22 — Une réponse désinvolte

Pouvait-on parler de guerre aérienne ?
Reinhard avait bondi en direction de Sirius, expulsant son adversaire de la tour et l’envoyant voler dans le ciel. Touchant les murs blancs de la tour de l’horloge, il s’envola comme une balle en pliant et étirant légèrement ses genoux.
Sirius : “Hahaha ! Ah, comme vous êtes impressionnant !”
Alors que la figure héroïque volait vers elle, elle éleva la voix, exaltée, et agita ses bras dans tous les sens. Ce mouvement était accompagné du bruit grinçant et perçant de sa chaîne qui se défaisait de son poignet.
Cette chaîne entièrement déployée pouvait désormais servir de fouet, bien que son mérite en tant qu’arme reposait davantage sur son aspect intimidant et sa sonorité violente que sur sa commodité. Seul un déviant dépourvu de sens commun opterait pour une telle arme.
Ce serpent de fer avait sans doute goûté le sang de bien des personnes et, en ce moment, il se livrait à l’une de ses chasses habituelles. Il tentait d’écraser sa proie avec ses mâchoires de fer, le vent sifflant qu’il créait ressemblant à des applaudissements.
Mais même ce serpent grossier, qui pouvait approcher la vitesse du son, était désemparé.
――Dans ce monde, il y avait une existence humaine aussi éloignée du sens commun que Sirius, bien que d’une manière différente.
Reinhard : “Une chaîne, comme c’est gênant.”
En entendant le son de la chaîne entrer dans le combat, le Maître Épéiste fronça les sourcils et émit un murmure troublé.
Au milieu d’une bataille aussi intense, il semblait laisser échapper un léger grief qui correspondait mieux à l’atmosphère d’une légère contrariété dans la vie de tous les jours.
Sirius : “Hahaha !”
Sirius, au bord de l’halètement, révéla son sourire passionné aux spectateurs.
C’était sûrement inévitable. Cependant, la raison derrière la joie de Sirius était mystérieuse. Que ce soit par désespoir, ou qu’elle soit sincèrement heureuse, c’était clair pour tous les spectateurs qui observaient la scène, y compris Subaru.
C’était une situation dont seule Sirius pouvait rire.
Reinhard : “――――”
Sirius s’envolait vers le haut, et Reinhard la poursuivait par le bas.
Avec Reinhard comme cible, Sirius délivra un coup rapide et précis, percutant les chaînes de ses deux bras. Même face à cette chaîne, Reinhard n’attrapa pas l’épée qui était accrochée à sa taille.
Si ses paroles d’il y a longtemps étaient vraies, ce n’était pas parce qu’il n’avait pas l’intention de dégainer son épée, mais parce qu’il n’en était pas capable. L’épée légendaire de Reinhard ne se permettait d’affronter que des adversaires dignes de ce nom.
Dans ce cas, il avait été condamné à être désarmé lors du combat contre cet horrible monstre. Même Reinhard, en qui Subaru avait la plus grande confiance, devrait se soumettre à une lutte acharnée――peut-être même ne parviendrait-il pas à répondre aux attentes de Subaru, dans une démonstration de faiblesse humaine.
Si c’était le cas, cette confiance ne tarderait pas à être brisée.
En visant Reinhard avec ses chaînes, un bruit aigu retentit.
Des ondes de choc et des étincelles dansèrent violemment. Pour Subaru et les autres spectateurs, des éclairs semblaient traverser le ciel. La capacité à accomplir ce genre de sorcellerie était précisément la preuve que Reinhard transcendait les limites de l’habileté humaine.
Reinhard se heurta de plein fouet à la chaîne, levant sa fine jambe droite pour se défendre.
Cette attaque avait été si surprenante qu’elle aurait fait rire n’importe qui. Juste après l’impact, Reinhard enroula la chaîne autour de son pied d’un tour de cheville, la déplaçant à sa guise.
