10 — Une négociation à double face

Face à la couleur contrastée de la paire d’yeux bleus et jaunes, Subaru eut l’impression qu’ils l’attiraient dans leurs profondeurs, l’empêchant de penser. Retenant son souffle, il serra les dents pour que l’atmosphère ne le submerge pas.
Le menton posé sur ses mains jointes au-dessus de la table, Roswaal déclara :
Roswaal : “Vous seeeeemblez être pluuuuutôt observateur. Vous avez trèèèès bien compris ce qui a été diiiit jusqu’à présent, alors qu’il eeeest franchement difficile pour un citoyen ordinaire d’y parvenir.”
Subaru : “Je suis très honoré de recevoir vos louanges, alors répondez à ma foutue question, le gars avec de longs cheveux couleur indigo. Si vous ne le faites pas…”
Roswaal : “Si je ne le fais pas, alors quoi ?”
À la réponse provocante de Roswaal, Subaru rétorqua, frustré, en grinçant des dents :
Subaru : “Alors je vais caresser Émilia-tan de mes mains, et aussi déchirant que ce soit… je vais me consacrer à harceler sexuellement cette fille ! Je vais faire umph umph et faire whoopie !”
Émilia : “Eep !”
Dit-elle avec une telle force qu’on aurait dit qu’elle allait se mordre les lèvres. Émilia avait tressailli involontairement, stimulant le cœur sadique de Subaru.
À ce moment-là, alors que son tempérament rapide était sur le point d’éclater, et qu’il ne regrettait peut-être même pas d’avoir mis ses paroles en action, il fut interrompu par le claquement des mains de quelqu’un.
Ce qui avait ramené la conscience de Subaru à un état d’équilibre alors qu’il risquait de commettre réellement un harcèlement sexuel, fut le son sec et plosif de Roswaal, qui s’était levé.
Subaru : “De justesse, vous m’avez sauvé là bon sang.”
Roswaal : “Pourquoi exprimez-vous de la gratitude envers moi… ? Mooon Dieuuu, mooon Dieuuu, vous êtes un garçon si étraaaaange. Je n’ai jamais eeeeentendu parler d’une façon aussi inhabitueeeelle de négocier.”
Subaru : “Ha, placer la meilleure fille, la plus importante ici, à ma portée sera la cause de votre perte. Peu importe vos plans, rien ne fonctionnera. Même s’il ne s’agit que d’un seul moment, ou d’une simple rencontre fortuite, cette altération peut prolonger à l’infini cet instant fugace. ——Les gènes qui peuvent le faire, vivent au sein de mon peuple.”
Émilia : “Un moment éternel… Est-ce le plus haut niveau de la Magie Yin…!?”
Subaru effleura la tête d’Émilia, qui était à court de mots à cause de la difficulté à comprendre ses absurdités.
Il avait le sentiment indéniable qu’on le traitait comme quelqu’un ayant la capacité de manipuler le temps, mais de manière inattendue, ce n’était pas vraiment loin de la vérité, alors il décida de ne pas s’expliquer.
Qu’il s’agisse de sa capacité à Revenir d’Entre les Morts, ou des caractéristiques idiotes des Japonais et de leur étonnante qualité à apporter des modifications insensées à leurs délires momentanés, ni l’un ni l’autre n’était faux.
Laissant Émilia perplexe, Subaru cacha ces pensées en jetant un regard furieux à Roswaal. N’oubliant pas de lui adresser un sourire sans peur, il s’empressa de prendre le rôle d’un méchant.
Et pourtant, le visage de l’homme aux cheveux longs restait imperturbable en le voyant agir comme un méchant. Il arborait un sourire doux, dénué de toute émotion, faisant preuve d’une grande dignité, propre à un grand noble.
Ils se regardèrent en silence, comme si des étincelles volaient entre eux, s’évaluant l’un l’autre et essayant de se comprendre. Le vainqueur de cette confrontation fut Subaru, qui obligea Roswaal à détourner son regard vers le bas.
