Re:Zero Lore FR
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Web Novel • Arc 05

51La malice dans la tromperie

Ricardo : “Pourquoi tu fais cette tête ? Quelque chose te tracasse ?”

Juste avant d’atteindre la tour de contrôle, Ricardo s’adressa au Chevalier, qui affichait une expression raide.

S’arrêtant dans sa démarche, Julius haussa les sourcils par surprise.

Julius : “Comme c’est surprenant, Ricardo. Je ne m’attendais pas à ce que tu te préoccupes des soucis des autres.”

Ricardo : “Ne prends pas cette phrase pour quelque chose d’autre. Celui avec toi, c’est juste moi. Même si tu dis quelque chose, ce sera un secret pour la dame aussi.”

Julius : “…Tu n’as pas tort, hein.”

Bien que ce soit rare, Ricardo faisait souvent des observations correctes concernant les gens.

Sans cela, il n’aurait pas pu assumer son rôle à la tête du Croc de Fer, comme le laisserait penser le fait de n’avoir entendu que des bribes de sa splendide carrière. Ne regarder que soi et ignorer les alentours n’était pas une façon de rester en vie. Esclave, mercenaire, cela s’appliquait aux deux rôles.

Ricardo : “Voilà un morveux bien brutal. Malgré tout, je jouerai le rôle qui m’est dévolu, tu peux donc compter sur moi. Je prendrai également l’avis du gendre.”

Julius : “Ce “gendre” est effrayant. Je n’éprouve pas de sentiments aussi étranges pour Anastasia-sama.”

Ricardo : “Quoi que ce soit, c’est l’affaire de la dame, hein. C’est peut-être à propos de Mimi. D’ailleurs, elle n’a pas encore réussi à convaincre la dame.”

Julius : “――――”

Julius sourit amèrement. Ce geste consistant à secouer tranquillement la tête était gracieux comme toujours, mais cette fois-ci, il manquait de précision dans le choix des mots appropriés. Et face à ce geste,

Ricardo : “Il y a quelque chose qui cloche à propos de la reconquête de l’Hôtel de Ville. La dame est d’accord également. Elle n’a pas entendu grand-chose à ce sujet, mais je vais forcer les choses à sortir.”

Julius : “Il semblerait que tu sois plutôt impitoyable.”

Ricardo : “Bien sûr, c’est une question de vie ou de mort. Je ne veux pas laisser mon dos à quelqu’un qui est dans le noir. Tu vas inventer une sorte d’excuse en guise de réfutation ?”

Julius : “…Non, c’est en effet comme tu le dis. C’est moi qui me suis trompé. Assurément, j’augmente nos risques en hésitant à parler.”

Julius acquiesça sincèrement en direction de Ricardo, qui le poursuivait, et courba les sourcils avec élégance.

Cependant, aucun autre mot ne sortit de la bouche de sa personne troublée. Face à cette attitude, Ricardo sortit de son propre engourdissement et laissa échapper une voix maussade.

Ricardo : “Pourquoi tu t’arrêtes là ? C’est triste que tu sois aussi perdu. Laisse-toi aller et dis-le franchement, tu ne peux pas faire ça ? Qu’est-ce qui t’arrête ?”

Julius : “――――”

Ricardo : “Julius.”

Julius : “Je m’excuse. Je n’arrive pas à décider quels mots seraient appropriés pour exprimer ce que je veux dire――la raison de mon inquiétude est, comme tu l’as deviné, l’Archevêque du Péché qui a été rencontré dans le Bâtiment du Gouvernement de la Ville. Roy Alphard de la Gourmandise, était cette personne, indubitablement. Indubitablement, mais…”

Julius coupa confusément ses paroles à mi-chemin, tandis que l’incertitude vacillait dans ses yeux jaunes.

Julius : “Tout comme les autres Archevêques du Péché, peut-être que la Gourmandise possède elle aussi une capacité inexplicable. Le pouvoir de manger les Souvenirs, de manger les Noms, a été remarqué à l’époque de la bataille contre la Baleine Blanche. Toutefois…”

Ricardo : “Julius――!”

Ricardo s’exclama au moment où il sentit un malaise le toucher au plus profond de lui-même. Et Julius comprit immédiatement ce que cela signifiait.

――L’atmosphère trembla, tous les sons disparurent du monde et une lumière s’éleva dans le ciel.

Il ne pouvait y avoir qu’une seule situation dans laquelle cette lumière extraordinaire transpercerait le ciel nocturne. Ce devait être le résultat d’un coup porté par l’individu le plus fort de ce monde.

Ricardo : “Une telle technique sophistiquée… J’ai raison de supposer qu’il s’agit du Maître Épéiste, hein ?”

Julius : “Ah, Reinhard, n’est-ce pas. Il semblerait que Subaru et les autres soient déjà entrés en contact avec l’Avarice. Nous ne pouvons pas non plus nous permettre de prendre du retard. Nous devons nous dépêcher.”

Lorsqu’un Archevêque du Péché avait été attaqué, les autres Archevêques du Péché ne s’étaient pas unis pour se défendre et riposter.

Julius et Ricardo accélèrent la cadence, ciblant la tour de contrôle qui se rapprochait.

Ricardo : “Donc, qu’est-ce qu’il y a de si étrange avec cette Gourmandise ? N’as-tu pas dit que c’était un monstre extraordinaire ?!”

Ricardo lui tapota l’épaule dans l’espoir d’entendre l’histoire de Julius jusqu’au bout et interrompit l’élan de ce dernier. Julius tourna la tête et regarda en arrière, avec un regard qui démentait ce qu’il venait de dire.

Julius : “Non. Même s’il ne semblait pas tout à fait sérieux, les compétences de la Gourmandise ne paraissent pas dépasser les connaissances humaines elles-mêmes. Si nous sommes tous les deux ses adversaires, alors ça pourrait suffire, mais le caractère effrayant de l’ennemi est un tout autre sujet.”

Ricardo : “――――”

Son inquiétude inévitable était elle-même due au fait que Julius ne connaissait pas l’étendue de son caractère réellement effrayant. Et c’était l’égoïsme inhabituel de Julius qui l’avait poussé à ne pas mentionner cet argument lors de la réunion stratégique précédente.

