49 — Ainsi débute la croisade contre l’Avarice

Émilia : “――Subaru !”
Une voix qui semblait convoquer Subaru, qui s’était engouffré à travers l’entrée de l’église et avait sprinté à l’intérieur.
Elle appartenait à Émilia, qui se tenait devant l’autel, vêtue d’une robe de mariée blanche.
Vêtue d’une robe blanche comme la neige, avec ses longs cheveux enroulés en tresse sur la tête, elle était trop belle, charmante à un point vraiment éblouissant. En de meilleures circonstances, Subaru, plus que quiconque, aurait voulu admirer la tenue de mariage d’Émilia, mais――
Subaru : “Je mettrai de l’ordre dans mes pensées sur EMT plus tard. Il semblerait que nous ayons gâché ce mariage ici.”
Reinhard : “Il semblerait que la cérémonie tournait déjà au vinaigre. Cependant, nous serons tout de même considérés comme des intrus ici.”
À distance, Reinhard jeta un coup d’œil à Émilia et Regulus, qui se toisaient du regard et il approuva les murmures de Subaru. La cérémonie semblait être sur le point de s’effondrer, ce qui leur offrait une occasion parfaite de s’immiscer.
En entendant leurs paroles, le visage déjà aigre de Regulus rougit de rage. Il tira sur le devant de son costume et sa bouche se tordit en une moue vicieuse.
Regulus : “Désolé, même si je compatis avec les convives qui n’ont pas été invités tels que vous, ce mariage deviendra bientôt un enterrement de toute manière. La préparation émotionnelle pour qu’un événement aussi joyeux devienne celui des lamentations… Ah, c’est vrai, vous n’avez pas besoin de vous pencher sur ces questions de toute façon. Vous passerez bientôt de ceux qui font leurs adieux à ceux à qui l’on doit faire ses adieux.”
Subaru : “Hey là, qu’est-ce que tu racontes alors que tu as été rejeté juste avant le mariage ? Et la mariée en a tellement marre de toi qu’elle est sur le point de faire un divorce de Narita. Fais preuve d’un peu de honte. D’ailleurs, tu ne m’as pas entendu quand j’ai présenté ce gars à côté de moi ?”
(Note de Traduction : Au Japon, il est si fréquent que les divorces interviennent après la lune de miel que ce phénomène a reçu son propre qualificatif, d’après le nom du principal aéroport international du Japon, celui de Narita.)
Concernant les divagations meurtrières de Regulus, Subaru le nargua en observant Reinhard. Surpris, Regulus exhala un “ah” entre ses dents.
Regulus : “Quoi, le Maître Épéiste ? Je crois avoir entendu parler de lui une fois. N’est-ce pas le surnom d’un type qui ne sait rien faire d’autre que brandir une épée ? Qu’as-tu l’intention de faire avec ce genre de type ? Se pourrait-il que tu le considères comme un atout ? Hahaha, c’est très intéressant. Qu’il s’agisse de la réputation historique, de la gloire de la lignée ou de quoi que ce soit d’autre, tout ça n’est rien d’autre que du traditionalisme à l’ancienne. De telles notions, lorsqu’elles sont frappées par une vague de progrès, devraient être réduites en cendres. N’est-ce pas là le travail de la nature ? Vous deux, vous êtes là pour faire une démonstration ?”
Reinhard : “C’est drôle que tu dises que je ne connais rien d’autre que le maniement de l’épée, hein. En vérité, la plupart des attentes qui pèsent sur moi découlent de ce seul rôle. Mais il y a un petit problème ici.”
Même face à une telle arrogance, Reinhard ne manifesta pas la moindre contrariété. Tandis qu’il parlait, sa main se glissa discrètement vers sa taille.
Dans son fourreau se trouvait une épée céleste, aux gravures tracées par les griffes du Dragon lui-même, que Reinhard portait toujours sur lui. Cependant, alors qu’il serrait sa paume autour de la poignée, il secoua la tête.
Subaru : “Qu’est-ce qui ne va pas, Reinhard ?”
Reinhard : “L’Épée Dragon Reid est une lame inégalée, transmise depuis la première génération de la famille Astrea, mais elle a un défaut. Elle refuse d’être dégainée en présence d’un ennemi qu’elle juge indigne.”
