06 — Le piège d’Anne-Rose et les relations fraternelles

Pourquoi devaient-ils suivre les plans maléfiques d’une enfant de 9 ans ? Subaru regardait le dos de la petite fille les guidant dans le couloir, irrité de ne pas avoir pu l’empêcher.
——Mademoiselle Anne-Rose. Faisant partie d’une branche de la Maison Mathers dirigée par Roswaal, elle partageait de nombreuses caractéristiques avec lui. Comme ses remarquables cheveux d’un bleu marin et ses yeux bleus. Ses cheveux étaient tressés en couronne, mais comme Subaru ignorait le terme, il l’appelait mentalement loli à tresse. Elle détenait une vive intelligence qui contrastait avec son jeune âge. Son intellect et ses connaissances témoignaient de son appartenance à la famille de Roswaal, mais ce qui évoquait le plus Roswaal en elle était :
Anne : « Émilie, pourriez-vous tenir ma main ? »
Émilia : « Euh ? Oh, bien sûr, Anne. »
Anne : « Alors je me le permets. Émilie, ça vous dérangerait que je vous enlace ? »
Émilia : « Euh ? Oh, bien sûr, Anne. »
Anne : « Alors je me le permets. Émilie, cela vous dérangerait de me porter dans vos br—— »
Subaru : « Assez ! »
Subaru tira Anne-Rose, qui cherchait à tenir la main, faire des calins et d’autres folies, loin d’Émilia. Les yeux d’Émilia s’écarquillèrent. Anne-Rose l’ignora obstinément, avant de tapoter exagérément ses épaules, là où Subaru l’avait touché.
Anne : « Comment peux-tu séparer des personnes qui désirent se toucher aussi barbarement, Subaru. »
Subaru : « Où est-ce que tu as eu ces statistiques ? Je croyais que le questionnaire était sur “pourquoi je me promène seule dans le manoir”. »
Anne : « À quel point es-tu limité, Subaru, si tu n’es même pas capable de tolérer les farces attendrissantes d’une enfant. »
Subaru : “Sauf que je l’aurais fermé, si n’était que les farces d’un enfant !”
Anne-Rose tenta calmement de se justifier. Mais en contradiction à ses mots, elle essayait toujours de saisir la main d’Émilia quand une opportunité arrivait. Alors Subaru devait rester prudent. Anne-Rose était du même sang que Roswaal, un prodige au-delà de ses neuf ans. Sa particularité était que pour quelques raisons, elle affectionnait beaucoup trop Émilia. Depuis le jour où le groupe était arrivé au manoir et s’était présenté. Anne-Rose avait montré une affection démesurée pour Émilia. Émilia était une tête en l’air naïve, alors elle le voyait comme un mignon signe d’affection, mais Subaru le sentait différemment.
Après tout, elle était reliée à Roswaal. Alors que son penchant pour les demi-humains avait été surpassé par son affection pour Echidna, cela pouvait ne pas être le cas pour le reste de sa famille. Nombre des serviteurs du manoir étaient des demi-humains. Ceux que Roswaal avait rassemblés depuis son territoire avaient apparemment souffert de persécution, et pris refuge dans le manoir par la volonté de Roswaal. Estimant que Anne-Rose était née et avait grandi dans cet environnement, elle était habituée à eux. Alors elle n’avait aucun préjugé contre Émilia la demi-elfe. Plus amplement, Subaru essayait seulement d’empêcher Anne-rose de lui voler Émilia. Anne-Rose essayait de l’empêcher de la monopoliser, les faisant rivaux pour l’affection d’Émilia. Bien que,
Émilia : “Enfin, Subaru. Je ne vois pas ce qui te turlupine, tu ne peux pas te mettre en colère contre Anne alors qu’elle est si petite. Tu es immature.”
Subaru : “Qui dit encore turlupine ? … Non je veux dire, ignorons ça, regarde Émilia-tan. Avoue simplement que le regard d’Anne-Rose ne peut pas être vu comme celui d’une petite fille et…”
Émilia : “Pas de pirouettes ! Je suis navrée, Anne. Je pense que Subaru est toujours mal à l’aise dans le manoir de quelqu’un d’autre.”
