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Web Novel • Arc 03

02Que le festin commence !

Révisé par Tella et Akira


Artiste du fan-art : 千夜QYS3


Appuyée sur les planches au fond du carrosse tremblant, Rem n’arrivait à penser qu’à lui.

Comme si quelqu’un l’appelait, Rem leva la tête qu’elle gardait jusqu’alors baissée.

Face aux rayons du soleil couchant, elle plissa les yeux. En face d’elle, de multiples chariots menaient le convoi sur la route, transportant les considérables blessés qui avaient découlé de l’expédition punitive contre la Baleine Blanche.

Ils rejoignaient donc la capitale avec de nombreux blessés graves, n’ayant que très peu de matériel de premiers secours. Même avec leur visage défiguré par la souffrance, ils souriaient, venant d’accomplir un acte convoité depuis des siècles. Le bonheur et la satisfaction de cette réussite suffisaient largement à couvrir la douleur résultant de leurs légères blessures. Pour eux, le retour à la capitale serait triomphal. Rem, en les regardant, ressentit une gêne.

Crusch : “Tu as l’air anxieuse, Rem. Tu t’inquiètes toujours pour lui ?”

Rem : “Crusch-sama…”

En jetant un coup d’œil vers la voix, il s’agissait de Crusch, assise à côté d’elle. Le fait que la Duchesse ne présentait aucun bandage ou blessure sous son armure était incroyable et digne d’admiration, mais Crusch n’était pas capable de cacher la vérité, son corps était à bout de force. Elle n’était pas la conductrice du chariot, mais si elle s’en chargeait elle s’effondrerait. Il fut donc décidé qu’elle et Rem voyageraient ensemble jusqu’à leur retour.

Voyant le regard inquiet de Rem, Crusch haussa les épaules, pour montrer sa vitalité.

Crusch : “Wilhelm et Félix, les guerriers d’élite de notre bataillon et les mercenaires de Ricardo sont aussi avec lui. Je trouve cela difficile que cette renarde d’Anastasia Hoshin n’ait pas déjà tout prévu. Même si faire face à un Archevêque est dangereux, je ne pense pas qu’il y ait de raison pour qu’ils perdent.”

Rem : “Mon inquiétude est seulement due à mon égoïsme…”

Crusch : “On ne peut pas toujours supprimer la source de l’anxiété, huh… Quand l’obstacle est en vous, il est possible de vous améliorer jusqu’à ce qu’il soit surmonté. Mais lorsque ça vient d’une autre personne, cela devient plus compliqué… Je ne suis pas très douée pour rassurer les gens, pardonnez-moi.”

Découvrant que l’expression de Rem se détériorait davantage, Crusch comprit son erreur et baissa la tête. Mais en observant Crusch soudainement sortir de son personnage, Rem ne put s’empêcher d’esquisser un sourire du coin de ses lèvres. Crusch, apercevant ceci, acquiesça.

Crusch : “Subaru Natsuki disait cela. Sourire te va beaucoup mieux Rem. Je pensais qu’il ne s’agissait que de flirt, mais je vois maintenant qu’il ne mentait pas.”

Rem : “Crusch-sama, vous… êtes une autre personne quand vous souriez. Vous êtes toujours si dure, c’est comme si…”

Crusch : “On me dit ça parfois, mais ça ne me dérange pas. Je suppose que c’est parce que je n’ai pas souvent l’occasion de sourire en public à cause de mon statut.”

Rem ne savait pas quoi penser. Était-ce une blague, fallait-il rire ? Mais en voyant Crusch détendue, Rem se mit à sourire à l’unisson. La dame de fer, galante et intrépide était une femme que Rem plaçait sur un piédestal, elle qui était si timide et discrète. Mais bien évidemment, dans le cœur de Rem, le plus grand honneur était réservé à nul autre que sa grande sœur, Ram.

Crusch : “Sur leur chemin se trouve le Culte de la Sorcière. Même si c’était plus ou moins prévisible au vu de l’identité d’Émilia, jusqu’à en savoir plus sur eux, la vigilance est de mise. Subaru Natsuki fera certainement preuve de précaution également. Mais le Margrave Mathers n’est pas du genre à être aussi imprudent, a-t-il un plan pour ce genre d’urgence ?”

Rem : “Je ne suis pas assez intelligente pour pouvoir explorer les profondeurs de l’esprit de mon maître. Même quand je le lui demande, il ne me répond pas.”

Crusch : “Nous sommes alliés désormais, certainement qu’il saura se montrer coopératif et bavard.”

