08 — Voyager avec le mal de mer

Béatrice : “Tu devrais te sentir mieux maintenant, je suppose.”
Subaru : “Non, attends encore un peu. Wow, c’est terrible, le monde tremble encore. Même la mort ne peut pas guérir ça…”
Subaru et Béatrice s’assirent côte à côte dans une rue en face d’un grand aqueduc, leurs pieds se balançant sur le côté du canal. Ils admiraient le flot pur de l’eau ensemble. Les passants souriaient faiblement en les voyant. Peut-être qu’ils pensaient qu’ils étaient frères et sœurs, ou peut-être qu’ils pensaient qu’ils étaient des touristes qui n’avaient jamais vu ce genre de structures.
Subaru : “Aucune de ces suppositions n’est totalement fausse… mais c’est triste qu’ils ne connaissent pas la vraie nature de notre relation. Uuuueh.”
Béatrice : “Tu devrais te concentrer sur le fait de récupérer plutôt que de t’inquiéter sans raison, en fait. Je me demande pourquoi tu penses que Betty est ici, je suppose.”
Subaru : “Est-ce que tu t’inquiétais que je sois seul ? Béako est si gentille.”
Béatrice : “… ça n’a aucun rapport, en fait. Dépêche-toi d’aller mieux, je suppose.”
Pour s’habituer au poids de Subaru qui s’appuyait contre elle, Béatrice contracta son petit corps. En voyant cela, l’amour de Subaru pour elle augmenta exponentiellement. Pourrait-il un jour s’arrêter ?
Environ un quart d’heure plus tôt, Subaru avait été forcé de continuer son trajet à pied après qu’une dispute ait été créée à cause de son mal de mer. Émilia, Otto et Garfiel étaient restés sur le bateau pour se diriger vers les négociations avec la Compagnie Muse et Kiritaka.
À l’origine, Émilia avait aussi voulu accompagner Subaru à pied, mais Otto avait dit, “Plus on fait attendre l’autre partie, moins notre impression sera bonne”.
Suivant son conseil, elle avait laissé Subaru derrière. C’était probablement la bonne décision.
Subaru : “Eh bien, même si Anastasia nous avait dit d’être prudents… en plein jour, la plupart des gens ne tenteront rien.”
Il y avait certainement un côté effrayant dans le fait d’être laissé seul dans une ville étrangère après y avoir été incité par un opposant politique, mais il y avait un garde du corps nommé Garfiel pour s’occuper de ça.
Cependant, Subaru, qui était actuellement seul, était suffisamment important au sein du camp d’Émilia pour qu’une attaque contre lui ne soit pas complètement inconcevable.
Malgré tout, si Anastasia avait des intentions malveillantes, elle était trop rusée pour orchestrer une attaque contre lui en plein milieu de la journée. De plus, Subaru était persuadé que Julius ne soutiendrait aucune embuscade.
Subaru : “Comme il l’avait dit, un Chevalier se doit de rester chevaleresque en toutes circonstances…”
Béatrice : “Subaru. C’est plutôt énervant quand tu ris tout seul, je suppose.”
Subaru : “Attends, je n’étais pas du tout en train de rire ! Je ne penserais jamais à ce mec en riant ! Bref, on s’en va.”
Subaru se leva et prit une grande inspiration, craquant ses bras et son cou doucement.
Même s’il semblait toujours un peu lourd, le mal de mer était en grande partie passé. Il pouvait plus ou moins se déplacer normalement à nouveau.
Béatrice : “Bon, Betty t’aidera si besoin, je suppose.”
Subaru : “Ohh, je compte sur toi. Mais quand même, je doute que quoi que ce soit se passe. Seul un idiot nous attaquerait en plein jour avec autant de gens autour.”
Toutes les Candidates au trône devaient garder un œil sur leurs réputations. En public, elles devaient apparaître à la fois agréables et authentiques. Émilia, qui était une fille naturellement honnête et gentille, n’avait pas besoin de s’inquiéter à propos de cela.
Subaru : “En d’autres termes, le vrai avantage d’Émilia-tan sur les autres candidates est son innocence d’ange… !”
Béatrice : “Tes pensées avancent dans une mauvaise direction, en fait――Subaru, Subaru, regarde, allons de ce côté, je suppose. Suis-moi.”
