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Web Novel • Arc 07

56Le Grand Désastre

(Note de Traduction : La formulation utilisée ici n’est pas la même que celle employée pour désigner la Grande Calamité d’il y a quatre cents ans. La Grande Calamité, causée par la Sorcière de l’Envie, est écrite “大災厄”, tandis que le titre de ce chapitre (et les utilisations ultérieures de la même expression) sont écrits “大災”.)

――Abandonner la ville et battre en retraite.

En réponse à la déclaration de l’homme au masque d’oni, les joues de Yorna se raidirent et son regard s’aiguisa.

Elle venait tout juste de décider de respecter l’opinion de l’homme qui se tenait devant elle, car Yorna estimait que c’était le meilleur moyen de protéger son domaine, Chaosflame.

Mais à l’encontre de la résolution de Yorna, l’homme parla de l’abandon de la ville,

Yorna : “Je ne peux absolument pas accepter une telle opinion.”

Abel : “Ho. Pourquoi cela ?”

Yorna : “N’est-ce pas évident ? Il s’agit de la Cité Démoniaque de Chaosflame, le dernier refuge pour ceux qui sont poursuivis par l’Empire, qui n’ont personne vers qui se tourner et nulle part où aller… Renoncer à cela…”

Abel : “Est inacceptable, hein ? ――Une sentimentalité dérisoire.”

Yorna : “――Hk, Vincent Vollachia… !”

En serrant les dents face aux paroles cruelles prononcées par l’homme aux bras croisés, le souverain de l’Empire, Yorna l’appela par son nom, le regard sévère. En réponse, l’homme toucha le masque d’oni de la main.

Et, dans ses yeux noirs visibles même à travers le masque, se refléta la silhouette de Yorna,

Abel : “Je porte désormais le nom d’Abel, il est donc inapproprié de m’appeler ainsi. Et si tu comptes implorer la bienveillance de l’Empereur, ce serait tout à fait irréfléchi.”

Yorna : “――Les habitants de l’Empire doivent être forts, n’est-ce pas ?”

Abel : “En effet.”

L’Empereur――ou plutôt l’homme qui se faisait appeler Abel, proclama que c’était précisément cette voie que suivait l’Empire.

L’Empereur, au sommet de l’Empire de Vollachia, se devait d’incarner le code inflexible auquel le peuple croyait et qu’il vénérait. Que ce soit vrai ou non, l’Empereur devait l’affirmer.

Face à l’affirmation d’Abel, Yorna se reprocha d’avoir fait une demande erronée.

Abel connaissait-il dès le départ l’identité de cette ombre ? Cette noirceur titanesque qui avait englouti tout le Château du Lapis Écarlate ?

Était-ce pour cette raison qu’il avait pris la décision cruelle d’abandonner la ville ?

Yorna : “Vous estimez que c’est suffisamment dangereux pour que nous devions fuir immédiatement ? Mais qu’est-ce donc ?”

Abel: “――Le Grand Désastre.”

Yorna : “Grand… Désastre… ?”

La rafale de questions de Yorna fut suivie de quelques mots prononcés à voix basse.

Toutefois, contrairement au calme de son ton, le poids des mots qu’il avait prononcés était suffisant pour semer le trouble dans l’esprit de Yorna――ils signifiaient une immense tragédie.

Yorna : “Par “Grand Désastre”, que voulez-vous dire exactement ?”

Abel : “Quelque chose qui met en péril l’existence de l’Empire et provoque une ruine que même la lumière du soleil ne peut atteindre… Voilà ce qu’en disait l’Oracle des Étoiles. Quand j’en ai entendu parler pour la première fois, j’ai pensé qu’il s’agissait de paroles excessives.”

Yorna : “――――”

Abel : “En observant cette chose, tu constateras qu’il n’y avait pas la moindre exagération dans l’expression utilisée.”

Il désigna du menton l’obscurité manifeste――le Grand Désastre qui avait causé la ruine, comme l’avait nommé Abel.

Yorna ne put s’empêcher de ressentir une certaine amertume lorsque le mot Oracle des Étoiles résonna, prononcé par sa bouche. L’existence de l’Oracle des Étoiles était l’une des pratiques maléfiques de l’Empire de Vollachia.