Subaru : “Ce qui veut dire ?”
Reinhard : “Il semblerait que l’épée ait conclu que cet ennemi n’est pas digne d’un dégainement.”
Subaru : “――Hk !”
Que Reinhard ait eu ou non l’intention de le faire, Regulus avait reçu une évaluation plutôt humiliante. Mais Subaru avait personnellement constaté que l’épée n’avait pas fait son apparition lors d’une confrontation avec Elsa, et il comprenait donc ce que Reinhard avait voulu dire.
Toutefois, même en gardant cela à l’esprit, l’évaluation peu flatteuse de Regulus demeura.
Regulus : “Que peut faire contre moi un Maître Épéiste qui ne peut même pas dégainer son épée ? Restez à votre place, ordures. En premier lieu, je ne suis même pas au même niveau que vous. Vous êtes des imbéciles qui ne peuvent déterminer leur valeur qu’en se comparant aux autres. Ne vous avisez pas de me rabaisser.”
Subaru : “On dirait que tu penses vraiment être tout ça.”
Face à l’obscénité ardente dans les yeux de Regulus, Subaru se trouva réellement surpris. Ignorant toutes ses menaces, et n’écoutant que le cœur de son discours――
Subaru : “L’hypocrisie est ton point fort, n’est-ce pas ? Tu prétends avoir atteint la perfection, mais c’est toi qui te targues d’être supérieur aux autres ?”
Regulus : “――Hk ! Espèce de minable, n’aie pas la condescendance de sermonner ma personne satisfaite !”
Irrité par les railleries de Subaru, Regulus finit par mettre ses menaces à exécution.
Avec une intention meurtrière, il donna un coup de pied au sol devant l’autel ; instantanément, le sol pavé se brisa avec une force stupéfiante. Le torrent de destruction fonça droit sur Subaru, balayant les éclats de bois et de pierre dans son étreinte écrasante et les réduisant en fine poussière.
Subaru : “――Whoa ?!”
Reinhard : “Subaru, par ici.”
Au moment où la vague destructrice s’approcha de lui, quelqu’un l’attrapa par le col et le mit à l’abri. Un coup de vent soudain libéra Subaru des chaînes de ce torrent――c’était l’œuvre de Reinhard. D’une seule main, il avait tiré Subaru et évité l’attaque.
Déposant doucement Subaru sur le sol, Reinhard pivota sur lui-même, pliant les genoux, se préparant à affronter Regulus. Néanmoins――
Regulus : “Ne bouge pas ! Si tu tentes quoi que ce soit, elles seront toutes mortes en un instant.”
Reinhard : “――――”
Fixant Reinhard, qui gardait les genoux légèrement pliés, Regulus plaça ses mains sur les murs de l’église.
Des rangées de femmes élégamment vêtues le regardaient impassiblement, en tant qu’invitées du mariage. Clairement, elles reconnaissaient l’intention de ses actions et la gravité de la situation, mais elles restaient sur place, acceptant avec indifférence le chaos ambiant.
Subaru : “À ce propos, même si je préfère ne pas trop m’y attarder, qui sont ces femmes ?”
Regulus : “Toutes sont mes chères épouses bien-aimées. Des princesses adorables qui me chérissent et que je chéris en retour. Pourriez-vous supporter de laisser mourir des filles aussi innocentes ? Comment pouvez-vous être aussi cruel ?!”
Subaru : “Bon sang, je m’en doutais un peu, mais je n’arrive pas du tout à établir une conversation.”
Avait-il jamais eu l’impression qu’il le pouvait ? La rhétorique de Regulus était complètement incohérente.
Retenir ces femmes en otage, tout en déclarant qu’elles étaient ses épouses bien-aimées, était un raisonnement qui dépassait le cadre de la raison. Le pire, c’était que la proclamation d’innocence et la notion que Regulus les tuerait étaient indubitablement vraies.
Cette prise d’otage illogique était en effet une tactique extrêmement efficace contre le groupe de Subaru.
Regulus : “Ce n’est pas comme si je voulais qu’elles meurent ou quoi que ce soit du genre. Malgré tout, si vous résistez encore, je n’aurai pas le choix. Je commencerai par le début et j’irai dans l’ordre. Me forcer à faire quelque chose d’aussi horrible, n’est-ce pas cruel ?”