Au cours de l’année écoulée, Béatrice s’était entièrement habituée à supporter Subaru, qui se laissait facilement distraire. Elle naviguait avec aisance dans le paysage urbain inconnu tout en le guidant par la main.
Les locaux principaux de la Compagnie Muse se trouvaient apparemment à la limite entre les premiers et deuxièmes districts. Ayant été malade, Subaru n’avait que très peu enregistré les directions, mais Béatrice avait tout mémorisé. S’ils devaient rencontrer un problème, ce serait la complexité des rues de Pristella.
Même s’ils étaient arrivés en suivant le canal principal, ils devaient faire des détours au niveau des petits cours d’eau qui en découlaient. Il y avait des ponts, mais Subaru devait en de nombreuses occasions sauter par-dessus un cours d’eau étroit, tout en portant Béatrice sur son dos.
Béatrice : “Subaru, c’est une fontaine splendide, je suppose.”
Subaru : “Tu as raison… Béako, comment sommes-nous arrivés au parc ?”
La fontaine qui avait saisi le regard de Béatrice se tenait au centre d’un parc. Elle était entourée de pieds de fleurs bien entretenues, et d’enfants en train de jouer. C’était en effet une vue calme et apaisante. Le seul problème était,
Subaru : “Est-ce que c’est là où on est supposés se diriger ? C’est le dernier endroit où je verrais l’héritier d’une grande compagnie aller. Si les hommes d’affaires faisaient leurs affaires ici, alors leur argent finirait mouillé.”
Béatrice : “Je me demande si le mal de mer te rend cynique, je suppose. C’est la première chose à laquelle tu penses en voyant ce magnifique paysage… Betty a de la peine pour son partner, en fait.”
Subaru : “L’ancienne toi aurait rougi et aurait essayé de cacher cette erreur, mais maintenant tu deviens plutôt décente… tu brises le cœur de ton père.”
Béatrice : “T-tu as quatre cents ans de retard pour prétendre être le père de Betty ! Subaru n’a pas le tact nécessaire pour parler de ce genre de choses, en fait !”
Subaru ne savait pas pourquoi Béatrice avait réagi de manière excessive à la dernière partie de sa phrase, mais il ne s’attarda pas sur la question. Leur problème pour l’instant était de comprendre comment ils étaient arrivés au parc.
Subaru : “Béako. Comme tu me guidais sans hésitations, je pensais que tu connaissais le chemin.”
Béatrice : “Je connais la destination, en fait. Cependant, les routes étaient compliquées, je suppose. Pour éviter de se perdre, j’ai utilisé la “méthode de la main gauche” dont j’avais entendu parler dans un livre. Ça n’a pas marché, je suppose.”
Subaru : “La méthode de la main gauche ?”
Béatrice : “Tendre la main gauche et suivre le mur, en fait.”
Subaru : “N’est-ce pas pour les labyrinthes ?!”
La méthode de Béatrice était une tactique bien connue pour conquérir un labyrinthe. Subaru reconnaissait son efficacité, mais il y avait aussi un certain nombre d’inconvénients. À savoir,
Subaru : “Si tu commences à utiliser la méthode de la main gauche en plein milieu d’un labyrinthe, tu pourrais finir par toucher le mur intérieur et ne jamais pouvoir le quitter ! En plus, on est pas dans un labyrinthe, mais dans une ville !”
Béatrice : “Hmph ! C’est tout à fait le genre de Subaru de ne pas tenir compte de la sagesse expérimentée, je suppose. Betty était la gardienne chargée de maintenir le savoir de la Bibliothèque Interdite. Elle a pitié de l’idiot qui ne tient pas compte de la sagesse de l’histoire, en fait.”
Subaru : “Ce n’est pas moi l’idiot, c’est toi l’idiote pour ne pas avoir utilisé correctement cette sagesse qui a fait ses preuves !”
Elle était assez âgée pour être imbue de sa personne (quatre cents ans), mais il lui avait fallu suffisamment de temps pour entrer dans le monde extérieur (quatre cents ans), pour qu’il y ait un écart assez important (quatre cents ans) entre son bon sens et le temps qu’elle avait passé dans le monde. Elle était donc une loli étonnamment peu fiable.
Béatrice : “Je me demande si Subaru a une meilleure idée, en fait. Essaye, je suppose.”
Elle mit les mains sur les hanches, fixant Subaru d’un regard désagréable.
――D’un autre côté, Subaru venait de subir l’embarras de laisser Béatrice voir son mal de mer et voulait se rattraper en paraissant fiable.