Subaru : “… et c’est encore valable quand tu agis comme si je ne pouvais pas dormir dans un autre lit !”
Subaru et Émilia avaient des points de vue différents envers Anne-Rose, alors à chaque fois que son sujet revenait, cela tournait en une de ces querelles ridicules. Comment Émilia ne pouvait-elle pas remarquer à quel point Anne-Rose était proche ?
Subaru : “Je suis sûr que c’est quelque chose que seuls ceux qui désirent l’attention d’Émilia peuvent remarquer quand d’autres font la même chose. Ouais, ça doit être ça !”
Anne : “Émilie, Subaru vient de déclarer son désir pour vous. Quelle indécence.”
Subaru : “Ton choix de mot c’est ce qui est indécent ! Comment peux-tu n’avoir que neuf ans !?”
Alors que Béatrice était uniquement superficiellement offensive, Anne-Rose était agressive. Subaru pourrait considérer « indécence »comme une simple riposte, en supposant que ça venait de Béatrice, mais il le prenait comme une insulte quand Anne-Rose le disait.
Émilia : “Pourquoi ne pouvez-vous pas vous entendre tous les deux ? C’est siii déconcertant…”
Subaru : “C’est parce que l’on t’a…”
Émilia : “Vous ?”
Subaru : “——Mhn, nh.”
Émilia pencha la tête. Subaru ne put finir sa phrase. Il lui avait déclaré son affection de nombreuse fois, mais l’exprimer devant d’autres le faisait sonner faux. Bien qu’il le disait involontairement aux moments critiques, ce qui le rendait faux et gênant. Du coin de l’œil, Anne-Rose souriait victorieusement.
Anne : “Allons maintenant ; je vais me contenir de taquiner Subaru davantage. Pour nous laisser parlementer dans ma chambre, que nous venons d’atteindre.”
Anne-Rose déclara cela à la pure Émilia et au Subaru rouge de honte. Soudainement, Subaru réalisa qu’ils avaient traversé le couloir. En effet, ils se tenaient devant une porte surdécorée. C’était la chambre d’Anne-Rose. Apparemment, Émilia avait été invitée de nombreuses fois ici, mais pour Subaru c’était la première fois. Anne-Rose prit la main d’Émilia et la guida dans la chambre. Mais Subaru intervint et les arrêta.
Subaru : “Attends. La chambre d’Anne-Rose est une série de mots suspects alors je passe le premier.”
Anne : “——hum. Soit, vas-y. Tu es libre de faire ce que tu souhaites.”
Alors qu’elle semblait déranger en premier lieu, Anne-Rose lui concéda avec un soupir. Subaru mit sa main sur la poignée et, légèrement tendu, entra dans la chambre. Où,
Clind : “J’ai attendu votre arrivée, Natsuki-sama. Le thé et les biscuits, ont été préparés. Prenez un siège et relaxez-vous. Powwow.”
Clind les accueillit avec une courbette formelle. Figé sans un mot, Subaru regarda en arrière, pour voir qu’Anne-Rose était relativement sans réactions.
Émilia : “Euh, Clind-san ? Mais, je pensais que tu étais parti manger avec Béatrice et Pétra ?”
Clind : “En effet, Émilia-sama. En revanche, il semble que ma Maîtresse ait trouvé en son esprit l’envie d’organiser un « goûter » dans sa chambre, et donc, je me suis affairé aux préparations. En urgence.”
Émilia : “Tu as raison, Anne a bien dit quelque chose comme ça.”
Clind : “En effet, ma Maîtresse pense de moi ainsi. Perspicacité.”
Émilia pencha la tête, derrière un Subaru figé alors qu’elle parlait avec Clind. Mais il semblait que leur conversation était assez floue. Presque comme si Clind avait dit “pensé à » au lieu de “demander de”.
Anne : “Cela te poussera à la folie, si tu essaies de comprendre rationnellement les particularités de Clind. Il est plus sain pour l’esprit de simplement l’accepter.”
