54 — L’utopie de Chaosflame
Subaru : “Uh, ugh, uhh… Hk.”
Olbart : “Ouais, ouais, le morveux pleurniche, t’es vraiment pénible, tu sais.”
En reniflant, Subaru était incapable d’arrêter ses sanglots. Avec le garçon accroché à son dos, Olbart haussa les épaules, ne pouvant rien faire d’autre que se gratter la joue avec un doigt.
――Cela avait été une expérience terrible, vraiment terrible.
Ces dix secondes de désespoir qui avaient frappé Subaru, et la onzième seconde qui avait suivi après avoir surmonté ce désespoir――pour en arriver là, combien de morts avait-il subies ?
En dépit du désespoir et du chagrin, c’était un miracle que son esprit épuisé ne se soit pas complètement évanoui.
Mais après une expérience aussi infernale, il avait enfin atteint la fin.
Rui : “Uauu.”
S’accrochant au bras de Subaru alors qu’il pleurait sans arrêt, Rui gémit.
Ce n’était pas comme si elle avait vécu la même expérience que Subaru, celle d’essais et d’erreurs répétés plus de fois qu’il ne pouvait les compter, mais Rui avait subi le même sort que Subaru à plusieurs reprises, ayant perdu la vie.
Sauter sur le dos d’Olbart pour remporter une victoire aussi fragile n’aurait pas été possible sans sa présence.
Subaru : “Je… Vraiment, je ne te cerne pas.”
Rui : “Uu.”
Subaru : “Mais sans toi, ça n’aurait pas été possible… Merci.”
Tels étaient les sentiments qui agitaient le cœur de Subaru, même s’ils étaient complètement chaotiques.
Il savait que Rui était coupable de diverses choses, il savait de quelle manière lui et elle étaient liés. Il le savait, mais il débordait néanmoins de sentiments de gratitude.
Et ce n’était pas seulement la gratitude de Subaru qui débordait.
Rui : “Ua, uh…”
Subaru : “Rui ?”
La rupture du barrage fut soudaine.
Après avoir entendu les mots de gratitude hésitants de Subaru, des larmes envahirent lentement les grands yeux ronds de Rui, puis coulèrent sur ses joues en un clin d’œil.
Des larmes coulaient sur les joues de Rui, avec une telle force qu’elle ne savait pas comment les arrêter.
Subaru : “Rui, tu pleures, tu pleures vraiment…”
Rui : “Uu, uu !”
Rui savait qu’elle pleurait, mais elle n’essayait pas d’arrêter ni d’essuyer les larmes qui coulaient sur son visage. Pendant tout ce temps, elle restait accrochée au bras de Subaru avec un regard désespéré ; on aurait pu s’attendre à ce qu’elle s’arrête pour essuyer ses larmes.
Subaru : “Ton visage, essuie-le, espèce d’idiote, idioooote…”
En voyant Rui pleurer ainsi, Subaru, qui avait tenté de calmer ses troubles émotionnels, était lui-même sur le point de fondre en larmes. Les larmes versées, les sanglots visibles, étaient désormais innombrables.
C’était comme si lui et Rui, à ce rythme, allaient pleurer éternellement, sans pouvoir s’arrêter――
Yorna : “――Bravo, vous avez fait de votre mieux tous les deux.”
Subaru : “Ah…”
Yorna : “Peu importe à quel point vous pleurez, ça n’a aucune importance. En tant que seigneur de cette Cité Démoniaque, je vous autorise à le faire.”
De longs bras s’étirèrent derrière Subaru et Rui et les enlacèrent tendrement.
La chaleur et la douceur de ces mots firent écarquiller les yeux de Subaru sous l’effet de la surprise, et il resta fasciné par le magnifique profil qui se trouvait près de lui. Avec ses longs cils, ses lèvres vermillon et ses yeux azur scintillants qui mettaient tout le monde à l’aise, quels que soient les problèmes et les souffrances, elle était si sublime qu’elle captivait tous ceux qui posaient leur regard sur elle.
Il savait déjà quel type de personne était la propriétaire de ces yeux.
Par conséquent, il savait que ses paroles et sa chaleur cachaient une gentillesse dépourvue de toute arrière-pensée.
Parce qu’il savait que même s’il leur confiait tout, il serait pardonné.
Subaru : “Uh, guh… ah, uh, AAAaah !”Rui : “Uau… Uauhk, ua, uh, uau… !”
Yorna : “Allons, allons… Les enfants ont le privilège de pleurer, le privilège de se blottir contre la poitrine d’un adulte. Vous pouvez utiliser ma poitrine, vous pouvez verser toutes les larmes dont vous avez besoin.”
En levant les yeux, Subaru sentit à nouveau les larmes couler sur son visage. Rui l’enlaça tel qu’il était.
Les tenant tendrement dans ses bras, Yorna leur tapota doucement le dos. Pendant ce temps, à ce moment précis, à la fin de la bataille qui s’était déroulée au sommet de la tour du Château du Lapis Écarlate――
Olbart : “J’sais pas quelle expression j’devrais adopter, parce que tout ça s’passe derrière mon dos.”
Yorna : “Silence.”
Sur ces mots, l’interruption grossière du vieil homme monstrueux fut réduite au silence par le Seigneur de la Cité Démoniaque.
Yorna : “Alors, comment comptes-tu t’expliquer, Vieux Olbart ?”
Olbart : “M’expliquer ? Ai-je avancé des excuses ? C’est toi qui m’as attaqué parce que t’étais d’mauvaise humeur, pas vrai, renarde ?”
Yorna : “――――”
Peu après que Subaru ait pleuré toutes les larmes de son corps, cette fois-ci, ils allaient avoir une conversation calme――c’est ce qu’il pensait, quand soudain, une atmosphère inquiétante envahit la tour du château.
Inutile de dire que la cause était l’indifférent et impénitent Olbart.
Assis sur le toit, il se curait le conduit auditif avec le bout de son petit doigt.
Olbart : “J’ai fait ce qu’on m’a demandé, non ? Bon, j’ai essayé d’profiter d’quelques failles, mais écoute, ce garçon a dit qu’on était quittes, d’accord ?”
Subaru : “Ugh… M-mais, c’est…”
Olbart : “Allons allons, tu devrais m’écouter, gamin――car quoi qu’tu dises, c’est moi qui ai le plus à y gagner. Kakakakka !”
Subaru balbutia tandis qu’Olbart ouvrait grand la bouche et éclatait de rire.
En fait, Olbart avait raison. Si Subaru contestait l’utilisation abusive des règles par Olbart, cela se transformerait en une situation sans limites qui ignorerait les règles, les rendant probablement incapables de vaincre le shinobi Olbart de quelque manière que ce soit.
Olbart disposait de nombreuses techniques secrètes et n’hésitait pas à impliquer les autres. Depuis son arrivée dans l’Empire, Subaru avait acquis suffisamment d’expérience pour savoir que ce genre d’adversaires était le plus coriace qui soit.
Subaru : “Olbart-san, tu me rappelles l’un des salauds les plus effrayants que je connaisse…”
Olbart : “Vraiment ? Dans s’cas, tu devrais définitivement m’tuer. J’suis pas quelqu’un de décent, et j’vais être une vraie plaie.”
Yorna : “Dans ce cas, Vieux Olbart, tu conviens certainement que je devrais t’empêcher de respirer ici même.”
Olbart : “Oioi, ça fait beaucoup d’haine à mon égard. Eh bien, c’est tout à fait naturel.”
L’air était électrique, chargé de tension, mais ceci était dû à l’hostilité unilatérale que Yorna avait déchaînée.
Olbart, à qui ces paroles étaient adressées, n’était plus en position de combat. Bien sûr, ce n’était que pour la forme, et il pouvait le réenclencher en un instant.
Néanmoins, il était naturel que Yorna soit en colère, car Subaru nourrissait lui aussi une forte rancœur envers Olbart. Cependant, il y avait une raison majeure pour laquelle il ne pouvait pas agir sous le coup de cette colère.
En effet, ses membres étaient rétrécis et sa tête ne fonctionnait pas correctement.
Subaru : “Olbart-san, à propos de la technique qui est utilisée contre nous…”
Olbart : “Ah ouais, c’est vrai. Bien sûr, tu peux pas le résoudre si j’suis mort. Non, il y a peut-être un autre moyen, mais j’ai jamais vu personne le faire.”
Subaru : “Je le savais… !”
Olbart : “Eh bien, c’est comme une garantie. C’est censé être une technique secrète dans mon village, donc en gros, on s’occupe des cadavres sans laisser d’traces pour qu’ils ne soient pas découverts.”
