62 — L’éloge du guerrier

??? : “――Gorgeous Tiger ?”
La conscience de Garfiel fut durement secouée au moment où il entendit ce son.
Il cracha les volumes d’eau qu’il avait avalés, secoua toute l’humidité de son corps, et la vue commença à revenir à son cerveau somnolent à cause du manque d’oxygène.
Cet endroit était un espace souterrain à la fois sombre et glacial.
Le sol de pierre rigide était maintenant inondé par les volumes d’eau qui s’y déversaient. Il semblait que le flux turbide pénétrait dans la zone par un trou dans le mur derrière lui, ce qui lui avait permis de respirer de l’air frais.
Il était actuellement assailli par un grand nombre de regards. Il y avait en eux de l’inquiétude, de la vigilance, de l’effroi, de l’opposition.
Au vu du nombre de personnes devant lui et de la myriade de sentiments dans leurs regards, Garfiel en conclut qu’il s’agissait de l’un des abris de la ville.
La voie navigable dans laquelle il avait plongé se trouvait juste à côté de cet abri, et le fait d’avoir traversé le mur l’avait conduit jusqu’à cet endroit. Par conséquent, l’eau s’était déversée dans l’espace à sa suite.
Garfiel : “――――”
À cette réalisation, la conscience floue de Garfiel reçut un choc.
Il releva la tête en sursaut, le souvenir des événements qui s’étaient déroulés avant qu’il ne soit emporté jusqu’à cet endroit lui hérissant les poils du corps. Il tourna précipitamment la tête, cherchant rapidement le géant qui avait plongé dans l’eau, empêtré avec lui――
Garfiel : “…Ah.”
Son regard se superposa aux yeux verts d’un jeune garçon blond.
Un visage familier. Ce visage lui oppressa la poitrine, suivi de souvenirs qui lui déchirèrent le cœur. Il s’était retrouvé face à face avec le garçon qui avait un lien avec la mère de Garfiel, une fois de plus.
Son petit frère, qui était resté à l’endroit où il voulait être, recevant l’amour de sa mère――
Garfiel : “――?!”
Le sentiment de surprise fut une fois de plus noyé sous un excès d’émotions.
C’est alors qu’une énorme éclaboussure souleva l’eau autour de Garfiel, et que la forme étrange d’un géant se dressa dans l’eau peu profonde. L’énorme silhouette agita ses bras, frappant sans pitié Garfiel, qui regardait fixement dans le vide.
Face à cette attaque, la réaction de Garfiel fut un battement de cœur trop tardif. Et ce battement lui fut fatal.
La négligence momentanée avait offert une faille à l’adversaire. Et le dieu de la guerre qui faisait face à Garfiel ne se contenta pas d’une attaque timide.
Au total, huit attaques s’abattirent sur Garfiel. Une ou deux d’entre elles furent bloquées. Cependant, les six autres percutèrent Garfiel de plein fouet.
Son visage fut touché, et deux des attaques firent décoller son corps dans les airs. Son corps, qui flottait dans les airs, fut ramené à la surface de l’eau par de nombreux coups de poing venant du dessus de sa tête.
Son visage percuta le sol dur à travers l’eau, son nez et ses dents subirent de sérieux dommages. La surface de l’eau se teinta de cramoisi, et un flot de sang s’écoula de la bouche et du nez de Garfiel, qui se releva d’un bond.
Garfiel : “Arrête de… déconneeeeeeeer !”
Un rugissement passa à travers les interstices de sa bouche, là où se trouvaient certaines de ses dents, secouant ses oreilles qui bourdonnaient à cause des coups que son crâne avait reçus. Un élan de colère balaya cet espace souterrain, et le dieu de la guerre positionné juste devant s’avança pour l’accueillir.
Les poings des deux se chevauchèrent. Garfiel tourna la tête, utilisant ses dents pour entailler le poing qui lui raclait la tête, le déchirant du poignet au coude en un seul mouvement. Tendant son bras droit pour saisir simultanément le cou de son adversaire, il l’entailla de là jusqu’au bas-ventre.
Du sang frais jaillit de l’incision tranchante, endommageant considérablement le physique du dieu de la guerre.
Néanmoins, le dieu de la guerre poursuivit sa frappe avec les sept mains restantes. Pour les esquiver toutes, il faudrait à Garfiel tous ses moyens pour prendre des mesures d’évitement.
Un échange de coups dans un combat à mains nues, et il devait utiliser une seule main pour en gérer sept. Des désavantages écrasants, des différences de capacités écrasantes, des différences de force écrasantes――voilà qui enflammait sa volonté de se battre.
Garfiel : “Aaaah, AAAAAAAAAAAAAAAAAAH !!”
Attaque, attaque, attaque, attaque, attaque, attaque, attaque――
Bloquer, détourner, éviter, esquiver, repousser, dévier d’un coup de pied, heurter frontalement――!
Les poings s’entrechoquèrent, générant des ondes de choc qui firent s’évaporer la sueur qui dégoulinait des deux hommes.