Clind : “Je suis toujours vigilant sur le fait de garder une longueur d’avance sur mes convocations. Objectif.”
Comment diable, la vigilance pouvait obtenir ce résultat ? C’est ce que pensait Subaru, mais Anne-Rose et Émilia ne semblaient pas dérangées alors qu’elles commençaient à prendre place. Tout en secouant mentalement la tête, Subaru rejoignit aussi le « goûter ».
Anne : “Maintenant que Clind a préparé le thé, nous pouvons donc poursuivre notre conversation.”
Clind : “Celle considérant la relation de Frédérica et Garfiel-sama. Rapprochement.”
Subaru : “Clind-san, tu n’es qu’un des majordomes ou il y a plusieurs toi ?”
Clind : “Cette position est déjà remplie par Lewes-sama. Répétition.”
Clind semblait penser que son introduction dans la conversation ne ferait que l’entraver. Il prépara du thé et des biscuits pour tout le monde, avant de se rendre dans un coin de la pièce où il se tenait immobile telle une statue. Son regard était maintenu sur Anne-Rose, mais elle l’ignorait, habituée depuis longtemps.
Anne : “Bien, la remarque de Clind est correcte. L’amélioration rapide de la relation, de Frédérica and Garfiel concerne notre intérêt commun… ai-je bien juste ?”
Émilia : “Oui, c’est vrai. Nous nous sommes retourné le cerveau, mais n’avons pas vraiment trouvé d’idées incroyables. C’est un véritable casse-tête.”
Anne : “Vous êtes adorable lorsque vous paniquez, Émilie. ——Allons, après avoir vagabondé dans le manoir pour parler du problème, vous vous êtes retrouvé dans la position de départ, et êtes venu à moi.”
Subaru : “Arrête de lancer des sous-entendus de tes vraies pensées.”
Anne-Rose, nonchalante, semblait non affectée par le pic de Subaru. Du moins, elle semblait comprendre leurs situations, ce qui évitait à Émilia et Subaru de devoir lui expliquer.
Subaru : “Bon par contre, tu cherches aussi à les réconcilier ? Pour quelle raison ? Tous les autres ont insisté sur le fait de laisser le temps résoudre le problème.”
Anne : “Peut-être, car je suis moins enclin à la résignation, et moins habitué à attendre ? Je dois dire que les personnes à qui vous avez demandé sont de cette disposition.”
Subaru : “Franche, n’est-ce pas… Non, mais, on a aussi demandé à Otto.”
Anne : “Alors je me corrige pour inclure ceux qui ignorent le succès.”
Subaru : “Argh !”
Quelle tristesse pour Otto qu’Anne-Rose ait réussi à avoir cette impression de lui, alors qu’ils ne se connaissaient que depuis une semaine … Mais il valait mieux que Subaru se taise, vu qu’il ne pouvait pas le contredire.
Anne : « Je ne peux dénier le fait que le temps résoudra le problème. Une rupture de dix ans les sépare… Avec une autre décennie, le problème se résoudra de lui-même. Mais c’est bien trop long. Pourquoi dix ans ? C’est la même durée depuis que père et mère se sont embrassés. »
Subaru : « Ghhh ? »
Au beau milieu d’une tirade ne ressemblant pas à un enfant, elle arriva soudainement à une conclusion enfantine. Subaru grogna, incapable de tenir le soudain changement, poussant Clind à poser un doigt sur ses lèvres en signe de silence. Subaru ne saisissait pas l’entièreté de la situation, mais peut-être que ses connaissances sur le sujet étaient bien celles d’une enfant de neuf ans. Bien qu’il ne souhaitait pas approfondir, car Émilia juste à côté avait la même perception.
Anne : « Pourrais-tu expliquer cet étrange grognement, Subaru ?”
Subaru : « C’est rien. Juste un peu de découragement et de résignation au fond de ma gorge. »
Anne : « Je vois. Quelle adversité advient à la puberté. Quoi qu’il en soit, Je n’ai aucune intention de les faire attendre une décennie. »
Émilia : « Nous sommes d’accord. Mais as-tu une idée, Anne ? »
Anne : « Quelles sont vos pensées sur le problème, Émilie ? »
C’était répondre à une question par une autre question, mais malgré cela, Émilia fronça les sourcils et mit le doigt sur ses lèvres.