Avec une certaine indifférence, Olbart prononça quelques mots inquiétants.
Parallèlement, Subaru se félicita d’avoir réussi à marcher sur une corde raide vraiment dangereuse.
Même si Yorna avait vaincu Olbart et que le vieil homme était mort, “l’infantilisation” qui avait frappé Subaru et ses amis serait restée irrésolue. Son état aurait toujours été celui de Natchuki Shubaru.
Rien que d’y penser, Subaru frissonnait.
Yorna : “Je ne connais pas les détails, mais j’ai entendu dire que tu avais traité ces enfants de manière cruelle.”
Yorna observa Olbart tandis qu’elle portait le kiseru à sa bouche et remplissait ses poumons de fumée violette.
Lorsqu’il lui avait demandé de l’aide, Subaru lui avait donné autant d’informations honnêtes que possible, mais il avait omis les détails essentiels de leur situation. Notamment le fait que Subaru avait été rétréci sous l’influence de la technique d’Olbart.
Une fois qu’Olbart mettrait fin à “l’infantilisation”, Subaru retrouverait son corps d’origine.
Une fois que cela se produirait, il ferait tout son possible pour s’excuser et demander pardon à Yorna――bien sûr, il ne pensait pas que cela suffirait à changer complètement son impression de la situation.
Il aimerait penser que Yorna était le genre de personne qui se laisserait convaincre par de simples mots.
Yorna : “Vieux Olbart, tu as concédé ta défaite lors de ton dernier combat, n’est-ce pas ?”
Olbart : “Ouais, je l’admets, je l’admets. Pour sûr, c’est une défaite totale. Au moins, j’ai d’la chance de pas être mort en perdant. Mais j’pensais pas perdre.”
Yorna : “Tu ne t’attendais pas à perdre ?”
Olbart : “J’croyais qu’ce serait le patron du garçon qui m’donnerait du fil à retordre.”
Sans prêter attention à l’inquiétude de Subaru, Yorna et Olbart poursuivirent leur conversation. Yorna murmura “Patron”, en citant Olbart, et glissa doucement sa main dans son kimono.
Yorna : “L’expéditeur de la missive, pas vrai ? J’avais hâte de le rencontrer, mais…”
Soudain, Yorna interrompit ses paroles et plissa les yeux en direction d’Olbart.
Olbart pencha la tête devant la vivacité de son regard et demanda : “Qu’y a-t-il ?”.
Olbart : “Y’a rien d’plus effrayant que d’être regardé fixement par une magnifique femme. Pourquoi cette agitation ?”
Yorna : “Pour l’amour du ciel ! J’ai demandé à Tanza de transmettre un message à tous les messagers, leur demandant de venir au château――mais où est donc passé Tanza ?”
L’air se refroidit rapidement, au point que Subaru eut l’impression qu’il allait étouffer.
La colère de Yorna se déchaînait toujours lorsqu’un habitant de la ville ou un enfant subissait un préjudice. C’était d’autant plus vrai dans le cas de Tanza, qui remplissait ces deux conditions puisqu’elle était à la fois habitante de la ville et enfant.
Néanmoins, Subaru soupçonnait Tanza d’avoir conspiré avec Olbart pour empêcher son propre groupe de rencontrer Yorna. Il allait devoir faire preuve de prudence dans son approche. Toutefois――
Subaru : “Je pensais aussi que Tanza était avec Olbart-san. Mais elle n’est pas là… N’est-ce pas ? Elle se cache peut-être sous des tuiles ou quelque chose comme ça…”
Yorna : “L’intérieur du château est semblable à mon propre corps. Il est impossible que je ne remarque pas quelqu’un qui y pénètre ou s’y cache.”
Subaru : “C-c’est vrai. La technique de Yorna-san est extraordinaire…”
En entendant la réponse assurée de Yorna, Subaru tressaillit devant son caractère inhabituel.
Après avoir grimacé, Subaru réalisa que Rui et lui avaient pénétré dans le Château du Lapis Écarlate grâce à la téléportation, et que Yorna les avait immédiatement découverts.
À ce moment-là, Yorna avait déclaré qu’elle se promenait dans le château et les avait trouvés par hasard, mais il supposait que ce n’était qu’une ruse. En réalité, elle avait remarqué que Subaru et Rui étaient soudainement apparus dans le château et avait décidé d’attraper les intrus.
Peut-être que la raison qui expliquait pourquoi elle ne les avait pas capturés immédiatement, et avait plutôt traité Subaru et Rui comme des amis de Tanza, tenait au fait qu’elle n’avait pas réussi à décider comment traiter ces deux jeunes gens, Subaru et Rui.
Après tout, depuis leur première rencontre, Yorna les avait toujours protégés.
Subaru : “――――”
Plus il côtoyait Yorna, plus Subaru doutait de la pertinence de l’impliquer dans la grande bataille de l’Empire de Vollachia.
Il en allait de même pour ses sentiments envers les habitants de Chaosflame, les soi-disant “races à cornes”, qui avaient fait obstacle au groupe de Subaru tout au long de leur progression.
Ils voulaient protéger le refuge qu’ils avaient enfin trouvé, après tant de souffrances et d’ostracisme.
Le groupe de Subaru pouvait-il leur reprocher de vouloir reprendre leur vie paisible ? D’autant plus que leur Seigneur les chérissait.
――Quelle était la différence entre ceci et le monde souhaité par la fille que Subaru aimait ?
Subaru : “――――”
En silence, Subaru regardait depuis la tour du château le paysage urbain chaotique de la Cité Démoniaque.
Une ville où tout était chaotique, complexe, dans un désordre horrible, et sans aucun sentiment d’unité. À son arrivée dans cette ville, il avait été déconcerté par son chaos.
Mais après avoir rencontré Yorna et les habitants de cette ville, même si ce n’était que pour une courte période, Subaru avait eu une pensée.
Ici, régnait la liberté.
Il y avait ici de la liberté, personne n’avait besoin de se soumettre à quelqu’un d’autre, nul n’était lié à personne. Par conséquent, chacun pouvait s’exprimer comme il le souhaitait, et personne ne contestait ce chaos débordant.
C’était libre, égal et équitable.
Il lui semblait qu’une image quelque peu idéalisée de l’avenir avait été illustrée ici.
Était-ce vraiment la bonne chose à faire, d’éloigner Yorna d’un tel endroit ?
Yorna : “Vieil homme, réponds-moi. Où est cette fille, Tanza ?”
Sans prêter attention au conflit interne de Subaru, elle continua à interroger Olbart.
Tanza n’était pas à l’intérieur du château. Il aimerait croire qu’Olbart ne disposait pas d’une technique permettant de réduire une personne à une taille suffisamment petite pour la mettre dans sa poche.
Olbart : “Pas besoin d’arborer un regard aussi effrayant, j’vais te dire s’que j’sais. La seule raison qui m’a poussé à conclure un accord avec cette fille-cerf, c’est parce que j’avais les conditions idéales pour l’utiliser dans le duel.”
Yorna : “――Où est-elle ?”
Les questions répétées de Yorna furent enfoncées dans Olbart, exprimant qu’il n’y avait pas besoin de discours superflus.
En réponse, tout en inclinant la tête, Olbart tourna son regard vers les terres entourant le château――vers la Cité Démoniaque, comme s’il admirait la vue magnifique.
Olbart : “C’est pas difficile à deviner. J’suis un étranger, tu sais ? Y’a pas beaucoup d’endroits où j’peux cacher une fille isolée.”
Telle fut sa réponse.
――Un peu avant qu’Olbart ne finisse par parler sous les interrogations pressantes de Yorna.
Dans la Cité Démoniaque de Chaosflame, dans l’une de ses auberges.
Elle n’était ni vaste, ni particulièrement décorée――cependant, les murs et l’intérieur du bâtiment étaient solidement construits, de sorte que les sons ne les traversaient que très rarement.
À Chaosflame, il s’agissait du seul endroit où l’atmosphère était à ce point différente du reste de la ville, préparé comme une solution de secours improbable pour héberger les personnalités importantes.
La pièce qui servait de décor était spacieuse, cette sensation d’espace résultant de son agencement intérieur composé de trois pièces dont les cloisons avaient été supprimées afin de les réunir. Même parmi les personnes qui fréquentaient cette auberge, seules quelques-unes avaient le statut nécessaire pour pouvoir séjourner dans une pièce aussi spacieuse.
Il n’y avait pas de mobilier de grande qualité, pas d’œuvres d’art nombreuses pour le plaisir des yeux, ni d’alcool raffiné pour le plaisir du palais, car la plupart des clients de cette auberge étaient plutôt pragmatiques.
