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Web Novel • Arc 05

48La personne dont je tomberai un jour amoureuse

Pendant un instant, Émilia ne comprit pas le sens de ce qui lui avait été dit.

Sans réfléchir, elle déglutit. Le jeune homme en face d’elle――Regulus, en réponse, leva une main en souriant.

Regulus : “Ahh, je suis désolé de faire ça si soudainement. Je t’ai peut-être un peu choquée. Honnêtement, je m’excuse sur ce point. Comme je l’ai dit à maintes reprises, je suis un homme capable de s’excuser. Il y a dans ce monde des personnes disgracieuses qui ne reconnaissent pas leurs propres péchés et accusent ceci ou cela, trop petits pour admettre qu’ils font leurs propres erreurs. Ils pensent qu’ils n’ont rien fait de mal, même s’ils devaient vider tout ce qu’ils ont fait depuis leur naissance jusqu’à ce moment précis et l’examiner, à quel point peuvent-ils être arrogants ? S’ils pouvaient examiner un peu plus ce qui se trouve sous leurs pieds, se comparer à l’immensité du monde et comprendre à quel point leur existence est petite, alors ils ne finiraient pas comme ça. Une simple excuse peut révéler le caractère d’une personne, elle donne aux autres un aperçu de leur humanité. Ne le penses-tu pas ?”

Émilia : “Alors, il est important de s’excuser ?”

Regulus : “C’est exact ! C’est vrai, il est important de s’excuser. Quel soulagement. C’est évident, et tu sembles comprendre ce point, donc je suis plutôt soulagé. Dans ce monde, il y a un nombre étonnamment élevé de personnes qui ne peuvent pas comprendre quelque chose d’aussi évident. Ça me pousse à les détester. Il semble donc qu’il n’y ait pas de problème sur la question de la reconnaissance des excuses entre époux. Je suis soulagé, il semble que je pourrai bien m’entendre avec toi à l’avenir. Et donc, je me suis excusé. Le problème, c’est que j’étais un peu impatient…”

Ayant parlé jusque-là, les yeux de Regulus scrutèrent Émilia de haut en bas. Comme son corps n’était enveloppé que d’une couverture, elle se raidit un peu devant cette observation.

Regulus : “Oui, la timidité est importante même entre époux. Sur ce point aussi, je te trouve très bonne. Encore une fois, à propos de la question posée juste avant, j’aimerais que tu ne te méprennes pas. Je ne cherchais surtout pas à savoir si tu étais vierge d’un point de vue mondain. Je l’ai dit à plusieurs reprises, mais je suis ton mari et tu es ma femme. Il ne faut pas qu’un couple manque de liens étroits d’affection et de courtoisie. Relié à la longue, très longue chaîne qui s’appelle l’amour, il est évident que tu dois tout consacrer à ton partenaire. Par conséquent, le fait que tu n’aies jamais été touchée par un autre homme… C’est le genre d’assurance dont j’ai besoin.”

Émilia : “L’assurance que je n’ai jamais été touchée par d’autres… ?”

Regulus : “Bien sûr, il est absurde d’utiliser la présence ou l’absence d’un hymen comme une preuve solide. Mais en tant que point de repère, je pense qu’il a une valeur significative. C’est donc délibérément, tout en sachant que ce serait une expérience inconfortable pour toi, que j’ai posé la question. Je veux que tu comprennes que c’est dû à mon amour pour toi. Je ne me soucie pas de la virginité de quelqu’un que je n’aime pas. C’est parce que je t’aime que je m’en assure.”

Regulus parlait avec fluidité et sans relâche du raisonnement derrière ses pensées. Malmenée par ces douces vagues de mots, Émilia ressentit quelque chose de sinistre à propos de Regulus.

Sans savoir pourquoi, quelque chose dans son apparence éveillait sans cesse un sentiment de déjà-vu dans son cœur, et le contenu qu’elle entendait, versé comme de l’eau, n’était pas conservé dans sa mémoire. Seulement, elle était consciente d’une chose.

Ce à quoi il attachait beaucoup d’importance, le terme “vierge”. C’était――

Regulus : “Et donc, je veux te le demander une fois de plus――hey, es-tu vierge ? Ou pas ?”

Émilia : “Hum, par vierge, que voulez-vous dire ? Désolée. Je n’ai jamais entendu ça avant.”

Regulus : “…Quoi ?”

Après avoir reçu une question préparée avec des mots fleuris, Émilia répondit en s’excusant.

Elle savait que Regulus était très attaché à ce mot, mais Émilia ne savait pas très bien ce qu’il signifiait. “Peut-être que ça fait référence à une jeune fille”, pensa-t-elle.

Fermant les yeux, Regulus ferma sa bouche. Ce comportement, qui l’avait plongé dans ses pensées, provoqua une montée d’angoisse, mais le silence fut d’une brièveté inattendue.

Ouvrant grand les yeux, Regulus tendit sa main ouverte vers Émilia. Et,

Regulus : “Excellent――tu es la fille idéale.”

Émilia : “Eh ?”

Tenant la main d’Émilia, Regulus arborait un sourire radieux.

C’était un véritable visage heureux, contrairement au sourire précédent. Il avait l’expression rayonnante d’un enfant qui avait reçu de ses parents un jouet qu’il désirait ardemment.

Regulus saisit et serra la main d’Émilia de haut en bas, et répéta le geste plusieurs fois.

Regulus : “Oui. C’est ainsi que ça devrait être. La virginité du corps ceci, la virginité du corps cela, ça ne me convient pas vraiment comme point de repère, c’est ce que j’ai toujours pensé. Toutefois, le véritable sens de la pureté se trouve dans le cœur. Le fait que ton corps soit vierge est une évidence ! Ce qui est vraiment important, c’est que ton cœur reste également vierge. J’ai l’impression d’avoir atteint une vérité. Incroyable. Tu as apporté quelque chose de nouveau à ma personne précédemment satisfaite.”

Émilia : “――――”

Regulus : “Oui, oui, j’ai compris. Je me réjouis de t’accueillir en tant qu’épouse. Et grâce à toi, j’ai compris quelque chose d’important. Dorénavant, pour accueillir une nouvelle épouse, se contenter de s’enquérir de son état de virginité sera insuffisant. Si elle n’est pas au niveau d’un enfant, ne sachant pas ce qu’est la virginité, ça diminuera la valeur de l’épouse. Un cœur adultère ne fera pas l’affaire. Ce n’est pas digne de quelqu’un qui deviendra ma femme.”

Relâchant la main d’Émilia, Regulus s’éloigna d’un air très satisfait.

Émilia ne saisissait pas très bien le sens de ses propos. Tout d’abord, ce qu’il avait voulu dire en disant qu’ils étaient mari et femme était un mystère pour elle. Dans l’esprit d’Émilia, un couple devait être formé par un père et une mère, mais les propos de Regulus laissaient supposer l’existence de plusieurs épouses.

Une telle notion était très éloignée de la perception qu’avait Émilia de la nature des couples mariés. Peut-être parlait-il d’un autre concept qui était épelé de la même façon ?