Regardant Subaru, qui avait les yeux secs parce qu’il avait refusé de les fermer, Roswaal leva légèrement les mains.
Roswaal : “Je concède, je concède. J’ai perdu cette fois-ci. Votre regard était plutôt iiiimpressionnant. Bon, si je n’exprime pas clairement mes intentions, ce ne serait pas juuuuste pour vous, n’eeeest-ce pas ?”
Subaru : “Ow, Ow, mes yeux me font un mal de chien. Frotte-les un peu plus doucement, Émilia-tan.”
Émilia : “Ça te convient que ce soit ça ta récompense ?”
Subaru : “Je vais le faire moi-même ! C’était super dangereux ! Cette fille est étonnamment assez rusée, hein !?”
En danger de perdre son avantage dans les négociations, Subaru bondit et se frotta les yeux. Il cligna également des yeux, confirma que la douleur diminuait, puis se prépara à affronter Roswaal une fois de plus.
Roswaal : “Biiiien, ce n’est pas comme si c’était quelque chose qui devait être caché, vooooyez-vous. J’ai peut-être laissé ééééchapper quelques éléments, mais je suis en position de soutenir la candidature d’Émilia-sama au titre de reine. Je suis son soutien… ou peut-êêêêtre serait-il préférable de dire que je suis son mécène ?”
Subaru : “Mécène, hein.”
Ainsi, la personne qu’il avait sous les yeux, Roswaal, était le représentant des partisans d’Émilia.
Subaru essaya une fois de plus de vérifier la nature inconnue du grand homme, et demanda nerveusement à Émilia :
Subaru : “Je ne sais pas si je devrais dire ça, mais… ne devrais-tu pas être plus prudente dans le choix de tes relations, Émilia-tan ?”
Émilia : “Je n’y peux rien. Il n’y avait personne dans la capitale royale vers qui je pouvais me tourner, et, en premier lieu, Roswaal a été le seul à avoir des goûts assez étranges pour coopérer avec quelqu’un comme moi, alors…”
Subaru : “Je vois. C’était le processus d’élimination, hein.”
Roswaal : “Vous devez être incroyaaaablement confiante et sans peur pour dire de teeeelles choses devant votre mécène non ?”
Bien qu’il ait reçu des commentaires aussi insultants, Roswaal ne semblait pas du tout perturbé, l’expression douce de son visage ne changeant pas. Peut-être était-il incommensurablement tolérant envers les autres, ou…
Subaru : “Il pourrait être un de ces M (masochistes) typiques, hein.”
Émilia : “Em” ?”
Avec ses deux bras tenus en cercle, il fit la forme d’un M en les faisant se rejoindre sur le dessus de sa tête.
Alors que Subaru montrait une lettre qui ne pouvait être comprise par personne dans ce monde, Émilia inclina la tête alors qu’il essayait de trouver une explication.
Subaru : “Non, maintenant que j’y pense, c’est la deuxième fois que je fais cette blague. Elle va perdre de sa fraîcheur, alors la redire à la même personne serait un peu…”
Émilia : “N’accepte pas la situation d’une manière aussi bizarre. Peux-tu me dire ce que tu voulais dire ?”
Subaru : “La toi d’hier le savait. C’est ça ! Vis à fond.”
Pat Pat Tapotant légèrement sa tête comme pour la réconforter, Subaru gloussa sans une pointe d’émotion.
Laissant à elle-même Émilia, sidérée et confuse, Subaru sentit son cœur s’alléger puisqu’il n’avait pas nécessairement dit un mensonge.
Mais l’Émilia du monde qui la connaissait n’était plus là. Elle dormait silencieusement dans son cœur, avec une dette de gratitude qu’il ne pouvait pas rembourser.
