09 — Les fruits de la triple mort

Émilia : “Donc, en fin de compte, pourquoi as-tu fait ces choses, Subaru ?”
Subaru : “Je t’ai déjà dit la vérité complète et totale. S’il devait y avoir une autre raison… Attends, est-ce que ça pourrait être la méchante loli là-bas qui… a joué avec mon esprit… ? Petite fille maléfique !”
Béatrice : “Tu t’es ridiculisé, et maintenant tu rejettes la faute sur quelqu’un d’autre, je suppose ! Tu es le pire ! Le pire de tous, en fait !”
Subaru : “Ferme-la ! Est-ce que les paroles d’une loli qui boit pendant la journée peuvent justifier quoi que ce soit ?! Ne vois-tu pas et n’entends-tu pas beaucoup de choses fausses en te saoulant ? D’abord, à quel âge c’est “hunky-dory” de boire de l’alcool dans ce pays ?!”
Alors qu’il était en train de s’engueuler avec Béatrice, il dirigea cette question vers Rem par réflexe, qui se tenait à proximité.
Pas du tout ébranlé par le changement de sujet, Rem fit une révérence polie et demanda :
Rem : “Qu’est-ce que vous entendez par “hunky-dory”, cher invité ?”
En la voyant incliner habilement la tête tout en restant dans sa révérence, Subaru se gratta la tête.
Subaru : “Oh, hmm… Vous n’êtes même pas sûrs de la signification de ça, hein ? Je ne m’attendais pas à ça, donc je suppose que je vais devoir expliquer ! Ça veut dire quelque chose comme “bien”.”
Comprenant ce qui avait été dit, Rem et Ram partagèrent un regard.
Rem : “Après vos 14 ans.”
Ram : “Quand vous atteignez 14 ans.”
Subaru : “Vous êtes serial ?”
Rem : “Serial ?”
Ram : “Serial ?”
Subaru : “Ça veut dire “Vous dites la vérité ?”, “Vous êtes complètement sérieuses ?”, ou “C’est méga génial, non ?”.”
Rem : “Je vois.”
Ram : “Je vois.”
Les deux firent un salut synchronisé, comme si elles étaient impressionnées. En d’autres termes, lorsqu’il est mis en pratique——
Subaru : “Serial, est-ce que c’est vraiment hunky-dory de boire de l’alcool quand on a 14 ans !?”
Rem : “Cela signifie, “Sérieux, est-ce vraiment bien de boire de l’alcool quand on a 14 ans ?”.”
Ram : “Cela veut dire, “Sérieux, est-ce vraiment bien de boire de l’alcool quand on a 14 ans ?”.”
Elles avaient réussi à faire une traduction parfaite. Leur intention d’arriver à une compréhension mutuelle s’était réalisée.
Les trois se regardèrent spontanément de joie et, les mains levées, crièrent :
Subaru, Ram et Rem : “Ouaiiis !!”
Ils se congratulèrent l’un après l’autre. Et puis ils commencèrent à se déplacer en cercle, main dans la main.
Béatrice : “…Avez-vous terminé votre petite performance, je me demande ?”
Subaru : “Qu’est-ce que tu veux ? Tu es une telle rabat-joie, espèce de loli perçeuse.”
Béatrice : “Silence avec cette loli, en fait ! Qu’est-ce qui te prend, je me demande !!”
Béatrice s’adossa à sa chaise et croisa les bras, l’air très en colère. Subaru supposait qu’elle avait déjà fini de se disputer avec lui, puisqu’elle avait choisi de rester silencieuse. Il vit alors Puck sur la table à manger qui la consolait. Il décida de laisser le petit chat s’occuper d’elle.
Et puis, il fit de nouveau face à la jeune fille aux cheveux argentés, qui n’avait rien réglé jusqu’à présent.
Peut-être à cause de son humeur, elle regarda Subaru avec ses yeux blancs remplis d’une intensité plus froide qu’auparavant, et——
Subaru : “Le fait que tu sois mignonne, même quand tu me regardes comme ça, devrait être considéré comme un crime…”
Émilia : “…Soupir. Maintenant je commence à comprendre pourquoi j’ai été impliqué avec toi, Subaru. Tout ce que j’ai à faire est de ne pas prêter attention aux blagues que tu sembles raconter à tout le monde, et aller droit au but, non ?”
Subaru : “Je me sens offensé quand tu penses que je fais des blagues à tout le monde ! Je ne dirais une telle chose qu’à toi, Émilia-TAN ! Je suis sérieux ! Totalement sérieux ! Suuuper-duuper SÉRIEUX !”
Émilia : “Oui oui, oublie ça. Allons droit au but, alors.”