Subaru : “Non pas que ça ait un sens, mais je ne me souviens pas t’avoir acculé à ce point ?”
Regulus : “Ne cherche pas d’excuses ! Je serais peut-être celui qui les tuerait directement, mais vous êtes les déclencheurs de l’événement. Votre intention meurtrière serait la véritable arme. Vous vous servez de moi comme d’une arme. Vous êtes les vrais meurtriers ! N’essayez pas d’échapper à cette responsabilité. Espèces d’assassins de femmes sans cœur… !”
De la haine brûlait dans les yeux de Regulus qui grinçait des dents et fixait Subaru. Le meurtrier qui débitait sa rhétorique tordue ne semblait pas perturbé le moins du monde par ses déclarations révoltantes.
Tout en essayant de gagner du temps par le dialogue, Subaru jeta un coup d’œil significatif à Reinhard. Cependant, leur adversaire volatile tenait une cinquantaine d’otages entre ses mains. Si les deux murs s’effondraient en même temps, même Reinhard ne serait pas en mesure d’éviter les pertes.
Subaru : “――――”
Si cela continuait ainsi, ils seraient dans l’impasse――non, la situation évoluait exactement comme Regulus l’espérait. Toutefois, au moment où il le pensait,
??? : “Tu m’as déjà oubliée ?”
Regulus : “Hein ?”
Des lumières célestes se mirent à danser à côté de Regulus. En un instant, la lumière enveloppa toute la cathédrale, l’instant d’après, un son aigu naquit, interférant avec le monde. La lumière et le son s’enchaînèrent, s’entremêlèrent et résonnèrent, une mélodie simple et claire emplissant le temple.
En un clin d’œil, une grande barrière de glace brilla au centre de la salle. Ce sanctuaire de glace se répandit dans toute la cathédrale, avec en son centre Émilia devant l’autel, et créa une épaisse barrière autour des femmes présentes, que Regulus avait prises en otage.
De plus, la glace avait gelé les jambes de Regulus au sol, et une épée gelée se pressait contre sa nuque exposée――une épée qui s’étendait depuis la main d’Émilia.
Émilia : “Tu as été bien trop imprudent. Même moi, je ne peux pas envisager de plonger dans un combat contre toi, alors je me suis préparée longuement et durement pour te geler de la sorte. Tu as perdu.”
Regulus : “…Dis donc, tu es vraiment incapable de lire l’atmosphère, hein ? En ce moment même, ne suis-je pas sur le point de les forcer à reculer ? C’est une scène importante, qui montre que je suis capable de faire face à des ennemis méprisables avec détermination. Et mes femmes également, tout le monde croit en ma victoire et prie pour elle… Pour qui te prends-tu ?”
Émilia : “Libère-nous toutes immédiatement. Bien que personne ne l’ait dit, certaines d’entre elles ne restent avec toi que parce qu’elles ont peur. Malgré tout, tu devrais les chérir, car ce sont elles qui font des pieds et des mains pour t’aider…”
Regulus : “――Vraiment, à qui crois-tu parler ? Il semblerait que le fait de ne pas t’avoir épousée ait été judicieux.”
Émilia : “Eh ?”
Subaru : “Émilia, non ! Ce n’est pas suffisant pour l’arrêter !”
Normalement, il devrait s’agir de la fin de l’acte. Le jugement d’Émilia n’était pas erroné.
Toutefois, s’il y avait quelque chose de différent dans cette situation, c’était le fait que son adversaire avait tout simplement dépassé les limites de l’humanité.
Émilia : “――Kh !”
Avec un soupir, Regulus commença à tordre ses membres gelés. Rien que par ce léger mouvement, la glace qui enveloppait sa moitié inférieure commença à se désintégrer.
La prison gelée fut réduite en poussière, une action si aisée qu’on aurait dit que la glace avait fondu. Face à ce revirement, Émilia n’eut même pas le temps de reprendre son souffle avant que Regulus ne la saisisse par le cou, et ne la laisse pendre, suspendue au bout de sa seule main.
Regulus : “Une telle violence, sans même savoir comment rester décente pour un homme. Peu importe que tu sois physiquement et mentalement vierge si tu trompes quelqu’un mentalement. Espèce de traînée. Espèce de sale garce. Comme si jouer avec mon cœur innocent n’était pas suffisant, tu as fait un pas de plus, et tu as essayé de le menacer. Je n’ai jamais vu une femme aussi impardonnable.”