Subaru : “Haha. Tu as décidé correctement que cet endroit était un labyrinthe, mais tu avais tort de penser que c’en était un parfait et d’utiliser la règle de la main gauche. J’en quelque tactiques plus efficaces, non, infaillibles.”
Béatrice : “Hoho, tu es plutôt confiant, je suppose. Vas-y, dis-moi ton plan, en fait.”
Subaru : “Héhé, je vais te le dire. Son nom est la Méthode de la Cage.”
Béatrice : “――――?”
Béatrice pencha la tête, un point d’interrogation flottant au-dessus d’elle. Le nom n’exprimait pas le contenu réel de son plan, alors Subaru se racla la gorge et commença à s’expliquer en détail.
Subaru : “Bon. Tout d’abord, on va appeler notre position actuelle le point de départ. Si on met le plan en place, on arrivera jusqu’à une intersection. On continuera jusqu’à atteindre un cul-de-sac. Ensuite, on retournera jusqu’à notre première intersection.”
Béatrice : “… Mhm, continue, je suppose.”
Subaru : “Ensuite, on fera une carte de cette intersection et on en choisira une autre. On marchera jusqu’à un cul-de-sac comme avec la première intersection. À la fin, on aura toutes les voies et chemins du donjon sur la carte.”
Béatrice : “Ça prendrait beaucoup trop de temps, en fait ! Je me demande si nous arriverions ne serait-ce qu’avant la nuit, je suppose !”
Subaru : “I-idiote ! Qu’est-ce qu’il y a de mal à prendre le chemin le plus sûr ? Combien de personnes ont survécu à un donjon avec cette méthode ? Je fais exactement ce que tu as dit, je me fie à la sagesse de l’histoire !”
Béatrice : “Perdre son objectif de vue en se reposant sur la sagesse est une mauvaise habitude, en fait !”
Cela lui faisait certainement mal que Béatrice ait piétiné son idée, mais même Subaru devait admettre que son plan avait trop de fautes. C’était une tactique prenant beaucoup de temps, et de plus, ils n’avaient ni crayon ni papier pour dessiner une carte.
Subaru : “Alors il n’y a qu’une seule autre méthode…”
Béatrice : “Laquelle, en fait ? La confiance de Betty en toi a disparu maintenant, je suppose.”
Même si cette méthode était fiable, elle n’améliorerait pas l’image de Subaru. Agir de bonne foi ne rendait pas fiable.
Subaru : “D’accord, on va devoir travailler ensemble ce coup-ci.”
Béatrice : “Sur quoi ?”
Subaru : “Demandons humblement notre chemin.”
Béatrice : “C’est d’accord, en fait…”
Subaru avait accepté qu’il ne puisse pas résoudre le problème seul. Il pensait que l’orgueil de Béatrice serait le seul problème, mais elle semblait d’accord aussi. Heureusement, Kiritaka Muse était à la fois un marchand célèbre et un homme très impliqué dans la gestion de la ville. Tout le monde savait où se trouvait son bureau.
Subaru : “Même si c’est un parc, il n’y a personne ici.”
Béatrice : “Le moment n’est pas bon, en fait. C’est la fin de l’après-midi, le moment parfait pour les siestes, je suppose.”
Subaru était définitivement d’accord avec les paroles de Béatrice et la tentation de faire une sieste à l’ombre monta. S’en défaisant, il décida de repartir en direction du canal principal, où il devrait y avoir plus de monde, quand――
Subaru : “――Tu entends quelque chose ?”
Le bruit léger du vent et d’un petit filet d’eau. C’était une voix――non, c’était le son d’une voix humaine chantante ?
??? : “――――”
Subaru pouvait seulement l’entendre par intermittence, mais il était attiré par celle-ci en cherchant sa source. À part lui, Béatrice semblait aussi attirée par le son.
En arrivant sur place, ils se levèrent submergés, oubliant même de respirer.
――Une fille seule se tenait devant un monument au fond du parc, sa voix s’élevant en chantant.
C’était une petite fille à la peau foncée, aux grands yeux ronds et au visage plein de vie. Ses deux couettes d’un jaune éclatant étaient agrémentées de petits ornements étranges. Dans ses mains, elle tenait un instrument dont la taille se situait entre celle d’une guitare et celle d’un ukulélé. Elle jouait et chantait en même temps.
