03 — Jeunes âmes et spectateur

Ram semblait inutile en ce qui concernait les problèmes de fratries, sans sa mémoire. Elle était néanmoins une bonne sœur. Le temps passait pour Subaru et Émilia, sans aucun progrès.
Subaru : « Mais, tu n’as pas l’impression que Ram était assez odieuse ? »
Émilia : « Ne dis pas ça. Ram a ses propres positions… Elle les connaît depuis plus longtemps que nous, donc c’est peut-être la différence. »
Émilia souriait railleusement à Subaru, qui boudait alors qu’ils marchaient dans les couloirs du manoir. Ils avaient quitté la chambre de Rem et réfléchissaient à cette rencontre tandis qu’ils s’aventuraient dans les environs. Dans l’esprit de Subaru passaient les mots que Ram leur avait confiés avant leur départ :
Ram : « Les rapports entre Garf et Frédérica ? Ça devrait être bon de les laisser en paix. Ce ne sont pas des enfants… enfin, Garf en est un, mais il n’est pas dépourvu de ses propres convictions. Bien qu’elles aient tendance à être inexactes. Ils vont gérer les choses par eux-mêmes. »
C’était une opinion assez impitoyable sur Garfiel, étant donné l’affection qu’il portait à Ram. Toutefois il était imaginable que Ram considère Garfiel comme un frère cadet. Son béguin pourrait être qualifié de mignon, si les sentiments n’étaient pas autant intenses et violents. Pauvre Garfiel, épris d’une femme aussi forte.
Émilia : « Hum ? Qu’est-ce qui ne va pas ? »
Subaru : « Non, c’est rien. Je pensais juste à cet homme, Garfiel n’est pas le seul à faire face à un grand obstacle. »
Émilia : « ? »
Émilia pencha innocemment la tête. Subaru détestait que son esprit ne parvienne pas à comprendre le sens de son regard et de ses mots. Qu’il finisse par lui pardonner était peut être l’une des faiblesses de l’amour.
Subaru : « Bon, « Ram », c’est fait… qui consulter ensuite ? »
Émilia : « Hein ? Tu vas encore essayer ? »
Subaru : « Ouais. On n’a toujours rien résolu. Puis, il n’y a rien de viril à abandonner, alors qu’on a trébuché sur la première étape. Tu ne veux pas améliorer leur lien aussi, Émilia-tan ? »
Émilia : « Oui, pourtant… Ram les connaît le mieux, et c’est ce qu’elle a dit … Alors c’est peut-être la meilleure chose à faire. »
Subaru : « Les laisser pourrait résoudre le problème avec le temps, mais il ne faut pas oublier que ça fait une décennie qu’ils se sont éloignés. Je ne vais pas attendre une autre décennie pour qu’ils se réconcilient. J’aimerais leur donner un coup de pouce pour qu’ils se renouent rapidement. »
Subaru insistait pour qu’ils s’en tiennent au plan, tandis qu’Émilia semblait assez bousculée par la déclaration de Ram. Cela dit, si Subaru voulait que Garfiel et Frédérica se réconcilient, il souhaitait autant empêcher que cette chance de faire des choses avec Émilia ne s’échappe. Car quoi que fasse Subaru dans ce coup, cela ne se transformerait pas en bain de sang. Ce cœur, après toutes ces épreuves et erreurs, ne pourrait-il jamais se sentir aussi léger ?
Émilia : « Que s’est-il passé ? Subaru, tu viens d’avoir un sourire… »
Subaru : « Non, je me disais juste que c’est un bonheur de réfléchir sans s’angoisser. Ouah ! Peu importe comment tout tombe, il n’y a pas d’effusion de sang et personne ne meurt ! »
Émilia : « Subaru… »
Subaru sortit son pouce, ses dents étincelaient, mais Émilia l’observait avec un profond sentiment de pitié. Subaru réévalua sa déclaration, se disant qu’il avait dû dire quelque chose d’étrange. Puis il se scandalisa de la brutalité et de l’inconvenance de ses propos, de l’appauvrissement de ses ambitions.
