59 — Regulus Corneas

Ce n’est pas possible ce n’est pas possible ce n’est pas possible. Qu’est-ce que c’est que ce bordel, je ne comprends pas. Pourquoi dois-je traverser ça ? Pour qui me prenez-vous ? Je suis l’Archevêque du Péché de l’Avarice, Regulus Corneas. L’existence la plus satisfaite au monde ! Indiscutablement, l’individu le plus établi, une existence sans aucun aspect vacillant ! C’est censé en être ainsi, alors pourquoi dois-je traverser ça ?! Ne plaisantez pas, ce n’est pas une blague. Chacun d’entre eux, quel est leur problème pour qu’ils acceptent de telles absurdités comme s’il s’agissait d’une évidence ? Cet homme, cette femme, et ce Chevalier également, juste parce que j’ai fait preuve d’un peu de pitié, ils s’emballent, si j’avais été sérieux dès le départ, j’aurais pu les mettre en pièces, ne sont-ils pas en train de se méprendre sur leur propre pouvoir ? C’est parce qu’on peut se méprendre sans vergogne sur des choses qui sont, de mon point de vue, ridiculement erronées, que je déteste me mêler aux autres ! Odieuses, agaçantes, irritantes, exaspérantes, vexantes, sales, disgracieuses ordures. J’ai toujours, toujours bien fait, depuis des années, des décennies, des siècles, de cette façon, depuis tout ce temps, je suis celui qui exerce le plus fidèlement la fonction d’Archevêque du Péché, par rapport à n’importe qui d’autre. Lorsque j’ai été choisi pour la première fois comme Archevêque du Péché et que j’ai reçu ce Facteur de Sorcière, je les ai tous tués, le père qui, malgré ses maigres revenus, était accablé par une mauvaise dépendance à l’alcool, la mère qui jacassait sans cesse en se plaignant jour et nuit, et les frères avides qui lorgnaient avec voracité la part qui m’appartenait de droit, je les ai tous tués, les villageois qui me regardaient comme si j’étais un idiot également, l’habitant qui m’avait poussé dans une telle maison dans ce village sans espoir également, les dirigeants ineptes du pays qui avaient négligemment abandonné le village dans cet état en premier lieu également, je les ai tous mis en pièces et en morceaux, et quand tout a disparu, j’ai enfin trouvé un moyen de vivre sans eux ! Je n’ai besoin de rien. Tout est juste ennuyeux. Je suis déjà satisfait. Non pas que je ne l’avais pas, mais je n’en avais pas besoin. Contrairement à la pourriture intrusive, je n’ai jamais eu besoin de quoi que ce soit. Malgré ça, me donner quelque chose, ne signifie-t-il pas que, de l’extérieur, de votre point de vue, vous m’avez regardé et considéré comme une existence pitoyable et déficiente ? Tous ceux qui veulent m’imposer des choses inutiles devraient être tués, et seuls ceux qui laisseront ma personne satisfaite tranquille devraient être autorisés à entrer dans ce monde. Peu importe qui, ces enfoirés qui viennent de prêcher leur absurdité égoïste. Quelqu’un a-t-il le droit de me prendre en pitié ? Qui a le droit de me prendre en pitié et de me pousser au désespoir ? Comme si j’allais les laisser faire. Je n’ai besoin de rien et je n’ai rien demandé non plus. Un père qui, malgré ses maigres revenus, était accablé par une mauvaise dépendance à l’alcool et qui, malgré tout, m’achetait de temps en temps des cadeaux, est une ordure qui ferait mieux de mourir. Une mère qui ne cessait de se plaindre jour et nuit en disant des choses évidentes telles que “Excuse-moi de t’avoir dérangé” est une ordure qui ferait mieux de mourir. Les frères avides qui, bien que lorgnant avec voracité la part qui me revenait de droit, avaient l’habitude de partager une portion de leur part lorsque ma nourriture était renversée, sont des ordures qui feraient mieux de mourir. Arrêtez, bande d’enfoirés, d’être arbitrairement gentils à mon égard. Être gentil, ça doit vouloir dire que vous pensez que je vous suis inférieur, que vous me regardez de haut. Quelqu’un qui regarde les autres de haut, surtout quelqu’un qui regarde sa famille de haut, il est normal qu’il soit détesté. C’est naturel qu’ils soient morts. Ce n’est pas ma faute. Je n’ai rien fait de mal. C’est de votre