Julius considérait la Gourmandise comme un adversaire insondable et inquiétant, mais il estimait tout de même qu’il devait croiser le fer avec lui.

Ricardo n’en connaissait pas la raison. Quant à Julius, on ne pouvait pas dire qu’il le savait clairement non plus.

Julius & Ricardo : “――――”

Ils foulèrent le pavé de pierre et passèrent la courbe de la rue jusqu’à sa sortie. Là se trouvait l’une des quatre tours de contrôle, colorée différemment des autres bâtiments, et devant elle se trouvait――

??? : “Aaaah, nous pensions que tu viendrais. Nous nous attendions à ce que tu viennes. C’est vrai, c’est exactement vrai, c’est complètement vrai, peut-être que c’est vrai, sans doute que c’est vrai, probablement que c’est vrai, n’est-ce pas vrai, n’est-ce pas probablement vrai, parce que c’est vrai ~tsu ! L’attente en valait la peine ~tsu !”

――Devant l’entrée de la tour de contrôle, un garçon solitaire se tenait sur la place pavée.

Vêtu de haillons sales, ses cheveux bruns foncés avaient poussé pendant une longue période jusqu’à ce qu’ils atteignent une grande longueur. Ses yeux fous scintillaient et brillaient de bonheur, des canines acérées et une langue dégoulinante pendaient de sa bouche.

Les deux bras ballants, c’était un jeune garçon. Quelle que soit la façon dont on le regardait, il ne semblait pas avoir de pouvoir et ressemblait à un simple enfant vagabond――mais une aura d’effroi émanait de son corps.

Ricardo : “Une dernière chose, juste pour confirmer… C’est lui, pas vrai ?”

Il n’était pas nécessaire de se demander si c’était le cas. Il n’y avait aucun doute, c’était tout à fait convaincant.

En guise de réponse à Ricardo, Julius se contenta d’abaisser tranquillement la mâchoire. Il n’y avait aucun doute possible, aucune erreur possible, c’était bien l’Archevêque du Péché de la Gourmandise qui se tenait là.

Le pire des blasphémateurs, qui mâchait les Noms et les Souvenirs d’autrui.

Julius : “Roy Alphard――”

Roy : “Oui, bonne réponse. C’est notre nom. Nous sommes heureux que tu t’en souviennes. Assez heureux. Plutôt heureux. Vraiment heureux. Comme nous sommes heureux. Parce que nous sommes heureux, buvons ~tsu ! Gourmandise ~tsu ! Ça vaudrait le coup de manger, et de boiiiire. Et également…”

En déclarant son nom, Alphard rit avec une terrible brutalité. Ses yeux fixèrent directement Ricardo qui se tenait juste à côté de Julius.

Il ouvrit la bouche et plissa le nez, tandis que ses yeux s’emplissaient d’extase.

Roy : “Cette fois-ci, il semblerait que nous aurons même un chiot-chan. Ça nous rend incroyablement heureux. Après tout, notre estomac aurait pu être un peu troublé s’il n’y avait eu queeeee Julius Juukulius-kun. Quoi que tu dises, ça aurait été complètement insipide, n’est-ce pas ?”

Julius : “Il semblerait que je me sois lassé de tes insultes. Par conséquent, pour régler cette affaire rapidement, j’ai demandé à mon ami de m’accompagner cette fois-ci. Bien que ce soit inélégant d’avoir plus d’une personne…”

Roy : “Aaah, quelle belle façon de commencer. Faire ça pour se donner bonne conscience, c’est peut-être sympathique et c’est typique de Julius-kun, maiiiis c’est un peu faible. Nous sommes des gourmands, alors goûter ça est un peu problématique, mais quand bien même, nous sommes intrigués car Julius-kun est l’un des meilleurs que nous ayons vus jusqu’à présent ! Soigné eeeet consistant.”

Julius : “Eh bien, eh bien… en plus de l’accueil chaleureux que nous avons reçu, je te suis également reconnaissant pour ces mots.”

Roy : “Eh bien, on ne peut rien y faire ~tsu ! Notre, notre honnêteté est quelque chose qui passe inaperçue. Ce que nous voulons que tu ignores pour l’instant, c’est ce léger décalage de caractères.”

Agitant les mains, Alphard ne courba pas sa posture jusqu’à la fin. De manière provocatrice, Julius gardait son calme, mais Ricardo ne parvenait pas à cacher son sentiment de désagrément. Il fit claquer sa langue et craquer les os de son cou.

Ricardo : “Oooh, dis ce que tu veux, gamin. Ce serait une erreur de te considérer comme un simple morveux. Ce que tu récolteras pour tes péchés ne sera pas très joli. Je voyagerai même à travers les dimensions juste pour te botter le cul. Parce que, bon sang, je vais le briser.”

Roy : “Oh, effrayant effrayant. Ne nous fixe pas avec ce visage effrayant. Nous nous excusons si tu as été vexé que nous t’ayons traité de chiot, Ricardo Welkin. Mais quand bien même, nous nous languissons un peu de toi, tu sais ? Ne nous effraie pas avec ta voix rude et foooorte !”

Ricardo : “――?”

Appelant Ricardo par son nom, il cria, tandis que Julius fronçait les sourcils. Voyant ses yeux, Julius secoua la tête.

Étrange. Les remarques d’Alphard n’étaient qu’un délire de fou, mais l’énorme sentiment de malaise ne pouvait pas être facilement effacé. Par exemple――quand avait-il appris le nom de Ricardo ?

Ricardo : “Satané morveux flippant… Où et quand as-tu appris nos noms ?”

Roy : “Il ne serait pas trèèèès judicieux d’essayer d’enquêter. Il est juste évident que nous connaissons vos noms. N’est-ce pas vrai, Julius-kuuun ?”

Julius : “Tu as beau consentir, je ne peux pas te répondre. J’ignore tout de toi, également. Si c’est ainsi que tu veux procéder, je vais briser le flux tout autant.”

Roy : “Tiens, voilà encore cette conclusion ennuyeuse. Même si nous y tenons beaucoup, c’est inconfortable c’est inconfortable c’est désagréable ~tsu ! Le cacher dans la poitrine, mettre de côté la réflexion pour plus tard ~tsu ! C’est assez vertueux en tant que Chevalier, mais c’est assez ennuyeux en tant que personne.”