Du moins, c’était la seule façon dont Yorna pouvait le décrire.

Pour commencer, l’origine du souhait ardent et fervent de Yorna n’était en aucun cas sans rapport avec l’Oracle des Étoiles. Quoi qu’il en soit――

Yorna : “Alors, vous allez croire sur parole l’Oracle des étoiles et fuir la queue entre les jambes ? Si c’est le cas, ce serait sans aucun doute un signe de couardise. Je crois que vous incarnez parfaitement la manière de faire de l’Empire… Vous en êtes un très très bon exemple.”

Abel : “Si tu crois pouvoir m’influencer avec des provocations bon marché, tu ferais mieux de corriger cette conception erronée sans tarder. Tout d’abord, ce n’est pas moi qui ai pris les paroles de l’Oracle des Étoiles au pied de la lettre et qui ai commis cet outrage.”

Yorna : “…Je vois que vous avez également votre opinion sur les prophéties l’Oracle des Étoiles.”

Abel : “Toute personne dotée d’un bon jugement n’en aurait pas une opinion très agréable. Mais même si celles-ci sont inutiles et ignorées, d’autres suivront. Voilà ce qui est gênant à leur sujet――hmm.”

Rui : “Uu !”

Alors qu’il parlait, les paroles d’Abel furent interrompues par le grognement impatient de Rui.

Elle semblait reprocher à Abel et Yorna d’avoir une conversation qui n’était pas directement liée à la manière dont le Grand Désastre allait être maîtrisé.

C’était tout à fait naturel. Le Grand Désastre avait――

Rui : “Uau !”

Abel : “――Yorna Mishigure, je tiens à m’assurer d’une chose.”

Yorna : “…De quoi s’agit-il ?”

Plissant les yeux devant l’appel pressant de Rui, Abel désigna le Grand Désastre qui se débattait violemment. Lorsqu’il lui adressa sa question, Yorna plissa ses yeux en amande.

Elle pouvait à peu près imaginer les mots qui allaient suivre et les questions qui allaient être posées. C’était――

Abel : “Si toi et cette fille êtes ensemble, il doit y avoir une autre personne, un enfant aux cheveux noirs. Où est-il passé ?”

Yorna : “――Si vous parlez de cet enfant…”

D’un simple regard, Yorna répondit à la question bien plus éloquemment que ne l’auraient fait des mots.

Le regard de Yorna se tourna vers le Grand Désastre, que Rui désignait frénétiquement. Le garçon avait été présent lorsque les ténèbres qui avaient englouti le Château du Lapis Écarlate s’étaient répandues.

――Non, d’après ce que Yorna avait vu, le Grand Désastre semblait avoir jailli au sein du garçon.

Abel : “Comme je m’y attendais.”

En réaction à la réponse silencieuse de Yorna, Abel plaça la dernière pièce du puzzle dans son esprit.

Cela ressemblait à un ultimatum, et Yorna regarda Abel en l’interpellant : “Votre Excellence…”. Mais devant cet appel, Abel secoua lentement la tête latéralement.

Abel : “Même si nos intentions se révèlent infructueuses, nous ne pouvons rien y faire. S’entêter à une méthode et ne rien obtenir serait vain.”

Yorna : “Ce qui veut dire ?”

Abel : “La stratégie reste la même. Abandonner la Cité Démoniaque et battre en retraite――mais des dégâts seront tout de même causés. Nous ne pourrons pas les éviter complètement.”

Yorna : “――Hk, je ne peux pas accepter quelque cho…”

Et, au moment où Yorna s’apprêtait à lui dire qu’elle ne pouvait accepter une telle décision, quelque chose se produisit.

Rui : “Aa, uh !”

Abel : “Guh… !”

Poussant un cri de douleur, Abel tomba à genoux sur place, se tenant le ventre à deux mains.

Celle qui l’avait frappé avant que Yorna n’ait pu s’approcher était en réalité Rui, qui s’était glissée dans son flanc et avait asséné un coup de paume avec ses bras courts.

Elle lança un regard noir à Abel qui venait de prendre sa décision impitoyable, et, le souffle court, fit résonner un grognement dans sa gorge,

Rui : “Uau… Uau !”