Regulus : “Oups, nous ne pouvons pas te laisser dans cet état trop longtemps. Je vais arranger un changement de vêtements tout de suite――numéro cent-quatre-vingt-quatre ! Viens ici.”

Émilia : “――――”

Laissant Émilia seule face à sa perplexité, Regulus prononça soudain un numéro. C’est alors que, de l’autre côté du couloir, apparut soudain la femme qui avait quitté la salle où se trouvait Émilia. Une jeune femme aux longs cheveux blonds et à l’apparence banale, elle arriva à côté de Regulus et le salua d’un air modeste sur le champ. Regulus acquiesça à son geste,

Regulus : “Donne-lui… Donne au numéro soixante-dix-neuf de nouveaux vêtements. Dès qu’elle sera prête, j’organiserai le mariage. Cette fille est dans la même situation que vous toutes. Je veux que vous vous entendiez et que vous preniez soin d’elle.”

Numéro 184 : “――――”

Regulus : “Oui, tu n’as plus tendance à sourire――bonne fille. Une bonne épouse.”

À la femme qui avait acquiescé en silence, Regulus parla comme s’il était satisfait.

Après cela, s’approchant d’Émilia qui semblait toujours perdue, il passa un doigt sur le côté de sa chevelure argentée, et caressa ses longs cheveux.

Regulus : “Alors, à tout à l’heure.”

Émilia : “Oui…”

L’instinct d’Émilia la sollicitait, pour éviter d’aller à son encontre.

Acceptant la courte réponse d’Émilia, Regulus disparut alors, avec des bruits de pas, de l’autre côté du couloir.

Après sa disparition, Émilia constata que la tension qui assaillait son corps avait disparu. Inconsciemment, elle s’était méfiée de Regulus. Regulus avait simplement été présent, avec une attitude aussi détendue――et pourtant son existence avait dégagé une pression étrange, comparable à celle du Lapydre.

Numéro 184 : “Par ici.”

La femme à côté d’Émilia l’avait soudainement interpellée. Elle avait fixé le dos qui avait disparu depuis longtemps. En entendant la voix de cette femme pour la première fois, sa beauté limpide lui rappela les instruments à cordes. Cependant, la voix, tout comme son expression, semblait avoir gelé et durci toutes les émotions qu’elle contenait.

Émilia : “Hey, désolée. J’ai beaucoup de questions à poser…”

Numéro 184 : “Tes vêtements de rechange.”

Émilia : “Il en va de même pour le changement de vêtements, mais dis-moi… Sais-tu où se trouve cet endroit ? J’étais sur une place à Pristella avec une personne du Culte de la Sorcière… Ah, uh.”

Ignorant Émilia qui tentait de poser des questions, la femme se mit à marcher immédiatement. La suivant rapidement, Émilia continua à poser des questions, essayant de comprendre la situation, mais toutes ses questions rebondissaient silencieusement sur le dos complètement tourné de la femme.

Guidée par la femme qui se trouvait devant elle, elle arriva ensuite dans un espace étrange, à côté de la salle où elle avait dormi. Il s’agissait également d’une salle aménagée de manière simple, dans laquelle des meubles avaient été introduits de force.

Émilia : “Cette salle devait être légèrement différente à l’origine…”

Numéro 184 : “Les vêtements ont été choisis avec soin et apportés par Époux-sama, et ainsi de suite. Numéro soixante-dix-neuf, tu dois les mettre.”

Émilia : “Par numéro soixante-dix-neuf, tu veux dire moi ? À l’instant, je crois que Regulus m’a aussi appelé comme ça. Tu es…”

Numéro 184 : “Je suis le numéro cent quatre-vingt-quatre. Son épouse, comme toi.”

Émilia : “Comme moi…”

La porte se referma, et ce n’est qu’à ce moment-là qu’elle――la femme qui s’était surnommée numéro cent quatre-vingt-quatre, engagea la conversation. Il n’y avait aucun changement dans cette voix, dépourvue d’émotion, mais il semblait qu’il était enfin possible de faire la conversation.

Émilia : “Pour ce qui est du mot “épouse”, j’ai posé la question à plusieurs reprises, mais a-t-il la même signification que “partenaire” ? Je ne pense pas être devenue la partenaire de Regulus…”

Numéro 184 : “Même si cette idée ne réside pas en toi, elle existe en lui. Et s’il a cette idée, ça signifie que la tienne n’a pas lieu d’être.”

Émilia : “N’est-ce pas étrange… Pour devenir partenaire, il faut épouser son mari, pas vrai ? Je ne me suis pas mariée avec Regulus, et je n’ai pas l’intention de le faire. Se marier, c’est entre un garçon et une fille qui s’aiment pour rester ensemble à jamais. Je ne peux pas faire une telle promesse avec qui que ce soit pour l’instant…”

Numéro 184 : “Si tu parles d’un mariage, il aura lieu maintenant. Ainsi, ce sera fait.”

Les paroles d’Émilia tombèrent dans l’oreille d’un sourd. Même si le dialogue semblait s’être établi, il n’en était rien en réalité, et Émilia devenait de plus en plus confuse.

Entre-temps, le numéro cent quatre-vingt-quatre s’était approché d’Émilia et tentait d’écarter la couverture qui la recouvrait.

Émilia : “Ah, attends, qu’est-ce que tu fais ?”

Numéro 184 : “Je te change immédiatement en tenue de mariée. Heureusement, tes vêtements sont déjà préparés. Lorsque tu as été déshabillée pour être allongée dans le lit, tes dimensions ont été prises, alors rassure-toi.”

Émilia : “C’est toi qui m’as déshabillée ?”

Numéro 184 : “Crois-tu que c’est l’œuvre d’Époux-sama ? Rassure-toi. Il n’a pas l’habitude de jeter un coup d’œil à la peau des femmes, et il ne s’intéresse pas aux femmes en premier lieu. Une fois que ta virginité a été garantie, il ne fait plus rien.”

Émilia : “Tu parles aussi de ce truc de “vierge” ?”

Numéro 184 : “…Je suis surprise. Tu ne sais vraiment pas ? Tu ne joues pas la comédie ?”

Pour la première fois, un semblant d’émotion traversa l’expression du numéro cent quatre-vingt-quatre. Devant ce regard légèrement surpris, Émilia ouvrit grand les yeux, puis sourit légèrement.

Émilia : “Quoi, tu peux aussi être surprise. Je préférerais que tu souries en parlant. Ça te convient beaucoup mieux, je trouve.”

Numéro 184 : “…Époux-sama ne le désire pas. Je vais aussi te donner un conseil, Époux-sama aime ton apparence habituelle. Il est plus sage de ne pas rire, de ne pas pleurer et de ne pas changer l’expression de ton visage. Je pense qu’il serait même préférable de ne pas ouvrir la bouche si possible.”

Émilia : “Es-tu en train de dire qu’il ne faut pas parler ? Pourquoi ?”

Numéro 184 : “Puisque tu ne sais pas si ça portera atteinte aux droits d’Époux-sama.”

Enlevant la serviette d’Émilia, le numéro cent quatre-vingt-quatre lui tendit des sous-vêtements. Après les avoir reçus, elle les plaça sur son corps, la taille semblait lui convenir parfaitement.