Crusch essayait de rassurer Rem afin d’empêcher que de sombres idées ne puissent envahir sa pensée. Grâce à cela, Rem pouvait passer ce trajet sans se perdre dans ses pensées. Crusch devait avoir raison, un homme comme Roswaal L. Mathers devait avoir un plan pour ce genre de situation. Les actions de Subaru avaient sûrement servi les objectifs de son maître, tout en lui permettant de retrouver sa réputation perdue.

Natsuki Subaru, le héros.

C’était comme ça que Rem le voyait, celui qui l’avait sauvée. Et désormais, c’était comme ça que de nombreuses personnes le verraient, dans ce futur étincelant qu’il lui restait à créer. Si elle pouvait juste demeurer proche de cette lumière, se tenir à ses côtés de manière à ce qu’il se retourne quelquefois pour la regarder, Rem ne pourrait rien désirer de plus beau. Rien qu’avec ça, elle serait satisfaite.

Son cœur était empli de sentiments qu’elle-même ne saurait décrire avec précision. De la chaleur, de la sécurité. Mais aussi de l’inquiétude, sa poitrine se serrant de peur. Le seul qui pouvait altérer ses émotions ainsi, c’était lui.

Avec un sourire gravé sur ses lèvres, les pensées de Rem se tournèrent vers son avenir, et le sien. Jetant un regard sur le visage de Rem, Crusch poussa un soupir de soulagement. Caressant le fourreau de son épée de chevalier avec ses doigts, ses yeux fixaient en silence la route devant elle. Le chemin pour rejoindre la Capitale allait être long——

Crusch : “——!”

Rem : “——?”

Soudainement, Crusch plissa des yeux et se redressa. Rem entendit un vacarme singulier et leva la tête au même moment. Ce que les yeux de Crusch virent, était quelque chose d’étrange à propos du chariot tiré par un dragon terrestre devant. Le bruit que Rem avait entendu venait de la même direction. En fait, les deux indices menaient à la même conclusion.

Là, juste devant, le chariot fut anéanti, réduit en mille morceaux. Ce bruit venait des chariots qui se faisaient détruire à la chaîne. Une averse de sang et de poussière s’étendit en face, c’était un massacre. Le dragon terrestre qui tirait le chariot, le conducteur et les blessés furent tous broyés. La pluie de sang et de débris martelait le sol.

Crusch : “Un ennemi attaque !”

Sortant de l’état de choc qui l’avait gagnée, Crusch avertit le convoi. Tous, Crusch la première, se préparèrent au combat. Bien que Rem soit encore fatiguée et blessée, elle se leva avec son étoile du matin en main. Au-delà du lac de sang se tenait l’ombre droite d’un homme.

Un homme, en plein milieu de la route. Sans armes, sans armures, sans peur, sans compassion, malice ou intention——

Crusch : “Écrasez-le !”

L’ordre de Crusch venait du haut de la plate-forme du conducteur. Le chevalier fit claquer les rênes et le dragon de terre se mit à accélérer, tout en dégageant un cri dans sa charge féroce. Le chariot se transforma en un projectile mortel, inarrêtable, prêt à écraser quiconque se placerait en travers de son chemin.

Sans dévier de sa trajectoire, il allait percuter de plein fouet la silhouette droite. L’homme ne montrait aucune intention de bouger. Et juste comme ça, les deux objets se touchèrent, le corps mince sur le point d’être déchiré en lambeaux par le——

Rem : “Crusch-sama !”

Rem attrapa fermement Crusch par le poignet, et sauta hors du chariot. Elle se mordit les lèvres avant d’atterrir, car elle n’avait pas eu le temps d’attraper le conducteur.

??? : “Agh vraiment ? Je n’ai absolument rien fait et vous vouliez me rouler dessus ! Vraiment, ce n’est pas ce que quelqu’un de bien ferait.”

Il parlait avec l’attitude détendue d’un homme se promenant tranquillement dans un parc, ou qui se prélassait au soleil. S’il n’y avait pas eu les débris de ce qui était le chariot du dragon terrestre, Rem ne se serait pas autant sentie en danger face à l’absurde scène qui se déroulait sous ses yeux.

C’était un homme banal. Mince, avec des cheveux blancs ni trop longs, ni trop courts, ni particulièrement étranges. Sa tenue blanchâtre n’était ni luxueuse, ni en mauvais état et son visage n’avait rien d’exceptionnel. Il se fondrait dans n’importe quelle masse, une personne ordinaire que l’on oublierait aussitôt rencontrée.

Mais le dragon de terre qui lui était rentré dedans ainsi que le chevalier avaient été réduits en morceaux, leurs cadavres mélangés étaient en bouillies, il était impossible de savoir ce qui avait appartenu au chevalier ou au dragon terrestre.