Il leva le pouce à la moue d’Émilia, qui semblait mécontente, puis utilisa la même main, toujours dans la même position, pour pointer Roswaal. Puis, quand il la retourna, Roswaal demanda :
Roswaal : “Hmmm ? Tout ce que vous avez fait, c’est de la retourner, mais j’ai l’impression que c’est un geste humiliant. Pourquoi, je me le demande ?”
Subaru : “Vraiment ? D’où je viens, c’est un signe de profonde affection qui signifie : “Je t’aime tellement que je veux te faire lécher ma chaussure”.
Émilia : “Subaru, dans ta région natale, lécher la chaussure de quelqu’un est une marque de profonde affection… ?”
Subaru : “C’est l’expression ultime de l’amour, qui signifie : “Tout ce qui te représente est précieux”. Je n’hésiterais même pas à manger tes cheveux ou autre chose si j’en ai envie, Émilia-tan.”
Émilia : “Je t’en supplie. N’aie surtout pas envie de le faire, d’accord ?”
Voyant qu’elle avait trouvé à redire à ce qu’il venait de proposer, Subaru haussa les épaules. Roswaal éclata involontairement de rire après avoir entendu leur échange, et Émilia se montra de mauvaise humeur à cause de la façon dont ils avaient réagi.
Alors que les trois faisaient leurs propres affaires, ils ne progressaient pas du tout dans la conversation précédente.
Subaru : “Hey, nous avons une conversation sérieuse, alors peux-tu arrêter de nous déconcentrer ?”
Émilia : “Tu es la dernière personne que je voulais entendre dire ça !”
La lamentation d’Émilia fut esquivée d’un “Ouais, ouais” facile, puis Subaru dirigea à nouveau son regard vers Roswaal afin de reprendre les choses de zéro, pour en venir au sujet principal.
Subaru : “Donc, à propos du point principal. Je comprends que vous êtes le mécène d’Émilia-tan, Rozchi. Et c’est plutôt mignon la façon dont j’ai pu apercevoir son “caractère rustre” dans tous les aspects de son comportement, mais le fait qu’elle agisse toute seule dans la capitale royale est un peu étrange, non ?”
Roswaal : “Je croiiiis que c’est la première fois qu’une telle chose se produit, voooyez-vous. Bien que Ram aurait dû être avec elle…”
Roswaal esquissa un sourire crispé en tripotant son col et changea de sujet pour parler de la servante aux cheveux roses. Lorsque Subaru se retourna pour regarder la servante derrière lui avec des soupçons dans les yeux, elle resta nonchalante, s’étant déguisée en servante aux cheveux bleus en retournant sa frange du côté opposé. Cependant, il le remarqua immédiatement car la couleur de leurs cheveux était différente.
Subaru : “Mince, ce visage qui dit quelque chose comme “Je m’en suis sortie, comme je l’espérais” me fait vraiment chier.”
Rem : “Nee-sama, Nee-sama, notre cher invité a dit une telle chose.”
Ram : “Rem, Rem, notre cher invité a dit une telle chose avec un tel vide d’esprit.”
Subaru : “Hey, je peux toujours dire qui est qui en me basant sur la façon grossière de parler de Ram !”
Après avoir eu un échange où elles semblaient n’avoir aucune intention de relativiser leurs propos, Subaru cria cela avec colère et laissa ses épaules s’affaisser. Cependant, celle qui répondit nerveusement à cette voix furieuse fut Émilia.
Avec un air gêné sur le visage, la fille leva légèrement la main,
Émilia : “Ce n’est pas comme si c’était la faute de Ram. A propos de ça, je… Je crois que je me suis laissée aller à ma propre curiosité. J’ai erré sans but et j’ai été séparée de Ram.”
Subaru : “C’est quoi cette raison à la noix ? Quelle défense imparable. Cela étant, il est vrai qu’elle n’a pas pu exécuter les ordres de son seigneur, pas vrai ? C’est vraiment acceptable ?”
