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Web Novel • Arc 03

03Chacun ses serments

Révisé par Tella et Akira


Artiste du fan-art : ???


Elle était là. Allongée, tranquille, quiconque aurait pu penser qu’elle dormait.

Le fait que ses cils étaient longs était une autre pensée inutile. Elle évitait de mettre une expression sur son visage, mais dans ce sommeil éternel, elle redevenait normale. En y repensant, il n’avait jamais eu l’occasion de la voir dormir.

Elle se réveillait toujours plus tôt que lui, et elle n’allait s’endormir que bien après lui. Cette attitude obstinée et résolue, contraire à ce que d’autres personnes de son âge faisaient, s’était déjà à maintes reprises effritée devant lui. Surprise, embarrassée, pensante, et ses larmes, il avait vu tout cela. Et depuis qu’il l’avait sauvée, son sourire luisant sous ses larmes, il devrait y avoir tant, tant d’occasions de le revoir——

Subaru : “——Rem…”

Appelant son nom tout en caressant sa douce joue, elle ne répondait pas. Elle ne portait pas son uniforme ni son bandeau blanc dans ses cheveux bleu ciel.

??? : “Vous étiez là.”

Alors que le temps s’écoulait dans cette pièce, silencieuse, piégée dans le temps, une voix s’adressa à Subaru. Il se mit à regarder derrière lui pour faire face à une femme aux longs cheveux qui se balançaient, vêtue d’une élégante robe bleu foncé, alors qu’elle s’approchait de Subaru avec grâce. Mais tous ses mouvements étaient empreints d’une légère hésitation, qui, combinée à l’élégance de sa personne, donnait une impression plutôt étrange. Subaru ne pouvait s’empêcher de ressentir un sentiment de gêne lorsqu’il était près d’elle.

??? : “Elle…”

Subaru : “Rien, aucun changement. Je ne peux rien faire, et pourtant je reste ici. Je suis pathétique.”

??? : “Je… Je suis sûre qu’elle aurait aimé vous savoir ici.”

Timidement, elle essayait de le consoler, la tête baissée. Mais il réagit en lui renvoyant un regard à la fois féroce, amer et cruel. Il leva la tête, ses sens s’aiguisèrent à ses mots, ses yeux rivés sur les siens. Il ne le voulait pas si perçant, mais il n’avait pas réussi à le maîtriser.

??? : “Je suis désolée… J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas et j’en suis sincèrement désolée.”

Subaru : “Non, c’est moi qui devrait être désolé. Je n’ai pas su me contrôler. Rem m’aurait réprimandé, du genre ‘ne trouves-tu pas que ta réaction était exagérée, Subaru ? Comporte-toi mieux avec les autres.’, quelque chose du genre.”

Relevant les épaules, Subaru tenta d’imiter la voix de Rem. Il se souvenait de sa voix et de la manière qu’elle avait de parler, il gardait tout cela dans ses souvenirs. À part lui, personne n’aurait pu en faire de même. Que personne ne puisse en faire de même, ou plutôt le critiquer à cause de la piètre qualité de sa performance, était terrible.

La femme baissa les yeux, attristée par la voix creuse de Subaru, alors qu’elle tenait son poignet gauche avec sa main droite. L’ombre du silence s’abattit sur la pièce, baignée de cette sensation familière. Son cœur tremblait. Il ne devait pas rester comme ça. S’il restait plongé ainsi dans le désespoir, il ne pourrait pas résoudre la situation. Ce n’était pas quelque chose que le Subaru Natsuki auquel Rem croyait ferait.

Subaru : “Qu’y a-t-il ?”

??? : “Ah, oui. On essaye de rassembler tout le monde pour discuter dans le salon. Si vous voulez bien venir…”

Elle était rassurée que Subaru ait fait le premier pas, mais sa phrase se bloqua en plein milieu, puis elle se remit à baisser la tête, embarrassée.

Subaru : “Je m’appelle Natsuki Subaru.”

??? : “Je suis désolée… Natsuki Subaru-sama. Je m’en souviendrai. Apparemment, je vous dois beaucoup, et je m’excuse de ma maladresse.”

Subaru : “Il y a déjà trop de choses dont tu dois te souvenir, ne t’inquiète pas.”

Comme pour dire qu’elle était très, très désolée, la jeune femme baissa la tête. En la voyant se relever avec une grâce parfaite, voire féminine, Subaru ne put s’empêcher de ressentir un sentiment d’incongruité surréaliste lui poignardant la poitrine. Même Subaru n’était pas assez effronté pour le dire à haute voix.

Secouant la tête, Subaru décida de mettre cela de côté pour l’instant, et se leva. Avant de partir, il se retourna une dernière fois vers la fille posée sur le lit, puis lui toucha doucement les cheveux sur son front.

Subaru : “À plus tard, Rem.”

Sa respiration fragile était la seule preuve qu’elle était encore en vie. Et sa présence ici était la seule preuve qu’elle existait. Se retournant, Subaru fit face à la femme.

Subaru : “Le salon, c’est ça ? Ne les faisons pas attendre, allons-y…”

??? : “Oui, allons-y, Natsuki Subaru-sama.”

La tête légèrement inclinée vers l’avant, souriant doucement, elle semblait à ce moment-là sortir d’un rêve, ses longs cheveux verts, flottants avec chacun de ses mouvements. Détestant devoir l’admettre, Subaru se détourna, cachant un véritable sourire naissant sur son visage.

Subaru : “Merci d’être venue me chercher, Crusch…”

Avec ce nom, Subaru remercia la fille aux cheveux longs, qui semblait être devenue une personne totalement différente.

Artiste du fan-art : enid(イーニッド)


Lorsque Subaru était arrivé à la Capitale, il était déjà trop tard. Il se souvenait à peine de la discussion avec Émilia dans le chariot. Subaru aurait dû se sentir heureux et soulagé de l’avoir finalement sauvée, mais dans ce chariot, une seule chose le préoccupait : l’existence de cette fille.

“Qui est Rem ?”