En l’observant enfiler les sous-vêtements tout en bougeant les bras et les jambes, le numéro cent quatre-vingt-quatre poussa soudain un long soupir.

Émilia : “Quelque chose ne va pas ?”

Numéro 184 : “…Non, je me disais simplement que tu étais belle. Tes membres fins, ta peau blanche et tes longs cheveux argentés, en particulier.”

Émilia : “――? Merci. Ton compliment me fait plaisir. Il n’y a que Subaru et Anne qui me disent des choses comme ça.”

Numéro 184 : “Subaru… Un homme, c’est ça ?”

Émilia : “Oui, mon Chevalier. Peut-être qu’il s’inquiète vraiiiiment pour moi, alors je veux rapidement découvrir où je me trouve…”

Cela lui causait probablement beaucoup d’inquiétude.

Dans la tête d’Émilia, le fait que Subaru ait été tué n’était pas une préoccupation. Il avait Béatrice avec lui, et Émilia ne pouvait même pas imaginer la possibilité que Subaru se retrouve dans une situation difficile susceptible d’entraîner sa mort. Subaru s’en sortirait d’une manière ou d’une autre.

Ainsi, sa situation actuelle de captivité sans pouvoir communiquer quoi que ce soit à Subaru était vraiment pathétique.

Numéro 184 : “Cet homme que tu appelles Subaru, ne le mentionne jamais à Époux-sama.”

Émilia : “Uh, pourquoi ?”

Numéro 184 : “Pour reprendre les mots d’Époux-sama, la virginité de ton cœur peut devenir suspecte.”

Émilia : “Encore ce truc de “vierge” ?”

Donner un terme comme raison sans expliquer ce qu’il signifiait était vraiment déroutant.

Aucune explication ne fut fournie à Émilia, dont les lèvres se plissèrent en une moue, et le numéro cent quatre-vingt-quatre sortit une robe d’un blanc pur de l’armoire, et la tint près du corps d’Émilia.

Avec un devant brillant et de nombreux ornements sophistiqués, c’était une très belle robe.

Émilia : “Mais ça semble difficile de se déplacer avec.”

Numéro 184 : “Des plaintes également, il serait sage de ne pas les évoquer. Je vais t’habiller maintenant.”

La tête penchée de travers, se demandant si une tenue aussi merveilleuse lui irait bien, Émilia enfila néanmoins la robe, comme le lui avait demandé le numéro cent quatre-vingt-quatre.


Regulus : “――Aah, n’est-ce pas génial ? Comme je le pensais, le blanc te va bien.”

Émilia : “…Merci.”

En voyant qu’Émilia s’était changée, Regulus prit la parole d’une voix enjouée.

Son apparence avait également changé depuis leur rencontre dans le couloir juste avant. L’expression d’Émilia suggérait qu’elle l’avait remarqué, et Regulus releva légèrement son col en guise de réponse.

Regulus : “C’est un mariage important, tu sais. Normalement, je ne suis pas du genre à m’habiller ainsi, mais je ne voudrais pas t’embarrasser avec un entêtement aussi peu amusant. C’est l’idéal pour les époux de montrer de la considération l’un pour l’autre, sans penser que c’est gênant. Je ne veux pas que tu te sentes accablé par des pensées soucieuses concernant tous les égards que j’ai eus pour toi. Je veux simplement que tu saches que je suis un homme capable d’accepter de faire quelques changements pour ton bien. Quant au lieu de l’événement, il sera bientôt prêt, dans peu de temps.”

Émilia : “Le lieu de l’événement… Vous voulez dire ça ?”

Vêtu d’un smoking blanc et d’une tenue de cérémonie, Regulus courba son cou, et à sa suite, Émilia porta également son attention sur l’espace dans lequel elle se trouvait.

C’était une cathédrale――pour être exact, c’était une cathédrale utilisée uniquement pour des cérémonies importantes telles que les mariages.

Après avoir été changée par le numéro cent quatre-vingt-quatre, Émilia avait quitté le bâtiment pour la première fois et s’était rapidement rendu compte qu’elle s’était reposée dans une salle située à l’intérieur de l’une des tours de contrôle. De ce fait, Émilia avait été conduite hors de la tour et amenée directement dans cette cathédrale par le numéro cent quatre-vingt-quatre.

Dans la cathédrale, de nombreuses personnes travaillaient, préparant méthodiquement les décorations de l’intérieur de l’édifice. Et sans bruit, sans rien dire, des belles femmes vêtues à la mode s’occupaient de la préparation de l’endroit, partout où le regard se posait.

Regulus : “Ces filles sont mes épouses, elles sont dans la même situation que toi. Au total, elles sont deux cent quatre-vingt-onze… Malheureusement, beaucoup d’entre elles sont mortes. Mais malgré tout, je déverse mon amour sur celles qui sont encore avec moi de manière égale, je pense. C’est tout à fait naturel. Le principe de privilégier et d’aimer une seule personne est trop déformé pour convenir à ce qu’on appelle un mari. Je ne fais jamais de choses aussi absurdes. Un amour fixe, en quantité fixe, par des moyens fixes, je le distribue ainsi. Ici, pas de favoritisme, pas d’inégalité, pas d’injustice. Rassure-toi, car je t’aime aussi de la même façon.”

Émilia : “Ce que vous dites, n’est-ce pas…”

??? : “――Époux-sama. Brièvement, un mot.”

“…Étrange ?”, s’apprêtait à dire Émilia.

Arrivant de l’avant, le numéro cent quatre-vingt-quatre, qui avait attendu à leurs côtés, s’adressa à Regulus. En l’entendant, il fronça vaguement les sourcils.

Regulus : “Tu sais. Je lui parle en ce moment même, tu le vois, pas vrai ? En m’interrompant maintenant, alors que nous sommes en train d’entretenir l’amour naissant entre nous, juste elle et moi, tu ne penses pas que tu y mets du poison ? Ou bien tu n’y songes pas ? Je pense que ces petites attentions entre un mari et sa femme sont très importantes. Ne te l’ai-je pas dit ? Et pourtant, en continuant à te mettre en travers de mon chemin, tu gâches mon souhait le plus anodin. Qu’en penses-tu, numéro cent quatre-vingt-quatre ?”

Numéro 184 : “Je suis sincèrement désolée. Mais c’est important. Je sais que c’est présomptueux, mais je n’agis que par souci pour Époux-sama. Je vous demande humblement d’écouter mes paroles.”

Il parlait de plus en plus vite, et tout le corps de Regulus laissait transparaître des signes évidents de danger. Cependant, même exposée à ce regard acéré, l’attitude résolue du numéro cent quatre-vingt-quatre ne fléchit pas alors qu’elle formulait une suggestion.

Naturellement, Regulus rétracta les épines qu’il laissait échapper avec son apparence.

Regulus : “…Bien. Parle. C’est la générosité d’un mari de faire preuve d’un peu de gentillesse à l’égard de son épouse. Je ne suis pas un homme assez mesquin pour ne pas être capable d’en faire autant.”