Julius sortit son épée de Chevalier et murmura silencieusement quelque chose du bout des lèvres. Immédiatement après, six lumières extrêmement brillantes entourèrent Julius.

Il s’agissait des six Quasi Esprits qui accompagnaient toujours Julius. C’était ce mélange de maîtrise à l’épée et d’Arts Spirituels qui faisait de Julius le plus grand des Chevaliers.

Roy : “Ni l’arôme du sentiment d’infériorité, ni la riche texture de l’expérience de la frustration, ni même la douceur d’un désir fort, ni le goût rare d’un sentiment de satisfaction après avoir vieilli, tu n’as riiiien de tout ça ~tsu !”

Julius : “――Ricardo. Donne-toi à fond dès le début. Travaillons ensemble.”

Ricardo : “Ouais, laisse-moi faire.”

En secouant les bras, Alphard révéla les dagues attachées à ses poignets. Brandir deux dagues était le style de combat de la Gourmandise, mais ça ne semblait pas suffire pour arrêter la magie de Julius ou empêcher les frappes de Ricardo.

Tant que la bataille n’était pas une embuscade, leur victoire et leur défaite respectives étaient déjà en vue.

Quoi qu’il en soit, aux yeux de Ricardo, Alphard ne semblait pas être un adversaire capable d’offrir une expérience de combat riche et stimulante.

Julius : “Chevalier Spirituel, Julius Juukulius.”

Conformément à ses bonnes manières, Julius donna son nom avant le combat. Cependant, Ricardo, qui se tenait à côté de lui, n’avait pas cette obligation à respecter. Ils fixèrent leurs yeux, attendant que la Gourmandise décline son identité.

En apercevant le champ de vision de Ricardo, Alphard s’écria.

Roy : “Comme c’est agréable, assez agréable, peut-être que c’est agréable, n’est-ce pas agréable, sans doute que c’est agréable, possiblement que c’est agréable, probablement que c’est agréable, parce que c’est probablement agréable ~tsu ! Boisson Gourmande ~tsu ! Gourmandise ~tsu ! Gourmet, malbouffe, satiété, suralimentation ~tsu ! Piquant, fadeur, délice, délicatesse ~tsu ! Nous mangerons tout ~tsu ! Même une vie sans goût, c’est également un nouveau goût pour nous ~tsu !”

Julius : “――El Clausel.”

La vibration des six couleurs dessina un cercle devant les yeux de Julius, et une lumière extrêmement brillante émana de la pointe de son épée qui visait à transpercer la partie centrale d’Alphard.

De multiples affinités se mélangèrent, ce pouvoir destructeur se transforma en un souffle aux couleurs de l’arc-en-ciel, capable de tout engloutir.

Ricardo s’avança avec une impulsion qui écrasa le pavé, juste derrière la lumière éblouissante. Comme si Ricardo tentait de pousser Alphard sur le côté, en plein dans la lumière extrêmement vibrante. Contre les lourdes taillades et la lumière extrêmement vibrante aux couleurs de l’arc-en-ciel, Alphard dévoila ses crocs.

Roy : “――Décidément, nii-sama est aussi magnifique qu’imaginé. Nous serons enchantés, bon sang ~tsu.”


Sous la lune, des éclairs d’argent tranchaient le vent, tandis que des étincelles jaillissaient d’une symphonie de coups d’épée.

Le premier musicien était la Lame Démoniaque qui brandissait une paire de lames en émettant des notes claires et nettes.

Sa partenaire lui souhaitait la bienvenue, une épéiste dont les mouvements fluides rappelaient le tracé d’un doux cours d’eau.

Des éclairs de métal dansaient dans l’air ; le choc de l’acier aurait dû sembler cruel, et pourtant, d’une certaine manière, cette symphonie était nostalgique et mélancolique. Le tintement des collisions nettes et précises ressemblait aux douces caresses d’un couple d’amoureux.

La raison en était simple. Ces deux épéistes se complétaient à un niveau qui dépassait la perfection.

Wilhelm : “Haaa――!”

La Lame Démoniaque renforça son souffle en lâchant une rafale de coups elliptiques.

Ces arcs précis étaient pratiquement une forme d’art, leurs mouvements nets étant la norme idéale pour tous les aspirants épéistes.

Son habileté était si impressionnante que toute personne digne de se qualifier de Chevalier aurait été tellement captivée que le combat aurait été perdu d’avance, et pourtant il se contentait, presque avec désinvolture, de décocher rafale sur rafale.

Thérésia : “――――”

Un seul coup, léger, aurait été plus que fatal, dans cette pluie de mort sans fin.

Toutefois, face à cet ouragan sans pareil se trouvait une épée longue à la propriétaire vraiment extraordinaire.

De plus, cette épée longue avait une qualité étrange. La longueur de la lame, aussi grande que sa propriétaire, était trop encombrante pour en faire une arme digne de ce nom ; et pourtant, la fine épéiste maniait l’énorme lame avec aisance, comme si elle était dépourvue de poids.

Bien que la propriétaire de l’épée longue soit drapée de la tête aux pieds dans un manteau noir, gênant sa vision, la pointe de son épée coulait comme si elle dansait dans l’eau.

Que ce soit en termes de vitesse ou de finition, les lames jumelles surpassaient largement l’épée longue. Malgré cela, chacune des attaques perforantes de la Lame Démoniaque était, sans faute, absorbée et déviée.

Entre les étincelles et les fracas tranchants, avec un sifflement presque apitoyé envers la Lame Démoniaque, l’épéiste fit un bond en arrière. Réagissant trop lentement face à ce mouvement inattendu, alors qu’il s’apprêtait à s’élancer, la lueur d’une lame lui transperça le front.

Wilhelm : “――Hk.”

Brillant sous ses yeux se trouvait un coup qu’il ne pouvait pas laisser entrer en contact avec lui.

Il s’agissait d’un coup mortel spécialisé qui scintillait plus vite qu’un battement de cils et qui masquait la lame qui s’approchait. Sans sa grande expérience en matière de duels avec elle, il aurait été incapable de voir à travers la mort imminente qui lui était réservée, et la lueur aurait traversé son cerveau et l’aurait tué.

