01 — Scène à bord d’un chariot draconique
Révisé par Tella, Garf et Akira

Le chariot tremblait doucement alors qu’il continuait sa course sur la route, tiré par un dragon terrestre.
Protégés par ses bénédictions, ceux à l’intérieur du chariot ne ressentaient presque pas le vent. Subaru s’étendit en arrière, tout en silence. Il remarqua que c’était la première fois qu’un voyage en chariot se passait bien.
La première fois, le trajet entre le manoir et la Capitale devait être tranquille. Cependant, à cause de la bêtise de Subaru, c’était devenu un désastre en cours de route et aucune tranquillité n’était ressortie du voyage. Mais cela faisait quelques jours qu’il avait appris de cette épreuve désagréable, alors ce n’était finalement pas une si mauvaise expérience.
Puis, il y avait eu les voyages pour revenir de la Capitale au manoir. Avec l’intervention du Culte de la Sorcière et de la Baleine Blanche, aucun d’eux n’avait vraiment été tranquille non plus. Il s’agissait donc bel et bien du premier voyage en chariot de Subaru sans panique ni hâte.
Subaru : “Dis… Pétra, tu ne trouves pas que tu es assise trop près ?”
Pétra : “Non ? Il y a un problème Subaru ?”
Regardant Subaru en levant la tête, se trouvait Pétra, avec ses cheveux auburn. Elle tenait la main de Subaru depuis le départ du chariot, assise à sa gauche et blottie contre lui. Subaru pensait que c’était parce qu’elle était apeurée après tout ce qui s’était passé, mais avec le sourire qu’elle affichait tout en tenant sa main, c’était presque comme si…
Subaru : “Je me sens comme un père. Je sens mes instincts paternels ressurgir du plus profond de moi… !”
Pétra : “Ce n’est pas juste que tu passes tout ton temps qu’avec la dame. Ça ne devrait pas être normal. Tu as dit qu’il y avait encore du temps jusqu’à ce que nous atteignions la ville.”
Émilia : “Pétra. Ce que nous faisions était, euh, quelque chose de très différent. Écoute, moi et Subaru avons eu une discussion qu’on avait besoin d’avoir, une discussion trèès importante. Je n’essayais pas de le garder pour moi.”
Pétra : “Hmpf. Je ne perdrai pas, Madame.”
Émilia avait dit cela timidement, et Pétra lui avait répondu ainsi, certainement pas timidement. Subaru n’arrivait pas à bien appréhender la situation, mais d’après la façon dont elle parlait, on n’aurait pas dit que Pétra détestait Émilia. Elle ne faisait que jouer avec elle, c’était dans sa personnalité farceuse. Et vu qu’Émilia n’avait pas l’habitude de côtoyer des enfants, son inquiétude n’était pas injustifiée.
Subaru : “Ne prends pas mal ce qu’elle dit, Émilia. C’est un truc de môme, tu vois ? Souris, grimace et ignore les provocations.”
Émilia : “Je ne devrais pas être une telle charlatane, juste parce que je parle avec quelqu’un de plus jeune.”
Subaru : “Charlatan ? Ça se dit encore ?”
Émilia : “Mmpf, t’es encore en train de me taquiner.”
Émilia soupira, légèrement énervée tandis que Subaru rétorquait un petit “désolé”, le sourire aux lèvres. Pétra tira sur la manche de Subaru, indiquant qu’elle était en recherche d’attention. Assis entre les deux filles, Subaru était dans une situation peu Subaru-esque. Une fille dont il attendait la réponse à sa déclaration, et une autre pour laquelle il sentait des instincts paternels apparaître.
Plus sérieusement, le convoi de chariots progressait sur la grande route de Lifaus, vers la Capitale Royale.
Ce chariot n’était pas le même que celui qui avait été piégé avec des Pierres Magiques. Celui-ci était conduit par un jeune homme du village, avec Subaru, Émilia et les enfants du village comme passagers. Au début, les enfants avaient laissé Subaru et Émilia seuls, avant que Pétra ne s’immisce, et voilà le résultat.