Claquant des mains pour réinitialiser la conversation, Émilia retourna ensuite tranquillement à son siège.
N’ayant pas d’autre choix que de la suivre à sa place, Subaru s’installa à nouveau, mais pendant qu’il le faisait, Roswaal déclara :
Roswaal : “Bien que nous nous soyons un peu éloignés du sujet, néanmoins, allons droit au but, d’accord ? Est-ce que cela te coooonvient, Subaru-kun ?”
Subaru : “Eh biiien, vu que ma tête ne s’est pas encore envolée de mes épaules, je vais prier pour que ce ne soit rien de mauvais.”
Roswaal siffla en entendant les mots de Subaru. Émilia avait l’air tout aussi surprise que lui, puisqu’elle supposait que Subaru avait agi d’une manière aussi irrespectueuse dans le but de connaître leurs intentions. Cependant ils en faisaient trop.
Bien sûr, il n’avait fait que débiter de simples absurdités éloquentes.
Subaru se mit en avant, avant qu’ils ne puissent le découvrir et le démasquer, en s’assurant de les accabler avec sa façon d’agir. Il s’était dit que s’il prenait l’initiative de la conversation, il serait en mesure de diminuer les chances qu’elle soit menée dans une direction effroyable.
Subaru : “Très bien, je présume que je vais faire ma supposition alors. Donc vous avez parlé de la candidature d’Émilia-tan pour être reine, n’est-ce pas ? Je suppose qu’il y a une sorte de connexion ici ?”
Émilia : “Vraiment, tu es un pervers, Subaru ? Ou tu ne l’es pas ?”
Subaru : “Ces deux choix sont assez extrêmes, tu sais !?”
Les yeux écarquillés, Émilia présenta des excuses légères en disant “Désolé, désolé”. Alors que Subaru était sincèrement offensé par cela, Roswaal poursuivit après ses excuses.
Roswaal : “Quoiiiii qu’il en soit, vous avez bien deeeeviné. Cette histoire de tout à l’heure, d’elle étant une candidate pour être reine, est touuuut à fait lié à ce qui va t’arriver. ——Émilia-sama ?”
Émilia : “Mm, je comprends.”
Après avoir donné une réponse silencieuse à cet appel, Émilia mit sa main dans sa poche.
Subaru remarqua soudainement que la gaieté avait disparu de l’atmosphère de la salle à manger.
Bien que les mêmes personnes étaient assises autour de la table à manger, elles étaient maintenant revêtues d’une présence tout à fait digne.
Subaru redressa spontanément sa posture sans réfléchir. Continuant là où elle s’était arrêtée, Émilia sortit l’objet de sa poche et le posa sur la table. C’était——
Subaru : “Ce n’est pas l’insigne de… ?”
C’était l’insigne orné d’un motif de dragon qui avait fait l’amère expérience d’être volé, par Felt, quelque chose que Subaru avait finalement rendu à son propriétaire légitime après être revenu de trois morts complètes.
Le scintillement profond et serein du bijou cramoisi dans les mains de son propriétaire remplit Subaru d’un sentiment d’admiration, sa beauté éveillant sa curiosité.
Roswaal : “Tu voiiiis, le dragon représente les armoiries de Lugnica. Il ne serait même pas exaaagéré de l’appeler le Royaume Draconique de Lugnica. C’est un symbole que l’on retrouve souvent sur les murs des châteaux, sur les armes et les armures, mais cet insigne est particulièèèèrement important. Quoiiii qu’il en soit…”
Roswaal fit une pause pendant une seconde. Subaru lui lança un regard qui l’incitait à continuer, ce à quoi il acquiesça, puis il déplaça son regard vers Émilia pour lui suggérer de continuer. Elle ferma les yeux, puis dit :
Émilia : “C’est la qualification d’une personne en tant que candidat à la sélection royale. ——Un test pour déterminer si la personne est digne de s’asseoir sur le trône du Royaume de Lugnica.”
Sa déclaration véridique, dite d’une voix tendue, fit écarquiller les yeux de Subaru, puis ses yeux se dirigèrent à nouveau vers l’éclat cramoisi sur la table. L’insigne avec un dragon aux ailes déployées——le bijou scintillant en son centre, soutenait la preuve de son affirmation, et quand tout ce qui venait d’être dit était mis ensemble——
Subaru : “P-pas possible… Tu avais perdu l’insigne qui te permet de participer à la sélection royale !?”
Émilia : “Ne le présente pas de manière aussi déshonorante ! Une fille aux doigts légers l’a volé !”
Subaru : “C’est la même chose——!!”
Avec ce cri fort, Subaru claqua ses mains contre la table à manger en se levant.
