie ne s’arrête pas, je vais quand même…”

Thérésia : “Si tu le fais, ce que je viens d’accomplir n’aura aucun intérêt.”

Avec un léger sourire, Thérésia lâcha son corps.

Et, tout en désignant la blessure sur l’épaule de Wilhelm,

Thérésia : “Je vais laisser cette blessure telle quelle. Pour que tu ne me suives pas. Je la refermerai une fois que nous aurons tous les deux terminé notre travail.”

Wilhelm : “――――”

Thérésia : “Pas besoin de s’inquiéter, pour qui me prends-tu ? Je suis l’épéiste la plus forte en ce monde, la plus puissante après toi.”

Wilhelm : “Même si tu compares ta quarantaine à ta jeunesse…”

Thérésia : “Ne dis rien d’aussi redondant.”

Elle ferma net la bouche qui s’apprêtait à articuler un manque de courtoisie.

Bon sang, voilà ce qu’il en est après plus de vingt ans de mariage.

L’acier demeurait inchangé.

Par conséquent,

Thérésia : “Je t’aime, Wilhelm.”

Wilhelm : “――――”

Thérésia : “Oui, c’est correct. Réponds plus tard.”

Wilhelm : “Plus tard ?”

Wilhelm fronça les sourcils, ce à quoi Thérésia répondit par un signe de tête.

Et, tout en s’engageant à se réunir autour de la blessure de son mari――

Thérésia : “À mon retour, ce jour-là, permets-moi d’écouter les mots que je n’ai jamais pu entendre.”


Ses souvenirs s’évanouissaient, se dissipaient.

La visibilité était perturbée par la tempête de sable et les bruits environnants étaient sporadiques et difficiles à percevoir.

??? : “――!”

Des rugissements de colère, des cris, des hurlements pouvaient être entendus.

Un plan de sa visibilité était saturé de vert verdoyant――non, c’était le sol. C’était la teinte d’une prairie. En observant les alentours, un brouillard dense enfermait le monde dans son intégralité à moins de dix mètres d’elle.

Les forces d’asservissement avaient été décimées de moitié, et son unité risquait l’anéantissement.

Une ruée désespérée s’était amorcée, sans que personne ne perçoive la direction à prendre dans l’épais brouillard.

Toutefois, seule une vague impression de pression titanesque provenant de l’autre côté du brouillard était perceptible. Par conséquent, les voix s’envolèrent, fuyant dans la direction opposée.

Thérésia : “――――”

Soudain, elle fut incapable de se souvenir de ce qui s’était passé.

Au sein de l’affrontement sévère et violent, l’engagement aurait tout de même dû évoluer en leur faveur, et bien qu’elle se soit retirée depuis longtemps du combat, sa force aurait dû servir à quelque chose, c’était ce qu’elle aurait dû ressentir――

Thérésia : “――?”

Ses pensées n’allèrent pas plus loin avant qu’elle ne prenne conscience d’un léger malaise.

Elle jeta un coup d’œil à sa paume. Quelque chose n’allait pas.

Il n’y avait aucun problème dans ses membres, ses yeux, ses pieds.

Mais elle avait l’impression d’avoir perdu ses ailes――

Thérésia : “La Protection Divine…”

Elle réalisa.

Elle ne pouvait plus ressentir nulle part la sensation de la Protection Divine du Maître Épéiste. Il en allait de même pour le Dieu de l’Épée, qui était resté à ses côtés, même si elle s’était éloignée de l’épée.

Ce mépris, lui non plus, n’était plus nulle part.

Thérésia : “Reinhard――!”

Thérésia eut simultanément l’intuition de la personne à qui la Protection Divine était parvenue après avoir disparu de son corps.

Était-ce le même sentiment que son oncle avait ressenti en sentant que Thérésia avait hérité de la Protection Divine ? Sinon, il se pouvait simplement que Thérésia soit consciente du talent naturel illimité de Reinhard.