Numéro 184 : “Je vous en suis vraiment reconnaissante. Eh bien, c’est à propos de la diffusion d’il y a peu… Est-ce que ça ira ? Si, éventuellement, une perturbation se produisait durant le mariage…”

Regulus : “La diffusion ? Ah, cette voix tremblante que je ne comprenais pas vraiment. Est-ce vraiment important ? S’il se contente de parler, ce n’est pas un problème. C’est un lâche qui se plaint et qui n’est même pas capable d’évoquer ses propres compétences, en énumérant quelques mots convenables, c’est tout ce qu’il me semble. Si ça avait été Capella ou Sirius, je ne sais pas ce qui se serait passé si ça avait été ces enflures… Mais ça n’a pas d’importance. Ou alors, tu n’as pas confiance en ma force ? Donc, en tant qu’épouse, tu doutes des capacités de ton mari ?”

Numéro 184 : “Non, je crois en elles. Si Époux-sama est ici, alors nous n’avons pas à nous inquiéter. J’espérais simplement que les paroles d’Époux-sama dissiperaient mon anxiété, c’est tout. Je vous prie de bien vouloir pardonner une épouse défaillante, qui n’a pas su compter sur vous.”

Avec une réponse apparemment préparée, le numéro cent quatre-vingt-quatre esquiva l’interrogation de Regulus. Tissant les mots d’une jeune fille faible, gardant son visage et son ton sans émotion, le numéro cent quatre-vingt-quatre s’était adressé à lui. Et Regulus secoua la tête comme s’il était impressionné par ses paroles.

Regulus : “En était-il ainsi ? Désolé, ça ne m’a même pas traversé l’esprit. Même si on ne me l’a pas demandé, j’aurais dû remarquer tes pensées anxieuses. Je dois être attentif aux pensées des autres, même si elles ne sont pas exprimées. Dans quelle mesure ai-je agi à ma guise ? Je vais y réfléchir.”

Numéro 184 : “C’est plutôt moi qui suis profondément désolée. Les paroles d’Époux-sama m’ont donné du courage. Je vais moi aussi me mettre immédiatement au travail pour aider à la préparation du lieu de l’événement.”

Regulus : “Ah, je t’en prie.”

Le saluant d’une révérence, le numéro cent quatre-vingt-quatre se détourna de Regulus. Au même moment, elle croisa le regard d’Émilia et lui adressa une sorte de clin d’œil furtif. C’était, probablement, un avertissement destiné à Émilia concernant l’imprudence des mots qu’elle avait prononcés avant d’être interrompue.

Elle voulait sans doute faire remarquer qu’Émilia avait négligé le danger que représentait Regulus. Alors que de telles choses avaient été communiquées, Émilia n’hésita pas à porter un jugement en une fraction de seconde.

Émilia : “――Attention !”

Numéro 184 : “Eh ?”

Alors que le numéro cent quatre-vingt-quatre était dépassé, Émilia tira fortement sur son bras. Serrant son grand mais léger corps contre sa poitrine, Émilia fit un grand pas en arrière.

L’espace devant elle, là où se tenait le numéro cent quatre-vingt-quatre quelques instants auparavant, fut caressé par le vent. Ouvrant un long sillon dans le sol de la cathédrale, le brisant et le transperçant de part en part, il traça une ligne droite de destruction. Sans ralentir, le vent frappa la grande porte d’entrée de la cathédrale, la réduisant en poussière, puis étendit sa destruction vers l’extérieur.

Émilia : “――――”

À cet instant de puissance destructrice écrasante, Émilia, qui était blottie contre le numéro cent quatre-vingt-quatre, ne put parler. Le numéro cent-quatre-vingt-quatre, elle aussi, ayant remarqué la destruction qui s’était produite derrière elle, se figea et se recroquevilla, se rapetissant.

Et, debout au point d’origine de la destruction, dans une pose, comme s’il avait pivoté son bras droit quelques instants auparavant, se trouvait Regulus,

Regulus : “Désolé, désolé. Ma main a juste glissé――c’est un soulagement que rien ne vous soit arrivé les filles.”

Émilia : “――――”

Regulus : “Je serai dans la salle d’attente jusqu’au moment venu, alors appelez-moi quand tout sera prêt, d’accord ? Ah, pendant que tu attends aussi, ne serait-il pas préférable de te coiffer ? Cette option est beaucoup plus attrayante, je crois. Je trouve que c’est beau tel que c’est maintenant, mais je pense que faire des efforts pour être beau, c’est quelque chose qu’il faut faire sans cesse. Plutôt que de chercher à rester beau, chercher à devenir encore plus beau, c’est le minimum de courtoisie envers quelqu’un qui t’aime, selon moi. Bien sûr, je reste satisfait de mon environnement actuel, mais je n’ai pas l’intention de limiter ce que l’on m’a déjà donné.”

Parlant comme si la destruction précédente n’avait été rien du tout, Regulus, tout en souriant à Émilia, se dirigea vers la porte de la salle d’attente, de l’autre côté de la cathédrale.

Le regard vide sur les traces de destruction, Émilia inspira profondément, complètement abasourdie.

Émilia : “À l’instant, qu’est-ce que c’était… ?”

Numéro 184 : “…Merci beaucoup de m’avoir sauvée.”

Sur ces mots, le numéro cent quatre-vingt-quatre s’éloigna du giron d’Émilia. Sa forme jusqu’alors figée fixa ses cheveux ébouriffés, et elle quitta aussitôt le flanc d’Émilia. Ses pas la conduisirent vers l’endroit où les autres femmes de la cathédrale s’affairaient aux préparatifs.

Il semblait que ces femmes continuaient leur travail, leurs regards suggérant qu’elles ne s’intéressaient pas à la destruction antérieure. Au contraire, plusieurs d’entre elles s’étaient rassemblées autour du sol et de la porte détruits, et pouvaient être vues en train de travailler à dissimuler les traces de la destruction.

Émilia : “Attendez ! C’est bizarre ! Vous ne trouvez pas ça bizarre ?”

Les autres : “――――”

Devant cette attitude imperturbable, Émilia éleva la voix en signe de confusion. Cependant, à l’unisson, les femmes ne prêtèrent aucune attention à la voix d’Émilia et continuèrent simplement les préparatifs en silence.

Se disant qu’elle n’irait nulle part ainsi, Émilia se dirigea vers la seule personne que ses paroles semblaient atteindre, le numéro cent quatre-vingt-quatre.

Émilia : “À l’instant, n’as-tu pas failli être tuée ? Si je ne t’avais pas tiré en arrière, ton corps aurait sûrement été pulvérisé. C’était effrayant ? Alors, pourquoi…”

Numéro 184 : “Tiens donc, quoi d’autre ? Je t’ai déjà remerciée de m’avoir sauvée. Au-delà de ça, qu’attends-tu de moi ? Tout autre chose, n’est-ce pas une violation de mes droits ?”

Émilia : “Il ne s’agit pas de droits ou d’obligations ! Je parle de quelque chose de plus important, de beaucoup plus important !”

La main d’Émilia désigna les femmes encore à l’œuvre à l’intérieur de la cathédrale.