L’énergie contenue dans la chanson pouvait seulement être décrite comme bouleversante.
Subaru, en l’écoutant chanter, sentit une bourrasque inexistante près de son visage et un tremblement de terre inexistant sous ses pieds. La clarté et le volume de sa chanson étaient écrasants. Sa voix, chantant un air comme une ballade, était le seul son existant.
Subaru : “――――”
Cette fille seule créait une énergie comparable à celle d’un orchestre, rien qu’à l’aide de sa voix et de ses doigts.
Subaru était loin d’être le seul à avoir été captivé par elle. Il y avait un public d’une vingtaine de personnes qui retenaient leur souffle, ignorant totalement Subaru. De même, Subaru n’avait remarqué que la chanteuse, dont la présence dominait entièrement l’espace.
Alors que le corps entier de Subaru tremblait, la chanson de la fille atteignit son climax et l’enthousiasme du public atteignit son sommet――
Fille : “――Sans argent, sans avenir, sans espoir, avec seulement de la vanité. Que puis-je voir d’autre que l’obscurité ? Et au-delà de ces ténèbres, rien. La fin, la fin, la fin appro――”
Subaru : “Comment est-ce que cette chanson peut-être aussi excitante même après s’être calmée, oy ?!”
Fille : “Hein ?!”
La chanson que même des rêves ne pouvaient créer fut tout d’un coup interrompue par Subaru.
Dès qu’il la surprit, la fille s’arrêta de chanter et laissa tomber son instrument. Bien sûr, la musique s’était également arrêtée――immédiatement, l’atmosphère intense qui entourait la fille s’évanouit. Subaru se rendit compte qu’il avait fait une bourde.
Subaru : “Oh non, je n’ai pas saisi l’ambiance. Désolé, je ne voulais pas―ça fait mal ! ―hk ! ―ow ! ―eh ?!”
Béatrice : “Subaru, espèce d’idiot, c’est foutu, en fait. Quel gâchis d’une atmosphère rare et charmante, en fait. Il fallait que tu la ruines sans réfléchir, je suppose. Tu es allé trop loin, en fait.”
Avant qu’il ne puisse s’excuser, une douleur aiguë lui transperça les orteils. En baissant les yeux, il vit une Béatrice indignée qui lui piétinait le pied avec son talon. Béatrice avait semblé revenir à la réalité lorsque la chanson avait été interrompue, et considérait cette interruption comme impardonnable. Puis,
Personne 1 : “Oh… c’était quoi cette chanson ?”
Personne 2 : “C’est un parc… il y a peu de temps, j’étais dans l’obscurité.”
Personne 3 : “Non, je n’ai pas pu m’en empêcher à ce moment-là, mais…”
Personne 4 : “Quand je serai grand, je veux vaincre Themion et sauver Draffin…”
Personne 5 : “Je veux soutenir ce rêve…”
Personne 6 : “Tina-chan…”
Personne 7 : “Lusbel…”
L’un après l’autre, les spectateurs qui avaient été avalés par la chanson revenaient lentement à la réalité. Tout le monde se tourna vers le criminel qui avait gâché la chanson. Certains s’étaient effondrés sous l’influence de la chanson, et quelques garçons et filles utilisaient la chanson comme excuse pour se rapprocher, mais le fait est qu’ils avaient tous repris leurs esprits.
Après être revenus à la réalité, ils fixèrent tous la source de la perturbation de la chanson――c’est-à-dire le criminel Natsuki Subaru, un homme qui avait la réputation de ne pas savoir lire l’ambiance.
Tout le monde : “――Réfléchis avant d’agir !”
Tout le monde maudit bruyamment et avec colère Subaru, qui s’excusa abondamment.
Fille : “Merci beaucoup pour votre temps, chers spectateurs. En fait, c’était génial.”
Subaru : “Ne semble pas si heureuse. Regarde mes pieds, ils ont été piétinés tellement de fois, est-ce qu’ils ont toujours la même taille ? Est-ce que mes pieds vont bien ?”
Béatrice : “Je m’en fiche, en fait. Pour l’instant, ne considére pas Betty comme étant de ton côté, je suppose.”
Béatrice détourna le visage et renia obstinément Subaru, si bien qu’il les vérifia lui-même. Son pied droit avait presque doublé de volume.
Subaru avait gâché le concert, alors leur réaction n’était pas totalement inattendue.
