Re:Zero Lore FR
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Web Novel • Arc 06

39Ruines

Artiste du fan-art : ???

À plusieurs reprises, encore et encore, une chaleur brûlante envahit son être.

Son crâne, ses membres, son torse, ses organes, sa chair et son sang.

Tout dans son corps était écrasé, fracassé, tordu et brisé. Son esprit était embrasé par l’angoisse, c’était comme si chacune de ses terminaisons nerveuses était extirpée en ce moment même, son âme enflammée, consumée.

Les cris qu’il poussait étaient empreints d’une fièvre inimaginable et d’un sentiment de perte.

Douleur, douleur, douleur, douleur, douleur, douleur douleur douleur douleur douleur douleurdouleurdouleurdouleurdouleurdouleur.

Il n’était que douleur.

Il n’y avait que douleur. Il n’y avait rien d’autre que de la douleur. Le monde qui l’enveloppait était rempli de douleur. Le simple fait de penser à cela augmentait la douleur qui l’envahissait.

Ses pensées, son existence même étaient empreintes de douleur.

L’anxiété, la confusion, la nervosité, le chagrin, la colère, le désespoir, toutes ces émotions n’avaient aucun sens face à la douleur.

Elles n’avaient aucun sens. Oui, elles n’avaient pas de sens.

Les pensées, les actions, les réflexions, les opinions, les espoirs, les souvenirs, tout cela était également dénué de sens.

Face à ces choses qui étaient l’incarnation même de l’insignifiance, qu’y avait-il de précieux lorsqu’elles avaient été écrasées, brisées et perdues au final ?

Seule la douleur infinie inscrite dans son âme lui faisait prendre conscience de sa propre existence. Puis soudainement, la douleur sans fin commença à s’estomper――

Subaru : “――AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !!”

Il se réveilla en hurlant.

À présent, même le fait que sa gorge hurlante ait été écrasée, noyée dans le sang, n’était plus qu’un souvenir.

Subaru : “AHHHHHHHHH !! UAHHHHHHHH !!”

Tout en criant, il essaya de protéger son corps de l’écrasement en utilisant ses bras et ses jambes. Ses bras devraient être cassés, complètement inutilisables, mais ils bougeaient.

Bien qu’ils bougeaient, il perdit l’équilibre car son corps était encore submergé par la sensation d’apesanteur et donc, en tombant, il heurta le sol.

Subaru : “Guh.”

Il essaya de parler, mais rien ne ressemblait à un discours. Il roula sur le sol.

La sensation du sol était étrange ; il sentait comme une corde contre son corps. Il ouvrit sa gorge, qui réclamait de l’oxygène, et sentit immédiatement une douleur piquante le frapper, ce qui provoqua une quinte de toux.

Incapable de le supporter, il vomit. Son estomac était presque vide. Des morceaux de vomi nauséabonds et aqueux sortirent de sa bouche âcre et se répandirent sur le sol.

Subaru : “Blurgh, buh ! Guh, guh, argh ! Gah, huu !”

Toussant violemment et crachant un peu de bile, des larmes et de la morve recouvrirent son visage crispé. Recroquevillé et se couvrant le visage, il frappa faiblement son front contre le sol, encore et encore.

En répétant ce processus, il s’en aperçut enfin.

――Que la douleur écrasante qui assaillait son corps comme une chaleur ardente alors qu’il était broyé, s’était évanouie.

Subaru : “――Ah ?”

Il était tellement surpris par la disparition soudaine de sa douleur qu’il ne s’était pas rendu compte que quelqu’un lui tapotait doucement le dos.

??? : “Tout va mieux maintenant ?”

La personne qui lui avait tapoté le dos se reflétait dans ses yeux encrassés de larmes.

Malgré sa vision floue, l’image de la fille, avec de beaux cheveux argentés et des yeux d’améthyste, était très nette――sur son visage se lisait une expression d’inquiétude tandis qu’elle lui tapotait le dos. Subaru laissa échapper un sifflement.

??? : “Suba…”

Subaru : “AHHHHHHHHHHHH !!”

Il tordit son corps et repoussa la main pâle qui avait touché son dos.