Émilia : “Regulus a dit qu’elles étaient ses épouses. Elles sont toutes les épouses de cette personne ? Et parce qu’elles sont des épouses, elles font ce qu’il dit ? Parce que tu es une épouse, tu acceptes tout en silence, même si tu es sur le point d’être assassinée… Tout ça, c’est bizarre. C’est bizarre !”

Numéro 184 : “Être un couple marié est une telle chose, rien que ça. Si tu expérimentes la même situation, tu t’y habitueras toi aussi. Si tu ne parviens pas à t’y habituer, c’est que tu n’en es pas capable.”

Émilia : “Ça aussi, c’est étrange… Le mariage est quelque chose d’heureux, de tellement heureux, c’est quelque chose que font les gens heureux, non ? Je constate que ni toi ni personne d’autre n’a l’air heureux. Est-ce que je me trompe ?”

Numéro 184 : “Oui, tu te trompes. Il est possible de se marier même si tu n’es pas heureux. Les époux n’ont pas besoin de s’aimer. S’ils continuent à être ensemble, ils deviennent des époux. Puis, en tant qu’époux, ils s’habituent.”

La numéro cent quatre-vingt-quatre n’avait pas nié qu’elle se trouvait dans cette position sans le vouloir. Non seulement elle ne le réfutait pas, mais elle renforçait même sa propre situation. C’était déformé et erroné.

Le mariage devait être l’affaire de ceux qui souhaitaient devenir époux. Ce n’était pas une chose à laquelle ils devaient s’habituer.

Émilia : “Cette histoire de mariage, je n’ai pas l’intention de m’y plier. Je partirai comme ça.”

Épouses : “――――”

Les femmes qui n’avaient pas prêté attention aux paroles d’Émilia levèrent à présent le visage. Alors qu’Émilia, vêtue d’une robe de mariée, avait annoncé son refus du mariage, elles la fixèrent du regard.

Affrontant la tempête de ces regards dénués d’émotion, Émilia redressa les épaules.

Émilia : “Des personnes s’inquiètent pour moi. Et il y a beaucoup de choses que je dois faire quoi qu’il arrive. Alors, je ne peux pas me retrouver dans un endroit comme celui-ci. Je dois rejoindre tout le monde tout de suite et faire ce que j’ai à faire.”

Numéro 184 : “Époux-sama ne pardonnera pas une telle chose.”

Émilia : “Je ne veux pas devenir l’épouse de Regulus, donc je ne veux pas de votre pardon. Je retrouverai tout le monde, puis… je reviendrai certainement pour vous sauver toutes.”

Numéro 184 : “――Kh.”

Émilia : “Vous toutes, je sais que vous ne restez pas avec Regulus parce que vous le souhaitez. Je demanderai donc à Regulus de libérer tout le monde. Celles qui voudront rester avec lui pourront continuer à être ses épouses. Mais celles qui veulent partir seront séparées de lui. Ça n’a pas de sens d’être marié de force comme ça, si vous ne vous rendez pas heureux mutuellement.”

L’image qu’Émilia avait peinte dans son esprit était celle de deux personnes qui s’aimaient et se réjouissaient d’être unies.

Ce qui flottait dans son esprit, à partir de ses rêves, c’était l’apparence de Fortuna et de Geuse. Ces deux personnes ne s’étaient jamais mariées et n’étaient jamais devenues un couple. Pourtant, elle trouvait ça chouette.

Émilia aurait aimé pouvoir marier ces deux-là. Leur relation était une sorte de mariage heureux, entre un mari et une épouse aimants. Et donc――

Émilia : “J’ai connu des personnes qui s’aimaient, mais qui n’ont pas pu se marier. Et donc, se marier et ne pas pouvoir être heureux après, je n’aime pas ce genre de relation.”

Épouses : “…”

À la déclaration d’Émilia, un remous se répandit parmi les femmes indifférentes. Mais le numéro cent quatre-vingt-quatre fut la première à se détacher de ce brouhaha.

Elle regarda Émilia, puis l’entrée détruite.

Numéro 184 : “Si tu choisis de partir, c’est ton droit. Toutefois, Époux-sama ne nous le pardonnera pas. Nous serons toutes tuées sur place, c’est certain.”

Émilia : “Même si vous êtes ses épouses… ?”

Numéro 184 : “Une épouse qui ne peut même pas exaucer les souhaits de son mari est, aux yeux de ce dernier, synonyme d’incapacité à remplir son rôle d’épouse. Si tu pars, nous mourrons. Si tu y vas quand même, c’est toi qui nous tueras.”

Émilia : “――――”

Faisant face à Émilia, le numéro cent quatre-vingt-quatre avait parlé tout en prenant sa propre vie en otage.

Son opinion, avec son contenu extrême. Comme si cela reflétait leur opinion à toutes, les femmes dans la cathédrale se levèrent pour encercler Émilia, et limitèrent ses mouvements.

Bien sûr, personne n’était en mesure de la combattre et de l’arrêter. Elles étaient toutes des femmes un tant soit peu ordinaires. Nées dans des foyers ordinaires, ayant des mœurs ordinaires, ayant vécu en aspirant à un bonheur ordinaire, des femmes ordinaires.

À un moment donné, la roue avait tourné et elles avaient simplement été acceptées comme l’une des épouses de Regulus.

Émilia : “――――”

Elle était incapable de réfuter la moindre parcelle de leur tragique détermination. Émilia avait vu de ses propres yeux les crimes de Regulus.

Pour avoir à peine rétorqué, il avait tout simplement tenté de leur ôter la vie en guise de réponse. Il était difficile de prétendre que Regulus ne se défoulerait pas sur elles lorsqu’il apprendrait l’évasion d’Émilia. Les femmes de Regulus l’avaient bien compris.

Émilia : “Combien d’épouses de Regulus sont ici ?”

Numéro 184 : “Les femmes d’Époux-sama sont au nombre de deux cent quatre-vingt-onze. Parmi elles, deux cent trente-huit sont déjà décédées, de sorte qu’il en reste cinquante-trois en tout.”

Émilia : “Ces épouses décédées…”

Numéro 184 : “As-tu besoin d’une explication ?”

La question obscure qu’elle reçut en réponse donnait l’impression de se moquer de sa question.

Avec cette réponse, Émilia vint à s’en rendre compte sans même avoir à finir sa question. Et la réponse qu’elle avait obtenue était détournée, mais elle décrivait ce qui leur arriverait si Émilia s’enfuyait.

Émilia : “Si je pars, vous subirez toutes quelque chose de rude…”

Plutôt qu’une punition sévère, il s’agirait plus probablement d’une mort certaine et inévitable.

Indéniablement, ces femmes étaient les otages du libre arbitre d’Émilia. En pensant aux dommages que provoquerait le fait de quitter cet endroit, elle ne devait pas agir de manière irréfléchie.

Elle pensa à Subaru et à ses compagnons, à l’extérieur de la cathédrale, à Pristella, qui s’inquiétaient pour elle maintenant. Elle pensa à eux, et dans son esprit, Émilia s’excusa. Puis,

Émilia : “D’accord. Le mariage, faisons-le.”


Après cela, la préparation du lieu de l’événement progressa à un rythme effréné.