faute, vous, vous me prenez en pitié pitié pitié, vous me traitez comme si j’étais pathétique, et vous me laissez tout seul. Goûtez à ce que c’est que de se sentir comme la personne la plus insignifiante au monde. Je ne devrais être entouré que de personnes qui n’ont pas pitié de moi. Ceux qui ont pitié de moi devraient disparaître du monde. J’entends des rires. Vous me regardez, n’est-ce pas ? Vous m’avez regardé et vous avez ri, n’est-ce pas ? Qu’y a-t-il de si risible à mon propos ? Qu’est-ce que vous avez vu en moi qui vous a fait rire ? Chacun d’entre eux rit et rit, une bande d’ordures impuissantes qui ne sont bonnes qu’à ouvrir la bouche. Pourquoi mon cœur doit-il se briser autant à cause d’eux ? Ne vous mettez pas en travers de mon chemin, ne m’obstruez pas, ne me prenez pas en pitié, ce n’est pas moi qui suis pitoyable, c’est vous, c’est vous qui êtes impuissants et ignorants mais toujours remplis d’Avarice ! Vous devez ramper toute votre vie juste pour satisfaire votre personne incomplète, c’est vous qui êtes pitoyable et avide ! Je suis différent, je ne suis pas comme ça, je ne veux rien. Dépourvu de désirs comme je le suis, je suis meilleur que vos personnes incomplètes. Ne me prenez pas en pitié. En vérité, vous êtes jaloux de moi, vous m’enviez, vous m’admirez et comme vous ne pouvez pas m’atteindre, vous vous contentez de débiter des paroles en l’air. C’est vrai, ça doit être vrai, c’est évidemment vrai. Attendez, attendez, juste attendez. Juste arrêtez. Ne me regardez pas, ne prononcez pas mon nom, ne parlez pas de moi. Que ce soit en bien ou en mal, juste arrêtez, ne faites pas attention à moi, ignorez-moi et laissez-moi tranquille. Même si une existence accomplie a un cœur qui ne devrait pas pouvoir être piétiné, comment se fait-il que des personnes comme vous insistent autant pour interagir avec moi ? Je ne peux pas le comprendre le moins du monde. Vous et moi sommes des personnes différentes. Même envisager d’obtenir quelque chose en retour en prenant des risques, quelle que soit la façon dont vous y songez, ça ne pourra jamais être raisonnable, ce sera toujours une erreur. Vous êtes malade dans votre tête. Calmez-vous, réfléchissez et vous devriez comprendre. Tous les humains, sauf moi, ne font que flotter dans une fièvre. Demander aux autres, le fait même que ce soit compréhensible n’a aucun sens, il devrait être aisé de comprendre que c’est à la fois inutile et irresponsable. Ces mots que vous répétez comme des idiots, l’amour, l’amitié, la confiance, ce sont tous des illusions. Et ces activités reproductives idiotes sont les actes les plus dégoûtants qui soient. Je ne comprends pas ce que ça signifie. Pourquoi faites-vous cela ? Qu’il s’agisse d’un compagnon, d’une mère ou d’un enfant, même si vous les décorez avec des mots tels que “famille”, ce sont des entités distinctes de moi, et en quoi le fait que ces choses soient mortes ou vivantes a-t-il un rapport avec moi ? S’ils continuent à vivre quand je meurs, je cesse. S’ils sont morts alors que je vis, ça signifie seulement ma continuation. L’amour et l’affection ne font qu’empêcher les individus d’être indépendants. Les gens sont indépendants en premier lieu. Par égard pour ceux qui se font de telles illusions, et parce qu’il est stupide d’être regardé de haut par les autres, j’ai trouvé de la compagnie en rassemblant de belles femmes, et pour ne pas être trahi par celles que j’avais choisies, je n’ai cherché que des vierges, que voulez-vous de plus de moi ? Ne commettez pas un acte aussi égoïste. Vous m’enfreignez à ce point et vous vous demandez encore si vous pouvez m’enfreindre d’autant plus ? Dire que vous en êtes arrivé là ! Dire que vos pensées peuvent être aussi tordues ! En m’infligeant tout ça, que pourriez-vous exiger de plus de moi ? Que dois-je faire pour ne pas être pris en pitié ? La personne la plus pitoyable au monde, ou quoi que ce soit d’autre ! Je ne vais pas laisser une pute rongée par une Avarice aussi vulgaire me donner une raison telle que le souhait de se rapprocher de celui qu’elle aime !