Le mouvement en lui-même n’avait rien d’extraordinaire. Reinhard avait abordé la chaîne en approche avec sa jambe droite et l’avait enroulée autour de son pied pour former une arme de fortune, s’en servant pour amorcer un enchaînement immédiat.
En un instant seulement, il était passé de l’attaque à la défense.
Inutile de dire que tout le monde ne pouvait pas suivre le combat. Parmi les individus présents, seule la poignée de personnes ayant suivi un entraînement au combat pouvait comprendre ces changements rapides et continus entre l’attaque et la défense.
Dans ce moment de compréhension, il y avait un besoin impérieux de rire. Subaru poussa un long soupir et relâcha ses épaules. Heureusement, Reinhard était un camarade, et Subaru n’avait jamais été aussi heureux qu’il soit de son côté. S’il avait été l’ennemi, les épaules, les genoux et la vessie de Subaru auraient tous lâché.
Sirius : “Haha, hahaha ! Aha, HAHAHAHA !!”
Sirius se mit à rire bruyamment, son bras droit tournoyant comme une tornade.
Comme son bras gauche avait été capturé par Reinhard, elle ne pouvait qu’utiliser son bras droit. Cependant, bien que le serpent siffleur déchirait le ciel, volant dans toutes les directions, il fut bloqué par la chaîne du pied droit de Reinhard, créant un gémissement aigu et une pluie d’étincelles.
Chaque étincelle dansant dans le ciel bleu était accompagnée par le son d’un instrument de musique métallique qui imprégnait la place, dans un tourbillon de rouge et de jaune.
Un choc, un autre coup, mais pendant ce temps, Reinhard avait encore réduit la distance qui le séparait de Sirius. Très vite, après avoir échangé une série de coups, il l’atteignit.
Sirius : “Quelle surprise ! Vous avez atteint cet endroit ! Incroyable !”
Reinhard : “Vous êtes très compétente. Je trouve dommage que vous vous soyez consacré au mal.”
Dans ces instants, ils s’échangèrent des mots de la même manière qu’ils s’échangeaient des attaques.
Reinhard recula rapidement sa jambe droite et projeta sa main gauche avec des doigts alignés. Sirius l’accueillit avec un puissant mouvement de bras, et la chaîne ondulante plongea sur Reinhard, crocs apparents. Et, bien que cette chaîne soit faite d’acier, Reinhard s’était servi de sa propre main comme d’une lame et l’avait coupée en deux.
Par le passé, Subaru avait été témoin de la division parfaite de baguettes en bois jetables――un tour de passe-passe. Si Reinhard s’adonnait à ce genre de performance, il pourrait fendre une lame d’acier comme du papier. Le fait que son coup ait la beauté d’une épée était une raison suffisante pour le croire.
La partie coupée de la chaîne poursuivit sa course dans la tour de l’horloge, la violente collision faisant voler en éclats l’un des murs du bâtiment. La vision de la fumée et des décombres s’écrasant sur la place sortit Subaru de sa transe.
Il avait été complètement fasciné.
Le combat entre Reinhard et Sirius――non, le combat de Reinhard l’avait fasciné. Que ce soit l’envie ou la peur qui soit à l’origine de cette fascination, c’était une toute autre affaire.
Subaru : “La laisser à Reinhard est acceptable. Alors, je… !”
Il ne pouvait pas continuer à traîner ici, en reluquant aveuglément le combat et en attendant un résultat.
Subaru se faufila dans la foule et courut jusqu’à l’ouverture de la tour. Maintenant que l’attention de Sirius était entièrement consacrée à Reinhard, Lusbel, qui avait été préparé pour son discours, avait probablement été abandonné dans la tour de l’horloge.
Le sauver permettrait d’apaiser les inquiétudes de Subaru.