Subaru : « Hormis ça, Émilia-tan. »
Émilia : « Ça ira. Je sais que ça a été dur. Je suis désolée de ne pas avoir réalisé ce que tu éprouvais. Subaru, peut-être, devrais-tu passer la journée à te reposer dans ta cham— »
Subaru : « Non non non, cette réaction était pour quand tu ne réalises pas ce que je ressens ! »
Émilia l’observait avec affection. Et, à ce moment de la discussion,
??? : « … C’est donc toi qui fais tout ce raffut, je suppose. »
Soupira une voix. Subaru se tourna vers l’orateur, pour trouver une fille en robe extravagante qui se tenait là——Béatrice. Elle était venue de l’autre extrémité du couloir et s’était arrêtée pour regarder Subaru et Émilia, les sourcils froncés sur son joli visage.
Béatrice : « Vous vous amusez certainement, en fait. Je peux entendre votre dispute de l’autre bout du manoir, je suppose. »
Subaru : « Il y a un flagrant sarcasme dans tes propos. Si tu es triste de ne pas être incluse, dis-le. On te laissera te joindre à nous pendant notre heure de discussion approfondie. »
Béatrice : « Qui a déclaré que quelqu’un est malheureux d’être laissé de côté, en fait ! N’allez pas dire n’importe quoi, je suppose ! »
Béatrice croisa les bras, les joues rouges d’indignation. Subaru et Émilia devaient tous deux sourire à l’incroyable attitude de Béatrice.
Environ une semaine s’était écoulée depuis que Subaru et Béatrice avaient conclu leur contrat. Cela dit, rien de particulièrement dramatique n’avait changé dans leur relation. Subaru taquinait Béatrice comme toujours, et Béatrice réagissait de façon disproportionnée. Ces mêmes échanges se déroulaient sans fin pour ces deux-là. Mais, ces derniers temps, Béatrice était de plus en plus souvent en déplacement. Et parfois, comme si elle se remémorait quelque chose, elle venait tenir la main de Subaru.
Subaru : « Et ainsi de suite, c’est ce que tu te dis, mais en réalité tu es ici parce que tu voulais me tenir la main. Cette pauvre fille, c’est trop. »
Béatrice : « Ne déforme pas les actions de Betty en leur donnant ces étranges prétextes, en fait. Betty continue à te toucher parce que les circonstances l’exigent, je su… Subaru, je suppose. »
Subaru : « C’est adorable comme tu t’es rappelé de dire ça. »
Émilia : « Subaru. »
Émilia mettait en garde Subaru alors que le visage de Béatrice devenait rouge. Subaru tirait la langue à Émilia et tendait la main à Béatrice. Sa main se refermait légèrement autour de ses doigts, avant qu’elle n’y repense et ne saisisse timidement sa main. C’est ce que faisait toujours Béatrice. Il sentait ses petits doigts sur sa paume. Ce toucher chatouilleux et embarrassant était le fruit du travail de Subaru.
Mais cette fois-ci, Béatrice ne le faisait pas et se contentait de scruter la main de Subaru, hésitante.
Subaru : « Qu’est-ce qu’il se passe ? Je me lave les mains après être allé aux toilettes. »
Béatrice : « Je ne m’inquiétais pas pour ça, mais maintenant cette pensée va être dans ma tête et c’est dégoûtant, en fait ! Non, c’est autre chose… »
Béatrice jeta un coup d’œil en réponse au commentaire inutile de Subaru, et elle jeta aussi un coup d’œil derrière elle. Subaru pencha la tête à ce moment-là, quand il entendit la réponse venir du fond du corridor.
??? : « Où es-tu allée, Béatrice-chan ? »
Une voix appelait du bout du couloir, au-delà d’un angle, à la recherche de Béatrice. La voix était féminine, emplie d’affection et d’amitié. Mais en l’entendant, les épaules de Béatrice frémirent,
Béatrice : « Ah ! »
Béatrice poussa un cri, ses yeux s’agitèrent avant qu’elle ne plonge dans une pièce voisine. Subaru et Émilia regardèrent avec des yeux écarquillés alors que Béatrice jetait un coup d’œil derrière la porte.