La peau entre ses sourcils brûla face à cette proximité. En un instant, la Lame Démoniaque se débarrassa de ses réticences, et se lança à la poursuite de la femme qui s’était figée dans sa pose cinglante.

Wilhelm : “Huu, kuu.”

Thérésia : “――――”

Avant même qu’il ne se soit suffisamment ressaisi pour agir, la femme avait enfoncé ses orteils dans sa chair. Ses pieds fins s’enfoncèrent entre ses muscles abdominaux bien exercés et secouèrent ses organes ; le poids de son coup de pied plia son corps en deux, tandis qu’un éclair argenté dessinait un arc qui resta suspendu au-dessus de sa tête.

L’épée étincelante filait droit comme un i, comme si elle voulait abattre la lune.

Ayant atteint l’apogée de son vol, l’épée commença à revenir sur terre en planant, et trancha directement l’atmosphère, dans le but de couper en deux la Lame Démoniaque. La puissance de cette attaque était incomparable à toutes les précédentes ; la lame elle-même et l’habileté de sa propriétaire étaient plus que capables de trancher n’importe quel corps humain.

Cette mort certaine s’approchait en un éclair.

Wilhelm : “Cesse de me regarder de haut !”

Toujours plié en deux, il balança immédiatement ses deux bras vers le haut, titubant lorsqu’ils rencontrèrent la force écrasante au-dessus de sa tête.

Les épées de la Lame Démoniaque se chevauchèrent pour capturer l’arme qui s’abattait sur lui, et sa mâchoire se serra sous l’effet de la puissance de l’arme. Incapable de la repousser entièrement, ses bras commencèrent à se dérober, et la lame lui transperça superficiellement le front.

Du sang jaillit, éclaboussant de rouge son champ de vision. Néanmoins, il n’était pas tombé à genoux, et ses propres épées n’avaient pas été brisées.

Wilhelm : “Kuuuuh !”

Les bras qui retenaient l’épée se tendirent vers le haut, repoussant à nouveau l’épée tombée. En écartant la lourde lame, les répercussions résiduelles ébranlèrent la forme de l’épéiste devant lui. Profitant de l’instant, il donna un coup de pied en avant.

La force qui aurait dû s’abattre sur le sol fut au contraire redirigée vers la forme aérienne de la femme. La combinaison de la force de la lame tombante et du coup de pied projeta le corps de la femme au loin. La Lame Démoniaque vieillissante s’élança vers le corps svelte qui n’avait plus d’endroit où fuir.

――Une ouverture.

Face à l’épéiste qui s’était envolée dans les airs, sans aucune échappatoire, la Lame Démoniaque abaissa son épaule et déchaîna une attaque.

Rattrapant sa forme volante, l’attaque vint simultanément du haut et du bas. Les deux lames décrivirent un arc de cercle et s’élancèrent vers sa forme élancée avec la morsure d’une bête sauvage.

En plein vol, le dos tourné vers lui, elle ne pouvait pas contre-attaquer. Malgré cela, la clarté de cette attaque se trouva ébranlée.

Thérésia : “――――”

La capuche qui recouvrait la tête de l’épéiste, incapable de résister à l’attraction de l’apesanteur alors qu’elle basculait son corps, s’écarta, révélant ce qui avait été caché auparavant.

De longs cheveux, de la couleur d’une belle flamme enragée, descendaient en cascade.

Wilhelm : “――――”

Au moment où elle entra dans son champ de vision, l’attaque de l’épéiste comporta un défaut qui ne dura qu’un instant. Une erreur incroyablement subtile, un léger écart par rapport à la perfection. Malgré cela, personne d’autre ne pourrait parer cette attaque.

Toutefois, en considérant l’adversaire actuel de la Lame Démoniaque, cette erreur était fatale. Pour une existence qui avait autrefois gagné les faveurs du Dieu de l’Épée, cette lame turbide ne pouvait absolument pas l’atteindre.

Thérésia : “――――”

Devant la scène qui s’offrait à lui, la gorge de la Lame Démoniaque fut figée par un frisson.

Ce coup précis avait été interrompu à mi-chemin.

Il n’y avait rien eu de spécial. La femme avait simplement dégainé son épée en plein vol, et l’avait coincée entre les épées qui venaient d’en haut et d’en bas. Aussi simple que de glisser un fil dentaire entre deux crocs.

La lame et le pommeau de son épée longue avaient complètement bloqué l’avancée des deux épées. Ce qui fit frémir la Lame Démoniaque, c’était le fait que la morsure de l’acier sur l’acier n’avait résonné qu’une seule fois.

En réceptionnant les deux lames avec un seul bruit sec, elle avait calculé à la milliseconde près le moment où elles entreraient en collision avec sa propre arme.

Ce qui était vraiment horrifiant, c’était la clarté de vision, l’habileté et le culot nécessaires pour tenter un tel acte.

Wilhelm : “――Kuu.”

L’acrobatie, qui dépassait de loin ce que le bon sens dictait comme étant possible, arracha un soupir d’admiration à la gorge de la Lame Démoniaque.

À cet instant, la jambe de la femme qui était encore prise entre les épées décrivit un large arc de cercle, repoussant d’un coup de pied les mains de la Lame Démoniaque, qui reposaient encore là où son attaque s’était arrêtée.

L’impact arracha ses armes des mains qui les tenaient et, à ce moment-là, il se retrouva complètement sans défense.

Puis, dans un éclair d’acier, l’épée longue décrivit une croix. La combinaison de la vitesse à laquelle la lame s’approchait et de la distance à laquelle elle avait été libérée n’aurait pas pu être plus courte.

Même avec peu de temps et de distance, l’épéiste aux mains vides n’avait aucun moyen de la bloquer.

L’épée longue transperça sa peau fine et continua à s’enfoncer dans ses organes et à sectionner sa colonne vertébrale, traversant son flanc gauche d’un seul mouvement et divisant son corps en deux――crachant du sang et des organes internes, le corps déjà entravé par la vieillesse se briserait sous le coup. Tel était le destin inéluctable qui l’attendait.

C’était la fin qui ne pouvait pas être évitée, et la conclusion de l’affaire. Après la fin de sa vie, ayant tout perdu, il ne pourrait même pas s’accrocher à une chance de rédemption.

――Ce type de conclusion était tout simplement impossible à accepter.

Wilhelm : “RAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH―!”