En un sens, cette auberge occupait une place à part au sein de Chaosflame.
La Cité Démoniaque, communément appelée “Terre d’illégalité”, méritait bien d’être le symbole de la “liberté”. Malgré son existence chaotique, sous le règne de Yorna, souveraine de la Cité Démoniaque, les habitants de Chaosflame faisaient preuve d’une remarquable unité dans leur volonté.
Pour ceux qui partageaient une vision commune, qui ne toléraient pas les envahisseurs étrangers, qui n’avaient aucune intention d’accorder leur clémence à ceux qui avaient leurs propres problèmes, les préparatifs proposés par cette auberge n’étaient pas nécessaires. Assurément――
??? : “――Les habitants de l’Empire doivent être forts, c’est le principe fondamental que cette ville de démons a renversé.”
??? : “Ah…”
??? : “Dans une certaine mesure, la gouvernance est laissée à la discrétion des autorités locales. Mais il y a des limites――est-ce parce qu’ils ne connaissent pas leurs limites qu’ils agissent ainsi ?”
Alors qu’un homme aux bras croisés posait cette question, la jeune fille de petite taille se raidit et garda le silence.
L’homme qui lui posait cette question, vêtu d’une tenue combinant le rouge et le noir, le visage dissimulé par un masque d’oni, était Abel. La fille demi-humaine aux bois de cerf qui se tenait en face de lui, vêtue d’un magnifique kimono dont elle avait enfilé les manches, était Tanza.
Dans cette ville, une confrontation entre deux personnes ayant vraisemblablement une relation hostile était en train de se produire.
――Non, pour être plus précis, Abel et Tanza n’étaient pas les seuls à se rencontrer face à face.
??? : “Vous tous, vous êtes entrés ici en sachant dans quel genre d’endroit vous vous trouviez… !”
Abel : “――――”
??? : “Répondez-moi ! Selon votre réponse, il ne restera pas un seul os dans vos corps !”
En s’écriant ainsi, se trouvait un homme à la peau foncée rougissant de colère, le Général de Deuxième Classe de l’Armée Impériale, Kafma Irulux. Ces mots s’adressaient à Abel, qui venait d’entrer dans la salle, ainsi qu’au garçon et à la fille qui l’accompagnaient.
Il n’avait rien dans sa main tendue, mais il n’avait pas besoin d’arme. Toutes les armes étaient littéralement nichées dans le corps même de Kafma.
Le fait qu’il ne laisserait aucun os intact n’était pas une simple déclaration menaçante, mais la vérité.
――Car telle était la véritable valeur de Kafma Irulux, le Général des Insectes Combattants.
??? : “Oi, Abel-chan, vous êtes sérieux ?”
Cette voix, visiblement tendue et empreinte d’une forte vigilance, provenait d’un garçon masqué qui se trouvait juste devant Kafma et sa vigueur, Al. Il portait sur son dos une arme qu’il ne savait pas manier, son dao, et dès qu’il parla, Abel se retourna pour le regarder, et,
Abel : “Toi, combien de fois vas-tu poser cette question avant de te décider ?”
Al : “Je pose cette question encore et encore parce que, après votre déambulation, le jury n’a toujours pas tranché. Je veux dire, c’est dingue ! Merde, je ne sais pas non plus pourquoi je vous ai suivi… !”
Abel : “Ce devrait être évident――ta personne actuelle est trop lâche pour être seule.”
Al : “Guh… Hk.”
Incapable de parler davantage, Al ne parvint pas à prononcer un seul mot de plus. Cette réaction révéla instantanément qu’Abel avait fait mouche. Mais le fait qu’Al ne puisse même pas discuter avec lui montrait clairement qu’il en était lui-même conscient.
Pour une raison quelconque, Al n’était actuellement plus capable de garder son sang-froid, même pour une simple promenade dans la rue.
??? : “Abel-chin.”
Un autre compagnon, Midyam, interpella Abel pour protester au nom d’Al, qui était à court de mots.
Midyam, qui marchait péniblement aux côtés d’Abel, protégeait Al, désormais inutile ; cependant, son expression faciale semblait quelque peu assombrie.
Tout cela, et bien plus encore, s’était produit après qu’ils se soient séparés de Subaru et Rui à mi-chemin.
Midyam : “Je ne pense pas que ce soit une façon très agréable de le formuler.”
Abel : “Penses-tu que, dans cette situation, nous parviendrons à un accord mutuel avec des propos détournés ? Toi et ce clown devriez tous deux être plus conscients de la situation. Un seul faux pas, et, comme annoncé, il ne restera plus un seul os.”
Midyam : “Raison de plus ! Vous ne devriez pas parler ainsi, ce n’est pas correct !”
Abel : “――――”
Midyam : “Parce que vous parlez comme ça, Abel-chin, Subaru-chin et Rui-chan…”
Elle opposa une fois une forte résistance, mais ensuite ses paroles s’estompèrent.
C’était inévitable, en raison de la nature même de Midyam. Même si elle souhaitait reprocher à Abel tous les problèmes qui s’étaient posés, elle était bien trop compatissante pour le faire.
Elle comprenait clairement que son attitude et son regard avaient été les facteurs qui avaient poussé Subaru et Rui à bout. Ceci était probablement le résultat de l’éducation que lui avait donnée son frère.
Dans tous les cas, Al et Midyam étaient tous deux dysfonctionnels.
Abel : “Par conséquent, nous n’avons pas l’intention de nous disputer non plus. Baisse ton bras, Kafma Irulux.”
Kafma : “Es-tu… fou ? Tu n’as pas répondu à ma question, tu t’obstines simplement à suivre ta propre volonté. Avec un tel comportement, te considères-tu comme un roi ?”
Abel : “――Tu n’es pas loin de la vérité.”
Kafma : “Toi――!”
Les yeux de Kafma s’injectèrent de sang, sa colère, en tant que personne profondément loyale envers l’Empereur, atteignant son paroxysme.
Par chance, Kafma manqua de peu de découvrir la vérité concernant la véritable identité d’Abel. C’était là toute la puissance de l’effet de “perturbation cognitive” détenu par le masque d’oni obtenu dans le village Shudraquien.
Grosso modo, à l’exception de ceux à qui le porteur souhaitait révéler sa véritable identité, et de ceux qui avaient déjà une certitude absolue quant à l’identité réelle de celui qui le portait, personne n’était capable de voir au-delà des effets du masque. En d’autres termes――
Kafma : “Ça suffit, je ne supporte plus cette mascarade qui consiste à emmener des enfants ! Peu importe ce qui s’est passé hier…”
??? : “――Calme-toi, Kafma Irulux.”
En remplissant ses bras de force, les motifs tatoués sur le bras de Kafma se trémoussèrent. Son élan fut stoppé net par une voix derrière lui.
Kafma écarquilla les yeux en se retournant ; là, au fond de la pièce, se trouvait la silhouette d’un bel homme aux cheveux d’onyx, assis tranquillement dans un fauteuil.
Avec ses cheveux noirs et ses yeux noirs, son visage digne et exceptionnellement bien dessiné semblait voir à travers tout ce qui se trouvait sur son chemin, imperturbable face à ces invités indésirables.
Sincèrement, Abel était impressionné par la qualité du “masque”.
Sans prêter attention à l’admiration d’Abel, le bel homme à l’arrière observa chacun des trois, y compris Abel.
??? : “Il n’y a aucune hostilité en eux. Du moins, dans ces circonstances.”
Kafma : “Mais, Votre Excellence ! L’insolence de cette personne, qui n’ose pas se montrer devant Votre Excellence, qui ne manifeste aucun signe de respect, est celle d’un vaurien ! De plus, il est accompagné d’enfants…”
??? : “Qu’en est-il ?”
Kafma : “Non, venir avec des enfants, ça n’a vraiment aucun sens… !”
Kafma, incapable de dissimuler son profond désarroi, lutta contre son anxiété en se frottant les tempes.
Pour commencer, l’homme nommé Kafma avait la mauvaise habitude de prendre les choses trop au sérieux. C’était une chose de prendre les choses au sérieux, mais c’en était une autre d’ajouter à l’inquiétude qui régnait dans la pièce.
Sous prétexte d’un excès de sérieux, il avait refusé un poste parmi les Neuf Généraux Divins, se jugeant indigne――dès lors, hormis son caractère, il possédait des capacités équivalentes à celles des Neuf Généraux Divins.
Même si personne n’avait été victime des manœuvres sournoises d’Olbart, et même si Taritta les avait accompagnés jusqu’ici, livrer un combat équitable contre Kafma était impossible.
