25 — Le théâtre de Leo

Un jeune homme énigmatique aux cheveux blancs entra soudainement dans le champ de bataille désolé et chaotique qui avait été déchiré par la glace et le feu.
Ses cheveux blancs n’étaient ni trop longs ni trop courts, sans style particulier. Sa silhouette n’était pas non plus trop musclée ni trop mince ; il avait une carrure moyenne qui donnait la faible impression qu’elle serait immédiatement engloutie par la foule. Mais,
Subaru : “Archevêque du Péché… Avarice… ?!”
La présentation de ce jeune homme médiocre avait fortement marqué Subaru. Si les oreilles de Subaru ne lui avaient pas fait défaut, ce jeune homme s’était en fait qualifié d’Archevêque du Péché du Culte de la Sorcière.
Et cette déclaration n’était certainement pas un mensonge. Si ce n’était pas le cas, comment aurait-il pu sortir indemne de la dernière attaque de Sirius, comme si de rien n’était ?
――Une telle anomalie était impossible.
Regulus : “Malgré tout, c’est formidable que j’aie rattrapé mon retard. Après tout, ma fiancée a failli être réduite en cendres. Même moi, qui n’exprime que rarement des attentes particulières, j’espère que la forme humanoïde de ma fiancée pourra être conservée. Plus qu’une question de mérite, je pense que c’est une question d’évidence. Après tout, je n’ai pas l’habitude perverse de consacrer mon amour à un tas de cendres.”
En face d’un Subaru tremblant, le jeune homme――l’Archevêque du Péché, qui s’était désigné sous le nom de Regulus, regardait Émilia dans ses bras, tissant de tels mots, amenant avec lui une peur qui refusait de se dissiper.
Bien qu’il ait parlé avec aisance et fluidité, le contenu de son discours était vide, comme s’il ne faisait que répéter la même blague encore et encore. Émilia, qui avait été forcée d’écouter cette plaisanterie, ne broncha pas. Elle semblait avoir entièrement perdu connaissance, sa silhouette svelte ne reposant que dans ses bras.
Regulus leva un doigt vers les poils blancs de ses sourcils.
Regulus : “Bien qu’il soit gratifiant de ne rien voir d’anormal, il est regrettable que je ne puisse pas révéler mon héroïsme à ma fiancée aujourd’hui. Je pense qu’un sauvetage héroïque au milieu d’une crise sans issue rapproche les cœurs de deux personnes de manière très importante. Eh bien, après tout, le rapprochement des deux cœurs est déjà un fait établi, et la seule question est de savoir à quel moment. N’est-ce pas formidable ?”
Subaru : “Toi, qu’est-ce que tu racontes… ?”
Regulus : “Hmm ?”
Regulus, qui était en train de proférer sa vérité bien-pensante, découvrit Subaru et fronça les sourcils. Il poussa alors un soupir très fatigué.
Regulus : “Ne comprends-tu pas des concepts de base comme la politesse ? La première chose que j’ai faite, c’est de me présenter. La raison en est que c’est la chose la plus importante à faire au début d’une relation. Quel que soit le type de relation, n’est-il pas nécessaire de commencer par se connaître ? Ainsi, parce que je suis quelqu’un qui se soucie de ce genre de choses, je me dis souvent que, quelle que soit la personne, je serai aussi amical que possible avec n’importe qui. Je ne dis pas que la timidité de mon interlocuteur n’est pas possible. Même si tu penses que tu souhaites avoir des contacts, quand tu commences à te présenter, parfois tu ne peux pas t’empêcher d’hésiter. Par égard pour ce type de personnes, j’essaie de me présenter le plus possible et de créer un espace où elles se sentent à l’aise. Bien sûr, je ne m’attends pas à ce que cette grâce soit immédiatement flagrante. Cependant, j’ai l’espoir qu’après un certain temps, ils seront capables de détecter le sens des présentations. Ou plutôt, qu’ils en prennent conscience. Ou bien est-il naturel de parler à quelqu’un que l’on rencontre pour la première fois sans se présenter ? Si c’est le cas, il y a une légère différence entre mon bon sens et la culture de ces personnes. Dans ce cas, bien que les deux personnes ressentent un sentiment d’obligation, il devient nécessaire de refuser son interlocuteur à l’avance afin d’éviter tout malentendu. Ce n’est pas si différent de ce que j’ai dit précédemment, à savoir qu’il va de soi d’être gentil avec l’autre. En fait, le dire est une impolitesse. C’est un manque d’étiquette, et l’autre personne se retrouve avec une valeur moindre. Une fausse évaluation de la valeur que chacun impose aux autres. Il s’agit d’une violation des droits d’autrui. D’un point de vue rationnel, il s’agit d’une violation de mes droits.”