Il se rebella contre la fin sanglante qui défilait dans son esprit.

La gorge de la Lame Démoniaque brûla avec cette scène illusoire de la fin, la vitalité de ses dernières années faisant irruption. Brisant les limites de sa concentration, même le passage du temps s’arrêta. Seuls lui et son adversaire existaient à cet instant, les sons et les couleurs du monde s’estompant.

La lame imminente traça une orbite inattendue pour s’enfoncer dans son corps.

Sentant lentement le contact de la lame transpercer sa peau fragile, ainsi que la chaleur et la douleur de l’hémorragie, tout en ayant l’impression que la force naturelle de la gravité avait décuplé, il plaça toute sa puissance dans ses deux pieds.

Enfonçant ses talons assez fort pour briser la pierre, il redirigea la force de ses bras vers la droite en un mouvement réactif.

Renversant son corps avec la distance la plus courte et le meilleur angle, il se tourna sur le côté comme s’il s’approchait de la lame qui frôlait son corps, une forme d’esquive qui lui permettait de rouler le long de la lame qui glissait sur son flanc.

Thérésia : “――――”

Son attaque ayant été contrecarrée, l’attaque suivante de l’épéiste ne fut retardée que d’un bref instant. Pendant ce temps, la Lame Démoniaque recula de plusieurs pas, saisissant ses épées jumelles en plein vol. Avec un soupir, il plaça la paume de sa main sur son flanc, vérifiant la profondeur de la blessure.

Il ne s’agissait certainement pas d’une égratignure mineure.

Il avait pivoté alors qu’une lame envahissait son corps, après tout. Tournant tout en étant transpercé, il avait naturellement dessiné une blessure sur son propre corps.

Heureusement, d’un poil, il avait empêché la lame de plonger dans ses organes, mais la quantité de sang qui s’écoulait de la blessure à quelques centimètres de ses entrailles était loin d’être négligeable.

Pour des personnes ordinaires, il s’agissait d’une blessure grave. Bien que ce soit naturel――

Wilhelm : “…Dès le départ, je n’ai pas eu le sentiment de pouvoir persister longtemps dans cette bataille.”

Le temps qui lui était imparti n’avait fait que se raccourcir.

La Lame Démoniaque――Wilhelm retira sa chemise et stoppa violemment l’hémorragie à sa taille. Exposant sa chair saine pendant ce traitement d’urgence, il ne fut pas poursuivi.

La femme qui lui faisait face se contentait de l’observer tranquillement, le regard dénué d’émotion.

Anticipant le moindre vacillement ou changement subtil dans ces yeux, Wilhelm esquissa un sourire amer. Pressant sa blessure ouverte, il se réveilla en sursaut sous l’effet de la douleur.

Wilhelm : “Cette faiblesse est inutile. Arrête de rêver, ces retrouvailles sacrées, tu pourras un jour t’en donner à cœur joie, dans les cieux.”

Thérésia : “――――”

Wilhelm : “Je ne pense pas halluciner. Je ne m’attends pas non plus à des miracles. Mon épouse était une femme qui était réticente à suivre la voie de l’épée, mais elle n’a jamais rejeté sur les autres la responsabilité de manier l’épée.”

Un cadavre sans émotion, une construction ressuscitée.

Des cheveux cramoisis, soyeux et fluides, une peau lisse, neigeuse et transparente, des yeux semblables à des pierres précieuses ; en fermant les siens, il se souvint de ce joli visage dont il ne se lasserait jamais.

Tout ceci était devant lui, et tout ceci n’aurait pas dû être devant lui.

Wilhelm : “Thérésia, comme tu es charmante――par conséquent, tu ne peux pas rester ici.”

Wilhelm resserra sa prise sur ses épées, reprenant une posture de combat.

À cet instant, ce n’était pas le mari de Thérésia van Astrea qui se tenait ici. Celui qui avait prié pour se tenir ici n’était pas Wilhelm van Astrea.

Celui qui se tenait là en ce moment même était la Lame Démoniaque, Wilhelm.

――Face à sa femme décédée, Wilhelm raffermit son esprit, son regard devenant clair et net.

Même si son sang était en ébullition, il ne laisserait pas sa colère contre cette sinistre présence atteindre son point de rupture.

Mais, à cet instant, à ce moment, à cette période, tout autre chose était superflue.

Son vieil ami, son compagnon d’armes, son épouse, avaient dit un jour à Wilhelm――ne laisse pas la chaleur souiller la lame, ne laisse pas ton sang bouillir, tu dois apprendre à aimer la fraîcheur de l’acier.

Qu’en était-il maintenant ? La chaleur s’intensifiait-elle ?

Wilhelm : “Non, c’est glacial――comme la lame d’un couteau.”

Sous la lune, la Lame Démoniaque transperça son adversaire avec un regard d’acier. La talentueuse épéiste qui était son adversaire agita elle aussi la pointe de son épée longue, sans la moindre faille.

En un instant, leurs épées s’approchèrent à nouveau l’une de l’autre. Le son de l’acier entrelacé l’un à l’autre était une plainte, un appel, une cour.

L’attente d’une fin, et l’espoir que cela ne se terminerait jamais.

Comme s’ils échangeaient d’interminables dialogues sans un seul mot. Le bruit des coups d’épée résonnèrent sans cesse, en écho.

Artiste du fan-art : Owari


Garfiel : “Ah, bordel ! Pas d’réponse du tout, quelle blague !”

Décollant du sol, d’un mur, d’un toit et s’élevant dans les airs.

Volant en diagonale dans les airs, ses courts cheveux blonds flottaient au gré du vent, dévoilant ses dents, une image de désespoir. Encore et encore, grinçant des dents, luttant contre la sensation de brûlure dans son corps et sa poitrine.

Garfiel : “Bon sang ! Qu’est-ce qui s’passe, répondez !”

Ses vêtements s’agitant, il se mit à courir dès qu’il toucha à nouveau le sol.

C’était un exploit que seuls ceux qui possédaient une force et une endurance exceptionnelles, bien au-delà du niveau humain, pouvaient réaliser. Néanmoins, celui qui survolait la ville avec son seul corps n’exprimait aucune fierté à l’égard de ses capacités.

À la place, il continuait à rugir en direction d’un miroir à main qui ne répondait pas.