Alors qu’il posait cette question avec une bonne prononciation et que sa lèvre inférieure était saillante, Roswaal répondit en tournant le cou. Après avoir commencé par un “Vous n’aaaavez pas tort”, il poursuivit :
Roswaal : “Peut-être aiiii-je une part de responsabilité dans le manque de supervision de Ram. Ceeeependant, sur un autre plan, qu’essayez-vous de me dire, je me deeeemande ?”
Subaru : “C’est simple, vraiment. Émilia-tan a oublié comment retourner là où elle était et a commencé à errer sans but, et le fait que son accompagnateur n’ait pas pu la retrouver est le plus regrettable. Et puis, du coup… moi, le personnage maléfique, j’en ai profité. Donc la bonne et mauvaise chose à faire serait de vous arracher tout ce que je peux vous arracher, n’est-ce pas ?”
Saisissant ce qui venait d’être dit, les expressions faciales de chacun dans la pièce changea.
Le visage d’Émilia se raidit, les jumelles fixèrent Subaru avec des yeux qui contenaient à la fois de l’animosité et des remords, Béatrice eut un air peu intéressé en inclinant son verre pour boire, et Puck plongea la tête la première dans le plat d’œufs devant lui comme s’il avait glissé, ce qui provoqua un désastre total.
Et puis Roswaal hocha la tête encore et encore tout en souriant, il semblait avoir compris.
Roswaal : “Je voiiiiis. En ce qui concerne les fonds privés, c’est à moi, le mécène, que vous devrez demander une récompense, plutôt qu’à Émilia-sama, qui est essentiellement sans le sou, paaaaas vrai ?”
Subaru : “N’est-ce pas ? Et vous ne devriez pas pouvoir me le refuser non plus. A-p-r-è-s t-o-u-t, j’ai sauvé la vie d’Émilia-tan et j’ai largement contribué à l’empêcher d’abandonner la sélection royale ! En bref, je suis en quelque sorte le sauveur du camp d’Émilia-tan dans la sélection royale ! »
Roswaal : “Je doiiiiis admettre que c’est la vérité. Dans ce cas, permettez-moi de vous poser une question en plus de cela.”
Roswaal se leva, et regarda Subaru du haut de sa stature supérieure.
Ne voulant pas être vaincu par le fait d’être en dessous de lui, Subaru tourna son regard vers le haut. La façon dont ils se regardaient à présent était similaire à celle quand Roswaal l’avait surpris avec un baiser sur le front lors de leur première rencontre. Néanmoins le poids de l’atmosphère dont ils étaient désormais enveloppés était d’un tout autre ordre.
Anxieuse, Émilia joignit les mains en craignant la direction que prenaient les négociations. Sentant quelque chose comme une prière dirigée dans son dos, Subaru hocha la tête.
Subaru : “Dites-le. Je suis tout ouïe.”
Roswaal : “Qu’eeeest-ce que vous attendez de moi ? Tel qu’il en est, je ne peux pas refuser votre demande. Même si vous souhaitez un quelconque trésor. Ou peeeeeut-être, préfèrez-vous autre chose… comme un banquet luxueux organisé pour vous. Si c’est pour dissimuler la vérité sur l’insigne perdu, alors je suis prêt à tout.”
Subaru : “Hee-hee-hee, comme on peut s’y attendre de la part d’un grand noble. Vous parlez vraiment ma langue.”
Avec un sourire lubrique sur le visage, Subaru toucha tendrement sa poitrine mince avec son coude. Il était douloureux d’entendre le son de sa popularité s’effondrer derrière lui, mais tout ceci avait été fait dans le but de se préparer à cela. Avec l’image d’un méchant, il tendit les deux mains.
Subaru : “Je demanderai n’importe quelle récompense que mon cœur désire ! Et vous ne pouvez pas me le refuser ! Ceci est une promesse entre vous et moi. Si vous la rompez, vous devrez avaler 1 000 aiguilles.”
Roswaal : “Il semblerait que je serai sur le poiiiint d’être tuuuué par la 100ème. Eh bien, c’est une promesse.”