Béatrice : « Dites-lui que je ne suis pas là, je suppose. S’il vous plaît, en fait. »
Subaru : « Hey. »
Béatrice : « S’il vous plaît, je suppose. »
Avec cela, elle ferma silencieusement la porte. Subaru haussa les épaules tandis qu’Émilia fronçait ses sourcils dans la confusion. Et,
??? : « Oh ! Subaru ! »
Une jeune fille apparut au-delà du tournant du couloir, son visage s’illumina alors qu’elle s’approchait en s’élançant. La jupe de sa tenue de soubrette battant, la jeune fille aux cheveux auburn trotta auprès d’eux——c’était Pétra. Pétra séjournait également dans ce manoir suite à l’incinération du domaine de Roswaal. Compte tenu du danger que constituait le fait d’être impliqué, Subaru avait tenté de la convaincre de retourner au village, mais elle avait refusé de l’écouter.
Pétra : « Pardonnez-moi, Émilia-sama. Je vous présente mes excuses pour avoir élevé la voix. »
Et dit cela. L’immaturité dont elle avait fait preuve à l’égard de Subaru disparut instantanément. Les yeux d’Émilia s’élargirent au comportement de la jeune fille.
Émilia : « Ah, euh, c’est bon. Ne t’inquiète pas. Tu peux te détendre, servante. »
Subaru : « Émilia-tan, « servante » ? »
Émilia allait devoir apprendre à réagir lorsqu’on lui parlait avec humilité. Mais en mettant de côté cette conversation désordonnée, pourtant chaleureuse,
Subaru : « Alors, quoi de neuf, Pétra. Il s’est passé quelque chose ? »
Pétra : « Non, rien ne s’est passé… mais comme j’ai fini mon travail, je pensais à m’amuser avec Béatrice-chan. Mais je n’ai pas réussi à la trouver. »
Émilia : « Béatrice-chan… mon dieu. »
Émilia eut le souffle coupé et elle mit la main à la bouche en retenant son rire. Subaru était également proche du ricanement. Béatrice, malgré sa taille, avait été doublée d’un -chan par Pétra. Subaru avait éclaté de rire lorsqu’il les avait surprises en train d’interagir pour la première fois.
Pétra : « Y a-t-il un problème, Émilia-sama ? Ai-je peut-être dit quelque chose d’étrange ? »
Émilia : « Non, rien. J’ai juste trouvé ça un peu trooop drôle. »
Pétra : « Un peu » mais « trooop » ? »
Parfois, l’enfantillage de Pétra était mis en avant. Émilia lui souriait et jeta un coup d’œil à Subaru, son regard lui demandant ce qu’elle devait faire. Subaru fit semblant de réfléchir à la question,
Subaru : « Bien. Béatrice. Elle adore l’attention, alors je suis sûr que tu t’amuses aussi à t’occuper d’elle ? »
Pétra : « Hum, c’est vrai. Béatrice-chan n’est pas du tout honnête. Elle est super mignonne quand je suis avec elle. Je ne pense pas que les gens comme elle devraient être laissés à eux-mêmes. »
Subaru : « Pourquoi penses-tu cela ? »
Pétra : « Parce qu’elle se sentirait seule. On ne peut pas l’abandonner comme ça. »
Subaru fit un signe de tête à la réponse intelligente, mais sobre de Pétra. Il avait fallu beaucoup de mots pour en arriver là, mais c’était finalement le même raisonnement qui avait poussé Subaru à sortir Béatrice de la Bibliothèque Interdite. Les enfants veillaient à la vérité des choses. Ou alors Subaru et Béatrice s’étaient simplement disputés en utilisant la logique des enfants.
Pétra : « Pourquoi tu ris aussi maintenant, Subaru ? »
Subaru : « Ce n’est pas que je me moque de toi. C’est juste que tu es si brillante, Pétra. »
Pétra : « Vraiment ? Héhéhé. »
Subaru tapota la tête de Pétra et lui fit un signe de tête. Puis il mit sa main sur la poignée de porte derrière lui et ouvrit la porte.
Béatrice: « Heiin !? »
Tout à coup, une loli espionne fut envoyée au sol. La lolie se releva, les yeux larmoyants et le front rouge à cause de la porte.
Subaru : « Qu’est-ce que tu fais ? »
Béatrice : « Mais qu’est-ce que tu fais, en fait ? Ça fait mal ! Ça fait sincèrement mal, je suppose ! Ça fait mal et en plus tu as rompu ta promesse… »
Subaru : « Je n’ai rien promis, et je n’ai même pas dit que je le ferais. Après avoir bien réfléchi à qui soutenir, j’ai décidé qu’il serait plus drôle de soutenir Pétra. »
Béatrice : « Plus drôle ! Plus drôle, dit-il, en fait ! C’est juste épouvantable, je suppose ! »
Béatrice se plaignait, se frottant le front pendant que Subaru, se bouchait les oreilles, faisant semblant de ne pas l’entendre. Quand une fille coupa dans leur échange. Pétra faisait directement face à Béatrice, lui faisant ouvrir la bouche et lui faisant remuer les cheveux.