Le bras puissant et le bras robuste se heurtèrent mutuellement, le son stupéfiant rendant difficile de croire qu’il s’agissait d’un choc de chair et d’os. Les corps des deux hommes ne purent résister à ce choc et s’envolèrent dans des directions opposées.
Un tigre féroce et un corps énorme furent tous deux projetés de côté, provoquant de gigantesques éclaboussures.
Le dos de Kurgan heurta le mur derrière lui, et Garfiel fit à nouveau intimement connaissance avec l’eau. Il leva immédiatement la tête, son regard se superposant à celui de Kurgan qui, à son tour, le regardait directement.
Bien qu’aucun mot n’ait été prononcé, la compréhension mutuelle s’établit en l’espace d’un instant.
Garfiel se leva, s’avançant dans l’eau qui lui arrivait aux chevilles.
Garfiel pouvait sentir la puissance de la Protection Divine des Esprits de la Terre s’activer sous la plante de ses pieds, découpant un quadrilatère du sol sous ses jambes, lui permettant de flotter vers le haut. En écartant le morceau de sol flottant, une grande partie de l’eau du souterrain s’écoula dans l’énorme trou qu’il venait de créer, réduisant drastiquement le niveau de l’eau.
Tandis que Garfiel s’occupait de l’évacuation de l’eau, Kurgan s’approcha du trou d’où l’eau s’écoulait. La brèche qui avait envoyé les deux hommes dans les souterrains était énorme, et de grandes quantités d’eau s’en écoulaient. Si ce trou était laissé à lui-même, l’espace souterrain serait inondé en l’espace de quelques minutes.
Kurgan sortit un Fendoir Démoniaque. Étant donné qu’un autre avait été réduit en morceaux par Garfiel, il restait encore trois Fendoirs Démoniaques. Kurgan en sortit un pour viser en haut, sa cible se trouvant directement au-dessus du trou――il brandit le morceau de fer exagéré vers le plafond, le faisant voler en éclats.
En utilisant sa vision de guerrier pour évaluer le degré d’effondrement, le trou dans le mur avait été, de cette manière rudimentaire, scellé avec des gravats. Bien sûr, même bloquée, l’eau continuerait à s’infiltrer, mais pas au point de submerger instantanément l’espace souterrain.
Le trou avait été bouché, le drainage complété, et l’eau qui submergeait leurs chevilles n’était plus.
Vérifiant sans rien dire l’état de leur environnement, les deux guerriers reprirent leur position initiale. Face à face. Poings équipés de boucliers levés, trois Fendoirs Démoniaques dégainés.
Le héros, Kurgan aux Huit Bras, et le concurrent, Garfiel, le Tigre Doré.
Soumettre un adversaire au meilleur de sa forme. C’était l’accord implicite et non écrit entre les guerriers.
Garfiel : “――――”
Garfiel savait que ce n’était pas le moment de faire une telle chose. Son devoir était de retourner à l’Hôtel de Ville qui était probablement attaqué, pour sauver ceux qui ne pouvaient pas se battre.
Toutefois, avant d’être confronté à ce problème, il en avait un autre auquel il ne pouvait pas tourner le dos.
――Ce sentiment était déplacé, mais Garfiel se sentait excité.
Il avait perdu lamentablement contre Reinhard, il avait scellé les souvenirs et les sentiments pour sa mère, il n’avait pas pu venger la gentille fille qui l’avait protégé, il avait laissé un allié dans une situation dangereuse après avoir fait le jeu de l’ennemi.
Tant de choses importantes lui avaient été arrachées des mains, le laissant avec un sentiment d’impuissance et de vide.
En quittant le Sanctuaire, en découvrant le monde, Garfiel avait reconnu sa propre faiblesse.
Il était certain d’être beaucoup plus fort qu’à l’époque où il se trouvait dans le Sanctuaire. C’était naturel. À l’époque, il ne s’était comparé qu’à lui-même, ne doutant pas des capacités martiales qu’il avait entraînées.
En quittant le Sanctuaire, en découvrant le monde, Garfiel s’était découvert des forces bien plus grandes.
Par rapport à la période qu’il avait passée au Sanctuaire, sa propre puissance n’avait pas diminué. Cependant, il était devenu plus faible en comparaison, car l’objet auquel il se comparait n’était plus le reflet de lui-même.
En l’espace de deux jours, un changement de conscience l’avait clairement amené à cette conclusion.
L’impuissance et la perte avaient mis à nu la personne intérieure de Garfiel, l’obligeant à reconnaître qu’il n’était qu’un morveux bluffeur. L’hésitation, le doute, le regret, tout cela ébranlait son esprit, les vacillements de son cœur l’affaiblissaient.
――Et celui qui avait injecté de la vie dans son âme flétrie était précisément Kurgan.
Le héros, Kurgan aux Huit Bras. Le héros de l’Empire de Vollachia. L’homme le plus fort de la Tribu des Bras Multiples.
Ayant préparé ses Fendoirs Démoniaques, il avait considéré Garfiel comme un guerrier à affronter. C’était très important pour Garfiel, qui n’arrivait pas à trouver sa propre valeur.