Ce faisant, une trace de surprise traversa les yeux de la fille dont le bras l’avait jusqu’alors tapoté. Mais l’âme la plus gravement touchée ici, c’était la sienne.

Son dos.

Elle avait touché son dos.

Maintenant et avant, quelqu’un avait touché son dos. Et après ça, l’agonie――

Subaru : “Ah.”

Il bondit en arrière pour tenter de lui échapper ; il sentit les poils de son dos se hérisser. Cependant, ses jambes se dérobèrent sous lui, et il tomba à plat sur le dos.

Alors que son corps tombait, le coup fut adouci par une présence noire et rugueuse en dessous de lui,

??? : “――――”

En baissant les yeux, il vit les yeux d’une créature reptilienne qui le fixait et il réagit avec effroi. En observant les longs crocs acérés qui bordaient sa bouche, il réalisa soudainement qu’ils pouvaient facilement être utilisés comme une arme mortelle pour le mâcher.

Subaru : “AHHHHHHHH――Hk !!”

Il hurla à nouveau, tentant de s’échapper vers l’avant cette fois-ci. Devant ses yeux maintenant, il pouvait voir la jambe de quelqu’un ; il n’osa pas regarder le visage de cette personne, et repoussa plutôt la petite silhouette qui lui bloquait le chemin, et celle-ci roula sur le côté.

??? : “Béatrice !”

Sa voix semblable à celle d’une cloche d’argent cria frénétiquement quelque chose, mais le sens ne lui parvint pas, puisqu’il se couvrait les oreilles.

Immédiatement, il se dirigea vers la brèche qui se trouvait entre les feuillages de la salle et, réprimandant ses jambes tremblantes, il bondit hors de la pièce. Il s’engagea dans le passage de pierre et, sans s’arrêter, son corps s’écrasa contre le mur de pierre.

Stoppé dans son élan, il fut traversé par la douleur. Sa vue était teintée de rouge, dans son esprit il imaginait l’écho de ses os qui se brisaient.

Subaru : “Hiii――”

Son bras droit blessé bougeait normalement. Il frappa le mur pour vérifier s’il fonctionnait vraiment correctement. Il ressentit à nouveau de la douleur. Il hurla à nouveau.

Se soutenant contre le mur, il se mit à courir en titubant.

Subaru : “Haa, huff, huff… Hk !”

Il était à bout de souffle, avec de la bave coulant de sa bouche, avec de la sueur coulant de son front, il continuait à courir dans le passage aussi vite qu’il le pouvait.

Derrière lui, il avait l’impression que quelqu’un le suivait, et à plusieurs reprises, il résista à l’envie de regarder derrière lui. S’il avait regardé en arrière et confirmé que quelqu’un le suivait, cela aurait été trop dur à supporter pour son cœur. Il sentait qu’il était sur le point d’éclater.

Il avait l’impression que son cœur était sur le point de se rompre, que le sang dans son corps était en train de pourrir, et que son corps était sur le point de se briser des pieds à la tête comme une sculpture de verre.

Qu’il s’agisse d’une prémonition ou d’une vérité, il y avait une chose qui était claire――le fait absolu et inébranlable que si cela continuait, il mourrait.

Les individus naissent pour être ruinés.

Chaque seconde ils vieillissent, chaque seconde ils se dirigent vers une mort éventuelle, chaque seconde ils chutent vers la fin.

Cependant, ce concept de Mort ne signifiait rien pour lui, à l’heure actuelle.

Sous une forme extrême, la Mort s’approchait de lui d’un pas ferme. Elle s’approchait de l’homme disgracieux, honteux, qui s’efforçait de fuir, comme si elle se moquait de lui.

Il courait, il fuyait. Il s’enfuyait tout de même.

La Mort le suivait. Il serait tué. Il allait être tué. À ce rythme, il allait être tué.

Même s’il avait déjà été tué, il allait l’être à nouveau. Ou bien, face à une telle agonie, était-il possible de ne pas en mourir ? Était-ce là un mystère de la vie ? Ce serait plutôt écœurant.