Quoi qu’il en soit, Thérésia ne doutait pas que le Maître Épéiste de la prochaine génération serait Reinhard.

Cette intuition était peut-être une trahison à l’égard de son propre fils, Heinkel――mais il n’existait plus personne à qui elle pouvait imputer la faute, et il n’était plus temps pour elle de le faire.

??? : “――Oh là là, c’est plutôt galant de la part d’une dame seule de rester dans un endroit comme celui-ci.”

La voix gracieuse d’une jeune fille, qui ne convenait pas au lieu ni au moment, résonna.

En se retournant, Thérésia aperçut une petite ombre dans l’épais brouillard.

Des vêtements blancs, des cheveux teintés de platine.

Intime et affectueux, un regard aimable, empreint de sympathie, prônant à l’infini la solidarité envers les inconnus――un amour détourné, jusqu’à un point odieux.

Thérésia : “――――”

Fille : “Il semblerait que je n’ai pas été prise en affection.”

Thérésia s’avança en brandissant son épée longue.

Si elle s’était trouvée dans une période paisible, elle aurait pu s’inquiéter pour la jeune fille. Mais il s’agissait du monde de la mort, régi par l’épais brouillard de la Baleine Blanche.

Une jeune fille avait émergé ici, transcendant le mystère.

Même sans la Protection Divine du Maître Épéiste, le corps de Thérésia portait les traces de son ancien génie à l’épée. Manifestant une capacité adéquate au zénith de l’art à l’épée, la lame fulgurante déchira la petite silhouette de la jeune fille en deux――

Fille : “――Je souhaite te comprendre.”

La voix de la jeune fille lui chatouilla les tympans, et sa conscience fut entravée.

Avec un bruit d’éclatement.

Au sein de l’obscurité, sa conscience descendit.

Comme si elle s’enfonçait dans l’eau tiède, les membres liés, le corps de Thérésia s’immergeait, se flétrissant.

L’avenir de son petit-fils, le cœur de son fils, l’épouse qui les reliait, les soucis et les inquiétudes la traversèrent à toute vitesse.

Et, à la fin,

Thérésia : “Wilhelm.”

En prononçant le nom de l’homme qu’elle aimait, sa conscience cessa dans sa totalité.

Et――

Artiste du fan-art : Heinkel_Louanna


Thérésia : “Un visage pathétique…”

Ouvrant doucement ses paupières, elle aperçut un visage fripé.

Sa tête était devenue complètement blanche et les rides de vieillesse avaient proliféré sur son visage, mais elle ne pouvait s’empêcher de penser que c’était beau en soi.

Il était impossible qu’elle se trompe.

C’était le visage de son époux. Même s’il semblait que beaucoup de temps s’était écoulé depuis cette séparation.

Thérésia : “――――”

Elle inspira profondément.

Il y avait d’autres personnes à proximité, peut-être Heinkel et Reinhard. Elle sentait leur présence.

Les trois hommes de la famille Astrea s’étaient rassemblés ici, et avaient peut-être fait un détour juste pour la retrouver, juste pour faire leurs adieux.

Parce que tout le monde était si gentil.

Wilhelm : “Thérésia, je suis…”

Wilhelm s’étouffa dans son souffle, le visage creusé de rides.

Extrêmement inconvenant devant leur fils et leur petit-fils.

Où avait-il oublié sa dignité et sa majesté ? Par-dessus tout, en y repensant maintenant, de telles faiblesses de sa part étaient étonnamment toujours apparentes.

Thérésia : “Écoute, Wilhelm…”

Sa voix était rauque, mais particulièrement jeune.

Comme si ce n’était pas la sienne――non, c’était indubitablement la sienne, mais elle était censée être une grand-mère digne de ce nom maintenant.

On aurait dit que sa voix datait de l’époque où elle était tombée amoureuse pour la première fois, c’était embarrassant.