Avait été la réponse d’Émilia, l’air confuse, penchant la tête en disant cela. Il s’était précipité pour chercher le moindre soupçon de plaisanterie, quelque chose dans sa voix, dans son expression, espérant contre toute espérance que les mots “Je plaisante” sortent de sa bouche. Mais Émilia ne plaisantait pas.

Ni Pétra ni les autres enfants ne se souvenaient de Rem. Après avoir appris que tout le monde l’avait oubliée, Subaru avait ordonné au conducteur de se dépêcher jusqu’à la Capitale. Sur son visage figurait l’expression désespérée de quelqu’un chevauchant la mort elle-même.

C’était impossible. Il y avait sûrement une erreur. Tout s’était déroulé parfaitement, l’objectif était atteint. Malgré tant de douleur et de chagrin, tout le monde avait été sauvé. Peut-être avait-il reçu des blessures permanentes, mais il avait réussi. Malgré ça——

Félix : “Ah, voilà Subaru-kyun, impressionnant Crusch-sama, tu as réussi à trouver ce petit égaré capricieux !”

Alors qu’ils descendaient jusqu’au salon, ils furent appelés. C’était Félix dans une robe courte. Elle était libérée de son uniforme de chevalier avec les oreilles de chat à l’air. Félix se dirigea vers eux et prit doucement les mains de Crusch…

Crusch : “Félix-san”

Félix : “C’est juste Félix ! Nous nous connaissons depuis trèèèèèès lyontemps Crusch nyan. Si vous ajoutez encore un -san à mon nom, je vais mourir de solitude et de désespoir nyan.”

Tenant les mains de Crusch dans une main, Félix tapa doucement l’épaule de Crusch avec sa main libre. Bien que décontenancée par une telle interaction affectueuse, Crusch avait l’air de ne pas savoir quoi faire d’elle-même, et avec un “Désolé”, elle baissa la tête.

Crusch : “Je suis désolée. Devenir comme avant… Même si ce ne sera pas facile, je ferai de mon mieux Fé—. Oui, Félix.”

Félix : “Tout va bien nyan, parce que Félix est toujours le compagnon de Crusch-sama, et restera toujours à vos côtés. Et pour être avec une version aussi mignonne de Crusch-sama, Félix trouvera encore plus de raisons de tomber amoureux de Crusch-sama nyan, rien que cette idée rend Félix heureux nyan !”

En balançant de haut en bas les mains de Crusch, Félix lui fit un bisou.

Subaru ne pouvait pas s’empêcher de se sentir énervé. Il ne pouvait pas comprendre pourquoi Félix traitait Crusch de cette manière, alors qu’elle n’était plus la même personne. Subaru ne pouvait pas imaginer la tristesse qui se cachait derrière le sourire de Félix, mais son manque de considération l’énervait.

Félix : “Va au salon, Émilia-sama et le vieux Wil y sont déjà.”

Subaru : “Bien…”

Le mécontentement de Subaru se ressentit à travers sa réponse, mais Félix l’ignora. Il attrapa Crusch par la manche et l’entraîna dans le salon. Crusch était mystifiée par la tension entre Félix et Subaru, mais elle décida de suivre Félix, sans protestation.

Prenant une profonde inspiration, Subaru se mordit les lèvres et ferma les yeux. Il n’arrivait pas à se contrôler et il ne voulait pas se rassurer en se disant que c’était normal. Parce que la dernière chose qu’il voudrait faire, c’était de la rendre responsable de sa douleur.

De cette façon, ils firent leur entrée dans le salon. Sentant plusieurs regards se poser sur lui, Subaru examina la salle. Il y avait Émilia, Wilhelm, Crusch et Félix, en plus de lui-même. Tout le monde était là. Subaru ferma la porte et s’installa naturellement à côté d’Émilia.

Émilia : “Subaru…”

Subaru : “Pas de problème. Je me suis calmé maintenant, Émilia-tan, je vais bien.”

À l’appel inquiet d’Émilia, Subaru répondit de façon légère. Seuls ses yeux ne la regardaient pas. En fait, il évitait désormais son regard.

S’il rencontrait les yeux d’Émilia maintenant, il révèlerait une partie méprisée de lui-même. La seule pensée de cela le remplit d’une peur incontrôlable.

Félix : “Maintenyant que tout le monde est là, nous pouvons commencer.”

Félix tapa dans ses mains et l’attention de tout le monde se posa sur lui. Il était impossible pour Crusch de diriger une réunion dans son état, donc cette tâche revenait à Félix. Celui-ci prit les rênes de la discussion, examina grossièrement toutes les personnes présentes, puis se dirigea vers l’avant de la salle avec un bras en l’air.

Félix : “Pas d’objectyons, pouvons-nous commencyer ?”

Ainsi, avec un sourire, une réunion dans laquelle chacun voulait quelque chose de complètement différent commença.

Après la bataille avec la Baleine Blanche, sur le chemin du retour vers la Capitale, Rem, Crusch et l’expédition punitive, amenant avec eux des soldats blessés et la tête coupée de la baleine, avaient été pris en embuscade par deux Archevêques des péchés capitaux——

La moitié des survivants de l’expédition punitive contre la Baleine Blanche avaient été massacrés. Les mercenaires hommes-bêtes avaient opté pour une retraite immédiate, limitant leurs pertes.

Félix : “Lorsqu’ils sont arrivés avec des renforts, les deux Archevêques avaient déjà disparu dans la nature nyan. Il ne restait que les cadavres de nos soldats et——”

Crusch : “Des personnes ayant le même mal que moi… non ?”

Crusch fronça les sourcils aux derniers mots de Félix, se mordant la lèvre. Avec une expression abattue, elle avait dû ressentir que tout était de sa faute.

Pour elle, “Crusch” dans l’histoire de Félix pouvait tout aussi bien faire référence à une autre personne.

Crusch : “Mes souvenirs… Est-ce… les Archevêques qui ont fait ça ?”

Félix : “Probablement nyan. J’ai essayé de soigner les autres patients atteints du même état que Crusch-sama. Leurs souvenirs sont complètement partis, ma magie de guérison ne peut rien faire Nyan. Même maintenant, Félix n’a aucune idée de la cause.”

Wilhelm : “L’Archevêque de la Gourmandise. En voyant cette autorité, il n’y a aucun doute.”