Bien qu’elles ne soient pas des professionnelles, les dégâts avaient été si bien réparés qu’ils étaient à peine perceptibles. À en juger par la qualité de leur travail, on pouvait deviner à quel point ces femmes avaient souvent dû s’occuper des conséquences des crises de colère de Regulus.

Après qu’Émilia eut donné son accord pour le mariage, le numéro cent quatre-vingt-quatre, ainsi que quelques autres épouses de Regulus, s’étaient occupés de ses cheveux dans la loge et avaient décoré sa robe avec divers ornements.

Hormis les fois où Anne-rose l’avait aidée à se coiffer, c’était la première fois que la coiffure d’Émilia était aussi élaborée depuis que Puck avait disparu dans le cristal.

Ses longs cheveux argentés avaient été rassemblés et noués en une tresse. Pour ne pas nuire à la pureté de sa robe blanche, la robe de mariée d’Émilia avait été complétée par quelques ornements simples mais magnifiques.

Émilia : “――――”

Observant son reflet dans le miroir, Émilia admira le travail des femmes.

En effet, elle avait l’air très différente de d’habitude. Ces derniers temps, elle n’avait personne pour coiffer sa belle chevelure, puisqu’elle se contentait de mettre une barrette sur ses cheveux dès que Subaru ne les coiffait pas. L’absence d’accessoires, qu’elle justifiait en invoquant l’aisance des mouvements, contribuait également à son charme féminin.

Mais elle ne pouvait s’empêcher de penser que ce serait du gâchis sur elle de toute façon.

Numéro 184 : “Eh bien, allons-y. Fais attention à ne pas nuire à l’humeur d’Époux-sama.”

Le numéro cent quatre-vingt-quatre le rappela à Émilia alors qu’elles sortaient de la loge. En entrant dans la cathédrale, Émilia vit que les participants étaient déjà alignés, attendant son arrivée――toutes les épouses de Regulus, ainsi que Regulus lui-même, en smoking blanc, debout devant l’autel.

Bien qu’elle ne connaisse pas les procédures exactes, Émilia s’avança sur le tapis rouge posé depuis l’entrée et se dirigea vers l’autel où Regulus l’attendait. Regulus hocha la tête de satisfaction en apercevant Émilia, aussi magnifiquement parée qu’elle l’était.

Regulus : “J’ai failli ne pas te reconnaître quand tu as mis la robe, mais les ornements lui donnent une toute autre dimension. J’ai eu raison de laisser le siège du numéro soixante-dix-neuf vacant. Je ne pourrais pas être plus satisfait de mon jugement.”

Émilia : “Le numéro soixante-dix-neuf… Pourquoi ce numéro est-il vacant ?”

Regulus : “Eh bien, il y avait une femme dont je pensais au départ qu’elle conviendrait parfaitement à ce numéro, mais j’ai malheureusement jugé qu’elle ne convenait pas avant que le mariage n’ait lieu. Bien que son apparence très importante était très proche de mon idéal, c’est à contrecœur que j’ai laissé cette place vacante. Mais grâce à ça, je t’ai rencontrée, alors ça en valait la peine après tout.”

Émilia : “Laissé… vacant…”

Qu’est-ce que c’était censé signifier ?

La façon dont cela sonnait raviva chez Émilia le sentiment déjà désensibilisé de la bizarrerie. Mais même avec ce vague aperçu, elle n’arrivait pas à mettre le doigt sur ce que c’était. Pendant ce temps, Regulus ajustait son costume devant Émilia en robe de mariée.

Regulus : “Bien, devrions-nous commencer la cérémonie de mariage ? Je suppose que c’est un peu informel, mais j’espère que ça ne te dérange pas ? Tant que la cérémonie se déroule correctement, le reste n’est qu’un détail superficiel. Je ne suis pas un de ces imbéciles qui donnent la priorité à la surface pour perdre de vue l’essentiel. Ne pas voir la substance d’une affaire de cette façon est tout simplement risible. Comment quelqu’un peut-il se contenter de l’extérieur et des apparences ? Satisfaits de leur existence ignorante et renfermée sur elle-même, ils sont trop stupides pour remarquer qu’on se moque d’eux dans leur dos.”

Émilia : “――――”

Tandis que Regulus poursuivait sa tirade alambiquée, le numéro cent quatre-vingt-quatre se dirigea vers l’autre côté de l’autel. Apparemment, elle servirait de médiatrice à cette cérémonie.

En effet, elle semblait jouer un rôle de coordination parmi les cinquante-trois épouses de Regulus. Bien que cette coordination ne soit pas très claire, étant donné que Regulus avait tenté de tuer une telle personne sur un coup de tête. C’était une raison de plus pour laquelle cet homme était au-delà du pardonnable.

Émilia : “Dis, Regulus. Il y a quelque chose que je dois te dire avant de t’épouser.”

Par conséquent, Émilia tenait à ce que les choses soient bien claires.

L’expression du numéro cent quatre-vingt-quatre se crispa aux paroles d’Émilia. Mais Regulus répondit par un hochement de tête étonnamment amical.

Regulus : “Ah, c’est vrai. Il y a également des choses importantes que je veux te dire avant que tu ne deviennes mon épouse. Même si je suppose que je pourrais te l’apprendre progressivement une fois que nous serons mariés, il est essentiel que tu sois mentalement préparée à l’avance. Découvrir nos différences ici et là alors que nous sommes déjà mariés serait tragique, n’est-ce pas ? Pour éviter qu’une telle chose ne se produise, je pense qu’il est essentiel que nous partagions ouvertement nos pensées l’un avec l’autre. Une fois que nous serons devenus un couple, nos cœurs et nos âmes ne feront plus qu’un, il est donc important que nous fassions d’abord le point.”

Émilia : “Mhm, ouais. C’est important parce que nous ne ferons qu’un.”

Regulus : “Pas vrai ? Il est bon que nous soyons sur la même longueur d’onde. Donc, mes autres épouses ont déjà dû te dire certaines des règles, mais pourquoi ne pas les passer en revue ? Premièrement, une fois que tu es mariée avec moi, il t’est interdit de sourire.”

Émilia : “…?”

Fronçant les sourcils, Émilia ne sembla pas comprendre le sens des propos de Regulus. Mais Regulus leva un doigt et continua, “Eh bien…”,

Regulus : “C’est assez important, tu sais. J’aime ton visage. J’aime vraiment ton visage. Je choisis mes femmes en fonction de leur visage. Des visages beaux, adorables, charmants et bien proportionnés. J’ai eu deux cent quatre-vingt-onze femmes en tout, et toutes avaient un beau visage. Ton visage aussi est adorable. C’est pourquoi tu deviendras mon épouse. Est-ce que tu comprends ?”

Émilia : “――――”

Regulus : “Je pense qu’il y a beaucoup, beaucoup de personnes dans ce monde qui sont beaucoup plus égoïstes que moi. N’entends-tu pas souvent parler de couples dont l’amour commence à s’éteindre au moment où ils se marient ? Ils s’engagent dans une relation parce qu’ils s’aiment mutuellement. Mais dès qu’ils vivent ensemble, toutes sortes de problèmes apparaissent. Des goûts incompatibles en matière de nourriture. Des modes de vie incompatibles. Des loisirs incompatibles. Des emplois du temps incompatibles. Il y a beaucoup de personnes minables qui deviennent désillusionnées par la personne qu’elles étaient censées aimer pour toutes sortes de raisons égoïstes. Je méprise complètement ces personnes sans espoir.”