Subaru : “Oh. Ohh… ? D-désolé… mon nom est Natsuki Subaru.”
Un regard frénétique s’éleva dans les yeux de Regulus tandis qu’il jacassait, servant de sirène d’avertissement à Subaru. Agissant selon cette peur, Subaru trembla lorsqu’il donna son nom.
Puis, en entendant la présentation de Subaru, Regulus plissa ses yeux écarquillés.
Regulus : “…Oui, c’est bien. Parce que le respect invite au respect. Bien que les conditions nécessaires à la création d’un monde où règnent le confort et le respect soient considérées comme acquises, tu n’es pas obligé de rechercher le bonheur d’autrui. Tant que tu poursuis ton propre bonheur, les autres trouveront également le leur. Ne te laisse pas happer par tes désirs, accepte simplement tes vérités et satisfais-toi de tes besoins quotidiens. C’est le mode de vie paisible.”
Il serait peut-être utile de se demander si son discours fluide était sérieux ou non. Mais ses yeux brillants prouvaient que ses paroles n’étaient ni une plaisanterie ni de l’ironie, mais qu’il s’agissait de ses véritables convictions.
C’était la même chose avec Sirius――sortir ses paroles de leur contexte les ferait peut-être paraître décentes. Mais le comportement et les mots de Regulus avaient la même superficialité et la même distorsion que ceux de Sirius.
Regulus : “Après tout, est-il si difficile de trouver l’ambiance adéquate pour établir un dialogue ? Pourquoi l’homme ne peut-il pas le faire systématiquement ? Pourquoi est-il impossible de continuer, consciemment, inconsciemment, indifféremment, à nuire subtilement à autrui ? Les blessures subtiles font mal, n’est-ce pas ? De plus, si quelque chose de grave s’y infiltre, ça peut se transformer en une maladie mortelle. Le corps et l’âme ne font qu’un. Je déteste ceux qui comprennent mal la vie au point de menacer inconsciemment les autres. Leurs esprits ne semblent-ils pas déformés ?”
Subaru : “…”
Regulus : “Il est évident qu’ils sont défectueux en tant qu’êtres humains, et il n’est pas acceptable que ce comportement reste inconscient. Il est, bien entendu, erroné d’imposer un fardeau à ceux qui sont victimes de discrimination. La plupart des gens ont du bon sens, mais pourquoi ne peuvent-ils pas se rendre compte consciemment que le monde poursuit son cours ? Même s’ils ne se rendent pas compte qu’ils piétinent les cœurs enfouis d’autrui, s’ils ne prennent pas conscience de leurs erreurs tordues et imparfaites, alors leurs pieds ne continueront-ils pas à piétiner encore et encore ?”
Comme s’il était mécontent du silence de Subaru, Regulus insista à plusieurs reprises pour obtenir une réponse.
Le discours de Regulus devenait de plus en plus rapide, traduisant clairement une augmentation de l’excitation. Malgré cela, Subaru n’arrivait toujours pas à répondre. À l’idée de répondre, son cœur tressaillit.
Subaru : “Ceci étant dit, ne sais-tu pas…”
Sirius : “Merci pour la leçon――BRÛLE, ROUSSIS ET DISPARAIS !!”
Une cascade de feu se déversa depuis l’arrière de Regulus.
Sirius avait agité ses bras pour invoquer une flamme qui consuma sans pitié son confrère Archevêque du Péché. Subaru, témoin de cette atrocité, se retrouva une fois de plus incapable de bouger.
Béatrice : “Subaru…”
Subaru : “Je… sais. Mais, c’est bon.”
Béatrice, elle aussi tremblante de peur, serra les épaules de Subaru jusqu’à ce qu’elles lui fassent mal. Elle aussi s’inquiétait pour Émilia, qui avait été happée par cette cascade de flammes, dans les bras de Regulus.
Il lui était impossible de ne pas s’inquiéter pour Émilia, qui avait été impliquée dans cette démonstration de violence. Malgré tout, il gardait une conviction inébranlable.
Regulus : “――Je parle, pour interrompre la conversation de quelqu’un d’autre comme ça, à quel point es-tu mauvaise pour lire l’ambiance ? Si tu veux dire quelque chose, exprime-toi, lève la main. Penses-tu que j’ai la présence d’esprit d’attendre que tu parles ?”