Les deux hommes enchevêtrés avaient plongé dans la voie navigable, l’inexpérience de Garfiel en matière de combat aquatique le privant de conscience. Kurgan, ressuscité par des arts arcaniques, n’avait pas besoin de respirer, et s’il avait simplement voulu décider de l’issue du combat, attendre que Garfiel se noie aurait suffi.
Néanmoins, le dieu de la guerre avait brisé le mur de la voie navigable, connecté ce chemin à un abri, et avait permis à Garfiel de survivre. Dans quel but ?
Garfiel : “Au départ… j’pensais que c’était ton geste d’miséricorde.”
Kurgan : “――――”
À l’origine, Kurgan n’avait pas considéré Garfiel, aussi peu préparé soit-il, comme un guerrier. Écarter un enfant qui attaque, botter les fesses d’un pleurnichard n’était pas ce qu’un guerrier ferait. Ainsi, face à Garfiel en pleine crise de colère, Kurgan l’avait complètement contourné.
Mais plus maintenant. C’était justement parce qu’il s’était levé et avait brandi ses boucliers que Garfiel était considéré comme un guerrier. C’était pour cette raison qu’il avait vu les fameux Fendoirs Démoniaques être dégainés, qu’il avait vu le dieu de la guerre prendre la posture d’un guerrier.
Après avoir vu ce comportement de sa part, ce qu’il avait montré à Garfiel n’était certainement pas de la simple pitié ou de la miséricorde.
Ce que Kurgan recherchait était le résultat d’une bataille décisive pour la victoire contre Garfiel.
――Le combat entre un guerrier et un autre ne pouvait se conclure que par un coup unique et réciproque.
Garfiel : “Oy, les gars… Combien d’temps vous allez continuer à r’garder ?”
Garfiel vérifia les boucliers sur ses deux bras, ces mots s’adressant non pas à Kurgan, mais au public qui les regardait, les entourait.
Ceux qui, après que les deux guerriers aient été emportés par le courant, avaient observé en silence la bataille entre les guerriers――les réfugiés.
Rassemblés en dépit de leurs différences de vêtements, d’âge, et même de race, ils n’avaient en commun que leur incapacité à se battre, un groupe de non-combattants qu’une seule attaque suffirait à faire voler en éclats.
Si Garfiel tombait ici, personne ne pourrait infliger de dommages efficaces à Kurgan. Bien qu’il soit difficile d’imaginer Kurgan commettre des atrocités contre des non-combattants, le seul à le savoir était précisément son adversaire, Garfiel. Et donc,
Garfiel : “Vous devriez pouvoir vous en rendre compte d’un seul coup d’œil. Même si vous êtes spectateur, vous pouvez rien y faire. Maint’nant, dépêchez-vous d’quitter cet endroit et d’sortir…”
Fred : “――Gorgeous Tiger !”
Garfiel : “Ah… ?”
Un cri aigu se superposa aux paroles de Garfiel, qui les exhortait à partir rapidement.
Les sourcils de Garfiel se plissèrent face à cela, car le seul à avoir appelé Garfiel était aussi le seul à employer cette phrase. Le garçon avait les yeux remplis de larmes, les deux joues cramoisies, et s’agrippait fermement à l’ourlet de son vêtement.
Confrontés à la stupeur de Garfiel, les yeux larmoyants du garçon le fixèrent en retour. Ils contenaient une volonté, suffisamment forte pour que Garfiel ait du mal à répondre.
Garfiel : “Hey, p’tit morveux… Qu’est-ce qu’tu racontes…”
Fred : “Gorgeous Tiger――!”
Garfiel : “――――”
Fred : “G-Gorgeous Tiger――!”
La voix tremblante du garçon interpellait Garfiel, qui restait silencieux. Comme s’il ne savait pas comment exprimer autrement ses sentiments, il criait ce nom.
C’était le nom d’un tigre doré. C’était le nom auquel Garfiel Tinzel aspirait, le nom du tigre le plus fort.
Pourquoi appelait-il ce nom maintenant ? Que souhaitait-il transmettre ?
Des larmes coulaient sur les joues rougies du garçon. Les cris de l’enfant se répandirent dans tout le public souterrain. Ainsi, tout le monde partageait la passion inexprimable contenue dans cette voix.
Garfiel : “Très bien, tu l’as déjà dit, maint’nant vas-y.”
??? : “Gorgeous Tiger――!”
Le soupir de Garfiel fut noyé sous un cri, appelant le tigre doré. Derrière le garçon, une fille avec les mêmes cheveux dorés l’enlaça. La sœur du garçon. Comme pour protéger son jeune frère, son regard tremblait en découvrant Garfiel.
Ses lèvres tremblaient aussi sans discontinuer. D’une voix dépourvue de silence, elle avait appelé le nom du tigre doré.
??? : “Gagne à coup sûr !”
Ni du garçon, ni de la fille, ni bien sûr de Garfiel. Un autre homme dans l’espace souterrain avait hurlé en serrant les poings.
Garfiel : “Attendez, j’vous ai dit d’fuir…”
??? : “Bats-toi, et gagne !”
??? : “Ne perds pas !”
??? : “Nous ne pouvons que regarder… mais !”
Garfiel était sans voix.