Mais sur ce point, la bataille avait tourné à l’avantage d’Abel et de son équipe. C’était――
Abel : “Je m’excuse de perturber votre chambre à coucher, mais j’ai affaire avec la fille là-bas. Pour le moment, je n’ai aucune intention de me préoccuper de vous.”
Fille : “Quo… Hk.”
??? : “Ho. Celui-ci tient des propos bien audacieux devant moi. Je vais graver ce visage et cette voix dans ma mémoire. D’autant plus si tu es vraiment apparenté à l’envoyé que nous avons rencontré hier dans la tour du château.”
Abel : “Hmm.”
En reniflant, Abel toucha le menton du masque d’oni tandis que son adversaire le fixait du regard――celui que Subaru avait qualifié de faux Empereur, et qu’Abel connaissait sous le nom de Chisha Gold et qui avait désormais pris l’apparence de Vincent.
Juste à côté d’Abel, Al et Midyam arboraient des sourcils froncés. Le duo, qui n’était pas affecté par les effets de la “perturbation cognitive”, assistait à un échange entre deux Vincent possédant exactement la même voix.
Le déguisement du Tisseur Blanc, Chisha, était parfait.
Avec sa voix et son comportement, personne d’autre au monde n’aurait pu remplacer Vincent Vollachia aussi habilement que Chisha Gold.
En fait, des pensées contradictoires, telles que le fait qu’il ressemblait davantage à Vincent qu’Abel lui-même, pouvaient surgir. Néanmoins――
Abel : “J’ai entendu parler de la façon dont tu as traité mes subordonnés. Pour l’Empereur sévère de Vollachia, tu as fait preuve d’une grande magnanimité en pardonnant l’irrespect d’une femme effrontée.”
Vincent : “Quand bien même, je ne suis pas assez excentrique pour supporter les individus qui ne connaissent pas leur place. Mais, si je reconnais correctement leur valeur relative, ils seront traités en conséquence. Quoi qu’il en soit――”
Vincent répondit au sarcasme d’Abel, et dès qu’il marqua une pause dans ses paroles, leurs regards se croisèrent dans les airs, puis leurs lèvres bougèrent simultanément.
Abel & Vincent : “――Les habitants de l’Empire doivent être forts.”
En effet. Telle était la philosophie de l’Empire Sacré de Vollachia, leur mode de vie symbolique.
La réponse, venant de ceux qui étaient dignes d’être Empereurs de Vollachia et qui avaient su traiter comme il se devait ceux qui avaient manifesté leur volonté de s’opposer à eux, pouvait être qualifiée de magnifique.
Si la même question avait été posée à Abel, il aurait donné la même réponse.
Indépendamment de ce qui se trouvait au fond de son cœur.
Vincent : “Kafma, cette fille là-bas ?”
Kafma : “Oui. Maître Olbart m’a demandé de la garder à l’auberge… Il est parti en ville depuis et n’est pas encore revenu.”
Vincent : “Je vois.”
Kafma répondit avec un air embarrassé, et, acquiesçant à sa réponse, Vincent tourna son regard vers Tanza.
La petite fille, minuscule créature recroquevillée dans un coin de la pièce, poussa un “Ah” alors qu’elle tentait de se consacrer à son devoir et au moins de se dissimuler, mais ses épaules tremblèrent à la vue de celui qui la regardait depuis le pinacle de l’Empire.
La réaction de Tanza ne pouvait être qualifiée de timide ni d’effrayée. Vincent, considérant cela comme inévitable,
Vincent : “L’implication d’Olbart, l’accord conclu hier avec Yorna Mishigure. Qui plus est, celui qui était associé aux messagers d’hier est venu te chercher, rien de moins. Je commence à comprendre la situation dans son ensemble.”
Tanza : “J-je…”
Vincent : “Les excuses sont inutiles. Bien sûr, Olbart me racontera ce qui s’est passé à ta place, car je ne suis pas ton maître. Par ailleurs, je ne suis pas non plus ton ennemi.”
Tanza : “Ah…”
Vincent : “Une fois que tu as engagé une bataille, il convient de te battre avec toute ta sincérité, jusqu’à la fin. C’est donc à toi de décider si ton destin est de brûler ou non.”
Indifférent, Vincent déclara à Tanza qu’il ne lui fournirait plus aucune protection.
Cependant, ce serait une erreur de croire que cela avait fait renaître chez Tanza le désespoir qu’elle avait abandonné.
Tanza : “――――”
Dans les yeux ronds de Tanza brillait la même lueur, peut-être la même flamme de détermination, le même phare qui l’avait animée lorsqu’elle avait décidé de se lancer dans cette bataille, dans ce défi.
Pour Abel, il était facile de deviner que la vie de Tanza, en tant que membre d’une race à cornes, n’avait jamais été paisible ni joyeuse. Sans parler du fait que le peuple des cerfs de Chaosflame avait été à l’origine de la rébellion menée par Yorna Mishigure.
En effet, il ne serait pas surprenant que Tanza elle-même ait été liée à l’une de ces pertes humaines.
Tanza : “Vincent-sama, je vous prie de m’excuser pour ce désagrément. Toutefois, cette situation n’est pas le fait de Yorna-sama, c’est moi qui en suis l’instigatrice.”
Vincent : “Comme je viens de le dire, les excuses sont inutiles. Je m’en remettrai à Yorna Mishigure pour connaître les faits. Tu peux cesser de parler.”
Tanza : “Oui. Merci beaucoup.”
Tanza redressa sa posture, puis s’inclina profondément devant Vincent. Une fois qu’elle releva la tête, le regard de Tanza se tourna vers Abel et les autres.
Contrairement au regard adressé à Vincent, celui-ci était clairement hostile.
Al : “――Hk.”
À cause de l’aura de cette fille, la gorge d’Al se serra, malgré ses efforts pour se retenir.
Il était lâche à l’extrême, mais il était également vrai que cette aura était chargée d’un tel esprit combatif qu’il en ressentait une certaine pression. Et donc, on ne pouvait qu’imaginer quelles circonstances l’avaient amenée à se tourmenter autant. Tout cela――
Tanza : “――Je vous en prie, n’impliquez pas Yorna-sama dans cette guerre. C’est une femme bienveillante qui se battra sans aucun doute pour défendre les masses opprimées, peu importe les blessures et l’épuisement qu’elle pourrait subir. Je ne pourrais jamais fermer les yeux sur une telle chose. Yorna-sama est tout pour moi.”
Midyam : “Ah…”
Tanza : “S’il vous plaît, accordez-moi cette faveur. Je vous en supplie… !”
Avec un léger tremblement dans la voix, la supplique de Tanza fit écarquiller les yeux de Midyam.
Al et Midyam semblaient surpris par les motivations de Tanza. L’objectif des habitants qui les avaient attaqués pendant leur trajet était clairement de maintenir la situation des races à cornes.
S’ils perdaient la protection de Yorna Mishigure, ils perdraient le refuge sûr que leur offrait la Cité Démoniaque de Chaosflame et reprendraient leur longue et pénible vie d’errance dans les contrées sauvages. Telle était leur crainte.
Ce sentiment était probablement partagé par une partie importante des habitants de la Cité Démoniaque.
Mais d’un autre côté, Abel était bien conscient que la plupart des habitants de la Cité Démoniaque avaient probablement des sentiments favorables envers Tanza.
Et ce qui l’en avait convaincu, c’était la propagation de la Technique du Mariage des Âmes parmi les habitants de la ville.
C’était une technique secrète qui ne pouvait être acquise à partir de sentiments unilatéraux.
Si les habitants l’avaient détestée, le mécanisme qui liait un grand nombre de personnes les aurait rendues folles ; mais comme ce n’était pas le cas, cela ne faisait que confirmer les pensées qu’Abel avait eues dès le départ.
Abel : “La décision revient à Yorna Mishigure. Incliner la tête devant moi ne changera rien.”
Kafma : “――Hk, toi.”
Pour une raison quelconque, la colère de Kafma s’enflamma en entendant la réponse d’Abel, qui avait les bras croisés.
Il n’avait probablement aucun lien direct avec Tanza, mais cet homme éprouvait sans doute une certaine affection pour la fille en raison de son jeune âge. À cet égard, dans l’ensemble, cet homme pouvait être décrit comme étant du même acabit que Yorna.
Quant à la véritable essence de la Cité Démoniaque, ce qui était visible pour Tanza ne l’était pas pour Kafma. Elle garda donc la tête baissée et continua.
Tanza : “Non, ce n’est pas le cas. Ce n’est pas à Yorna-sama de prendre cette décision, mais à vous.”