Regulus agita son poignet et le tourbillon de flammes disparut.
La vague de chaleur se dissipa comme par enchantement, tandis que Regulus, debout au centre du tourbillon, restait intact. Naturellement, Émilia, reposant dans ses bras était toujours dans le même état.
Même englouti par des flammes d’une telle intensité, aucune goutte de sueur n’apparut sur son visage, sans parler d’une brûlure.
Regulus : “Toi et moi partageons le titre d’Archevêque du Péché. Comme je sais que ta tête est dérangée, j’aurais pu fermer gentiment les yeux s’il ne s’agissait que d’une petite erreur. Heureusement, il n’y a pas eu de mal. Seulement…”
Regulus se tourna, baissa la voix et fixa Sirius, qui soutint son regard tandis qu’elle refermait son manteau, cachant une fois de plus la jeune fille attachée à elle, tout en serrant les dents.
Regulus : “Tu avais l’intention de brûler cette fille en même temps que moi. J’ai des réticences quant à l’idée de pardonner ce genre de comportement. Ah, il vaut mieux dire que c’est impossible. Depuis les temps anciens, quelle que soit l’histoire ou la moralité des personnages, si un être cher est blessé, sa colère est inévitable. Parce que c’est un droit que tout le monde a, je suis bien en droit de me venger.”
Sirius : “En colère ! Hah, tu t’es mis en colère ? Ne me fais pas rire ! Un homme superficiel et insignifiant comme toi ne peut pas parler de colère avec autant de légèreté ! La colère est à moi ! C’est ce que j’ai reçu de lui, et c’est plus important pour moi que n’importe quoi d’autre. Pour…”
Regulus : “Ohh, je vois. Tu t’accroches toujours à l’idiot qui est mort alors qu’il avait une longueur d’avance ? Comme c’est ennuyeux, comme c’est dégoûtant. Ce n’est ni constructif ni rationnel. La mort est une fin. C’est une évidence, n’est-ce pas ? Ne pas vouloir admettre ça et s’accrocher à de simples souvenirs… Tu es vraiment défectueuse. Si quelqu’un que tu aimes meurt, trouve le suivant. Plutôt que de crier à l’amour, à l’amour, à l’amour, exerce les droits qui t’ont été accordés. Perturber ce cycle naturel, ah, tu es vraiment une ordure sans espoir.”
Sirius : “Toi qui as ri de la mort de cette personne, TU OSES PARLER D’UNE MANIÈRE AUSSI ARROGANTE !!”
Sirius, qui avait été rabaissé sans relâche, entra dans une colère noire.
Le sol de pierre se fissura sous les piétinements de la folle qui dirigea ses chaînes de flammes jumelles vers l’avant, lesquelles volèrent vers Regulus à une vitesse alarmante. Un bruit de brûlure et de déchirure accompagnait l’arme dans sa course mortelle.
La chaîne heurta la chair de Regulus, percutant sa joue sur le côté. Cependant, ni la fureur de Sirius ni les attaques de la chaîne n’avaient été calmées par ce seul coup. De gauche à droite, de haut en bas, d’avant en arrière, les chaînes de cuivre de Sirius frappaient sans relâche tout le corps de Regulus. De plus, les chaînes, volant à une vitesse incroyable, projetaient également des vagues de chaleur, complétant ainsi une cage de flammes.
Sirius : “Disparais, disparais, disparais, disparais, disparais ! TRANSFORME-TOI EN CENDRE EN COMPAGNIE DE CETTE MAUDITE DEMI-DÉMONE !!”
La barrière de flammes convergea vers son centre, emprisonnant Regulus dans ce brasier en forme de pilier.
La température de cette tempête était suffisamment élevée pour faire fondre les dalles du sol où se trouvait Regulus, et le sol en-dessous de lui s’évaporait ou s’enfonçait pour former des creux.
Sirius assista au résultat flamboyant, à bout de souffle. Partageant sa colère, la foule de sauvages qui l’entourait saignait des yeux et du nez, émettant des sons étranges en se rassemblant.
Regulus : “Je parle, combien de fois vais-je devoir te répéter la même chose ?”
Regulus s’avança sur les dalles de pierre, à moitié fondues, rougeoyantes, comme si rien ne s’était passé.
Qu’il s’agisse de ses cheveux blancs, de ses vêtements ou des bras d’Émilia, rien ne portait la moindre trace de blessure. Seule son expression s’était transformée en un mécontentement enfantin.