La voix qu’il avait utilisée pour les inciter à fuir avait été enterrée à plusieurs reprises sous d’autres voix.
Dirigeant son attention vers l’arrière, l’enthousiasme dans la voix du garçon avait atteint le cœur de tout le monde sous terre, pas une seule personne parmi celles qui assistaient au duel entre Garfiel et Kurgan n’avait fait le moindre geste pour s’enfuir.
En termes de bon sens, en termes de lucidité, comment pouvait-on penser que rester était la bonne option ? Tout le monde s’était laissé emporter par le feu de l’action. Au seul nom d’une détermination et d’une foi vides de sens, ils étaient parvenus à une conclusion qui risquait de leur coûter la vie.
Garfiel : “――――”
“Qu’est-ce que c’est qu’ce bordel ?”, pensait Garfiel.
Quel était l’intérêt de rester ici ? Que signifiait le fait de faire du bruit, de montrer son soutien ?
Il valait mieux se dépêcher de fuir. Ils n’auraient pas à s’inquiéter d’être impliqués, et la probabilité qu’ils soient sacrifiés s’il tombait lui-même diminuerait. C’était beaucoup plus rationnel.
Mais aucun d’entre eux ne s’était enfui, et pourquoi cela ?
Garfiel : “Cap’taine… Effectivement, ton discours était bien trop efficace…”
Il se souvint des mots que Natsuki Subaru avait transmis à toute la ville.
Ayant touché le cœur de tous les habitants de la ville, la force de la faiblesse de Subaru avait rassemblé les gens, submergés par le malaise et l’horreur. Un faible feu avait été allumé avec la dernière lueur d’espoir.
Et cette étincelle avait continué à réchauffer le cœur des individus, attendant la prochaine occasion de s’enflammer davantage.
Et pour eux, le moment était arrivé.
Et, à cet instant, il en allait de même pour Garfiel.
Fred : “Gorgeous Tiger――!”
Les encouragements ne cessèrent pas.
Le premier à appeler le tigre doré avait été le petit frère de Garfiel, dont il avait ignoré la naissance. Et pour protéger son petit frère, il y avait la petite sœur, dont il avait également ignoré la naissance.
Le petit frère et la petite sœur observaient directement Garfiel.
La ville qui avait accueilli sa mère après qu’elle ait perdu la mémoire, ses habitants observaient directement Garfiel.
Garfiel : “Pour un duel entre guerriers… Comparé à l’ordinaire, c’est un peu trop bruyant.”
Kurgan : “――――”
Garfiel : “Vraiment désolé. J’te dérange depuis l’début. Les plus ennuyeux sont surtout le p’tit frère et la p’tite sœur d’mon incroyabl’ personne. Ils auront droit à une bonne réprimande après ça.”
Kurgan : “――――”
Garfiel : “Et donc.”
Sans rien dire, le dieu de la guerre se mit en position, l’esprit combatif en ébullition. Sans paroles, mais cette attitude en disait long.
Garfiel serra les poings, faisant s’entrechoquer les boucliers attachés à ses bras.
Le son de l’acier frappant l’acier alluma une étincelle, et Garfiel prit une profonde respiration à travers ses crocs.
Garfiel : “Le Bouclier du Sanctuaire… Nan.”
Kurgan : “――――”
Garfiel : “Gorgeous Tiger, Garfiel Tinzel.”
L’annonce d’un nom, qui initiait le duel entre les guerriers.
À l’annonce du nom de Garfiel, Kurgan resta silencieux. Toutefois, le dieu de la guerre se contenta de racler ses Fendoirs Démoniaques, montrant à son adversaire la plus grande volonté de se battre.
C’était suffisant.
Garfiel : “AhhhhhHHHHHHHHHHH !”
Garfiel heurta le sol de pierre d’un coup de pied, ce qui le fit exploser, et son corps s’élança vers l’avant. Kurgan l’accueillit de la même manière, la distance entre les deux se réduisant à zéro en un instant.
Trop tranchant pour être qualifié de gifle, trop émoussé pour être qualifié d’entaille, le coup se situait entre les deux. L’air que les Fendoirs Démoniaques touchaient n’était ni traversé par un sifflement, ni tranché, mais plutôt tué, le caractère mortel des lames étant perçu par Garfiel grâce à l’instinct de danger d’un guerrier.
En un seul échange de coups, il devait affronter huit mains, et ces huit mains ne devaient en affronter qu’une seule. Le nombre de mains de Garfiel et de Kurgan étant différent, gagner contre lui était pour Garfiel aussi difficile que d’escalader un sommet pour atteindre les cieux.
Cependant, sans effort, il ne pourrait jamais les atteindre. Ainsi, il s’élança dans cette bataille, en jouant le tout pour le tout.
Garfiel : “――――”
Face aux coups violents qui faisaient de son corps leur cible, s’il était touché directement, même un coup contondant suffirait à lui trancher le sang et la chair. Sans la moindre hésitation, Garfiel leva le pied, brisant d’un seul coup un Fendoir Démoniaque qui fonçait sur lui.
Directement par-dessus, le talon brisa la structure du Fendoir Démoniaque, le corps épais de la lame transperça le sol en pierre et le rugissement des roches qui se fendaient créa l’illusion qu’un tremblement de terre secouait la ville entière.