Thérésia : “――――”

La première fois qu’elle était tombée amoureuse, elle se sentit gênée par ce sentiment.

Il ne restait plus beaucoup de temps, mais ils le perdaient en se dévisageant mutuellement.

Mais, malgré tout, ce n’était pas grave.

Thérésia avait suffisamment transmis les mots qu’elle aurait dû transmettre. Wilhelm devait également l’avoir réalisé.

Par conséquent, celui qui avait besoin de temps, d’opportunités, de mots, c’était lui.

Thérésia devait simplement, silencieusement, attendre ces mots.

Même si elle devait attendre, ses espoirs seraient certainement comblés. C’était le genre d’homme qu’était Wilhelm Trias.

C’était le type d’époux qu’était Wilhelm van Astrea.

Wilhelm : “Il y a quelque chose que je dois… te dire.”

Thérésia : “――――”

Wilhelm : “J-je suis un piètre orateur… Je ne parviens pas à transmettre mes pensées correctement, et je t’ai causé du tort à toi aussi… c’est pourquoi, même en plus de vingt ans, jamais je n’ai…”

Thérésia : “――――”

Wilhelm : “Pendant vingt ans, je t’ai peut-être fait de la peine. Mais je suis…”

Thérésia : “――Une personne stupide.”

En le voyant lutter pour parler, en tâtonnant maladroitement pour former des mots, elle ne put le supporter plus longtemps.

Elle finit par rire. Vraiment, que disait cet homme ?

Thérésia : “Tu n’as vraiment jamais remarqué ?”

Sa main se tendit vers la joue, cherchant sincèrement le chagrin d’amour du visage au bord des larmes, même maintenant.

Son corps était terriblement lourd. Il ne lui restait plus beaucoup de force, mais elle la mit dans ses doigts pour essuyer les larmes qui coulaient sur son visage.

Thérésia : “Tu l’as toujours exprimé.”

Wilhelm : “――――”

Avait-il peut-être eu l’intention de le cacher ?

Avait-il peut-être eu l’intention de le dissimuler en ne l’exprimant tout simplement jamais par des mots ?

Thérésia : “Tes yeux, ta voix, ta conduite, tes actions, l’ont toujours fait.”

Tout ce que Wilhelm avait dirigé vers Thérésia.

Cela avait, plus que tout, transmis clairement le cœur de cette personne――

Wilhelm : “Je――”

Thérésia : “Tu――”

C’est pourquoi, c’était suffisant.

Wilhelm : “――T’aime.”

Thérésia : “――M’aimes.”


Du début à la fin, ma vie a été remplie de bénédictions.

J’avais mes frères avec qui j’étais cordiale, j’avais une amie qui était toujours chaleureuse avec moi et qui s’occupait tendrement de moi, j’ai été sauvée par beaucoup de personnes, j’ai rencontré Wilhelm.

Je suis sûre qu’il reste encore beaucoup de problèmes.

Mais j’ai foi dans le fait que vous vous en sortirez tous.

Mais, en vérité, il n’y a qu’une seule chose.

Il n’y a qu’une dernière chose qui reste dans mon cœur et que je regrette de ne pas avoir pu demander.

――À quel point serais-tu surpris si tu apprenais que ça avait été un coup de foudre au premier regard ?

Artiste du fan-art : ???


Leur échange réciproque de mots d’amour marqua la fin.

Souriant de satisfaction, les joues teintées d’amour et les yeux brillants de larmes, la silhouette de Thérésia van Astrea perdit sa forme et s’effrita en un clin d’œil.

Dans les bras de Wilhelm agenouillé, il n’était plus possible d’apercevoir la silhouette d’une femme ensanglantée et haletante, ce qui avait été légué n’était qu’une gerbe de cendres――et cela seul donnait de la crédibilité au sentiment qu’elle avait été présente.