L’embellir en le qualifiant de “mystère” était plutôt disproportionné. C’était un rapprochement répugnant, inconvenant.

Plutôt, ne devrait-il pas être mort――?

Subaru : “――Hk.”

Les battements de son cœur ressemblaient à une explosion qui secouait ses tympans, sa vue vacillait. Même sa façon de respirer ressemblait à celle d’un bébé qui prendrait ses premières inspirations. Son apparence était complètement absurde alors qu’il s’échappait de sa peur de la mort.

Pourtant, aussi comique que cela puisse être, il ne riait pas. Tout ce qu’il voyait lui inspirait de la crainte.

Subaru : “――――”

Presque au point de perdre la notion des endroits qu’il traversait, tous les passages de pierre qu’il avait empruntés lui semblaient identiques.

S’il y avait une chose qu’il comprenait, c’était qu’il ne devait pas retourner d’où il venait. Cependant, s’il continuait à s’enfuir sans destination, il se perdrait peu à peu.

S’il se perdait, quelqu’un l’attraperait. Et si quelqu’un l’attrapait, il perdrait la vie.

Pourquoi, pourquoi sa vie ? Une telle question était inutile.

Il n’avait pas le temps de se demander s’il devait aller vers la gauche ou vers la droite.

Tout en échappant à la Mort qui pouvait le rattraper à cet instant précis, il posa sa main droite sur le mur, s’appuyant sur lui, tout en cherchant frénétiquement de l’air, complètement essoufflé.

Il avait l’impression de se noyer.

C’était comme s’il luttait pour dépasser la surface de l’eau, bien qu’ici, au sol, il n’y ait pas d’eau.

Se noyant, se noyant, luttant alors qu’il se noyait, se dirigeant vers la surface de l’eau, donnant des coups de pied et luttant, donnant des coups de pied et luttant, donnant des coups de pied et luttant, pataugeant, pataugeant, pataugeant, avant de finalement――

??? : “――Enfoiré, qu’est-ce tu fous ici si tôt l’matin, oy !”

Subaru : “――――”

Il sentit ses pieds s’arrêter alors qu’il percevait une présence monstrueusement énorme juste devant ses yeux.

――Non, ses pieds n’étaient pas la seule chose qui s’était arrêtée.

Sa respiration s’était arrêtée, son rythme cardiaque bruyant s’était arrêté, et ses genoux qui tremblaient de peur et de fatigue s’étaient arrêtés. Il avait l’impression que tous ses signes vitaux s’étaient arrêtés, saisis par la peau du cou.

――Devant ses yeux se tenait un être gigantesque, une illusion comme celle-là.

Mais après quelques secondes, il commença lentement à comprendre que même s’il était grand, il n’y avait aucune chance que la personne sur la scène possède une constitution qui transcende ce que les humains pouvaient avoir.

Dans le même temps, il n’en restait pas moins qu’un être humain était en mesure de se vêtir d’une aura aussi féroce et démoniaque.

??? : “T’es seul, enfoiré ? Enfoiré, t’es qu’un menu fretin solitaire qui vaut même pas la peine qu’on lui parle. Du menu fretin, donc au lieu d’une personne, j’devrais plutôt dire une bestiole ? Même en tant qu’bestiole, tu vaux même pas la peine d’être considéré. Va chercher les gens avec qui t’étais hier, et cette fille sexy. Enfoiré, tu m’écoutes, hey ! Enfoiré, oy, enfoiré.”

La silhouette qui se tenait immobile devant lui jacassait avec fluidité.

Elle montrait les signes d’une personne extrêmement violente, et sa façon de parler semblait vraiment vulgaire, comme si chaque mot lui était asséné. Sa respiration, qui s’était arrêtée auparavant, ainsi que ses battements de cœur silencieux et ses genoux tremblants, reprirent soudainement.

――Il était entré dans la cage d’une bête féroce, l’endroit même où il ne devait pas pénétrer.

Il n’avait fait que courir, courir pour sauver sa vie.

Il avait couru le long des couloirs de pierre, en essayant de s’éloigner des endroits qui lui étaient familiers. Il avait suivi un escalier qu’il avait trouvé dans une pièce étrange et qui l’avait conduit à l’étage.