Au cas où, si Sirius échappait à Reinhard, la sécurité de Lusbel serait garantie. Subaru grimpa anxieusement l’escalier en colimaçon, goûtant à nouveau cet air sombre et humide.
La tour était beaucoup plus lumineuse qu’elle ne l’était il y a quinze minutes, grâce à la lumière qui pénétrait à travers les murs brisés par la chaîne de Sirius.
Après avoir monté sans encombre l’escalier en colimaçon, Subaru découvrit Lusbel, enchaîné, au dernier étage. Il avait été laissé face contre terre, le sol mouillé par son incontinence. Les sanglots de l’enfant touchèrent profondément Subaru.
Subaru : “Lusbel ! Tu es en sécurité maintenant, ne t’inquiète pas !”
Subaru attrapa tendrement Lusbel enchaîné dans ses bras. Il ignora la chaude humidité en voyant le regard désespéré et larmoyant de Lusbel se détourner du sien, terrifié par le visage de Subaru.
Lusbel : “Mmm !”
Subaru : “Tout va bien, je suis de ton côté. Et pour ce qui est de ce monstre, un héros fiable est en train de le combattre en ce moment même. Alors, profitons-en pour te sortir de là.”
Lusbel : “Mmm.”
Subaru parlait avec la plus grande sincérité. Peu à peu, le corps de Lusbel perdit ses forces, abandonnant sa lutte, et il fit face à Subaru avec une expression larmoyante mais claire.
Après que Subaru eut hoché la tête en réponse à ce regard inquisiteur, Lusbel se remit à sangloter, pour une raison différente de la précédente.
Subaru : “Attends une seconde. Laisse-moi te débarrasser de ça.”
Après avoir caressé doucement la tête du garçon en pleurs, Subaru commença à manipuler prudemment la chaîne pour ne pas le blesser. Des épaules aux chevilles, la chaîne avait été enroulée étroitement, et il avait également été bâillonné avec. Subaru prit soin de ne pas blesser l’enfant en la défaisant.
Subaru : “Bon, je l’ai enlevée. Tu peux te lever ? Sinon, je peux te porter.”
Lusbel : “N-ne vous inquiétez pas, c’est… merci… hk.”
Lusbel se leva d’un pas chancelant, secouant ses jambes raides, exprimant sa gratitude. Bien que son visage soit taché de larmes, il était toujours un enfant fort. Subaru lui tapota à nouveau la tête.
Puis, en tournant son regard vers l’extérieur, où les violents sons offensifs et défensifs se déclenchaient de manière répétée,
Subaru : “Rester ici est peut-être plus prudent, mais nous devrions sortir au cas où. Tu peux marcher ? Tu es blessé quelque part ?”
Lusbel : “À mon bras droit, juste un peu…”
Lusbel fronça les sourcils et présenta docilement sa blessure à Subaru.
Sur sa main droite tendue, il y avait une lacération tranchante causée par une arme semblable à un serpent. Son origine était claire. Voyant le sang suinter de la blessure, Subaru grimaça son visage en signe d’inconfort.
Subaru : “Cette ordure a ligoté un si jeune enfant et lui a même fait subir ça.”
Lusbel : “Non, non. Ça a juste soudainement… soudainement commencé à faire mal pendant que j’étais attaché.”
Subaru : “Soudainement ?”
“Pendant qu’il était attaché”, nota Subaru d’un air distrait.
Tout du moins, Subaru n’aurait pas dû le blesser en défaisant la chaîne. Ses mouvements avaient été prudents, et Subaru l’aurait remarqué s’il avait causé à Lusbel une blessure aussi grave.
――Une terrible et inquiétante appréhension monta dans le cœur de Subaru.
Subaru : “… De toute manière, nous ne pouvons pas rester ici. Allons-y.”
Subaru prit la main gauche indemne de Lusbel et courut. Il le guidait jusqu’au bas de l’escalier en colimaçon, vers la sortie de la tour. Et lorsque Subaru revint sur la place, il entendit――
Foule : “――Tuez-la ! Tuez-la ! Tuez-la ! Tuez-la !”