Béatrice : « Ah, euh, euh, ne te fais pas de fausses idées, en fait… Je, je ne me cachais pas de toi ou de quoi que ce soit… »
Pétra : « Allez, Béatrice-chan. Tu vas te faire sermonner si tu joues à cache-cache dans les maisons des autres. Bien que je comprenne que tu veuilles tellement jouer que tu ne puisses pas t’en empêcher… »
Béatrice : « Quoi !? Arrête de faire comme si Betty était une enfant, je suppose ! Bien que je puisse ressembler à ça, je suis pleinement une… euh, pleinement une… »
Pétra : « Pleinement une ? »
Béatrice : « … Peu importe, en fait. »
Au final, Béatrice se rendit. Émilia eut l’air surprise, et Subaru ferma également les yeux sur les événements inconnus.
Ce qui était amusant dans la relation entre Béatrice et Pétra, c’était que d’une certaine manière, Pétra était la dominante. Béatrice gardait toujours une attitude hautaine et bridée lorsqu’elle interagissait avec quelqu’un. Subaru et Puck étaient des exceptions, et maintenant Pétra s’était lancée dans cette voie. Pour une raison quelconque, Béatrice ne pouvait pas interagir avec Pétra en utilisant son comportement normal. Même elle ne semblait pas comprendre pourquoi. Toutefois Subaru avait vu à plusieurs reprises qu’elle se tenait la main avec Pétra et qu’elle avait l’air plutôt réticente à ce sujet.
Peu importe ce que pensait Béatrice, pour un étranger, ce n’étaient que deux jeunes filles. Et c’était deux filles, avec des présages de beauté, qui se tenaient la main. Un spectacle charmant. Pétra avait l’air un peu plus âgée que Béatrice. Peut-être était-ce parce que Béatrice luttait pour contrebalancer Pétra lorsqu’elle se comportait comme une grande sœur.
Pétra : « OK, allons-y. Nous ne voulons pas interrompre le travail de Subaru et Émilia-sama. Et Frangin Clind nous a apporté des bonbons, alors allons les manger ensemble. Dans la salle à manger. »
Béatrice : « O-Ok, je suppose. Je vais y aller… pour que tu n’aies pas besoin de me tirer, en fait. »
Béatrice envoyait un regard suppliant à Subaru alors que Pétra la conduisait hors de la pièce par la main, mais Subaru lui répondit cruellement en levant le pouce. Émilia lui faisait signe de partir alors que Pétra la traînait au loin.
Cette relation de confiance avec Subaru, exigée par les circonstances, devrait venir plus tard. Émilia mit le doigt sur sa lèvre alors qu’elle regardait avec contentement une fille enlever l’autre,
Émilia : « C’est tellement surprenant. Je ne m’attendais pas à ce que Béatrice soit faible face à Pétra. »
Subaru : « N’est-ce pas ? Au début, ça m’a étonné. Mais c’est adorable à regarder, alors je n’ai rien dit. Et je pense que Pétra a tout à fait raison. »
Émilia : « Elle sera triste si on la laisse seule ?
Subaru : « Ça ne me dérange pas d’être avec elle à toute heure du jour, mais ça ne servait à rien dans ce cas de quitter la Bibliothèque. Si elle crée des souvenirs, alors les pages de son album photo devraient contenir autant de personnes que possible »
Puisqu’elle devait compenser quatre siècles de pages blanches. Si Subaru consommait tout l’espace de son album, ça allait vite devenir redondant. Ses souvenirs devraient être remplis de beaucoup de gens et de beaucoup de visages. Subaru pensait qu’il vallait mieux se tenir à ses côtés lorsqu’elle cliquait sur l’obturateur, se glissant parfois dans le cadre.
Émilia : « Subaru… parfois tu es tellement cool. »
Subaru : « Hein, quoi, sérieusement ? Qu’est-ce qui s’est passé, c’est quoi cette RNG !? »
Émilia : « Mais ce n’est vraiment que parfois ».