Peut-être lui avait-on parlé de l’escalier la veille, ou bien était-ce quelque chose de semblable à quelques heures plus tôt ? Tout cela était perdu dans le néant de sa mémoire.

Il avait monté le long, long, long, long, incroyablement long escalier, le souffle court, il avait monté, et puis.

Et puis, arrivé au bout, il s’était retrouvé sous le regard d’une bête des plus terribles.

??? : “Tu m’écoutes au moins ?”

Subaru : “Hu.”

Soudain, il perdit le souffle et s’aperçut qu’il regardait directement le visage de l’autre personne, juste devant ses yeux.

Il avait de longs cheveux rouges et un cache-œil noir recouvrait son œil gauche. Il portait un kimono qui dévoilait l’une de ses épaules et une partie de sa poitrine, un sarashi blanc enveloppant sa poitrine exposée.

Juste sous son nez, cet homme brandissait un mince bâton de bois. Bien que la pointe ne soit pas du tout aiguisée, il percevait tout de même ce qui lui était présenté comme étant la Mort.

Subaru : “――Hk.”

??? : “Hey, m’ignore pas, p’tain.”

Subaru : “Quo, ah, eh ?”

Sans hésiter, il avait obéi à son instinct et avait tenté de lui échapper.

Mais au moment où il avait essayé de fuir hors de la pièce, il s’était écrasé directement sur la poitrine de l’homme. L’homme poussa alors son front relevé à l’aide de son bâton de bois, ce qui le fit tomber.

L’arrière de sa tête heurta le sol, des éclairs lumineux parcoururent sa vision. Des larmes de douleur commencèrent à couler de ses yeux.

La douleur du choc contre le sol, la douleur du choc de sa tête contre le sol, lui rappelait la douleur de se faire broyer.

Subaru : “Ah, ahh, ahhhhhhhh…”

??? : “Oyoy, enfoiré, allons, t’pleures ? Pourquoi tu t’mets à pleurer, enfoiré ? Tu t’es battu avec ton p’tit ami en bas, enfoiré ? Tu pleures parce que t’as été vaincu ?”

Subaru : “Guh… hiii… uuuu !”

??? : “Bon sang, quel bâtard sans espoir, OY !”

Allongé sur le dos, des larmes avaient commencé à couler de ses yeux alors qu’il revivait lentement l’horreur qu’il avait vécue. Devant ce spectacle, l’homme aux cheveux longs se gratta grossièrement la tête.

Il s’accroupit à côté de sa tête et,

??? : “Allez, raconte-moi s’qui s’est passé. Si t’veux d’mander quelque chose, j’suis tout ouïe.”

Subaru : “…Uh, ah ?”

??? : “T’as couru jusqu’à cet endroit. Ça doit être vraiment important, enfoiré.”

Il prononça ces mots en soupirant. Le sens de ces mots lui était incompréhensible, et il réagit simplement en clignant rapidement des yeux.

À cet instant, il sentit que l’être qui lui avait semblé d’une méchanceté sans pareille prenait peu à peu une forme plus précise. Non seulement il prenait la forme d’une personne, mais les émotions d’une personne et la quintessence, commençaient à se lier en une image réelle.

Dans sa vision brouillée par les larmes, le visage de l’homme qui le toisait s’éclaircit peu à peu――

??? : “――Quoiqu’tu dises, t’es un imbécile !”

Subaru : “Gii, gah, ahhhHHHHH ?!”

――Avec une apparence cruelle, rappelant un requin assoiffé de sang, l’homme avait enfoncé le bâton de bois en plein dans sa poitrine.

Il avait glissé l’extrémité pointue du bâton entre ses côtes. Il fouilla et chatouilla les organes internes délicats derrière ses os, comme s’il le taquinait laborieusement.

L’agonie pure et simple transperçait tout son corps, l’envie de cracher du sang le transperçait.