Émilia : « Ermm… »
Émilia : « Je pense qu’ils veulent se réconcilier. Je sens que Garfiel essaie de trouver du temps pour qu’ils discutent, et bien que Frédérica soit mal à l’aise, je pense qu’elle désire parler. »
Anne : « Je vois. Compris. Et alors ? »
Émilia : « Et alors je me demandais s’il ne serait pas plus simple de les enfermer ensemble dans une chambre. »
Subaru : « Tu es vraiment partante pour un plan barbare, hein, Émilia-tan !? »
Alors que Subaru n’avait aucune meilleure idée, c’était choquant de l’entendre de la bouche d’Émilia. Et bien qu’il aimait l’idée, il se posait des question à son sujet. Particulièrement,
Subaru : « Je veux dire on pourrait les jeter ensemble dans une pièce, mais ces deux là peuvent sortir de n’importe quel endroit s’ils travaillent ensemble. J’aimerais éviter de détruire la moitié du manoir. Au lieu de détruire le manoir, on a une semaine pour les rabibocher. Qu’est-ce que vous voulez faire, un “Escape Game » ? »
Émilia : « Alors qu’est ce que l’on doit faire, Subaru ? Devrais-je faire une chambre de glace pour les enfermer ? »
Subaru : « Je ne pense qu’il y ait besoin de condition aussi extrême pour réveiller leur amour familial, non ! Regarde ! Quelque chose comme, les faire aller dans une chambre avec le même objectif ! »
Émilia : « Le même objectif…? »
Émilia pencha la tête, confuse. Subaru avait réussi à se soustraire de toute pulsion criminelle, mais sa proposition n’allait pas plus loin que ça. Il avait l’intention de leur faire partager un but, mais aucune idée concrète de comment. Devraient-ils battre un monstre qu’ils ne pouvaient vaincre qu’ensemble ? Et où allaient-ils trouver un monstre aussi pratique ?
Anne : « En vérité, je partage les idées de Subaru. »
Subaru : « Euh ? Tu sais où engager des Cyclopes et Chimères ? »
Anne : « En fait non. »
Anne-Rose regarda Subaru avec mépris, qui s’excusa en tirant la langue et en baissant la tête. La fillette de neuf ans soupira alors que les joues d’Émilia rougissaient, ses yeux remplis d’attente.
Anne : « Nous partageons notre point de vue, quant à leur faire partager un même but. Mais j’imagine que nos connaissances sur eux diffèrent, et donc il en va de même pour nos idées, Émilie. »
Émilia : « Ce que l’on sait sur eux ? »
Anne : « Vous avez une plus grande connaissance de Garfiel que de Frédérica. Tandis que je connais Frédérica depuis plus de 8 ans. Ce sourire acéré m’est familier depuis que je suis devenue consciente. »
Subaru comprenait plus ou moins ce que Anne-Rose essayait de dire. Sa relation avec Frédérica signifiait qu’elle pouvait subvenir aux informations que Subaru n’avait pas. Mais aussi quels points communs pouvaient mener à un but commun entre Frédérica et Garfiel.
Subaru : « Tu es sûr que ça va marcher ? »
Anne : « Partant du fait que je vais sécuriser de l’aide, oui. Maintenant, Frédérica ne présente aucun problème, mais Garfiel oui. »
Subaru : « Garfiel ? »
Anne : « Si la personnalité de Garfiel est exactement telle que je l’ai observé durant cette poignée de jours, alors nous ne devrions rencontrer aucun problème. »
Subaru ne connaissait pas le niveau d’attention qu’Anne-Rose avait accordé à l’attitude de Garfiel, mais aussi loin qu’il pouvait le dire, Garfiel était exactement lui-même depuis son arrivée. Il n’était pas obstinément têtu comme dans le Sanctuaire et n’essayait de cacher son immaturité de 14 ans. Subaru pouvait assumer ces points.