Un à un, les spectateurs avaient remercié la fille qui avait chanté et lui avaient serré la main, et environ la moitié d’entre eux avaient marché sur les pieds de Subaru avant de partir. Subaru n’avait rien pu dire, et Béatrice l’avait toléré, laissant le public considérer Subaru comme un ennemi. Subaru se prépara à une hémorragie externe et interne au niveau des pieds.
Subaru : “Tu ne crois pas que tu devrais me laisser faire appel à ta magie de guérison ?”
Béatrice : “Ce serait un gaspillage de mon Mana qui s’accumule lentement, en fait. Attends que ça guérisse naturellement, ou demande à Émilia, je suppose.”
Subaru : “Ça fait longtemps qu’Émilia et toi prenez soin de moi, hein.”
Depuis qu’il était arrivé dans ce monde, il avait subi un nombre croissant de blessures, mais elles duraient rarement. Même les blessures causées par ses parcours quotidiens, comme les contusions, les écorchures et les entorses, étaient rapidement soignées par Émilia ou Béatrice. Sa peur de la douleur n’avait pas diminué, mais il était soulagé de savoir que ses blessures avaient toutes trouvé un remède.
Subaru : “Bon, je vais juste considérer la douleur comme une leçon pour cette fois.”
Cela dit, Subaru caressa la tête de Béatrice, qui était toujours retournée. Elle lui tendit ses douces mains.
Béatrice : “Eh bien… Eh bien, je suppose que c’est bon, en fait. Tant que tu y réfléchis et que tu retiens la leçon, je suppose.”
Subaru : “Ouaip, je vais faire ça. Désolé, j’ai eu tort…”
Subaru et Béatrice finirent de parler, et se tournèrent vers la fille. Il voulait essayer de s’excuser car il l’avait dérangée. La fille, qui avait observé tout ce temps, déclara,
Fille : “Un éclair d’inspiration !”
Subaru : “Eh ?”
Fille : “Écoutez――Je ne connais pas la différence entre nos âges.”
Laissant derrière elle un Subaru chancelant, la fille tira les cordes de son instrument et trouva instantanément un rythme. Elle se synchronisa, inspira une petite bouffée d’air et commença à chanter.
Fille : “Mon amour, le vois-tu, le sens-tu ? La différence entre nos âges. Même si notre environnement change, je ne m’en soucie pas le moins du monde. Tout ce qui m’importe, c’est notre différence de taille. Attends, mon amour. S’il te plaît, attends un peu. Un peu, un peu, juste un peu plus. Si je me tiens sur la pointe des pieds, je peux t’atteindre. Si nous restons si près l’un de l’autre, la différence d’âge n’a pas d’importance. Alors s’il te plaît, seulement deux ans, s’il te plaît patiente aussi longtemps. La distance qui sépare notre amour est en train de fondre doucement.”
Subaru : “Au fur et à mesure que la distance se réduit, la passion se transforme en un amour tranquille et brûlant~. Finalement, deux grues nous apporteront deux enfants~, et notre avenir sera une brillante histoire d’amour~.”
Béatrice : “Eeeehhhhh ?!”
À la fin de la chanson de la fille, Subaru se joignit soudainement à elle avec un rap improvisé qui piétinait le rythme de la chanson précédente. Béatrice haussa la voix d’étonnement, exigeant une explication à leur high-five.
Béatrice : “Attendez un peu ! Pourquoi Subaru fait-il soudain partie de la chanson, je suppose ? Pourquoi avez-vous accepté son intégration, en fait ?”
Subaru : “Oy oy, de quoi parles-tu, Béako… La chanson dépasse-t-elle les limites ?”
Liliana : “Bien dit, le cœur de Liliana tremble d’excitation !”
Béatrice : “T-ton attitude selon laquelle Betty a tort est inacceptable, je suppose…”
Subaru, se sentant mal pour Béatrice, qui n’avait personne de son côté, se retourna vers la fille à la peau sombre.
Subaru : “Permets-moi de préciser que Béako et moi ne sommes pas dans le genre de relation auquel tu penses. Même si elle grandissait de deux ans, elle ne serait toujours pas dans mon champ d’action.”
Liliana : “Eh ? Elle n’aura que treize ou quatorze ans à ce moment-là ? Malgré mon apparence, je suis douée pour deviner les âges. Je suppose que c’est une compétence acquise par l’expérience de la vie.”
Subaru : “Elle aura environ quatre cent deux ans.”