??? : “Qu’est-ce tu fous à t’enfuir, enfoiré ?! Pire encore, qu’est-ce que t’essayais d’faire, si avant d’supplier, tu viens jusqu’à moi, enfoiré. J’suis ni ton gardien, ni ton compagnon, enfoiré. C’est pas toi qui choisis avec qui t’vas traîner, enfoiré. T’veux p’tain d’mourir ?”

Subaru : “Guh ! Gah ! Agh ! Guhgyah !”

??? : “Crois pas qu’on a l’genre d’relation où on arrive à s’entendre en discutant, enfoiré. Si les choses finissaient bien comme ça, j’aurais pas été convoqué dans cet endroit pour commencer. Viens à moi avec l’envie d’me tuer. Je jouerai avec toi. C’est tout.”

Avec une irritation et une hostilité évidentes, le degré de sa colère augmentait à chaque mot qu’il prononçait. Les mains de l’homme qui tripotait ses organes avaient une certaine délicatesse et une précision exceptionnelle.

On lui avait enseigné l’importance et la valeur de ses organes avec une douleur aiguë et insupportable, il l’avait bien compris.

Si l’homme avait été quelqu’un de nerveux, ayant tendance à se laisser emporter par ses émotions, ou si ses bras avaient été autre chose que précis et doux, ses tripes auraient explosé depuis longtemps.

Si les choses ne s’étaient pas passées ainsi, c’était grâce à l’immense talent de l’homme.

Son immense capacité en tant qu’oppresseur, son don pour la violence, ainsi que le talent nécessaire pour l’exercer.

Ce n’est que grâce à cela que cet acte de barbarie avait pu être mené à bien.

――Non. Cet endroit était vraiment différent de celui qu’il connaissait.

??? : “Casse-toi, menu fretin.”

Subaru : “Guh――”

La sensation de tiraillement dans ses tripes s’estompa, et fut rapidement suivie par le pied de l’homme qui lui asséna un violent coup de pied sur le flanc.

Plutôt que de le frapper avec le bord de son pied, il l’avait frappé comme s’il s’agissait d’un ballon de football. Son corps tournoya et dégringola dans les airs, et fut projeté hors de la grande salle dans laquelle il se trouvait.

Cependant, ce qui l’accueillit alors qu’il volait hors de la salle fut,

Subaru : “Pas possIIIIBLE… !”

Il dégringolait les escaliers. Avec la vision de cette scène en tête, il enfonça instinctivement ses ongles dans le sol.

Avec un bruit de crissement terrible, les ongles du majeur et de l’annulaire de sa main droite furent arrachés de leur racine. Les nerfs sous-jacents furent exposés et du sang rouge mouilla le sol, mais, d’une manière ou d’une autre, il réussit à s’empêcher de tomber.

Subaru : “Guh, guhhhh… !”

Immédiatement après le bref moment de soulagement, puisqu’il avait en quelque sorte échappé à la chute, il fut assailli par une sensation de chaleur brûlante à la base de ses ongles. En observant la douleur aiguë de sa main, il vit que ses ongles avaient été arrachés comme le couvercle d’une boîte ouverte ; l’ongle de son auriculaire se détachait également. La vue de cette douleur stimula son cerveau à l’extrême.

Subaru : “Ça fait mal… ça fait mal, ça fait mal, ça fait mal…”

Saisissant sa main gauche avec sa main droite décharnée, il appliqua une pression pour soulager la douleur, même si ce n’était qu’un peu. Venant en gouttes, le sang qui suintait de ses blessures s’écoulait le long de ses poignets, et laissait derrière lui une traînée de sang sur les escaliers alors qu’il se relevait.

Il n’avait plus le courage de jeter un coup d’œil derrière lui.

Il n’y avait aucun signe que cette bête féroce reportait son attention sur lui. S’il l’avait aperçue ne serait-ce qu’une fois, il serait certainement tombé dans les escaliers cette fois-ci, incapable de le supporter.

Il avait évité d’expérimenter la pire des situations, mais il s’était maintenant enfoncé dans la deuxième pire des situations. Alors, qu’allait-il faire maintenant ?

Subaru : “Pourquoi… ?”

Pourquoi était-il dans un tel endroit ?