Regulus : “J’y ai réfléchi. Peu importe combien de fois la même chose est dite, certaines personnes ne peuvent pas comprendre. Ils ne se soucient pas assez de faire des efforts pour comprendre ce qui est dit. Est-ce du mépris ? Ainsi, que ce soit graver ce qu’ils ont appris dans leur cœur comme des commandements, ou se soumettre à une introspection minutieuse, ou encore se rappeler qu’il fallait y penser le lendemain, ils ne font rien de tout ça. Ils oublient et continuent à faire les mêmes choses. Dire la même chose encore et encore n’est pas seulement un blasphème, mais aussi un mépris qui a des conséquences négatives pour les deux personnes. Leur propre valeur et celle de l’autre personne sont fondamentalement dégradées. C’est ainsi que les choses se passent. C’est une forme de violence qui ne tient pas compte des mots et des actes. Donc, voilà ce que j’ai pensé.”
Sirius : “Satané insecte… !”
Regulus : “À ses débuts, la doctrine du Culte de la Sorcière était la suivante : “Si une joue est touchée, présentez l’autre joue et demandez pourquoi”. Ça démontrait la valeur de la compréhension mutuelle. Ah, mais j’y ai pensé aussi. Il est également vrai que quelqu’un dont la joue a été frappée doit se défendre――c’est particulièrement nécessaire contre ceux qui ne connaissent pas la douleur.”
En écoutant seulement le contenu de ce discours, celui-ci semblerait très sévère et correct. Mais Regulus était une existence déformée.
Regulus : “――――”
Regulus, qui sortait du creux dans le sol, affichait un sourire sinistre à l’égard de Sirius. Ce sourire n’avait rien d’un signe amical, il s’apparentait plutôt au léchage de babines d’un prédateur qui guette sa proie.
La manière dont Regulus s’était défendu contre les flammes et la chaîne de Sirius demeurait inconnue. Peut-être que son pouvoir était purement défensif et que l’Autorité de l’Avarice ne lui accordait aucun moyen d’attaque.
Par conséquent, personne ne pouvait dire que le comportement de Regulus aurait des conséquences fatales.
――Mais il pouvait l’affirmer. À ce rythme, Sirius allait mourir.
Et il était impossible que Regulus détienne seulement des capacités purement défensives.
Si ce jeune homme passait à l’action, il ne faisait aucun doute que Sirius mourrait. Si c’était le cas, cela ne poserait aucun problème. En fait, la réduction du nombre d’Archevêques du Péché en raison de luttes intestines mériterait d’être célébrée.
Cependant, bien que gratifiante, la mort de Sirius entraînerait dans sa chute la plupart des personnes qui l’entouraient. Bien sûr, cela incluait Subaru, ainsi que la foule piégée dans la Colère de Sirius, et certainement Lusbel et Tina, qui avaient sûrement prié pour la sécurité de chacun et s’étaient sacrifiés.
Subaru : “――――”
Même maintenant, la peur se répandait dans tout le corps de Subaru.
Ses genoux tremblaient tellement que même respirer devenait un acte anormal. Mais, même dans ce cas.
Béatrice : “Subaru.”
Dans son oreille, une voix faible et peu fiable résonna.
Bien que la propriétaire ne puisse manifestement pas cacher sa peur tremblante, sa voix chaleureuse s’était tout de même élevée derrière lui. Elle transmettait un message du type “Compte sur moi”.
Subaru serra les dents et se leva en titubant.
Il refusait d’être incapable de faire quoi que ce soit et de tout déléguer au léger poids de l’enfant sur son dos. Cela dit, il ne pourrait rien faire du tout sans sa force. Par conséquent, Subaru refusa de lutter seul, mais aussi de tout confier à une seule personne.
Si Subaru avait été seul, il serait resté à genoux de peur. La raison pour laquelle Subaru pouvait se tenir debout résidait dans le fait qu’il n’était pas seul. Les autres personnes englouties par la folie étaient différentes. Seul Subaru avait quelqu’un près de lui, seul Subaru n’était pas livré à lui-même.
S’accrochant fermement à ce sentiment réel, Subaru lutta contre sa peur.
Subaru : “Béatrice.”
Béatrice : “Je sais, en fait.”
Par un simple appel, Béatrice put comprendre ce dont il avait besoin.
Ils n’étaient pas obligés de confirmer les choses mutuellement. Ils faisaient de leur mieux pour accomplir chacune de leurs responsabilités respectives――tant qu’ils procédaient de la sorte, ils devraient arriver au résultat désiré.