En s’écriant ainsi, elle fit demi-tour et disparut en un clin d’œil.

Il s’agissait de la téléportation instantanée qu’elle avait utilisée lors du combat contre Olbart au sommet de la tour du château. Incapable de se téléporter sur de longues distances, Rui se téléporta à plusieurs reprises, retournant une fois de plus sur le champ de bataille dominé par le Grand Désastre.

Au loin, Kafma retardait le Grand Désastre en utilisant les insectes présents dans son propre corps.

Pour Yorna, il était difficile d’imaginer que cette fille possédait quoi que ce soit qui puisse porter un coup décisif au Grand Désastre.

Si tel avait été le cas, elles auraient essayé de sauver ce garçon par elles-mêmes, au lieu de compter sur Abel. Elle n’avait donc aucun atout dans sa manche.

S’il existait une carte maîtresse, ce serait――

Yorna : “――Ne serait-il pas possible de s’y opposer avec la Flamme de l’Épée Yang ?”

Abel : “――――”

Yorna : “Votre Excellence !”

Toujours agrippé à son ventre, Abel s’agenouilla sur le toit de l’immeuble.

Même si elle considérait qu’Abel méritait le coup porté par Rui, Yorna estimait également qu’Abel était le seul à détenir la clé pour surmonter cette situation.

L’Empereur de l’Empire de Vollachia était doté d’une véritable Épée Enchantée, considérée comme l’une des Épées Sacrées.

Avec la Flamme de l’Épée Yang, même l’existence de cet Grand Désastre serait――

Abel : “――Je n’ai nullement l’intention de la dégainer.”

Néanmoins, la réponse d’Abel à l’appel de Yorna n’était pas celle qu’elle espérait.

Et Yorna ne pouvait pas considérer que cette réponse était celle qu’une personne normale aurait donnée. Même si elle était consciente que le Grand Désastre était un événement inhabituel, qui avait suscité en lui une volonté d’abandonner la Cité Démoniaque tout en considérant cette chose comme extrêmement dangereuse.

Yorna : “Pourtant, vous ne dégainerez pas l’Épée Yang… Comment pouvez-vous laisser cette situation perdurer ?”

Abel : “――――”

Yorna : “Répondez-moi, Vincent Vollachia ! Si vous êtes… Si vous êtes l’Empereur de cet Empire, alors vous avez un rôle à jouer ! Si vous êtes l’Empereur, alors… !”

Sa vision se brouilla, et Yorna attrapa Abel par le col alors qu’il était à genoux, le forçant à la regarder dans les yeux.

Artiste du fan-art : pabobingu

Pendant tout ce temps, la ville gouvernée par Yorna, Chaosflame, était en grand péril. Jusqu’à quel point Kafma et Rui pouvaient-ils résister au Grand Désastre ? Dans quelle mesure l’explosion du Château du Lapis Écarlate avait-elle contribué à réduire la puissance du Grand Désastre ?

Elle ne savait rien. Ce qu’elle comprenait, c’est qu’elle ne pouvait pas laisser les choses comme elles étaient.

À ce rythme, le serment de Yorna, son désir, resterait inassouvi.

Pour cela, quel qu’en soit le prix, coûte que coûte, elle avait besoin de la coopération de l’homme qui se trouvait devant elle.

Yorna : “Si vous êtes l’Empereur de l’Empire de Vollachia…”

Abel : “…Je n’utiliserai pas l’Épée Yang.”

Yorna : “――Hk, vous…”

En dévoilant ses crocs acérés, Yorna tenta d’intimider Abel, qui refusait obstinément de changer d’avis.

Il était rare qu’elle fasse un geste aussi grossier que de montrer les crocs dans sa bouche. Cependant, si tel était son souhait, ses crocs pourraient facilement déchirer en lambeaux le cou élancé de l’homme qui se trouvait devant elle.

Mais de telles menaces étaient monnaie courante pour l’homme qui se tenait devant elle, Abel.

L’Empereur de l’Empire de Vollachia occupait une position qui l’exposait constamment à l’hostilité et aux intentions meurtrières incessantes de son entourage. C’était pour cette raison que cet homme occupait ce genre de position――

Yorna : “Si vous êtes…”

Abel : “――Quand comprendras-tu enfin, Yorna Mishigure ?”