Regulus : “Ra――ah !!”
Plus haut, plus haut, au gré du vent, le corps de Regulus s’envola dans le ciel nocturne.
Au moment où il avait été frappé à l’aisselle, Regulus avait activé le Cœur de Lion et stoppé les battements de son cœur pour entrer dans un état d’invincibilité. En conséquence, bien que les dommages causés par le coup aient été contrés――
Regulus : “Kuh, ku――hk.”
Regulus haletait, gémissant alors que sa vision se brouillait sous l’effet de la douleur.
L’arrêt du temps de Regulus, en même temps que son cœur, ne pouvait durer que cinq secondes au maximum. Bien que durant cette période, il avait pu remettre le Cœur de Lion à une épouse sans problème, aller plus loin signifierait que le corps de Regulus ne pourrait pas se rétablir.
De plus, une fois le Cœur de Lion dissipé, la douleur du relâchement soudain d’un cœur arrêté était inéluctable. Une telle douleur et une telle souffrance n’avaient pas été ressenties depuis cent ans et quelques décennies.
Regulus : “Vous… plaisantez…”
Toussant douloureusement la haine comme s’il s’agissait de sang, Regulus qui s’élevait ne pouvait plus parler de manière compréhensible. Son corps volant était bloqué en orbite, imprégné d’on ne sait quel élan, atteignant une hauteur qui lui offrait une vue plongeante sur la ville de Pristella.
La cité Aqueuse de Pristella――là-bas, en voyant l’écriture de l’Évangile selon laquelle le siège vide de l’épouse pourrait être rempli, son cœur n’avait été rempli que par la prospérité.
Regulus : “Un développement aussi… insenséaaaaaaaaaaah !”
En perdant toutes ces épouses, qui avaient été rassemblées avec autant de diligence, même son statut d’Avarice avait été ébranlé, insulté par un maudit gamin dont le seul talent résidait dans sa bouche fétide, pris en pitié par une femme honteuse qui venait à peine de le rencontrer.
Il n’y avait pas de plus grande honte. Il ne se souvenait pas avoir déjà goûté à une telle humiliation. N’était-ce pas précisément parce qu’il ne voulait pas goûter à ce sentiment détestable, qu’il était devenu Archevêque du Péché ? Recevoir encore ce genre de traitement, n’était-ce pas différent de ce qui avait été prédit ?
Regulus : “Assez, assez, assez… Hk !”
Il n’avait pas besoin de penser à être miséricordieux. La démonstration d’indulgence s’arrêterait ici. Cela n’avait absolument rien à voir avec le Cœur de Lion percé à jour par un adversaire, ou avec ce Maître Épéiste extraordinaire.
Tant qu’il pouvait arrêter son cœur pendant cinq secondes, Regulus pouvait les tuer à de nombreuses reprises. Parce qu’il ne voulait pas voir les expressions de désespoir, entendre les cris de mort, il s’était abstenu de le faire jusqu’à présent.