Wilhelm hocha gravement la tête, et avec un regard sévère, il regarda Crusch. Mais, voyant Crusch se ratatiner sous son regard, Wilhelm ferma les yeux pour s’excuser.

Wilhelm : “Mes excuses. Je n’ai aucune mauvaise intention envers vous. Je ne voulais pas vous effrayer, j’ai encore beaucoup à apprendre.”

Crusch : “Non, c’est moi qui devrais m’excuser, pour mon incompétence en tant que maître. Il faut que je fasse de mon mieux pour me souvenir de vous, Wilhelm-sama.”

Entendant Crusch l’appeler “Wilhelm-sama”, le vieil épéiste grimaça.

Une certaine douleur pouvait se lire sur le visage de l’ancien. Probablement en voyant le pathétique état dans lequel se trouvait son maître à qui il avait prêté son épée et pour ne pas avoir pu la protéger. Subaru arrivait à comprendre cela, car il arborait des émotions similaires.

Celui qu’il n’arrivait pas à comprendre était Félix, dont l’attitude envers Crusch n’avait pas changé malgré tout——et semblait ignorer complètement les sentiments de Subaru.

Félix : “Il est dyur à croire que juste après que nous nous soyons débarrassés de la Paresse, qu’Avarice et Gourmandise soient apparus juste comme ça. Ny’ont-ils pas de limites ? Bieeeen sûr, généralement, c’est rare de voir autant de cultistes au même endroit et au même moment, encore plus des Archevêques. Mais pas de dyoute, je serais surpris si l’ascension d’Émilia-sama n’ait rien à voir avec cela.”

Émilia : “M- moi ?”

Son nom soudainement mentionné, Émilia regarda Félix avec une expression surprise. Lui faisant un signe de tête, il continua.

Félix : “Eeeeeh bien. Le Culte de la Sorcière ne pourrait jamais passer outre l’existence profane d’une demi-elfe. Ils sont généralement calmes et se glissent dans l’ombre, mais maintenant ils font soudainement tous leurs apparitions, bien sûr qu’il y a un lien.”

Alors qu’il écoutait les spéculations de Félix, Subaru repensa à une conversation précédente. La nuit avant la bataille contre la Baleine Blanche, Subaru avait parlé à Crusch et Félix à propos de la possibilité d’une intervention du culte. Ils avaient accepté ses soupçons facilement.

Ce qui signifiait que cela devait être courant, et non un cas isolé.

Émilia : “Euh, je ne connais pas grand-chose sur le Culte de la Sorcière… La Sorcière fait référence à la “Sorcière de l’Envie”, non ?”

Levant nerveusement la main, Émilia posa cette question tout à fait inattendue. Subaru se mit à douter de son audition et les expressions de Wilhelm et Félix se figèrent. Les seules personnes qui n’étaient pas étonnées par ces mots étaient Crusch et Émilia elle-même.

En voyant leurs réactions, Émilia devint encore plus nerveuse.

Émilia : “Je suis désolée. Je peux voir que c’est quelque chose que je suis censée savoir, mais on ne m’en a jamais parlé.”

Subaru : “Mais, tu dois forcément connaître la Sorcière, tu es celle qui me l’avait dit.”

La première fois qu’ils s’étaient rencontrés, elle lui avait donné le nom de “Satella”. Après sa mort, il avait essayé de l’appeler à nouveau par ce nom. Son souvenir de sa colère——signifiait qu’elle savait que ce nom était tabou.

Mais Émilia secoua la tête aux paroles de Subaru,

Émilia : “Près de la forêt où j’habitais, il y avait un petit village… Les villageois me haïssaient à cause de ma ressemblance avec la Sorcière de l’Envie … Donc dans le monde je sais comment la Sorcière est considérée, mais des choses comme le Culte de la Sorcière…”

Félix : “Bien, n’entrons pas dans le sujet de la vie d’Émilia et revenons à notre discussion nyan, bien que vos connaissances ne nous rendent pas la tâche facile nyan.”

Les épaules relevées, comme pour se moquer, les mains de Félix se soulevèrent avec un soupir. Voyant l’attitude de Félix, la colère de Subaru monta, et fixant les yeux de Félix, il rétorqua.

Subaru : “Et si tu arrêtais ça ? Quelle honte y a-t-il à se renseigner sur ce que l’on ne connaît pas, surtout si c’est si important ?”

Félix : “Subaru-kyun est vraiment convaincant nyan ! Vous êtes vraiment le maître et le serviteur nyan.”

Félix continuait ses remarques mal placées, même face à l’irritation de Subaru.

Crusch : “Félix, je ne peux ignorer ton comportement, excuse-toi immédiatement.”

Au moment où la force de Subaru s’injectait dans ses jambes, les mots de reproche résonnèrent dans la pièce. Crusch avait agi avant que la situation ne dégénère. Dans sa robe de soirée bleu foncé, jusqu’à présent frêle et timide, elle s’était transformée soudainement. Majestueux et féroce, son regard était celui d’un chevalier.

Crusch : “Tout comme l’a dit Natsuki Subaru-sama, il n’y a rien de mal à demander ce genre de choses. Ça ne mérite pas de moqueries, et tu n’as pas ce droit, entendu ?”

Félix : “Oui Crusch-sama…”

Ses mots énergiques s’apaisant, Crusch était redevenue une fille à la voix douce. Ni Subaru ni Félix n’étaient capables de masquer leur surprise face aux fragments de l’ancienne Crusch refaisant surface.

Félix : “Émilia-sama, veuillez accepter mes excuses pour ma grossièreté. Subaru-kyun aussi, désolé.”

Subaru : “Tu- non, assez. Bien, discutons du Culte de la Sorcière. Émilia a envie de savoir. Et pour être honnête, je ne connais pas non plus les détails.”

Félix : “Cooompris-nyan.”

Avec un doigt touchant légèrement la lèvre inférieure, Félix se secoua dans sa robe courte. Félix devint bien plus sérieux presque immédiatement, une expression grave étant nécessaire pour expliquer la situation.