Yorna : “――Hk.”

Abel : “L’Empereur de la génération actuelle, Vincent Vollachia, est différent de l’Empereur que tu imagines. Je ne suis pas tenu d’agir selon tes désirs et tes idéaux.”

Face à son attitude, clairement opposée à la sienne, Yorna laissa échapper un petit soupir.

Finalement, sa main lâcha le cou de l’homme qu’elle avait agrippé, et elle recula d’un pas nonchalant. En reculant, Yorna serra les dents tout en fixant Abel, qui tenait son propre cou.

Elle l’avait compris sans qu’on ait besoin de le lui dire.

Avec ou sans le masque d’oni, l’homme devant ses yeux ne ressemblait en rien à celui que Yorna imaginait. Même si le sang de l’être cher de Yorna coulait dans ses veines.

Yorna : “…Je ne peux pas accepter vos paroles.”

Abel : “Si tu n’abandonnes pas la Cité Démoniaque, tu perdras tout le reste également.”

Yorna : “Cette Cité Démoniaque, c’est tout pour moi !”

Yorna répondit à bras ouverts, sortit le kiseru qu’elle avait glissé dans son corsage et en alluma l’extrémité. Immédiatement après, elle aspira la fumée du kiseru de toutes ses forces, avant de la souffler dans le ciel.

La fumée violette qui se répandait forma un nuage gigantesque qui se dirigea vers la périphérie du champ de bataille où le Grand Désastre faisait rage――au-dessus des têtes des habitants de la Cité Démoniaque, qui étaient pour la plupart terrifiés à la vue de cette menace.

Après cela, le nuage de fumée violette se dissipa lentement et tomba sur chacun des résidents――sur chacun de ses enfants, la fumée violette se déposant dans leurs mains.

Yorna : “――Aimez-moi.”

Le murmure de Yorna était si faible que seul Abel, présent au même endroit, pouvait l’entendre.

Toutefois, tous ceux qui tenaient la fumée violette qui était descendue sur eux comprirent la volonté de Yorna. Ainsi, bien que sa voix ne leur soit pas parvenue, ils jetèrent collectivement la fumée violette dans leur bouche ouverte.

Yorna : “――Recevez mon amour.”

La suite des paroles de Yorna, ses murmures, ne servaient à rien ni à personne.

Si tant est, ces mots étaient sans doute une indulgence offerte à Yorna, par Yorna elle-même. C’était un rituel nécessaire, une invocation, afin de se pousser à aller de l’avant.

Ceux que la fumée violette de Yorna avait atteints, ceux qui l’avaient inhalée, levèrent lentement et sans hâte les yeux――et dans les yeux de chacun d’entre eux, une flamme s’alluma.

Ceux qui étaient aimés par Yorna, ceux qui aimaient Yorna ; leurs âmes se mirent à brûler, les yeux levés vers le Grand Désastre.

Il s’agissait sans aucun doute d’une communion des âmes――le pouvoir de la Technique du Mariage des Âmes enveloppait complètement la Cité Démoniaque.

Yorna : “Cette ville, la ville de Chaosflame, ne sera pas perdue――je souhaite que vous tous, à mes côtés, renvoyiez cet invité mal élevé d’où il vient.”

Tout en adoptant une posture, Yorna brandit son kiseru devant elle.

Ce qui pouvait être entendu partout dans la ville, c’était le grondement de la terre. Férocement et effroyablement résonnait le bruit d’innombrables chaussures, d’innombrables pas, d’innombrables respirations et d’innombrables volontés de se battre.

Conformément à l’appel affectueux de la dirigeante de la Cité Démoniaque, les êtres aimés convergèrent et avancèrent.

En les observant, Yorna fléchit légèrement les genoux, puis bondit haut dans les airs.

La destination de ce saut, ce qui l’attendait, était l’ombre du désastre, remplie d’une grande obscurité.

En tant que protectrice de la Cité Démoniaque contre toutes les menaces――

Yorna : “――Moi, Yorna Mishigure, l’Iridescente, je serai ton adversaire.”