Subaru : “Un homme ne revient jamais sur sa parole, n’est-ce pas ?”
Roswaal : “Je dois dire que c’eeeest un sacré dicton. Je vois. Un homme ne doit pas s’excuser. Je ne reviendrai pas sur ma parole.”
Cette négociation permit à chacun d’eux de présenter leur force d’âme en tant qu’homme.
Estimant qu’il valait la peine d’accorder sa confiance, à une promesse faite de surcroît, Subaru croisa fièrement les bras.
Subaru : “Alors, engagez-moi pour travailler dans ce manoir.”
Comparé au temps qu’il avait mis à la développer, la déclaration de Subaru fut formulée facilement et sans hésitation.
Les filles derrière lui furent abasourdies par sa demande. L’expression des jumelles se transforma en une légère perplexité, tandis que Béatrice était véritablement dégoûtée, le visage marqué par un froncement de sourcils. Émilia, en particulier…
Émilia : “Ce n’est pas vraiment à moi de le dire, mais n’est-ce pas un peu…”
Son beau visage était agité, une expression étonnée la recouvrait, et elle ouvrait et fermait la bouche comme un poisson rouge. La fervante déconvenue érodait sa nature mystique, la faisant pâlir.
Regardant de nouveau la fille, Subaru haussa les épaules avec déception.
Subaru : “Non, pour être franc, je savais que tu ne trouverais pas la blague drôle une seconde fois, Émilia-tan. Cependant, d’après mon expérience, il n’y avait pas d’autre moyen que d’utiliser une méthode qui fonctionnait déjà bien, donc…”
Émilia : “Ce n’est pas ce que je veux dire… ! Non, le problème c’est que tu veux si peu !”
Comme si elle était en colère contre lui, Émilia claqua ses mains contre la table et s’avança vers Subaru. Elle tendit ensuite son doigt vers lui et commença à lui taper sur la poitrine à plusieurs reprises.
Émilia : “Écoute, ce n’est pas seulement cette histoire avec Puck, d’accord ? Je parle aussi de… quelque chose de différent. Pour commencer, c’est exactement comme lorsque tu m’as demandé mon nom dans la capitale royale !”
La fille énuméra les fois où Subaru aurait pu réclamer une récompense. Émilia était consciente de tout ce qu’il avait fait pour les obtenir et elle secoua la tête comme si elle ne comprenait vraiment pas.
Émilia : “Tu ne comprends pas à quel point je te suis reconnaissante. Une telle… une telle chose n’est pas suffisante pour te remercier de m’avoir sauvé la vie…”
Alors qu’elle terminait sa phrase faiblement, la force derrière ses tapes du doigt diminua, puis elle laissa sa paume sur la poitrine de Subaru et baissa la tête.
En entendant sa lamentation silencieuse, Subaru maudit sa propre insouciance.
Elle s’était toujours sentie redevable envers lui, à cause de la légèreté de ce qu’il avait demandé en retour pour l’avoir sauvée.
Cependant, on pouvait dire la même chose de Subaru.
Subaru s’était toujours senti redevable envers elle. Et c’était une dette qu’il ne pourrait jamais lui réclamer, plus jamais. Et puis il y avait Puck, aussi.
Près des deux personnes qui présentaient leurs pensées intérieures l’une à l’autre en silence, Roswaal se déplaça sournoisement vers l’endroit où se trouvait Béatrice. En fait, il visait Puck, qui était à côté d’elle, afin d’engager la conversation.
Roswaal : “Vraiiiiment ? Avez-vous donné une récompense à ce garçon, Oh Grand Esprit ?”
Puck : “Oui. Il voulait juste pouvoir caresser mon corps duveteux autant qu’il le voulait. C’est un amoureux des peluches de première classe.”
Béatrice : “Pucky !? Quel horrible garçon, je suppose… Il devrait être chassé immédiatement, en fait !”