L’impact sur la table menaça de faire tomber la vaisselle au sol, mais le suivi parfait de Rem réussit à l’en empêcher. N’y prêtant pas attention, il baissa les yeux vers Émilia. Son visage était devenu cramoisi et ses yeux débordaient d’humiliation.
Subaru : “Même si tu fais un visage qui stimule mon cœur sadique, ça ne marchera pas ! Aaaattends, sérieusement, genre comment ça marche ce truc !? Si tu le perdais, tu pourrais juste en obtenir un nouveau délivré par un office public !?”
Roswaal : “Office public… Je ne suis paaaas sûr de ce que cela signifie, mais il seeeerait difficile de simplement aller nonchalamment en demander un autre, vooooyez-vous.”
Regardant Subaru, qui était déconcerté, Roswaal ajusta calmement le col gargantuesque de ses vêtements, et continua :
Roswaal : “Un roi porte le royaume sur ses épaules. Il serait scandaleux qu’il ne puisse même pas protéger un siiimple petit insigne. Pourquoi les gens devraient-ils penser qu’ils peuvent confier le pays à une telle personne ?”
Subaru : “C’est vrai. C’est comme la façon dont le Seigneur Komon laissait toujours son travail à l’imprudent Hachibe, pourtant il était tout aussi imprudent que lui.”
Rem : “Imprudent ?”
Ram : “Hachibe ?”
Pendant que les jumelles prononçaient le nom de la mystérieuse personne, Subaru digéra tout ce qui s’était passé.
L’insigne volé, leur rencontre dans la ruelle, le combat dans la maison du receleur et être accueilli comme ça. Les réponses qu’il pouvait en tirer s’unirent en une phrase.
Subaru : “Si les gardes royaux apprenaient que vous avez perdu l’insigne, ce serait très grave. C’est pourquoi Émilia-tan l’a cherché toute seule, comme un loup solitaire.”
Émilia : “…Oui, c’est vrai.”
Subaru : “C’est Felt qui l’a volé, mais c’est Elsa qui lui a demandé de le faire. Et elle a dit que quelqu’un lui avait commandé de le faire. Donc, pour faire simple, quelqu’un essaie d’empêcher Émilia-tan de devenir reine ?”
Roswaal : “C’est probablement le caaaaas dans cette affaire. Si quelqu’un voulait vous faire abandonner la sélection royale, il n’y a pas de moyen plus simple auquel je pense que de voler l’insiiiigne.”
Après avoir confirmé ce qui avait été dit, tout ce qui s’était passé la veille commença à se rassembler.
Pourquoi Émilia était si têtue; Felt et sa cliente, Elsa. Et comment la valeur de l’insigne était la cause directe de son embrouille et de sa mort à plusieurs reprises.
Subaru : “Mince, maintenant que j’y pense, j’ai fait un super bon boulot ! Ce que j’ai fait était sérieusement génial, hein !? Tu risquais de dire adieu à la sélection royale, pas vrai, Émilia-tan !? Et comme tu étais sur le point de perdre l’insigne, dire “j’ai accidentellement perdu mon insigne ! Teehee ! Désolé !” n’aurait pas suffi, hein !?”
Émilia : “Wow, je n’ai pas compris 60% de ce que tu viens de dire.”
Subaru : “Waaaaaaaah, ça n’a pas d’importance ! Ce qui compte vraiment ici, c’est que, avec le recul, j’ai fait un travail super génial pour toi, n’est-ce pas, Émilia-tan ?!”
Subaru était dans un état d’extase lorsqu’il réalisa qu’il avait inopinément accompli une grande action en faisant ce qu’il avait fait. Puis il se releva, rapprocha son visage de celui d’Émilia, toujours assise, et effectua des respirations nasales excitées.
Subaru : “Fu-fu-fu, que dis-tu de ça, queee diiiis-tu de çaaaa, Émilia-TAN. Cet idiot a été gentil et a joué un rôle très actif pour te rendre heureuse, hein ? Olala, je me demande si je peux espérer une belle récompense ou quelque chose, vraiment ! Je me demande, je me demande, je me demande ?!”
Après avoir parlé comme un personnage de Higurashi à la fin de sa phrase, Subaru jeta son regard vers Émilia, plaça sa main sous son menton et le souleva.
Se présentant avec des yeux plissés et pleins de convoitise, il apparaissait comme un gouverneur habile, mais méchant. Sa bonne humeur atteignant déjà des sommets, il attendit lentement le moment où quelqu’un pourrait lui dire d’arrêter. Il serra ses abdominaux en prévision de cette chose. Mais——
Émilia : “…Oui, tu as raison. Tu m’as été d’une grande aide, Subaru. À tel point que me sauver la vie n’est pas suffisant pour le décrire. Donc… tu peux me demander n’importe quoi.”