Félix : “Premièrement, comme l’a dit Émilia-sama, le Culte de la Sorcière est une organisation qui vénère la “Sorcière de l’Envie”. Depuis l’ascension imparable de la Sorcière il y a 400 ans, ces fanatiques sont actifs. Pour l’Ordre des Chevaliers, tous les affiliés de cette organisation doivent être tués à vue”

Émilia : “À vue ? N’est-ce pas trop dur ? Ce sont des êtres humains.”

Félix : “Ils iront joyeusement massacrer des villages entiers, si c’est dans leur intérêt. En fait, le village près du manoir a échappé au pire. Vous réalisez bien qu’une des plus grandes villes de l’empire de Vollachia, au sud, a été anéantie par un des Archevêques responsables de l’attaque ?”

Émilia cligna rapidement des yeux, incrédule face aux faits. Subaru avait vu de quoi ils étaient capables, car les horreurs du Culte de la Sorcière avaient déjà été gravées profondément dans son cœur. Il était raisonnable d’utiliser Petelgeuse comme une valeur étalon pour juger le reste. De ce qu’il avait entendu, l’Archevêque de l’Avarice était bien au-dessus de Petelgeuse.

Félix : “La conversation a un peu dévié ici, mais oui. Les six Archevêques possèdent un titre relié aux six Sorcières des péchés capitaux hormis l’Envie, ils sont en quelque sorte les chefs de l’organisation.”

Émilia : “Six sorcières… Paresse, Avarice, Gourmandise, Luxure, Colère et Orgueil, non ?”

Félix : “Voilà. Les plus connus sont l’Avarice et la Paresse. L’Archevêque de l’Avarice est connu pour avoir détruit une ville à lui seul. Quant à la Paresse, il est connu pour son activité fréquente. Mais pour son cas, notre expédition punitive a été un succès nyan… Pas vrai, Subaru-kyun ?”

Subaru : “Oui, Petelgeuse de la Paresse est mort. Je l’ai vu se désintégrer de mes propres yeux, il n’y a pas de doute.”

Confirmant ce qu’avait dit Félix, Subaru repensa aux derniers moments de cet homme. L’homme avait dégagé une profonde haine en prononçant son nom. Il n’arrivait pas à sortir ce souvenir de sa tête, c’était une malédiction.

Était-ce la raison du cruel destin de Subaru ?

Félix : “Il reste donc cinq Archevêques, deux d’entre eux étaient responsables de l’embuscade sur Crusch-sama. Le culte sait se dissimuler, et leurs méthodes pour se cacher en continu sont toujours inconnues. En plus de quatre siècles, les efforts pour les éradiquer n’ont guère progressé. Quant à leur objectif… On dit qu’ils veulent ressusciter la Sorcière de l’Envie.”

Subaru : “La résurrection de ?!”

La chaise sur laquelle Subaru était assis fit un fracas en tombant au sol.

Remarquant que cela avait effrayé les filles, Subaru agita ses mains de haut en bas.

Subaru : “La ramener à la vie… C’est vraiment possible ? La Sorcière est morte depuis plus de quatre cents ans, non ? La ramener à la vie serait…”

Wilhelm : “Subaru-dono. Contrairement à ce que beaucoup pensent, elle n’est pas morte. Elle est enfermée aux confins du monde.”

Les yeux de Subaru s’ouvrirent alors qu’il regardait Wilhelm, le vieil homme ayant lui aussi un regard sérieux et sévère.

Wilhelm : “Près de la Grande Cascade se trouve l’Autel de la Pierre Scellée. La Sorcière est là, son existence indestructible scellée à l’intérieur. Les pouvoirs combinés du grand Sage, du Dragon Volcanica et de l’ancien Maître Épéiste n’ont pas été suffisants pour pouvoir la détruire complètement.”

Subaru : “Un sceau… J’ai déjà entendu quelque chose de similaire. Mais pourquoi iraient-ils s’embêter à la ressusciter, s’ils ont juste à détruire l’Autel ? Ils n’ont jamais tenté ?”

Où Subaru avait-il entendu cela ? Non, le plus important était la question——si la Sorcière avait été scellée, ils avaient simplement besoin de briser le sceau, mais à la place, chaque fois qu’une demi-elfe apparaissait, ils ravagaient le monde avec des meutres et une destruction insensés. Qu’est-ce que le Culte de la Sorcière essayait de faire ? Mais à cette question, Wilhelm secoua la tête.

Wilhelm : “Approcher de l’Autel est impossible. Près de la Grande Cascade, la concentration en mana est faible et il devient impossible d’utiliser la magie. Leur esprit se ferait anéantir par le Miasme de la Sorcière. En plus, il est impossible de dépasser la Tour de Guet du Sage.”

Subaru : “Sage ?”

Wilhelm : “Le Sage Shaula. Le sage qui a combattu aux côtés du premier Maître Épéiste, Reid Van Astrea et aux côtés du Dragon Volcanica pour sceller la Sorcière. Même maintenant, le Sage reste reclus dans une tour près de la Grande Cascade, dans la Tour de Guet des Pléiades. En fait, reclus est le mauvais mot. Le Sage élimine quiconque essayant de s’approcher de l’Autel, il en est le gardien. C’est ce que raconte l’histoire.”

Subaru : “Il doit être… assez vieux…”

La longévité du Sage intrigua Subaru, mais il décida de ne pas se concentrer sur ça pour l’instant. Il regarda à nouveau Félix.

Subaru: “Je comprends pourquoi ils ne peuvent pas faire sortir la Sorcière. Mais comment veulent-ils la ressusciter ?”

Félix : “Même si tu demandes à nyan, Félix n’est pas un cultiste de la Sorcière et ne le sait pas non plus. Tout ce que nous pouvons faire est de torturer un cultiste et de lui faire cracher le morceau nyan.”

En repoussant la question de Subaru, Félix prit une expression d’abandon. Même si Subaru n’était pas satisfait, il ne servait à rien de pousser plus loin la question. En tout cas, Émilia hocha la tête.

Émilia : “C’est pour ça. C’est pour ça… Mais Puck ne m’avait jamais rien dit.”

Subaru : “Est-ce que Puck a dit quelque chose tout à l’heure ? J’ai une montagne de questions à lui poser.”