Mais Rem, qui le fixait depuis tout ce temps, était terrifiée, non pas par la boucherie, mais par un seul et unique fait : il n’avait pas bougé d’un seul pouce.

Sans rien faire, cet homme avait détruit le chariot lui fonçant dessus, sans bouger et sans la moindre émotion.

Crusch : “Merci Rem, de m’avoir sauvée, mais il semble que nous ne sommes pas tirées d’affaire.”

Crusch, qui était dans les bras de Rem, se releva. Dégainant sa lame, elle fixa avec regret les morceaux mutilés du chevalier qu’elle avait envoyé à sa mort.

Crusch : “Pour avoir assassiné si cruellement mes sujets, ne pense pas que cela va se terminer si facilement. Toi, identifie-toi !”

Sa lame brillait de rage alors qu’elle se mettait en position. Le ton sur lequel elle communiquait avec l’homme aurait pu trancher de terreur de nombreux adversaires. Mais il plaça juste sa main sur son menton et hocha la tête.

??? : “Ah, je vois. Vous ne savez pas qui je suis. Mais je sais qui vous êtes. Maintenant à la capitale, non, dans tout le royaume, tout le monde parle de vous. Je veux dire que vous êtes candidate pour le trône. Même moi qui vis en lisière de la société sais qui vous êtes et je peux imaginer quelle tâche herculéenne cela doit être.”

Crusch : “——Silence ! Réponds-moi, ou je te tue.”

Artistes des fan-arts : AOI H (Crusch) et すな (Regulus)

??? : “Quelles menaces ! Mais peut-être qu’il faut être ferme pour régner sur tout un pays. Je ne peux pas comprendre une telle pratique, peut-être est-il impossible de comprendre une personne cherchant à atteindre une telle position, demandant autant de responsabilités. Je ne dis pas que je ne peux pas comprendre, mais je refuse de comprendre, contrairement à votre personne, je ne suis pas arrogant.”

Ne prêtant aucune attention à la demande de Crusch, l’homme continua, encore et encore——

Crusch : “——Comme je te l’aie dit, c’était ta dernière chance !”

Crusch l’interrompit, sa voix sans pitié suivant sa lame. Une coupe invisible, résultant de la combinaison de sa magie du vent et de sa lame, la coupe de cent hommes, une attaque aussi célèbre que dévastatrice, capable de trancher à travers tous les matériaux, même à distance. L’attaque frappa l’homme de plein fouet.

Lorsque l’une des trois grandes bêtes démoniaques, le Laphydre était apparu dans le domaine Karsten, l’attaque avait annihilé toutes les bêtes subordonnées au Laphydre . C’était avec ce premier succès que cette attaque avait reçu ce surnom.

Capable de trancher même à travers la fourrure et la peau de la Baleine Blanche, sa puissance s’était avérée décisive lors de l’expédition. L’homme serait tranché en deux face à ce pouvoir destructeur.

??? : “Agresser quelqu’un qui parle… Quel genre d’éducation avez-vous perçue ?”

Il pencha légèrement la tête, faisant mine de nettoyer son corps. Il était vivant. Non seulement il n’avait pas tremblé face à une attaque capable de pénétrer les défenses de la Baleine Blanche, mais son corps, non, même ses vêtements ne présentaient pas la moindre trace de dégâts.

Crusch ne put s’empêcher de retenir son souffle, alors que Rem ressentait un malaise dans tout son corps face à l’absurdité de la situation. L’homme soupira pour la première fois puis déclara :

??? : “Vous savez… J’étais en train de parler. Vous saviez que j’étais en train de parler ? Vous ne trouvez pas que me couper la parole est injuste ? Que c’est immoral ? Le droit à la libre parole est quelque chose que je ne veux pas trop défendre, mais quand quelqu’un parle, ne comprenez-vous pas qu’il est simple de se comporter normalement et de ne pas couper la parole ? Écouter ou non ne dépend que de vous, je ne me serais pas plaint si vous ne m’aviez pas écoutée, mais est-ce si dur de ne pas interrompre les autres ?”

Frappant le sol avec son pied, son mécontentement était plus que clair. Il pointait Rem et Crusch, médusées par la situation.

??? : “Et maintenant, vous ne me répondez pas, vous essayez d’éviter d’avoir à me répondre ? Vous écoutez, pas vrai ? Donc vous devriez pouvoir me répondre, ce qui serait la chose normale à faire, mais non. Vous ne voulez pas. Vous avez le droit de ne pas me répondre, bien évidemment. Vous pouvez voir cette situation comme moi, parlant et me faisant interrompre, puis me faire ignorer, vous le savez. Et vous utilisez votre liberté pour m’ignorer. Ce n’est pas grave, mais vous savez ce que cela veut dire, non ?”