Il s’était occupé d’une main lors de son premier mouvement, mais il ne devait pas baisser sa garde.
Au moment où le Fendoir Démoniaque brisé avait transpercé le sol, le second avait tracé un arc de cercle dans les airs en direction de l’épaule gauche de son adversaire. En entendant le sifflement du Fendoir Démoniaque avec son oreille droite, Garfiel défendit immédiatement sa tête avec les deux boucliers attachés à ses bras. L’attaque le frappa exactement au moment où il levait les bras, lui ôtant toute conscience pendant un instant.
L’impact reçu par son bras droit lui fractura le coude, le poignet et le haut du bras se brisant également complètement. Garfiel serra les dents, au point que celles-ci dégoulinaient de sang. C’était la deuxième main.
La troisième et la quatrième main étaient vides et frappèrent simultanément.
En raison de son corps gargantuesque, les poings de Kurgan n’étaient pas plus petits que le crâne d’un enfant. La puissance d’un boulet de canon, alliée à la taille d’un boulet de canon, la puissance de ce coup pouvait être considérée comme équivalente à celle d’un navire de guerre.
Un poing capable de transpercer un mur de pierre ou une plaque de fer s’approcha de Garfiel, dont les pensées s’étaient évanouies après l’impact à la tête. L’un visait son corps, l’autre sa tête, tous deux étaient capables de faire exploser un humain d’un coup net.
Le coup concentré sur le corps de Garfiel brûla en frôlant son abdomen. Le poing brûlait comme s’il était enflammé, tant sa puissance était surnaturelle.
En tordant son corps, ce poing n’avait fait qu’effleurer la peau à la surface de son abdomen. C’était la troisième main.
Avec l’impression d’avoir la moitié de son corps plombant sa conscience, Garfiel bloqua de sa main droite le coup de poing qui se dirigeait droit sur son visage. Son bras droit, déjà cassé et brisé, éclata complètement sous l’effet de cette formidable force.
Du coude au poignet en passant par le bout des doigts, cette main ne ressemblait plus à une main. Le bouclier fixé au poignet vola également. Mais perdre une main n’était pas une blessure mortelle. Garfiel arqua son corps pour rencontrer le poing avec son front. En heurtant le poing de Kurgan d’un coup de tête, il avait évité le choc de la quatrième main.
Il restait la cinquième, la sixième, la septième, la huitième. Encore éloignés. Trop lointains. Assez lointain pour faire rire. Pour faire frémir jusqu’aux crocs.
Garfiel : “――Ahhh, AHHHHHHHHHHHHHHH !”
Les cinquième et sixième mains étaient également vides. Il restait encore un Fendoir Démoniaque, et une blessure décisive n’avait pas encore été infligée.
Ces deux mains étaient des mains gauches, chacune dépassant sous l’épaule et le côté du corps, attaquant en même temps. La main droite qu’il avait utilisée pour bloquer était maintenant inutile. Sa main gauche ne pouvait pas arriver à temps. Garfiel avança donc sans hésiter son pied droit.
Les semelles de ses chaussures dessinèrent une éclaboussure, transmettant en même temps sa volonté à la terre.
Parfois, la terre lui prêtait de la force, parfois elle s’alignait sur ses caprices, et cette fois encore, elle lui offrait sa propre puissance.
D’une inclinaison sous ses pieds, le bas du corps de Kurgan perdit l’équilibre. Malgré cela, le dieu de la guerre se redressa sans hésiter. Ses mouvements ne comportaient aucune trace d’hésitation. Il ne vacillait pas le moins du monde. Néanmoins, dans sa concentration, il y eut une rupture.
À l’instant où l’attention de Kurgan se porta sur ses pieds, Garfiel s’élança vers l’avant, saisissant l’occasion.
Il leva le pied et, d’une torsion du corps, plaça sa tête entre les deux poings qui s’approchaient. Comme dans l’œil d’un cyclone, les deux poings qui visaient son torse passèrent tous deux derrière son corps.
À l’instant où ses pieds furent posés sur le sol, Garfiel frissonna devant son propre jugement. Il n’était pas sûr de savoir pourquoi il avait pris cette décision, une pensée et une décision prises en une fraction de seconde. Le cerveau brûlait. Le cœur brûlait. Une vie sur le point d’éclater.
Les cinquième et sixième mains avaient été abordées de la sorte. Ensuite, les septième et huitième mains――
Garfiel : “――――”
Soudain, l’ensemble des poils du corps de Garfiel se dressèrent.
Kurgan, dont les six mains avaient été esquivées, souhaitait utiliser les deux restantes pour achever Garfiel――un coup fatal arriva.
――En sautant la septième main, la huitième et dernière main frappa.
Il avait stoppé une attaque d’une main, l’utilisant à la place pour manier le Fendoir Démoniaque.
Le bras droit tenait le pommeau du Fendoir Démoniaque, la main de l’épaule droite agrippait fermement le corps de la lame du Fendoir Démoniaque. Un coup surpuissant était sur le point d’accueillir Garfiel qui restait cloué au sol.