Émilia : “Il ne répond pas à mes appels. Il est matérialisé, mais je peux à peine sentir sa présence.”

Subaru ne pouvait pas prétendre que ce n’était pas grave. Il avait besoin de parler avec Puck. Les paroles de Puck avaient pu avoir des conséquences sur l’inhabilité de Subaru à prévoir l’arrivée des Archevêques.

Félix : “C’est tout ce qu’il y a à dire sur le Culte de la Sorcière nyan, nous devons maintenant parler de ce qu’il faut faire à compter de maintenant.”

Subaru : “À compter de maintenant ?”

Se tournant vers Subaru avec un claquement de mains pour attirer l’attention, Félix, avec un sourire jubilatoire, déclara——

Félix : “Pour le dire simplement, cette alliance… annulons la nyan.”


L’atmosphère du salon se refroidit alors que le sang de Subaru bouillait.

Prenant ces mots, il réfléchit un moment, se léchant doucement les lèvres.

Subaru : “Quoi ?! Dissoudre l’alliance ? Qu’est-ce que tu essayes de dire ?”

Félix : “C’est exactement ce que j’ai dit nyan. Dans l’état actuel des choses, notre alliance ne sera pas mutuellement bénéfique nyan.”

L’expression de Félix révéla une touche d’admiration, il était impressionné que Subaru ait gardé son sang-froid. Plutôt ennuyé par l’expression de Félix, Subaru se demanda si celui-ci mettait en place l’alliance comme monnaie d’échange pour gagner un avantage dans la négociation. Plus il réfléchissait, plus il s’obligeait à garder son calme. Mais même ainsi, sa tête était presque bouillante.

Subaru : “Peu importe les droits miniers, nous avons coordonné nos efforts pour vaincre la Baleine Blanche, et une fois que tout est fait, maintenant vous voulez reculer après avoir récolté les bénéfices? C’est un peu scandaleux, peu importe comment tu le diras.”

Félix : “Plus de désavantages que d’avantages, Subaru-kyun.”

Subaru : “Oh ?”

Comparé à l’attitude agressive de Subaru, en remuant un doigt, Félix continua avec désinvolture.

Félix : “Nyan? Avec l’Avarice et la Gourmandise apparaissant ensemble, une alliance avec le camp d’Émilia-sama ne fera que nous faire cibler par le Culte de la Sorcière… Compte tenu de ce qui est arrivé à Crusch-sama… croyez-vous toujours qu’il est dans notre intérêt de former une alliance maintenant ?”

Subaru : “C’est…”

Le visage de Subaru se tordit de douleur en se tournant vers Crusch. Il hésitait à renier son argument, car Subaru avait subi une blessure similaire. Mais celui qui fit objection ne fut pas Subaru.

Wilhelm : “Je ne suis pas d’accord, Ferris.”

Penché en avant sur son siège, le regard sévère de Wilhelm fixa les yeux de Félix. Les paupières plissées face à la déclaration de Wilhelm, il laissa échapper un mince sourire.

Félix : “Que veux-tu dire nyan ? Après ce que la Gourmandise a fait à Crusch-sama, quel est selon toi l’avantage d’une alliance qui attirerait le Culte de la Sorcière vers nous ?”

Wilhelm : “L’occasion de venger notre maîtresse et de tuer ce monstre.”

Félix : “La vengeance ? Est-ce plus important pour toi que la vie de Crusch-sama !?”

Contre Wilhelm, Félix refusa de céder du terrain. Les pensées de leur maître pesaient lourdement sur leurs deux esprits.

Félix : “Si nyous continuons à participer à ce genre d’aventures contre le Culte, tout se répétera. S’ils nous attaquent, Crusch ne pourra pas se défendre. Félix peut la soigner mentalement et physiquement, mais si elle meurt ?”

Wilhelm : “Mais nous ne pouvons pas rester inactifs pendant que l’auteur de ces actes se promène librement. Même si nous tuons cet Archevêque, il y a toujours la possibilité que nous puissions récupérer les souvenirs de Crusch-sama. Nous retirer trop tôt est bien trop téméraire.”

Félix : “Vaincre ce salopard ramènera ses souvenirs ? Penser que des souvenirs perdus peuvent être récupérés en tuant la chose qui les a mangés… Es-tu fou ? Où as-tu lu trop de contes de fées——”

Wilhelm : “——Félix !!”

Le rugissement sourd de Wilhelm retentit dans toute la pièce, comme si une tornade avait tout rasé. Tous grimaçant et sous le choc, seul le regard vif de Wilhelm resta intact.

Wilhelm : “Félix… Ce que tu viens de dire. Ne le prononce plus jamais devant Subaru-dono.”

Félix : “Je… suis désolé.”

Appelé par son vrai nom, deux fois, Félix ferma les yeux avec chagrin et remords. Il baissa la tête pour regarder le sol et se retourna pour faire face à Subaru, qui agrippait le bord du canapé suffisamment fort pour pouvoir le briser, avant qu’une main blanche ne vienne se poser sur la sienne.

Subaru : “Émilia-tan…”

Émilia : “Je ne vais pas te dire ‘tout va bien’, comme si je comprenais. Je veux comprendre, Subaru… mais ce serait injuste pour moi de dire ça, surtout quand je ne me souviens pas d’elle.”

Les yeux améthystes d’Émilia tremblaient de tristesse. Se voyant refléter dans son regard et se rendant compte qu’elle voyait ce faible Natsuki Subaru, il se sentait coupable. Il se décida à agir comme il le devrait, et secoua sa tête.

Subaru : “Je n’admettrai pas encore que je suis OK avec ça, mais je suis OK pour l’instant. Ne t’inquiète pas Félix, je n’ai pas abandonné tout espoir.”

Subaru leva les yeux, vers les pupilles violettes d’Émilia qui scintillaient de tristesse. Dans ses yeux, il vit un reflet de lui-même, dans toute sa faiblesse——était-ce le Natsuki Subaru qu’elle voyait ? Comme sauvé par ce tendre regard, Subaru secoua la tête.