En utilisant l’effet du Cœur de Lion pour créer un état d’invincibilité, Regulus pouvait ignorer toutes les lois physiques du monde s’il le souhaitait. En atteignant une vitesse supérieure à celle du vent, dans un instant qui défiait la logique, avec une puissance si écrasante que les habitants de ce monde ne pouvaient la concevoir, il les transformerait en cadavres.
S’il utilisait l’Autorité de l’Avarice pour s’élever dans le ciel, il serait facile de les tuer en répandant du sable dans la ville. Bien que les autres Archevêques du Péché soient également venus dans la ville, il se fichait éperdument de savoir s’ils vivaient ou mouraient. En ce moment même, sa priorité était de laver sa propre humiliation. Il ferait en sorte que les visages de ces imbéciles qui s’étaient vantés de leur victoire soient peints d’horreur.
Une fois cette ridicule ascension terminée, sa redescente sur terre sonnerait le glas de ces types. Avant cela, ils pouvaient au mieux se réjouir d’une victoire superficielle――
Regulus : “――Aaaaah ?!”
Regulus, qui ne cessait de réciter des paroles de haine, hurla lorsqu’une attaque lui percuta le dos. Une observation de côté permettrait de constater que l’élan ascendant de Regulus s’était brusquement arrêté, ayant été cloué en l’air avec force. Comme si quelque chose venant des cieux… lui avait marché dessus pour le clouer sur place.
Reinhard : “S’il s’agissait d’un duel normal, je rengainerais ma lame une fois que mon adversaire aurait perdu la volonté de se battre.”
Le propriétaire de la voix était perché sur le dos de Regulus, en plein vol, et disait cela tranquillement.
Regulus comprit instantanément quelle existence lui marchait sur le dos en plein vol. Il frémit en prenant conscience de cette réalité. Il se rendit compte de la hauteur à laquelle il se trouvait en ce moment.
Arrivant plus vite que Regulus, qu’il avait lui-même frappé, comment avait-il pu atteindre de telles hauteurs ?
Reinhard : “Sans vouloir me vanter, j’ai confiance en mes capacités de saut. Une fois, j’ai même sauté du sol pour atterrir sur le dos d’un dragon volant.”
Regulus : “Maudit monstre… !”
Reinhard : “En effet. Je suis un monstre qui chasse les monstres――pour toi aussi, l’heure d’accepter ton destin a sonné.”
Les pieds de Reinhard quittèrent son dos.
Dès que le son de sa voix tomba, Regulus se sentit animé d’un esprit combatif. Au cours de sa vie, bien qu’il ait maintes fois affronté des adversaires de taille, Regulus n’avait rien appris.
Il était ce genre d’homme, il avait accueilli les puissants adversaires qui s’étaient présentés pour l’affronter avec un bâillement, et ce n’était donc pas resté dans sa mémoire consciente. S’appuyant sur ces souvenirs, Regulus tenta de réagir.
――Le Cœur de Lion fut activé, au moment même où une attaque arriva.
Regulus : “Aaaaah !!!”
Vers le centre du dos de Regulus, Reinhard balança sa main comme une lame.
Regulus reçut une attaque encore plus tranchante que celle d’une célèbre lame, mais il encaissa l’impact grâce à son invincibilité, et fut projeté vers le bas en un seul mouvement.
Accélérant en direction du sol, Regulus percuta de plein fouet l’ardoise. Cependant, l’effet du Cœur de Lion persistait, et son corps continuait à s’enfoncer dans la terre comme s’il était avalé. Le corps de Regulus pénétra le dallage en ligne droite, traversant une plaque de roche rigide pour percer la terre. Alors qu’il continuait impuissamment à forer le sol, Regulus s’en aperçut soudainement.
Si cet élan n’était pas interrompu, son corps tomberait au niveau le plus bas de la terre. Il ne s’était jamais demandé s’il existait ou non un niveau inférieur. Mais la terre de ce monde n’était pas infinie. Entouré comme il l’était par la Grande Cascade, ce monde possédait forcément un endroit où ces eaux aboutissaient.