Il avait oublié comment fuir, son rythme cardiaque avait été englouti par la peur et paralysé, et finalement, son esprit s’était tourné vers le questionnement et l’absurdité de la raison pour laquelle il était ici.

Alors qu’il aurait dû être réduit en miettes, il était là.

Alors qu’il aurait dû être englouti par une chaleur torride et disparaître, il était toujours là. Il aurait été agréable que tout ne soit qu’un rêve, une illusion ou quelque chose du genre.

Subaru : “Rêves… prémonitoires…”

Il avait supposé que c’était ce qu’il avait vécu.

Le spectacle qu’il avait vu, les gens à qui il avait parlé, les conversations qui s’étaient déroulées exactement comme il s’en souvenait, les événements qui auraient dû se produire, il les avait vus de ses propres yeux.

Il s’était donc imaginé qu’il essaierait, à sa manière, de trouver une théorie pour expliquer ce qui s’était passé.

Il est certain qu’à certains égards, il y avait même songé avec beaucoup d’imprécision, comme si cela ne le regardait pas, comme si cela ne le concernait pas.

Sans savoir que la récompense d’une telle impudence et d’une telle réflexion superficielle de sa part, aurait été d’éprouver une douleur aussi intense.

Subaru : “――――”

Il remarqua alors qu’il s’était accroupi sur place.

Des gouttes de sang coulaient hors de lui et imprégnaient l’escalier de pierre en dessous de lui d’une teinte rouge.

Sentiment de gâchis, sentiment de perte, sentiment de désarroi, en somme, beaucoup de pensées négatives tournaient dans sa tête.

Même s’il étudiait les conclusions qui tourbillonnaient dans sa tête, il découvrirait qu’elles aboutissaient toutes à la même pensée――il ne savait pas pourquoi il avait vécu de telles choses.

Subaru : “――――”

Il y a quelques heures à peine, il vivait confortablement son quotidien ennuyeux.

Il n’y avait aucun danger, sinon qu’il s’inquiétait de son avenir. Il n’y avait personne autour de lui qui le menaçait, rien à prendre au sérieux.

――Il n’avait connu qu’un espace où il lui suffisait de baisser la tête sous le regard de sa mère et de son père, tout au plus.

Était-ce si mal, se demanda-t-il.

Il avait continué à être une gêne pour sa mère et son père. Il avait continué à les décevoir. Il n’avait pas été un bon fils.

Et c’est ainsi qu’il avait goûté à la douleur de la mort. Néanmoins, il avait été conduit à une situation dans laquelle il n’était pas mort. Les ongles arrachés lui faisaient mal, il avait été torturé par un homme étrange, il avait été laissé seul dans cet escalier. Pleurait-il ?

Rétrospectivement, en y repensant, il l’aurait fait plus correctement.

Subaru : “…J’aurais au moins dû dire “à plus tard”.”

Ce fut une vie pleine de regrets.

Tout s’était mal passé, n’aboutissant qu’à des échecs ; en y réfléchissant, il souhaitait refaire les choses. Mais cela lui paraissait trop impossible à réaliser avec ses propres mains et ses propres pieds. Pour la première fois, quelque chose lui vint à l’esprit.

Lorsque j’ai quitté la maison, j’ai entendu la voix de maman qui me disait : “Prends soin de toi”.

Je n’ai pas répondu.

Pourquoi ?

――Parce que je n’ai pas lavé la tasse laissée dans l’évier de la cuisine.

Subaru : “Guh, uh…”

Je n’ai pas lavé la tasse.

Après avoir bu ce chocolat chaud, je ne me suis pas soucié de laver les taches brunes qui y étaient collées. Si j’avais répondu à la voix de maman, si j’avais entamé une conversation avec elle, on m’aurait peut-être dit de laver cette tasse.

J’ai ignoré les paroles de maman parce que je ne voulais pas laver la tasse.

Je n’ai rien dit. J’ai quitté la maison sans rien dire, je suis allé à la supérette et j’ai dépensé de l’argent que je n’avais pas gagné. Et je me suis retrouvé dans cet endroit.

Je n’ai rien dit à papa ni à maman, je n’ai pas lavé la tasse, et je me suis retrouvé ici.