Entouré de toutes parts, la présence était si écrasante qu’elle lui donnait l’impression de mourir, peu importe l’endroit où il tenterait de s’enfuir. Les attaques des six mains précédentes, qu’il avait fait tout son possible pour esquiver, lui paraissaient presque superflues.
L’éviter était inimaginable. Reculer, bondir sur le côté ou se précipiter en avant, tout cela aurait pour conséquence un impact direct. L’image d’être transformé en un morceau de viande à la suite de cette attaque apparut devant ses yeux.
S’échapper était impossible. Attaquer serait encore plus imprudent――il n’y avait donc qu’une seule option.
Garfiel plaça sa main gauche intacte au-dessus de sa tête, en abaissant sa taille.
En cet instant, des voix restaient audibles. Le son du petit frère et de la petite sœur, et une grande foule de personnes qui l’encourageaient.
Porter un jugement en un instant. Se déplacer en un instant. Le résultat fut immédiat.
Garfiel : “――――”
Au moment où le Fendoir Démoniaque avait été libéré, Garfiel avait entièrement quitté ce monde.
Un silence total, une absence totale de couleur. L’environnement extérieur disparut en un clin d’œil. Dans la conscience de Garfiel, dont la concentration était poussée à sa limite absolue, il ne restait plus que Kurgan.
Avec une lenteur anormale, le tranchant du Fendoir Démoniaque se dirigea vers Garfiel.
Avec une lenteur identique, Garfiel se déplaça, ayant relevé la tête et se préparant à recevoir le coup. Dans un monde si stagnant qu’il en devenait angoissant, tout ce que Garfiel pouvait faire était de serrer les dents.
Faux, il restait encore du temps pour fouiller dans ses souvenirs.
Il vit Subaru. Il vit Ram. Il pouvait voir Mimi. Il pouvait voir Frédérica. Il se rappela de Lewes, il se rappela d’Émilia, Otto apparut également, la pensée de ce bâtard de Roswaal flotta autour de lui, il pouvait contempler Béatrice et Pétra et tous ceux du Sanctuaire, et puis, sa mère Reshia, son petit frère, et sa petite sœur.
La bataille qui s’était déroulée au Sanctuaire avait permis à Garfiel de prendre conscience de sa propre faiblesse.
Prenant conscience de l’étendue du monde, Garfiel, après avoir été vaincu par Reinhard, avait eu la fausse impression d’être plus faible qu’il ne l’était avant de quitter le Sanctuaire.
――C’était impossible.
Si chérir plus signifiait plus de faiblesses, alors pour quelle raison les individus continuaient-ils à vivre ?
Il suffisait d’être assez fort pour protéger tout ce que l’on chérissait.
Garfiel : “Ah――j’me sens revigoré.”
Soudain, l’irritation qui lui tenaillait le cœur se dissipa.
À cet instant, le Fendoir Démoniaque frappa le bouclier de son bras gauche levé, envoyant une secousse qui ressemblait à un éclair dans tout son corps.
Garfiel : “――Hk !!”
La défense mise en place par son bras gauche fut en un instant brisée par ce Fendoir Démoniaque. Tout comme son bras droit détruit, le poignet, le coude, le biceps et même l’épaule étaient tous irrémédiablement tordus.
Ressentant la douleur familière d’un bras brisé comme dans un cauchemar, l’agonie teinta sa vision de rouge, les pensées se soudant dans un vide total. Garfiel ouvrit la bouche pour pousser un hurlement. Les crocs qui avaient été serrés depuis le départ se desserrèrent, un chœur de désespoir pour chaque blessure accumulée commençant à se former.
L’élan du Fendoir Démoniaque n’avait pas péri. Après avoir brisé sa main gauche, l’élan qui restait s’approchait du cou de Garfiel. Une telle puissance suffirait à briser le petit corps de Garfiel, qui ne serait plus que de la viande hachée.
Comment le dieu de la guerre considérait-il ce jeune guerrier qui poussait des gémissements d’agonie comme s’il se trouvait dans une impasse ? Dans son cœur, il y avait de la pitié ou de la miséricorde――aucun des deux n’avait d’importance.
À moins que l’un des deux camps ne cesse de respirer, le principe selon lequel un guerrier avait pitié d’un guerrier n’existait pas.
Garfiel : “――Ahhhhhhhh !”
Garfiel hurla d’agonie en baissant la tête. Ce son déchirant persista un long moment, et puis――
Garfiel : “――Ahhh, gah !”
Le hurlement cessa, Garfiel serra la mâchoire. Sur les dents qu’il serrait à nouveau, brillait un éclat d’argent.
C’était le bouclier d’argent qui était tombé de son bras droit en ruine, et que Garfiel avait attrapé entre ses dents.
Garfiel : “Gaaaaah, AHHHHHHHHH―!”
Renversant la tête, toujours en mordant ce bouclier, Garfiel avait rencontré le Fendoir Démoniaque qui s’élançait vers son visage.
La seconde ligne de défense que constituait ce bouclier fut écrasée à l’instant même où l’attaque l’atteignit, le faisant s’écraser sur le côté de son visage. Le sang gicla du nez de Garfiel, ses dents volèrent, mais ses genoux ne fléchirent pas.