Souriant, Regulus exposa joyeusement son point de vue sur l’amour. Innocemment, sans réserve, il s’extasiait sur son indignation à l’égard de ceux qui bafouaient l’amour.

Regulus : “Tout le monde est un peu égoïste, c’est sûr. Mais pourquoi cette désillusion ? Une personne que tu aimes peut avoir une sensibilité différente de la tienne, mais pourquoi cette désillusion ? Comment les personnes peuvent-elles être aussi stupides ? N’est-ce pas absurde ? C’est pourquoi je choisis mes partenaires en fonction de leur visage. Si mon partenaire a un visage que j’aime, je ne serai pas désillusionné, quel que soit le type de personne qui se cache derrière. Parce que j’aime ce visage. Tant que ce visage est là, mon amour ne mourra jamais.”

Émilia : “――――”

Regulus : “Même si elle ne range pas ses vêtements après les avoir enlevés. Même s’il s’agit d’une maniaque meurtrière qui égorge des enfants sans discernement. Même si ses talents de cuisinière sont catastrophiquement atroces. Même si elle a vendu son propre frère pour rembourser ses dettes et qu’elle s’est enfuie. Même si elle ne sépare pas le linge qui déteint sur les autres. Même si c’est une psychopathe qui tue secrètement des animaux pour le plaisir. Même si elle a des goûts horribles en matière vestimentaire. Même si elle est de nature avide d’argent. Même si elle n’aime pas se laver et dégage l’odeur d’un sans-abri. Même si elle croit sérieusement que l’apocalypse est proche et qu’elle continue à en parler――je ne la détesterai pas.”

Les unes après les autres, Regulus désigna les cinquante-trois femmes présentes en criant. Il n’était pas évident de savoir laquelle de ces descriptions correspondait à chacune des femmes. Émilia ne comprenait pas non plus comment il pouvait prétendre n’aimer que leurs visages et séparer cela de la personne qui se cachait dessous.

Regulus : “Je ne le dirais jamais au passé sous la forme “j’aimais”. J’aime ton visage. Même si tu es une Sorcière qui cherche à massacrer toutes les personnes de ce monde dans une agonie atroce, je ne serai pas désillusionné. Tant que j’ai ton visage.”

Émilia : “…Quel est le rapport avec le fait de ne pas sourire ?”

Regulus : “C’est très simple. Il arrive qu’une fille qui est normalement mignonne et belle devienne soudainement repoussante dès qu’elle sourit, tu sais ? Comme si je pouvais permettre une telle chose. Donc, il ne s’agit pas seulement de sourire, mais aussi de pleurer. Quoi qu’il en soit, je ne permettrai pas que ton adorable visage soit déformé de quelque façon que ce soit. Donc, pas de sourire. Pas de pleurs. Pas de colère. Seul le fait d’avoir un joli visage est autorisé.”

Tenant le menton d’Émilia du bout des doigts, Regulus demanda cela calmement.

Quant à savoir ce qui se passerait si elle refusait, les événements précédents avaient déjà répondu à cette question. Mais ce qui n’avait aucun sens, c’était comment il pouvait commettre des actes de violence aussi insensés à l’encontre de ses épouses, tout en prétendant aimer leurs visages.

Émilia : “Tu as dit que tu aimais leurs visages et que tu ne serais jamais désillusionné… Alors pourquoi as-tu attaqué cette personne tout à l’heure ?”

Regulus : “Hein ?”

Voyant Émilia désigner le numéro cent quatre-vingt-quatre, Regulus pencha la tête. Sans baisser le bras, Émilia se dégagea des doigts de Regulus,

Émilia : “Si je ne l’avais pas éloignée, elle serait certainement morte. C’est aussi quelqu’un dont tu aimes le visage et que tu as donc pris pour épouse, n’est-ce pas ? Si c’est vrai, comment peux-tu faire une chose pareille ?”

Regulus : “Ah, c’est simple également. C’est parce que, tempéré comme je le suis, elle a quand même réussi à m’offenser. Je n’en demande pas beaucoup, non ? Mais certaines personnes manquent tout simplement d’égards. Je me suis dit qu’aucune de mes femmes ne serait comme ça, mais que faire d’autre quand ça m’arrive en pleine figure ? Puisqu’il n’y a rien à y faire, je n’ai pas eu d’autre choix que d’en assumer la responsabilité.”

Émilia : “Et donc, tu es devenu désillusionné ? Tu es en train de contredire ce que tu viens de déclarer…”

Regulus : “Je ne suis pas désillusionné. J’aime toujours son visage, je l’aime toujours. Même si elle est morte, ça ne change rien à l’amour que j’ai toujours pour elle. Ne l’entends-tu pas souvent ? “Même si quelqu’un que tu aimes meurt, cette personne continue à vivre dans ton cœur, car l’amour que tu lui portes perdure et ne s’estompe jamais” ? C’est exactement comme ça que ça se passe pour moi.”

La logique tordue de Regulus était impeccable.

Impeccable, sans la moindre confusion, sa logique était complète dans son esprit. Sans la moindre place pour la réfutation d’autrui, elle était parfaite, sans faille.

Regulus fronça les sourcils en voyant qu’Émilia était devenue totalement silencieuse. Il la regarda dans les yeux, la couleur de l’interrogation étant présente dans les siens.

Regulus : “Ça fait un moment que je me pose la question… As-tu, peut-être, quelque chose à déplorer ? Si c’est le cas, c’est vraiment décevant. J’ai déjà fait concession sur concession par égard pour toi, mais tu n’es pas capable d’apprécier mes considérations ? Une personne ne doit pas se contenter de parler, tu sais. Si tu avais la moindre considération pour les sentiments des autres, tu te mettrais à leur place. Je ne pense pas que tu aies l’esprit de penser à cela, n’est-ce pas ? Si une personne ne peut même pas faire ce modeste effort, je ne vois pas comment elle peut avoir la moindre valeur. C’est un manque de respect pour les autres. Plus précisément, c’est un manque de respect envers moi. Ça, c’est impardonnable.”

Émilia : “Je pense que le mariage devrait être quelque chose de vraiiiiiment beau.”

Regulus : “Hein ?”

Émilia : “C’est une cérémonie qui unit des personnes qui s’aiment et qui veulent être ensemble. C’est vraiiiiment une grosse affaire d’aimer quelqu’un, et donc, trouver quelqu’un parmi toutes les personnes dans ce monde et voir cette personne t’aimer en retour… c’est quelque chose d’extraordinaire, je trouve.”

Émilia, dans sa robe de mariée, porta une main à sa poitrine, tandis que, à l’écoute, le visage de Regulus se contorsionnait d’incrédulité. Les expressions des épouses présentes, y compris celle du numéro cent quatre-vingt-quatre à l’autel, commencèrent à s’assombrir.

“Elles doivent s’inquiéter pour moi”, estima Émilia.