Se plaindre des enfants pour s’être introduits dans la scène était quelque chose que Subaru ne ferait pas, du moins à haute voix. Mais la présence de Pétra avait ses bons côtés. Subaru venait juste de finir une déclaration embarrassante. Il avait donné à Émilia son approbation pour attendre une réponse à sa confession… “J’attendrai”, mais, même maintenant, il sentait les flammes s’emparer de lui. En couplant cela avec l’émotion d’avoir réussi à briser la boucle, Subaru sentait que son cœur et ses émotions pouvaient s’embraser à n’importe quel moment. Dans le pire des cas, il finirait par demander de manière préventive quelque chose de plus qu’un coussin avec ses cuisses.
Subaru : “Ah mince, c’était vraiment très risqué. Agir de manière aussi cool à propos des choses et ensuite ça, bon sang ça doit être mortifiant.”
Pétra : “De quoi ?”
Subaru : “Je parlais juste de la façon dont tu m’as sauvé, Pétra. Ah, c’est vrai, tu as tenu ta promesse de ne pas laisser Émilia-tan seule. Tu es incroyable, incroyable.”
Pétra : “Ehehehee.”
Subaru caressa ses cheveux alors que celle-ci rigolait et souriait. Si elle et les autres enfants n’avaient pas retenu Émilia, elle aurait pu être blessée. Mais cela n’était pas arrivé, toutes les manigances de Subaru avaient fini par payer, et c’était grâce à éetra, grâce à tout le monde. Tout s’était bien passé, trop bien passé, c’était incroyable.
Subaru : “Je vais devoir dire merci à beaucoup de monde…”
Crusch, Félix et Wilhelm de la faction de Crusch. Il n’aimait pas le reconnaître, mais Julius et les mercenaires d’Anastasia l’avaient aussi aidé. Il y avait également le pauvre Russell, à qui Subaru devait remettre le portable qui allait bientôt rendre l’âme. Subaru se sentait un peu mal de le rouler dans la farine comme cela, mais comme cela avait permis à la situation de se passer si bien, il allait devoir fermer les yeux sur sa propre mauvaise action. “Désolé”, disait-il à Russell dans sa tête…
Subaru : “Il y a aussi une tonne de choses dont il va falloir s’occuper…”
D’abord, il devait absolument savoir où était Roswaal durant l’attaque et ce que ce clown faisait alors que le Culte attaquait le manoir et le village. Il fallait aussi négocier comment les trois factions impliquées dans l’expédition punitive contre la Baleine et l’Archevêque de la Paresse allaient se diviser la gloire et les récompenses. S’il pouvait faire confiance à Crusch, une partie de la gloire d’avoir tué la Baleine Blanche devrait revenir à Subaru. Il ne la cherchait pas pour lui-même, mais faisant partie de la faction d’Émilia, il espérait que cette gloire pourrait lui revenir. C’était peu scrupuleux, mais Subaru essayait de se rendre utile pour une fois.
Et plus directement, il fallait confirmer la sécurité des villageois et remettre de l’ordre. Le futur semblait incertain et dur. Et bien avant cela encore, il y avait une montagne que Subaru devait conquérir.
Subaru : “Euh… Émilia… J’ai quelque chose… Quelque chose d’important… de très important à te dire.”
Émilia : “Hmm, et c’eeest ?”
Passant sa main à travers ses longs cheveux d’argent, elle se tourna pour regarder Subaru en face, ses yeux améthystes reflétant une certaine confiance. Quand il voyait cette lumière, il ressentait un sentiment de réussite intense. Mais comment Émilia réagirait-elle ? C’était terrifiant.
La montagne que Subaru devait conquérir était un problème majeur, c’était Rem.
Si Subaru devait sa réussite à quelqu’un, c’était d’abord et avant tout à celle qui l’avait le plus aidé dans cette situation désespérée, Rem. Son attention et son amour avaient réussi à réparer la volonté de Subaru pour affronter le cruel destin qui s’était dessiné.