Il supportait le poids du Fendoir Démoniaque avec la force de sa mâchoire et de son cou.
Des étincelles――nées de la collision entre l’acier et l’acier, elles créèrent une flamme, faisant vaciller la conscience de Garfiel.
Garfiel : “――――”
Même si le blanc de ses yeux avait commencé à apparaître, quel genre de volonté soutenait encore son cou ?
S’agissait-il de l’instinct de combat, ou plutôt de l’esprit de combat d’une bête, voire de sa vitalité ?
Soudain, du sang jaillit. D’immenses volumes de sang jaillirent, des fleurs de sang cramoisi s’épanouissant dans cet espace souterrain.
Il giclait de la main droite de Kurgan, cette dernière main droite qui agrippait le Fendoir Démoniaque. Elle portait une blessure qui persistait depuis la dernière fois qu’il avait attaqué Garfiel, assez profonde pour que l’os soit visible de la main à la partie supérieure du bras. Sous l’effet du coup qu’il venait de porter, la plaie s’était complètement ouverte.
Le visage de Kurgan ne portait aucune trace de choc. Son expression ne changea pas non plus sous l’effet de la douleur.
C’était une évidence. C’était un cadavre. La douleur existait pour inciter les personnes à vivre, pour s’assurer que la chandelle de la vie existait encore au-delà de la limite minimale――le défunt n’avait pas besoin d’un tel outil.
Ainsi, Kurgan avait ignoré l’effet de la blessure sur son bras droit.
S’il souhaitait vraiment réaliser l’attaque la plus parfaite, le dernier coup aurait dû être porté par sa main gauche encore en bonne santé. Que cela ait fait la différence entre la victoire et la défaite――ce n’était pas correct de le dire.
Cependant,
Garfiel : “――Ah.”
Après avoir résisté aux attaques à huit mains, Garfiel poussa un soupir, le visage ensanglanté.
Le bouclier serré entre ses dents s’écrasa au sol. Le devant de Kurgan était grand ouvert, tous ses bras ayant été utilisés. Pourtant, les bras gauche et droit de Garfiel étaient complètement inutilisables, les muscles des deux jambes étaient déchirés ici et là, insuffisants pour encaisser des coups violents et répétés. Malgré cela, il pouvait encore faire un pas en avant.
Après avoir bondi, que devait-il faire ? Les mains ne pouvaient être utilisées. Il restait donc――
Garfiel : “AaaaaaaaaaaaaaAAAAAAAAAAAAAAAH !”
Garfiel laissa échapper un cri, ouvrit grand sa bouche ensanglantée et se précipita sur Kurgan.
Les dents de Garfiel s’enfoncèrent dans le cou du dieu de la guerre immobile. Les dents transperçaient les muscles tendus avec facilité, sectionnant à la base ces organes si essentiels à la vie. Mordant toujours ainsi, Garfiel tordit son corps, les dents déchirant les muscles et les tendons, arrachant un gros morceau de cou, croquant avec force.
Garfiel : “Guh !”
Sans défense, Garfiel s’effondra sur le sol, crachant de la chair déchiquetée. Il tourna la tête en vomissant, observant la silhouette de Kurgan dont le sang jaillissait du cou.
Les bras de Garfiel étaient broyés, plusieurs dents manquaient, le corps restait taché de sang.
Après avoir été mortellement blessé par un Garfiel couvert de blessures, le corps héroïque de Kurgan restait pourtant debout, le torse droit. C’était l’esprit d’un héros, émouvant comme il l’était pour le cœur humain.
Kurgan : “――――”
Finalement, Kurgan se tourna lentement vers Garfiel.
Face au guerrier allongé sur le sol qui le regardait, le dieu de la guerre croisa les bras sur sa poitrine en silence. Et puis,
Kurgan : “――Magnifique.”
D’un baryton grave et lourd, le vainqueur reçut un éloge.
Garfiel : “Ahh…”
Sans même lui laisser le temps de répondre. Le corps de Kurgan s’effondra juste devant les deux yeux écarquillés de Garfiel.
La silhouette, si grande qu’il fallait se pencher pour la voir, s’effondra comme du sable, le visage exotique se transformant en pierre et en cendres. Une telle fin inspirait un tel chagrin, le défunt mourait une fois de plus――tel était le résultat.
Garfiel : “…Des mots si agréables.”
Observant le dieu de la guerre se réduire en cendres en mourant, Garfiel soupira de mécontentement. Non pas qu’il souhaitait qu’il vive de manière aussi artificielle, mais après un duel mutuel à mort, un sentiment de vide à la fin était naturel.
Il s’agissait donc simplement d’un chagrin que Garfiel n’avait pas d’autre moyen d’exprimer.
Garfiel : “Ah, merde… P’tain, j’vais mourir…”
Il avait perdu trop de sang
Allongé sur le sol, Garfiel canalisa la puissance de la Protection Divine des Esprits de la Terre dans tout son corps, transformant le Mana qu’il accumulait en magie curative pour réparer son corps. Ses mains surtout, et son visage, étaient également un désastre.