Celui qui sprintait était Garfiel, qui hurlait dans l’appareil magique qu’il tenait dans sa main――le Miroir de Conversation.

Le Miroir de Conversation, qui aurait dû pouvoir le mettre en relation avec d’autres personnes qui en possédaient un, restait silencieux. Personne ne répondait à l’appel de Garfiel, alors qu’il y avait manifestement deux groupes de personnes capables de répondre.

Garfiel : “Les types à l’Hôtel d’Ville, ou ceux qui s’battent contre la Colère ! Pourquoi vous répondez pas ?”

Les Miroirs de Conversation étaient censés avoir été assignés pour que chacun puisse rester en contact pendant leurs batailles respectives.

En fait, ils avaient parfaitement fonctionné juste après son départ de l’Hôtel de Ville. Mais maintenant que le contact était nécessaire, le Miroir de Conversation s’était tu, trahissant ainsi sa fonction.

――Ce devait être communiqué immédiatement.

Garfiel : “Il faut leur dire qu’ils doivent évacuer l’Hôtel d’Ville maint’nant, bordel――!!”

Sur ces mots, il s’éleva d’un bond, franchissant la rue qui se trouvait devant lui en prenant un raccourci.

Bien que son atterrissage brutal ait brisé le toit sur lequel il s’était posé, Garfiel n’avait pas d’attention à accorder. Par rapport aux dommages causés à la ville, assurer la sécurité de ses compagnons contre la contre-offensive était bien plus important.

Le but de son voyage rapide était l’Hôtel de Ville.

Garfiel revenait précipitamment à l’endroit qu’il avait quitté il y a quelques minutes à peine. Laissant derrière lui Wilhelm, qui l’avait accompagné, il appela désespérément en direction du Miroir Conversation.

Il n’y avait pas d’autre raison. Le danger s’approchait rapidement de l’Hôtel de Ville qui leur servait de base.

――Wilhelm et Garfiel étaient arrivés à la tour de contrôle occupée par la Luxure, à peu près au même moment où Reinhard avait commencé sa confrontation avec l’Avarice.

Ayant été témoins de l’aurore lointaine, les deux guerriers avaient pénétré dans la tour de contrôle.

Que ce soit des cultistes ou les personnes gênantes auxquelles ils s’étaient attendus, aucun d’entre eux n’était apparu pour intercepter leur route. Comme prévu, les forces du Culte de la Sorcière qui avaient entrepris l’assaut de la ville ne semblaient constituées que de leurs dirigeants.

Jusqu’alors, tout s’était déroulé sans encombre et aucune salle n’avait mérité d’être examinée dans la tour de contrôle, qui n’abritait que les fonctions nécessaires à l’ouverture des écluses de la ville.

C’était donc tout naturellement que le duo s’était dirigé vers le dernier étage pour se préparer à un combat décisif contre la Luxure. Dans leur imagination, le camp de la Luxure devait être le plus dangereux en termes de puissance de combat. En plus de la Luxure, il y avait deux combattants exceptionnels, ce qui signifiait que les deux devaient affronter trois ennemis――naturellement, ils avaient tous les deux été engloutis par la tension.

Wilhelm : “Si possible, j’apprécierais que tu me laisses m’occuper de la femme épéiste.”

Garfiel : “Le Cap’taine me l’a aussi dit. On dirait qu’y a que’que chose entre vous. Mais, mon incroyabl’ personne a aussi un compte à régler avec s’te femme. J’peux pas vous laisser l’avoir aussi facilement.”

Wilhelm : “C’est mon épouse. Ces salauds ont tourné en dérision la mort de ma femme, ils ont piétiné son âme et l’ont forcée à pointer une épée sur celle qu’elle avait juré de protéger.”

Garfiel : “――――”

Wilhelm : “Quoi qu’il en soit, c’est inadmissible.”

En chemin, Wilhelm avait révélé la raison pour laquelle il voulait se battre.

C’était une raison pour laquelle Garfiel, qui n’aurait dû avoir aucune raison d’abandonner, n’avait pas pu s’empêcher de se taire. Et son incapacité à formuler une réponse à ce moment-là était peut-être justement ce qui décidait de l’adversaire le plus approprié pour la femme épéiste.

Garfiel : “――――”

Bien qu’il n’ait rien dit, Garfiel avait concédé l’adversaire à Wilhelm. Wilhelm avait également indiqué qu’il avait compris, en inclinant silencieusement la tête pour exprimer sa gratitude.

Ainsi, lorsqu’il était entré dans la tour de contrôle, Garfiel avait ressenti la sensation froide de ses cheveux hérissés.

Si Wilhelm comptait combattre l’épéiste féminine, il devrait alors s’occuper des deux autres par lui-même. L’épéiste n’avait même pas besoin d’être mentionnée, et le géant qui l’accompagnait n’était pas moins puissant qu’elle.

Bien que la Luxure soit apparemment dépourvue de puissance de combat, Subaru avait souligné à plusieurs reprises que ce qui était redoutable chez l’Archevêque du Péché n’était pas sa force au combat, mais sa nature.

Une tension silencieuse et un esprit combatif omniprésent.

Alors que son odorat percevait une odeur de sang de plus en plus forte, Garfiel avait équipé les boucliers d’argent qui étaient attachés à ses jambes et s’était précipité dans la pièce en ouvrant la porte d’un coup de pied.

Et là, il l’avait vu――“Pourquoi diable attendrais-je docilement ici ? Imbéciles.”

Des mots griffonnés avec du sang, occupant tout un mur de la salle.

Lorsqu’il avait compris ce qu’ils signifiaient, la tête de Garfiel s’était mise à bouillir.

Fuir une bataille comme si c’était une évidence, un type de personnalité qui pouvait dire sans détour qu’il n’y avait pas d’obligation à attendre.

Wilhelm : “――Nous avons été négligents. Ces salauds sont exactement le genre de personnes à faire ce genre de coup.”

Wilhelm avait baissé la voix et avait sorti le Miroir de Conversation de ses manches. S’il avait essayé de contacter l’Hôtel de Ville aussi rapidement, c’était parce que Wilhelm avait eu cette idée en premier.

Wilhelm : “Si nos forces sont envoyées en mission, la puissance de combat de notre base diminuera naturellement. Ces types n’ont aucune honte à exploiter cette faille.”