Si elle n’avait pas été là, Subaru ne serait pas là. Sans elle, il ne serait sûrement jamais sorti de cet enfer. Quand il allait abandonner, quand il souffrait, elle était celle qui l’avait remis sur pied et l’avait supporté.
Était-ce si étrange de tomber amoureux ?
Jusqu’à maintenant, Subaru avait cru que ses sentiments ne seraient concentrés que sur une seule et unique personne, et il n’y en avait qu’une qu’il désirait, Émilia.
Cependant, sans aucun changement dans ses sentiments envers Émilia, la présence de Rem avait évoqué quelque chose de taille identique dans le cœur de Subaru.
Alors, Subaru avait prit sa décision. C’était peut-être de mauvais goût, mais étant donné qu’il ne pouvait pas abandonner son amour pour l’une ou l’autre,
——Il aurait les deux.
Rem lui avait déjà permis d’avoir une idée aussi inconvenante. Le problème restant était de persuader Émilia, et bien que Rem ait proposé qu’ils la convainquent ensemble,
Subaru : “Si je demandais ce genre de chose, même à Rem, quel genre d’enflure je serais…”
Mais si l’opportunité de demander l’aide de Rem pour qu’elle puisse participer à la conversation se présentait, Subaru se devait d’être celui qui avait cette responsabilité. S’il voulait recevoir l’amour de deux filles, il devrait au moins être capable de communiquer.
Subaru inspira et expira lentement, son cœur s’agitant dans sa poitrine alors qu’il cherchait ses mots. Il regarda Émilia et elle le regardait également. Tellement mignon.
Subaru : “C’est incroyablement dur à dire, mais je veux que tu m’écoutes. Il faudra l’expliquer à sa sœur à un moment où à un autre… Mais d’abord, Émilia.”
Émilia : “Mmh ?”
Émilia était perplexe face au début de la déclaration de Subaru. Face à sa propre incompétence, Subaru regrettait d’avoir laissé traîner le problème aussi longtemps. Il se força à se concentrer. Une concentration atteignant des sommets pour Subaru, s’efforçant à trouver les bons mots.
Subaru : “C’est à propos de Rem. Elle a… elle m’a dit qu’elle…, tu comprends ? Avec ça, j’imagine que ça va sembler égoïste, mais…”
La sueur commença à envahir le front de Subaru alors qu’il attaquait le sujet. Il essayait déjà de s’excuser. Mais il savait qu’Émilia, sachant lire la situation, pourrait comprendre où il voulait en venir. Elle leva ses mains au-dessus de ses cuisses.
Émilia : “Attends, calme-toi Subaru. Je ne comprends pas où tu veux en venir, mais je vois que tu essayes trèès fort. Tu es un grand garçon, vas-y lentement.”
Subaru : “Grand garçon ! C’est déprimant à entendre. Attends, non, je ne me comportais pas en adulte. Allez, du nerf ! Donc oui, Rem m’a dit qu’elle m’aimait et après ça, si tu m’aimes aussi… vous serez toutes les deux miennes, ou quelque chose comme ça ?!”
Même Subaru était choqué par ce qu’il venait de dire, alors que le silence planait. La réaction d’Émilia serait-elle la même que celle de Subaru, ou alors emplie de dédain et de dégoût ? Subaru regarda timidement Émilia avec ces attentes défaitistes.
Émilia : “——”
Sa réaction n’était rien de ce que Subaru envisageait. Ses sourcils se plissèrent alors qu’elle mettait son doigt sur ses lèvres. Elle examinait peut-être ce qu’il venait de dire, imaginant une punition adéquate, le tout dans une atmosphère ne laissant aucune place au rire.
Émilia : “Subaru.”
Subaru : “Oui ?”
Entendant son nom, Subaru la regarda en face. Émilia fit face à son regard déterminé. Mais son visage n’était qu’empreint de confusion. Il ne comprenait pas sa réaction, ni ce qui la faisait réagir de la sorte. Ses mots, dépassant la compréhension de Subaru, firent s’effondrer le monde autour de lui.
Émilia : “Qui est Rem ?”