Sirius et Regulus, les Archevêques du Péché, avaient complètement oublié Subaru.
Ils ne se voyaient que mutuellement et avaient l’intention de s’entretuer. Sirius réduisant Regulus et seulement Regulus en cendres serait le meilleur résultat, mais c’était impossible.
Par conséquent, Subaru avait pour objectif d’arrêter le déchaînement de Regulus. Il devait attirer l’attention de Regulus sur lui et prendre des mesures pour qu’il n’y ait pas un grand nombre de victimes.
Et par-dessus tout,
Subaru : “Ne t’avise pas de toucher Émilia comme ça… !”
Un amour intarissable repoussa la peur hors du cœur de Subaru, l’enflammant. S’il ne s’attaquait pas d’abord à son cœur malhonnête, il ne pourrait jamais combattre Regulus. Pour le moment, Regulus tournait le dos à Subaru, et son attention était complètement détournée par Sirius, ce qui arrangeait Subaru.
Béatrice : “――Shamak !”
Alors que Subaru forçait ses jambes tremblantes à bouger, Béatrice incanta un sort derrière lui.
Son puissant sort, Shamak, recouvrit le corps de Regulus d’une brume noire qui le coupa du monde, entravant magnifiquement sa démarche. Juste avant que Regulus ne soit englouti, Subaru avait pris une position offensive et avait férocement brandi son fouet à l’endroit où se trouvait quelque chose.
Il visait le cou de Regulus.
Son fouet suivit le mouvement en tentant de piéger Regulus. Avec toute cette agitation, même Regulus, aussi arrogant soit-il, devrait prêter attention à Subaru. Il était peut-être même possible que Regulus en soit victime sans se rendre compte de ce qui s’était passé, grâce au Shamak de Béatrice.
Subaru : “Il n’y a pas de réponse !”
Béatrice : “Il arrive, je suppose !!”
L’avertissement de Béatrice était arrivé alors qu’un lourd sentiment d’anxiété avait déjà frappé Subaru. Son fouet passa à travers l’air, la présence manquante de sa cible étant douloureusement évidente.
L’instant d’après, un jeune homme aux cheveux blancs décolla du sol en direction de Subaru, émergeant de la fumée noire.
Regulus : “C’est le désordre depuis le début. Tu as remué ma modeste vie avec ta magie. Pourrais-tu t’évaporer quelque part ?”
Béatrice : “Mi…. Non, Murak !”
Regulus tenait Émilia avec sa main droite, tandis que sa main gauche vide s’élançait soudainement vers Subaru. Béatrice renonça immédiatement à effectuer une attaque pour lancer un sort d’altération de la gravité sur Subaru. Subaru suivit immédiatement le jugement de Béatrice et bondit pour éviter les doigts tendus de Regulus.
Murak était une sorte de magie Yin ayant pour effet de libérer partiellement un objet physique des liens de la gravité. La chair de Subaru était maintenant plus légère qu’une plume, s’élevant vers le haut, et laissant Regulus en arrière.
Regulus : “Pourquoi vouloir l’éviter ?”
Subaru : “Pourquoi je ne l’éviterais pas, c’est effrayant !”
Subaru projetta à nouveau son fouet en direction de Regulus, qui avait levé les yeux vers Subaru. Plutôt que de viser un point particulier, Subaru se contenta de frapper la tête de Regulus. Ses cheveux blancs flottèrent vers l’extérieur sous l’impact et la tête qui aurait dû être lacérée par le fouet resta indemne. On aurait dit que ses cheveux avaient été balayés par la brise.
Regulus : “Et si ma fiancée avait été blessée ? Ne penses-tu pas qu’il va de soi que les filles doivent être traitées avec douceur, et que ce n’est pas quelque chose qu’il convient d’enseigner ? Tu ne comprends même pas ça ?”
Subaru : “Ne sois pas stupide ! La personne que je veux traiter avec le plus de douceur en ce monde, c’est cette fille. D’abord, qu’est-ce que c’est que cette histoire de “fiancée par-ci, fiancée par-là” que tu rabâches…”
Regulus : “Ça a été décidé. C’est le destin――après tout, j’ai fait une promesse dans mes rêves.”
S’appuyant d’une main sur un mur, Subaru fut abasourdi par la réponse enjouée de Regulus. Quelque chose ne tournait pas rond, mais Regulus s’en moquait éperdument.