Émilia : “Kuu, huu… uuu…”
Regulus : “Combien d’hommes as-tu séduits avec ton joli visage ? Juste un petit sourire, et tous les hommes sont gentils avec toi ? Juste un petit son, et tous les hommes s’extasient ? Juste un léger contact, et tous les hommes t’offrent cadeaux sur cadeaux ? Ah, ah, espèce de sale garce.”
Subaru : “Arrête ! Enlève tes sales pattes d’elle, espèce de connard !”
Soupirant pour lui-même, la voix de Regulus était emplie de dédain alors qu’il s’adressait à Émilia, toujours prise dans son étreinte. Ses yeux, froids et inhumains, transpercèrent l’indignation de Subaru face à ces mots inqualifiables.
Regulus : “Es-tu stupide au point de ne pas pouvoir résoudre cette situation ? Ou es-tu un de ces imbéciles qui ont déjà renoncé à comprendre ? Me voici, essayant sans cesse d’expliquer. Mais les personnes comme toi, qui ne pensent qu’à s’améliorer et qui abandonnent toute pensée consciente, ne pensez-vous pas que vous gaspillez trop ma générosité ? Faire de son mieux pour se mettre à la place de quelqu’un d’autre, tu n’y arrives même pas ? En continuant à jouer aux cartes comme ça, ta capacité d’interaction n’est-elle pas trop faible ?”
Reinhard : “Relâche Émilia-sama, et j’écouterai tes demandes.”
À côté de Subaru, qui restait muet de rage, Reinhard s’adressa à Regulus.
En entendant cela, le sauvage haussa les sourcils. Semblant juger que la conversation pouvait se dérouler plus facilement avec Reinhard qu’avec Subaru, Regulus réorienta ses propos.
Regulus : “Pas mal, pas mal, cette attitude modeste. C’est justement parce que les gens disposent de toutes sortes de moyens de communication que, s’ils veulent qu’un sujet évolue dans le sens qu’ils souhaitent, ils doivent apprendre à utiliser ces méthodes de manière efficace. Ceux qui ne comprennent pas ça, la majorité, ne peuvent compter que sur la force brute pour obtenir ce qu’ils veulent. C’est très rébarbatif. N’est-il pas évident que les choses peuvent être réglées par la négociation, sans qu’il soit nécessaire de faire une démonstration de force ? Eh bien, ce genre de personnes n’est pas du tout impressionnant. Des individus comme eux n’ont aucune chance face à un pacifiste comme moi, n’est-ce pas simplement naturel ?”
Reinhard : “Il n’est pas nécessaire d’en parler de manière aussi dramatique. À la place, permets-moi d’écouter ta demande. Assister aux souffrances d’Émilia-sama est douloureux à la fois pour moi et pour mon ami.”
Regulus : “Très bien. Alors je vais le dire sans détour――retire l’épée à ta taille et viens te placer devant l’autel.”
Alors que le visage d’Émilia pâlissait, Regulus, d’un mouvement volontaire, la hissa plus haut. Ses pieds se balançaient dans les airs, et son épée de glace s’écrasa au sol.
Face à cette démonstration, Reinhard n’hésita plus. Il libéra l’Épée Dragon qui se trouvait à sa taille et la remit à Subaru.
Subaru : “…En cas d’urgence, je dégainerai cette épée et j’abattrai ce bâtard.”
Reinhard : “C’est une bonne idée, mais malheureusement, je ne pense pas que tu puisses la dégainer non plus. Rassure-toi, je vais sauver Émilia-sama.”
Concluant leur conversation à voix basse, Reinhard se plia aux ordres de Regulus.
Le Maître Épéiste se tenait, désarmé, au milieu du temple, s’arrêtant lorsque Regulus ordonna : “Arrête-toi ici”. Il n’y avait plus que cinq mètres entre les deux, mais, pour Reinhard, cette distance pouvait être franchie en un instant.
Et pourtant, le problème résidait dans la façon dont Regulus tenait actuellement Émilia entre ses mains, et dans le fait qu’il lui briserait le cou à la seconde où Reinhard s’approcherait. Or, ils n’avaient pas encore saisi la véritable nature de l’Autorité invincible de Regulus.