Subaru : « Garfiel est complètement honnête, aucun problème ici. »
Anne : « Excellent. Ensuite nous devons obtenir de l’aide… peut être demander celle de Lewes-san, leur famille. »
Subaru : « De Lewes-san ? »
Si l’on évaluait les personnes les plus proches d’eux elle serait en première position. Mais elle ne semblait pas cooperative.
Anne : “Clind.”
Clind : « Nous pourrions retarder les préparatifs pour le dîner de deux heures et utiliser la cuisine. Proposition. »
Anne : “Je vois. Très bien. Informe-en la personne qui s’occupe du dîner. »
Clind : « À vos ordres. Je vais procéder rapidement. Hâte. »
Après ce court échange, Clind quitta silencieusement la pièce. Subaru et Émilia le regardaient tandis qu’Anne-Rose prenait une gorgée de thé, souriante.
Anne : « Maintenant, voyons si le problème se résout rapidement. Car il y en a d’autres à régler. »
Dit-elle, plongeant Subaru et Émilia encore plus dans la confusion.
La seconde où Garfiel entra dans la cuisine et reconnut la figure non familière, il soupira, comprenant qu’il avait été pris dans un piège.
Garfiel : « … p’tain d’tout l’monde qui f’nit par s’impliquer. »
Malgré ses injures, un sourire se forma sur son visage. Le nez de Garfiel était sur-mesure. Son sens de l’odorat était si fort qu’aucune comparaison avec l’homme moyen n’était possible, et il avait senti l’odeur avant de rentrer dans la pièce. Qu’il ne se soit pas rendu compte était le dernier signe d’obstination de Garfiel, ou peut-être sa fierté d’homme.
??? : « Garf ? »
Garfiel se gratta la tête alors que la femme regardait en arrière et l’appelait d’une voix non familière. Devant Garfiel se tenait une femme avec de long et lisse cheveux blonds. Elle était plus grande que lui, et sa carrure était assurément robuste. La cohorte de crocs qui ornaient sa bouche, combinée à sa puissante carrure, la faisait paraître sauvage et violente. Sans sa voix douce et la lueur tendre de ses yeux, les gens auraient constamment une fausse impression d’elle. Frédérica Baumann. C’est ainsi qu’elle se présentait, du moins c’est ce que Garfiel Tinzel avait entendu. Tinzel était le nom de leurs mères alors que Baumann était celui de son père. Garfiel ne savait pas pourquoi Frédérica s’obstinait à utiliser le nom de famille de son père, et choisit de ne pas y penser.
Il doutait que ceux qui avaient organisé cette rencontre avaient pris en compte ces sentiments compliqués. Ou peut être que Garfiel exagérait la chose, et pour les témoins ce n’était qu’un caprice ?
Garfiel : « J’te vois pas s’vent dans l’coin, Sœurette. »
Frédérica : « Je pourrais dire de même. De penser que tu te retrouverais ici… le dîner n’a pas encore été préparé, tu ne trouveras rien ici à grignoter. »
Garfiel : « J’suis pas là pour manger. “rrete de m’traiter comme un p’tain d’gosse. »
Frédérica : « Mais ce n’est pas enfantin de répondre quand on est traité comme un enfant ? Et je soupçonne que tu sois encore assez jeune pour désirer de telles attentions, Garf. »
Garfiel : « Nan, j’ai p’us d’quatorze ans. Qui c’est l’p’tain d’bébé ici !? »
Se sentant insulté, Garfiel cracha en signe de rejet. Frédérica secoua la tête envers la surréaction de Garfiel et se retourna vers l’avant——pour regarder la cuisine.
Frédérica : « Je suis occupé en ce moment par une tâche, Garf, je ne peux vouer tout mon temps à la détente comme tu le fais. »
Garfiel : « J’passe pas mon s’per temps à m’balader non plus. Et j’suis pas ici pour tuer l’temps. J’pense que j’suis là pour l’même raison qu’toi, sœurette. »
Frédérica : « La même raison ? »
Garfiel : « Mais on dirait qu’on t’la demandé par une aut’e personne. »
Avec ses mots seuls, Frédérica sembla comprendre.