S’il continuait à tomber ainsi, était-ce là qu’il finirait ?
Regulus : “Quelque chose comme ça, comment pourrais-je endurer… Guuuuuuuh ?!”
Littéralement, alors que cette horreur sans limite avait amené Regulus à retenir son souffle, la limite de son cœur avait été atteinte.
Cinq secondes s’étaient écoulées. Des sirènes se mirent à hurler, tandis que Regulus se retrouvait confus quant à son jugement. Arrêter son cœur dans son propre corps pendant plus de cinq secondes n’était pas faisable. Le nombre de secondes qu’il pouvait tenir au maximum était peut-être inférieur à dix. Et même s’il pouvait le prolonger, ce n’était qu’une distance supplémentaire qu’il creusait.
Mais ici, que se passerait-il s’il dissipait sa capacité tout en forant le sol ?
――Il n’avait pas le temps d’en débattre. Qu’il s’agisse d’un arrêt cardiaque ou d’une mort cérébrale, la stupidité devrait avoir une limite.
Regulus : “Uuuuuuuu――!”
Serrant les dents en prévision du choc imminent, Regulus renforça sa détermination.
Entendant le son de son cœur qui demandait à reprendre ses battements, Regulus leva l’effet du Cœur de Lion, relâcha son invincibilité, et les lois de la physique furent rétablies――
Regulus : “Buh, ugh――!”
Son corps entier, tous ses os, furent brisés.
Le corps de Regulus était attaqué sans pitié au moment de l’impact.
C’était une évidence. Le corps de Regulus avait heurté le sol à une vitesse supérieure à la vitesse terminale, et l’élan avait continué à percer la terre sans perte. La raison pour laquelle son corps n’avait pas éclaté dans tous les sens résidait dans le fait qu’il n’y avait pas d’espace pour qu’il s’éparpille sous terre.
Toutefois, s’il ne pouvait pas se propager horizontalement, il en allait tout autrement verticalement.
Regulus : “Aah, ugh…”
D’une voix creuse, des larmes de sang coulèrent des yeux abîmés de Regulus. L’impact avait traversé le corps de Regulus, le détruisant complètement.
Il n’était pas exagéré de dire qu’il avait subi des dommages plus importants qu’un corps brisé, même les organes de son abdomen avaient été tordus ensemble. Ses cheveux blancs, à l’origine impeccables, étaient couverts de sang et de boue, et son bas-ventre avait perdu sa fonction et libérait librement des déchets devenus incontinents.
Il existait ici un morceau de viande qui avait perdu sa forme humaine.
Et ce qui était le plus surprenant, c’était que ce morceau de viande s’accrochait encore à la vie.
Regulus : “Aah, uh…”
Un acharnement sans pareil pour s’accrocher à la vie――ou plutôt, cet acharnement s’était transformé en rancune.
Ce n’était pas une simple obsession pour s’accrocher à la vie. Il restait simplement une rancune à l’égard de ceux qui demeuraient en vie. Cette vanité vide alimentait sa lutte, dans un tel état.
Si je m’étais montré sérieux, bande d’enfoirés――simplement ceci.
Regulus : “Ah, uuh.”
Pourtant, cette fixation ne devait pas être entachée.
Ayant consacré une vie entière à devenir un être qui ne pouvait pas être pris en pitié, un mal dont la racine était indemne après avoir subi plus d’un siècle d’attaques et de coups prit les décisions les plus adéquates pour sa propre survie.
Misérablement, utilisant le Cœur de Lion de façon répétée, Regulus creusait la terre. S’il entrait dans un état d’invincibilité, ses blessures devenaient insignifiantes. En l’absence de douleur, il pouvait exercer son corps blessé sans dommage. Les mains vides, Regulus creusait sans cesse le sol.
Son corps avait été enterré à l’envers, et il l’ajustait en creusant en cercle. Une fois la tête tournée vers le haut, il n’aurait plus qu’à se frayer lentement un chemin vers la surface. Et peut-être, une fois qu’il y serait parvenu, verrait-il ces asticots satisfaits d’eux-mêmes, fêtant avec suffisance la chute de Regulus.