Sans laver la tasse, sans même dire un mot à ma mère au grand cœur, je risque de mourir ici. Je mourrai, ayant toujours causé des ennuis, sans rien donner en retour, sans même laver une tasse.

Mourir, je mourrai. Je vais mourir. Je vais mourir, sans aucun doute.

Si je tombe de cette hauteur, je ne serai pas sauvé. Je mourrai, c’est certain.

Subaru : “…Je vais mourir.”

Je mourrai.

Tout ce qui vit finit par mourir, et je vais mourir ici.

Dans cet endroit où je ne connais personne.

Sans papa ni maman, entouré de parfaits inconnus, je finirai par devenir une masse sale et sanguinolente et je mourrai.

Subaru : “Je vais mourir. Je vais mourir. Je vais… mourir. Mourir, mourir, mourir…”

C’est ce qu’il marmonna. Alors qu’il marmonnait cela, bien qu’étrange, il semblait que cela devenait un peu plus distant.

Ce n’était qu’une tranquillité d’esprit temporaire. Il était distrait. En d’autres termes, rien ne changerait radicalement.

La mort ne changerait pas, elle rôderait en souriant, empêtrée dans son destin.

À présent, elle semblait prendre la forme d’une personne. Une ombre noire se dressait, riant de lui, comme si elle se moquait de lui.

Ce visage, accroché à l’ombre noire, était un visage qui lui semblait familier, et il comprit immédiatement à qui appartenait ce visage familier, parmi ceux qu’il connaissait en ce lieu.

La Mort, portant son propre visage, riait en le pointant du doigt, alors qu’il tremblait.

Subaru : “Ne souris pas.”

Il fixa l’ombre, et prononça ces mots avec une haine sombre.

L’ombre continua de sourire. Elle n’avait pas cessé de le pointer du doigt.

Subaru : “Ne souris pas. Ne me souris pas ! Il n’y a pas de quoi sourire… !”

Se levant et serrant les dents, il s’approcha de l’ombre qui se tenait contre le mur. L’ombre continuait de sourire. Elle n’avait pas encore cessé de pointer son doigt vers lui.

Subaru : “Arrête de rire. Je vais mourir. Mais pas à cause de toi. Tu ne me tueras pas.”

L’expression faciale de l’incarnation de la Mort changea pour la première fois. On aurait dit qu’elle s’était fâchée qu’il ne soit pas à sa merci.

Il semblait que c’était le point faible de l’ombre, c’était là qu’il allait lancer un assaut incessant contre elle.

Subaru : “Tu ne me tueras pas. Je mourrai. C’est certain que je vais mourir ! Je vais mourir ! Je suis mort ! Je suis déjà mort ! Je suis mort et je suis revenu ici, mais je――”

――ne serai pas tué par toi.

Ce fut au moment où il essaya de prononcer clairement ces mots à haute voix.

Subaru : “――――”

Ses lèvres s’étaient arrêtées de bouger en suivant sa volonté. La chose suivante qu’il remarqua fut que ses yeux qui fixaient l’ombre semblaient gelés, et la sensation d’être complètement séparé de son corps.

Pourquoi, même sa capacité à la questionner avait été scellée, il avait simplement succombé à cette transformation soudaine de son corps.

Il ne pouvait plus bouger. Son corps――non, ce n’était pas son corps qui avait cessé de bouger. C’était le monde lui-même qui s’était arrêté.

L’ombre noire qui se tenait devant lui avait également cessé tout mouvement, son expression déformée de colère restant figée sur son visage.

Dans ce monde où il ne pouvait plus bouger, il n’y avait qu’une seule chose qui se mouvait. Et c’était――

??? : “――Je t’aime.”

――Ça ressemblait peut-être à une femme en noir.

Noirceur, c’était une femme aux membres fins dont tout le corps était entièrement teinté de noir.

Il ne savait pas si la silhouette de cette femme était faite des ténèbres elles-mêmes, ou si c’était une femme vêtue de noir. Il n’était pas certain de savoir lequel des deux c’était, cela ne semblait pas avoir de sens de choisir l’un ou l’autre.