Frédérica : « Alors c’est ça, »
Elle chuchotait.
Frédérica : « Je trouvais cela étrange. Sorti de nulle part, Anne-Rose-sama a commencé à dire qu’elle allait mourir sans une de mes tourtes à la viande. »
Garfiel : « Comment diable t’as pu t’laisser piéger par ça, sœurette. »
Frédérica : « Que t’ont-ils dit… non, qu’est ce que Grand-mère t’a dit pour t’amener ici ? »
Garfiel : « Elle a dit qu’si elle avait pas une d’mes incroyables tourt’à la viande, elle allait d’vnir plus sénile. »
Frédérica : « Je dois aussi me demander comment tu as pu trouver de la crédibilité dans cette déclaration. »
Garfiel ferma sa bouche. L’entendre lui dire le fit se questionner, mais il avait été sincèrement inquiet alors il n’y avait pas à s’en faire.
Garfiel : « Bah peut’etre qu’tu peux pas comprendre parc’que t’as abandonné l’idée de t’ccupé d’elle. Ca t’parait pas bizarre qu’elle s’montre pour d’mander si l’repas est prêt alors qu’elle vient juste de l’manger. “videmment que j’suis ‘tain d’inquiet.. »
C’était en fait un triste malentendu qui venait du fait que, lorsque la personnalité de Lewes passait à la suivante, la nouvelle Lewes n’héritait pas des souvenirs assez efficacement pour discerner si le dîner avait eu lieu ou non. Mais Garfiel ne s’en rendrait jamais compte, et Frédérica non plus. L’inquiétude des deux pour la santé mentale de Lewes s’aggravait. Cependant, la déclaration de Garfiel piqua Frédérica d’une manière différente de celle décrite. Car, bien qu’involontairement, il avait frappé sur la question de son absence de dix ans.
Frédérica : “… En effet. Je ne suis jamais rentré au Sanctuaire même une fois en une décennie. Et tu es celui qui a protégé le Sanctuaire durant cette période. Je n’ai aucun droit de parler comme si je savais ce qu’il s’était passé là-bas ou de ce qu’il devient de Grand-Mère.”
Garfiel : “Non, je… c’est pas s’que j’voulais dire par là. J’voulais juste…”
Frédérica : “——”
Frédérica jeta un regard en arrière, obligeant Garfiel à lui faire face à nouveau. Son visage restait peu familier. Cela faisait une décennie. Pendant tout ce temps, l’image mentale que Garfiel s’était faite de sa sœur était restée la même que dix ans auparavant. Et même après ces retrouvailles et avoir passé du temps avec elle, il avait du mal à l’accepter. Et la situation était de même pour Frédérica. Elle devait le regarder avec incertitude, tout comme il la regardait, mais cela dérangeait Garfiel. Pourquoi son incertitude faisait-elle des vagues aussi intenses que la sienne ? Qu’est-ce qu’il lui avait fait ressentir ?
Garfiel : “… Oh.”
Avec ce regard sur lui, Garfiel poussa un soupir. La réponse perçait son cœur. « J’l’ai ». Merde, il l’avait eu. Il connaissait exactement l’émotion dans les yeux de Frédérica. C’est le même regard que Lewes avait à l’occasion, au Sanctuaire. C’était le même regard que Garfiel avait sur son propre visage, reflété sur l’eau, c’était en fait de la mélancolie. Combiné avec des remords.
Garfiel : “videmment qu’c’est ça.”
Garfiel avait supposé que les événements d’il y a dix ans avaient été résolus. À l’intérieur du Tombeau, il s’était rappelé des adieux avec sa mère lorsqu’il était plus jeune. Il comprenait maintenant ce que sa mère avait ressenti lorsqu’elle les avait quittés, et cela avait résolu le problème pour Garfiel. Et il supposait que le problème avait été résolu de la même façon pour Frédérica, mais ce n’était pas le cas. Ce qui s’était passé dans le Tombeau n’avait affecté que Garfiel. Garfiel en était venu à comprendre ses sentiments pour sa sœur et l’amour de sa mère. Il n’en avait jamais parlé à sa sœur, aussi distante soit-elle. Et donc Frédérica regardait Garfiel comme il y a dix ans, ne sachant que dire, et même si elle avait mûri, son regard était identique à celui d’il y a dix ans.