Se libérer de la prison d’Émilia, et se lancer dans un chemin de destruction avec des moyens inconnus. Quelque part dans ces actions se trouvait le principe derrière son invincibilité.
Subaru : “――――”
Retenant son souffle, Subaru surveilla attentivement les mouvements de Reinhard.
Actuellement, incapable de trouver une occasion de sortir de l’impasse, il ne pouvait que s’en remettre à Reinhard. Il avait beau être impatient de passer à l’action, il savait que rien de ce qu’il ferait ne résoudrait le problème.
Reinhard : “Comme tu le souhaites, je m’arrête ici. Et ensuite ?”
Regulus : “Laisse-moi te tuer. N’est-ce pas aisé ? C’est un peu cliché, je le pense aussi. Je ne sens aucune sincérité dans ton idée de t’avancer pour le bien de mes épouses ou de cette traînée ? Ce n’est pas comme si je voulais te forcer à être déraisonnable. Je ne veux pas être pris pour un égoïste et un égocentrique. Je suis simplement un homme normal, satisfait des joies simples de la vie quotidienne. J’espère que tu comprends pleinement.”
Reinhard : “――――”
Regulus : “Donc, il n’y a qu’une seule condition pour que je libère les otages. Tu restes ici, et tu subis un coup de ma part. Pas de défense, pas d’esquive. Tant que tu fais ça, je libère tous les otages. Ce n’est qu’à ce moment-là que je pardonnerai la lâcheté de l’attaque à deux contre un que vous m’avez infligée.”
Reinhard : “Un coup, c’est ça ?”
Face à la proposition de Regulus, Reinhard se caressa le menton en y réfléchissant.
Observant sa silhouette pensive, Subaru secoua mentalement la tête, désespéré par l’absurdité de la proposition. Quelle que soit l’apparence de Regulus, la puissance de ses attaques était évidente.
Une puissance obscène qui pouvait désintégrer même les matériaux du bâtiment, à tel point que même Reinhard ne pourrait pas résister à un tel coup. Même s’il s’accrochait à la vie, s’il était rendu incapable de se battre, il était impossible d’envisager de poursuivre la bataille.
Reinhard : “Je comprends. J’accepte.”
Toutefois, contrairement à l’agitation interne de Subaru, Reinhard accepta la condition comme si de rien n’était. Stupéfait, Subaru observa Regulus hocher la tête en signe d’approbation.
Regulus : “Une sage révélation, je vois. Tu as tout mon respect. Bien que tu sois un ennemi qui a essayé de tuer mes épouses, tu sembles avoir au moins un peu d’humilité humaine.”
Subaru : “Il s’accroche à des otages alors qu’il est invincible et il ne se sent pas en tort…”
Au premier coup d’œil, Regulus et ses mots mélodieux et fleuris étaient vraiment dégoûtants. Cependant, il semblait que Regulus n’avait pas entendu le mépris de Subaru, car il garda sa main placée sur le cou d’Émilia tandis qu’il tournait sa main droite pour faire face à Reinhard.
Subaru : “R-Reinhard, tu… À quoi penses-tu ?”
Reinhard : “Subaru, comme promis. Là où j’ai des lacunes, tu trouveras un moyen de les combler, pas vrai ?”
Subaru : “Arrête d’être aussi décourageant…”
“Même la bataille la plus difficile a une chance d’être gagnée”, était le genre de réponse que Subaru espérait entendre. Cependant, avant qu’il n’ait eu le temps de répliquer, Regulus agita un bras en direction de Reinhard.
Il fut incapable de le voir. Des doigts fendirent l’air, comme s’ils lançaient quelque chose sur Reinhard. Néanmoins, la destruction était invisible. Cette attaque aurait très bien pu être quelque chose comme une Main Invisible.
Mais que ces spéculations soient vraies ou fausses, elles restèrent sans réponse.
Reinhard : “――――”
La silhouette de Reinhard, qui se tenait devant Subaru, s’effondra dans une éclaboussure de sang. Son corps coupé en deux tomba au sol, comme s’il avait été touché par un tir de précision oblique, complètement dépourvu de son tempérament intrépide habituel.