La foule avait plongé dans la frénésie et attendait avec impatience l’exécution de ce monstre capturé, appelant à la vindicte. Les yeux remplis de soif de sang, les bouches tordues en grognements, ils hurlaient au meurtre.
Une répugnance sans fin pour le mal. Une aversion incroyable pour les monstres contre nature. Le désir de se débarrasser d’un ennemi qui ne pouvait être accepté au niveau physiologique. Ces émotions négatives appelaient au meurtre.
Et comment cela s’appelait-il ?
――C’était connu sous le nom de Colère.
Foule : “――Tuez-la ! Tuez-la ! Tuez-la ! Tuez-la !”
Une foule de parfaits inconnus se tenait côte à côte comme des camarades, avançant vers le même but.
Foule : “――Tuez-la ! Tuez-la ! Tuez-la ! Tuez-la !”
Leurs cœurs s’étaient unis face à l’adversité, et la philosophie du bien et du mal avait été remise en question dans ces circonstances extraordinaires.
Foule : “――Tuez-la ! Tuez-la ! Tuez-la ! Tuez-la !”
Choisir de s’unir dans des conditions aussi extrêmes, repousser cette limite, c’était――
Foule : “――Tuez-la ! Tuez-la ! Tuez-la ! Tuez-la !”
Sirius : “Unir des sentiments en un seul… c’est sûrement l’Amour, n’est-ce pas ? Il ne fait aucun doute que cette scène ne peut être accomplie que par l’Amour, vous ne pensez pas ?”
Face à ce décor infernal, Sirius murmura cela de sa voix habituelle.
Sirius avait été acculé sur le flanc de la tour de l’horloge par le héros. La foule environnante acclamait la mort de cette personne contre nature, sachant que leur Maître Épéiste avait le pouvoir de tuer l’abomination.
Sirius semblait même avoir perdu la chaîne de sa main gauche, désormais en position précaire. Les deux mains désarmées, le monstre n’avait aucun moyen de se défendre contre la main semblable à un couteau de Reinhard.
Elle se trouvait manifestement dans une impasse――cependant Sirius arborait son habituel sourire placide.
Reinhard : “Avez-vous des dernières paroles à formuler ?”
Sirius : “Je vous remercie. Permettez-moi de vous donner un conseil. Les autres Archevêques du Péché ne seront peut-être pas aussi dociles que moi, alors si vous souhaitez leur demander leurs dernières paroles, vous risquez d’en souffrir.”
Reinhard : “――Je vais garder ça à l’esprit.”
Face à la gentillesse chaleureuse de Reinhard, Sirius prononça des paroles calmes et provocantes. Reinhard acquiesça et s’avança, prêt à l’exécuter avec la lame qui lui servait de main.
Foule : “――Tuez-la ! Tuez-la ! Tuez-la ! Tuez-la !”
Alors que la clameur de la foule s’intensifiait, le sort de Sirius était scellé. C’était évident, alors pourquoi ?
Debout à l’entrée de la tour brisée, Subaru ressentait un frisson lancinant qui menaçait de lui briser le cœur.
Pourquoi ? Qu’est-ce que ça signifiait ? Il voulait désespérément parler, mais sa bouche ne pouvait pas bouger. Une fois qu’elle le ferait, Subaru savait ce qu’il dirait.
Subaru se joindrait certainement aux grands cris disant “Tuez-la !”
Sirius : “Nous nous connaissons. Humilité mutuelle. Reconnaissance mutuelle. Nous nous pardonnons réciproquement. C’est exactement la forme que doit prendre l’Amour.”
Alors que Subaru se sentait subjugué, Sirius continua à prêcher sa rhétorique.
À première vue, elle semblait logique, mais si l’on considérait que c’était Sirius qui le disait, la proposition et l’atmosphère elle-même devenaient horribles.