En surface, il avait subi des blessures qui n’étaient pas encore guéries, immédiatement suivies d’un tel nombre d’attaques. Se retrouver avec de lourdes blessures n’était pas une surprise.
??? : “Gorgeous Tiger !”
Garfiel, qui s’était donné à fond dans la guérison, entendit un sanglot.
Les silhouettes du petit frère et de la petite sœur s’approchèrent en marchant sur les flaques d’eau. D’autres s’approchaient également, mais aux yeux de Garfiel, il n’y avait que ces deux-là.
Tous deux semblaient au bord des larmes――non, ils pleuraient déjà.
C’était inévitable. Même du point de vue d’un non-initié, l’état de Garfiel était désastreux. Et même pour quelqu’un de familier avec ce spectacle, le fait qu’il soit resté en vie était pratiquement inimaginable. Si un guérisseur le regardait, son visage deviendrait certainement d’un blanc terrifiant, déterminant qu’un traitement d’urgence était nécessaire.
C’était également la preuve qu’il avait franchi la frontière entre la vie et la mort, tant il avait l’air mort. Bien sûr, même s’il voulait en être fier――
Garfiel : “J’ai survécu… mais j’ai pas pu gagner un peu d’temps.”
Même en ayant vaincu Kurgan aux Huit-Bras, il n’avait pas réussi à retarder l’échéance.
Cela avait été la bataille de Garfiel, mais ce n’était pas seulement la sienne. Pendant que Garfiel avait été coincé dans la bataille, un allié avait peut-être sombré dans le danger.
Désireux de retourner à l’Hôtel de Ville, Garfiel se redressa. En entendant ses paroles et en tenant compte de son comportement, les expressions du petit frère et de la petite sœur qui s’étaient précipités changèrent. La petite sœur, en particulier, arborait une expression de rage.
Sœur : “E-es-tu stupide ?! Bon, allonge-toi déjà ! Tout de suite… Oui, tout de suite, tout de suite, je vais appeler un médecin…”
Garfiel : “D’autres types ont b’soin d’médecins. Mon incroyabl’ personne a d’autres choses à faire, p’tite fille.”
Garfiel adressa un signe de tête à sa petite sœur dont le visage était devenu rouge vif. Mais son visage plein de sang frais n’avait peut-être pas l’air très convaincant. La petite sœur pleurait sans cesse des larmes d’angoisse.
Pendant ce temps, les os brisés de ses bras se reconnectèrent. Bien que la chair n’ait pas encore totalement récupéré, courir quelques pas ne lui ferait pas perdre connaissance. Arrivé à cette conclusion, Garfiel se leva.
Sœur : “Att-attends une minute… T-tu vas vraiment y aller ?”
Garfiel : “…La diffusion, tu l’as entendue ?”
Sœur : “Ah… mhm, mhm.”
Les mots de Garfiel reçurent un hochement de tête en guise de réponse, alors que du sang s’écoulait du bout de ses doigts.
La voix de la diffusion avait donné du courage au petit frère et à la petite sœur, en donnant à Garfiel sa dernière impulsion ici. Garfiel devait donc rendre la pareille à la voix de la diffusion.
Il avait dit que tout irait bien, Subaru avait dit que tout irait bien, et il devait donc faire en sorte que tout aille bien.
Garfiel : “Et donc, mon incroyabl’ personne――”
Sœur : “Ah !”
En titubant, son corps privé de sang s’agenouilla sur le sol. La petite sœur s’empressa de soutenir le corps qui semblait sur le point de tomber d’une seconde à l’autre, et Garfiel claqua la langue.
Et puis, devant Garfiel, se tenait le petit frère.
Fred : “Gorgeous Tiger.”
Garfiel : “…Quoi d’neuf ? Désolé, si tu m’dis d’arrêter, ça marchera pas.”
Fred : “Ce… Ce n’est pas ça. Gorgeous Tiger, tes vêtements brillent.”
En entendant l’allégation du petit frère, Garfiel baissa les yeux et s’en aperçut enfin.
À la taille de ses vêtements en lambeaux, un morceau de tissu émettait une douce lueur. Il s’agissait du Miroir de Conversation. Comme il n’avait pas réussi à se connecter à l’Hôtel de Ville, il l’avait mis là, déterminant qu’il était inutile. Le fait qu’il brille en ce moment même signifiait,
Garfiel : “J’pensais qu’il était cassé !”
Sœur : “J-je vais le prendre.”
Garfiel expira à grands volumes. La petite sœur tendit la main vers sa taille et en sortit le Miroir de Conversation avant qu’on ne puisse l’arrêter. La surface du miroir brillait, ce qui signifiait qu’un autre Miroir de Conversation, situé ailleurs, était en train d’appeler celui-ci.
En d’autres termes, il s’agissait soit de l’Hôtel de Ville, soit de l’autre groupe.
Sœur : “Que, que dois-je faire… ?”
Garfiel : “Apporte-le ici――qui est-ce ?”
La petite sœur approcha prudemment le miroir de Garfiel. Garfiel contempla la surface du miroir et appela.
Le Miroir de Conversation se mit à briller lentement.