Impardonnable. Ne pourrait jamais être pardonné.
Se faire moquer, mépriser, prendre en pitié, était une douleur sans pareille. Que de telles blessures soient inadmissibles dans la vie allait de soi, et même dans la mort, elles ne pouvaient être tolérées. Aah, c’est vrai. Une action directe était tout ce qu’il fallait. Qu’il s’agisse de ceux qui l’avaient vu ou de ceux qui ne l’avaient pas vu, s’il les éliminait tous proprement, plus personne ne le brutaliserait. Si seulement il l’avait fait dès le départ. Cette fois-ci, il ne ferait certainement pas la même erreur. En retournant à la surface, en les tuant tous les trois, ce serait la fin de l’histoire.
Regulus : “――――”
Désormais incapable d’émettre un son, Regulus transforma sa haine en force et continua à creuser le sol.
Lorsqu’il arriverait à la surface, il ne manquerait pas de savourer la vision de ces types implorant pour leur vie. En particulier la femme qui l’avait continuellement méprisé, il ne manquerait pas de se moquer d’elle dans la même mesure. Le siège de la soixante-dix-neuvième épouse, celui qu’elle était censée occuper. À ce propos, la femme qui devait à l’origine occuper cette place vacante était cette elfe qui vivait dans cette forêt isolée, où se trouvait également le détestable Petelgeuse――
――
――――
――――――
Aaaaaaah. Ah, ah, ah, ah. Ah, ah, ah, ah, ah.
Il s’en souvenait. Maintenant, il s’en souvenait.
Cette femme ! En effet, c’était cette femme. Non, elle n’avait été qu’une enfant à l’époque !
La petite morveuse qui n’avait cessé de pleurer et de crier lorsqu’il était allé chercher le numéro soixante-dix-neuf ! La petite fille d’alors était devenue la femme d’aujourd’hui !
Il comprenait maintenant la raison pour laquelle il s’était senti enclin à combler la place vacante avec elle dès l’instant où il avait posé les yeux sur elle. C’était simple. En tant que remplaçante de sa mère, il était naturel que la fille prenne cette place.
C’est la petite morveuse de ce numéro soixante-dix-neuf qui m’a méprisée et qui chérissait cet imbécile de Petelgeuse. Pourquoi ne l’ai-je pas réalisé plus tôt ? Non, Dieu merci, je m’en rends compte maintenant.
S’il les avait tués sans s’en apercevoir, il n’aurait pas pu en tirer une véritable joie. C’était précisément parce qu’il avait maintenant clairement pris conscience de leurs péchés qu’il y aurait une valeur à les tuer. Ressentirait-il la satisfaction d’avoir vengé son humiliation ? Éprouverait-il ce sentiment perdu depuis longtemps, la signification de la concrétisation d’un désir ?
Regarde-moi la ternir, numéro soixante-dix-neuf. Regarde-moi l’arracher, Petelgeuse. Celle que vous avez tous chérie, qui a osé me prendre en pitié, cette fille.
Regulus : “Aah, héhé.”
Animé d’une impulsion surgissant des profondeurs de sa gorge, Regulus fut pris d’un vertige d’excitation. Avec une bouche édentée et des lèvres fendues, il sourit. Un espoir de survie émergea. Il ressentait de la joie à l’idée de brutaliser ceux qui avaient osé l’insulter.
Grimper, grimper, grimper, et puis――
Regulus : “――?”
Regulus s’efforça de se hisser, et sentit soudainement le bout de ses doigts entrer en contact avec quelque chose. Il retira sa main droite dont les doigts n’étaient plus dans des positions compréhensibles, et avec ses yeux aveuglés il tenta d’apercevoir cette masse de sang et de boue. Cette forme était légèrement mouillée par quelque chose d’autre que du sang.
Il essaya de le lécher. Malgré le goût amer de la boue, cela semblait être de l’eau.