Wilhelm : “――――”

Sa vie incinérée dans ses bras, Thérésia n’était plus qu’une gerbe de cendres. Wilhelm baissa les yeux vers ces vestiges de Thérésia, son regard se posant simplement sur elle, sans rien dire.

??? : “…Es-tu satisfait maintenant ?”

Et, à la place du silencieux et immobile Wilhelm, un homme éleva la voix.

L’homme aux cheveux rouges et d’âge moyen――Heinkel, lança un regard plein de haine à Reinhard, qui se tenait à côté de lui.

Reinhard croisa lentement son regard et poussa un soupir.

Reinhard : “Satisfait, que voulez-vous dire ?”

Heinkel : “Ne joue pas à l’idiot, c’est exactement comme nous l’avons vu ! Es-tu satisfait ? Tu dois l’être maintenant ! Que ce soit en nom ou en réalité, la position de Maître Épéiste est toute à toi maintenant, félicitations ! Les rumeurs selon lesquelles tu l’as volé en tuant la génération précédente sont désormais vraies, sans l’ombre d’un doute. Dis-moi, n’es-tu pas satisfait ? Hey !”

Reinhard : “Je ne comprends pas très bien ce que vous dites.”

Heinkel : “Ne fais pas cette tête d’ahuri ! Sale petit merdeux !”

Exhalant un souffle rauque, Heinkel tenta d’attraper Reinhard. Cependant, Reinhard évita ses doigts, et contraignit le corps de son véritable père à travers sa paume, tandis que ce dernier piétinait le sol de façon douloureuse.

Il ne restait pas une once de répercussion sur la forme du Maître Épéiste de la génération actuelle pour avoir tailladé à mort le Maître Épéiste précédent. En vérité, cela ne lui avait pas servi d’adversaire non plus.

Comme si cette vérité lui était imposée, la gorge d’Heinkel frémit légèrement.

Heinkel : “Ne t’emballe pas, Reinhard… Hk.”

Tentant d’atténuer les tremblements de son propre cœur, Heinkel devint de plus en plus frénétique et cracha en pointant le doigt vers Reinhard.

Heinkel : “Peu importe le nombre de mots doux que tu aligneras, ce que j’ai vu ne changera pas. C’est un fait que tu as abattu Mère… Thérésia van Astrea. Je le proclamerai. Je vais le faire savoir, afin que plus personne ne te considère comme le Maître Épéiste !”

Reinhard : “――――”

Heinkel : “Aussi indifférent que tu puisses paraître, il est hors de question que tu laisses tomber ton honneur de Maître Épéiste. Tu as peut-être réussi à t’en tirer à bon compte jusqu’à présent, mais ce n’est plus le cas. Celui qui tranche à mort son propre parent de sang est le Maître Épéiste ? L’épée du Royaume ? Hah, ne me faites pas rire ! Meurtrieeeeer !”

Reinhard : “Commandant Adjoint, vous avez beau le répéter, je ne comprends pas ce que vous voulez exprimer――il s’agit de votre malentendu, à savoir que j’ai abattu le Maître Épéiste de la génération précédente.”

Heinkel : “Eh… hein… ?”

En direction d’Heinkel qui argumentait avec véhémence, Reinhard donna une réponse calme. Heinkel arrondit les yeux à ces mots, mais Reinhard ne semblait pas avoir l’intention de duper ou de chercher des excuses.

Reinhard ne cherchait pas à donner son avis. Reinhard ne faisait qu’énoncer la vérité.

Reinhard : “L’ennemi à l’instant n’était qu’un cadavre manipulé par des arts secrets. Il ne pouvait s’agir du Maître Épéiste de la génération précédente… Grand-mère. N’avez-vous pas mal interprété quelque chose ?”

Heinkel : “――――”

Heinkel afficha une expression de stupeur face aux paroles de Reinhard.