Alors que le grondement de la terre résonnait, un cri de guerre furieux retentit, semblable à un tumulte provenant de toute la ville. Dans un monde dominé par ces êtres, Abel retira sa main de son cou et observa le champ de bataille.

Abel : “――――”

En effectuant une charge téméraire tout en criant, Yorna manipula facilement les décombres de la ville et le Château du Lapis Écarlate, lançant une attaque féroce contre le Grand Désastre.

Utiliser un bâtiment pour frapper quelque chose de nature ambiguë pourrait être considéré comme une attaque peu orthodoxe ; pourtant, face au Grand Désastre, cette masse de ténèbres d’un noir absolu, à la consistance incertaine et qui ne cessait encore de se développer, il était difficile d’en mesurer l’efficacité.

Avait-elle été efficace dans une certaine mesure, ou avait-elle été totalement inutile ?

Abel : “――Ça n’aura certainement pas été totalement inutile.”

Ce n’était pas tant qu’il ait été impressionné par l’assaut téméraire de Yorna, mais il était certain que l’ennemi n’était pas totalement immunisé contre une telle attaque, comme le prouvait le fait qu’il ait cessé ses actions avec autant de fréquence.

Le Château du Lapis Écarlate avait été englouti par le Grand Désastre dès son apparition ; malgré son attachement envers ce château qui lui avait servi de demeure pendant longtemps, Yorna avait lancé une attaque en le transformant en une force destructrice, ralentissant ainsi considérablement l’élan du Grand Désastre.

Sans cela, le Grand Désastre aurait continué à se propager à son rythme initial, aurait englouti toute la Cité Démoniaque et aurait ainsi étendu son abîme à l’ensemble de l’Empire.

――Néanmoins, l’effondrement de l’Empire avait seulement été retardé. Si rien n’était fait, il serait inévitable.

Abel : “C’est ce qu’il y a de plus détestable dans tout ça.”

En serrant les mâchoires, Abel se remémora les détails concernant l’homme qui avait prédit le Grand Désastre.

Une existence pratique qui avait prévu la menace à venir, mais qui avait refusé qu’on lui en demande davantage. Ou devrait-il plutôt qualifier cette existence de pion des Observateurs ?

Quoi qu’il en soit, son ressentiment envers cette personne ne l’aidait pas ici. Si nécessaire, il valait peut-être la peine de considérer cet individu comme quelqu’un se trouvant dans une situation similaire.

Abel : “――Natsuki Subaru, tu es…”

Concentré sur le Grand Désastre qui continuait à se tortiller, en marmonnant, Abel prononça le nom qu’il avait évité jusqu’alors.

Et à ce moment-là.

??? : “Abel-chin ! Nous sommes de retour !”

Abel : “――――”

Au milieu de tout ce vacarme qui risquait fort d’être étouffé par les grondements et les rugissements de la terre, une voix aiguë parvint clairement aux oreilles d’Abel.

Quand il se retourna, il vit que la voix venait du ciel. Atterrissant derrière Abel avec un léger bruit sourd, il y avait une fille qui agitait la main et une femme à la peau brune qui la tenait.

Abel : “Vous êtes de retour, Midyam, Taritta.”

Midyam : “D’une manière ou d’une autre ! Cette situation n’est-elle pas différente de celle dont vous parliez tout à l’heure, Abel-chin ? Où est Yorna-chan ?”

Abel : “――Là-bas.”

Libérée des bras de Taritta, Midyam posa une question à Abel alors qu’elle descendait sur le toit, ce à quoi Abel répondit en haussant le menton. Devant eux, sautillant dans les airs, Yorna attaquait le Grand Désastre à coups répétés en manipulant librement les bâtiments.

De plus, Yorna était aidée dans son combat contre le Grand Désastre par quelqu’un d’autre, Kafma, qui disposait lui aussi de moyens pour lancer des attaques à longue portée.

Cependant, comme les ronces épineuses de Kafma étaient également des “insectes” élevés à l’intérieur de son corps, ce n’était pas une bonne idée de les laisser être englouties par le Grand Désastre inépuisable.

De surcroît, les habitants de Chaosflame s’étaient rassemblés, chacun démantelant les bâtiments dans leur périmètre, puis attaquant en lançant à plusieurs des morceaux de bâtiments comme des boulets de canon vers le Grand Désastre.