Abel : “――――”
Tanza : “Le cœur de Yorna-sama est vaste et profond, c’est une personne bienveillante… et nous, ses serviteurs, ne pouvons que contempler ce rêve incroyablement lointain, sans pouvoir l’aider. Les moyens de réaliser ce rêve, vous les possédez sûrement.”
Abel : “…La missive destinée à Yorna Mishigure, en connais-tu le contenu ?”
Tanza : “Non.”
Après avoir secoué la tête, Tanza réfuta les soupçons d’Abel. Cependant, Tanza cessa de secouer la tête devant lui, baissant plutôt le regard avec une expression terriblement fragile sur le visage.
Tanza : “Pourtant, je comprends――ahh, c’était la première fois que j’avais l’occasion de voir Yorna-sama avec un visage de demoiselle.”
Abel : “Le visage d’une demoiselle, hein.”
Tanza : “Yorna-sama répond toujours à l’amour qui lui est témoigné. Mais pour qu’elle affiche ainsi son amour pour quelqu’un… La raison ne peut être que la réponse à cette lettre.”
Abel : “Yorna Mishigure n’aurait pas refusé, alors tu t’en es mêlé. Voilà pourquoi.”
Tanza : “――Oui. Tout ceci faisait partie de mon plan.”
La tête profondément baissée, Tanza avoua son complot.
Tout n’était pas correct. Il ne faisait aucun doute qu’Olbart avait participé au complot de Tanza et l’avait déformé pour le rendre plus scélérat.
Toutefois, Tanza avait l’intention d’assumer la responsabilité non seulement de ce qu’elle avait elle-même commencé et de ce que sa volonté l’avait amenée à faire, mais aussi de tout ce dans quoi Olbart avait été impliqué.
Tout était vraiment trop――
Abel : “――Magnifique.”
Ainsi, une voix inaudible prit forme uniquement dans la bouche de quelqu’un, sans que personne ne l’entende.
Naturellement, personne ne l’entendit ; pas même Tanza, qui baissait la tête, ni Al et Midyam, tous deux sur leurs gardes, ni Kafma, qui réprimait sa colère, ni Vincent, qui reposait son menton sur sa main.
Abel : “Je saisis ta participation. Mais en quoi cela importe-t-il ?”
Tanza : “――En quoi…”
Abel : “Même après avoir révélé tes pensées les plus intimes, tu pourrais poursuivre ton plan si tu le souhaitais. Même si tu es décapitée, les habitants de la Cité Démoniaque continueront à prendre pour cible mon groupe――non, si tu es décapitée, nous ne pourrons pas obtenir la coopération de Yorna Mishigure.”
Tanza : “――――”
Abel : “Ou peut-être était-ce une mesure que tu étais disposée à prendre, celle de te faire couper la tête ?”
En baissant les yeux, Tanza ressentit une légère tension dans la nuque. Ayant observé cela, Abel était convaincu que Tanza avait envisagé la possibilité de mettre fin à ses jours.
Inutile de dire que tout avait été bien pensé――même s’il restait quelques points à approfondir avant de pouvoir passer à l’action.
Al : “Alors tu étais prête à risquer ta vie… T’es une sacrée fille.”
Midyam : “Pas question ! Je ne te laisserai jamais faire ça ! Vous ne la laisserez pas faire, n’est-ce pas, Abel-chin ?”
Lorsque l’ampleur de la résolution de Tanza fut révélée, Al resta sans voix, tandis que Midyam interrogeait Abel.
Au cas où Abel exprimerait quelque chose qui contredirait ses sentiments, même si la position que Midyam adopterait était à prendre en considération, cette réflexion pouvait être considérée comme insignifiante.
Abel : “Je l’ai déjà mentionné. Si sa propre mort fait partie des mesures qu’elle était prête à prendre, alors lui ôter la vie permettrait de mener à bien ces plans. Hélas, je ne souhaite pas participer à de tels projets.”
Midyam : “Abel-chin… !”
Abel : “Les individus doivent mourir de manière plus efficace.”
Midyam : “Abel-chin…”
Un pion qui agissait selon son propre agenda était une nuisance, qu’il appartienne à son propre camp ou à celui de l’ennemi.
Compte tenu de cela, l’être connu sous le nom de Tanza était un poison hors de leur contrôle. Cependant, à moins d’être prêt à boire ce poison, il était impossible d’introduire des poisons plus puissants.
Une fois sa décision prise, Abel fixa son regard sur Tanza, assise par terre, et déclara,
Abel : “Je n’ai pas l’intention de t’ôter la vie. Mais je t’ordonne d’annuler les ordres que tu as donnés à tes congénères.”
Tanza : “…Dans ce cas, revenons à ma demande précédente.”
Abel : “Ne pas impliquer Yorna Mishigure dans cette guerre, hmm ? ――C’est impossible.”
Tanza : “――Hk !”
Abel prononça une phrase claire et définitive, et Tanza resta sans voix.
De son point de vue, c’était l’annonce d’un événement futur qu’elle souhaitait ne pas voir se produire, même si cela signifiait qu’elle devait sacrifier sa propre vie. Néanmoins, c’était une conception inexacte de la part de Tanza. Et il s’agissait d’un désir désespérément erroné. Parce que――
Abel : “Même si je ne m’étais pas présenté, Yorna Mishigure aurait été engloutie dans le tourbillon de la guerre. C’est la position qu’elle a adoptée, ce qui le rendait inévitable.”
Tanza : “Mais que voyez-vous donc…”
Abel : “Je ne dévoilerai pas à autrui ce qui se reflète dans mes yeux. Cependant, j’ai prévu des mesures pour toute éventualité. Peu importe comment cela peut paraître à mon entourage.”
Tout en répondant à Tanza qui tremblait, les yeux rivés sur les siens, Abel détourna brusquement son regard de la jeune fille.
À la place, ses yeux sombres se tournèrent vers Vincent, silencieux, immobile au fond de la pièce. Assis sur le trône de l’Empereur, se trouvait désormais le faux Empereur, Vincent Vollachia.
Quelles que soient les motivations qui l’avaient poussé à le renverser de sa position――
Abel : “Ma façon d’être reste inchangée. Il n’y a rien à y faire. Mon chemin vers le retrait a été brûlé, il n’existe qu’une seule voie――tu ferais bien de graver ça dans ta mémoire.”
Vincent : “――Je m’en souviendrai.”
Vincent répondit calmement aux paroles d’Abel.
Il n’en fallut pas plus pour enflammer l’atmosphère de la salle, donnant l’illusion d’une hausse de la température. En réalité, tout le monde, à l’exception d’Abel et Vincent, restait immobile, le front couvert de sueur.
Abel : “Gamine, Tanza, lève ta tête.”
Après la confrontation entre le nouvel Empereur et l’ancien, Abel appela la fille qui regrettait son manque de force. Lentement, la fille leva la tête, les yeux remplis de larmes, tandis qu’Abel soupirait.
Abel : “Dès le départ, je n’ai pas fait appel à ta maîtresse dans l’intention de la gaspiller. Son utilisation nécessite une réflexion approfondie, les ressources précieuses doivent être utilisées de manière optimale――les individus doivent mourir de manière efficace.”
Tanza : “…Puis-je vous faire confiance à ce sujet ?”
Abel : “Même si tu ne me crois pas, ça ne changera rien à ce que je dois faire.”
Tanza tenta de s’accrocher à ses espoirs naissants, mais cette réponse peu tendre les anéantit.
Derrière lui, Al posa le dos de sa main sur son front, et Midyam poussa un soupir. Toutefois, après une brève hésitation, Tanza acquiesça.
Tanza : “D’accord, je comprends… S’il vous plaît, en ce qui concerne Yorna-sama…”
Abel : “Pour répondre à cette demande, des mesures doivent être prises de ton côté. Dans l’état actuel des choses, je ne peux pas simplement me promener dans cette ville.”
Al : “Ouais, c’est vrai. C’est pour ça que nous sommes venus ici en premier lieu.”
En entendant la condition présentée par Abel, Al semblait plus animé lorsqu’il parlait.
Présentement, Al avait peur de tout ; on pouvait dire que, pour lui, c’était une question de vie ou de mort. Il était impératif de se débarrasser de ceux qui poursuivaient Abel et ses alliés, qui suivaient l’appel à l’action de Tanza.
Tanza : “Mais comment avez-vous su que je me trouvais ici ?”
Abel : “J’ai pris ma décision en tenant compte du fait que c’était l’œuvre d’Olbart. J’ai également envisagé la possibilité qu’il se cache dans le Château du Lapis Écarlate, mais compte tenu du déploiement des poursuivants, la question de la distance a pris le dessus.”