De l’eau. C’était de l’eau. Après avoir compris que c’était de l’eau, Regulus sentit immédiatement une soif lui paralyser la gorge. Une goutte ne suffisait pas. Il voulait soulager sa gorge, remplir son estomac. L’effet du Cœur de Lion avait été interrompu, et le corps de Regulus était revenu dans le cycle du temps, et il avait enfin l’occasion d’ingérer à nouveau après près d’un siècle.
Pour l’instant, de l’eau convenait. Elle avait un goût sublime. Alors qu’il pensait ainsi, comme si cela correspondait à ses souhaits, l’eau se mit à gargouiller en se déversant d’en haut.
Il but une gorgée de cette eau légèrement boueuse. Même si toutes ses dents étaient tombées, même si sa langue avait été déchiquetée, même si son sang avait jailli sans discontinuer, cette eau avait un goût incroyable. Si satisfaisante. Ce sentiment existait ici.
――Le flot des eaux qui se déversaient s’amplifia brusquement, et le corps de Regulus tomba une fois de plus au fond.
Regulus : “Ahh, uhh, WAAAAAAAAAAH ?”
Le flux descendait. S’écoulait dedans. Dans cette terre sans issue, l’eau s’engouffrait progressivement.
C’était un souterrain, sans aucun espace superflu. En un clin d’œil, le corps de Regulus sombra dans l’eau, où il perdit sa liberté de mouvement.
――Peut-être que jusqu’à cet instant, Regulus n’avait toujours pas compris ce qui se passait.
Cette eau venait d’en haut, celle qui coulait dans les canaux de Pristella.
Suite à l’attaque de Reinhard, Regulus avait traversé la rue et le sol. L’eau des voies navigables qu’il avait lui-même détruites inondait à présent le chemin que son propre corps avait créé. Elle se précipitait sur Regulus sans discontinuer, submergeant entièrement le meurtrier.
Comme pour exprimer la fureur de la ville et de ses habitants face à la destruction du magnifique paysage urbain.
Regulus : “Kuh, fwah――”
Il allait sans dire que Regulus, qui était occupé à se noyer actuellement, ne l’avait pas remarqué.

Prisonnier du sol, Regulus paniqua sous la pression de l’eau qui se déversait directement dans ses poumons, et commença à se débattre avec désespoir. Néanmoins, il n’avait pas de place pour se débattre au sein de la terre. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était se recroqueviller dans la boue et se protéger avec le Cœur de Lion.
Tant que le Cœur de Lion était actif, il n’avait pas besoin de ressentir la douleur de la respiration. Il en allait de même pour la douleur de sa chair abîmée.
Toutefois, le Cœur de Lion ne pouvait durer que cinq secondes. Lorsqu’il sentait que son cœur atteignait sa limite, la peur de la mort poussait Regulus à relâcher l’effet et à être à nouveau entraîné dans l’enfer de la noyade.
La cause de sa mort alternait.
Peu importe lequel, il ne pouvait choisir aucun des deux. Peu importe lequel, aucun des deux ne pouvait être écarté. Cependant, Regulus n’avait pas d’autre choix que d’endurer. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était s’indigner de cette situation déraisonnable.
La limite de temps avait disparu.
Même s’il pouvait utiliser le Cœur de Lion à plusieurs reprises, ce n’était pas le cas pour la respiration. Et pour réutiliser le Cœur de Lion, il devait attendre plusieurs secondes.
Arrêt cardiaque.
Noyade.
Arrêt cardiaque.
Noyade.
Arrêt cardiaque――
Noyade――
Comme si cela se poursuivait sans fin, la douleur et la souffrance n’avaient ni pause ni fin.
Regulus ouvrit la bouche, et de l’eau et de la boue furent déversées ensemble dans celle-ci. Cette violation répétée de ses poumons et de ses organes internes poussa Regulus à crier. Il continua à crier d’une voix qui n’émettait aucun son.