Par le passé, lorsque Yorna avait levé l’étendard de la révolte contre la Capitale Impériale, la ville elle-même avait été utilisée comme une arme. Une tactique collective redoutable qui avait causé de grandes souffrances aux Soldats Impériaux pour obtenir le contrôle total de la ville.

Toutefois, il n’était pas certain que cette tactique, qui s’était avérée efficace contre un groupe d’ennemis, le serait également contre un Grand Désastre dont la puissance était insondable.

Pour commencer, il pouvait voir de loin――

Taritta : “Le Grand Désastre, est-il en train de prendre de l’ampleur… ?”

Midyam : “Cette chose, on ne peut pas la laisser telle quelle ! Abel-chin, que devons-nous faire ?”

Alors qu’ils étaient témoins de la propagation lente, mais inexorable du Grand Désastre, Midyam et Taritta demandèrent à Abel de prendre une décision.

À l’origine, l’objectif consistait à se retirer et à abandonner la Cité Démoniaque avec l’aide de Yorna, mais ceci n’allait pas se concrétiser en raison de son obsession pour la Cité Démoniaque.

Dans ce cas, le cours des choses dépendrait de ce que ferait Vincent――non,

Abel : “――Ou, avant cela, peux-tu changer la situation, Taritta ?”

Taritta : “Eh… ?”

Alors qu’Abel l’avait mentionnée par son nom dans sa question, Taritta ouvrit ses yeux étroits avec surprise, ne sachant que dire.

En revanche, cette surprise n’était pas due au fait qu’elle n’avait aucune idée de ce dont il parlait, mais plutôt parce qu’elle ne s’attendait pas à ce qu’il lui dise une telle chose à ce moment-là.

En d’autres termes, elle avait compris ce qu’Abel venait de souligner.

Midyam : “L-la façon dont vous l’avez formulé était un peu étrange, non ? Que voulez-vous dire ?”

Abel : “Ça ne te concerne pas. Taritta, comment as-tu appelé cette chose ?”

Taritta : “D-de quoi parlez-vous…”

Abel : “――Le Grand Désastre, c’est ainsi que tu l’as nommé. Où as-tu acquis cette connaissance ?”

Face aux paroles pressantes d’Abel, Taritta haleta.

L’échange entre les deux laissa Midyam abasourdie, les yeux écarquillés, et elle laissa échapper un “Grann Dézastr… ?”, car c’était un terme qui lui était inconnu.

Mais la réponse de Midyam était naturelle.

Poser les yeux sur l’existence d’un être inconnu tel que celui-ci et le qualifier de “Grand Désastre” ne collait pas vraiment. Seuls ceux qui connaissaient son existence pouvaient légitimement le qualifier de Grand Désastre. En d’autres termes――

Abel : “Les étoiles t’ont-elles appris comment échapper à l’anéantissement ?”

Taritta : “――Hk ! A-attendez un instant, je… !”

Abel : “――――”

Taritta : “Je…”

Taritta fit un pas en avant, posant une main sur sa poitrine, mais les mots lui restèrent coincés dans la gorge.

Son visage était pâle, ses yeux commençaient à bouger frénétiquement ; l’apparence de Taritta était inhabituelle chez elle, et Midyam se précipita à ses côtés pour la soutenir en s’écriant “Taritta-chan !”.

Cependant, Taritta n’avait pas le luxe de répondre à la compassion de Midyam.

Peut-être avait-elle cru pouvoir le cacher tout ce temps. Elle avait peut-être cru qu’elle pourrait rester silencieuse pour toujours.

Abel : “Imbécile.”

Il n’existait pas de secret bien gardé ni de vérité dissimulée.

Tout du moins, si aucun effort n’était fait pour dissimuler ce secret ou cette vérité, le jour où ils seraient révélés finirait forcément par arriver. La seule chose possible était de retarder l’inévitable.

Ou peut-être était-il possible de le retarder jusqu’à la mort ; selon elle, elle pouvait garder ce secret tant qu’elle resterait dans le monde des vivants.

Abel : “Taritta, si tu as connaissance du Grand Désastre, le regrettes-tu ?”