Reinhard : “――――”
Reinhard semblait avoir fait le même constat que Subaru.
Il n’y avait plus aucune raison de laisser Sirius parler, alors Reinhard s’avança. Cependant, juste avant que Reinhard ne l’atteigne, Sirius sourit et tendit les bras en l’air.
Aussitôt, accompagnées d’un crépitement, des chaînes furent éjectées des poignets de son manteau. Ces chaînes furent tirées à travers ses manches, puis enroulées autour de la tour alors que Sirius commençait à s’envoler une fois de plus. Elle avait l’intention de s’échapper――mais juste avant qu’elle ne le fasse, Reinhard piétina le sol. Des ondes de choc se propagèrent vers le haut, comme une explosion, et une flamme rouge attaqua Sirius.
Sa main la frappa d’un mouvement souple et ascendant. Un coup mortel unique. À cet instant, la vie de Sirius prendrait fin.
Foule : “――Tuez-la ! Tuez-la ! Tuez-la ! Tuez-la !”
Et le cri de la foule serait exaucé.
Sous l’effet d’un élan formidable, le cœur de Subaru se mit à trembler de peur. Et poussé par une impulsion soudaine――
Subaru : “Reinhard !!”
Invoquant le nom du héros, Subaru hurla, guidé par l’impatience de la foule.
Subaru : “――TUE-LA !!”
Reinhard trancha.
Une ligne nette partait de l’épaule gauche de Sirius et allait jusqu’à son flanc droit.
Cette coupure exquise était si tranchante que même le corps entaillé de Sirius ne réagit pas au coup pendant quelques secondes. Finalement, le sang dans son corps remarqua la blessure, et son corps s’effondra en diagonale tandis que le sang commençait à gicler.
Sirius : “…Ah, ce doux monde.”
Ses organes internes se répandirent et le corps de Sirius fut fendu en deux.
Le haut de son corps continua à s’élever, déversant du sang et des intestins dans les airs, tandis que le bas de son corps, laissé sur place, devint une fontaine, aspergeant la place de sang.
Un spectacle cauchemardesque avait été propulsé respectivement dans les cieux et sur la terre.
Personne ne supporterait d’observer cette horreur en face. Pourtant, personne ne détourna le regard.
Personne ne pouvait détourner le regard.
Reinhard : “…Ce n’est pas possible.”
Après avoir atterri, Reinhard poussa un murmure stupéfait.

Subaru vit que ses yeux bleus tremblaient de chagrin, l’ombre du désespoir enveloppant son beau visage.
――Et puis Subaru ne vit plus rien.
Subaru : “――――”
Subaru, et le reste de la foule, gisaient éparpillés sur la place qui s’était transformée en une mare de sang. De leurs épaules gauches à leurs flancs droits, tout le monde avait été coupé en deux, de façon claire et nette.
Subaru : “――――”
Alors que le sang et les viscères se répandaient, la conscience de Subaru n’eut pas le temps de comprendre ce qui s’était passé avant d’être entraînée dans l’étreinte de la mort. Juste avant cela, il sentit quelque chose d’autre.
La main gauche d’un garçon, qui avait lui aussi été coupé en deux, serrait fortement la main droite de Subaru, cherchant le salut auprès de lui.
Il lui semblait avoir déjà ressenti cela quelque part auparavant.
Liliana : “Lorsque la chanson sera terminée et qu’elles discuteront à nouveau, ne devrions-nous pas préparer de la nourriture et des boissons pour elles, Natsuki-sama ? Le fait de se régaler avec des friandises créera certainement une ambiance qui réduira la distance entre elles, vous ne croyez pas ?”
Subaru : “――Ghk !”
Béatrice : “Aïe ! Aïe, ça fait mal ! Ça fait mal en fait, Subaru !!”