Il se pencha en avant, fixant Rem et Crusch, les assassinant du regard, à voix basse.

??? : “Vous méprisez l’un de mes droits fondamentaux.”

La terreur prit possession du corps de Rem presque aussitôt, alors que l’homme se redressait et commençait à marcher vers elles. Il fit un petit mouvement de bas en haut avec son bras, sans y mettre le moindre effort.

En un instant, tout ce qui se trouvait sur le passage de son bras, la terre, le ciel, les nuages, le monde… tout s’ouvrit en deux.

Tourbillonnant, tournoyant dans le ciel, le bras gauche de Crusch dansa dans le ciel. Tombant au sol, agrippant toujours l’épée, le bras sectionné créa une mare de sang alors que Crusch tombait à terre, hurlant, convulsant face à la douleur inimaginable.

Rem : “Crusch-sama !”

Après une dernière seconde médusée, Rem porta secours à Crusch. Elle utilisa les dernières réserves de mana qui lui restaient pour arrêter l’hémorragie, au niveau de l’épaule de couleur pourpre. La blessure était morbide : peau, os, muscles, nerf, veines et artères avaient tous été parfaitement sectionnés. Plutôt que trembler de peur, Rem se sentit coupable d’être en admiration face à une attaque d’une précision aussi chirurgicale.

Crusch : “Féli…”

Crusch tenait Rem par la jambe, la serrant si fort qu’elle aurait pu se briser. Avec des yeux flous, marmonnant de manière indiscernable. Crush avait encore la force de vivre.

Rem gardait un œil sur ses mouvements. La manière dont il s’était défendu et dont il avait attaqué restait un mystère. Tout ce que Rem pourrait faire au premier signe d’attaque, serait de fuir avec Crusch.

Elles étaient seules. Où était donc passé le reste du convoi ? Pourquoi n’était-il pas venu au secours de Crusch, et de Rem ? Alors que leur maîtresse était blessée ainsi, où avait disparu les guerriers qui avaient vaincu la Baleine ?

??? : “Ahh… Peu importe combien nous mangeons, ce n’est jamais assez ! C’est à cause de ça que nous continuons à vivre. Se nourrir, nourrir, mordiller, mordre, avaler, dévorer, mastiquer, lécher, savourer, inhaler… Bon ! Délicieux ! Merci pour le repas !”

La voix aiguë venait d’un petit garçon, derrière Rem. Sentant la même malice derrière elle que celle de l’homme devant elle, le corps de Rem se mit à trembler alors qu’elle tournait lentement la tête. Là, en plein milieu des chariots du convoi, ricanant le dos tourné à Rem, se trouvait un garçon couvert de sang.

Il était petit, ses longs cheveux bruns foncés s’étendaient jusqu’à ses chevilles. Il avait presque la même taille que Rem. Il avait l’air juste suffisamment vieux pour pouvoir être considéré comme l’aîné des enfants du village d’Arlam. Son maigre corps n’était recouvert que d’une sorte de vieux vêtements abîmés, la moindre parcelle de peau exposée était couverte de sang.

Pas le sien, mais le sang de tous les chevaliers mutilés à ses pieds. Alors que Rem et Crusch avaient en face d’elles l’homme presque invincible, les chevaliers qui se battaient derrière elles, avaient été décimés si rapidement que Rem n’avait même pas eu le temps de remarquer leur combat.

Rem : “Vous… êtes…”

Sa voix tremblante, Rem recula pour pouvoir se positionner de manière à avoir les deux individus dans son champ de vision. Une traînée de sang la suivait alors qu’elle portait Crusch, dans sa retraite. L’air était devenu froid, comme s’il se moquait de leur faiblesse, et de leur peur.

Questionnés, l’homme et l’enfant se regardèrent. Et, acquiesçant tous les deux, ils échangèrent des sourires horrifiques et se retournèrent vers Rem. Le garçon puis l’homme se présentèrent :

??? : “Archevêque du Culte de la Sorcière représentant le péché de la Gourmandise, Ray Batenkaitos.”

??? : “Dans le Culte de la Sorcière, j’occupe la position d’Archevêque du Péché de l’Avarice, Regulus Corneas.”

Artiste des fan-arts : 吉川みら

Artiste du fan-art : 冷蝉

Comme pour répondre, la bouche de Batenkaitos s’étira grande ouverte, pleine de crocs.

Ray : “Quel courage ! Que le festin commence !”

Un éclat, un bruit, et à cet instant elle pensa——

Je souhaite que lorsqu’il réalisera que je ne suis plus là, il puisse ressentir quelque chose au plus profond de son cœur——

Ce fut le seul vœu de Rem dans son tout dernier moment.

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