Subaru : “Dire quelque chose comme “ça va”… même si je me déchire la bouche en ce moment, je ne pourrai pas le dire. Mais je vais bien. Félix, ne t’inquiète pas. Je… n’abandonnerai pas, tant qu’il restera le moindre fragment d’espoir.”

Félix : “Vraiment nyan… Subaru-kyun n’aime certainement pas abandonner…”

En regardant Subaru essayant d’agir comme s’il allait bien, le visage de Félix dessina un sourire. Mais sa position resta inchangée.

Félix : “Quant à Félix nyan, je ne suis pas en faveur de continuer l’alliance. Je vais rendre à Crusch-sama ses souvenirs. Alors on n’aura pas besoin de tuer l’Archevêque de la Gourmandise nyan.”

Wilhelm : “Ce que nous devrions faire et ce que nous ferons… c’est entre les mains de Crusch-sama. Nous n’avons pas le droit de prendre des décisions hâtives pour son propre bien.”

Les deux camps étaient arrivés à un arrangement pour le moment. Leurs yeux se fixèrent tous les deux sur elle, et Crusch, comme si elle comprenait, hocha la tête.

Crusch : “Pour l’instant, je ne comprends ni les circonstances, ni les enjeux de la situation, ni la personne que j’étais. Vous êtes sûrement confus par rapport à la façon de m’approcher… Mais je vous remercie pour votre estime. J’espère pouvoir atteindre vos attentes.”

Même amnésique, Crusch Karsten restait résolue. À quel point le caractère d’une personne pouvait-il rester ancré ? La voir ainsi, malgré la perte de ses souvenirs, rendait la question intéressante. Mais en ce qui concernait l’alliance, il n’y avait pas de meilleur choix que de suspendre les négociations pour le moment.

Félix : “En tout cas, si celui qui détient toutes les informations clés concernant la faction d’Émilia-sama——le Margrave Roswaal n’est pas présent, alors il n’y a rien que nous puissions faire nyan. Alors pour notre prochaine négociation, tenons-là à condition que le Margrave soit présent.”

Subaru : “Oui, c’est pour le mieux, et à propos de ce qui est arrivé …”

Félix : “Pas un seul mot. S’il y a une chose qu’il faut garder secrète, c’est çya. Que cela reste distinct de la négocyation entre nos factions nyan.”

Subaru déglutit, mais ne voyant aucune raison d’être en désaccord, il hocha la tête. De leur point de vue, cette décision avait du sens. Si l’état actuel de Crusch était connu du public, son statut de candidate la plus compétente disparaîtrait. En fait, les répercussions de l’amnésie de Crusch devenant connues du public seraient de la même ampleur que le prestige d’avoir tué tuer la Baleine Blanche. C’est précisément pour cette raison que Anastasia n’avait pas été invitée à cette réunion.

Félix : “Indépendamment de Julius, Anastasia utiliserait certainement cette information à son avantage. Heureusement que l’état de Crusch-sama n’a pas été vu.”

Crusch : “… Elle sera présente aux négociations du vainqueur, que faisons-nous à ce sujet ?”

Félix : “Nous pourrons trouver une excuse et dire que vous ne vous sentez pas bien. Félix trouvera quelque chose. Quant à Subaru-kyun, votre camp a juste besoin de garder ce secret, compris ?”

Félix avait mis toutes ses conditions sur la table des négociations et son attitude bornée ne le lui permettait pas moins. Subaru ne pouvait qu’approuver.

Finalement, la discussion s’arrêta sans chance de plus de développement entre les deux factions. Reconnaissant le désespoir de leur situation, plus que toute autre chose, les deux factions s’alignèrent dans l’incertitude de leur avenir.


Subaru : “Merci par rapport à tout à l’heure, Wilhelm-san.”

La discussion terminée, Subaru appela le vieil homme juste après être sorti de la pièce. S’arrêtant sur ses pas, Wilhelm se tourna vers Subaru.

Wilhelm : “Non. Je suis déshonoré par mon incapacité à t’aider de manière significative, ainsi que par mon inexpérience. Je n’ai été d’aucune aide dans cette affaire.”

Subaru : “Non. Nous n’aurions jamais pu tuer la Baleine Blanche sans toi, Wilhelm, et je n’aurais pas été capable de protéger Émilia et les villageois sans ton aide non plus. Je te dois beaucoup.”

Subaru était sincère, mais l’expression de Wilhelm ne se détendit pas. N’oubliant jamais une gentillesse passée, portant toujours en lui la douleur des autres. Cet homme——n’était-il pas trop gentil pour son propre bien ? Subaru sourit à cette pensée.

Subaru : “Je sais que les choses ne sont pas encore réglées, mais as-tu eu l’occasion de visiter la tombe de ta femme? Je ne dis pas que cela te fera te sentir mieux, mais au moins pour annoncer que——”

Aux mots de Subaru, le visage de Wilhelm s’effondra soudainement avec une profonde émotion. Voyant ces vagues entrelacées de chagrin et de sentiment, Subaru ne savait pas quoi faire. Remarquant l’hésitation de Subaru, Wilhelm s’inclina profondément.

Wilhelm : “Subaru-dono, je dois m’excuser”

Subaru : “De qu- arrête. Si c’est à propos de ce qui est arrivé, tout ce que j’ai c’est des dettes envers toi, alors——”

Wilhelm : “Non, ce n’est pas vrai. Les paroles que j’ai prononcées lors de la réunion n’étaient pas le fruit d’un désir sincère d’être votre allié. J’ai proposé cette alliance seulement à cause de mes sentiments vaniteux et égoïste. J’avais dissimulé cela jusqu’à maintenant, et j’en suis désolé.”

Ne comprenant pas où il voulait en venir, Subaru fronça les sourcils——

Voyant ça, Wilhelm se redressa et enleva une partie de son costume, pour révéler ,enroulés autour de son bras gauche, au niveau de l’épaule, des bandages. Teintée de sang, la blessure était encore ouverte.

Subaru : “Ça a l’air douloureux… Mais Félix pourrait le soigner en quelques——”

Wilhelm : “Cette blessure ne peut pas être guérie. Elle a été effectuée par quelqu’un possédant la bénédiction du “Dieu de la mort”.”