Regulus : “Elle et moi sommes connectés. C’est le destin, tu sais. Je suis généralement satisfait de moi-même et je ne veux rien du tout. Et même si je ne désire rien en particulier, je ne suis pas assez étroit d’esprit pour ne pas accepter ce qui m’est donné. Surtout ce que le destin m’a donné. Bien que la plupart des gens ne s’y attendent pas, je souhaite protéger mon monde, qui est à ma portée, à tout prix. Il s’agit de ma personne et des individus qui me sont chers.”
Subaru : “――――”
Regulus : “Je la protégerai. Je l’accueillerai comme mon épouse et l’aimerai comme elle m’aimera, et ensemble nous jouirons d’une vie paisible. Par conséquent, pour cette raison, je ne m’abstiendrai pas d’exercer le pouvoir qui m’a été conféré.”
Subaru : “Dans ce cas, qu’en… Dans ce cas, qu’en est-il de sa propre volonté ? De toute évidence, l’une des personnes n’a pas encore donné son consentement, alors ne vas-tu pas trop vite en besogne ?”
La déclaration ferme de Regulus venait de confirmer ses convictions inébranlables. D’un côté, c’était une façon de raisonner directe, vertueuse et inoffensive. De l’autre, elle était ridicule à un degré mortel.
Il était difficile d’expliquer exactement pourquoi c’était complètement faux, mais c’était quelque chose qui était clair depuis le tout début. Parce que Regulus était tombé dans la frénésie, tout avait déraillé.
La voix de Subaru tremblait, mais pas seulement à cause de la peur. Face à sa question, Regulus sourit et poursuivit comme s’il discutait d’un sujet futile.
Regulus : “Es-tu inquiet à mon sujet ? Si c’est le cas, je te remercie. Cependant, il n’y a pas de problème. Le destin est inévitable… En particulier, l’amour ou l’amitié, qui ne peuvent être établis seuls. Si le destin m’a dit qu’elle serait ma fiancée, alors je suis destiné à être son fiancé, et tout ça est déjà décidé.”
Béatrice : “…Quelque chose ne tourne pas rond chez lui, en fait.”
Envers Regulus et sa théorie bancale, Béatrice laissa échapper un murmure inconscient de dégoût.
Subaru était du même avis. Regulus utilisait de jolis mots pour dissimuler la folie sous-jacente d’un harceleur dans ses croyances. Subaru ne voulait même pas savoir l’étendue des problèmes que les sentiments d’un harceleur pouvaient engendrer.
Subaru : “J’en ai assez. Nous ne pouvons pas nous comprendre. C’est dégoûtant d’admettre qu’une personne aussi horrible soit un rival en amour.”
Subaru retira sa main du mur et se laissa flotter vers la terre. Observant Subaru, qui s’était tu, Regulus hocha la tête comme s’il avait saisi l’idée principale.
Regulus : “Je vois. Je comprends. Tu sais, je suis désolé de le dire, mais… le destin d’un amant ne peut pas être partagé. Je trouve que les briseurs de couples sont plutôt disgracieux.”
Subaru : “Ferme-la ! Émilia-tan est ma fiancée. Je ne la donnerai pas à quelqu’un comme toi.”
Regulus : “Ohh, c’est Émilia. Un nom charmant. Très approprié pour les tourtereaux qui s’appellent doucement, très approprié pour cette adorable fille en effet.”
Subaru : “Tu ne connais même pas son nom… et pourtant tu dis que tu veux l’épouser ? Quelle blague ! Qu’est-ce qui t’a poussé… ?”
Regulus : “Son visage.”
Subaru resta bouche bée de colère. Se méprenant sur son silence, Regulus pencha la tête.
Regulus : “Un visage mignon. C’est tout ce qui compte dans l’amour, pas vrai ?”
Subaru : “Va en enfer.”
Béatrice : “Crève, je suppose.”
Approuvant les dires de Subaru, Béatrice refusa également l’amour trop désinvolte de Regulus.
Pédalant en direction du sol, le corps en apesanteur de Subaru était encore sous l’effet de Murak. Alors que Subaru réduisait la distance entre eux en chevauchant le vent, Regulus leva son regard, apparemment choqué. À ce moment, Regulus ne pouvait pas comprendre les implications de l’arrivée de Subaru à portée de combat.
Subaru lui-même comprenait à quel point il était stupide d’approcher Regulus. Plutôt que d’être inintelligent, Regulus n’avait pas la même familiarité avec le combat que Sirius. Cela ne voulait pas dire qu’il n’était pas préparé, mais plutôt qu’il n’avait pas besoin d’arme. Par conséquent, s’approcher de Regulus serait quasi-suicidaire. Malgré tout, Subaru avait une raison pressante de combattre Regulus au corps à corps.