Tanza : “――Ah.”
Abel : “Par-dessus tout, il faut que tu te retires, car de nombreuses vies sont actuellement en danger.”
Taritta était poursuivie par une centaine de personnes, et ils avaient été pratiquement séparés de Subaru et Rui en conséquence
Aucunes de leurs vies n’étaient garanties tant qu’ils continuaient d’être poursuivis par de telles hordes. Bien sûr, Abel, accompagné d’Al, impuissant, et de Midyam, à moitié affaiblie, ne faisaient pas exception.
Afin de poursuivre la partie contre Olbart, la capture de Tanza était une priorité absolue.
Tanza : “…C’est ma défaite, je présume.”
Abel : “Cela va sans dire. Mais il n’y a pas lieu d’avoir honte.”
Tanza : “Eh… ?”
Abel répondit seulement ceci aux paroles murmurées par Tanza, puis lui tourna le dos.
Sans entendre d’autre réponse, Tanza cligna des yeux, surprise. Une voix l’appela alors : “Gamine”, depuis son dos.
Tanza : “Vincent… sama…”
Vincent : “Comme il l’a dit, il n’y a pas lieu d’avoir honte.”
Tanza : “M-mais, j’ai…”
Vincent : “Perdu. Pourtant, ça signifie que tu as relevé le défi――moi aussi, j’aimerais être ainsi.”
Tanza : “――――”
Vincent prononça ces mots tout en regardant au loin, le menton posé sur sa main, ce qui fit écarquiller les yeux de Tanza. Toutefois, tandis qu’elle baissait la tête, ses yeux se remplirent lentement de larmes.
Alors qu’elle baissait les yeux, versant des larmes, ces gouttes tombaient doucement, délicatement, et,
Tanza : “Yorna-sama, je vous présente mes excuses… J’ai été… immature…”
Et ainsi, d’une voix larmoyante, elle présenta ses excuses à sa maîtresse bien-aimée.
Et donc, avec Tanza en larmes derrière eux――
Al : “Avec ça, peut-on supposer que les attaquants vont battre en retraite pour le moment ?”
Abel : “Oui. Bien sûr, il est possible que les pleurs de Tanza fassent partie d’un complot contre nous…”
Midyam : “Impossible ! Ça ne peut absolument pas être vrai !”
Midyam, les joues gonflées et dans une posture imposante, s’en prit à l’inquiétude d’Abel.
Devant ce regard menaçant, Abel ferma un œil et passa son doigt sur le front du masque d’oni.
Abel : “Alors, il semblerait que ton état ne se soit pas amélioré, pas vrai ?”
Al : “Guh…”
Abel : “Si tu deviens inutile, je n’aurai d’autre choix que de te congédier sans pitié. Même si tu es le clown de Priscilla, ne crois pas que ça t’absout. Garde-le à l’esprit.”
Al : “J’ai pigé… Ce n’est pas comme si je voulais être comme ça pour toujours.”
Face à ce regard noir et à ce jugement glacial, Al répondit en serrant les dents.
Sa réponse était dépourvue de toute force, la peur d’Al n’avait pas diminué. Mais quel que soit l’état physique et mental d’Al, il serait désormais capable de se déplacer.
Midyam : “Il ne reste plus qu’à reprendre les recherches pour retrouver papy… Euh, serait-il préférable de chercher Taritta-chan ? Ou…”
Abel : “Si l’objectif est de se regrouper, il serait malvenu de notre part d’agir ; les yeux de Taritta nous localiseraient bien plus vite que nous ne pourrions la trouver. Quant à ces imbéciles…”
Midyam : “H-hmm…”
Abel : “――Quoi qu’il en soit, nous allons nous en tenir à notre plan et continuer à chercher Olbart. Si nous le faisons, nous les trouverons au cours de nos recherches. À condition, bien sûr, que nous réussissions à trouver “un abîme avec une belle vue”.”
En croisant les bras, Abel murmura ainsi, ce qui fit écarquiller les yeux de Midyam, surprise, avec un “Hein ?”.
Midyam : “Par hasard, Abel-chin, savez-vous où se cache papy ?”
Abel : “J’ai au moins une hypothèse concernant la deuxième cachette. Le Château du Lapis Écarlate.”
Al : “Q-qu’est-ce que vous racontez ? Vous voulez dire, dans ce château ?”
Abel : “La réaction de Tanza. Quand j’ai abordé le sujet du château, elle a rapidement détourné les yeux ; Tanza elle-même se cachait dans une auberge, mais elle devait également connaître la cachette d’Olbart. Pourtant, il n’est pas certain qu’elle ait la moindre idée de l’existence de la troisième cachette.”
La procédure de coopération entre Olbart et Tanza était la suivante : après que Tanza ait transmis le message, Olbart proposait un jeu au groupe d’Abel. Puis, après avoir découvert la première cachette juste derrière eux, la suite logique était qu’Olbart sorte et accompagne Tanza à l’auberge de voyageurs.
Bien sûr, étant donné que Tanza risquait d’être appréhendée, il était possible qu’Olbart ait fait en sorte qu’elle accepte de fausses informations.
Abel : “La ruse consistant à se cacher dans le Château du Lapis Écarlate est également du goût d’Olbart.”
Midyam : “…Hm, je vois. Eh bien, nous devrions nous rendre au château dès que possible.”
Al : “Ouais. On doit aller voir ce vieux immédiatement pour qu’il rétablisse nos corps… Si nos corps sont restaurés, tout devrait bien se passer. Il en va de même pour mon frangin et cette petite morveuse si ça se produit.”
En serrant les poings, Al marmonna cela comme s’il le priait, comme s’il maudissait Olbart.
Al, ayant perdu ses facultés mentales à cause du rétrécissement de son corps, éprouvait une hostilité extrême envers le type de relation qui unissait Subaru et Rui, le duo disparu.
Dans son cas, il aimerait que Subaru redevienne comme avant dès que possible, afin de réfléchir à une décision normale concernant Rui. Néanmoins, Abel doutait que Natsuki Subaru prenne une décision raisonnable après avoir retrouvé son corps d’origine――et avant cela.
Abel : “Peu importe ce que tu en penses, je n’ai pas l’intention de laisser la technique d’Olbart être défaite aussi facilement.”
Al : “Hein ?”
Midyam : “Eh ?”
Abel : “Pour être précis, je n’interférerai ni avec toi ni avec Midyam. En revanche, je n’ai pas l’intention de laisser la technique utilisée sur Natsuki Subaru se dissiper avant un certain temps. Il serait préférable de le maintenir dans cet état pour le moment.”
En entendant le plan d’Abel, les deux restèrent bouche bée, les yeux écarquillés.
Puis, après une pause,
Al : “A-arrêtez vos conneries ! C’est quoi ce bordel ? Vous n’aviez jamais dit ça avant ?!”
Furieux, Al, la voix tremblante de colère, attrapa Abel par le col――ou plutôt, comme il ne pouvait l’atteindre à cause de sa taille, il attrapa le ventre d’Abel et le fustigea.
Cependant, Abel, dont le visage restait impassible face à cette menace impuissante, répondit : “Voilà ce qu’il en est”.
Abel : “Pour l’instant, je vais le laisser tel quel, sous sa forme enfantine, pendant un certain temps.”
Al : “Salaud…”
Midyam : “Est-ce que ça a un rapport avec le fait que vous brutalisiez Subaru-chin ?”
Exerçant davantage de pression, Al se rapprocha lentement de lui, tandis que Midyam lui saisissait les épaules par derrière. Tout en posant cette question, elle fixait Abel du regard.
Face à son interrogation, Abel expira doucement,
Abel : “Je ne me souviens pas l’avoir brutalisé ni avoir eu aucun autre comportement déplacé de ce genre.”
Midyam : “Appelez ça comme vous voulez ! Mais, Abel-chin, vous essayiez d’effrayer Subaru-chin sur le chemin pour le pousser à parler ! Est-ce pour cette raison ?”
Abel : “――――”
Midyam : “C’est tellement injuste ! Si vous voulez savoir quelque chose, il suffit de demander et il vous répondra probablement ! C’est à cause de quelque chose comme ça…”
Abel : “――Malheureusement, ce n’est pas aussi simple.”
En entendant l’émotion calme et sereine dans sa voix, Midyam ne put s’empêcher de bafouiller, ne laissant échapper qu’un “Eh ?”.
En jetant un regard en coin au visage surpris de Midyam, Abel repoussa sans difficulté le bras d’Al qui le tenait fermement, puis parla,
Abel : “Mes pensées n’ont rien à voir avec la malveillance que Midyam suggère. C’est simplement une chose nécessaire.”