Liliana : “Oh, s’il vous plaît. Il n’est pas nécessaire d’être aussi têtu juste parce que j’ai fait mouche.”
Elle considéra les paroles de Subaru comme une excuse et les ignora, ce qui le peina. Subaru pensait aussi que la corriger mènerait à trop d’ennuis. De toute façon, le sujet avait trop changé.
Subaru : “Pour en revenir au sujet d’origine, est-ce que l’inspiration que tu as mentionnée plus tôt était la chanson ?”
Liliana : “Ouais, c’est ça. Malgré mon apparence, je suis facilement émue. Une fois que j’ai vu vos interactions, j’ai eu envie de les immortaliser en chanson. Soyez fiers !”
La fille, qui parlait rapidement et avec aisance, leva les mains.
Liliana : “Ah, mais ce que j’ai fait n’était pas suffisant. Grand frère m’a aidé en ajoutant la partie à la fin. C’était la première fois que j’obtenais une telle réaction, j’étais très heureuse.”
Subaru : “C’est parce que le Dieu du Rap m’a béni, je ne pourrais pas recommencer. Je n’ai ni les capacités ni l’expérience.”
Liliana : “――Un instant unique et brillant…”
La fille adressa un visage triste à Subaru, qui regardait au loin.
En voyant la compréhension mutuelle qui s’était établie sans paroles entre les deux, la patience de la petite fille qui avait été mise à l’écart s’était épuisée.
Béatrice : “Subaru.”
Subaru : “Mhm, qu’est-ce qu’il y a… Béako ?!”
Béatrice tira sur sa manche et une onde de choc envoya Subaru dans les airs. L’élan ne le tuerait pas, mais il rebondit tout de même sur la pelouse du parc, ce qui le fit rouler des yeux.
――Pendant ce temps, Béatrice, la coupable, se tourna vers la fille à la peau sombre.
Béatrice : “Ce n’est plus la peine de vous inspirer de nous, en fait. Betty y met fin, je suppose. Si vous résistez, vous finirez comme lui, en fait.”
Liliana : “Ha…a… Ha, hm, do…”
Béatrice : “Taisez-vous, je suppose. Ne pensez qu’à répondre rapidement à Betty, en fait. S’il ne vous arrive rien actuellement, c’est parce que votre chanson était charmante, je suppose. Mais qui sait combien de temps cette pitié durera, en fait.”
Même en la voyant trembler, la voix de Béatrice était sans pitié. Voyant son hochement de tête précipité, Béatrice soupira. La fille était trop effrayée pour formuler des mots. Alors,
Béatrice : “La Compagnie Muse, emmenez Betty là où se trouve Kiritaka Muse, je suppose.”
Liliana : “――Eh ?”
Béatrice : “Je ne le répéterai pas, en fait. Guidez-nous ou subissez la colère de Betty, je suppose.”
Liliana : “J-je vous y emmènerai ! Je vais le faire !”
Pressée de choisir, la fille hissa instantanément le drapeau blanc. Béatrice hocha la tête, satisfaite, tandis que Subaru revenait vers elles, et Béatrice leva les yeux vers lui à son retour.
Béatrice : “Dis-moi si tu as des plaintes, en fait.”
Subaru : “Est-ce acceptable d’utiliser ton Mana accumulé de cette manière dans un but éducatif ?”
Béatrice : “Ça dépend de l’heure et de l’endroit, je suppose.”
Subaru : “Quelle gentille attention, Béako… Était-ce correct de menacer quelqu’un pour nous guider ?
Subaru se gratta le visage et baissa les yeux. Béatrice l’observait d’un air maussade. Il continua,
Subaru : “Cette enfant est probablement la célèbre Diva qui connaît Kiritaka. Nous ne devrions peut-être pas lui faire mauvaise impression.”
Elle avait mentionné plus tôt qu’elle s’appelait Liliana, et il n’y avait pas de doute quant à son talent de Diva, même si sa personnalité n’était pas celle qu’il avait imaginée.
Liliana : “Je ferai tout ce que vous voulez. Qu’il s’agisse de vous guider ou de lécher vos chaussures… Tout ce que je demande humblement… c’est que vous épargniez ma vie…”
Une fille était à terre, suppliant désespérément pour sa vie. Correction : il s’agissait de la Diva Liliana.
Pourtant, en la regardant, aucune trace de la gracieuse Diva n’était visible.