――Parce que son atout ne pouvait être utilisé qu’à courte portée.
Regulus : “Pourquoi es-tu venu ici ? Je ne comprends pas vraiment. Même si ce n’est pas nécessaire, j’espère que tu pourras me le dire. Je ne manque pas de considération, après tout. Je souhaite comprendre même les adversaires les plus féroces.”
Subaru : “Merci de nous avoir éclairés――Béako !”
Béatrice : “Prête, en fait !”
Regulus s’approcha de Subaru, la main gauche tendue. Chacun de ces doigts était probablement une arme fatale qui faucherait la vie de Subaru. Avant que cela n’arrive, Subaru prit une inspiration et cria.
C’était l’un des fruits des efforts que Subaru et Béatrice avaient accumulés au cours de l’année écoulée.
Subaru : “――E · M · M !!”
Regulus : “…Quoi ?”
Le cri aigu rendit le Mana à l’intérieur de son Portail endommagé sensible à la manipulation de Béatrice, et à partir de là, une magie exclusive que personne d’autre n’avait encore développée fut incantée. L’un des trois sorts originaux conçus par Béatrice et Natsuki Subaru――la magie de défense absolue, E · M · M, fut activé.
Le corps de Subaru serait enveloppé d’un champ magique invisible qui lui permettrait de se soustraire au plan d’existence, annulant toute attaque contre lui, qu’elle soit physique ou magique.
Les doigts de Regulus ne causèrent aucun dommage à Subaru en l’atteignant. En assistant à cet incident pour la première fois, Regulus afficha une expression de choc rigide.
Puis Subaru visa son visage et libéra férocement son poing gauche.
Subaru : “Dora !”
Regulus : “――Hk.”
Le côté du visage de Regulus fut frappé.
Subaru l’avait frappé d’un coup violent, mais il ne restait pas la moindre rougeur sur son visage, qui était repoussé en arrière. Les dégâts avaient été complètement invalidés. Il semblait que l’éternel et constant gardien de la chair de Regulus avait eu le même effet que ce qu’avait entrepris Subaru.
Béatrice : “Pas encore prêt, je suppose !”
Avant que Regulus ne puisse contre-attaquer, Béatrice cria que les conditions pour le coup suivant n’étaient pas encore réunies. À courte distance, Subaru devait éviter les attaques de Regulus. Être sur la défensive rendrait chaque action incroyablement difficile. Dans ce cas, Subaru devait abandonner une partie de son âme.
Regulus : “Ne t’inquiète pas…”
Subaru : “Invisible Providence !”
Alors que Regulus subissait un coup, ses paroles furent coupées. Parce qu’il avait été projeté dans les airs.
Subaru observa la scène tandis qu’il crachait du sang, essuyant grossièrement les coins de sa bouche avec sa manche.
Personne d’autre que Subaru n’avait pu voir la volonté imperceptible des dieux.
Mais Subaru pouvait clairement voir un bras noir sortir de sa poitrine――parcouru d’une puissance effroyable, également considéré comme son troisième bras.
Son corps entier craqua, son âme s’affaiblit, et quelque chose de venimeux s’écoula à travers son corps, se matérialisant sous forme de sang noir dans sa gorge. Après avoir payé le prix de cette capacité, Subaru fut capable d’invoquer une attaque complète. Ce coup, qui consommait tant en Subaru, ne ferait probablement pas le poids face à un coup de pied de Garfiel.
Néanmoins, cette attaque invisible devrait avoir un effet correspondant à l’effort nécessaire pour la lancer.
Béatrice : “Subaru, est-ce que ça va, en fait ?”
Subaru : “Kof… en quelque sorte. Quant à ce type, il est puissant, mais ses attaques sont plutôt molles. Parmi tous ceux que j’ai affrontés jusqu’à présent, c’est à peu près la même chose que Rachins.”
Crachant le reste du sang qui obstruait sa gorge, Subaru souligna les piètres compétences en combat de Regulus. L’habileté de Regulus était si inexpérimentée et amatrice, que même Subaru pouvait faire face à quelqu’un de son niveau. Tant que Subaru gardait sa concentration, ces doigts meurtriers pouvaient sans doute être continuellement évités.
Béatrice : “――――”
Subaru reçut un coup sur l’épaule. C’était le rapport silencieux de Béatrice.
En raison de la puissance de leurs effets, leurs sorts originaux étaient de courte durée. De plus, leurs sorts avaient des limites journalières et une utilisation excessive entraînait une perte de puissance.