Devant Garfiel au visage pâle, Wilhelm avait grimacé face au Miroir de Conversation qui ne répondait pas.

Au même moment, depuis le toit de la tour de contrôle, émergeait une hostilité profonde et oppressante. C’était l’impression d’avoir le dos caressé par une lame qui avait alerté Garfiel de l’existence de l’ennemi.

Wilhelm avait également ressenti cette présence hostile.

Wilhelm : “Garfiel-dono, je te confie l’Hôtel de Ville.”

Garfiel : “S’il faut en arriver là, mon incroyabl’ personne y sera plus vite.”

Ils avaient échangé leurs idées en un clin d’œil.

L’ennemi était comme une lame clandestine aiguisée comme un rasoir. Exposer leur dos en tentant de fuir ne pouvait que leur valoir d’être tous deux abattus par derrière.

L’un d’entre eux devait rester. Et l’un d’eux devait retourner à l’Hôtel de Ville.

Wilhelm : “S’il te plaît, continue d’essayer d’établir un contact――ma maîtresse, je te la confie.”

Garfiel : “Ça va d’soi. “La voix de Libre fait couler l’sang des soldats”, comme on dit.”

Garfiel avait attrapé le Miroir de Conversation lancé et s’était empressé de quitter la tour de contrôle. Il avait ainsi traversé la ville, franchi la voie navigable et continué à appeler à travers le miroir qui n’offrait aucune réponse――la bataille de Wilhelm était probablement en train de commencer elle aussi.

Garfiel : “Bordel d’merde ! Tout ça pour rien… !”

Si la Luxure lançait une attaque surprise sur l’Hôtel de Ville, il n’y aurait que très peu de forces capables de l’accueillir.

Anastasia et Félix n’avaient aucune puissance de combat, et Crusch s’était effondrée à cause de ses blessures. Bien que plusieurs membres du Croc de Fer montaient la garde, leur puissance de combat n’était pas comparable à celle de Mimi.

Au moment où il pensa à Mimi, la poitrine de Garfiel devint douloureuse. La fille qui, maintenant encore, planait juste au-dessus de l’abîme de la mort, qu’il avait secourue, sauvée, protégée.

La garder en vie, la sauver, tel aurait dû être son devoir.

Cette tâche avait été concédée à un autre pour des raisons sentimentales, et sa chance de se venger s’éloignait de seconde en seconde. Cependant, même le travail pris comme alternative ne pouvait être achevé de manière satisfaisante.

Que faisait-il ? Avec cette allure, que faisait-il ?

Mimi, Subaru, sa sœur, Ram, ou n’importe qui d’autre, il ne pouvait pas lever la tête pour les regarder en face.

Garfiel : “Mon incroyabl’ personne, une fois de plus――!”

――Ne peut rien faire ?

Le Miroir de Conversation, qui ne réagissait pas, reflétait un visage aussi peu prometteur. Au moment où il se maudit,

Garfiel : “――?!”

Alors qu’il défonçait le toit en sautant, il réagit un peu trop lentement à l’ombre qui arrivait de côté. Cette forme, bien plus massive que la sienne, le percuta horizontalement.

La raison pour laquelle il ne pouvait même pas pousser un cri de douleur résidait dans le fait que sa gorge avait été bloquée et serrée par un coude. Le sang et l’oxygène ne pouvaient pas circuler dans son cerveau et il lui était de plus en plus difficile de rester conscient.

La force de l’impact sur l’ensemble de son corps ramena sa conscience à un état progressif.

Le corps qui l’avait accueilli obliquement en plein vol projeta Garfiel contre un bâtiment voisin. Brisant le mur de tout son corps, Garfiel souleva un nuage de poussière.

La douleur sourde et les os brisés arrachèrent un gémissement à Garfiel, alors qu’il se sentait libéré de l’entrave. Utilisant l’élasticité de son corps, Garfiel frappa le sol aussi fort qu’il le put, se remettant debout.

Il se retrouva dans une structure dépourvue d’éclairage. La poussière qui remplissait la pièce s’était transformée en fumée blanche sous la lumière de la lune et, devant sa propre silhouette qui crachait du sang, il pouvait déceler une autre présence.

C’était sans aucun doute le coupable qui l’avait attaqué et qui les avait fait atterrir ici.

Garfiel : “Espèce de salaud, t’sais vraiment comment――”

Au moment où il adopta une position de combat, un poing s’abattit sur son estomac.

Toute la région abdominale de Garfiel subit la force des énormes poings de son adversaire, et son corps s’envola vers le haut. Puis, il fut écrasé par un poing qui avait été brandi d’en haut, le sol déjà décrépi se brisa sous ses pieds et il tomba d’un étage supplémentaire.

Garfiel : “Kuu, quoi… guh ?!”

La plante d’un pied se heurta à son corps qui tombait vers le bas.

Les dégâts causés par l’élan et la masse lui firent cracher du sang, et son corps, piétiné une fois de plus, s’écrasa férocement et directement à travers l’entrée du bâtiment, où il fut projeté dans la rue.

Sous l’effet de ce choc, Garfiel continua à tousser puissamment et se releva. Au même moment, il appliqua une simple magie de guérison sur lui-même, tricotant ses os brisés tout en relevant la tête.

Celui qui l’avait poursuivi depuis le sommet du bâtiment jusqu’à cet endroit était une silhouette imposante, dont la tête ne pouvait être vue que si Garfiel penchait la tête.

Bien qu’il soit recouvert de la tête aux pieds d’une robe noire, celle-ci ne pouvait dissimuler l’épaisseur de ses bras et de ses jambes. Plutôt que de dire qu’il était musclé, il ne serait pas exagéré de dire qu’il portait une armure de muscles.

Pour Garfiel, ce serait la troisième fois qu’il affronterait cet ennemi.

Ce nom était déjà connu également.

Garfiel : “Kurgan aux Huit Bras…”

Il était l’un des héros de l’Empire de Vollachia qui maniait l’épée.

Bien qu’on dise qu’il était mort au combat en défendant une ville de l’Empire dix ans plus tôt, pour qu’il soit ici en ce moment-même, aurait-il pu subir la même humiliation dans la mort que l’épouse de Wilhelm ?