En tout cas, c’était une femme en noir. On aurait dit qu’elle portait une robe de mariée noire, avec un voile noir qui empêchait de voir à l’intérieur comme à l’extérieur. Ce voile noir cachait complètement son visage.

Femme en noir : “――Je t’aime.”

Cependant, les mots qui sortaient des lèvres de cette femme enveloppée de ténèbres contenaient une émotion d’une force inimaginable.

Combien d’émotions pouvait-il rassembler pour s’approcher des mots qui sortaient de ses lèvres ?

Il y avait la qualité, la quantité, la notion de temps, le poids, la valeur, et ce n’était que le concept général.

Il ne savait pas approximativement combien de personnes dans le monde avaient prononcé “je t’aime”――mais si l’on prenait tous ces “je t’aime” et qu’on les mettait bout à bout, cela ressemblerait sûrement au “je t’aime” de cette femme.

Et lentement, la femme qui murmurait doucement ses mots d’amour déplaça son bras noir vers sa poitrine.

Des doigts fins traversèrent sa poitrine, sa peau, sa chair, jusqu’à ses os et caressèrent son cœur battant.

Subaru : “――――”

Plusieurs minutes, des dizaines de minutes, il ne savait pas combien de temps s’était écoulé, mais son cœur avait été rendu conscient de sa présence depuis qu’il s’était réveillé――mais, il n’en avait jamais été plus conscient qu’en ce moment.

Il ne s’était jamais senti agacé par son existence. Parce que――

Femme en noir : “――Je t’aime.”

Elle lui caressa le cœur avec la même passion que dans ses chuchotements.

Mais soudain, un grand choc le traversa ; son corps, qui craignait la douleur, y succomba complètement. Son corps écrasé par sa chute, son âme brûlant et se consumant, même la douleur de son cœur coupable en repensant à sa mère, toutes ces douleurs semblaient insignifiantes comparées à celle-ci.

Il voulait qu’elle le laisse crier.

S’il pouvait hurler, il pourrait atténuer un peu la douleur. Plutôt que d’être confronté uniquement à la douleur, il serait capable d’échapper à une partie de celle-ci en pensant à autre chose qu’à la douleur qu’il ressentait.

Actuellement, il n’en était pas capable. Il ne pouvait que faire face à sa douleur.

Femme en noir : “――Je t’aime.”

Son amour ne voulait pas lâcher son cœur.

On aurait dit qu’elle avait un désir éternel d’exclusivité, ne lui permettant pas de tourner son attention vers d’autres choses qu’elle-même.

――C’était comme si elle enviait tout ce qui l’entourait.

Subaru : “――Haa.”

Sa libération fut abrupte.

Subaru : “――――”

Haletant, il s’effondra sur place.

Les larmes débordant de ses yeux, il était incapable de garder sa contenance. Il sentit une sensation de chaleur et d’humidité autour de son entrejambe, et de l’urine commença à couler dans l’escalier.

L’ombre noire qui s’était arrêtée continuait à pointer du doigt le spectacle honteux qui s’offrait à elle, et riait bruyamment.

En observant la silhouette qui riait, il comprit qu’il avait été trompé.

Comme il avait fait preuve de faiblesse, il avait été trompé en marchant sur la queue du tigre qu’il ne fallait pas piétiner.

Subaru : “Je…”

Il n’arrivait pas à reprendre ses mots.

Il se tenait la tête, complètement à bout de nerfs. Le sang coulait encore des plaies de ses ongles décollés. Même ses larmes et l’urine qui coulait de lui semblaient être une punition pour sa faiblesse et sa stupidité.

――Juste, tuez-moi.

Ces mots ne furent pas prononcés. Quant à être tué, serait-il vraiment “tué” ?

Il entendit des bruits de pas monter les escaliers, et des voix inquiètes courir jusqu’à l’endroit où il se trouvait.

En attendant, il continua à pleurer comme un enfant stupide, barbouillé de sa propre crasse et de sa propre déception.

Les ruines de Natsuki Subaru――continuèrent à pleurer.

Artiste du fan-art : Owari

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