Al : “Nécessaire ?! C’est quoi ce bordel ?! Pourquoi juste mon frangin… Qu’en est-il de moi et la p’tite demoiselle Midyam !”
Abel : “Vous ne remplissez pas les conditions requises. Tu ne possèdes qu’un seul bras, et la couleur des cheveux et des yeux de Midyam en sont la raison.”
Al : “Quoi… ?!”
Ne comprenant pas le sens de cette déclaration, la colère d’Al devint de plus en plus intense. Midyam, elle aussi, affichait un visage qui trahissait son incompréhension de la véritable nature des intentions d’Abel, tandis qu’une surprise d’une autre origine persistait sur son visage.
Et, la conclusion d’Abel fut――
Abel : “Même si la situation demeure inchangée, nos atouts disponibles commencent à se rassembler. Par conséquent――”
À travers son masque d’oni, Abel regardait par la fenêtre d’une chambre dans une auberge de voyageurs. En direction de l’extérieur, ses yeux reflétaient le Château du Lapis Écarlate.
C’était un geste qui visait à fixer quelque chose de bien plus symbolique que le château lui-même ; et, justement, Abel tendit la main comme s’il voulait attraper quelque chose d’inaccessible.
Abel : “――Tu vas m’accompagner, Natsuki Subaru. Vers le cœur même de la guerre, là où souffle un vent auquel nul ne peut résister.”
Olbart : “C’est pour ça qu’cette fille-cerf se trouve auprès d’Son Excellence.”
Subaru : “――――”
Olbart répondit calmement, assis en tailleur avec ses petits bras croisés. En entendant cette réponse surprenante, Subaru se retrouva tout simplement sidéré.
Ce n’était pas parce que cela dépassait totalement le cadre de son imagination qu’il était surpris.
Subaru : “J’ai supposé qu’elle serait à leur auberge, au cas où elle ne serait pas au château…”
Olbart : “Oh, t’y as pensé. Eh bien, gamin, tu dois avoir une personnalité horrible. T’es sûr que t’as pas un peu d’sang d’la Famille Royale de Vollachia dans les veines, après tout ?”
Subaru : “Ça me donne vraiment la chair de poule, alors ne prononce pas ça…”
Il s’agissait peut-être du style comique d’Olbart, mais aucune de ses blagues n’était vraiment drôle. Comme toujours, la personne en question poussa un “Kakakakka !”. En fait, il semblait être de bonne humeur, ce qui était probablement le secret de sa longévité.
Ne prêtant aucune attention aux autres, ne laissant pas le stress s’accumuler, riant souvent, il en était l’exemple même.
Subaru : “Il y a un dicton dans ma ville natale qui dit que les mauvaises herbes poussent à vive allure.”
Olbart : “Oh, un proverbe, c’est ça ? Qu’est-ce qu’il veut dire ?”
Subaru : “Quelque chose comme : plus on est détesté, plus on vit longtemps.”
Olbart : “Kakakakka ! Là-dessus, j’ai rien à répondre. Aïe !”
Rui : “Au !”
Le poing furieux de Rui frappa Olbart, qui riait hystériquement devant la signification de cette expression. Même s’il ne s’agissait que d’une simple tape sur l’épaule, l’effort fourni pour simplement la toucher avait conduit à cette scène.
Peut-être qu’Olbart aurait pu y répondre comme bon lui semble si ça avait été une attaque animée d’hostilité ou d’intention meurtrière, grâce à la puissance qui faisait de lui l’un des plus forts de l’Empire.
En ce sens, le fait que Subaru, lors de la téléportation de Rui, ait choisi non pas une attaque, mais un simple touché dans un jeu de poursuite, avait été un bon choix. Oui, il pouvait être fier de lui.
Yorna : “Quoi qu’il en soit, je sais maintenant où se trouve Tanza… J’ai entendu dire que les habitants de la ville avaient été très malveillants envers vous et les autres, et je vous présente mes excuses à cet égard.”
Subaru : “Hein, non, Yorna-san, arrête s’il te plaît ! Tu n’as pas à t’excuser !”
Rui : “Uu !”
Le fait que Yorna ait fléchi les genoux sur place en signe d’excuse troubla Subaru. Même Rui sursauta involontairement devant l’importance du geste de Yorna qui s’était inclinée.
En réalité, Yorna l’avait pris au sérieux, n’avait pas reculé devant Olbart, et avait essayé d’aider Subaru à maintes reprises, encore et encore――
Subaru : “Uh…”
Yorna : “――? Qu’y a-t-il, mon enfant ? Ton visage est tout rouge.”
Subaru : “Non, eh bien, je viens juste de me souvenir de certaines choses…”
Alors que la situation se calmait et que la douleur et la souffrance qui s’étaient abattues comme dans un cauchemar s’estompaient, Subaru se souvint des nombreuses fois où Yorna et lui s’étaient embrassés, dans ces moments répétés de douleur et de souffrance.
Ce souvenir n’était pas resté gravé dans la mémoire de Yorna, et Subaru n’était pas en mesure de se souvenir de la sensation du baiser lui-même, il ne s’en souvenait donc que comme d’un événement qui s’était produit.
Pourtant, honnêtement, il admirait et aimait beaucoup Yorna pour sa volonté de l’embrasser afin qu’il l’aime, juste pour qu’un enfant mourant puisse être sauvé.
Et à cause de cela――
Subaru : “Je ne veux pas que tu te retrouves mêlé à ça.”
Une résistance de plus en plus forte à l’idée d’entraîner Yorna dans la bataille, de l’entraîner dans une guerre qui déstabiliserait tout l’Empire, montait en Subaru.
Il ne savait pas si c’était uniquement parce qu’il avait rajeuni ou s’il penserait différemment une fois revenu dans son propre corps.
Mais même si Subaru pensait différemment après être revenu dans son corps d’origine, il n’estimerait pas non plus que ce que Subaru ressentait et pensait dans ce jeune corps était faux.
Car si tel était le cas――
Rui : “Uau ?”
Subaru : “Je ne veux pas laisser à quelqu’un d’autre le soin de décider en ce qui te concerne, même si cette personne est mon moi adulte.”
La question de savoir quoi faire de Rui, la jeune fille qui lui tenait la main, était une question à laquelle l’esprit de Subaru n’était pas en mesure de répondre.
S’ils rejoignaient Abel et les autres, ce serait sans aucun doute un sujet inévitable. Cependant, à la fin de ces dix secondes de désespoir, Subaru ne pouvait s’empêcher de ressentir une chose.
――Il ne souhaitait pas tuer Rui ni permettre sa mort, ce point était clair.
Yorna : “La restauration du château devra attendre. Je vais d’abord aller voir Tanza.”
Subaru : “Ah… Yorna-san, euh, à propos de Tanza…”
Ne sois pas trop dure avec elle, mais du point de vue de Subaru, c’était difficile à dire.
Même s’il était convaincu qu’elle avait ses propres intentions et pensées, Subaru ne les avait pas entendues. Simplement――
Yorna : “Il va sans dire que je ne la gronderais jamais sans lui demander de s’expliquer. De plus, si cette fille a été submergée par ses propres sentiments, j’en serais également responsable.”
Subaru n’avait pas à s’inquiéter ; la Maîtresse de la Cité Démoniaque savait ce qu’elle avait à faire.
C’était probablement parce qu’elle se comportait de la sorte que beaucoup d’individus, y compris Tanza, l’adoraient.
Subaru espérait si possible qu’elle ne deviendrait pas soudainement froide une fois qu’il serait revenu à la normale.
Subaru : “Je vais peut-être pleurer si ça arrive…”
C’était plutôt déchirant à imaginer. Sincèrement, il espérait que cela n’arriverait pas.
Quoi qu’il en soit, si Yorna parvenait à convaincre Tanza, les habitants qui poursuivaient Subaru et ses amis se retireraient. La deuxième étape cruciale pour Subaru commencerait alors. Mais――
Subaru : “――Il n’y a rien de plus effrayant que la mort.”
Après avoir vécu quelque chose d’aussi terrifiant, il se répétait à lui-même que tout irait bien, pour se rassurer.
De surcroît, Subaru voulait également sortir du château avec Yorna――
Olbart : “Hey, du calme, gamin. Tu comptes pas redevenir comme avant ? Ou tu te préfères comme ça maintenant ? Ça m’dérange pas particulièrement si c’est l’cas.”
Subaru : “Oh, désolé, non, bien sûr que non. Je vais redevenir comme avant, comme avant. Je veux dire, je commence à m’habituer à cette forme, mais je vais avoir du mal à trouver des vêtements à porter.”