Garfiel : “Sœurette.“
Frédérica : “——!“
Garfiel : “J’suis d’solé d’t’avoir rien dit. Mais c’est bien. J’vais bien. J’sais s’qui s’est passé avec m’man, et avec toi.”
Frédérica : “Garf…”
Les yeux de Frédérica devenaient larmoyants et humides à cause d’une violente émotion. Que devait-il dire ? Frustré par son manque d’éloquence, Garfiel cherchait les mots qui exposeraient ses sentiments avec justesse, il cherchait dans sa tête et dans tous les livres qu’il avait lus ; les justes mots à dire.
Garfiel : « J’comprend pourquoi t’as quitté l’Sanctuaire, et pourquoi t’es jamais r’venue après… enfin pas que j’comprenne mais, j’essaie d’comprendre. Alors tu… ‘fin, t’vois…”
Frédérica : “Tu es… prêt à pardonner mère ?”
Garfiel : “——Qu’est s’qui y’a à pardonner ?”
La bouche de Garfiel se détendit en un sourire et il répondit à Frédérica en remuant la tête. L’amour et la haine que Garfiel avait gardés dans son cœur tout ce temps avaient été mal investis. Il ne savait rien de la vérité, il ne connaissait même pas ses propres sentiments, il s’était mis en colère contre des ténèbres impénétrables, c’était un accès de colère et rien de plus. Maintenant qu’il connaissait la vérité, tout cela devenait insignifiant… Il n’y avait rien à pardonner ni à ressentir.
Garfiel : “J’sais maint’nant qu’M’man m’aimait… qu’elle nous aimait.”
Frédérica : “——”
Garfiel : “Alors ça n’sert à rien de m’cacher c’qui s’est passé. S’na rien à faire ici. Alors pourquoi pas parler d’quelque chose un p’tit peu moins tendu, sœurette ?”
La façon de parler de Garfiel revint alors qu’il frottait son nez rougi. Frédérica lâcha une longue, profonde expiration. Elle essuya les larmes de ses yeux et :
Frédérica : “Garf… tu as vraiment grandi.”
Garfiel : “P’tain d’sarcasme ! J’ai pas pris un centimètre comparé à toi ! Qu’est s’qui t’es arrivé bordel ! Comment t’es d’venue si——ghhhah !?”
Frédérica : “Nous sommes une famille, mais il n’y a aucune excuse de dire cela à une femme, Garf espèce d’idiot.”
Frédérica le prit par la jambe et le lança au sol, l’arrière de sa tête frappa le carrelage. Les yeux de Garfiel tournaient alors qu’il regardait le plafond, Frédérica se tenait au-dessus de lui. Son visage affichait un sourire.
Frédérica : “Aller, debout.”
Garfiel : “T’es celle qui m’as p’tain de mis à terre.”
Garfiel prit la main tendue de Frédérica, retourna sur ses pieds et se recoiffa légèrement avant de regarder la table que Frédérica utilisait.
Garfiel : “Alors ? T’en es à quel point d’ta tourte, sœurette ?”
Frédérica : “J’ai rassemblé tous les ingrédients et je viens de commencer à les hacher. Bien que, cela m’impressionne que tu te souviennes comment les faires, considérant que tu n’en as mangé que très jeune.”
Garfiel : “C’est parce qu’une p’tite maline à laisser la r’cette derrière pour que j’puisse en faire après qu’elle soit parti. Allez, mon incroyabl’ personne va pétrir la pâte.”
Frédérica : “Alors je vais m’occuper de la garniture.”
Garfiel se tenait devant les ingrédients alors qu’il enroulait une serviette autour de sa tête, prêt. Frédérica lui apporta les ustensiles de cuisine et les lui donna en douceur. Le frère et la sœur commencèrent à travailler ensemble, sans séparation de dix ans apparente, car ils s’occupaient facilement de ce travail familial.