Subaru : “Huh… ?”
Émilia : “Si c’est quelque chose que je suis capable de faire, alors je le ferai. Err, non, je ferai tout ce que je peux. Parce que ce que tu m’as apporté signifie beaucoup pour moi.”
La façon dont elle plaça une main sur sa poitrine, regardant Subaru avec une expression sérieuse, le rendit sans voix.
Pensant que le niveau de son excitation ne correspondait pas à l’ambiance puisque la conversation était devenue plus sérieuse que prévu, il retira sa main de son menton.
——Oh meeerde, je suis vraiment mauvais pour lire l’ambiance.
Comme il était devenu solitaire parce qu’il n’était pas capable de lire l’ambiance, Subaru était assez bon pour lire “l’ambiance quand il ne parvenait pas à lire l’ambiance”. Bien que les gens ordinaires pouvaient lire l’ambiance avant qu’elle n’atteigne le point où ils ne pouvaient pas, lui n’y arrivait pas. Le résultat était qu’il était constamment incapable de lire entre les lignes avec ses remarques indélicates.
Comme Subaru n’arrivait pas à lire l’ambiance avec son excitation qui était déplacée par rapport au regard sérieux d’Émilia, il ne savait pas quoi faire.
Subaru : “Hey, une fille ne peut pas simplement dire qu’elle fera “n’importe quoi”, tu sais ? Tu pourrais tomber sur un mauvais garçon comme moi qui veut juste… Mwahaha !”
Émilia : “…Même ainsi, c’est très bien. Si c’est ce que tu veux faire, Subaru, je suivrai ce que tu dis. Tu peux faire “mwahaha”, “fuhfuhfuh”, ou même si c’est un truc umph-umph, ou faire whoopee, je… Hic.”
Subaru : “Une fille ne devrait pas dire des choses aussi obscènes ! De plus, on aurait dit que tu étais sur le point de pleurer à la fin de la phrase !”
Subaru fut soulagé quand Émilia, presque en larmes, se serra contre ses propres épaules.
Si elle s’était tragiquement résignée à un tel destin, Subaru aurait eu du mal à le supporter. Bien sûr, il ignorait le fait qu’ils pensaient qu’il allait essayer de faire quelque chose comme ça, ce qui lui indiquait qu’ils avaient une bien piètre opinion de lui.
Subaru plaça sa main sur les cheveux argentés d’Émilia et commença à les caresser légèrement.
Émilia fut surprise par la sensation soudaine de sa paume, mais quand elle le vit faire cela en silence, elle resta simplement silencieuse et se laissa faire.
Pensant que sa réaction était aussi charmante que celle d’un petit animal, Subaru tourna la tête pour regarder Roswaal.
En regardant les deux, il avait l’air de s’amuser comme un fou. Roswaal remarqua le regard de Subaru, laissant échapper un “Oh mon diiieu”, et avec un haussement de sourcils, il déclara :
Roswaal : “Qu’est-ce que c’eeest ? Suis-je en traiiin d’interrompre quelque chose ? Devrait-on partir ?”
Subaru : “C’est surprenant car avoir ma première expérience sur la table à manger serait bien trop anormal. Pour quelle raison allez-vous me faire utiliser cette argenterie ? Espèce de noble pervers et répugnant… !”
Roswaal : “Oh mon diieu, je ne vous ai pas diiiiit d’aller si loiiiiin, pourtant.”
Subaru leva la bouche vers le grand homme qui soupirait et souriait sèchement, puis, avec la main qui ne caressait pas Émilia, il toucha son menton.
Son geste ressemblait à ce qu’un jeune détective ferait dans un animé policier, et, avec son pouce et son index autour de son menton, il dit :
Subaru : “Attendez, attendez, attendez, écoutez-moi, Rozchi. C’est bien vrai que vous me faites miroiter des conditions favorables, ce qui est plus que je ne mérite. C’est une situation où l’on tient une carotte devant un cheval. Mais je n’ai pas l’esprit vide au point de me laisser mener en bateau si facilement. J’ai encore beaucoup de choses à vous demander avant d’accepter une de vos offres.”
Roswaal : “Oh-ho ? Allez-y.”
Subaru : “Très bien, alors, c’est parti. Répondez correctement et sincèrement, d’accord ? Émilia-tan est une candidate pour être reine, non ? Alors, qu’est-ce que VOUS avez à voir avec ça ?”
Subaru lança cette question à Roswaal, en pointant sur lui le doigt qu’il portait auparavant à son menton. Les coins de la bouche du magicien se déformèrent à cette question, puis se transformèrent en un sourire ravi.