Immédiatement après le clignement des yeux, Subaru fut surpris d’entendre la voix qu’il venait de percevoir.
Le brusque changement de conscience l’avait amené à s’accrocher à la main de Béatrice avec la même poigne de fer qu’avant sa Mort Réversible, assez forte pour écraser des appas.
En larmes, Béatrice donna un coup de pied dans le tibia de Subaru après avoir subi cette soudaine atrocité, ce dernier recula de douleur et desserra son emprise sur sa main.
Liliana : “P-p-p-pourquoi vous avez fait ça ? Pourquoi vous avez attaqué les jolies mains de Béatrice-sama aussi soudainement ? Vous allez les abîmer… mais ce n’est pas grave, je… j-je vais les embrasser et les lécher pour les guérir, ha… haha.”
Béatrice : “Tout va bien, je suppose ! C’est plutôt dégoûtant, en fait !”
Béatrice rougit de panique tandis que Liliana lui saisissait la main, respirant bruyamment. Elle se cacha derrière Subaru. Même s’il l’avait blessée à la main, sa confiance en son partenaire n’avait pas diminué.
Émilia : “Subaru, tu vas bien ? À l’instant, tu es devenu soudainement pâle…”
Subaru : “É-Émilia-tan…”
Émilia se plaça à ses côtés et porta une main à sa joue, le visage empli d’inquiétude. Subaru se vit reflété dans ses yeux améthyste et poussa un soupir.
Il était revenu.
Il tapota ses épaules et sa poitrine, qui avaient été sectionnées en deux. Son abdomen avait été coupé, et sa tête avait été fracassée. Bien que Subaru soit confiant concernant son expérience avec la mort, c’était la première fois qu’il était tranché. Le sentiment de stupeur et de perte l’emporta sur la douleur, la conscience de la mort tiraillant l’âme de Subaru. C’était une mort que Subaru, qui la subissait couramment, pouvait accepter.
Subaru : “Pourquoi ne puis-je pas trouver une conclusion simple…”
Retrouvant une fois de plus les souvenirs dont il avait hérité, le constat de la mort l’assaillit, le forçant à la reconnaître. Bien qu’il n’ait pas ressenti beaucoup de douleur, le sentiment de perte et de choc frappa Subaru l’un après l’autre. Sa compréhension partielle du phénomène s’accrut, mais pas complètement. Il restait un événement qui échappait à sa compréhension.
C’est-à-dire, cette fois, la cause de la mort――
Subaru : “Dégoûtant…”
Inutile de dire qu’il avait compris depuis bien longtemps.
Subaru avait été tué exactement de la même manière que Sirius, cette fois. En clair, Subaru était mort exactement de la même manière que Sirius. Si l’on remontait trente minutes en arrière, jusqu’à la première mort, Subaru était décédé peu de temps après avoir assisté avec joie à la mort de Lusbel. La cause de la mort, jusqu’alors inconnue, avait maintenant été identifiée.
――D’une façon ou d’une autre, Sirius pouvait donner la mort à tous ceux qui en étaient témoins.
Il ne s’agissait pas seulement d’un lavage de cerveau avec des changements émotionnels. Même les changements qui se produisaient dans le corps pouvaient être partagés. Il ne s’agissait pas seulement d’un lavage de cerveau, mais d’un lavage corporel. Ou pourrait-on parler de lavage d’âme ?
En d’autres termes, la tuer signifiait que tous les occupants de cette place seraient tués.
Subaru : “Que faire… ?”
Pour vaincre Sirius par la force brute, il suffisait d’appeler Reinhard.
Cependant, cela se ferait au prix de la vie de tous ceux qui se trouvaient sur cette place. Dans ce cas, le résultat ne serait pas différent des atrocités voulues par Sirius.
Invoquer Reinhard n’était rien d’autre qu’une solution correcte et facile à comprendre à première vue, mais c’était, en réalité, la mauvaise réponse. Dans ce cas, que pouvait-il faire ?