Subaru se gratta la joue tandis qu’Émilia riait.
Même si c’était une blague, les compliments d’Émilia l’excitaient inévitablement. Il voulait qu’on lui rappelle toujours ce sentiment chaque fois qu’il taquinait Béatrice. Il devait continuer à la taquiner maintenant.
Subaru : « J’ai l’impression que les objectifs et les moyens ont changé de place, mais ça arrive parfois. Maintenant, nous devons voir ce spectacle réconfortant, alors la prochaine étape est… »
??? : « En effet, une vue réconfortante. Le spectacle de deux filles avec leurs belles âmes, souriant en se donnant la main… c’est la splendeur de ce monde. Effusion. »
Émilia : « Eek !? »
Juste au moment où Subaru passait au sujet suivant, une voix s’éleva ce qui fit japper Émilia. Parce que l’arrivée de l’orateur était aussi soudaine et inattendue. Et son emplacement était tout aussi inattendu que son arrivée. Ce personnage se tenait derrière Subaru, si près qu’il pouvait sentir son souffle sur son cou, avec son expression nonchalante lorsqu’il se joignait à la conversation.
??? : « Je m’excuse pour la surprise. Mais je n’ai pas pu réprimer mon envie professionnelle de vous présenter un service étonnant. Échec. »
Subaru : « C-Clind-san ? »
Clind : « Oui, c’est Clind. J’espère que je ne vous ai pas mis en colère ? Inquiétude. »
Un homme beau et mince leur donna un salut parfait en s’inclinant. Ses cheveux bleus étaient juste assez longs pour toucher ses épaules, et il portait un monocle sur l’œil gauche. Son costume de majordome noir amidonné semblait prendre plaisir à être son vêtement, car il en montrait parfaitement le potentiel, ses mouvements étaient si raffinés que Subaru devait se tenir droit sans le vouloir.
La posture de cet homme était si parfaite qu’elle pourrait correspondre à celle de Wilhelm, mais l’aura qu’exerçait Clind différait de celle de la Lame Démoniaque. Si Wilhelm donnait l’impression d’une lame aiguisée, alors Clind était le flux des eaux primitives. La beauté matérielle était différente de la beauté conceptuelle. Bien que les deux apaisaient l’esprit de la même façon.

Subaru : « C’est un peu chiant de se pointer derrière des gens sortis de nulle part, Clind-san… j’ai failli avoir une crise cardiaque. »
Clind : « Si cela devait se produire, nous consacrerions tous nos efforts à votre réanimation. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter, car tout va bien. Porte de la Mort. »
Subaru : « Um !? Sauf que ça n’aide pas du tout !? »
Si les gestes de politesse de Clind restaient forts, sa réponse était tout le contraire. Cependant, son comportement actuel ne donnait aucune indication sur sa personnalité ou ses capacités. Clind était aussi excellent serviteur qu’il en avait l’air, étant le maître d’hôtel par excellence de la famille Milord.
Bien que jeune, il gardait le manoir en ordre avec sa personnalité audacieuse. Et ce n’était pas tout : il était même capable de manier l’épée en cas d’urgence. Il était si doué que, lorsqu’ils s’étaient rencontrés, Garfiel avait essayé de se battre avec lui : « S’type est plutôt bon, p’tain. » Bien que Clind ait ignoré l’invitation au duel.
Cependant, malgré toute l’excellence de Clind, il avait quelques défauts. L’un d’eux était son penchant manifeste pour la malice. Un autre était,
Émilia : « Pétra ne t’a pas causé de problèmes, n’est-ce pas ? Je sais que tu la laisses participer au travail, mais je suis encore un peu inquiète… »
Clind : « Il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Pétra est exceptionnelle pour une fille de son âge. J’attends de voir comment sa compétence et sa beauté vont s’épanouir. Envie. »
Émilia : « Je vois. Tant m—… »
Clind : « Mais elle deviendra adulte. …Ce que je trouve terriblement dommage. Chagrin. »
Clind fronça ses sourcils, l’air totalement déçu. C’était l’un de ses défauts, et un grand.
Clind était très intéressé par les jeunes filles comme Pétra et Béatrice. En clair, il s’intéressait aux petites filles, un lolicon.