Subaru : “Bien que les effets de E · M · M soient terminés, dans cette situation, il y a une chance même sans magie. Alors si je peux m’approcher…”
Béatrice : “La victoire pourrait attendre, je suppose. Il y a une lueur d’espoir en vue, en fait.”
Regulus : “Il n’y a rien de tel. Je m’excuse pour le malentendu. J’ai traîné plus longtemps que je n’aurais dû, étant donné que vous n’êtes pas si intéressant. Mais ce n’est pas le problème ici. Ce n’est pas une bonne chose que nous ayons un désaccord. C’est une violation de mes droits. Puisque j’ai été touché deux fois depuis le début, si je n’attaque pas, ce serait injuste, pas vrai ?”
Regulus atterrit en plein vol, fixant Subaru et Béatrice, qui avaient renouvelé leur détermination.
Son expression avait perdu son calme originel, était devenue maussade pendant un moment, et atteignait maintenant l’indignation. Il avait enfin reconnu que Subaru le considérait comme un ennemi. Mais tandis qu’il repensait à son objectif initial――
Subaru : “Quo ?!”
Regulus : “…Qu’est-ce que tu fabriques ?”
Le sol entre Subaru et Regulus s’enflamma soudainement. Subaru fut repoussé par la vague de chaleur qui le submergeait, tandis que Regulus supportait l’air chaud qui soufflait sur son visage.
Évidemment, les deux se tournèrent vers le coupable de cette situation――Sirius.
Jusqu’à présent, pour une raison quelconque, cette folle ne s’était pas impliquée dans le combat entre Subaru et Regulus. Bien que l’intention derrière son inaction soit inconnue, Subaru aurait préféré qu’elle reste silencieuse. Ses actions avaient entraîné un changement très brusque.
Il n’avait aucun moyen de combattre les flammes de Sirius, et préférait de loin avoir affaire à Regulus, qui ne pouvait que se battre au corps à corps. Pire encore, il n’avait pas encore trouvé de solution pour la vaincre elle aussi.
Subaru déglutit alors que la situation se détériorait.
Mais les choses empirèrent, bien plus que ce que Subaru avait imaginé.
Sirius : “――Je t’ai trouvé.”
Subaru : “――?”
Se tenant debout de manière disgracieuse, Sirius fixa les deux hommes qui la regardaient――non, seulement Subaru.
La folle avait complètement oublié son désir de tuer Regulus, se contentant de fixer Subaru avec une obsession sans bornes. Son regard était empli de folie, et la gorge de Subaru se serra soudainement.
Puis le monstre souleva ses mains jusqu’alors inertes et somnolentes et les pressa contre son visage.
Sirius : “Je t’ai trouvé, trouvé, trouvé, trouvé, trouvé. Ah, ah, ahahah ! Aaaah ! Oui, c’est bien toi ! Mes excuses, je n’ai pas remarqué tout de suite. Mes excuses, mes plus sincères excuses. C’est génial. C’est vraiment génial. Évidemment, tu es revenu pour moi ?!”
Subaru : “Quoi…?”
Sirius : “Chéri, où étais-tu passé ?! Partout où j’ai cherché, je n’ai pas pu te trouver, même après avoir déchiré tes pièces détachées, je n’ai pu te trouver nulle part. Bien que j’aie toujours toujours toujours toujours toujours toujours toujours toujours cherché… Et tu as remarqué que j’avais cherché, et tu es revenu !”
Sa voix aiguë et sonore débordait d’un enthousiasme évident.
Gardant ses mains sur ses joues, elle remuait son corps et émettait de sérieux sons de satisfaction. Il était vraiment difficile de mettre des mots sur l’état de ce monstre, qui paraissait si étrange, devant Subaru.
Cependant, s’il fallait donner une réponse, on pourrait dire qu’il s’agissait là des actions de quelqu’un qui cherchait un amant depuis longtemps. D’une femme qui avait été consumée par un amour aveugle.
Sirius : “Parce que mes pensées se sont concrétisées ! Parce que je veux ne faire qu’un avec toi――tu as enfin remarqué le souhait pour lequel j’ai toujours prié ! Parce que mon Amour t’a enfin atteint !”
Subaru : “――――”
Sirius : “Je n’ai jamais attendu que toi… Mon cher, cher Petelgeuse !”
S’exprimant avec un sourire frénétique, Sirius Romanée-Conti prononça le nom de son amant éploré, tout en jetant un regard tendre et affectueux en direction de Subaru.