Subaru : “Tu ne peux pas être guéri ? … Alors, Wilhelm-san !”

Vers quoi menait une blessure irréparable, même Subaru le savait. Mais contrairement à Subaru, qui avait l’air plein d’appréhension, Wilhelm secoua calmement la tête.

Wilhelm : “Ma vie n’est pas en danger pour le moment.”

Subaru : “Comment est-ce possible ? Cette blessure… quel genre d’attaque est-ce ?”

Wilhelm : “Ce n’est pas une blessure que j’ai reçue aujourd’hui ni hier. Je l’ai reçue il y a des années, mais elle vient de se rouvrir.”

En écoutant les paroles calmes de Wilhelm, le corps de Subaru se mit à trembler et à se contracter. Il ne connaissait pas la raison de cette réaction. En fait, tout cela venait de la Lame Démoniaque devant lui. Une aura incroyable pouvant geler le foie émanait de lui. Continuant dans sa voix calme et douce :

Wilhelm : “Les effets de la bénédiction du “Dieu de la mort” sont directement liés à la distance entre la victime et la personne l’ayant infligée. Si l’on se rapproche de celui qui l’a infligée, elle s’ouvrira. C’est ce genre de blessure.”

Subaru : “Alors ça veut dire… que la personne qui a infligé ta blessure il y a longtemps… est proche…”

Wilhelm : “La personne m’ayant infligé cette blessure était la précédente Maître Épéiste.”

Subaru ravala sa salive, regardant les yeux de Wilhelm expressifs.

Wilhelm : “Thérésia van Astrea. La blessure qu’elle m’a infligée s’est rouverte. Afin de découvrir pourquoi, je dois continuer à poursuivre le Culte de la Sorcière.”


Dans une situation où de nombreux enjeux l’échappaient, Subaru retourna dans la chambre de Rem.

Depuis son arrivée au manoir, dès qu’il avait un peu de temps libre, il venait ici. Bien qu’il savait cela impossible, il attendait son réveil, gardant cet espoir et sa faiblesse. Dans cet état, il n’avait plus le courage ni la volonté d’affronter Émilia. Peut-être qu’elle comprendrait après tout. Si elle était à ses côtés maintenant, si Émilia était là, il pleurerait probablement, ne serait-ce que pour réconforter cette faiblesse dans son cœur. Bien qu’il détestait cette faiblesse, il ne pouvait pas s’en séparer.

Il se reposait encore sur la bonté des autres alors qu’il tentait de dompter ses propres faiblesses. Détestant celles-ci, il essayait de les supprimer, et pourtant le voilà.

Subaru : “Tu m’as dit que j’étais fort, mais… Si tu n’es pas là, cette façade s’effondrera, Rem.”

Rem n’avait pas changé depuis qu’il était descendu au salon. Elle respirait, son cœur battant, mais rien d’autre. Elle était là, mais elle n’y était pas. Elle n’était plus nulle part, excepté dans les souvenirs de Subaru. Et pourtant——

Subaru : “Quelle surprise de te voir ici !”

Puck : “Est-ce si étrange de me voir ici ? Je devais la connaître aussi. Rien de mal à venir regarder.”

Subaru : “Comment oses-tu dire ça ?!”

Tout en caressant le front de Rem, il se retourna pour faire face au chat gris à la longue queue, flottant dans les airs. L’Esprit, qui s’était caché durant la conversation dans le salon, n’inspirait que malaise et haine ici.

Puck : “Pourquoi me regardes-tu comme ça ? J’ai dit quelque chose qu’il ne fallait pas ?”

Lors de la réunion, il était introuvable, mais il s’était présenté ici. Remarquant le regard sévère de Subaru, Puck parut décontenancé.

Subaru : “Non, bien au contraire. Émilia te cherche et toi, tu traînes ici.”

Puck : “Si tu me demandes si c’est quelque chose de ‘correct à faire’, eh bien c’est compliqué. Lia ne limite pas mes mouvements, mais si tu me demandes si je voulais l’énerver, non.”

Agitant ses moustaches, Puck murmura cela tranquillement. Puis, flottant jusqu’au visage de Subaru——

Puck : “Cependant, je pense qu’il est mieux que je parle avec toi, Subaru.”

Subaru : “Te voir agir comme si tu savais ce qui était le mieux pour tout le monde, ça me dégoûte.”

Subaru claqua la langue et divergea son regard, alors que Puck attendait calmement. Subaru soupira, et bien qu’il ne veuille pas aider les plans de Puck,

Subaru : “Tu n’as pas parlé de l’existence du Culte à Émilia, pourquoi ?”

Puck : “Je n’avais aucune intention de lui en parler. Vivre sans connaître certaines choses, c’est bien aussi. Si Lia me l’avait demandé, je lui aurais dit, mais elle ne l’a jamais fait… Des gens comme eux, plus on les évite, mieux on se porte, non ?”

Subaru : “Oui, il y a des moments où c’est bien de ne pas savoir certaines choses. Mais ce n’est absolument pas le cas pour Émilia, n’est-ce pas ?? Cette fille est sortie de la forêt, pour devenir reine, elle se bat pour remporter la Sélection Royale ! Il n’y a aucun moyen d’éviter le Culte de la Sorcière. ——Tu le savais, bien sûr que tu savais qu’ils allaient intervenir.”

En baissant la voix, Subaru chercha à connaître les intentions de Puck. Mais celui-ci, vacillant dans les airs, esquiva facilement les questions vigoureuses de Subaru.

Puck : “L’apparition du Culte de la Sorcière… Je le soupçonnais. Mais que j’en parle à Lia était une autre affaire.”

Subaru : “Même si cela signifiait la mettre en danger, elle et tous ceux qui l’entourent !? Je ne sais pas à quoi tu penses, mais si les choses avaient mal tourné, Émilia serait——”

Puck : “Tu as travaillé dur pour sauver Lia. Et cette fille a été le sacrifice qui a permis de la sauver, je devrais la remercier…”

Subaru : “——!”

Sans aucune hésitation, la main de Subaru se ressera en un poing qu’il envoya à l’Esprit avec toute la force dont il disposait. Mais il l’évita avec une aisance déconcertante. Surpris par la frappe, Puck dit,

Puck : “Qu’est-ce qui te prend tout d’un coup ?”