――C’était la preuve qu’elles étaient, après tout, des personnes compatissantes et au grand cœur.

Émilia : “Pourquoi appelles-tu tes femmes par leur numéro ?”

Regulus : “Pourquoi s’attarder sur les noms ? Tout comme le fait de s’attacher à ce qui est superficiel, c’est une incompréhension totale de l’amour. Je n’ai pas besoin de ces embellissements superflus pour être sûr que mon amour est réel. Il n’est donc pas nécessaire de s’en tenir à ces futilités. Pour que l’amour soit égal, il faut se débarrasser de ces aspects inutiles, ne le penses-tu pas ?”

Émilia : “… Je vois. Mais je ne déteste pas du tout être appelée Émilia-tan par Subaru.”

Regulus : “Subaru… ?”

En entendant un nom qu’il ne pouvait pas laisser passer, une couleur de mécontentement se dessina sur le visage de Regulus. Mais Émilia ignora le changement d’expression de Regulus et poursuivit,

Émilia : “Quand Subaru m’appelle Émilia-tan, sa voix est pleine de sentiments. Et, parfois, lorsqu’il m’appelle simplement Émilia, je peux immédiatement dire que c’est quelque chose de spécial. Je ne pense pas que ce soit inutile. Les noms devraient… véhiculer ce genre de sentiment.”

Regulus : “Hey, uh, c’est comme si tu parlais toute seule à ce stade, mais qui est Subaru ? C’est le nom d’une personne, n’est-ce pas ? En fait, c’est le nom d’un homme, n’est-ce pas ? Une fille sur le point d’épouser quelqu’un qui mentionne le nom d’un autre homme devant l’homme qu’elle est sur le point d’épouser, ça va à l’encontre de tout bon sens, quelle que soit la façon dont on le considère, n’est-ce pas ? Même si ce n’est que le nom d’un inconnu, ça fait mal, tu sais. Ça fait mal. Tu sais ?”

Émilia : “Ce n’est pas un inconnu. Subaru est mon unique Chevalier, une personne qui m’appelle par mon nom et me dit qu’il m’aime.”

Regulus : “――Hein ?!”

En entendant la réponse d’Émilia, un flot d’aura à glacer le sang jaillit du corps de Regulus.

Sentant cela, le numéro cent quatre-vingt-quatre et les autres épouses tentèrent immédiatement de s’enfuir et de quitter l’endroit, mais,

Regulus : “Ne bougez pas !! Si quelqu’un ose bouger, je lui coupe la tête !”

Émilia : “――――”

Regulus : “Je vais te laisser t’expliquer. Essaie de choisir tes mots avec soin pour que je ne me méprenne pas. Je ne veux pas que ce mariage devienne l’enterrement de quelqu’un, tu sais ?”

Ses épaules se soulevèrent et frémirent, mais Regulus réprima ses émotions tandis qu’il parlait.

Maintenus en place par la menace de Regulus, aucune des attendantes ne bougea. Mais, sans broncher, Émilia rencontra de plein fouet son aura grandissante.

Émilia : “Le mariage devrait être l’affaire d’un homme et d’une femme qui s’aiment. Mais je ne suis pas du tout qualifié pour ça.”

Regulus : “――――”

Émilia : “Parce que je ne sais toujours pas comment aimer un homme en tant que femme. Même si Subaru me dit qu’il m’aime, je n’arrive pas à lui rendre ses sentiments, ni même à lui donner une réponse franche. C’est vraiment injuste de ma part, et je sais à quel point ça blesse Subaru. Mais…”

Regulus se tut. Mais le cœur d’Émilia n’était pas tourné vers lui.

Tout le monde pouvait le dire. Les yeux d’Émilia ne le reflétaient pas du tout.

Émilia : “Même si je ne sais pas comment aimer quelqu’un, je suis sûre que je finirai par aimer quelqu’un un jour. Je suis sûre qu’un jour, j’aimerai quelqu’un en tant que femme. Et j’ai déjà choisi la personne dont je tomberai amoureuse, quand ce moment viendra. C’est pourquoi…”

Prenant une inspiration et levant les yeux vers Regulus, Émilia prit la parole.

Émilia : “――Je ne pourrai jamais être tienne.”

Regulus : “――Hk ! Aaargh, vraiment ?! Eh bien, je ne veux pas non plus d’une pute égoïste et infidèle telle que toi comme épouse ! C’EST D’AUTANT MIEUX AAAAAAAH ?!?!”

Le visage de Regulus devint rouge de colère suite à la déclaration d’Émilia.

Le corps entier d’Émilia se gonfla de Mana pour se préparer à bloquer l’attaque de Regulus, dont les doigts se tendaient vers elle sous l’effet de la colère. Pour contrer ce mécanisme destructeur inconnu, sa première action devrait être――

Regulus : “――?!”

Au moment où leurs attaques allaient commencer, un bruit violent retentit dans la chapelle.

Le son était accompagné d’un formidable élan, tandis que quelque chose fonçait droit sur le corps de Regulus comme une balle. Une porte en bois――l’une des deux portes d’entrée de la cathédrale qui venaient d’être réparées, s’écrasa sur Regulus vêtu d’un smoking blanc et se brisa sous l’effet de l’impact.

Elle avait volé depuis l’entrée pour frapper Regulus. Et,

??? : “Bordel, on a donné un coup de pied en même temps mais le résultat n’est pas du tout le même ! C’est quoi le problème avec la force de tes jambes ?!”

??? : “Mes excuses pour ne pas l’avoir ajusté correctement. Mais ça a touché la cible que je voulais atteindre, donc ça s’est bien passé, n’est-ce pas ?”

??? : “L’éclat de l’entrée est loin d’être le même, d’accord ? Mon coup de pied a seulement réussi à ouvrir la porte, mais ton coup de pied a touché directement l’ennemi…”

Deux silhouettes grommelantes apparurent à l’entrée de la chapelle.

L’une était un garçon aux cheveux noirs et l’autre un jeune homme aux cheveux rouges.

Les yeux d’Émilia s’écarquillèrent de stupéfaction, et devant elle, Regulus enlevait les éclats de bois comme on ramasserait des insectes. Debout, indemne, il fixait les deux intrus avec du mépris dans les yeux.

Regulus : “Vous avez assurément le culot de vous incruster dans une cérémonie de mariage sacrée. Je ne me souviens pas avoir invité des personnes portant un nom masculin, mais pourriez-vous me dire qui vous êtes et quels cadeaux de mariage vous avez apportés ? Haa ?!”

Face au hurlement de Regulus, les deux personnes à l’entrée se regardèrent.

Puis, en se faisant un signe de tête,

Subaru : “Chevalier Spirituel sans sa partner, Natsuki Subaru.”

Reinhard : “De la lignée des Maîtres Épéistes, Reinhard van Astrea.”

Annonçant son nom, Reinhard fit un pas en avant. À côté de lui, Subaru adressa un clin d’œil à Émilia avant de pointer Regulus du doigt, en disant,

Subaru : “Je m’oppose à ce mariage――et je vais emmener la mariée avec moi.”

Artiste du fan-art : おわり

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