Subaru : “Appelez Reinhard, et lui dire de la capturer vivante… ?”
C’était peu probable, mais peut-être pas impossible pour lui.
Puisque Reinhard était capable de tuer Sirius, il devrait également être capable de la priver de sa conscience. Le problème résidait dans le fait qu’il n’était pas certain que son contrôle mental s’arrêterait si elle était capturée vivante.
Subaru était entré en contact avec Sirius et Lusbel, était devenu fou et était mort. Si cette folie mystérieuse continuait à infecter tout le monde, la capture de Sirius ne servirait à rien.
Si elle était tuée, tout le monde mourrait avec elle.
Si elle était capturée, il était possible qu’elle répande sa contagion de folie irrésistible.
Le simple fait d’exister faisait d’elle une menace pour les autres, elle était une sorte de bombe. Elle méritait vraiment son titre d’Archevêque du Péché.
Subaru : “Que puis-je faire d’autre ?”
Incapable de trouver une solution, Subaru se retrouva face à un dilemme.
Si Reinhard était appelé, il serait sûrement capable de tuer ou de maîtriser Sirius. Serait-ce suffisant, en ignorant la possibilité de sombrer dans la folie ?
Subaru : “――――”
Le temps passait alors que Subaru réfléchissait. En voyant Subaru rester silencieux, ceux qui l’entouraient semblaient tous mal à l’aise. Subaru ne voulait pas qu’elles restent inquiètes, ni révéler ce qui allait se passer.
Il s’empressa de changer l’expression de son visage et annonça,
Subaru : “Ah, c’est vrai. C’est-à-dire… Oui, j’ai soudain eu l’impression que j’allais vomir le daisukiyaki de ce matin. Ma poitrine était un peu inconfortable.”
Liliana : “Ah, je vois, je vois. Moi aussi, j’ai souvent des nausées, qui s’accompagnent de beaucoup de gaz…”
Subaru : “Arrête-toi tout de suite. Peu importe comment tu agis, tu es toujours une fille.”
Subaru interrompit les plaisanteries de Liliana avec un sourire et se tourna vers Émilia. Voyant cela, Émilia baissa son regard.
Émilia : “Si Subaru le dit, je vais le croire… c’est un cas particulier, d’accord ?”
Subaru : “Mhm, merci… Bon, je vais aller acheter des desserts, comme Liliana l’a suggéré. Émilia-tan, continue à savourer les chansons, s’il te plaît.”
Grâce à la gentillesse d’Émilia, Subaru réussit à faire une annonce après avoir vacillé. Puis, en tenant à nouveau la main de Béatrice,
Subaru : “Béako. Viens faire du shopping avec moi. Promenons-nous et flirtons comme nous le faisons toujours.”
Béatrice : “Qu’est-ce qui te prend tout d’un coup――mhm. Je comprends, en fait.”
Béatrice, qui était devenue rouge, affichant son côté tsun, changea d’attitude en voyant le visage de Subaru, affichant ainsi son côté dere. Plus concrètement, elle avait accepté l’offre de Subaru après avoir remarqué son expression suppliante.
(Note de Traduction : Les tsunderes sont des personnages dont la personnalité est d’abord polarisée, affichant un aspect froid, tempéré, voire hostile (la partie tsun), avant de montrer progressivement un côté plus chaleureux, plus amical (la partie dere).)
Subaru prit la main de Béatrice, confuse, et quitta le parc en courant pour la quatrième fois, en tirant sur sa main. Cette fois-ci, plutôt que de laisser Béatrice derrière lui, il emmènerait sa partenaire fiable à ses côtés. Même s’il n’avait pas encore réussi à faire la moindre avancée.
Priscilla : “――Hmm.”
――En fixant les silhouettes en retrait de Subaru et Béatrice, la femme vêtue de cramoisi observa le duo d’un air pensif.