Kurgan : “――――”

Lorsque Garfiel prononça ce nom, le géant Kurgan étendit ses bras.

À ce moment-là, le fermoir de sa robe céda, révélant sa silhouette. En d’autres termes, le héros Kurgan avait révélé sa majesté en combat rapproché.

Comme prévu, son corps puissant était recouvert d’une épaisse armure de muscles. Un physique puissant qui pouvait rivaliser avec celui des géants, et au-dessus de son cou, un visage que l’on pourrait qualifier de démoniaque, empreint de l’expression dominatrice d’un dieu de la guerre.

Et ce qui faisait de ce dieu de la guerre un dieu de la guerre, c’était les huit bras qui permettaient ces techniques de combat extraordinaires.

En plus des deux bras qui poussaient habituellement à partir des épaules, deux autres bras jaillissaient du même endroit. En déplaçant le regard vers le bas du corps, deux autres bras sortaient de son flanc, juste sous ses épaules, et les autres tendaient leurs paumes vers l’avant, depuis l’arrière.

C’était en accord avec le surnom de Kurgan, les Huit Bras. Quelqu’un capable d’anéantir la volonté de combattre de son ennemi rien qu’avec son corps naturel.

Kurgan : “――――”

Face à Garfiel, qui avait avalé une grande bouffée d’air, Kurgan garda le silence en dégainant son arme.

Attachées à ses jambes épaisses, fixées par coïncidence dans le même style que les boucliers de Garfiel, se trouvaient une paire de lames épaisses, longues et déformées――les Fendoirs Démoniaques que ce dieu de la guerre maniait.

Ce dieu de la guerre sortit deux autres Fendoirs Démoniaques de son dos, pour un total de quatre. Bien que les quatre bras restants soient encore désarmés, Garfiel fut néanmoins complètement submergé par son apparence.

Il n’avait pas le loisir de sous-estimer l’ennemi le moins du monde.

Garfiel : “――――”

Son corps tremblait.

Devant ce véritable héros, le corps de Garfiel tremblait de tout son être.

Garfiel fixa le héros, la figure légendaire, le grand homme qui avait marqué l’histoire. Ne pas connaître le nom de Kurgan aux Huit Bras lui était impossible.

Garfiel s’intéressait en effet de près à la myriade de légendes qui lui parvenaient de toutes parts.

Et aujourd’hui, il se trouvait devant ses propres yeux, en tant qu’ennemi.

C’était un cauchemar. Un cauchemar qui avait commencé la veille. Qu’est-ce que cela pouvait être d’autre, malveillant comme c’était ?

Garfiel : “…Ha, ah, huh.”

Le souffle de Garfiel s’accéléra tandis qu’il tendait les mains vers ses jambes.

Des boucliers d’argent y étaient fixés, de la même manière que les Fendoirs Démoniaques de Kurgan. Sans savoir combien de fois ses doigts avaient glissé, il finit par défaire les sangles. Plaçant ses boucliers sur ses bras comme pour couvrir ses poings, il les frappa l’un contre l’autre en guise de confirmation, créant une note aiguë qui se répercuta dans le ciel nocturne.

Son équipement était prêt et ses blessures avaient suffisamment guéri pour ne pas être handicapantes.

Cependant, son esprit était encore, pour l’instant, en ébullition.

Garfiel : “C’est pas l’moment de dire des merdes stupides――!”

Serrant les crocs, Garfiel frappa son propre visage.

Secouant la tête sous l’effet de la douleur et du choc, il tourna à nouveau son regard vers l’avant. Reprenant sa position, il dévoila ses crocs au dieu de la guerre qui se trouvait devant lui.

Garfiel : “Si j’reste planté là, à quoi sert mon incroyabl’ personne ? Que ce soit l’Cap’taine ! Ou les autres types aussi ! Ils s’battent tous ! Manifestement, tout s’que sait faire mon incroyabl’ personne, c’est s’battre, alors pourquoi j’bloque, putain ?”

Kurgan : “――――”

Devant Garfiel, qui criait pour se gonfler d’enthousiasme, Kurgan restait impassible.

Le dieu de la guerre silencieux que Garfiel affrontait ne pouvait que le regarder calmement. Avec une moue, il brisa le pavé de la rue, puis s’élança vers l’avant d’un seul pas.

À travers les semelles de ses chaussures, il absorba la puissance de la terre, permettant à sa Protection Divine des Esprits de la Terre de rediriger toute cette énergie dans son corps pour porter un coup.

Son poing était véritablement doté d’une puissance capable de faire voler en éclats un bâtiment de pierre.

Son bouclier d’argent renforçait le coup de poing, assez puissant pour briser même un héros.

Son bras, ayant été relâché, vola droit vers le sternum de Kurgan――

Garfiel : “――Qu’est-ce que t’en dis ?”

Kurgan : “――――”

Utilisant toute la force de son corps, l’attaque de Garfiel fut bloquée par le Fendoir Démoniaque de Kurgan.

Le Fendoir Démoniaque, bloquant l’attaque directe visant l’abdomen de Kurgan, résista à la puissance du coup de Garfiel.

Il n’avait pas esquivé, pas plus qu’il n’avait flanché. Avec un simple blocage, une attaque massive avait été dissipée. Le héros, les Huit Bras, n’avait utilisé qu’un seul bras.

Garfiel : “――Buh.”

L’expression crispée de Garfiel lui valut un coup de poing derrière l’épaule. Le corps qui s’était retourné fut attrapé par le bras qui dépassait d’un côté, et, incapable de s’échapper, il ne put qu’encaisser une raclée sauvage.

Ses pommettes furent brisées en un instant et son fond d’œil écrasé. Le champ de vision de son œil droit fut teinté d’un rouge vif. Un croc se brisa et fut projeté au loin. Son torse toujours saisi, il fut plaqué au sol, projeté dans la rue par une jambe puissante, et roula, roula, roula, roula dans la voie navigable voisine.

Garfiel : “――Aaaaaaaaah.”

Tout s’était déroulé en un clin d’œil, et il fixait la lune qui flottait si haut au-dessus de lui.

Cette lune semblait se moquer de lui. Par la suite, le corps de Garfiel sombra dans la voie navigable.

――La surface de l’eau se teinta lentement de cramoisi.

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