Clind : « Que se passe-t-il, Natsuki-sama ? On dirait que vous avez vu un futur criminel. Ai-je peut-être fait quelque chose de malheureux ? Confirmation. »
Subaru : « On dirait que tu en es conscient, vu la précision de ce commentaire. Je n’aime pas vraiment les jeunes filles, je t’accorde ça, mais sérieusement quand elles sont si jeunes… »
Clind : « Il semble que vous pourriez être victime d’un terrible malentendu. Sourire. »
Sourire, dit-il, sans sourire le moins du monde. Son visage séduisant s’assombrit de façon décourageante alors qu’il ajustait son monocle, et se tournait vers Subaru.
Clind : « Ai-je votre attention ? Je n’admire ni Anne-Rose-sama, ni Pétra, ni Béatrice-sama parce qu’elles sont jeunes. C’est parce que je m’éprends de la promesse et de la jeunesse de leur âme. Il est naturel d’être enchanté par des âmes pures et immaculées. Et il se trouve que beaucoup de ceux qui possèdent de telles âmes sont jeunes. D’où le malentendu. »
Subaru : « Bien… »
Clind fit un discours pour réfuter Subaru, bien que celui-ci n’écoutait pas ses propos. Cependant, les prochains mots de Clind détruisirent cette attitude de Subaru. Il regarda Émilia, et,
Clind : « En fait, »
Clind : « Mes yeux perçoivent un éclat similaire à celui de l’âme d’Émilia-sama. Pureté. »
Émilia : « Moi ? »
Subaru : « Putain de merde, Clind-san ! »
Émilia pencha la tête. Subaru ne put que se sentir choquée et impressionnée par la perception de Clind. Il ne devrait pas être possible de déterminer qu’Émilia était mentalement beaucoup plus jeune qu’elle ne paraissait sans enquêter sur son passé et son éducation. Les yeux de Clind avaient pénétré à travers cela, et il s’était assuré qu’Émilia était mentalement une lolie. Le nez d’un lolicon était à craindre, pensa Subaru avec un étonnement muet.
Subaru : « Et pour Lewes-san ? »
Clind : « Son apparence est excessivement adorable, mais son âme est mûre. Il est hors de question pour quelqu’un d’aussi faible que moi d’attendre une promesse divine de quelqu’un qui a été mis dans ses petits papiers. Insouciance ».
Subaru : « Incroyable… »
Cela impressionnait vraiment Subaru qu’il puisse voir à travers la lolie-grand-mère. Émilia avait participé à cet échange, mais ne semblait pas particulièrement intéressée par les fétiches de Clind.
Émilia : « Clind-san, il y a quelque chose que je voudrais te demander… »
Clind : « Demandez ce que vous voulez. Enquête ».
Émilia : « Frédérica travaillait-elle ici avant de commencer à travailler dans le manoir de Roswaal ?
Clind : « …En effet. Affirmatif. »
Subaru fronça ses sourcils, sentant que Clind avait été muet pendant une seconde. L’hésitation faisait cligner des yeux Émilia aussi, mais la conversation se poursuivit telle quelle.
Émilia : « Ce qui veut dire que tu connais Frédérica depuis longtemps ? »
Clind : « Frédérica et moi nous connaissons depuis une décennie——j’étais encore un serviteur qui venait juste de commencer à travailler lorsque le Margrave a amené Frédérica à la maison Milord. Nous nous connaissons depuis lors. De vieux amis ».
Émilia : « Je le savais ! Bon, j’ai une question sur Frédérica. Y a-t-il quelque chose qu’elle aime ou n’aime pas et que nous pourrions utiliser comme point de départ pour la réconcilier avec Garfiel ? »
Clind : « Un point de départ pour la réconciliation. Rumination. »
Clind mit sa main au menton, en pensant. Il était beau comme un portrait, même en ruminant. Subaru jouait avec la fermeture éclair de son survêtement tout en se lamentant, « Donc les beaux mecs peuvent s’en tirer en étant des lolicons… » sur les différences étonnantes de beauté. Après une minute de réflexion, Clind hocha la tête d’un air calme.
Clind : « Je vais faire du poulet comme plat principal du prochain anniversaire d’Anne-Rose-sama. Plan. »
Émilia : « Où est passée Frédérica dans l’histoire !? »
Clind : « … Ah, pardonnez-moi. Chaque fois que j’essaie de la méditer, mon cerveau la rejette infailliblement. J’ai bien peur que ce soit ma particularité. Demande de pardon. »
Émilia : « Tu ne t’entends pas avec Frédérica, Clind-san ? »
Clind : « Absurde. Déni ».