Subaru : “Ne touche plus jamais à Rem, que ça soit de tes mains, ou de tes paroles.”

Une voix si emplie de colère et pourtant si silencieuse sortit de la bouche de Subaru, tel que lui-même en était surpris. Les émotions qui grouillaient dans son cœur devenaient peut-être impossibles à supporter. Avec ses yeux ronds, Puck regarda profondément Subaru, et déclara,

Puck : “Compris.”

Puis il s’étira.

Puck : “Je m’excuse pour ce que j’ai dit, je n’aurais pas dû le prononcer. Je ne sais pas si ça peut me racheter, mais parlons un peu de la Gourmandise pour l’instant.”

Subaru : “Qu’est-ce que j’ai à y gagner ?”

Puck : “Je pense que tu sais que cette fille s’est fait dévorer son nom et ses souvenirs, c’est probablement ce que tu recherches ?”

Le visage de Subaru se redressa. Puck, content de cette réaction, releva son petit nez rose comme s’il fouillait ses souvenirs.

Puck : “Pour le dire simplement, l’autorité de l’Archevêque de la Gourmandise consiste à manger. Il dévore le nom d’une personne en la privant des souvenirs que les autres ont à propos d’elle, alors que si ce sont les souvenirs qui sont dévorés, sa propre mémoire disparaît. Si les deux sont dévorés, il ne reste qu’une coquille vide. Cette coquille ne peut alors plus rien faire. C’est le cas pour cette fille.”

Subaru : “Nom et souvenirs…”

Crusch s’était fait dérober ses souvenirs, Rem, les deux. C’était le résultat de l’autorité de cet Archevêque.

Subaru : “Le vaincre rendra-t-il ce qu’il a dérobé ?”

Puck : “Qui sait ? Lui faire vomir ce qu’il a mangé… c’est un peu dégoûtant de le dire comme ça, mais je me demande si c’est possible. Il faudrait demander au glouton lui-même dans ce cas-là.”

Subaru : “Mais la possibilité de la ramener existe, n’est-ce pas !? Récupérer les souvenirs et le nom de Rem !”

Subaru se retourna. Rem était là, dormant, respirant, son cœur battant encore, son corps étant encore ici. Ce démon n’avait que consumé son âme. L’espoir existait encore.

Subaru : “Je tuerai cet Archevêque de la Gourmandise.”

Puck : “Même si je pense que ce n’est pas aussi simple…”

Subaru ne prêta pas attention aux derniers mots de Puck. En ce moment, il défendait ce fragment d’espoir comme le tout dernier bastion de son cœur.


Artiste du fan-art : iwa_to_mushi

Quand Subaru était arrivé à la Capitale et qu’il avait appris que Rem ne pouvait pas être ramenée, celui-ci s’était suicidé sans la moindre hésitation. Il s’était planté un poignard dans sa propre gorge. Ce qu’il avait ressenti à ce moment-là, il ne s’en souvenait plus. Tout s’était déroulé si parfaitement, au-delà des attentes de tout le monde. En vérité, rien de tout cela n’avait d’importance pour lui.

S’il perdait Rem, si cela signifiait marcher vers un avenir sans elle, peu importe combien de fois il devrait endurer cette douleur, il le ferait sans répit——

Pénétrant dans sa gorge, dans le sang, la douleur, la brûlante chaleur et la perte, il avait perdu conscience. Quand il avait perdu l’âme et rouvert les yeux, s’attendant à se retrouver au milieu des chevaliers, il s’était retrouvé devant le lit où la fille dormait.

Son point de retour avait changé. Subaru avait vu un cauchemar se dessiner sous ses yeux. Ne pouvait rien faire, confus, il avait réessayé, autant de fois que nécessaire pour le comprendre.

Même s’il retournait au point de retour précédent, Subaru ne pouvait sauver Rem. S’il revenait après avoir tué la Baleine Blanche et avant de combattre Petelgeuse, de longues heures se seraient déjà écoulées depuis que les groupes s’étaient séparés. Même s’il tentait de les rattraper, il n’arriverait pas à temps. Même s’il arrivait à temps, cela voudrait aussi dire qu’il aurait abandonné Émilia. Et même s’il rattrapait le groupe, y avait-il même le moindre espoir de triompher face à deux Archevêques bien plus puissants encore ? Subaru, Julius et Wilhelm étaient tous essentiels pour vaincre Petelgeuse. Face à ce choix impossible, Subaru avait abaissé le poignard de sa gorge.

S’il sauvait Rem, Émilia… Ou s’il sauvait Émilia, Rem… Il ne pouvait sauver l’une sans sacrifier l’autre. Réalisant l’impossibilité de la situation, Subaru avait cessé de se suicider.

N’ayant pas été effacé par le brouillard de la Baleine Blanche, bien qu’oublié du monde entier, le corps de Rem était là. À côté d’elle, incapable de faire quoi que ce soit, il restait simplement assis là——

Ce pathétique Subaru était mort ici. Prenant la main de Rem dans la sienne, il jura.

Subaru : “Je te ramènerai, Rem ! C’est juré ! Je te ramènerai !”

Il allait lui montrer, lui montrer que l’homme qu’elle aimait, deviendrait le héros ultime. Alors, ne serait-il pas encore à mi-chemin de son parcours ?

Subaru : “Je… Je le jure… ton héros viendra te sauver. Attends-moi.”

Levant la tête, serrant les dents, c’était une déclaration de guerre.

Il leur ferait regretter d’avoir touché à ce qui était sacré et inviolable.

Il les punirait.

Subaru : “Je le jure ! Je le jure !”

Il ne pouvait pas supporter que ses souvenirs de ses jours à partir de zéro soient des jours sans elle.

Subaru : “Je te sauverai !”

Faire revenir les jours qu’il avait perdus, les heures qu’ils avaient vécues ensemble, les heures qu’ils vivraient ensemble. Une fois de plus, ses mains ramèneraient tout, indéfectiblement.


Artiste du fan-art : 誰


-=Fin de l’Arc III=-

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