Il enfonça alors ses mains dans ses cheveux rouges, les arrachant violemment. Un léger rire s’échappa de lui et avec un sourire dérangé,

Heinkel : “Alors, qu’est-ce c’était à la fin ? Quand elle parlait à père ?! Quand elle nous jetait un regard si acerbe, à toi et à moi… Qu’est-ce que c’était, si ce n’était pas Mère !”

Wilhelm : “――Ça suffit, arrête maintenant, Heinkel.”

Les canines mises à nu, Heinkel brûlait d’une émotion qui transcendait la haine. Ce fut Wilhelm, qui avait gardé le silence jusqu’à présent, qui mit fin à la fureur d’Heinkel.

Le vieux bretteur, toujours accroupi, déchira une manche de son manteau et soigna la blessure à sa jambe droite――l’emplacement empalé par l’épée longue.

La blessure qui ne devait pas se refermer en raison de la capacité de la Protection Divine du Dieu de la Mort, avait commencé à perdre son efficacité dès l’instant où l’être de Thérésia avait été perdu――non, avant cela, elle s’était arrêtée à partir du moment où Thérésia, saine d’esprit, était revenue. Ce qui lui faisait mal en revanche, c’était la blessure gravée sur son épaule gauche lors de leur séparation.

La Thérésia saine d’esprit sur son épaule gauche, et la défunte Thérésia sur sa jambe droite.

Avec la perte des deux, les blessures gravées avec la Protection Divine du Dieu de la Mort avaient perdu de leur efficacité.

Heinkel : “Arrête, tu dis… Père ! Ça te convient ?! Ce type est… !”

Wilhelm : “Arrête, Heinkel… Arrête.”

Alors qu’Heinkel tentait à nouveau de rouspéter, Wilhelm le lui interdit une fois de plus.

Wilhelm enleva son manteau qui n’avait plus de manche et enveloppa les vestiges cendreux de Thérésia dans le tissu ouvert. Il serait bien trop malheureux de l’abandonner telle quelle à la merci du vent.

Il estimait qu’il devait, au minimum, ramener ses cendres dans sa tombe.

Heinkel : “――Hk.”

Voyant l’état de son père, Heinkel grinça des dents de contrariété et ravala ses paroles. Et, récupérant les cendres, Wilhelm se leva d’une démarche chancelante.

Même si l’hémorragie avait cessé, son corps avait perdu une quantité considérable de sang. La blessure à l’articulation de sa jambe droite était profonde, et il était inconfortable de le laisser marcher seul. Reinhard tenta instantanément de soutenir ses épaules chancelantes.

Néanmoins,

Wilhelm : “――Éloigne toi !!”

Reinhard : “――――”

Le hurlement de Wilhelm abjura les doigts qui s’apprêtaient à le toucher.

Reinhard arrêta son bras levé, et Wilhelm ne chercha pas à se tourner vers sa silhouette. Leurs regards ne se croisèrent jamais, mais la Lame Démoniaque inspira silencieusement.

Wilhelm : “Reinhard…”

Reinhard : “――Oui.”

En contraste avec la voix tremblante de Wilhelm, la voix de Reinhard était confiante et digne.

Fermant les yeux en entendant son ton, Wilhelm articula.

――C’était une question.

Wilhelm : “Regrettes-tu d’avoir tranché ta Grand-mère… Thérésia, à mort ?“

Reinhard : “――――”

Un léger intervalle s’écoula avant la réponse à la question.

Ou peut-être que ce dialogue avait été jugé sans intérêt, comme celui avec Heinkel plus tôt.

Toutefois, après une pause, Reinhard répondit.

Reinhard : “Non――j’ai fait ce qu’il fallait. Je ne le regretterai pas.”

Wilhelm : “…Je suppose que oui. C’est vrai.”

Reinhard : “――――”

Wilhelm : “Tu as raison. J’ai tort――c’est pourquoi, nous n’avons plus rien à nous dire.”