Ignorant intentionnellement “l’Opération : Chasser Subaru” qui progressait inutilement, Subaru posa sa main sur l’épaule délicate devant lui. Elle leva vers lui ses yeux d’améthystes humides, lui lançant un regard interrogateur, les lèvres frémissantes
——Oh non, elle est incroyablement mignonne.
Il risquait de suivre inconsciemment le mouvement et de succomber complètement à son envie de lui dérober ses lèvres, mais il se maîtrisa miraculeusement en battant cette envie à plate couture. Et puis, il fit preuve de la plus grande sincérité pour lui dire ce qu’il ressentait vraiment.
Subaru : “Tu ne comprends pas, Émilia-tan. À ce moment précis, c’est ce que je veux du plus profond de mon coeur, tu sais ?”
Émilia : “——Huh ?”
Subaru : “À ce moment-là, je voulais connaître ton nom. À tel point que j’aurais été capable de dire que c’était une chose sérieuse et de dire que c’était d’une importance capitale. J’avais super faim, j’étais anxieux à propos de ce nouveau monde, mes jambes tremblaient, j’étais sur le point de perdre la tête, et je pense qu’il y avait beaucoup de choses que je devais accomplir. Mais c’était uniquement si j’arrêtais d’y penser. ——Cependant je suis un homme qui ne se ment pas à lui-même.”
Il était mort trois fois, juste pour ça.
Il l’avait fait pour le simple plaisir de voir le visage souriant de la fille aux cheveux argentés devant ses yeux et de connaître son nom.
À ce moment-là, il n’y avait pas de plus grande récompense dont il pouvait rêver.
Subaru : “Ma demande à Roswaal est également de cet ordre. Pour être honnête, je suis complètement et totalement fauché ! Je ne serais pas vraiment bien dans ma tête, et ma situation financière ne serait pas meilleure si je me contentais d’un plaisir temporaire. Donc, en ce qui me concerne, c’est la meilleure option, non ?”
Émilia : “…Tu aurais pu vivre ici en tant qu’invité au lieu de travailler, tu sais ?”
Subaru : “——Pourquoi je n’y ai pas pensé !? Qu’est-ce que vous en dites, Roswaal !?”
En entendant la réponse de la voix larmoyante, Subaru se retourna comme s’il avait rebondi pour regarder Roswaal, qui était devenu sa lueur d’espoir. Cependant, il croisa ses mains devant son visage, pour former un grand X.
Roswaal : “Ta première demande a pris effet. Un homme ne revient pas sur sa parole, n’eeeest-ce pas?”
Subaru : “Waaaaaagh ! C’est vrai, c’est vrai ! Un homme ne revient jamais sur sa parole, hein !?”
Il découvrit avec larmes que sa demande avait été refusée parce que quelqu’un avait ouvert sa grande gueule plus tôt. Renonçant à contrecœur, Subaru abandonna et pensa à sa future vie professionnelle.
Subaru : “Je veux vraiment revenir à ce moment et dire, “Prenez soin de moi !” à la place.”
Émilia : “Tu sais, pendant un moment, j’ai cru que tu étais vraiment sérieux… mais je suppose que c’était juste mon imagination.”
Subaru : “Et ensuite tu me rabaisses comme ça, Émilia-tan ! C’est me frapper quand je suis à terre !”
Subaru réalisa qu’il avait raté l’occasion de mettre en place l’environnement parfait pour un reclus comme lui à cause de son faux pas. Il n’avait rien à récupérer s’il perdait sa popularité auprès de la belle en plus de tout cela.
Émotionnellement angoissé comme si des larmes de sang coulaient sur son visage, Subaru se mordit la lèvre en jetant un regard pitoyable à Roswaal.
Subaru : “De toute façon… C’est trop tard. Remrin et Ramchi doivent avoir un mal fou à s’occuper de ce manoir, alors j’aimerais que vous me donniez un poste convenable sous leurs ordres, quelque chose comme un valet.”