Clind secoua la tête à Émilia.
Clind : « C’est une excellente servante qui mène son travail avec rapidité et précision, et qui sait aussi faire preuve de tact. Si vous ignorez que son apparence souille son poste, ce qui exige que la servante soit parée de splendeur et de beauté, je n’ai aucune plainte à formuler à son sujet. Indifférent. »
Émilia : « Hum ? Je crois que je viens d’entendre quelque chose plein de préjugés, mais est-ce que c’est juste moi ? Subaru ? »
Subaru : « Non, ce n’est pas que toi, c’est juste Clind-san. »
Il semblait que les préjugés implacables de Clind découlaient de l’apparition de Frédérica. Si oui, l’impact initial de son apparition avait aussi fait sursauter Subaru. Frédérica était en fait à la fois diligente et pleine de féminité. Il n’y avait rien de mal en tant que femme, si ce n’était son apparence.
Clind : « Je sens que Natsuki-sama est arrivé à la même conclusion que moi. Distinction. »
Émilia : « C’est vrai ? Subaru ? »
Subaru : « J’essaie de mettre fin à mon habitude de sonder les défauts des autres, alors pourrais-tu ne pas le faire ? Émilia-tan ton regard est un méga critique sur moi ! »
Émilia : « Ce n’est pas de ça qu’on parlait, bon sang. …Mais, merci. »
Émilia déclara cela les joues légèrement rouges. Ces compliments semblaient totalement inefficaces avant, mais depuis qu’Émilia avait terminé les épreuves, ils avaient commencé à la travailler un peu, ce qui était nouveau. Puck n’était plus là pour donner des leçons de mode à Émilia, et elle s’était mise à s’occuper de sa propre toilette et de son garde-robe. Apparemment, elle avait fait des essais et des erreurs sur ce qui était élégant. Bien que naturellement, lorsqu’elle avait commencé à penser à couper ses cheveux argentés courts, tout le monde avait collectivement appuyé sur le bouton pause.
De toute façon, il ne semblait pas qu’ils allaient obtenir de Clind des informations utiles sur Frédérica. Subaru et Émilia soupirèrent, se retrouvant une fois de plus dans une impasse. Quand Clind s’exprima,
Clind : « Juste une spéculation… »
Clind : « À en juger par ce que j’ai entendu, seriez-vous en train de chercher à améliorer la relation fraternelle entre Frédérica et Garfiel-sama ? Conjecture. »
Émilia : « Oui, nous le sommes. Mais ni moi ni Subaru n’avons de frères ou de sœurs, donc nous ne savons pas quoi faire. Nous nous sommes renseignés, mais… »
Clind : « Étant donné que le seul problème de Frédérica est son apparence, je pense que les problèmes liés à Frédérica qui ne sont pas liés à son apparence se résoudront d’eux-mêmes si on les laisse seuls. Mais il semble que vous puissiez trouver cette position insatisfaisante. Et c’est pourquoi je vous propose. Proposition. »
Les deux : « Proposition ? »
Clind leva le doigt. Subaru et Émilia penchèrent la tête à l’unisson. Pour la première fois ce jour-là, Clind sourit.
Clind : « Si vous êtes inquiet à leur sujet, ne devriez-vous pas parler à la personne la plus proche d’eux ? Pas Ram, mais un autre ? Opinion. »
Émilia : « Le plus proche d’eux… oh ! »
Émilia frappa dans ses mains, les yeux ouverts quand elle finit par avoir cette idée. Subaru arriva à la même conclusion, mais quelque chose le dérangeait d’abord. C’est à dire,
Subaru : « Pas Ram ? Je suis presque sûr que nous ne l’avons pas mentionné depuis longtemps, Clind-san, depuis combien de temps nous écoutes-tu parler ? »
Clind : « C’est parce que je suis le majordome chargé de la paix et des corvées de la maison Milord. Déclaration. »
Cela ressemblait à une réponse, mais ne l’était pas. Subaru fronça les sourcils tandis que Clind s’inclina respectueusement.
Sa conduite en tant que subordonné était si parfaite qu’elle dépassait tout observateur. Tout ce que Subaru pouvait faire, c’était se taire et avoir l’air aigre.