Subaru : “Eh――?”
De grandes quantités de sang s’écoulèrent du cadavre de Reinhard, teintant le tapis cramoisi d’une nuance plus sombre. Son corps tremblait comme un ressort, se convulsant dans les affres de la mort. Enfin, le moment vint où même ces mouvements s’atténuèrent, et le cadavre entra dans le royaume de la vraie mort.
C’était la mort incontestable de Reinhard van Astrea.
Regulus : “Quel que soit le comportement d’une personne dans la vie, la mort est une affaire simple. Ceux qui ont accompli de grands exploits, ceux qui ont commis de grands péchés, la mort les traite de la même façon, récoltant leurs vies de la même manière. Dans ce monde rempli d’inégalités, c’est l’une des rares parties vraiment justes de la vie.”
Ayant tué Reinhard d’un simple geste de la main, Regulus se contenta de secouer la tête. Le meurtrier arborait un air serein, comme si cela n’avait rien à voir avec ses propres actions.
Regulus : “C’est précisément parce qu’ils savent que la fin arrivera inévitablement que les vivants doivent poursuivre le bonheur pendant qu’ils vivent. C’est pourquoi je suis extrêmement satisfait du faible seuil de mon bonheur. Et si je devais être avare, c’est uniquement parce que je suis toujours désireux d’apprécier ce que j’ai. Si je n’étais jamais satisfait de ce que j’ai et que je voulais tout avoir, je ne serais jamais heureux dans ma vie. Mais heureusement, je suis né avec un don unique, la sensibilité de trouver la satisfaction dans les joies simples.”
Serrant contre sa poitrine le bras qui avait tué Reinhard, Regulus se mit à rire. Puis――
Regulus : “Ma personne satisfaite veut l’entendre. Es-tu mort satisfait ? Si c’est le cas, félicitations pour ta mort. Si ce n’est pas le cas, je suis désolé pour ta perte.”
Subaru : “AAAAAAAAAAAAAAUGH――”
Avant même que l’écho des paroles moqueuses de Regulus ne s’estompe, Subaru s’élança dans l’action avec un rugissement.
Il s’empara d’une chaise et la lança sur Regulus. Face à ce projectile, Regulus le repoussa d’un seul coup, comme s’il s’agissait d’un simple insecte. Dire que l’impact avait brisé la chaise serait un euphémisme, puisqu’il l’avait pulvérisée, et Regulus s’éloigna en affichant une expression de mécontentement.
Regulus : “Comparé à cette gracieuse personne, tu es vraiment bruyant et grossier.”
Subaru : “Être un Chevalier sans aucune trace de chevalerie s’avère être ma spécialité !”
Marchant sur le tapis taché du sang de Reinhard, Subaru sortit son fouet de sa taille et en dirigea la pointe vers Regulus.
En réponse, Regulus se contenta de faire mine de resserrer sa prise sur le cou d’Émilia en la soulevant.
Regulus : “Tes yeux ne servent-ils qu’à décorer ? Ne vois-tu pas que j’ai un moyen de pression ici ?”
??? : “――Tout ceci est très étrange. Selon ta promesse, tu aurais dû libérer les otages.”
Regulus : “――Eh ?!”
À l’instant où il entendit ce son, le visage de Regulus fut frappé d’horreur.
Détournant son regard du centre de l’église, Subaru vit une silhouette élancée émerger de la mare de sang et sentit sa gorge se serrer sous l’effet du choc.
Regulus : “Quo――?!”
Reinhard : “――La Protection Divine du Phénix.”
Avec brièveté, Reinhard répondit à l’étonnement de Regulus, et trois silhouettes se déplacèrent comme un seul homme.
Subaru brandit son fouet pour mettre à l’abri une femme aux cheveux blonds qui se cachait derrière l’autel. Alors qu’elle était étranglée, Émilia dirigea d’un coup de pied son épée de glace vers Reinhard. Ce dernier, sorti de nulle part, attrapa l’épée et la dirigea vers Regulus.
Alors que les femmes étaient protégées de la ligne de mire, le Maître Épéiste, qui tenait la lame de givre, n’hésita pas plus longtemps.
L’instant d’après, le son disparut du monde――une brillante lumière bleue accompagna l’onde de choc qui engloutit l’église.