Roswaal : “Il eeeest vrai que c’est une affaire urgente… Bien que je peeeense que c’est comme Émilia-sama l’a dit. N’eeeest-ce pas trop peu demander ?”
Plaçant ses mains dans les manches de ses vêtements clownesques, l’expression douce de Roswaal s’assombrit, affichant pour une fois un sourire crispé.
En réponse, Subaru se leva et agita son doigt en émettant un “Tsk, tsk, tsk”.
Subaru : “Je suis un gars super avare, vous savez. ——Vous l’avez remarqué, n’est-ce pas ? J’ai obtenu un poste où je pouvais vivre sous le même toit que la fille super adorable et super belle que j’aime, par des moyens rationnels. Et en étant dans une position de serviteur, je suis peut-être même béni par la chance. Les possibilités sont infinies, et mon cœur se gonfle d’une telle excitation à l’idée de ce qui pourrait se passer dans un futur proche qu’il pourrait éclater !”
Roswaal : “…Je vois. C’eeeest en effet comme tu le dis. Il eeeest plutôt rare de travailler près de la fille que l’on aime, n’eeeest-ce pas ? Ça semble êêêêtre une bonne affaire pour toi alors.”
Subaru : “Effectivement, et par ailleurs…”
Il cessa de remuer le doigt et s’en servit pour gratter au hasard ses cheveux noirs. Détournant les yeux de tout le monde, il leva les yeux au plafond et continua,
Subaru : “Et par ailleurs, avec un type dont vous ignorez tout, vous feriez mieux de le garder près de vous au lieu de le laisser seul sans rien savoir de lui. De plus, je vous prie de vérifier si je peux être utile à Émilia-tan, ou si je suis une source de danger pour elle.”
Il déclara sa certitude que rien de bon ne ressortirait s’il quittait simplement le manoir sans aucun moyen de se défendre.
S’il devait être honnête à ce sujet, ce n’était pas au-dessus de ses attentes, et il se sentait légèrement mal d’avoir testé l’humanité de Roswaal de cette façon.
Il n’y avait aucun doute sur le fait que Subaru cherchait la confrontation, le même genre de conflit qui ferait que Roswaal serait à court de mots s’il n’avait aucune idée de ce que Subaru disait. Cependant, contrairement aux sentiments maladroits de Subaru à ce sujet, il déclara,
Roswaal : “Alors il en sera ainsi. ——J’espère que nous pourrons bien nous entendre, d’aaaaccord ?”
Il ne réussit pas vraiment à lire l’émotion qui se dégageait de ses yeux de différentes couleurs après cette réponse immédiate.
Par ailleurs, Subaru était très embarrassé intérieurement après avoir involontairement professé son amour si fort, mais quand il tourna nerveusement la tête pour jeter un coup d’oeil à l’expression d’Émilia,
Émilia : “Tu es vraiment désespéré, Subaru… Il y a un problème ?”
Il fut quelque peu perplexe devant sa réponse calme.
Comme on pouvait s’y attendre de la part d’une belle fille, elle était probablement habituée à être flirtée, et notamment à ce que les gens lui fassent des blagues et se comportent comme des coureurs de jupons. Ainsi il tremblait d’appréhension devant une personne qui avait autant d’expérience.
Subaru : “Je ne suis pas sûr d’avoir la force de continuer à te draguer, Émilia-tan.”
Subaru ne pouvait s’empêcher de soupirer devant les nombreuses difficultés qui l’attendaient.
Alors que Subaru se sentait mal à l’aise à propos de l’avenir incertain de sa vie dans un autre monde, en s’inquiétant d’un aspect plus particulier que ce à quoi on pourrait s’attendre, Émilia laissa échapper un murmure discret.
Émilia : “Quelle impudeur, vouloir travailler sur le même lieu de travail que les filles. Mais je me demande qui est le plus ton genre, Rem ou Ram ?”
Émilia, qui avait mis un doigt sur ses lèvres et gonflé son imagination, le prit complètement au dépourvu.