Répondant d’une voix calme, Wilhelm tourna le dos à Reinhard.

Le grand-père et le petit-fils, sans jamais se faire face, conclurent le dialogue décisif.

Et, d’un seul doigt levé, Wilhelm désigna le centre de la ville,

Wilhelm : “Je suis inquiet à propos de l’Hôtel de Ville vers lequel Garfiel-dono s’est dirigé. Si c’est possible, je te demande de t’y rendre pour apporter ton soutien. Maître Épéiste Reinhard-dono.”

Reinhard : “――――”

Terriblement formel et indûment distant, sur ses paroles polies, Reinhard regarda dans la direction que son doigt indiquait. Il hocha ensuite la tête, puis jeta un coup d’œil vers Heinkel.

Heinkel, encore rongé par la haine, suspendit faiblement son souffle devant ces yeux bleus, mais Reinhard laissa passer cette terreur insignifiante qui était la sienne,

Reinhard : “L’extérieur est dangereux. Commandant Adjoint, si c’est possible, dirigez-vous vers un abri――en compagnie de Wilhelm-dono.”

Heinkel : “F-ferme-la ! Dépêche-toi de disparaître !”

Atterré par les paroles d’un mauvais perdant, Reinhard détourna le visage. Il s’élança ensuite vers la voie navigable, sautant comme pour donner un coup de pied à la surface de l’eau, avec suffisamment d’élan pour sauter par-dessus un bâtiment et disparut en direction du centre de la ville.

Constatant son talent et son habileté inhumaine, Heinkel cracha. Il se précipita ensuite vers Wilhelm, qui traînait continuellement sa jambe droite en marchant. Cependant,

Heinkel : “Honorable Père, partir seul est…”

Wilhelm : “S’il te plaît, laisse-moi seul. Je ne veux pas que quelqu’un voie mon visage actuellement.”

Heinkel : “Père…”

Wilhelm : “Tu n’as pas besoin de t’inquiéter pour moi. Tu devrais plutôt t’inquiéter pour ta propre sécurité. Cache-toi dans un bâtiment ou un abri approprié… Tu devrais t’en sortir.”

Ne laissant derrière lui que son opinion, Wilhelm marcha, délaissant Heinkel.

Avec les cendres de sa femme enveloppées dans le manteau qu’il portait, il traîna les pieds et s’effaça au loin.

Wilhelm : “――――”

Laissé pour compte, incapable de réclamer une halte ou de marcher à ses côtés.

Laissé en arrière, alors que Wilhelm disparaissait, Heinkel était――

Heinkel : “C’est quoi votre problème… c’est quoi votre problème, c’est quoi votre problème, c’est quoi votre problème, c’est quoi votre problème, bordel, c’est quoi votre putain de problème !”

Sur la place vide de tout occupant, regardant fixement le pavé en pierre, Heinkel déversa sa fureur. Se déchirant la tête, rugissant sa rage inexplicable par des mots, il jeta au sol l’épée fixée à sa taille.

Frappée par le sol avec un solide écho, la magnifique épée de Chevalier glissa sur le terrain et tomba.

Heinkel : “Merdemerdemerdemerde, allez tous… ! Allez tous crever… ! ALLEZ TOUS CREVEEEER――!!”

Sur la place vide de tout occupant, seul le hurlement sanglant d’Heinkel résonnait dans la solitude.

Le cri, mêlant un ressentiment et un chagrin illimités et permanents, se répercuta loin à la ronde――

Grand-père, père, petit-fils, le champ de bataille qui avait rassemblé la famille Astrea tira ainsi sa révérence.

Une femme, une grand-mère, une mère, une épouse.

La fin de Thérésia van Astrea grava des blessures dans le cœur de chacun d’entre eux.

――Sur ce, tous les champs de bataille de la cité Aqueuse de Pristella baissèrent leurs rideaux.

Artiste du fan-art : nanapen00

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