Aucune réponse. Autour de lui, il n’y avait personne. Malgré tout, il continua à crier. De ses cris, jaillissait une haine qui espérait la disparition de toute l’humanité.
Après sa mort, les rires moqueurs seraient à proscrire. Pour cette fille, se réjouir de la vengeance de sa mère et de Petelgeuse serait également à proscrire.
La simple perspective de la joie de cette fille devant la mort de Regulus, rayonnante d’excitation, avait de quoi faire vomir. L’objectif d’une vie, une motivation pour continuer à vivre, sa concrétisation apporterait certainement de la joie.
Le fait que son existence soit bouleversée par la mort de Regulus, qu’elle rayonne, dire que cette signification était inconnue ne serait pas inexact.
Parce qu’il s’agissait d’une joie erronée, complètement imprévue et déraisonnable, l’idée de satisfaire cette fille était insupportable.
Sa mort aurait un impact considérable sur le cœur de la fille――

Regulus Corneas s’était fracassé sur la rue en pierre et avait été enterré dans la terre.
En direction de la tombe creusée par le corps du meurtrier, l’eau de la cité Aqueuse jaillissait en abondance. Nul ne savait à quelle profondeur le meurtrier s’était enfoncé. Cependant, en considérant les limites de son Autorité, s’écraser à l’autre bout du monde――une telle chose était impossible.
Selon toute vraisemblance, l’effet s’était épuisé quelque part sous terre, et il avait été broyé par l’élan continu. Même s’il n’avait pas été écrasé d’une manière ou d’une autre, l’eau qui se déversait ne permettrait jamais au meurtrier de s’échapper.
Le meurtrier qui s’était laissé aller à sa puissante Autorité, s’était finalement noyé en hommage à la ville qu’il avait détruite.
Subaru : “…Émilia-tan, tu as l’air triste.”
Émilia observait la grotte où Regulus avait coulé sans bouger. Constatant une trace de deuil sur son visage, Subaru prit la parole en réponse.
Pour ce meurtrier, il n’aurait pas dû y avoir le moindre soupçon de sympathie. Émilia était censée partager ce sentiment, et ne pas se sentir mal à propos de sa disparition souterraine qui aurait dû être juste――
Subaru : “Bien que la gentillesse d’Émilia-tan soit merveilleuse, je ne pense pas qu’elle doive être gaspillée pour lui. Un homme complètement sans espoir existe vraiment.”
Émilia : “…Merci de t’inquiéter pour moi. Mais… ce n’est pas ça. Ce n’est pas ce que tu crois.”
Subaru : “Hm ?”
En direction de Subaru, inquiet, Émilia secoua lentement la tête d’un côté à l’autre. Puis elle resta silencieuse un long moment, tout en baissant les yeux sur lesquels pendaient de longs cils――
Émilia : “Regulus semblait… Quand je l’ai vu pour la première fois, j’ai eu l’impression de l’avoir déjà rencontré quelque part.”
Subaru : “Ce n’était donc pas votre première rencontre ? Dans ce cas, quand ?”
Émilia : “Je ne m’en souviens pas.”
Face à la question de Subaru, elle inclina la tête en signe de doute.
Miraculeusement, cela coïncidait avec le moment exact où Regulus, enterré, avait poussé un cri.
D’une voix qui ne pouvait rien atteindre, le meurtrier avait hurlé pour qu’Émilia ne se réjouisse pas de sa mort.
La mort de sa mère et la folie de son bienfaiteur, il avait été étroitement impliqué dans les deux. Pour une jeune fille, c’était peut-être un tournant qu’elle ne pourrait jamais oublier, et il ne souhaitait donc pas qu’elle trouve satisfaction à sa mort.
Telle était la dernière volonté du meurtrier, qui n’avait aucun moyen d’atteindre la surface.
Émilia : “――Regulus, où m’as-tu rencontré au juste ?”
Regulus Corneas n’avait laissé aucune empreinte sur Émilia.
De cette manière ironique, sa dernière volonté avait été précisément exaucée.