Midyam : “Des regrets ? Des regrets pour quoi… Abel-chin ! De quoi parlez-vous ?! Qu’est-ce que Taritta-chan…”

Abel : “N’est-ce pas évident ? ――Je parle de la façon dont, dans cette forêt, tu n’as pas réussi à me tuer avec une flèche.”

Taritta : “――――”

Horrifiée, Taritta était désormais livide, la lumière dans ses yeux vacillant faiblement.

En la regardant droit dans les yeux, Abel marqua une pause, poussa un soupir et continua.

Abel : “Ou bien, vas-tu obéir à cette volonté du ciel dès maintenant, chasseuse de la jungle ? Non, devrais-je plutôt t’aborder de cette manière ?”

Taritta : “――――”

Abel : “Celle qui a hérité de la volonté du ciel d’empêcher le Grand Désastre, celle qui deviendra la nouvelle Oracle des Étoiles.”


Le grondement tumultueux de la terre, la réverbération des hurlements, c’était comme s’ils réclamaient à grands cris la fin du monde.

??? : “Uh, uhh, uhhh… Hk !”

S’il essayait de se tenir la tête et de se couvrir les oreilles, il en serait incapable.

C’était la malédiction de n’avoir qu’un seul bras. Il était incapable d’utiliser ses deux mains pour se couvrir les oreilles, afin de dissocier complètement sa conscience de cette fin du monde.

Il colla son oreille droite contre son épaule relevée, puis enfonça les doigts de sa main tendue dans son oreille gauche, essayant de compenser avec un bouchon d’oreille inadéquat. C’était impossible.

Le sol tremblait. L’air frémissait de terreur. Le monde était en train de mourir.

Tout symbolisait l’horreur qui rongeait Al et lui volait l’entièreté de sa force physique.

Al : “Pourquoi… Pourquoi, ici… Hk !”

Sa voix déclina, alors qu’il maudissait encore et encore tous les événements désespérants qui s’étaient produits jusqu’à cet instant.

Bien sûr, de telles malédictions ne signifiaient rien. Parce que ce n’était pas du tout des malédictions. Il était simplement mauvais perdant, ne faisant rien d’autre que se réconforter une fois la partie terminée, en disant qu’il aurait mieux valu faire ceci ou cela.

Il avait été préparé à cela, ou du moins l’avait-il cru.

――Non, ce n’était pas le cas. Il n’avait jamais été préparé à cela. Il avait simplement détourné les yeux, faisant semblant d’être optimiste et de croire que cela n’arriverait pas, même lorsque cette possibilité lui avait traversé l’esprit.

Le risque que cela se produise, tant qu’il travaillait avec Natsuki Subaru, était élevé. Plus qu’élevé : il était certain.

Au contraire, cette situation ne se serait pas produite s’il avait agi aux côtés de quelqu’un d’autre que Natsuki Subaru.

Malgré tout, c’était inévitable. Parce qu’il ne pouvait pas le laisser seul. Il n’aurait jamais pu le laisser seul. À ce moment-là, Natsuki Subaru ne devait pas fléchir.

En conséquence, parce que c’était nécessaire, il――

??? : “Oh là là, j’me demandais qui pleurait, c’est toi finalement.”

Al : “――Hk ?!”

??? : “Kakakakka ! Regarde comment t’as sursauté à l’instant ! T’étais comme une chenille, c’était drôle, vraiment très drôle !”

Entendant soudainement une voix au milieu de la pièce, il sursauta, paniqué, et tourna la tête.

Voyant son apparence extrêmement grossière, l’autre personne applaudit――non, elle trépigna des pieds, tout en éclatant de rire.

Malheureusement, applaudir n’était apparemment pas quelque chose que l’autre personne était susceptible de refaire un jour. Parce que――

??? : “Bon sang, la main droite qui m’accompagnait depuis plus d’quatre-vingt-dix ans m’a quitté. J’suis fichu. Comment j’vais faire pour préparer mes rations à partir d’maintenant ? Kakakakka !”

Tout en s’exprimant ainsi, un vieil homme monstrueux au rire joyeux――Olbart Dunkelkenn, agita sa main droite, qui avait disparu à partir du poignet.

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