Olbart : “Kakakakka ! T’as un sacré culot de t’inquiéter pour ça.”
Interpellé par Olbart dans son dos, Subaru s’arrêta sur les tuiles du toit et se retourna.
En fait, bien que son corps n’ait été rétréci que pendant quelques heures, il avait dépassé le nombre total de morts jusqu’à présent, et c’était donc devenu le corps avec lequel il avait le plus vécu de situation de vie ou de mort.
Il ne voulait pas dire que c’était à cause de cela, mais son petit corps lui semblait être un mauvais présage, alors s’il pouvait revenir à sa taille normale, il préférait le faire le plus tôt possible.
À présent, la seule chose qui l’effrayait était la possibilité que ses opinions changent brusquement, mais――
Subaru : “Ne t’inquiète pas, Rui. Je vais te faire face comme il se doit.”
Rui : “Uau… Au.”
Rui baissa la tête après les paroles de Subaru, puis acquiesça profondément. Subaru poussa le front de Rui avec un doigt, la dirigeant vers Yorna.
Le dos de Rui la heurta, et Yorna la prit dans ses bras.
Yorna : “Mon enfant, puisqu’il s’agit de quelque chose qu’Olbart va faire…”
Subaru : “Hm, je ne lui fais pas entièrement confiance, mais j’aimerais croire qu’il lui reste au moins juste assez d’humanité pour suivre la logique de la victoire et de la défaite.”
Olbart : “Oiii~, je t’entends, tu sais.”
Subaru : “Je sais, c’est pour ça que je le dis.”
Subaru sourit amèrement en réponse à la taquinerie d’Olbart. Face à la réponse de Subaru, Yorna plissa les yeux tout en serrant Rui dans ses bras.
Yorna : “Si tu en es conscient, alors je n’ai rien d’autre à dire. On ne m’a pas expliqué exactement ce qui va se passer, mais cet enfant et moi veillerons sur toi.”
Rui : “Uh !”
Subaru : “Hmm, d’accord. Eh bien, j’espère que tu seras toujours en bons termes avec moi après ça, Yorna-san.”
Yorna : “――? Mon enfant, tu es un sacré anxieux, n’est-ce pas ?”
Accompagné par le sourire de Yorna et le visage joyeux de Rui, Subaru rejoignit Olbart. Se levant, Olbart se tapota le bas du dos et exprima,
Olbart : “On s’gêne pas pour me casser du sucre sur le dos, hein… Allez, finissons-en vite.”
Subaru : “Ouais… Euh, ça va faire mal ?”
Olbart : “Ça t’a fait mal quand t’as été rétréci ? Alors, voilà la réponse !”
Répondant brièvement à la question hésitante de Subaru, Olbart tendit la main et toucha doucement le plexus solaire de Subaru.
Abel avait émis l’hypothèse que la technique “d’infantilisation” d’Olbart interférait avec l’Od, et que celui-ci résidait peut-être quelque part autour du cœur.
Au même moment, un souvenir revint à l’esprit de Subaru. La veille, il avait effectivement reçu un coup indolore de la part d’Olbart alors qu’il s’enfuyait du donjon situé juste en dessous de l’endroit où il se trouvait actuellement.
L’infantilisation de Subaru s’était produite, déclenchée par l’ingérence dans son Od.
Quelques heures seulement s’étaient écoulées depuis que son corps avait rétréci, mais il avait l’impression que ça avait été la plus grande épreuve qu’il avait traversée depuis son arrivée dans l’Empire. Mais bon, depuis qu’il était arrivé dans l’Empire, il avait toujours été en difficulté.
Même en incluant le temps passé hors de l’Empire, ces dix secondes de désespoir figuraient parmi les plus intenses――
Subaru : “Oh, à ce propos…”
Soudain, Subaru se souvint d’une chose à laquelle il essayait de ne pas penser.
Ces dix secondes de désespoir, ce cycle apparemment infernal de renaissance et de mort, étaient bien loin de la Mort Réversible que Subaru avait appris à connaître.
Qu’est-ce qui avait provoqué cela, et que s’était-il passé avec la Mort Réversible, l’Autorité qui résidait en Subaru ?
??? : “Je t’ai trouvé.”
――Tout ce qui se produisit à cet instant était incompréhensible pour l’ensemble des personnes présentes.
Olbart : “Ugh.”
Parallèlement à ces mots, Olbart retira instantanément sa main droite tendue.
Mais trop lentement. La main droite ridée d’Olbart, à partir du poignet, disparut.
Et puis――
Yorna : “Mon enf――”
Rui : “Uau !!”
Les yeux écarquillés de surprise, Yorna serra Rui dans ses bras et bondit en arrière, enlaçant la jeune fille qui se débattait pour se libérer.
Immédiatement après, une obscurité totale envahit le champ de vision de Yorna et Rui, engloutissant d’un seul coup la tour du château, les parties supérieures et centrales du Château du Lapis Écarlate, célèbre pour sa splendeur majestueuse et éclatante.
Et puis――
Kafma : “Votre Excellence ! C’est…”
Vincent : “――――”
De loin, en observant la scène qui se déroulait derrière la fenêtre, Kafma, aux côtés de l’Empereur qu’il avait pour mission de protéger, et dégageant une aura de combat intense, eut l’impression que tous les insectes présents dans son corps tremblaient de terreur.
Pendant ce temps, Vincent, qui s’était levé, dirigea son regard perçant vers le château assombri, et commença à faire cogiter en silence ses réflexions profondes et stratégiques. Et puis――
Tanza : “C’est le château… Yorna-sama…”
Al : “Ah, ahhh, AHHHHHHH――!”
Midyam : “Al-chin ?!”
Dans un état second, les enfants fixaient ce qui venait de se passer, les yeux exorbités, complètement sous le choc.
Tanza avait peur pour sa maîtresse, qui était restée au château ; et Al, voyant les dégâts causés à la ville, cria plus fort que n’importe qui dans celle-ci――non, plus fort que n’importe qui dans le monde entier.
Midyam se précipita vers lui et soutint les épaules d’Al. Elle fixait Abel comme si elle s’accrochait à lui dans cette situation inexplicable.
Et puis――
??? : “Oh là là, comment l’exprimer… Il se pourrait bien que ce soit un fragment que je n’ai pas observé.”
Taritta : “Toi――”
Observant de loin la ville en ruines, engloutie par les ombres, Ubilk marmonna cela d’un ton désinvolte, se servant de ses mains comme d’une visière, tandis que Taritta, la Shudraq brune qui se tenait en face de lui, l’écoutait en grinçant des dents.
Comme s’il était difficile de décider si c’était l’ombre au loin ou l’homme devant elle qui méritait son attention. Et puis――
Abel : “――Est-ce là la véritable identité de ce que tu portais en toi ?”
Abel dirigea son regard vers ce que le faux Empereur et les enfants hurlants contemplaient, et murmura ainsi.
En serrant les poings, il se mordit la lèvre jusqu’au sang, caché derrière son masque d’oni. Alors qu’il fixait la masse noire de jais, son visage se déforma jusqu’à ressembler à l’effrayant faciès de son masque d’oni.
Et puis――
――Je t’aime.
――Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime.
――Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime.
――Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime.
Un amour semblable à une malédiction qui ne disparaîtrait jamais, transcendant toutes les dimensions imaginables, effaçait l’existence appelée Natsuki Subaru.
Un monde infernal dépourvu d’amour ; il le savait.
Que sa personne était toujours aimée, Natsuki Subaru le savait.
Toutefois, il devrait également savoir que toutes les formes “d’amour” n’étaient pas dignes d’être approuvées.
Précisément à cause de son ignorance, il y aurait un châtiment.
Précisément parce qu’il ignorait pourquoi tout le monde le redoutait, le fuyait.
――Cela s’était transformé en une ombre noire, engloutissant tout sur son passage, acclamant tout en détruisant.
Acclamant les retrouvailles, le rapprochement, l’étreinte, l’union, la prédestination, la poursuite acharnée.
Acclamant la confession, le regret, le soupçon, le mystère, l’exaltation, la dévotion.
Un monde infernal dépourvu d’amour ; il le savait.
S’il arrivait dans un monde rempli d’amour, quel genre d’enfer serait-ce ?
Subaru ne comprenait pas. Il ne comprenait rien.
S’il y avait quelque chose qu’il pouvait dire, dans cette situation inexplicable pour quiconque, elle serait unique.
L’utopie des ostracisés, la Cité Démoniaque de Chaosflame.
――La destruction de cette utopie avait été provoquée par personne d’autre que Natsuki Subaru.

